La langue française

Collation

Définitions du mot « collation »

Trésor de la Langue Française informatisé

COLLATION1, subst. fém.

A.− Vieux
1. Action de conférer avec quelqu'un.
Rem. Attesté ds DG, Guérin 1892, Rob. et Lar. Lang. fr.
Spéc., HIST. Petite conférence qui avait lieu au cours de la soirée chez les moines.
Rem. Attesté ds Lar. 19eSuppl. 1878-Lar. Lang. fr. ainsi que ds DG, Rob. et Quillet 1965.
2. P. méton. Léger repas que prenaient les moines après cette conférence :
1. Vers huit heures, on trouvait, non un bon souper, mais la collation, mot venu du mot cloître, parce que, vers la fin du jour, les moines s'assemblaient pour faire des conférences sur les Pères de l'église, après quoi on leur permettait un verre de vin. Brillat-Savarin, Physiol. du goût,1825, p. 246.
B.− Usuel. Repas léger, que l'on prend à tout moment de la journée, mais le plus souvent dans l'après-midi ou la soirée. Une collation (...) était servie, de gibier, de poisson, de fruits, et de différentes sortes de vins du Rhin, dont Son Altesse porta des toasts (Bourges, Le Crépuscule des dieux,1884, p. 147).Je voyais la table dressée pour la collation matinale (Bernanos, Journal d'un curé de campagne,1936, p. 1145):
2. Une collation, ou, si l'on veut, un souper champêtre commençant à minuit, et assez varié (...) fut destiné à remplir l'intervalle entre les travaux du soir et ceux du lendemain. Senancour, Obermann,t. 2, 1840, p. 229.
En partic. Repas léger que prennent les catholiques les jours de jeûne pour remplacer l'un des deux principaux repas, généralement le souper. Légère collation. Si elle [la nonne] fait collation, le soir, elle se contentera d'un peu de lait ou de poisson auxquels elle ajoutera, au besoin, des herbes ou des fruits (Huysmans, L'Oblat,t. 1, 1903, p. 172):
3. À la collation, on ne pouvait servir ni beurre, ni œufs, ni rien de ce qui avait eu vie. Il fallait donc se contenter de salade, de confitures, de fruits; mets, hélas! bien peu consistants, si on les compare aux appétits qu'on avait en ce temps-là; mais on prenait patience pour l'amour du ciel, on allait se coucher et tout le long du carême on recommençait. Brillat-Savarin, Physiol. du goût,1825, p. 246.
Prononc. et Orth. : [kɔ(l)lasjɔ ̃]. Excepté Pt Rob. et Lar. Lang. fr., les dict. de prononc. distinguent entre le sens de conférence et le sens de repas. Ils transcrivent [ll] double pour le 1eret [l] simple pour le 2e. Cette différence de prononc. veut éviter la confusion entre les 2 sens (cf. Fouché Prononc. 1959, p. 310 et Buben 1935, § 149). Cette position est jugée artificielle et inefficace par Dupré 1972, p. 463. Lar. Lang. fr. qui transcrit [l] simple dans les 2 cas et Pt Rob. qui admet [l] ou [ll] dans les 2 cas ne font pas cette différence. Fér. Crit. t. 1 1787 propose d'ajouter à la différence de prononc. une différence de graph. et d'écrire colation avec 1 seul l pour le sens de repas. Noter que Passy 1914, Pt Rob. et Warn. 1968 notent [ɑ] post. pour la finale alors que Dub., Pt Lar. 1968 et Lar. Lang. fr. donnent [a] ant. La prononc. avec [ɑ] conviendrait à la rigueur au sens de conférence (prononc. emphatique) et à condition de prononcer [ll] double [kɔllɑsjɔ ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 collatioun « conférence du soir après laquelle les moines prenaient un repas léger »; ici prob. trad. des Collationes de Cassien, v. plus bas (Nicole, Règle de Saint-Benoît, 2432, Héron ds R. Hist. litt. Fr., t. 6, p. 460 [Legat unus Collationes]) − xvies. « conférence, entretien » (Hug.); 2. a) p. ext. xiiies. collation « repas léger des moines » (Règle primitive du Temple, 38, éd. De Curzon ds R. Hist. litt. Fr., loc. cit.); b) 1453 « repas qu'on fait le soir » (Reg. 182 Chartoph. reg. ch. 77 ds Du Cange, s.v. 2 collatio); c) 1595 « repas léger que font les catholiques en période de jeûne » (Montaigne, Essais III, 13 coll. Pléiade, p. 1239). Empr. au lat. chrét. collatio « conférence, entretien, discussion », « réunion de moines, conférence faite aux moines » (également titre de l'œuvre de Cassien : Collationes, lues au cours des repas du soir dans les monastères), (426-429, Cassien ds Blaise); « repas du soir dans un monastère » (813 ds Nierm.); dér. du rad. du part. passé du lat. class. conferre « échanger des propos, s'entretenir avec qqn » (v. conférer).

