Souper : définition de souper


Souper : définition du Wiktionnaire

Verbe

souper \su.pe\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Québec) (Belgique) (Suisse) Prendre le repas du soir. Note : En France, l'usage du verbe dîner remplace le précédent à partir du XIXe siècle.
    • Çà ! souperons-nous ? demanda aigrement Coconnas, interrompant les apartés de son hôte. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre IV)
    • Nous fîmes cela, puis M. Goulden tira de l’armoire une bouteille de son vin de Metz, qu’il gardait pour les grandes circonstances, et nous soupâmes en quelque sorte comme deux camarades ; […] — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813/2, J. Hetzel, 1864)
    • On fait, en Suisse, ordinairement trois repas : le matin, on déjeune au miel et au café ; vers midi, on lunche, et le soir , on dîne ou soupe à la table d'hôte ou isolément. — (La Suisse circulaire, Guide Conty, 8e éd., 1894, p. 25)
    • Comme il s’était déjà mis en société avec d’autres commerçants, il leur donna à souper ce soir-là. — (Jean-Baptiste Fabre, Istòria de Joan-l’an-pres, traduction française Patric Sauzet et Felip Gardy, 1988, CRDP Montpellier, p. 42)
  2. (France) Prendre un repas plus tardif que le dîner, notamment après une sortie vespérale (théâtre, cinéma).

Nom commun

souper \su.pe\ masculin

  1. (Québec) (Belgique) (Suisse) Repas du soir.

Note : En France, l'usage du terme dîner remplace le précédent à partir du XIXe siècle.

    • Nous arrivâmes vers les huit heures et demie à Fontenay ; un excellent souper nous attendait, puis après le souper une promenade au jardin. — (Alexandre Dumas, « La Rue de Diane à Fontenay-aux-Roses », dans Les Mille et Un Fantômes, 1849)
    • Au nombre de ces conscrits de quelques jours si méticuleux sur la question du confortable, j’en avais remarqué un qui, la veille au soir, avait paru surpris de ne point trouver de souper dressé sous la tente. — (Amédée Achard, Récits d’un soldat - Une armée prisonnière ; Une campagne devant Paris, 1871)
    • C'était le mercredi 15 novembre de l'an de grâce 1665. Ce soir-là, il y avait petit souper et grande compagnie, rue Vieille-du-Temple, chez La Vienne, le baigneur à la mode, l'étuviste en renom, le barbier du monde élégant. — (Émile Gaboriau, Les Amours d'une empoisonneuse, Paris : E. Dentu, 1881, p. 1)
    • Il est impossible que mon fils se porte bien, il mange trop en une fois. Au lieu de dîner, il ne prend qu'une tasse de chocolat, et lorsqu'il en vient au souper, il mange de tout en affamé. — (Élisabeth-Charlotte de Bavière, Mélanges historiques, anecdotiques et critiques, sur la fin du règne de Louis XIV et le commencement de celui de Louis XV, Léopold Collin, 1807, p. 135)
    • Dans un carrosse qui conduisit le prince et ses « roués » pour un souper à Saint-Cloud, l’un d’eux voulut savoir ce qu’il fallait penser du bruit qui courait. — (Évelyne Lever, La diplomatie secrète du mystérieux abbé Dubois, dans Marianne no 765, 17 décembre 2011)
    • Par exemple arriver chez sa nouvelle blonde avec un tétrapack de vin rouge… ça brise le charme d'un souper en tête à tête. — (Eau d'érable sur les tablettes, sur le forum Les sucriers.com : Forum acéricole, mai 2013)
  1. (France) Repas plus tardif que le dîner, notamment après une sortie vespérale (théâtre, cinéma).
    • Alors la causerie générale ressemblait étrangement, moins les poses et l'extériorité grossière, à un souper d'hommes. Jamais d'idée générale, des brochettes d'anecdotes et des discussions sur des riens : pour peu qu'il y eût de l'électricité dans l'air ou que Och eût joué des parties du Vaisseau Fantôme, les Teutes s'assombrissaient, d'autres tentaient de s’aller coucher et chassées par l’insomnie revenaient en peignoir dans le petit salon des veillées. — (Joséphin Peladan, La décadence latine (Éthopée), tome IX : La Gynandre, Paris : chez Dentu, 1891, p. 237)
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Souper : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOUPER. v. intr.
Prendre le repas du soir. On vous attend à souper. On dit plutôt aujourd'hui, en ce sens, Dîner. Il signifie particulièrement Prendre un repas au cours de la nuit. Nous irons souper en sortant de l'Opéra.

