La langue française

Festin

Définitions du mot « festin »

Trésor de la Langue Française informatisé

FESTIN, subst. masc.

A.− Repas de fête caractérisé par l'abondance et la qualité des mets, l'apparat de la table et du service, et qui rassemble souvent un grand nombre de convives; p. méton. ensemble des mets et boissons composant ce repas. Festin solennel, somptueux; splendide festin; festin de noces, festin de roi; salle du festin. Synon. agapes (littér.), banquet, bombance (fam.), gueuleton (fam.).Eugénie se marie, et dans trois jours il y a une espèce de grand festin, un repas de fiançailles (Dumas père, Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 476).Sur la nappe ouvragée où le festin s'exalte, La venaison royale alterne aux fruits des îles; Dans les chypres et les muscats de Rivesalte, Endormeur des soucis, ô Léthé, tu t'exiles (Moréas, Syrtes,1884, p. 26).Jean Balland, un ancien valet de chambre qui avait servi dans le beau monde (...) allait, glissant sans bruit sur la pointe de ses escarpins, la serviette à l'épaule, grave, cérémonieux, muet, veillant à l'ordonnance du festin (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 189):
1. Après quoi les entremets : crème à la vanille, flanc [sic] au chocolat avec pointe de cannelle, et pâtisserie : feuilletés et massepains. Certes, les soucoupes de glace pour frapper les vins susceptibles de l'être, les fromages glacés aussi, les fruits juteux croulant sur les jattes venaient à point, qui rafraîchissaient le sang et retrempaient la fibre. Et ces viandes, que l'on présentait avant de les découper, comportaient toutes un second service en réserve à la cuisine, sur la plaque chaude, ou au frais à l'office, afin qu'un plat manqué fût aussitôt remplacé, que l'abondance du festin ne fléchît jamais. Pesquidoux, Livre raison,1925, p. 118.
1. Expressions
a) [P. allus. à la Bible, Daniel, ch. V] Festin de Balthazar. Festin au cours duquel Balthazar, roi de Babylone, vit apparaître les mots Mané − Thécel − Pharès qui annonçaient sa fin prochaine. La lecture de cette lettre nous terrassa comme un coup de foudre. C'était le « Manè, Thecel, Pharès », du festin de Balthazar (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 133).Afin que Mathéus n'eût pas le désappointement de reconnaître ce nom, effrayant pour lui comme les mots lumineux du festin de Balthazar (Duranty, Malh. H. Gérard, 1860, p. 314).
b) HIST. ET LITT. LAT.
Festin de Lucullus. Repas digne du gastronome Lucullus. Ce ne sera pas de trop de la cure de Carlsbad pour me remettre d'un pareil festin de Lucullus (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 466).
Festin de Trimalcion (épisode du Satiricon de Pétrone mettant en scène le parvenu Trimalcion). Ce laquais qui, au festin de Trimalcion, faisait le tour de la table en chantant d'une voix délicate les sauces où il entre du benjoin (Hugo, Rhin,1842, p. 215).
2. En partic. [Avec un compl. déterminatif indiquant la nature du festin] Synon. régal.Cependant le festin de langoustes donnait lieu à des entrées par des toits, à des conversations, jambes pendantes aux lucarnes et à des incendies de poêles à frire (Jacob, Cornet dés,1923, p. 160).Depuis ses festins de truites dans les monastères de la vieille Serbie, il a pris goût à ce poisson délicat (T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 300).
3. P. ext. Repas sans apparat, composé de mets simples mais délicieux. Le festin sur l'herbe des pastoureaux, que décrivent les auteurs bucoliques, se compose de pain, de fromage, de fruits (Faral, Vie temps st Louis,1942, p. 173):
2. Nos repas sont charmants encore que modestes, ... Le légume est pour presque rien, et le fromage : Nous en usons en rois dont ce serait l'usage. Quant aux fruits, leur primeur ça nous est bien égal, Pourvu qu'il y en ait dans ce festin vraiment frugal. Verlaine, Odes en son honn.,1893, p. 31.
B.− P. métaph. et au fig. Ce qui comble un désir, un besoin d'ordre moral, intellectuel, spirituel surtout; p. méton. plaisir que l'on goûte pleinement, jouissance extrême. Festin de la vie. (Quasi-)synon. festival.Le sentiment de la solitude et de la fraîcheur (...) l'odeur des plantes (...) sont pour l'âme un de ces festins spirituels auxquels l'imparfaite création la convie rarement (Delacroix, Journal,1854, p. 173).Baiser, festin d'amour dont je suis le Lazare! Il me vient dans cette ombre une miette de toi (Rostand, Cyrano,1898, III, 9, p. 136).J'ai faim d'orchestre, j'ai faim pour un vrai festin de musique (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 138).
REM. 1.
Festinant, ante, part. prés. et adj.,rare. [En parlant d'une pers.] Qui prend part à un festin. Je préférais un coin plus excentrique d'où je pusse me régaler de ce bruit, de cette cohue festinante (Arnoux, Chiffre,1926, p. 122).
2.
Festineur, subst. masc.rare. Personne qui prend part à un festin. Des grotesques rumeurs qu'épanchait le gosier de ces gais festineurs (Barbier, Satires,1865, p. 74).
Prononc. et Orth. : [fεstε ̃], [fe-]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1382 « repas de fête » (doc. ds A. Joubert, Hist. de la Baronnie de Craon, Angers, 1888, p. 325), attest. isolée; 1527 (J. Bouchet, Panég. de L. la Trémoille, éd. Panth. litt., p. 751, 797 d'apr. P. Barbier ds R. Ét. rab. t. 3, p. 393). Prob. empr., malgré l'écart chronol., à l'ital. festino « id. » (dep. xvies., Caporali ds Batt.), dimin. de festa (fête*). Fréq. abs. littér. : 938. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 287, b) 1 595; xxes. : a) 862, b) 663.
DÉR.
Festiner, verbe intrans.Prendre part à un festin; p. ext. faire un bon repas. Le soir, les vainqueurs festinent dans la grande salle du collège (Taine,Notes Anglet.,1872,p. 163).« (...) festinons sur l'aire et vive la joie en ce monde et dans l'autre! » Alors la belle sage dressa la table au dehors (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 134).Il [le vicomte] fit ramasser tous les vivres possibles, et l'on vit bientôt arriver au château des voiturées de poulets, de canards et de volailles de toutes sortes. On festina comme à des noces royales (Faral, Vie temps st Louis,1942, p. 162). [fεstine], [fe-], (il) festine [fεstin]. Ds Ac. 1694-1932. 1resattest. [1350 d'apr. FEW t. 3, p. 483b, et Bl.-W.5] 1583-90 trans. festiner qqn « lui offrir un festin » (Brantôme, Cap. estr., le comte de Nansau, I, 253 ds Hug.), 1649 absol. « faire un festin » (Scarron, Virgile travesti, V, 220b ds Richardson); de festin, dés. -er. Fréq. abs. littér. : 14.
BBG. − Hope 1971, p. 195. − Kohlm. 1901, p. 44.