COLLATION2, subst. fém.

Action de comparer des copies avec l'original afin de s'assurer de leur conformité avec celui-ci. Les Clercs de la Vie Commune, aux Pays-Bas, s'occupaient de la collation des originaux dans les bibliothèques, et du rétablissement du texte des manuscrits (Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 2, 1803, p. 526; cf. également Courier, Lettres de France et d'Italie, 1825, p. 682).
Rem. On rencontre chez Flaubert, Correspondance, 1871, p. 298 et chez E. et J. de Goncourt, Journal, 1890, p. 1271, l'expr. collation des rôles. Action de vérifier la longueur des rôles, rôle désignant une certaine quantité de texte (cf. également collationner2rem. 1).
Prononc. Cf. collation1. Étymol. et Hist. 1. xiiie-début xives. « comparaison d'une chose à une autre » (Glossaire ds T.-L.) − 1611, Cotgr.; 2. 1375 « comparaison de textes » (Ordonnances des rois de France de la troisième race, Paris 1723-1849, t. 6, p. 130 ds H. Heidel, Die Terminologie der Finanzverwaltung Frankreichs im 15. Jahrhundert, Leipzig − Paris 1936, p. 73); [prob. attesté dès le début du xives., avant son dér. collationner2*]. Empr. au lat. class. collatio « comparaison, confrontation » spéc. « comparaison, collation de textes » en b. lat. dér. du rad. du part. passé du lat. class. conferre « comparer, notamment deux textes » (v. conférer). Bbg. Tracc. 1907, p. 129.

COLLATION3, subst. fém.

Action, droit de conférer quelque chose à quelqu'un.
A.− HIST. Droit, action de conférer un bénéfice. Le bénéfice (...) à la collation du duc (Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 1, 1821-24, p. 420):
... dans la collation de certains bénéfices ecclésiastiques, entre autres des bénéfices attachés à des concessions féodales, c'était le supérieur, roi, pape ou seigneur qui nommait le bénéficier. Guizot, Hist. gén. de la civilisation en Europe,1828, leçon 5, p. 19.
B.− Usuel
1. Action de conférer un grade universitaire, un titre de capacité. La collation des décorations et des titres honorifiques (G. Vedel, Manuel élémentaire de dr. constitutionnel,1949, p. 218).Les examens qui déterminent la collation du grade de licencié en droit sont au nombre de quatre (Encyclop. pratique de l'éduc. en France,1960, p. 215).
2. Droit, action de conférer un sacrement. Collation du sacrement (Théol. cath.t. 14, 1, 1939, p. 612).La collation de la tonsure (Billy, Introïbo,1939, p. 74).
Rem. Le verbe collationner n'est plus usité. Trévoux 1771 note : ,,ne se dit point dans le sens conférer un bénéfice si ce n'est dans cette phrase, ou par une mauvaise allusion, on dit que l'ordre de Cîteaux dîne bien mais collationne mal, pour faire entendre que les Abbayes de cet ordre ont de gros revenus mais n'ont pas la collation des bénéfices qui en dépendent``.
Prononc. Cf. collation1. Étymol. et Hist. 1. 1276 « action de conférer un office, un bénéfice » (Chartes de S. Bertin, 125, éd. D. Haigneré ds R. Hist. litt. Fr., t. 6, p. 460); 2. 1808 « action de conférer des grades universitaires » (Décret de mars 1808 ds Documents d'histoire contemporaine, coll. U, t. 1, 1964, p. 128). Empr. au b. lat. collatio « action de conférer (une dignité, un honneur) », spéc. « action de conférer un bénéfice » en lat. médiév. (1167 ds Mittellat. W. s.v., 832, 37), dér. du rad. du part. passé du lat. class. conferre « conférer, confier des honneurs, une charge » (v. conférer).
STAT. − Collation 1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. : 143.