Souper : définition du Littré (1872-1877)

SOUPER (sou-pé ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des sou-pé-z exquis), ou SOUPÉ (soupé) s. m.
  • 1Repas, ordinaire du soir (l'usage du souper tend à disparaître dans les grandes villes). M. de Coulanges me donna un grand souper, où tout le monde s'assembla pour me dire adieu, Sévigné, 55. Enfin sur les huit heures, j'entends une cloche, c'est le souper, Sévigné, 562. Tous les jours [à la cour], des plaisirs, des comédies, des musiques, des soupers sur l'eau, Sévigné, 297. Depuis qu'il avait la goutte, il [Leibnitz] ne dînait que d'un peu de lait ; mais il faisait un grand souper, sur lequel il se couchait à une ou deux heures après minuit, Fontenelle, Leibnitz. Si on apprenant à dix heures du matin que la moitié du globe a péri, on irait à cinq heures au spectacle, et on arrangerait un souper, Voltaire, Lett. à Richelieu, 25 mars 1775. Faire des soupers fins où l'on périt d'ennui, Gresset, Méch. II, 3. Le souper était proprement le seul repas des Romains ; le matin, sur le midi, ils ne mangeaient qu'un morceau, Condillac, Hist. anc. XI, 3. En vérité, il y a deux choses qu'on devrait bien retrancher de la société, les grands soupers et les visites, Genlis, Vœux témér. t. III, p. 122, dans POUGENS. Les beautés vagabondes, qui vont de spectacles en spectacles, chercher des aventures, c'est-à-dire des soupers, Mercier, Tabl. de Paris, 542.

    Petits soupers, soupers délicats, où il n'y a que des intimes. Grandeur et grâces, grenadiers et muses, trompettes et violons… société et liberté [chez le roi de Prusse], qui le croirait ? tout cela pourtant est très vrai, et tout cela ne m'est pas plus précieux que nos petits soupers, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 99. Là se forment ces délicieuses parties, suivies de ces petits soupers plus délicieux encore, qui se passent à médire d'une femme, à relever l'excellence d'un ragoût, à raconter des aventures apprêtées, et à se persifler réciproquement, Diderot, Prom. sceptiq.

  • 2Mets qui composent le souper. Je vais acheter mon souper. Le boulanger et la fruitière voulaient bien nous fournir encore, l'un du pain, l'autre du fromage ; c'étaient là nos soupers, Marmontel, Mém. III.
  • 3Après-soupée ou après-souper, voy. ces mots à leur rang.

HISTORIQUE

XIIe s. Dunc seeient les genz le plus à lur super, Th. le mart. 48.

XIIIe s. Les table furent mise, [ils] s'assirent au souper, Berte, III.

XIVe s. Il fut reçu courtoisement par les gens [de] Collatin ; si avint que après le souper…, Bercheure, f° 26, verso.

XVIe s. Aujourd'hui nous employons les potages et viandes bouillies à nos disners, et les rosties à nos souppers ; chose tournée en tel usage chez nous que ce grand chancelier de l'Hospital, voulant introduire la frugalité en France, fit par edit particulier deffenses d'user d'autres viandes que du bouilly à disner, et reserver le rosty pour le soupper, Pasquier, Lett. t. II, p. 547.

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Souper : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SOUPER, en terme de Cuisine, signifie l’action de prendre le repas du soir.

Souper se prend encore substantivement pour marquer le repas du soir même, & souvent ce qui le compose.