Wiktionnaire

Nom commun

festin \fɛs.tɛ̃\ masculin

  1. Repas de fête abondant et somptueux.
    • Il […] présidait les grandes assemblées de la nation franke, suivies de ces festins traditionnels parmi la race teutonique, où des sangliers et des daims entiers étaient servis tout embrochés, et où des tonneaux défoncés occupaient les quatre coins de la salle. — (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 1er récit : Les quatre fils de Chlother Ier — Leur caractère — Leurs mariages — Histoire de Galeswinthe (561-568), 1833–1837)
    • Il n’est festin que de gens chiches, il n’est rien de tel que les gens chiches pour faire grandement les choses quand ils s’y mettent.
  2. Repas ; nourriture.
    • Je ne pus réussir à attraper un seul requin […]. Et cependant, lorsque je tuais l'un d'entre eux avec ma carabine sprinfield, c'était aussitôt une bataille féroce autour du festin cannibale. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • J'y ai dîné, et même assez mesquinement, car nous étions quatre inattendus, et la côtelette de veau jouait un principal rôle dans ce festin, comme sur nos tables d'hôte depuis quelques jours. — (Saintine, Les métamorphoses de la femme, Paris : Charlieu, 1857, p.202)
    • Il n’y avait que cela pour tout festin, il n’y avait que cela à manger.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FESTIN. n. m.
Repas de fête abondant et somptueux. Dresser, préparer, faire un festin. Inviter à un festin. Festin de noces. Festin royal. Prov., Il n'est festin que de gens chiches, Il n'est rien de tel que les gens chiches pour faire grandement les choses quand ils s'y mettent. Il n'y avait que cela pour tout festin, Il n'y avait que cela à manger.

Littré (1872-1877)

FESTIN (fè-stin) s. m.
  • Repas somptueux. Dans les festins que nous faisons ensemble, ou plutôt que vous me faites, je ne dois parler que pour dire grâces, Voiture, Lett. 90. Ce festin dura longtemps, ayant continué pendant cent quatre-vingts jours, Sacy, Bible, Esther, I, 4. Les violons sont retenus, le festin est commandé, Molière, Mar. f. 14. Il faut que je dîne chez M. de Rennes ; ce sont des festins continuels ; ah ! mon Dieu, quand pourrai-je mourir de faim ! Sévigné, 447. Moi qui ne compte rien, ni le vin, ni la chère, Si l'on n'est plus au large assis en un festin Qu'aux sermons de Cassagne ou de l'abbé Cotin, Boileau, Sat. III. Tous mes sots à l'instant, changeant de contenance, Ont loué du festin la superbe ordonnance, Boileau, ib. Il veut que d'un festin la pompe et l'allégresse…, Racine, Brit. v, 1. Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d'en faire à sa mère un horrible festin, Racine, Iphig. IV, 4. Les fous font les festins, et les sages les mangent, Dancourt, Sancho Pança, II, 1.

    Festin royal, festin qu'un roi donne en certaines occasions solennelles.

    Familièrement. Il n'y avait que cela pour tout festin, il n'y avait que cela à manger.

    PROVERBE

    Il n'est festin que de gens chiches, les gens parcimonieux sont magnifiques dans les occasions d'éclat.

HISTORIQUE

XVe s. J'aime la compaignie Où sont mes bons amis ; Mais le festin m'ennuie Où n'y a point de ris, Basselin, XXVI.

XVIe s. Il a esté au festin de Martin baston [il a été rossé], Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FESTIN. Ajoutez :
2 Nom donné, dans le comté de Nice, aux fêtes locales de chaque village, L. Guiot, Mém. Soc. centr. d'Agric. 1875, p. 244.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FESTIN, (Littér.) voyez Repas.

Festins Royaux. On n’a point dans cet article le vaste dessein de traiter des festins royaux que l’histoire ancienne nous a décrits, encore moins de ceux de tant de princes d’Europe qui, pendant les siecles obscurs qui ont suivi la chûte de l’Empire, ne se sont montrés magnifiques dans les occasions éclatantes, que par une profusion déplacée, une pompe gigantesque, une morgue insultante. Ces assemblées tumultueuses, presque toûjours la source des vaines disputes sur le rang, ne finissoient guere que par la grossiereté des injures, & par l’effusion du sang des convives. V. hist. de France de Daniel, & Mezeray, &c.

