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Thé

Définitions du mot « thé »

Trésor de la Langue Française informatisé

THÉ, subst. masc.

A. −
1. BOT., au sing. à valeur coll. Arbuste asiatique, appartenant au genre Thea (ou Camellia) de la famille des Théacées, cultivé pour ses feuilles qui servent à préparer une boisson odorante et stimulante. Synon. théier, arbre à thé (infra).Feuille, rameau de/du thé; plantation de thé:
La culture du thé (...) [comme celle du riz] est fille du milieu chinois. Cette plante qui, dans les hautes vallées de l'Assam d'où elle est originaire, présente le feuillage luxuriant et les proportions d'un arbre, n'a acquis qu'en diminuant la hauteur de son fût, en rétrécissant la surface de ses feuilles, l'arôme délicat qui rend célèbres jusque dans le Nord de la Chine les jardins de thé du Yunnan. Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p. 147.
Huile de thé. Huile extraite des graines d'une variété de thé (Thea sasanqua). Synon. huile de camellia (d'apr. Duval 1959).[L']huile de thé provient des fruits d'un arbre à thé particulier qui est exploité non pour ses feuilles mais pour ses fruits (Coffignier, Vernis, 1921, p. 612).
2.
a) Ensemble des feuilles et bourgeons terminaux du théier. Récolte du thé: on détache le bourgeon et les deux feuilles les plus proches qui, étant riches en caféine, huiles ou résines, sont utilisées dans la préparation de la boisson (Encyclop. Sc. Techn.t. 101973, p. 436).En Chine et au Japon, une femme cueille de 9 à 13 kg de thé par jour (J. Runner, Le Thé, 1974, p. 50).
Arbre à thé. Synon. de théier.L'arbre à thé peut supporter des températures basses qui tuent le caféier, bien que ces deux plantes aient besoin approximativement de la même température d'été (Brunhes, Géogr. hum., 1942, p. 151).
b) Produit commercial constitué par ces feuilles jeunes et ces bourgeons soumis à divers modes de traitement qui en déterminent la classe (thés noirs, verts) et triés en grades selon la taille, l'âge des feuilles et leur état (feuilles entières ou brisées). Thé de Ceylan, de Chine, des Indes; thé fumé; thés parfumés (à la bergamote, au jasmin); thé soluble; usine à thé; magasin, marchand de thé; caisse, sachet de thé; marque de thé; bourse du thé. Le thé vert est séché et soumis à une légère torréfaction immédiatement après la cueillette. Le thé noir subit une fermentation en tas avant d'être séché, puis on le soumet à plusieurs reprises à un chauffage effectué sur des plaques métalliques (torréfaction poussée) (Brunerie, Industr. alim., 1949, p. 103). Les thés semi-fermentés ou Oolong sont préparés dans le sud de la Chine et à Formose. Leur nom est dérivé de Ou-long qui signifie dragon noir (J. Runner, Le Thé, 1974, p. 72).V. cigarette ex. 2.
[Le thé dans son us. cour.] Boîte à thé en acajou, en cristal, en fer blanc; paquet, sachet de thé. Il se hâta vers le réchaud, et, tandis que le thé infusait, il se pencha vers la coiffeuse, cachant sa barbe d'une main et cherchant à imaginer l'aspect de son visage rasé (Martin du G., Thib., Belle sais., 1923, p. 970).Il y a du thé dans le placard de la cuisine, dit Marat. Et aussi des gâteaux secs... (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 135).V. échauder ex. de Huysmans.
3.
a)
α) Boisson préparée par infusion de ces feuilles dans l'eau frémissante. Mathilde, riant : Voulez-vous que je vous serve, ma chère . Madame de Léry: Rien que de l'eau chaude, avec un soupçon de thé et un nuage de lait (Musset, Caprice, 1840, 6, p. 197).À la sortie du spectacle, ils prenaient le thé dans un bar de la Madeleine (Arland, Ordre, 1929, p. 212).V. madeleine ex. 2.
SYNT. Thé brûlant, froid, léger; thé glacé; thé nature; thé au citron, au lait; thé à la menthe; demander, commander, apporter, offrir du/le/un thé; faire, préparer, verser du/le thé; boire du thé; cuillerée, gorgée, tasse, verre de thé; arôme, couleur, goût, odeur, parfum du thé; (faire chauffer) l'eau du thé.
[Pour la préparation et le service du thé] Nécessaire à thé; boule, œuf, pot à thé; cuillère, tasse, verre à thé; passe-thé (v. passe- A 2 b). Cinq heures, les lampes allumées, deux jeunes femmes (charmantes) causent autour d'une table à thé avec trois messieurs fort corrects (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Comment on cause, 1887, p. 1085).Josette s'affairait avec des gestes hésitants.Lait ou citron?Un peu de lait. Elle avait posé le plateau à thé dans le boudoir (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 278).En partic. Service à thé et, p. ell., vieilli, thé. Napoléon se fit livrer aux Tuileries, par Biennais, son orfèvre habituel, un « thé complet » de vingt-huit pièces, celui-là même que le Louvre a racheté en 1952 [quatorze pièces seulement] (Grandjean, Orfèvr. XIXes., 1962, p. 48).
[Thé en empl. adj. ou dans une loc. adj.] Couleur (de) thé, thé. Une magnifique robe de moire antique couleur thé (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 614).Des corbeilles de roses saumonées, thé clair et soufre (Huysmans, Oblat, t. 2, 1903, p. 133).Il avait, malgré la chaleur, jeté en travers de ses genoux un moelleux plaid couleur de thé, sur lequel il se plaisait à contempler ses mains gantées couleur de cendre (Gide, Caves, 1914, p. 822).
Loc., fam. Ce n'est pas ma (ta, sa, etc.) tasse de thé. Ce n'est pas ce qui m'intéresse. Il fut maçon un peu parce qu'il le fallait bien. Mais touiller le béton tout l'hiver comme l'été, ce n'était pas du tout, du tout sa tasse de thé (R. Forlani, « Un Roi qu'a des malheurs », 1980ds Bernet-Rézeau 1989, s.v. tasse).