Souper des Romains, (Antiq. rom.) le souper des Romains étoit non seulement leur principal repas, mais c’étoit souvent un repas préparé, une assemblée de toute une famille, un rendez-vous de plusieurs amis. Tout y étoit concerté de maniere à rendre les choses plus commodes & plus agréables à ceux qui en devoient être ; l’heure, le lieu, le service, la durée, les accompagnemens & les suites.

Le tems de ce repas étoit ordinairement entre la neuvieme & la dixieme heure du jour, suivant leur maniere de compter, & selon la nôtre, entre trois & quatre heures après midi ; en sorte qu’il restoit du tems suffisamment pour la digestion, pour les amusemens, pour les soins domestiques, & même quelquefois pour le régal extraordinaire : les écrivains sont d’accord sur cet article.

Imperat extructos frangere nona thoros :

c’est-à-dire, la neuvieme heure avertit de se mettre à table. Juvenal outrant la déclamation, remarque comme une insulte faite aux bonnes mœurs, aux lois & à la justice, la conduite d’un certain Marius, qui dans l’exil qu’il avoit mérité par ses concussions, prévenoit cette heure.

Exul ab octavâ Marius bibit, & fruitur dis
Iratis, at tu, victrix provincia, ploras.

Le lieu du souper étoit anciennement in atrio, c’est-à-dire dans une espece de vestibule exposé aux yeux de tout le monde. Ils ne rougissoient point de manger ainsi, dit Valere Maxime, liv. II. c. j. parce que leur sobriété & leur modération n’apprehendoient point la censure de leurs concitoyens : nec sanè ullas epulas habebant, quas populi oculis subjicere erubiscerent. Après cela ils y furent obligés par les lois Æmilia, Antia, Julia, Didia, Orchia, de peur qu’une plus grande retraite ne donnât lieu à la licence : Imperatum est ut patentibus januis pransitaretur, & coenarentur, dit Macrobe, ne singularitas licentiam gigneret, ajoute Isidore.

Quelquefois, & sur-tout dans la belle saison, le souper se donnoit sous un platane, ou sous quelqu’autre arbre touffu ; mais en quelque lieu que ce fût, on avoit soin de faire étendre en l’air une grande piece de draperie, qui pût mettre la table & les convives à couvert de la poussiere & des autres malpropretés. Outre les anciens marbres qui en font foi encore aujourd’hui, Horace dans la description du repas que Nasidienus donna à Mecenas, n’oublie pas ce tapis dont la chûte malheureuse causa une si grande désolation.

Interea suspensa graves aulæa ruinas
In patinam fecêre, trahentia pulveris atri
Quantum non aquilo campanis excicat agris.

Mais quand les Romains eurent été instruits dans l’architecture, ils voulurent mettre en œuvre les leçons qu’ils en avoient reçues. Les disciples, afin d’y mieux réussir, dépouillerent leurs maîtres, & bâtirent à leurs dépens des sallons exprès, pour recevoir plus commodément & plus splendidement ceux qu’ils vouloient traiter. Alors cette modestie des premiers Romains, ces réglemens mêmes tant de fois renouvellés & multipliés pour la maintenir, furent bientôt mis en oubli. Les censeurs, quoique secondés par les plus sages du sénat & du peuple, ne purent arrêter le torrent ; on écoutoit sans s’émouvoir, les harangues des uns, & les menaces des autres.

La république étoit encore dans sa plus grande splendeur, lorsqu’il plut à Lucullus d’avoir plusieurs de ces superbes sallons, à chacun desquels il donna le nom de quelque divinité, & ces noms étoient pour ses maîtres d’hôtel, un signal de la dépense qu’il vouloit faire à ses repas.

L’empereur Claude avoit entr’autres un sallon, auquel il avoit donné le nom de Mercure. Mais tout ce qu’on en avoit vu jusqu’alors, fut effacé par l’éclat de ce sallon aussi merveilleux que magnifique de Néron, appellé domus aurea. Celui-ci, par le mouvement circulaire de ses lambris & de ses plat-fonds, imitoit les conversions du ciel, & représentoit les diverses saisons de l’année, qui changeoient à chaque service & faisoient pleuvoir des fleurs & des essences sur les convives. Comme le luxe va toujours en augmentant, quoique la fortune diminue, Eliogabale enchérit encore sur Néron, autant que Néron avoit enchéri sur Lucullus.