Les festins, dégoûtans pour les siecles où la politesse & le goût nous ont enfin liés par les mœurs aimables d’une société douce, n’offrent rien qui mérite qu’on les rappelle au souvenir des hommes ; il suffit de leur faire appercevoir en passant que, c’est le charme & le progrès des arts qui seul en a successivement délivré l’humanité

Par le titre de cet article nous désignons ces banquets extraordinaires que nos Rois daignent quelquefois accepter dans le sein de leur capitale ou en d’autres lieux, à la suite des grandes cérémonies, telle que fut celle du sacre à Reims en 1722, le mariage de S. M. en 1725, &c.

C’est un doux spectacle pour un peuple aussi tendrement attaché à son Roi, de le voir au milieu de ses magistrats s’entretenir avec bonté dans le sein de la capitale, avec les personnages établis pour représenter le monarque & pour gouverner les sujets.

Ces occasions sont toûjours l’objet d’une réjoüissance générale, & l’hôtel-de-ville de Paris y déploye, pour signaler son zele, sa joie & sa reconnoissance, le goût le plus exquis, les soins les plus élégans, les dépenses les mieux ordonnées.

Tels furent les arrangemens magnifiques qui se déployerent le 15 Novembre 1744, jour solennel où le Roi, à son retour de Metz, vint joüir des transports d’amour & de joie d’un peuple qui venoit de trembler pour ses jours.

Nous donnons le détail de ces festins, 1°. parce qu’ils ont été occasionnés par les évenemens les plus intéressans ; 2°. parce que les décorations qui les ont accompagnés appartiennent à l’histoire des Arts ; 3°. enfin parce qu’il est bon de conserver le cérémonial observé dans ces sortes d’occasions.

Décoration générale pour le festin royal du 15 Novembre 1744.

La décoration de la place devant l’hôtel-de-ville, étoit

Un arc de triomphe placé entre la maison appellée le coin du roi, & la maison qui fait encoignure sur la place du côté du quai.

Cet arc de triomphe avoit 70 piés de face sur 87 piés d’élevation, & d’un ordre d’architecture régulier, représentant un grand portique. Il étoit orné de quatre colonnes grouppées, d’ordre ionique, sur la principale face : & de quatre colonnes isolées sur les deux retours ; un grand attique au-dessus de l’entablement, sur lequel étoit un grouppe de relief de 48 piés de face sur 28 piés de haut, représentoit le Roi couronné de laurier par une renommée placée debout dans un char tiré par quatre chevaux, dont le Roi tenoit les rênes d’une main, & un bâton de commandant de l’autre. Plusieurs trophées de guerre & de victoire ornoient la face & le retour de cet attique.

Quatre figures allégoriques étoient placées sur les pié-d’estaux, entre les colonnes.

Les deux sur la face principale, représentoient la paix & la victoire ayant ces mots écrits au-dessous, aut hæc, aut illa.

Le grand édifice étoit construit en relief, & peint de différens marbres.

Au-devant de l’attique & au-dessous du Roi, étoient écrits en lettres d’or sur un fond de marbre, en deux lignes, Ludovico redivivo, Ludovico triumphatori.

Le pourtour de la place de l’hôtel-de-ville étoit décoré par une colonnade divisée en quinze grouppes d’ordre ionique & de relief, montés sur des socles & pié-d’estaux, & couronnés de leur entablement : au-dessus de ces grouppes étoient dressés des trophées dorés, représentant différens attributs de guerre & de victoire.

Cette colonnade étoit peinte de différens marbres, dont les bases & chapiteaux étoient dorés. Les fûts des colonnes étoient ornés de guirlandes de lauriers. D’un grouppe à l’autre de cette colonnade partoient des guirlandes pareilles, qui formoient un entablement à l’autre.

Les fonds des pié-d’estaux étoient ornés de trophées peints en bronze doré, & représentoient différens attributs de victoire.

La face extérieure de l’hôtel-de-ville avoit été nettoyée & reblanchie en toute sa hauteur, y compris les pavillons & les cheminées ; le cadran peint à neuf & redoré, ainsi que les inscriptions ; la statue équestre d’Henri IV. rebronzée, & la porte principale peinte & redorée.

Au-dessus & au-dehors de la croisée du milieu, étoit placée une grande couronne royale en verre transparent & de couleur, ornée de pentes de gaze d’or & de taffetas cramoisi, qui descendoient jusque sur l’appui de cette croisée.

Au milieu de la place ordinaire aux canons, au bas du quai Pelletier, étoit représenté par des décorations un corps de fontaine dont l’architecture étoit traitée en pierre, & d’une construction rustique.

La calote & le dessus de l’entablement étoient ornés de trophées & attributs convenables à la fontaine & à l’objet de la fête.

Dans l’intérieur de cette fontaine étoit placée une grande cuve qui avoit été remplie de douze muids de vin, qui fut distribué au peuple par trois faces de cette fontaine : elle commença à couler au moment de l’arrivée du Roi à l’hôtel-de-ville, & ne cessa qu’après son départ.

A côté de cette fontaine, & adossé au mur du quai, étoit dressé un amphithéatre par gradins, orné de décorations, sur lequel étoient placés des musiciens qui joüerent de toutes especes d’instrumens toute la journée & bien avant dans la nuit.

Aux deux côtés de cet amphithéatre étoient disposés deux especes de balcons ornés de décorations ; & c’étoit par-là que se faisoit la distribution au peuple, du pain & des viandes.