β) [Au Japon] Cérémonie du thé. Sorte de culte esthétique pratiqué par les milieux cultivés depuis le xiiies., qui, au xves., avec le développement du bouddhisme zen, a pris une signification philosophique et sociale, tandis que ses pratiques étaient codifiées selon une étiquette stricte toujours enseignée aujourd'hui et qui suscite un art raffiné appliqué à l'architecture du pavillon et de la salle de thé ainsi qu'aux objets (d'apr. GDEL). Tous les efforts sont dirigés vers le plein épanouissement de la nature divine du peuple japonais. La secte Shinri-Kyô [350 000 fidèles] demande davantage que la secte Tai-Kyô [4 500 fidèles] la pratique de la calligraphie, de la musique et de la cérémonie du thé pour le maintien des traditions (Philos., Relig., 1957, p. 54-13).
Maître du thé, voie du thé. Selon une tradition ancienne, celle des chajin, maîtres du thé, l'histoire de la céramique japonaise ne semblerait remonter qu'au XVe-XVIesiècle, époque ou s'élabore le sadō (voie du thé) (Encyclop. univ. (3eéd.) t. 12 1989, p. 596, s.v. Japon).
Maison(-)de(-)thé. Lieu où se pratique la cérémonie du thé. Assise sur des pilotis de granit rose, la maison-de-thé mire dans le vert-noir du bassin ses doubles toits triomphaux, qui, comme des ailes qui se déploient, paraissent la lever de terre (Claudel, Connaiss. Est, 1907, p. 34).
P. ext. Établissement où l'on boit du thé et d'autres boissons. Passepartout se promena pendant quelques heures au milieu de cette foule bigarrée, regardant aussi les curieuses et opulentes boutiques, les bazars où s'entasse tout le clinquant de l'orfévrerie japonaise (...) et ces maisons de thé où se boit à pleine tasse l'eau chaude odorante, avec le « saki », liqueur tirée du riz en fermentation (Verne, Tour monde, 1873, p. 126).
P. anal. [Au dehors du Japon] Synon. de salon de thé (infra).Aloys montait, poussant à coups de paume sur la croupe son premier mulet, chargé de caisses d'eau minérale pour la maison de thé de Zum See (Peyré, Matterhorn, 1939, p. 43).
P. euphém. Maison de prostitution. Cette plaque de faïence figurant une branche de pêcher en fleur... vous représente la décoration de l'angle religieux et mystique d'une chambre de prostituée de maison de thé, l'espèce de tableau d'autel devant lequel elle place une fleur dans un vase (E. de Goncourt, Mais. artiste, t. 1, 1881, p. 5).
b) P. méton.
α) Légère collation du milieu de l'après-midi où l'on sert du thé ou d'autres boissons généralement accompagnés de pâtisseries. Quand ils entrèrent, conduits par le vieux David, ils trouvèrent Séraphita debout devant la table, sur laquelle étaient servies différentes choses dont se compose un thé, collation qui supplée dans le Nord aux joies du vin, réservées pour les pays méridionaux (Balzac, Séraphita, 1835, p. 272).L'heure du thé les rassemblait à l'ordinaire tous trois dans la grande chambre (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1078).
Salon de thé et, p. ell., vieilli, thé. Établissement où l'on sert de telles collations. Jean Cocteau m'avait donné rendez-vous à un « thé anglais » au coin de la rue de Ponthieu et de l'avenue d'Antin (Gide, Journal, 1914, p. 473).Andrée se demandait pourquoi Costals ne l'emmenait pas dans un thé ou dans un café, comme tout homme l'eût fait à sa place. Mais non, marche! marche! (Montherl., J. filles, 1936, p. 969).Il retrouva Annie dans un salon de thé, à l'Ixe-Opéra (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 196).
Thé dansant. V. dansant II C.Grand Hôtel de Serre-Chevalier (...). Bar américainThé dansant (Le Figaro, 19-20 janv. 1952, p. 2, col. 7).
β) Réunion, réception, manifestation mondaine au cours de laquelle un tel repas est servi. Convier, inviter qqn à un thé; aller, assister à un thé. Soyez mercredi prochain, à six heures, au thé de Madame Bombard (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 66).Hier après-midi, on a donné un thé en mon honneur, à Goucher College (Green, Journal, 1941, p. 90).
[Avec un adj. qui en précise la fréquence, les circonstances, l'activité qui s'y déroule] Malgré la gêne du ménage, on a un jour,thés artistiques où il se dit des vers (Flaub., Éduc. sent., t. 1, 1869, p. 152).Passy-Auteuil est une grande province où les familles se connaissent, se surveillent et parfois se haïssent, pour peu que l'une ait eu plus d'invités, plus de politiciens ou de poètes que l'autre à son thé hebdomadaire, mensuel ou annuel (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 70).
B. − P. anal.
1.
a) Plante ou mélange de plantes dont on fait une boisson ressemblant au thé par son aspect, ses propriétés ou son mode de préparation. De temps en temps elle se baissait et cueillait les feuilles d'une plante aromatique qu'on appelle dans l'île (Saint-Pierre) thé naturel (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 268).V. monarde ex. de Verne.
PHARMACIE
Thé de Saint-Germain. Synon. de espèces purgatives. (Ds Codex, 1908, p. 230).Thé de Saint-Germain: Fleurs de sureau, semences de fenouil, anis... Chaque matin une tasse d'infusion préparée avec un de ces paquets (Bouchardat, Nouv. formulaire, 1894, p. 235).
Thé suisse. ,,Tisane stimulante comprenant un grand nombre de plantes: hysope, lierre terrestre, origan, romarin, sauge, tussilage, etc.`` (Lar. mén. 1926). Synon. espèces vulnéraires (d'apr. Bouchardat, op. cit., p. 171).Un marchand de vulnéraire ou de thé suisse (Gautier, Italia, 1852, p. 16).
b) Infusion, tisane. Il s'est fait faire du thé de feuilles d'oranger (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 228).
Thé des Jésuites ou du Paragay ou thé des Indiens. Synon. de maté.V. ce mot ex. de Verne.
[En Belgique] Thé de camomille, de tilleul (d'apr. Hanse Nouv. 1983).
2. MÉD. VÉTÉR. Thé de foin. Infusion de foin utilisée notamment dans les affections du tube digestif. Durant la crise aiguë, supprimer les aliments peu digestibles pour laisser reposer l'intestin et calmer l'inflammation. On se contentera d'offrir des buvées chaudes à base de farineux ou du thé de foin tiède (Garcin, Guide vétér., 1944, p. 59).
3. Thé de bœuf. Bouillon à vertus reconstituantes (d'apr. Ac. Gastr. 1962). Dépliant l'ordonnance du médecin, il lut: Huile de foie de morue... 20 grammes Thé de bœuf... 200 grammes Vin de Bourgogne... 200 grammes Jaune d'œuf... (Huysmans, À rebours, 1884, p. 279).