Les buffets étoient chargés de quantité de vases, encore plus précieux par la délicatesse du travail, que par l’or, l’argent ou la matiere rare dont ils étoient composés. C’étoient la plupart des fruits de leurs victoires, & des dépouilles des provinces qu’ils avoient conquises, dont la plus grande partie servoit plutôt à former un spectacle magnifique, qu’à aucun usage nécessaire.

La table étoit chez les premiers Romains de figure quarrée, du bois que leur fournissoient leurs forêts, & que leur tailloient leurs propres ouvriers. Quand ils eurent passé chez les Africains & chez les Asiatiques, ils imiterent d’abord ces peuples, puis ils les surpasserent en ce genre-là comme en tout autre. Ils varierent la figure de leurs tables ; & parce qu’ils ne les couvroient point encore de nappes, il fallut les faire au-moins d’une matiere qui n’offrît à leurs yeux rien que de luisant & de beau. Ils y employerent l’ivoire, l’écaille de tortue, la racine du buis, de l’érable, du citronnier & tout ce que l’Afrique féconde en singularités, leur fournissoit de plus curieux. Non contens de cette recherche, ils les ornerent de plaques de cuivre, d’argent & d’or, & ils y enchâsserent des pierres précieuses en forme de couronne. La table des pauvres étoit à trois piés ; celle des riches étoit soutenue par un seul. A chaque service on nettoyoit les tables avec une éponge mouillée, & à chaque fois les conviés se lavoient les mains. On avoit encore l’usage de substituer au premier service une nouvelle table toute servie, & ainsi pour tous les autres jusqu’à la fin du souper.

La maniere dont les Romains étoient à table n’a pas toujours été la même ; mais elle a paru digne de la curiosité des gens de lettres. Dans les premiers tems, ils mangeoient sur des bancs à l’exemple des Lacédémoniens ; ensuite ils adopterent l’usage des petits lits de Carthage qui n’étoient pas fort tendres ; enfin ils vinrent à manger sur les lits les plus mollets, les plus voluptueux & les plus magnifiques. Voyez Lit de table, Antiq. rom.

Les convives se rendoient au souper à la sortie du bain, avec un habillement qui ne servoit qu’à cela, & qu’ils appelloient synthesis ; espece de draperie qui ne tenoit presque à rien, comme il paroît dans les marbres, & qui étoit pourtant différente du pallium des Grecs.

On ne voit point qu’on ôtât les souliers aux dames, ni qu’on leur lavât ou parfumât les piés quand elles venoient prendre part à la fête ; mais rien n’étoit plus commun pour les hommes : on avoit raison de ne pas exposer à la boue & à la poudre, les étoffes précieuses dont les lits de table étoient couverts. On présentoit de l’eau pour les mains, & même pour les piés, à ceux qui ne sortoient pas du bain.

Quant aux ombres & aux parasites qui venoient aux repas, ceux-ci appellés ou tolérés par le maître de la maison, & ceux-là amenés par les convives, voyez-en l’article au mot Ombre & Parasite.

Une chose qui paroîtra même ici fort bisarre, c’est que long-tems après le siecle d’Auguste, ce n’étoit point encore la mode que l’on fournît des serviettes aux conviés ; ils en apportoient de chez eux.

Tout le monde ainsi rangé, on ôtoit de dessus le buffet où étoient les vases plus ou moins précieux, on ôtoit, dis-je, des coupes qu’on plaçoit devant chaque convive. On faisoit présenter à chacun des couronnes de fleurs ou de lierre, auxquelles on se plaisoit d’attribuer la propriété d’empêcher par leur fraîcheur, l’effet des fumées du vin. Après s’être fait frotter les cheveux d’essences odorantes, ils mettoient ces couronnes sur leur tête, & les gardoient pendant tout le repas. On leur donnoit en même tems une liste de tous les services & de tous les mêts qui devoient composer le festin.