La place au centre de laquelle étoit cette fontaine, étoit entourée de plusieurs poteaux qui formoient un parc de toute l’étendue de la place, sur lesquels étoient des girandoles dorées, garnies de forts lampions.

Ces poteaux étoient ornés & entourés de laurier, dont l’effet formoit un coup-d’œil agréable, pour représenter des arbres lumineux.

D’une tête de poteau à une autre étoient suspendus en festons à double rang, une quantité considérable de lampes de Surene[1], qui se continuoient au pourtour de la place.

Le pourtour de la barriere de l’hôtel-de-ville étoit fermé de cloisons de planches peintes en pierres, pour empêcher le peuple d’entrer dans l’intérieur du perron.

Les murs de face de la cour, les inscriptions & armoiries ont été blanchis, ainsi que le pourtour du péristile, les murs, voûtes, escaliers, corridors & passages de dégagement.

Sur le pallier du milieu du grand escalier étoient deux lustres de crystal, & plusieurs girandoles en cire le long des murs des deux rampes.

La grande salle n’avoit point de piece qui la précédât : on construisit une antichambre ou salle des gardes, de plain-pié à la grande salle ; on la prit sur la cour, & le dessous forma par cet ordre un péristile au rez de chaussée de la cour.

Cette salle des gardes étoit construite d’une solide charpente & maçonnerie, elle procuroit une entrée à la grande salle par son milieu ; & loin de gâter la symmétrie & l’ordonnance de la cour, elle la rendoit plus réguliere.

Les sept fenêtres de la grande salle furent garnies de grandes croisées neuves à grands carreaux & à deux battans, avec des espagnolettes bronzées.

Le pourtour de la salle étoit décoré d’un lambris d’appui : les cadres & les panneaux en étoient dorés.

Les murs, trumeaux, embrasemens & plafonds des croisées de cette salle, ainsi que le pourtour des tableaux, étoient recouverts de damas cramoisi en toute la hauteur, bordé d’un double galon d’or.

Le dessus de la nouvelle porte d’entrée étoit orné d’un grand panneau d’étoffe cramoisi, enrichi d’un grand cartouche qui renfermoit le chiffre du Roi.

Toutes les croisées étoient garnies de rideaux de taffetas cramoisi, bordé d’un galon d’or, avec frange au pourtour.

Les portieres ouvertes & feintes étoient de damas cramoisi, & garnies d’un double galon d’or.

La peinture & dorure de ces portes avoient été renouvellées, & toutes les ferrures des portes & des croisées étoient bronzées.

La salle étoit garnie de banquettes cramoisi : sur la cheminée, du côté de la chambre qui étoit destinée au Roi, étoit placé un riche dais, sur la queue duquel étoit le portrait de S. M.

Ce dais étoit de damas cramoisi, chargé de galons d’or, & des aigrettes de plumes blanches au-dessus.

Le buste du Roi, en marbre blanc, étoit placé au-dessous de ce tableau, sur une console dorée.

Les trumeaux des fenêtres étoient garnis chacun de trois girandoles de crystal, posées sur des consoles richement sculptées & dorées.

Le mur opposé aux trumeaux étoit pareillement garni de girandoles disposées avec symmétrie.

Dans la longueur de la grande salle pendoient quatorze beaux lustres de forts crystaux disposés en rangs en des dispositions variées, mais relatives entr’eux, & d’une symmétrie fort élégante.

Dans cette grande salle étoit dressé, dans l’angle à côté de la cheminée, un amphithéatre en gradins, sur lequel étoient placés-soixante musiciens qui devoient exécuter des morceaux de musique pendant le festin du Roi.

Cet amphithéatre étoit couvert tout-autour de damas cramoisi galonné d’or.

Le grand buffet de vermeil de la ville étoit dressé dans l’angle de l’autre cheminée, vis-à-vis de l’amphithéatre où étoit la symphonie.

Les deux cheminées étoient garnies de grandes grilles neuves, ornées de belles & grandes figures de bronze doré.

Le plancher de la salle étoit couvert de tapis de Turquie, & d’un double tapis de Perse à l’endroit où le Roi devoit se mettre à table.

La table pour le festin du Roi, que S. M. avoit permis que l’on dressât avant son arrivée, étoit placée dans cette grande salle. Elle avoit trente piés de longueur sur huit piés de large ; elle étoit composée de neuf parties, sur quatre piés brisés en forme de piés de biche : elle avoit été faite pour trente-deux couverts.

Les appartemens destinés pour le Roi, pour la Reine, pour monseigneur le Dauphin, pour Mesdames, étoient décorés avec la plus grande magnificence ; mais la Reine & Mesdames ne vinrent point à l’hôtel-de-ville.

Décoration de la cour de l’Hôtel-de-Ville.

Aux deux côtés de la statue de Louis XIV. étoient deux grands lis de fer-blanc, garnis d’un grand nombre de forts lampions.

Au-devant de chaque colonne du premier ordre étoient des torches dorées, portant chacune des girandoles dorées à neuf branches, garnies de bougies.

Le surplus de ces colonnes, jusqu’à leurs chapiteaux, étoit garni de deux panneaux de lampions, dont le supérieur formoit un cœur.

Au centre de chaque arcade étoit suspendu un lustre de crystal, au-dessus duquel étoit une agraffe dorée, d’où sortoient des festons & chûtes de fleurs d’Italie.

Les embrasemens de chaque arcade étoient garnis de girandoles dorées à cinq branches. L’architecture de ce premier ordre étoit garnie d’un fil de lampions au pourtour.