REM. 1.
-thé, élém. de compos. entrant dans la constr. de subst.V. pause-thé (s.v. pause rem. 3 j).[P. réf. à la couleur] a)
Jaune-thé, subst. masc.[La palette de Bonnard] qui s'était complue depuis 1893 dans les noirs et les gris, s'éclaire alors,nous sommes aux environs de 1905,et des roses, des verts, des bleus turquoise, des jaunes-thé apparaissent dans ses toiles (Dorival, Peintres XXes., 1957, p. 27).
b)
Rose-thé, subst. fém.V. rose I A ex. de Villiers de L'Isle-Adam.En appos. Teint rose-thé. De vraies fleurs, piquées dans la ruche de son col, fleurissaient joliment de blanc sa peau rose-thé (Goncourt, Journal, 1872, p. 893).
2.
Théerie, subst. fém.,rare. a) Établissement où l'on produit le thé. Une théerie modèle (R. des Deux-Mondes, 15 avr. 1874, p. 892 ds Littré Suppl. 1877).b) Terrain où l'on pratique la culture du thé. (Dict. xxes.).
3.
Théiforme, adj.,vieilli. Boisson, infusion théiforme. Boisson, infusion qui rappelle le thé, qui se prépare de la même manière que le thé. L'usage des boissons fermentées et théïformes détruit l'aptitude au vrai bonheur (Senancour, Rêveries, 1799, p. 243).Monarde (...). Genre de labiées de l'Amérique du Nord (...). Les feuilles et les sommités fleuries sont employées en infusion théiforme assez agréable (Lar. univ., s.v. monarde).
Prononc. et Orth.: [te]. Att. ds Ac. dep. 1718. Étymol. et Hist. A. 1. 1648 thé « plante d'origine chinoise introduite dans la pharmacopée » (G. Patin, Lettres, éd. P. Triaire, t. 1, p. 568); 1653 Tay « plante utilisée par les Chinois sous forme de boisson par infusion des feuilles » (P. de Rhodes, Divers voyages, p. 49 ds Arv., p. 472); 1657 le Tha, ou le Thé désignant la boisson (Le Favre, Lettre au Procureur de la Province de France, Paris, E. Martin, 1662, p. 9); 1680 cette boisson consommée par goût et pour ses vertus médicinales (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 2, p. 839); 1696 fleur de Thé, Thé impérial, thé voüi (Le Père L. Le Comte, Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, t. 1, pp. 462 et 463); 1704 Thé verd, Thé noir, Thé voui ou bouy, The rouge ou Thé Tartare (Trév.); 2. 1751 « repas, réunion ou réception où l'on sert du thé » (ici, en Angleterre) (Prévost, Lettres angloises, t. 1, 1repart., p. 79); 1757 prendre le thé (ici, en France) (Diderot, Le Fils naturel ds Œuvres compl., éd. J. Assézat, t. 7, p. 26); 1779 « réception mondaine où l'on sert du thé (en France) » (Mmede Genlis, Dangers du monde, I, 9 ds Théâtre à l'usage des jeunes personnes, t. 1, p. 423); 1920 thé dansant (Proust, Guermantes 1, p. 192); 3. 1844 « service à thé » (Le Moniteur de la mode, 20 févr., p. 106 ds Quem. DDL t. 16); cf. 1700 cabaret à thé (Ph. de Dangeau, Journal, t. 7, p. 74). B. P. ext. 1. 1751 « herbe utilisée à la manière du thé » Cassine ou thé de la mer du Sud (Encyclop. t. 2, p. 747a); ca 1770 « id. » thé de Suisse (J.-J. Rousseau, Confessions, V ds Œuvres compl., éd. B. Gagnebin et M. Raymond, t. 1, p. 177); 2. 1858 thé de foin (Chesn. t. 2); 3. 1872 thé de viande ou de bœuf (Littré). C. 1. a) 1821 p. anal. de parfum rose-thé (Observateur des modes, 4eannée, 10 avr., no20, p. 160; cf. Desportes, Rosetum gallicum ou énumération des espèces de roses, Le Mans, 1828 ds Roll. Flore t. 4, p. 259); 1861 rosier thé (Chevreul, Moyen déf. et nommer coul., p. 458); b) 1880 rose thé « de la couleur de la rose thé » (Zola, Nana, p. 234); cf. aussi Goncourt, Journal, 1869, p. 499: ciel couleur de rose-thé; et note 2: jaune d'une rose thé; 2. 1862 couleur thé (Hugo, loc. cit.); 1881 vert de thé (E. de Goncourt, Mais. artiste, t. 1, p. 205); 1885 thé « couleur de thé » (Hugo, Alpes et Pyr., p. 81). Empr., par l'intermédiaire des Hollandais, sous la formethe des textes en lat. (cf. Ph. Morisset, Praeside an The chinensium menti confert? Thèse, Paris, 1648), au malais teh ou à la forme du sud de la Chine corresp. au chinois tcha, cette forme étant empl. par les Chinois d'Amoy qui apportaient le thé dans les régions bordant la mer de Chine méridionale (v. Arv., pp. 470-474, König 1939, p. 202, NED, s.v. tea et FEW t. 20, p. 111b). Le chinois tcha a donné des formes telles que ciaa et chia att. dès 1589 et 1603 (Arv., loc. cit.). Au sens A 2 thé est empr. à l'angl. dont la forme tea est att. dans cet empl. dep. 1738 (NED) sans désigner spécialement la prise de thé de fin d'après-midi telle qu'elle a été pratiquée par la suite (v. five o'clock étymol.), cet empl. a connu un tel succès pour désigner des réceptions en fr. que l'angl. a empr. le mot fr. thé pour désigner ce genre de réception, appelée normalement tea-party (1788 ds NED Suppl.2). Fréq. abs. littér.: 1 709. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 609, b) 1 905; xxes.: a) 2 834, b) 3 169.
DÉR.
Théisme, subst. masc.,méd. Ensemble des manifestations pathologiques, aiguës ou chroniques, superposables à celle du caféisme, dues à une consommation abusive de thé. Le théisme chronique a été décrit en Amérique par Morton, en 1879, chez les dégustateurs de thé, puis chez les grands buveurs par Balard, Eloy, Wood, King, Lander-Brunton (A. Porot, Les Toxicomanies, 1971, p 111).En partic. [En Tunisie, à une époque récente] Forme particulièrement grave résultant de la préparation du thé par des décoctions prolongées et répétées pratiquées sur une même dose de feuilles, et destinées à les épuiser en totalité. V. caféisme ex. de H. Bazin. [teism̭]. 1reattest. 1871 (Journ. de méd. et de chir. pratiques, XLII, pp. 561-2 ds Quem. DDL t. 8); de thé, suff. -isme*.
BBG.Dufrenoy (M.-L.). Le Robert et le vocab. exotique. In: Congrès internat. de Ling. et Philol. rom. 13. 1971. Québec, 1976, t. 2, p. 38. − Gohin 1903, p. 269 (s.v. théisme). − Quem. DDL t. 1 (s.v. thé vert), 3 (s.v. théiforme), 8 (s.v. théisme), 16, 28 (s.v. thé menteur).