On servoit ensuite les viandes, non pas toujours chaque plat séparément ; mais souvent plusieurs plats ensemble sur une table portative.

Leurs soupers étoient pour l’ordinaire à trois services ; mais quelquefois par un surcroît de bonne chere & de magnificence, on les augmentoit jusqu’à sept. On commençoit d’abord par des œufs, c’étoit un des mêts du premier service ; on y servoit aussi des salades de laitues & d’olives, des huitres du lac Lucrin si renommé chez eux pour la bonté de ce coquillage, & d’autres choses pareilles qui pouvoient exciter l’appétit.

Le second service étoit composé du rôti & des viandes les plus solides, parmi lesquelles on entremêloit quelques plats de poisson, dont ils étoient si grands amateurs, que sans ce mêts on n’auroit pas cru faire bonne chere.

Le troisieme service consistoit en pâtisserie, & en fruits de toute espece ; rien n’étoit plus magnifique.

On attendoit ce dernier service pour faire les dernieres libations. Ces libations consistoient à répandre avant que de boire, un peu de vin de la coupe en l’honneur de quelque divinité, ou même de l’empereur, pour se montrer bon courtisan quand la république fut assujettie ; ou en celui du génie de la personne à qui on vouloit déférer cette distinction : c’étoit le tems du repas où la gaieté des conviés paroissoit davantage.

On commençoit à faire courir les santés ; le maître de la maison faisoit apporter une coupe plus grande & plus riche que les autres, qu’on appelloit cupa magistra, la principale coupe, pour boire à la ronde les santés des personnes qu’on chérissoit. Quand c’étoit celle d’une maîtresse, souvent par galanterie on obligeoit de boire autant de coups que son nom avoit de lettres. On élisoit souvent un roi du festin. Voyez Roi du festin.

Il y avoit des domestiques dont la fonction étoit de présider à l’arrangement des plats, & qui tenoient lieu de nos maîtres d’hôtel ; d’autres pour avoir soin de la distribution des vins, & d’autres pour couper les viandes. Ils faisoient la fonction de nos écuyers tranchans : il y en avoit même qui pendant l’été ne faisoient que chasser les mouches avec de grands éventails de plumes garnis d’un manche, comme quelques bas-reliefs antiques nous les représentent.

On se lavoit quelquefois les mains aussi souvent que les services varioient ; si on servoit un poisson ou un oiseau de quelque prix & de quelque rareté singuliere, on l’apportoit aux sons des flûtes & des hautbois ; l’allegresse redoubloit, ainsi que le vin de Falerne qu’on faisoit rafraîchir dans des vases d’or, & le maître du festin se croyoit amplement récompensé par les acclamations de toute l’assemblée.

La bonne chere n’étoit pas le seul plaisir des soupers, la musique eu faisoit souvent partie ; on y admettoit des chanteuses & des joueurs d’instrumens ; ou bien les conviés eux-mêmes y suppléoient ; on y appelloit aussi des danseuses, des mimes, des pantomimes, qui faisoient des scenes muettes, & d’autres sortes de gens dont le métier étoit de débiter des contes plaisans, pour amuser la compagnie ; on y lisoit souvent des ouvrages d’esprit : enfin on tâchoit de rassembler tout ce qui pouvoit divertir & flater les sens.

Au commencement de la république les Romains chantoient dans leurs repas, les louanges des grands hommes au son de la flûte ; mais dans la suite, il ne se donnoit point de fête à laquelle les bouffons, les joueuses d’instrumens & les pantomimes, ne fussent appellés. On mêloit quelquefois aux plaisirs de la table le jeu, ou quelqu’autre divertissement plus barbare ; j’entens les gladiateurs samnites. Voyez Samnites.

Je viens de dire que les pantomimes paroissoient toujours à la fin des grands repas, & je ne dois pas oublier pour preuve, ce qui arriva dans un souper que donnoit l’empereur Auguste. On avoit beaucoup loué le pantomime Pylade, qui avoit représenté les fureurs d’Hercule sur le théatre public. Auguste voulut donner ce régal à sa compagnie : il fait venir Pylade, & lui dit de jouer la même piece dont il avoit reçu tant d’applaudissemens. Pylade qui, dans l’excès de sa fureur avoit tiré des fleches sur le peuple, commençoit déjà à en faire autant sur les conviés, & si on ne l’eût arrêté, il auroit sans doute ensanglanté la scene ; il est même à croire que ceux sur qui ces fleches seroient tombées, n’étoient pas les personnes qu’il respectoit davantage.