Wiktionnaire

Nom commun

collation \kɔ.la.sjɔ̃\ féminin

  1. Repas léger que les catholiques font les jours de jeûne pour remplacer le souper, et par extension, un repas léger pris au cours de la journée.
    • Petite, simple, légère collation.
    • Bonne collation.
    • Faire collation.
    • […] et elle avec sa permanente frisée comme sur la photo dans le jardin du pensionnat, ses devoirs sur la table couverte d’une toile cirée grasse où son père « fait collation ». — (Annie Ernaux, Les années, Gallimard, 2008, collection Folio, page 126.)
    • Il ne prend, il ne mange à sa collation qu’un morceau de pain.
  2. Repas léger qu’on fait dans l’après-dîner à l’occasion d’une cérémonie, d’une chasse, etc.
    • […], le roi Charles IX avait invité à goûter avec lui, en petit comité, Henri de Navarre et le duc de Guise. Puis, la collation terminée, il avait passé avec eux dans sa chambre, […]. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre III)
    • Je me rendis avec les chefs militaires aux tentes de Si Saïd, où on nous servit une collation de dattes et de lait de chamelle, une vieille tradition nomade sans doute. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 132)
  3. Action, droit de conférer à quelqu’un des grades universitaires.
    • La collation de la licence ès lettres.
  4. (Vieilli) Droit de conférer un bénéfice ecclésiastique.
    • Cette collation appartenait à l’évêque, descendait de l’évêque.
    • La présentation de cette cure appartenait à l’abbé et la collation à l’évêque.
    • Ce prieuré était à la collation de tel abbé.
    • Un seul péché excitait ma curiosité et mon inquiétude. Je craignais de l’avoir commis sans le savoir. Un jour, je pris mon courage à deux mains, et je montrai à mon confesseur l’article qui me troublait. Voici ce qu’il y avait : « Pratiquer la simonie dans la collation des bénéfices. » Je demandai à mon confesseur ce que cela signifiait, si je pouvais avoir commis ce péché-là. Le digne homme me rassura et me dit qu’un tel acte était tout à fait hors de ma portée. — (Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, 1883, collection Folio, page 86.)
  5. Action de collationner ou résultat de cette action.
  6. (Informatique) (Anglicisme) Ordre prescrit ou une spécification donnée déterminant la manière d’agencer une liste de chaînes de caractères, action d’agencer selon un tel ordre, ou encore résultat de cette action.
    • Une collation est une énumération de signes typographiques avec leurs équivalences, afin d’en déduire le comportement des chaînes de caractères notamment dans les opérations de comparaison et de tri spécifiques à une langue. — (Frédéric Brouard, Rudi Bruchez, Christian Soutou, SQL, Pearson Education France, 13 juillet 2012)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COLLATION. n. f.
Action, droit de conférer à quelqu'un des grades universitaires. La collation de la licence ès lettres, en droit, du doctorat. Autrefois, il signifiait Droit de conférer un bénéfice ecclésiastique. Cette collation appartenait à l'évêque, descendait de l'évêque. La présentation de cette cure appartenait à l'abbé et la collation à l'évêque. Ce prieuré était à la collation de tel abbé. Il signifie aussi Action de collationner ou résultat de cette action.

Littré (1872-1877)

COLLATION (kol-la-sion ; on prononce les deux ll, ce qui le distingue du suivant) s. f.
  • 1 Terme de jurisprudence. Droit de nommer à un bénéfice ecclésiastique ; action de conférer un bénéfice ecclésiastique. Il n'y a rien à dire de ma part sur les collations, Bossuet, Lett. abb. 13.

    La provision du collateur. Avoir la collation de l'ordinaire.

  • 2Action de conférer un titre, un droit.

    Action de conférer un grade, par faveur et indépendamment des examens, en des circonstances exceptionnelles.

  • 3Action de conférer, de confronter une copie avec l'original pour en constater l'exactitude. Les clercs de la vie commune, aux Pays-Bas, s'occupaient de la collation des originaux dans les bibliothèques, Chateaubriand, Génie, IV, VI, 5. Après avoir copié tout le morceau inédit, j'achevai la collation du reste avec ces messieurs, Courier, I, 68.
  • 4 Terme de libraire. Action de collationner.
  • 5Mot qui s'est quelquefois dit en grammaire pour comparaison.