Wiktionnaire

Nom commun

thé \te\ masculin

  1. Boisson chaude préparée à partir d’une infusion de feuilles du théier.
    • Le thé est d’un grand secours pour s’ennuyer d’une manière calme. Entre les poisons un peu lents qui font les délices de l’homme, je crois que c’est un de ceux qui conviennent le mieux à ses ennuis. — (Senancour, Oberman, Lettre LXIV)
    • Et ce pauvre hère, ragaillardi lui aussi par le thé et la bonne chère, traduit alors la reconnaissance de son estomac repu par un concert qui porte la satisfaction générale à son comble. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 32)
    • La semaine suivante, Mme la directrice l’invita à venir boire chez elle une tisane anglaise qu’on appelait du thé. — (Marcel Pagnol, Le château de ma mère, 1958, collection Le Livre de Poche, page 230)
    • Mamie boit du thé noir au petit déjeuner, du thé parfumé à la bergamote. Même si je ne trouve pas ça terrible, ça a toujours l’air plus gentil que le café, qui est une boisson de méchant. — (Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, 2006, collection Folio, page 113)
    1. (Rare) Infusion préparée à partir d’une autre plante. Ce sens, courant dans beaucoup de langues, ne se rencontre que très exceptionnellement en français. On dit plutôt tisane dans ce sens.
      • Et moi qui la soignais
        Au thé de serpolet !
        — (Maurice Carême, La Lanterne magique)
    2. Repas, ou réception, à un moment de la journée où l’on sert classiquement du thé, usuellement vers 17h00.
      • Puis ce fut Karthoum et son palace, où l'on ne parlait pas davantage français et où Yette tiqua d'autant plus qu'il vint au thé de fort jolies femmes bien habillées. — (Georges Simenon, Le Blanc à lunettes, ch. I, Gallimard, 1937)
  2. (Botanique) Théier.
    • Une plantation de thé.
    • Le thé est un arbrisseau d'une forme agreste, haut de cinq ou six pieds, commun à la Chine et au Japon ; il se plaît dans les lieux escarpés ; on le trouve plus souvent sur le penchant des collines et le long des rivières.
  3. Feuilles séchées de cette plante, destinées à préparer une infusion.
    • Caféine. — Existe dans beaucoup de plantes, café, thé, cola, maté, guarana. — (Cousin & Serres, Chimie, physique, mécanique et métallurgie dentaires, 1911)
  4. (Désuet) Salon de thé.
    • Ce petit dialogue avait lieu dans la salle du fond d’un thé discret de la rue Caumartin. — (Pierre Souvestre et Marcel Allain, Le Jockey masqué, 1913, chapitre II)

Adjectif

thé \te\ invariable masculin

  1. D’une couleur jaune rosé. #FF866A
    • Des bégonias rose thé étaient massés sous la fenêtre de la façade et des pensées formaient un tapis circulaire au pied d'un acacia. — (Raymond Chandler, L'homme qui aimait les chiens, traduction de Michel Philip et Andrew Poirier, dans Les ennuis, c'est mon problème, 2009)
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Littré (1872-1877)

THÉ (té) s. m.
  • 1Arbrisseau qui croît à la Chine et au Japon, et dont les feuilles servent à faire une infusion, thea sinensis, Simson (ternstroemiacées, camelliées ou théacées). Le thé est un arbrisseau d'une forme agreste, haut de cinq ou six pieds, commun à la Chine et au Japon ; il se plaît dans les lieux escarpés ; on le trouve plus souvent sur le penchant des collines et le long des rivières, Raynal, Hist. phil. v, 25.
  • 2Nom donné à la feuille. La première récolte se fait sur la fin de février ; les feuilles, alors petites, tendres et délicates, forment ce qu'on appelle le thé impérial, parce qu'il sert principalement à l'usage de la cour et des gens en place, Raynal, Hist. phil. v, 26.

    Les thés verts se divisent : 1° le thé hysson ou thé-chun ; le plus estimé, à feuille longue, étroite, charnue, tournée en spirale, recouverte de duvet ; il contient 48 p. 100 de matières solubles ; 2° le hysson junior ou yutsson, formé de petites feuilles jaunes, choisies et cueillies avant la pluie ; il contient 52 p. 100 de matières solubles ; 3° l'hysson choulang ; il a un goût particulier qu'il doit, dit-on, à la fleur de l'olivier odorant ; il contient 46 p. 100 de matières solubles ; 4° l'hysson skin ou de rebut, formé des détritus de toutes les feuilles de l'hysson qui ne pourraient entrer dans les premières qualités ; il contient 43 p. 100 ; 5° et 6° le thé poudre à canon et le thé impérial, formés l'un et l'autre par des triages de l'hysson et fortement roulés en forme de graines rondes ; le thé impérial est composé de grains plus menus et mieux formés que le poudre à canon ; ils contiennent 52 p. 100 ; 7° Le tonkay ou thé du ruisseau est la dernière récolte de la saison, la bonté des thés étant d'autant plus grande que la récolte est faite plus tôt ; il ne possède que 43 p. 100, Le thé et le chocolat, Paris, 1861, p. 98.

    Le thé noir se divise en cinq sortes principales : 1° le pekoë, dont une espèce est le plus fin et le plus aromatisé en thés noirs, et qui est formé par la première récolte de l'arbuste ; 2° le congo, qui fait la base de la consommation journalière de la Chine, et qui se récolte immédiatement après le pekoë ; 3° le souchong, dont la feuille, plus large que celle du congo, est mince et souvent brisée ; 4° le pouchong, qui a une grande finesse d'arome ; 5° le bohea, le plus commun, le moins cher, le plus discrédité de tous les thés noirs, ib. 100.