Suétone nous a conservé trois lettres du même empereur, où il est parlé de plaisirs plus tranquilles. Les deux premieres sont à Tibere, à qui il rend compte de ce qui s’est passé dans deux soupers. « J’ai soupé, dit-il, avec les mêmes personnes que vous savez, excepté que nous avions de plus Vinicius & Sibius le pere ; & en soupant, tant hier qu’aujourd’hui, nous avons joué assez sagement & en bons vieillards ; γερντείως. Talis enim jactatis ut quisque canem aut senionem miserat, in singulos talos singulos denarios in medium conferebat, quos tollebat universos qui venerem jecerat. Dans la seconde lettre ; nous nous sommes, dit-il, assez bien réjouis pendant les fêtes de Minerve. Non-seulement nous avons joué pendant le souper, mais encore nous avons mis tout le monde en humeur de jouer : Forum aleatorium calefecimus, frater tuus magnis clamoribus rem gessit ».

Dans la troisieme lettre, il mande à sa fille qu’il lui envoie 250 deniers, parce qu’il avoit donné pareille somme à chacun de ses convives pour jouer à pair & à non, aux dez ou à tel autre jeu qu’ils voudroient, pendant le souper.

Plaute, Catulle & Properce, parlent des divers jeux de table à-peu-près dans les mêmes termes. Mais ce que Pline écrit à Cornelien, l. VI. Ep. xxxij. marque encore plus positivement la coutume de son tems. Après avoir rendu compte à son ami des affaires que Trajan avoit terminées à Cincelles, centumcellis ; il ajoute, vous voyez que nos journées ont été assez bien remplies : mais nos occupations ne finissoient pas moins bien. Nous avions l’honneur de souper tous les jours avec l’empereur ; le repas étoit fort frugal, eu égard à la dignité de celui qui le donnoit. La soirée se passoit quelquefois à entendre des comédies ou des farces ; quelquefois aussi une conversation enjouée nous tenoit lieu d’un plaisir qui auroit couté plus cher, mais qui ne nous auroit peut-être pas touché davantage. Vides quam honesti, quam severi dies fuerint, quos jucundissimæ remissiones sequebantur. Adhibebantur quotidiè cænæ, erat modica si principem cogites. Interdum acroamata audiebamus, interdum jucundissimis sermonibus nox ducebatur.

Le dernier acte des soupers voluptueux, étoit une nouvelle collation qui succédoit aux jeux & aux autres amusemens. Cette collation s’appelloit chez les Romains commissation ou commessatio, du mot grec κῶμος, dit Varron, parce que les anciens Romains qui habitoient plus volontiers la campagne que la ville, se régaloient à tour de rôle, & soupoient ainsi tantôt dans un village, & tantôt dans un autre. Quelquefois même, quand on avoit soupé trop modestement dans un endroit, après quelques tours de promenade, on se retrouvoit dans un autre pour cette sorte de réveillon.

Démétrius, fils du dernier Philippe, roi de Macédoine, avoit vaincu Persée son frere dans une espece de joute ou de tournois : Persée ne l’avoit pas pardonné à Démétrius. Mais celui-ci après avoir bien soupé avec ceux de sa quadrille, leur dit, que n’allons-nous faire le réveillon chez mon frere ? quin commessatum ad fratrum imus ? ce sera peut-être un moyen de nous réconcilier.

Suétone nous apprend, que Titus poussoit le régal du souper assez souvent jusqu’à minuit, au lieu que Domitien son frere demeuroit rarement à table, après le coucher du soleil.