HISTORIQUE

XIVe s. Par collacion et composicion de l'un à l'autre faite, Oresme, Eth. 66. Pour la cause d'exemple et pour probacion Es simples et es rudes, j'en fais collation [je les mets sous les yeux ; il s'agit d'exemples], Girart de Ross. V. 5861.

XVe s. Si vueil [je veux] avoir censeil et collation avecque vous, comme je me pourray maintenir contre les Lissebonois et Portugalois, Froissart, liv. III, p. 50, dans LACURNE. Et maistres en theologie et divinité de tous ordres d'eglise lui plot [au roi] souvent oyr en ses colacions [conférences], Christine de Pisan, Charles V, I, ch. 15. Et futfaicte une collation [discours] par un frere des Jacobins toute tendant à fin de misericorde, Chr. de saint Denis, t. III, p. 46, dans LACURNE. Maitre Jean commença sa petite collation [allocution], comme il s'ensuit, Louis XI, Nouv. XXXII.

XVIe s. Quant est de la collation des benefices, laquelle chose estoit anciennement conjointe avec la promotion…, Calvin, Instit. 872. Je sçay bien qu'il y en a qui veulent prouver par collation des temps que ce soit une fable controuvée à plaisir, Amyot, Solon, 56. Par collation de plusieurs passages respondants l'un à l'autre, Amyot, Moral. Épit. p. 15.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

COLLATION, sub. f. (Jurisprud.) Ce terme est usité tant en matiere civile qu’en matiere bénéficiale, & a différentes significations.

En matiere civile, collation signifie quelquefois la comparaison que l’on fait d’une piece avec son original, pour voir si elle y est conforme, & la mention qui est faite de cette collation sur la copie que l’on appelle alors une copie collationnée.

L’usage de ces collations doit être fort ancien ; les lettres de vidimus qui se donnoient dès le commencement du quatorzieme siecle, pour la confirmation de quelques ordonnances rendues précédemment, étoient une véritable collation de ces lettres. Les anciens auteurs se servent du terme de vidimus pour collation ; & dans quelques provinces on dit encore une copie vidimée pour copie collationnée. Voyez Vidimus.

Je n’ai point trouvé le terme collation employé dans aucune ordonnance avant celle de Philippe de Valois du mois de Février 1327, portant réglement pour le châtelet de Paris ; laquelle porte, article 36, que la collation des pieces (c’est-à-dire la vérification des pieces que les parties produisoient), sera faite par telles personnes que le prevôt établira dans huit jours, qu’il sera conclu en cause ; & l’article 37 ajoûte que si aucune partie est défaillante de faire sa collation dedans le tems que les parties auront accordé à la faire, le procès sera mis au conseil pour juger. On met encore présentement dans les appointemens de conclusion que le procès est reçû pour juger en la maniere accoûtumée, sauf à faire collation, c’est-à-dire sauf à vérifier si les productions sont complettes, & si toutes les pieces énoncées en l’inventaire de production sont jointes.

Les commis greffiers qui expédient les jugemens sur la minute, mettent au bas de la copie ou expédition collationné, pour dire qu’ils ont fait la collation de la copie ou expédition avec l’original.

L’ordonnance de Charles V. du 17 Janvier 1367, portant réglement pour le châtelet, dit que les avocats ne plaideront aucune cause, s’ils n’en ont fait auparavant collation, & qu’ils n’en feront point collation en jugement ; que s’ils la veulent faire, ils sortiront de l’auditoire, & la feront à part. Mais M. Secousse pense que le terme de collation signifie en cet endroit la communication des pieces que se font réciproquement les avocats : c’est en effet une espece de vérification qu’ils font des faits sur les pieces.

Les secrétaires du Roi ont un droit de collation qui leur a été accordé pour la signature des lettres de chancellerie, qu’ils sont présumés ne signer qu’après les avoir collationnées ; il en est fait mention dans le sciendum de la chancellerie, que quelques-uns croyent avoir été rédigé en 1339, d’autres en 1415. Il y est dit que la collation des lettres doit se faire en papier, & le droit de collation que l’on doit payer pour chaque sorte de lettres y est expliqué.

L’ordonn. de Charles VI. du 24 Mai 1389, portant confirmation d’un réglement fait par les secrétaires du Roi, pour la distribution des droits à eux appartenans pour les lettres qu’ils signent, porte que le droit de collation qui appartient aux secrétaires du roi, se partagera entr’eux ; que ce droit sera reçû par deux secrétaires du Roi députés par la compagnie, & distribué, comme il est dit par cette ordonnance.