    Le thé vert et le thé noir diffèrent en ce que le noir est préparé avec fermentation préalable des feuilles, puis desséchement rapide au feu, pendant que, pour le vert, les feuilles sont desséchées au feu, sans fermentation, mais doucement et avec des pressions pour chasser les éléments humides et astringents.

  • 3Infusion des feuilles de thé. Offrir, verser du thé. Le Mazarin prend du thé pour se garantir de la goutte, Patin, Lett. t. II, p. 292. Il est vrai que Mme de la Sablière prenait du thé avec son lait, Sévigné, 16 fév. 1680. Lorsqu'on prépare la teinture ordinaire du thé, on sait qu'elle doit être différente, selon qu'on la veut plus ou moins chargée, De Blégny, conseiller médecin ordinaire du roi, Le bon usage du thé, 1687. Il prend du thé deux fois par jour, et il se croit le mérite de Locke ou de Newton, Genlis, Ad. et Th. t. I, p. 373, dans POUGENS.
  • 4Collation du soir dans laquelle on sert du thé et qui offre l'occasion de réunir une société nombreuse. Il y a thé chez Mme une telle. Depuis ce temps-là, je tiens thé ouvert, et tout le monde admire la bouilloire, Mme du Deffant, Lett. à H. Walpole, t. II, p. 297, dans POUGENS. Eh ! ne suis-je pas engagée à une lecture, à un thé ? Genlis, Théât. d'éduc. Dangers du monde, I, 9.
  • 5Thé suisse, ou thé de Suisse, mélange de plusieurs espèces de plantes aromatiques, recueillies dans les Alpes, et dont on fait des infusions médicinales. Un paysan de Montru, oui, dans son enfance, herborisait dans le Jura pour faire du thé suisse, Rousseau, Confess. v.
  • 6Thé d'Europe, la véronique officinale.

    Thé de France, la sauge, la mélisse officinale.

    Thé des Norvégiens, la ronce du Nord.

    Thé du Canada, gaultheria procumbens, L. éricacées.

    Thé du Paraguay, espèce de houx nommé aussi maté, ilex paraguaiensis, L. (voy. HOUX).

  • 7 Terme rural. Thé de foin, voy. SOUPE, n° 5.
  • 8Thé de viande ou de bœuf, infusion de viande hachée pour les malades.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

THÉ, s. m. (Bot. exot.) C’est une petite feuille désséchée, roulée, d’un goût un peu amer légérement astringent, agréable, d’une douce odeur, qui approche de celle du foin nouveau & de la violette.

L’arbrisseau qui porte le thé, s’appelle chaa par C. B. P. 147. thea frutex, bont. eronymo affinis, arbor orientalis, nucifera, flore roseo, Pluk. Phyt. mais cet arbrisseau est encore mieux défini par Kæmpfer : thea frutex, folio cerasi, flore rosæ sylvestris, fructu unicocco, bicocco, & ut plurimùm tricocco ; c’est-à-dire, qu’il a la feuille de cerisier, la fleur semblable à la rose des champs, & que son fruit n’a qu’une, ou deux, ou tout au plus trois coques : les Chinois le nomment theh, les Japonois tsjaa, ou tsjanoki.

Ce qu’il y a de plus commode dans une plante si débitée, c’est qu’elle n’occupe point de terrein qui puisse servir à d’autres ; ordinairement on en fait les bordures des champs de blé, ou de riz, & les endroits les plus stériles sont ceux où elle vient le mieux ; elle croît lentement, & s’éleve à la hauteur d’une brasse, & quelque chose de plus ; sa racine est noire, ligneuse, & jette irrégulierement ses branches ; la tige en fait de même de ses rameaux, & de ses rejettons ; il arrive assez souvent qu’on voit sortir ensemble du même tronc, plusieurs tiges si serrées l’une contre l’autre, & qui forment une espece de buisson si épais, que ceux qui n’y regardent pas d’assez près, croient que c’est un même arbrisseau ; au-lieu que cela vient de ce que l’on a mis plusieurs graines dans la même fosse.

L’écorce de cet arbrisseau est couverte d’une peau fort mince, qui se détache lorsque l’écorce devient seche ; sa couleur est de chataigne, grisâtre à la tige, & tirant sur le verdâtre ; son odeur approche fort de celle des feuilles du noisetier, excepté qu’elle est plus désagréable ; son goût est amer, dégoûtant, & astringent, le bois est dur, composé de fibres fortes & épaisses, d’une couleur verdâtre tirant sur le blanc, & d’une senteur fort rebutante quand il est verd ; la moëlle est fort adhérente au bois.

Les feuilles tiennent à une queue ou pédicule, court, gros, & vert, assez rond, & uni en-dessous, mais creux & un peu comprimé au côté opposé ; elles ne tombent jamais d’elles-mêmes, parce que l’arbrisseau est toujours verd, & il faut les arracher de force ; elles sont d’une substance moyenne, entre la membraneuse & la charnue, mais de différente grandeur ; les plus grandes sont de deux pouces de long, & ont un peu moins de deux pouces dans leur plus grande largeur : en un mot, lorsqu’elles ont toute leur crue, elles ont parfaitement la substance, la figure, la couleur, & la grandeur du griottier des vergers, que les botanistes nomment cerasus hortensis, fructu acido ; mais lorsqu’elles sont tendres, qui est le tems qu’on les cueille, elles approchent davantage des feuilles de ce qu’on appelle eronymus vulgaris fructu acido, excepté pour la couleur.

Ces feuilles, d’un petit commencement deviennent à-peu-près rondes, puis s’élargissent davantage, & enfin elles finissent en une pointe piquante ; quelques-unes sont de figure ovale, un peu pliées, ondées irrégulierement sur la longueur, enfoncées au milieu, & ayant les extrémités recourbées vers le dos ; elles sont unies des deux côtés, d’un verd sale & obscur, un peu plus clair sur le derriere, où les nerfs étant assez élevés, forment tout autant de sillons du côté opposé.