Mais à quelque heure qu’on se séparât, on finissoit toujours le souper par des libations aux dieux. On le commençoit par un coup de vin grec ; César qui étoit magnifique faisoit servir jusque dans les festins qu’il donnoit au peuple, quatre sortes de vins ; savoir, de Chio, de Lesbos, de Falerne, & le Mammertin. Virgile parle des libations aux dieux faites à la fin du repas que Didon donna à Enée.

Postquam prima quies epulis, mensæque remotæ,
Crateras magnos statuunt, & vina coronant....
Hinc regina gravem gemmis auroque poposcit,
Implevit que mero pateram......
Tunc facta silentia tectis.
Jupiter (hospitibus nam te dare jura loquuntur)
Dixit, & in mensà laticum libavit honorem :
Primaque libato summo tenus attigit ore :
Tum bitiæ dedit increpitans......
Post alii proceres
, &c.

Æneid. I. v. 727.

« Vers la fin du repas, on apporta de grandes coupes ; la reine en demanda une d’or, enrichie de pierreries, & répandit du vin sur la table. On fit silence, & après qu’elle eut adressé sa priere à Jupiter, & qu’elle eût fini la libation sacrée, elle trempa légerement ses levres dans la coupe, la donna à Bitias qui avala sur le champ la liqueur mousseuse, & tous les autres seigneurs l’imiterent ».

Après les effusions sacrées, on bûvoit à la prospérité de son hôte, & à celle de l’empereur. Ce dernier coup s’appelloit poculum boni genii, & se faisoit avec le cri ζήσειας ; après cela on relavoit les mains avec une espece de pâte faite exprès.

Enfin les conviés en prenant congé de leur hôte, recevoient de lui de petits présens qui d’un mot grec étoient appellés apophoreta du verbe ἀποφέρειν, emporter ; ainsi finissoit la journée romaine.

Il ne me reste plus qu’à expliquer quelques termes qu’on trouve souvent dans les auteurs latins, & qui peuvent embarrasser ceux qui commencent à les lire ; par exemple.

Cæna recta, désigne un souper splendide que les grands de Rome donnoient à leurs amis, & aux cliens qui leur avoient fait cortege dans leurs visites & dans la poursuite des charges. Ceux qui vouloient éviter cet embarras, leur distribuoient des provisions de bouche, & cette distribution s’appelloit sportula. Domitien la retrancha, & rétablit le repas appellé cæna recta, comme Suétone nous l’apprend : sportulas, dit-il, publicas sustulit, revocatâ coenarum rectarum consuetudine.

Cæna dapsilis, un festin abondant en viandes, soit que ce mot vienne de dapes, qui signifie des viandes exquises, ou du grec δαψίλεια, abondance de toutes choses.

Cæna acroamatica, du mot grec ἀκροάματα, qui signifie des conversations plaisantes & agréables. C’est un souper où l’on dit quantité de bons mots pour se divertir.

Il y avoit de plus cæna adventitia, intervallata, novemdialis, & duodenaria, appellée en grec δωδεκάθεος, parce que les conviés étoient au nombre de douze, habillés en dieux & en déesses.

Enfin, il y avoit un souper pontifical, que le souverain prêtre donnoit le jour de son inauguration.

Abacus étoit le buffet sur lequel on mettoit les verres, le dessert, &c.

Urnarium, étoit une table quarrée sur laquelle on posoit les vases, les flacons, les bassins, &c.

Cartibulum, signifie la table sur laquelle on découpoit les viandes qu’on servoit ensuite aux conviés.

Antecæna ou gustatio, désignoit le premier service ou les entrées. Le second s’appelloit caput cænæ, & le troisieme ou le dessert, se nommoit bellaria. Auguste n’avoit ordinairement que ces trois services, cænam ternis ferculis præbebat, dit Suétone.

A-l’entour de la grande table des conviés, il y avoit une espece de marche-pié un peu élevé, sur lequel étoient assis les enfans d’un certain âge qui soupoient avec la compagnie. Suétone nous dit dans la vie de l’empereur Claude, ch. xxxij. Adhibebat omni cænae liberos suos cum pueris, puellisque nobilibus, qui more veteri ad fulcra lectorum sedentes, vescerentur. (Le chevalier de Jaucourt.