Le dessus de l’entablement étoit garni de falots. Les colonnes du second ordre étoient décorées & garnies chacune d’un génie de ronde bosse d’or, portant d’une main une girandole dorée à sept branches, & de l’autre main tenant une branche de laurier qui montoit en tournant autour du fût de la colonne jusqu’au chapiteau : cette branche de laurier étoit dorée.

Dans la frise de l’entablement, au-dessus des colonnes, étoient des médaillons d’or à fond d’azur, avec fleurs-de-lis & chiffres alternativement rehaussés d’or.

Au centre de chacune des croisées ceintrées étoit placé un lustre de crystal, suspendu par un nœud doré.

Au-dessus de chaque lustre étoit une grande agraffe dorée, d’où sortoient des festons aussi dorés.

Au-dessus de l’entablement du second ordre étoient placées des lanternes de verre, formant pavillons au-dessus des colonnes, & festons au-dessus des croisées ceintrées.

Au-devant de la lucarne, au-dessus de la statue du roi, étoit un tableau transparent, avec une inscription portant ces mots : Recepto Cæsare felix. Le nouveau péristile étoit orné de lustres de crystal, & de girandoles dorées sur les colonnes & les embrasemens des arcades.

L’ancien péristile étoit orné de cinq lustres de crystal, dont celui du milieu en face du premier escalier, étoit à vingt-quatre-branches, avec festons & chûtes de fleurs d’Italie qui formoient un pavillon.

Sur le pallier du milieu du grand escalier étoit un lustre, aussi bien que dans le vestibule & dans tous les corridors.

Marche du Roi.

Sur les deux heures le Roi partit du château des Tuileries, ayant devant & derriere ses carrosses les gendarmes, chevaux-legers, les deux compagnies des mousquetaires, & ses gardes-du-corps.

Comme la route de sa Majesté étoit par la rue S. Honoré, celle du Roule, & celle de la Monnoie, la ville avoit fait élever pour son passage une fontaine de vin à la croix du Trahoir, & on y distribuoit au peuple du vin & de la viande. Sa Majesté étant au commencement du quai de Gesvres, les boites & les canons de la ville firent une décharge, & le conduisirent à ce bruit jusque dans l’hôtel-de-ville.

Sa Majesté étant arrivée dans la place, y trouva les gardes françoises & suisses ; les gendarmes & les chevaux-legers filerent du côté de la rue du Mouton, & les mousquetaires allerent par-dessus le port pour se poster à la place aux Veaux.

Lorsque le Roi fut arrivé près la barriere de l’hôtel-de-ville avec ses gardes-du-corps, il fut reçu à la descente de son carrosse par le prevôt des marchands & les échevins, qui mirent un genou à terre : ils furent présentés par M. le duc de Gesvres comme gouverneur, & conduit par M. Desgranges maître des cérémonies.

M. le prevôt des marchands complimenta sa Majesté, laquelle répondit avec sa bonté naturelle ; & sa Majesté s’étant mise en marche pour monter l’escalier, les prevôt des marchands & échevins passerent avant sa Majesté, laquelle trouva sur le haut de l’escalier les gardes-du-corps en haie & sous les armes.

Elle fut conduite dans la grande salle en passant par la salle des gardes, & de-là dans son appartement, dont la porte étoit gardée par les huissiers de la chambre, & qui avoient sous leurs ordres des garçons, que la ville avoit fait habiller de drap bleu galonné en argent, pour servir de garçons de la chambre, tant chez le Roi que dans l’appartement de monseigneur le Dauphin.

Monseigneur le Dauphin qui étoit arrivé avec le Roi, de même que les princes & autres seigneurs, le suivirent dans son appartement.

Les prevôt des marchands & échevins s’étoient tenus dans la grande salle ; le Roi ordonna de les faire entrer, & M. le gouverneur les présenta à sa Majesté tous ensemble, & chacun en particulier.

Quelque tems après M. le prevôt des marchands eut l’honneur de présenter un livre relié en maroquin bleu sur vélin & en lettres d’or, à sa Majesté, à monseigneur le Dauphin, & aux princes. Il contenoit une ode faite pour la circonstance, & qui fut exécutée en musique pendant le festin de sa Majesté.

Sur les trois heures M. le prevôt des marchands, qui étoit sorti un instant de l’appartement du Roi, y rentra, & eut l’honneur de dire à sa Majesté qu’elle étoit servie. Le Roi sortit de son appartement, passa dans la grande salle, & se mit à table.

Pendant le festin, l’ode qui avoit été présentée au Roi fut exécutée ; & il y eut d’autres morceaux de musique exécutés par la symphonie. Pendant le festin, M. le prevôt des marchands eut l’honneur de servir le Roi.

Outre la table de sa Majesté, il y avoit plusieurs tables pour les seigneurs & les personnes de considération, qui n’avoient pas été nommées pour la table du Roi. Il y avoit aussi des tables pour les personnes de la suite du Roi, pour les gardes-du-corps, les pages, &c.

Après le festin, le Roi & monseigneur le Dauphin passerent dans leur appartement. Le Roi regarda par ses croisées l’illumination de la place.

Toutes les parties principales de l’architecture de l’arc de triomphe étoient dessinées & représentées en illumination & en relief, suivant leurs saillies & contours ; ce qui composoit environ quatorze mille lumieres, tant en falots qu’en lampes à plaque.

Les entablemens de la colonade autour de la place, étoient garnis de falots ; les fûts des colonnes étoient couverts de tringles, portant un grand nombre de lampes à plaque ; les couronnemens des pié-d’estaux étoient pareillement garnis de falots.