Elles sont dentelées ; la denture est un peu recourbée, dure, obtuse, & fort pressée, mais les pointes sont de différentes grandeurs ; elles sont traversées au milieu par un nerf fort remarquable, auquel répond du côté opposé un profond sillon, il se partage de chaque côté en six ou sept côtes de différentes longueurs, courbées sur le derriere ; près du bord des feuilles, de petites veines s’étendent entre les côtes traversieres.

Les feuilles, lorsqu’elles sont fraîches, n’ont aucune senteur, & ne sont pas absolument aussi désagréables au goût que l’écorce, quoiqu’elles soient astringentes, & tirant sur l’amer ; elles different beaucoup les unes des autres en substance, en grandeur, & en figure ; ce qui se doit attribuer à leur âge, à leur situation, & à la nature du terroir où l’arbrisseau est planté : de-là vient qu’on ne peut juger de leur grandeur, ni de leur figure, lorsqu’elles sont séchées & portées en Europe. Elles affecteroient la tête si on les prenoit fraîches, parce qu’elles ont quelque chose de narcotique qui attaque les nerfs, & leur cause un tremblement convulsif ; cette mauvaise qualité se perd quand elles sont séchées.

En automne, les branches de cet arbrisseau sont entourées d’un grand nombre de fleurs, qui continuent de croître pendant l’hiver ; elles sortent une à une, ou deux à deux des aîles des feuilles, & ne ressemblent pas mal aux roses sauvages ; elles ont un pouce ou un peu plus de diametre, & sont composées de six pétales, ou feuilles, dont une ou deux se retirent, & n’approchent pas de la grandeur & de la beauté des autres ; ces pétales, ou feuilles, sont rondes & creuses, & tiennent à des pédicules de demi-pouce de long, qui d’un commencement petit & délicat, deviennent insensiblement plus grands ; leur extrémité se termine en un nombre incertain, ordinairement de cinq ou six enveloppes, petites & rondes, qui tiennent lieu de calice à la fleur.

Ces fleurs sont d’un goût désagréable, tirant sur l’amer : on voit au fond de la fleur un grand nombre d’étamines blanches, extrèmement petites, comme dans les roses ; le bout en est jaune, & ne ressemble pas mal à un cœur. Kæmpfer nous assure qu’il a compté deux cens trente de ces étamines dans une seule fleur.

Aux fleurs succédent les fruits en grande abondance ; ils sont d’une, de deux, & plus communément de trois coques, semblables à celles qui contiennent la semence du riem, composées de trois autres coques rondes, de la grosseur des prunes sauvages qui croissent ensemble à une queue commune, comme à un centre, mais distinguées par trois divisions assez profondes.

Chaque coque contient une gousse, une noisette, & la graine ; la gousse est verte, tirant sur le noir lorsqu’elle est mûre ; elle est d’une substance grasse, membraneuse, & un peu ligneuse, s’entr’ouvrant au-dessus de sa surface, après qu’elle a demeuré une année sur l’arbrisseau, & laissant voir la noisette qui y est renfermée ; cette noisette est presque ronde, si ce n’est du côté où les trois coques se joignent, elle est un peu comprimée ; elle a une écaille mince, un peu dure, polie, de couleur de chataigne, qui étant cassée fait voir un pepin rougeâtre, d’une substance ferme comme celle des avelines, d’un goût douceâtre, assez désagréable au commencement, devenant dans la suite plus amer, comme le fruit du noyau de cerise ; ces pepins contiennent beaucoup d’huile, & rancissent fort aisément, ce qui fait qu’à peine deux entre dix germent lorsqu’ils sont semés. Les Japonois ne font aucun usage ni des fleurs ni des pepins.

Ce n’est pas une chose fort aisée que la récolte du thé : voici de quelle façon elle se fait au Japon. On trouve pour ce travail des ouvriers à la journée, qui n’ont point d’autres métiers ; les feuilles ne doivent point être arrachées à pleines mains, il les faut tirer avec beaucoup de précaution une à une, & quand on n’y est pas stylé, on n’avance pas beaucoup en un jour : on ne les cueille pas toutes en même tems, ordinairement la récolte se fait à deux fois, assez souvent à trois ; dans ce dernier cas, la premiere récolte se fait vers la fin du premier mois de l’année japonoise, c’est-à-dire les premiers jours de Mars ; les feuilles alors n’ont que deux ou trois jours, elles sont en petit nombre, fort tendres, & à peine déployées ; ce sont les plus estimées, & les plus rares ; il n’y a que les princes & les personnes aisées qui puissent en acheter, & c’est pour cette raison qu’on leur donne le nom de thé impérial : on l’appelle aussi fleur de thé.

Le thé impérial, quand il a toute sa préparation, s’appelle ticki tsjaa, c’est-à-dire thé moulu, parce qu’on le prend en poudre dans de l’eau chaude : on lui donne aussi le nom d’udsi tsjaa, & de tacke sacki tsjaa, de quelques endroits particuliers, où il croît ; le plus estimé en Japon, est celui d’Udsi, petite ville assez proche de Méaco. On prétend que le climat y est le plus favorable de tous à cette plante.

Tout le thé qui sert à la cour de l’empereur & dans la famille impériale, doit être cueilli sur une montagne qui est proche de cette ville ; aussi n’est-il pas concevable avec quel soin & quelle précaution on le cultive : un fossé large & profond environne le plan, les arbrisseaux y sont disposés en allées, qu’on ne manque pas un seul jour de balayer : on porte l’attention jusqu’à empêcher qu’aucune ordure ne tombe sur les feuilles ; & lorsque la saison de les cueillir approche, ceux qui doivent y être employés, s’abstiennent de manger du poisson, & de toute autre viande qui n’est pas nette, de peur que leur haleine ne corrompe les feuilles ; outre cela, tant que la récolte dure, il faut qu’ils se lavent deux ou trois fois par jour dans un bain chaud, & dans la riviere ; & malgré tant de précautions pour se tenir propre, il n’est pas permis de toucher les feuilles avec les mains nues, il faut avoir des gants.

Le principal pourvoyeur de la cour impériale pour le thé, a l’inspection sur cette montagne, qui forme un très-beau point de vue ; il y entretient des commis pour veiller à la culture de l’arbrisseau, à la récolte, & à la préparation des feuilles ; & pour empêcher que les bêtes & les hommes ne passent le fossé qui environne la montagne ; pour cette raison on a soin de le border en plusieurs endroits d’une forte haie.