Les secrétaires du Roi ont aussi le droit de délivrer des copies collationnées de toutes lettres de chancelleries, contrats, & jugemens.

Les notaires peuvent aussi délivrer des copies collationnées, tant des actes qu’ils reçoivent que de tous autres actes, lettres & jugemens qui leur sont représentés ; ils distinguent la copie collationnée sur la minute de celle qui n’a été collationnée que sur la grosse, ou sur une autre expédition ou copie.

La collation a plus ou moins de force selon le plus ou moins d’authenticité de l’original sur lequel elle est faite ; ainsi la collation faite sur la minute fait plus de foi que sur la grosse ou expédition.

On distingue aussi deux sortes de collations, savoir la judiciaire & l’extrajudiciaire : la premiere est celle qui se fait en vertu d’ordonnance de justice, les parties intéressées présentes ou dûement appellées ; l’autre est celle qu’une partie fait faire de son propre mouvement, & sans y appeller ceux contre qui elle veut se servir de la copie collationnée.

L’ordonnance de 1667, tit. 12, traite des compulsoires & collations de pieces ; le compulsoire précede ordinairement la collation. L’ordonnance veut que les assignations pour assister aux compulsoires, extraits & collations de pieces, ne soient plus données aux portes des églises, ou autres lieux publics, pour de-là se transporter ailleurs, mais qu’elles soient données à comparoir au domicile d’un greffier ou notaire, & que les assignations données aux personnes ou domiciles des procureurs ayent le même effet pour les compulsoires, extraits ou collations de pieces, que si elles avoient été faites au domicile des parties.

Le procès-verbal de compulsoire & de collation ne peut être commencé qu’une heure après l’échéance de l’assignation ; & il doit en être fait mention dans le procès-verbal. Voyez Compulsoire.

Ces collations judiciaires se font par le ministere du greffier ou huissier, au domicile duquel l’assignation est donnée.

Les pieces ainsi collationnées font la même foi que l’original contre ceux qui ont été présens ou appellés à la collation, pourvû que les formalités nécessaires y ayent été observées.

Les collations extrajudiciaires se font par les secrétaires du Roi ou par les notaires ; on leur remet entre les mains la piece que l’on veut faire collationner ; ils en font faire une copie au bas de laquelle ils mettent : Collationné à l’original (ou autre copie) par nous..... & à l’instant remis l’original (ou autre copie). Fait à..... ce........

Les copies collationnées sur le requisitoire d’une partie, ne font foi qu’autant qu’on veut bien y en ajoûter.

Dumolin sur l’article 5 de la coûtume de Paris, n. 63, au mot dénombrement, dit que quand quatre notaires auroient collationné une copie sur l’original, & qu’ils certifieroient que c’est le véritable original pour l’avoir bien vû & examiné, néanmoins leur copie collationnée ne fait pas une pleine foi sans la représentation de cet original ; car, dit-il, les notaires ne peuvent déposer que de ce qu’ils voyent ; & n’ayant pas vû faire l’original, ils n’en peuvent pas aussi avoir de certitude, ni rendre témoignage que la piece qu’on leur a mise entre les mains fût l’original. Il en seroit autrement si le notaire avoit lui-même reçû la minute de l’acte, ou s’il en est dépositaire ; d’ailleurs Dumolin ne parle que d’une collation extrajudiciaire faite sans partie présente ni appellée. (A)

Collation. (Jurisprud.) en matiere bénéficiale, se prend tantôt pour le droit de conférer une bénéfice vacant de fait ou de droit, ou de fait & de droit, ou pour l’acte par lequel le collateur confere le bénéfice, c’est-à-dire donne titre & provision par écrit à quelqu’un pour le posséder.

Le droit de collation ne doit pas être confondu avec celui de nomination ou présentation, ni avec celui d’institution.

Par le terme de simple nomination ou présentation, on entend le droit qui appartient aux patrons laïques ou ecclésiastiques de presenter quelqu’un à l’évêque pour être pourvû du bénéfice. Une telle nomination ou présentation est fort différente des provisions mêmes ; car l’évêque peut refuser le présenté, si celui-ci n’a pas les qualités & capacités requises pour posséder le bénéfice ; & s’il le trouve capable, il lui donne des provisions sans lesquelles le présenté ne peut joüir du bénéfice.