Le corps de la fontaine qui étoit dans le milieu de la place ordinaire des canons, étoit décoré d’un grand nombre de lumieres en falots ou lampes à plaque, qui traçoient la principale partie de la décoration & ses saillies.

Tout le pourtour de cette fontaine qui formoit une salle de lumieres, & les poteaux, étoient illuminés par des lustres de fil-de-fer, avec lampes de Surene ; & les doubles guirlandes de lampes qui joignoient chaque poteau ou pié d’arbre, faisoient un effet admirable.

Au-dehors & sur les retours de la barriere de l’hôtel-de-ville, étoient quatre grands ifs de fer en consoles bronsées, portant chacun cent cinquante fortes lampes.

La face extérieure de l’hôtel-de-ville étoit illuminée de cette maniere.

Les deux lanternes du clocher étoient garnies de lampes à plaque, qui figuroient les ceintres des arcades, avec festons de lumieres au-devant des appuis.

Le pourtour du pié-d’estal & du grand socle étoit orné de forts lustres de fil-de-fer, garnis de lampes de Surene, & leurs corniches avec des falots.

Le grand comble du milieu étoit orné à ses extrémités, de deux grandes pyramides circulaires, garnies de lampes de Surene.

Le faîte & les arêtiers étoient bordés de falots. La face principale de ce comble & celle des deux pavillons, étoit garnie en plein de lampes à plaque.

Les entablemens de deux pavillons, l’acrotaire du milieu, & le grand entablement, étoient bordés de falots.

L’illumination de la cour étoit telle qu’elle est décrite ci-devant.

Après avoir considéré quelque tems l’illumination de la place, le Roi sortit de son appartement avec monseigneur le Dauphin, descendit dans la cour ; il regarda quelque tems l’illumination, & monta dans son carrosse.

On croit devoir ajoûter à ces premiers détails, la description du souper du Roi à l’hôtel-de-ville, le 8 Septembre 1745, après les mémorables victoires de la France.

Le cérémonial de tous ces festins est toûjours le même ; mais les préparatifs changent, & forment des tableaux nouveaux qui peuvent ranimer l’industrie des Arts : les articles de ce genre ne peuvent donc être faits dans l’Encyclopédie avec trop de zele & de soin. Puissent-ils y devenir des archives durables de la magnificence & du goût d’une ville illustre, dont le bon ordre & l’opulence attirent dans son sein tous les Arts, & qui par le concours immense des plus excellens artistes de l’Europe, est unanimement regardée comme l’école de l’Univers !

Souper du Roi en banquet royal dans l’hôtel-de-ville,
le 8 Septembre 1745
.

Sur les sept heures du soir, leurs Majestés, avec toute la famille royale, entrerent dans la place de l’hôtel-de-ville, précédées des détachemens des deux compagnies des mousquetaires, des chevaux-legers, des gardes-du-corps, & des gendarmes. Les gardes françoises & suisses bordoient la place des deux côtés.

Le carrosse de sa Majesté étant devant la barriere de l’hôtel-de-ville, MM. de la ville s’avancerent de dix pas au-dehors de la barriere de l’hôtel-de-ville. M. le duc de Gesvres les ayant présentés aussi-tôt que sa Majesté fut descendue de carrosse, ils mirent un genou à terre, & M. le prevôt des marchands fit un discours au Roi.

Ces messieurs qui étoient vêtus de leurs robes de velours, prirent aussi-tôt le devant, & conduisirent le Roi, la Reine, monseigneur le Dauphin, madame la Dauphine, & Mesdames, dans la grande salle, & de-là à l’appartement du Roi, où ils eurent l’honneur d’être encore présentés au Roi par M. le duc de Gesvres.

Sur les huit heures & demie du soir, M. le prevôt des marchands demanda l’ordre du Roi pour faire tirer le feu d’artifice. On commença par faire une décharge des boîtes & des canons ; ensuite on tira les fusées volantes, & différentes pieces d’artifice qui parurent d’une forme très-nouvelle. Le feu d’abord forma une brillante illumination, & au haut de l’artifice étoit un Vive le Roi, dont le brillant & la nouveauté frappa d’admiration tous les spectateurs. L’artifice étoit disposé de façon qu’il s’embrasa tout-à-coup, & que les desseins ne perdirent rien à sa rapidité. Le Roi qui parut fort satisfait, vit tirer ce feu à la croisée du milieu de la grande salle ; les deux croisées à côté étoient distinguées & renfermées dans une estrade de la hauteur d’une marche, entourée d’une balustrade dorée : elle étoit couverte, ainsi que toute l’étendue de la salle, d’un tapis. Il y avoit un dais au-dessus de ladite croisée du milieu, sans queue ni aigrette ; & au-dehors de cette croisée sur la place, étoit un autre dais très-riche avec aigrette & queue.

La Reine y étoit aussi. Il y avoit deux fauteuils pour leurs Majestés ; & la famille royale & toute la cour, étoient sur cette estrade sur des banquettes.

Après le feu, leurs Majestés passerent dans la salle des gouverneurs, qui avoit été décorée en salle de concert. On y exécuta une ode sur le retour de sa Majesté. Les vers étoient de M. Roy ; MM. Rebel & Francœur en avoient fait la musique.

Pendant le concert, on avoit ôté l’estrade de la grande salle & les tapis, pour dresser la table.

Le Roi, après le concert, rentra dans son appartement ; la Reine & la famille royale l’y suivirent, & M. le prevôt des marchands eut l’honneur de dire au Roi que sa Majesté étoit servie : alors le Roi, la Reine & toute la famille royale, allerent se mettre à table.