Souper ; (Hist. des usag. de France.) on soupe dans ce siecle à dix heures à la cour, & dans les grandes maisons de Paris ; dans le quinzieme siecle, & même sous la minorité de Charles IX, c’étoit l’usage à la cour de France de souper à six heures du soir, & de dîner à onze du matin. Il n’étoit que 8 heures quand le duc d’Orléans fut assassiné le 23 Novembre 1407. & cependant à cette heure, il avoit déja soupé avec la reine ; c’est qu’alors les princes, ainsi que les bourgeois, n’aimoient point à se déheurer, pour me servir de l’expression du cardinal de Retz. (D. J.)

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Souper : définitions subjectives sur Dicopedia

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Étymologie de « souper »

Étymologie de souper - Littré

Voy. SOUPER 2 ; wallon, sopé ; bourguig. sôpai ; au XVIe siècle, on disait aussi soupée.

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Étymologie de souper - Wiktionnaire

(980) Dérivé de soupe avec la désinence -er. Le nom commun est une simple substantivation du verbe.
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Phonétique du mot « souper »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
souper supe play_arrow

Conjugaison du verbe « souper »

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Citations contenant le mot « souper »

  • En raison du Covid, Félin pour l’autre avait dû stopper ses activités (opération lasagnes, souper…) depuis avril. "Les collectes de nourriture et de matériel dans les magasins ont pu reprendre le mois dernier", précise Émeline. DH Les Sports +, Orcq : Chouchou et ses amis vous attendent - DH Les Sports+
  • Pour atteindre cet objectif, le comité organisateur comptera sur le président-directeur général de Manac, Charles Dutil, à titre de président d’honneur. Il avait occupé le même rôle au souper gastronomique Les Agapes en 2019. L'Éclaireur Progrès, Un souper-spectacle virtuel de Gregory Charles au profit de Moisson Beauce - L'Éclaireur Progrès
  • Pandémie oblige, le comité organisateur a dû revoir la formule de l’événement afin de se conformer aux mesures sanitaires de la Santé publique. Le souper sera donc proposé en formule pour emporter. Ma Côte-Nord, Le traditionnel souper moules et frites de Centraide en formule pour emporter
  • De l'importance historique du souper, une interaction sociale originale fort appréciée à l'âge classique comme au XIXe siècle, témoignent les nombreuses descriptions qui en ont été faites en littérature et dans les arts. Ce moment de convivialité instauré après le spectacle, le bal ou d’autres événements concerne à la fois le savoir-vivre, la gastronomie, la nuit et l’érotisme. Les modèles antiques servirent de repères pour des pratiques qui elles-mêmes firent l’objet d’évocations littéraires, devenues par la suite des modèles pour de réels soupers. Les soupers à la cour de Versailles ou sous le Second Empire sont aussi célèbres que ceux – brillants et libertins – du XVIIIe siècle et ceux – particulièrement agités – de l’époque romantique. Du souper fin à l’orgie la frontière est parfois ténue et les mises en scène théâtrales s’en amusent. Si la figure de Don Juan est requise, elle jouxte aussi bien les Jeunes France que les écrits de Sade, Casanova, Dumas, Musset, Hugo, Jean Lorrain, Richepin et bien d’autres, tous évoqués ici dans cet ouvrage qui pour la première fois s’attache à mettre en valeur une pratique culturelle très française. , F. Le Borgne, A. Montandon (dir.), Le Souper
  • L'infortune, dit le proverbe écossais, est saine à déjeuner, indifférente à dîner, et mortelle à souper. De Stendhal / Filosofia nova
  • Abréger son souper, c'est allonger sa vie. De Benjamin Franklin / Almanach du pauvre Richard
  • La tromperie, si elle fait dîner, ne fera pas souper. De Proverbe peul

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Traductions du mot « souper »

Langue Traduction
Corse cena
Basque affal
Japonais 晩餐
Russe ужин
Portugais ceia
Arabe عشاء
Chinois 晚餐
Allemand abendessen
Italien cena
Espagnol cena
Anglais supper
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Synonymes de « souper »

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