On se sert néanmoins quelquefois, mais improprement, du terme de nomination pour exprimer le droit de collation, ce droit étant fort différent, comme on voit, de la simple nomination ou présentation.

Pour ce qui est du terme institution, il a trois significations différentes ; car il se prend quelquefois pour la provision que l’évêque, ou autre collateur, donne sur la présentation du patron, ou pour l’autorisation que l’évêque donne sur des provisions proprement dites, mais d’un collateur qui lui est inférieur en dignité & en puissance ; enfin il signifie aussi la confirmation que le collateur fait d’une élection à un bénéfice qui est sujette à confirmation.

La collation des bénéfices appartient de droit commun à chaque évêque ou archevêque dans son diocèse, & au pape par prévention.

Il y a cependant quelques abbés, des chapitres, & autres ecclésiastiques, qui ont droit de collation sur certains bénéfices, pour lesquels le pourvû est seulement obligé de prendre le visa ou institution canonique de l’evêque, lorsqu’il s’agit d’un bénéfice à charge d’ames. Voyez Institution, Nomination, Présentation, Provision.

On distingue deux sortes de collations ; savoir la collation libre ou volontaire, & la collation nécessaire, forcée on involontaire.

La collation est libre & volontaire, lorsque l’évêque, ou autre collateur, est le maître de la faire à qui bon lui semble, sans être astraint à donner le bénéfice à une personne plûtôt qu’à une autre, à cause de quelque grace expectative, telle que celle de l’indult ou des gradués, des brevetaires de joyeux avenement & de serment de fidélité.

On appelle collation nécessaire, forcée ou involontaire, celle dans laquelle le collateur est obligé de conférer le bénéfice à celui à qui il est affecté par quelque expectative, par exemple, à un gradué, soit que le collateur ait le choix entre plusieurs gradués simples, ou qu’il soit dans le cas de conférer au plus ancien gradué, qu’on appelle gradué nommé.

Le collateur, pour établir son droit de collation, n’a pas besoin de rapporter de précédentes provisions du même bénéfice données par lui ou par quelqu’un de ses prédécesseurs ; il lui suffit de prouver par des actes & titres anciens que le bénéfice dépend de lui, & qu’aucun autre collateur n’en réclame la collation. Voyez de la Combe, Jurisprud. canoniq. au mot collat. sect. j. n. 7.

En fait de collation, trois actes différens, joints à une possession de quarante ans, acquierent le droit à celui qui se prétend collateur. La Rochefl. liv. I. tit. xxxjv. art. 1.

La collation même forcée étant toûjours un acte de jurisdiction volontaire ou gracieuse, peut être faite en tous lieux par le collateur, même hors de son territoire.

Ceux qui ont à leur collation des bénéfices situés hors le royaume, sont obligés de les conférer conformément aux lois qui s’observent dans le lieu de la situation de ces bénéfices ; & par une suite du même principe, les collateurs étrangers sont obligés de se conformer aux lois du royaume pour les bénéfices qui y sont situés. Dumolin, de infirm. resign. n. 281. Ainsi ils ne peuvent conférer qu’à des regnicoles. Déclarat. de Janvier 1681.

La collation du bénéfice peut être faite à un absent, & telle collation empêche la prévention ; il suffit que le pourvû accepte dans les trois ans, auquel cas son acceptation a un effet rétroactif au jour des provisions. Dumolin, ibid. & Louet, n. 72 & 73.

Un collateur ne peut pas se conférer à lui-même le bénéfice qui est à sa collation, quand même il en seroit aussi patron & présentateur ; il ne peut pas non plus se le faire donner par son grand-vicaire, s’il en a un. Capitul. per nostras extr. de jure patron. Voyez ci-devant au mot Collateur.

Dans les collations qui se font par élection, les électeurs doivent donner leur voix à un autre qu’eux ; il y a néanmoins des exemples que des cardinaux se donnent leur voix à eux-mêmes, & qu’un cardinal auquel les autres s’en étoient rapportés, s’est nommé lui-même pape, ce qui eut son effet.

Deux collations ou provisions de cour de Rome, faites le même jour & d’un même bénéfice à deux personnes différentes, se détruisent mutuellement par leur concours, cap. duobus de rescriptis, in sexto. ce qui a lieu quand même l’une des deux collations ou provisions se trouveroit nulle.