La table contenoit quarante-deux couverts. Le Roi & la Reine se mirent à table au bout du côté de l’appartement du Roi, dans deux fauteuils ; & sur le retour à droite, étoit sur un pliant monseigneur le Dauphin ; à gauche sur le retour, madame la Dauphine ; à droite, après monseigneur le Dauphin, étoit madame premiere ; à gauche, après madame la Dauphine, étoit madame seconde ; à droite, après madame premiere, étoit madame la duchesse de Modene, & tout de suite après elle étoit mademoiselle de la Roche-sur-Yon ; & de l’autre côté, après madame seconde, étoit madame la princesse de Conti, & ensuite toutes les dames de la cour.

Le Roi & la Reine & la famille royale furent servis en vaisselle d’or, & les princesses en vaisselle de vermeil. M. le prevôt des marchands eut l’honneur de servir le Roi.

La salle étoit remplie de personnes de la premiere considération qui étoient entrées par des billets, des officiers des gardes-du-corps, du premier gentilhomme de la chambre de M. le duc de Gesvres.

La décoration de la grand salle étoit telle.

Etant d’usage d’appuyer les planchers lorsque le Roi honore de sa présence l’hôtel-de-ville, il avoit été mis quatorze forts poteaux sous la portée des poutres, au-devant des trumeaux des croisées sur la place, & à l’opposé, & deux autres près des angles. Ces seize poteaux étoient recouverts & ornés de thermes ou cariathides, sur des piés-d’estaux ; ils représentoient les dieux & déesses de la Victoire, avec leurs attributs. Le corps des figures étoit en blanc, pour imiter le marbre, & les gaînes étoient en marbre de couleur rehaussé d’or, ainsi que les piés-d’estaux. Le plafond étoit tendu d’une toile blanche au-dessous des poutres, encadrée d’une bordure dorée, faisant ressaut au-dessus des cariathides. Les embrasemens des croisées sur la place étoient ornés de chambranles dorés, & les traverses ceintrées embellies de guirlandes sur les montans & au-dessous des traverses.

La face opposée aux croisées étoit répétée de symmétrie, & figuroit des croisées feintes. Les portes ouvrantes & feintes étoient pareillement ornées de chambranles. Les fonds & les embrasemens étoient garnis de taffetas cramoisi, enrichi de galons d’or, & ils formoient des panneaux & des compartimens dessinés avec goût. Les deux cheminées avoient été repeintes, les ornemens redorés, ainsi que les draperies des figures.

Cette salle, à laquelle la décoration donnoit la forme d’une galerie, étoit ornée & éclairée par quatorze beaux lustres qui pendoient du plafond, disposés à quatre rangs, d’une position variée, pour l’alignement & la hauteur. Les retours de chacun des seize pié-d’estaux étoient ornés de deux girandoles à cinq branches, formant des bouquets de lis. Au-devant de chacune des gaînes des cariathides étoit une guirlande à sept branches, composée de branches de fleurs. Au-devant de la cheminée, du côté de la chambre du Roi, étoit dressé un riche dais avec une queue, sur laquelle étoit le portrait du Roi. Le buste de marbre du Roi étoit au-dessous, sur une console dorée, posée sur le chambranle de la cheminée. La cheminée opposée du côté de la chambre de la Reine, avoit été de même répeinte & redorée ; & pour l’éclairer, il avoit été sait deux consoles dorées, qui paroissoient être tenues par les deux figures couchées sur le chambranle pour porter deux girandoles de crystal.

L’orchestre où s’exécutoit le concert pendant le souper, étoit à un des côtés de cette cheminée ; il étoit composé de cinquante instrumens, & recouvert de taffetas cramoisi galonné d’or.

Le buffet de la ville étoit dressé dès le matin dans la partie de cette salle, auprès de la cheminée du côté de la chambre du Roi.

Au bas, pour le souper, il y avoit un petit buffet particulier pour le Roi & la Reine, & la famille royale.

Après le souper, qui dura deux heures, le Roi passa avec la Reine & la famille royale dans son appartement. Ils virent par les fenêtres l’illumination de la place.

Illumination de la Place.

Le pourtour de la place étoit décoré par quinze pié-d’estaux quarrés, qui portoient des drapeaux entrelacés de lauriers, & entouroient le pié d’un grouppe de lumieres ; treize autres piés triangulaires portoient des pyramides ou ifs de lumieres, & chacune de ces vingt-huit pieces portoit quatre-vingt & cent grosses bougies, ce qui faisoit environ trois mille lumieres. Le contour du feu d’artifice étoit illuminé, ensorte que cela faisoit tableau pour les quatre faces.

Après avoir examiné l’illumination de la place, leurs Majestés & la famille royale quitterent les appartemens, & descendirent dans la cour.

L’enceinte de la cour étoit ornée d’une chaîne de guirlandes de fleurs, qui formoient des festons d’une colonne à l’autre, avec de belles chûtes au-devant des colonnes, & sur les lustres des croisées du second ordre. Au-dessus de ces lustres étoient des couronnes de feuilles de laurier. Au-devant du bas de chaque colonne du second ordre, étoit une girandole formant des branches de roseau. Au-devant des piés-droits des croisées ceintrées, étoient d’autres girandoles qui figuroient des bouquets de roses. Au rez-de-chaussée les arcades étoient ornées de lustres couronnées d’un trefle de fleurs, avec des cordons soie & or, chûtes ; d’où les lustres pendoient. Au-devant du bas de chaque colonne étoit une girandole dorée à fleurs-de-lis. Les embrasemens étoient garnis de filets de terrines. Aux côtés de la statue de Louis XIV. étoient deux grands lis de fer-blanc, garnis de forts lampions. La grande couronne royale transparente étoit placée sur l’entablement supérieur, au-dessus de la croisée du milieu de la nouvelle salle des gardes : au-dessous de cette couronne étoient des pentes de rideaux de taffetas bleu, avec galons & franges d’or, retroussés en forme de pavillon, sous lequel étoit le chiffre du Roi en fleurs : au-dessous & sur l’entablement du premier ordre, étoient les armes de France & de Navarre, soûtenues par des génies aux deux côtés de la couronne. Sur l’entablement étoient posés des grouppes d’enfans, badinant avec des guirlandes qui se joignoient à la couronne & aux guirlandes du pourtour de la cour.