Les feuilles ainsi cueillies & préparées de la maniere que nous dirons bientôt, sont mises dans des sacs de papier, qu’on renferme ensuite dans des pots de terre ou de porcelaine, & pour mieux conserver ces feuilles délicates, on acheve de remplir les pots avec du thé commun. Le tout ainsi bien empaqueté, est envoyé à la cour sous bonne & sûre garde, avec une nombreuse suite. De-là vient le prix exorbitant de ce thé impérial ; car en comptant tous les frais de la culture, de la récolte, de la préparation, & de l’envoi, un kin monte a 30 ou 40 thaels, c’est-à-dire à 42 ou 46 écus, ou onces d’argent.

Le thé des feuilles de la seconde espece, s’appelle, dit Kæmpfer, tootsjaa, c’est-à-dire thé chinois, parce qu’on le prépare à la maniere des Chinois. Ceux qui tiennent des cabarets à thé, ou qui vendent le thé en feuilles, sous-divisent cette espece en quatre autres, qui different en bonté & en prix ; celles de la quatrieme sont ramassées pêle-mêle, sans avoir égard à leur bonté, ni à leur grandeur, dans le tems qu’on croit que chaque jeune branche en porte dix ou quinze au plus ; c’est de celui-là que boit le commun peuple. Il est à observer que les feuilles, tout le tems qu’elles demeurent sur l’arbrisseau, sont sujettes à de prompts changemens, eû égard à leur grandeur & à leur bonté, de sorte que si on néglige de les cueillir à propos, elles peuvent perdre beaucoup de leur vertu en une seule nuit.

On appelle ban-tsjaa, celles de la troisieme espece ; & comme elles sont pour la plûpart fortes & grosses, elles ne peuvent être préparées à la maniere des Chinois, c’est-à-dire séchées sur des poëles & frisées ; mais comme elles sont abandonnées aux petites gens, il n’importe de quelle maniere on les prépare.

Dès que les feuilles de thé sont cueillies, on les étend dans une platine de fer qui est sur du feu, & lorsqu’elles sont bien chaudes, on les roule avec la paume de la main, sur une natte rouge très-fine, jusqu’à ce qu’elles soient toutes frisées ; le feu leur ôte cette qualité narcotique & maligne dont j’ai parlé, & qui pourroit offenser la tête ; on les roule encore pour les mieux conserver, & afin qu’elles tiennent moins de place ; mais il faut leur donner ces façons sur le champ, parce que si on les gardoit seulement une nuit, elles se noirciroient & perdroient beaucoup de leur vertu : on doit aussi éviter de les laisser long-tems en monceaux, elles s’échaufferoient d’abord & se corromproient. On dit qu’à la Chine, on commence par jetter les feuilles de la premiere récolte dans l’eau chaude, où on les tient l’espace d’une demi-minute, & que cela sert à les dépouiller plus aisément de leur qualité narcotique.

Ce qui est certain, c’est que cette premiere préparation demande un très-grand soin : on fait chauffer d’abord la platine dans une espece de four, où il n’y a qu’un feu très moderé ; quand elle a le degré convenable de chaleur, on jette dedans quelques livres de feuilles que l’on remue sans cesse ; quand elles sont si chaudes que l’ouvrier a peine à y tenir la main, il les retire & les répand sur une autre platine pour y être roulées.

Cette seconde opération lui coûte beaucoup, il sort de ces feuilles roties un jus de couleur jaune, tirant sur le verd, qui lui brûle les mains, & malgré la douleur qu’il sent, il faut qu’il continue ce travail jusqu’à ce que les feuilles soient refroidies, parce que la frisure ne tiendroit point si les feuïlles n’étoient pas chaudes, de sorte qu’il est même obligé de les remettre deux ou trois fois sur le feu.

Il y a des gens délicats qui les y font remettre jusqu’à sept fois, mais en diminuant toujours par degrés la force du feu, précaution nécessaire pour conserver aux feuilles une couleur vive, qui fait une partie de leur prix. Il ne faut pas manquer aussi de laver à chaque fois la platine avec de l’eau chaude, parce que le suc qui est exprimé des feuilles, s’attache à ses bords, & que les feuilles pourroient s’en imbiber de nouveau.

Les feuilles ainsi frisées, sont jettées sur le plancher, qui est couvert d’une natte, & on sépare celles qui ne sont pas si bien frisées, ou qui sont trop roties ; les feuilles de thé impérial doivent être roties à un plus grand degré de sécheresse, pour être plus aisément moulues & réduites en poudre ; mais quelques unes de ces feuilles sont si jeunes & si tendres, qu’on les met d’abord dans l’eau chaude, ensuite sur un papier épais, puis on les fait sécher sur les charbons sans être roulées, à cause de leur extrême petitesse. Les gens de la campagne ont une méthode plus courte, & y font bien moins de façons ; ils se contentent de rotir les feuilles dans des chaudieres de terre, sans autre préparation ; leur thé n’en est pas moins estimé des connoisseurs, & il est beaucoup moins cher.

C’est par tout pays que les façons même les plus inutiles font presque tout le prix des choses, parmi ceux qui n’ont rien pour se distinguer du public que la dépense. Il paroît même que ce thé commun doit avoir plus de force que le thé impérial, lequel après avoir été gardé pendant quelques mois, est encore remis sur le feu pour lui ôter, dit-on, une certaine humidité qu’il pourroit avoir contractée dans la saison des pluies ; mais on prétend qu’après cela il peut être gardé long-tems, pourvû qu’on ne lui laisse point prendre l’air ; car l’air chaud du Japon en dissiperoit aisément les sels volatils, qui sont d’une grande subtilité. En effet tout le monde convient que ce thé, & à proportion tous les autres, les ont presque tous perdus quand ils arrivent en Europe, quelque soin qu’on prenne de les tenir bien enfermés. Kæmpfer assure qu’il n’y a jamais trouvé hors du Japon, ni ce goût agréable, ni cette vertu modérément rafraîchissante qu’on y admire dans le pays.

Les Japonois tiennent leurs provisions de thé commun dans de grands pots de terre, dont l’ouverture est fort étroite. Le thé impérial se conserve ordinairement dans des vases de porcelaine, & particulierement dans ceux qui sont très-anciens, & d’un fort grand prix. On croit communément que ces derniers non-seulement conservent le thé, mais qu’ils en augmentent la vertu.