En cas de concours de deux provisions du même jour, dont l’une est émanée du pape, l’autre du collateur ordinaire, soit l’évêque ou autre collateur supérieur ou inférieur, celle du collateur ordinaire est préférée, quand même celle de cour de Rome marqueroit l’heure. Lebret, liv. IV. décision I. Journal des aud. Arrêt du 16 Mars 1661.

Lorsque l’évêque ou archevêque & leur grand-vicaire ont conféré le même jour, le pourvû par l’évêque ou archevêque est préféré, à moins que le pourvû par leur grand-vicaire n’eût pris possession le premier. Rebuffe, trait. de benef. tit. de rescript. ad benef. vac. Ruzé, privil. 46, n. 10.

Dans le cas où deux grands vicaires ont donné le même jour des provisions, autrefois on donnoit la préférence à celle qui marquoit l’heure ; mais suivant la déclaration du 10 Novembre 1748, la seule date du jour est utile. Voyez Date.

Un collateur ecclésiastique ne peut varier ; s’il confere à une personne indigne ou incapable, il perd pour cette fois la collation du bénéfice ; mais le collateur même ecclésiastique qui confere sur une démission ou permutation nulle, peut conférer le même bénéfice comme vacant par mort à la même personne ; cette nouvelle collation n’est pas considérée comme une variation de sa part, étant faite sub diverso respectu.

Les collateurs laïcs, soit les patrons que l’on comprend quelquefois sous ce terme, soit les collateurs proprement dits, peuvent varier dans leur collation ; ce qui ne signifie pas qu’ils puissent enlever au pourvû le droit qui lui est acquis, mais qu’ayant fait une premiere collation qui est nulle, ils en peuvent faire une seconde ou autre subséquente, pourvû qu’ils soient encore dans le tems de nommer. Voyez Collateurs laics & Patrons.

Dans quelques églises cathédrales où l’évêque confere des bénéfices alternativement avec le chapitre, les seules lettres de collation ou provisions données par l’un des deux collateurs font tour, c’est-à-dire le remplissent pour cette fois de son droit.

Pour ce qui est des chapitres qui ont la collation de quelques bénéfices, il y en a où tout le chapitre en corps confere ; d’autres où le droit de collation s’exerce par chaque membre du chapitre alternativement, c’est-à-dire que chaque chanoine a son mois ou sa semaine, pendant lequel tems il confere tous les bénéfices qui viennent à vaquer ; & s’il n’en vaquoit aucun pendant son tems, son tour ne laisseroit pas d’être rempli.

Pour la collation libre & volontaire, le collateur n’a que six mois pour conférer ; ce tems expiré, le droit de collation est dévolu pour cette fois au collateur supérieur de degré en degré, c’est-à-dire de l’abbé ou autre ecclésiastique à l’évêque, de celui-ci à l’archevêque, & de ce dernier au primat.

Dans les collations forcées, comme celles qui se font aux indultaires, gradués, brevetaires de joyeux avenement & de serment de fidélité, l’expectant peut obliger le collateur de lui donner des provisions, même après les six mois du jour de la vacance ; il suffit que la requisition ait été faite dans les six mois. Arrêt du 21 Février 1696. Journ. des aud.

Le collateur en conférant le bénéfice ne peut imposer au pourvû la condition de s’en démettre dans un certain tems, ou en cas de certains évenements. Il ne peut pas non plus charger le pourvû de recompenser quelqu’un ; ce seroit une clause simoniaque.

Toutes provisions doivent être signées de deux témoins connus, domiciliés, non parens ni alliés jusques & compris le degré du cousin-germain, soit du collateur soit du pourvû, à peine de nullité. Rebuffe, sur le concordat de collat. Voyez aussi l’art. ix. de l’édit de 1646.

L’édit de 1691 ordonne, art. v. que tous collateurs autres que les évêques, donneront leurs provisions devant deux notaires royaux & apostoliques, ou devant un tel notaire & deux témoins. Mais l’édit ne prononce pas la peine de nullité ; & c’est apparemment par ce motif qu’une collation faite sous seing privé en présence de deux témoins, fut confirmée par arrêt du grand-conseil du 29 Juillet 1711.

Il n’est pas nécessaire que le collateur garde minute des provisions qu’il donne ; cela fut ainsi jugé par arrêt du grand-conseil du 6 Mars 1727. Jurisprud. canon. de Lacombe, p. 148. col. 2.