Le grand escalier, le vestibule du premier & du rez-de-chaussée étoient ornés de lustres & de girandoles de fer-blanc : le tout garni de grosses bougies.

Le clocher de l’hôtel-de-ville étoit entierement illuminé, ainsi que le comble de la grande salle.

Leurs Majestés regarderent quelque tems cette illumination, & ensuite descendirent le grand escalier pour monter dans leurs carrosses, avec monseigneur le Dauphin, madame la Dauphine, & Mesdames. MM. de la ville les avoient reconduits jusqu’à leurs carrosses.

Il a été donné par la ville de Paris plusieurs autres festins au Roi, à la Reine, à la famille royale.

Jamais monarque n’a gouverné ses peuples avec autant de douceur ; jamais peuples aussi n’ont été si tendrement attachés à leur roi. (B)

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Étymologie de « festin »

De l’italien festino (« petite fête »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Voy. FESTINER.

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Phonétique du mot « festin »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
festin fɛstɛ̃

Évolution historique de l’usage du mot « festin »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « festin »

  • Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ; Ou c'est d'un esprit sot, ou c'est d'une âme basse. Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ; C'est d'un mauvais courage, et qui trop tôt se lasse. Ioánnis Papadhiamandopoúlos, dit Jean Moréas, Stances, Mercure de France
  • Assez vaut festin. De Euripide
  • Le bonheur est un festin de miettes. De Jacques Faizant /
  • Petite chère et grand accueil font joyeux festin. De William Shakespeare / La Comédie des erreurs
  • La parole, c'est comme un festin et quand un festin est servi, chacun doit y prendre sa part. De Massa Makan Diabaté / Le Lieutenant de Kouta
  • L'excellence de l'esprit est un perpétuel festin. De La Bible / Livre des proverbes
  • Un restaurateur est celui dont le commerce consiste à offrir au public un festin toujours prêt. De Anthelme Brillat-Savarin
  • Le pain et le vin sont le commencement d’un grand festin. De Proverbe savoyard
  • Tous les jours du pauvre sont mauvais, l'âme tranquille est comme un festin continuel. De La Bible / Le Livre des proverbes
  • Si tu es rapide au festin et lent à la course, mange avec tes pieds et cours avec ta bouche. De Lucien / Dialogue des morts
  • Le sage doit quitter la vie avec autant de décence qu'il se retire d'un festin. De Démophile / Sentences
  • La modération est une chose fatale. "Assez" est mauvais comme un repas. "Trop" est bon comme un festin. De Oscar Wilde / Le Portrait de Dorian Gray
  • Au festin de la lecture, on ne mange pas tous les livres avec le même appétit, au même rythme : avec celui-ci on pignoche et celui-là on l'engloutit. De Bernard Pivot / Le Métier de lire
  • Les sots donnent des festins, les sages s'y nourrissent. De Benjamin Franklin / Almanach du pauvre Richard
  • Les Français ont une telle façon gourmande d’évoquer la bonne chair qu’elle leur permet de faire entre les repas des festins de paroles. De Pierre Daninos
  • Des festins en musique, il en est beaucoup à avoir été offerts depuis les musiques de table baroques jusqu’aux Musiques pour les soupers du roi Ubu de Bernd Aloïs Zimmermann. Il y a eu le Festin d’Esope de Charles-Valentin Alkan, celui de l’araignée d’Albert Roussel. Et Yan Maresz de nous mettre en appétit dans sa « première tentative de constituer un véritable orchestre de percussions », évoquant l’abondance et la qualité des mets au sens propre comme au sens figuré : « J’ai vu tous ces instruments sur la scène. Avec toutes ces couleurs, toutes ces formes, c’était comme l’immense table d’un festin majestueux, une orgie, une démesure. Deux octaves de gong sur pied à côté de deux octaves de cloches plates, c’est impressionnant ! » France Musique, Yan Maresz : Festin
  • Des festins qui participent au rayonnement de la gastronomie locale, entre tradition vinicole millénaire, épices vivifiantes et saveurs métissées. Une cuisine où se croisent les influences perses, turques et mongoles, et qui convertit de plus en plus de gourmets, notamment en France. Le Monde.fr, Un festin géorgien, sinon rien !
  • Si les amoureux de Manchester United doivent ramasser des miettes ces dernières années, ce que propose la bande à Ole Gunnar Solskjaer depuis la reprise ressemble à un festin. Avoir quelques certitudes change tout, dans la vie d’une équipe. Man United le constate à chacune de ses sorties, où la qualité de ses individualités va de pair avec des nouveaux circuits toujours plus huilés. Sport 365, Manchester United déroule, Pogba brille / Premier League (J34)

Traductions du mot « festin »

Langue Traduction
Anglais feast
Espagnol banquete
Italien festa
Allemand fest
Chinois 盛宴
Arabe وليمة
Portugais festa
Russe праздник
Japonais ごちそう
Basque besta
Corse festa
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Synonymes de « festin »

Source : synonymes de festin sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « festin »

Festin

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