Pour la validité de l’acte de collation ou provision, il faut que cet acte contienne l’adresse du collateur à celui à qui il confere le bénéfice, le droit en vertu duquel il confere ; & si c’est sur la présentation du patron, les provisions doivent en faire mention, & de même si c’est à un gradué, indultaire, ou autre expectant, ou si c’est par droit de dévolution.

Il faut pareillement exprimer dans les provisions les qualités de celui que le collateur pourvoit du bénéfice, le genre de la vacance, la qualité du bénéfice, la collation en faveur de celui auquel le collateur veut donner le bénéfice, la date de l’acte, la signature du collateur & des notaires & témoins sur la minute ou original de l’acte, & le sceau du collateur.

Le collateur ordinaire n’est cependant pas absolument obligé d’exprimer précisement le genre de vacance du bénéfice ; & s’il n’en exprime point, tous y sont censés compris. Dumolin, de public. n. 200. Voyez Collateur & Provisions. (A)

Collation, (Œconomie domestique.) repas très frugal qu’on fait le soir les jours de jeûne, & d’où le poisson & même les légumes cuits sont proscrits.

Le même terme désigne un repas très-différent du précédent ; car on est quelquefois servi en viandes froides, en confitures, en pâtisserie, en fruits, & en vins de toute espece. La collation prise dans ce dernier sens peut être moins somptueuse, mais elle n’a point d’heure prescrite. Elle se prend ordinairement en visite, ou à la suite de quelque fête, comme danses, bal, assemblée, &c.

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Étymologie de « collation »

(XIIIe siècle) Du latin collatio (« réunion, assemblage »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. collation ; espagn. colacion ; ital. collazione ; du latin collationem (voy. COLLATEUR).

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Phonétique du mot « collation »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
collation kɔlasjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « collation »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « collation »

  • En effet, les diplômés 2020 ont eu la chance de conclure la présente année scolaire marquée au fer rouge par le COVID-19 en organisant une collation des grades très émotive avec toge et mortier! La Nouvelle Union et L'Avenir de l'Érable, Collège Clarétain : une collation des grades émotive - La Nouvelle Union et L'Avenir de l'Érable
  • Le jeûne a ceci de bon qu'il fait apprécier la moindre collation. De Sylvie Sicotte / Non, je n'ai pas dansé nue
  • Alexandre Boily, l’organisateur de la collation des grades, aimerait remercier tous les collaborateurs, sans qui tout cela n’aurait pu se réaliser. En plus des personnes mentionnées ci-haut, Annick Vallières (textes des élèves), Thomas Mathieu (technicien), Alexandre Giguère (technicien), Stéphane Rodrigue (technicien) et Christian Poulin (entretien) ont été d’une aide remarquable.  EnBeauce.com, Une collation des grades réussie pour les finissants de la Polyvalente Saint-François | EnBeauce.com
  • «Le bal, la collation des grades… ça signifiait un nouveau départ pour moi, dit celle qui poursuivra ses études au Collège Champlain en art digital et nouveaux médias. Et mes amis et moi avions des plans d’après-bal aussi. Ma robe était achetée et nous avions fait les finitions dans les dernières semaines.» Le Reflet, VIDÉOS - Une collation des grades à domicile pour les finissants du Collège Charles-Lemoyne - Le Reflet
  • Pour la promotion 2020, la collation des grades se fera dans un contexte tout sauf ordinaire. Après une fin de session chamboulée par la pandémie, forçant un revirement rapide vers le numérique, voilà que les finissantes et finissants recevront leur diplôme d’une façon inusitée, qui marquera certainement leurs souvenirs, mais aussi l’histoire de l’Université d’Ottawa. Pour la première fois, les cérémonies de collation de grades seront entièrement virtuelles. Gazette, Une collation des grades virtuelle qui passera à l’histoire | Gazette | Université d'Ottawa

Images d'illustration du mot « collation »

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Traductions du mot « collation »

Langue Traduction
Anglais snack
Espagnol bocadillo
Italien spuntino
Allemand snack
Chinois 小吃
Arabe وجبة خفيفة
Portugais lanche
Russe закуска
Japonais スナック
Basque mokadu
Corse snack
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Synonymes de « collation »

Source : synonymes de collation sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « collation »

Collation

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