L’arbrisseau de la Chine qui porte le thé differe peu de celui du Japon ; il s’éleve à la hauteur de trois, de quatre ou de cinq piés tout-au-plus ; il est touffu & garni de quantité de rameaux. Ses feuilles sont d’un verd foncé, pointues, longues d’un pouce, larges de cinq lignes, dentelées à leur bord en maniere de scie ; ses fleurs sont en grand nombre, semblables à celles du rosier sauvage, composées de six pétales blanchâtres ou pâles, portées sur un calice partagé en six petits quartiers ou petites feuilles rondes, obtuses, & qui ne tombent pas. Le centre de ces fleurs est occupé par un nombreux amas d’étamines, environ deux cens, jaunâtres. Le pistil se change en un fruit sphérique tantôt à trois angles & à trois capsules, souvent à une seule. Chaque capsule renferme une graine qui ressemble à une aveline par sa figure & sa grosseur, couverte d’une coque mince, lisse, roussâtre, excepté la base qui est blanchâtre. Cette graine contient une amande blanchâtre, huileuse, couverte d’une pellicule mince & grise, d’un goût douçâtre d’abord, mais ensuite amer, excitant des envies de vomir, & enfin brûlant & fort desséchant. Ses racines sont minces, fibreuses & répandues sur la surface de la terre. On cultive beaucoup cette plante à la Chine ; elle se plaît dans les plaines tempérées & exposées au soleil, & non dans des terres sablonneuses ou trop grasses.

On apporte beaucoup de soin & d’attention pour le thé de l’empereur de la Chine, comme pour celui de l’empereur du Japon, on fait un choix scrupuleux de ses feuilles dans la saison convenable. On cueille les premieres qui paroissent au sommet des plus tendres rameaux ; les autres feuilles sont d’un prix médiocre. On les seche toutes à l’ombre, & on les garde sous le nom de thé impérial ; parmi ces feuilles, on sépare encore celles qui sont plus petites de celles qui sont plus grandes ; car le prix varie selon la grandeur des feuilles, plus elles sont grandes, plus elles sont cheres.

Le thé roux, que l’on appelle thé bohéa, est celui qui a été plus froissé & plus rôti : c’est de-là que vient la diversité de la couleur & du goût.

Les Chinois, dont nous suivons la méthode, versent de l’eau bouillante sur les feuilles entieres de thé que l’on a mises dans un vaisseau destiné à cet usage, & ils en tirent la teinture ; ils y mêlent un peu d’eau claire pour en tempérer l’amertume & la rendre plus agréable, ils la boivent chaude. Le plus souvent en bûvant cette teinture, ils tiennent du sucre dans leur bouche, ce que font rarement les Japonois ; ensuite ils versent de l’eau une seconde fois, & ils en tirent une nouvelle teinture qui est plus foible que la premiere ; après cela ils jettent les feuilles.

Les Chinois & les Japonois attribuent au thé des vertus merveilleuses, comme il arrive à tous ceux qui ont éprouvé quelque soulagement ou quelque avantage d’un remede agréable ; il est du-moins sûr que dans nos pays, si l’on reçoit quelque utilité de cette boisson, on doit principalement la rapporter à l’eau chaude. Les parties volatiles du thé qui y sont répandues, peuvent encore contribuer à atténuer & résoudre la lymphe quand elle est trop épaisse, & à exciter davantage la transpiration ; mais en même tems l’usage immodéré de cette feuille infusée perpétuellement dans de l’eau chaude, relâche les fibres, affoiblit l’estomac, attaque les nerfs, & en produit le tremblement ; de sorte que le meilleur, pour la conservation de la santé, est d’en user en qualité de remede, & non de boisson agréable, parce qu’il est ensuite très-difficile de s’en priver. Il faut bien que cette difficulté soit grande, puisqu’il se débite actuellement en Europe par les diverses compagnies environ huit à dix millions de livres de thé par an, tant la consommation de cette feuille étrangere est considérable. (Le chevalier de Jaucourt.)

Thé des Antilles, (Botan.) plante de deux ou trois piés de hauteur extrèmement commune dans toutes les îles Antilles ; elle croît abondamment entre les fentes des rochers, sur les vieilles murailles, dans les savanes, sur les chemins, enfin par-tout ; ses branches sont chargées de petites feuilles d’un verd foncé, longues, étroites, terminées en pointe & dentelées sur les bords, comme celles du thé de la Chine ; à quoi cependant cette plante n’a aucun autre rapport, malgré l’opinion du R. P. Labat jacobin, qui, faute de connoissances en histoire naturelle, s’est fréquemment trompé dans ses décisions. Le prétendu thé des îles n’est d’aucun usage universellement connu dans le pays, on l’arrache comme une mauvaise herbe nuisible dans les savanes & dans les jardins. Article de M. le Romain.

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Étymologie de « thé »

Les Hollandais, qui introduisirent le thé en Europe en 1606, l’ayant acheté à Java, le nommèrent en néerlandais thee, du malais te, lui-même issu du minnan , pratiqué en Amoy (Xiamen).
Pour l’ancien sens de salon de thé : par métonymie, comme pour le mot café, qui a aussi entraîné le sens établissement où l’on sert du café.
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En langue mandarine tcha, en japonais tsyeo.

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Phonétique du mot « thé »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
thé te

Citations contenant le mot « thé »

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  • C’est une plante sauvage aux vertus digestives et au goût délicat. Le thé d’Aubrac se prépare en infusion, se décline en gourmandise ou en alcool, et se cueille les derniers jours de juillet. Franceinfo, #DécouverteWE : Une tasse de thé sur l’Aubrac
  • Les thés sont appelés Dark Blood et Sweetest Maleficia. On peut lire dans un communiqué : MetalZone, Cradle Of Filth a créé sa propre marque de thé (100% Black Metal)
  • Ensuite, le rapport mondial sur le marché des extraits de thé noir se concentre sur les principaux acteurs mondiaux de l’industrie avec des informations telles que les profils d’entreprise, l’image et les spécifications du produit, les revenus des ventes, le prix, la marge bénéficiaire, la part de marché et entrez en contact avec des données. en outre, les tendances de développement de l’industrie des extraits de thé noir et les canaux de vente sont analysés. Thesneaklife, Recherche complète sur le marché mondial des extraits de thé noir 2020-2026 par AVT Natural Products Ltd., Cymbio Pharma Pvt. Ltd., Teawolf – Thesneaklife
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Traductions du mot « thé »

Langue Traduction
Anglais tea
Espagnol
Italien
Allemand tee
Chinois
Arabe شاي
Portugais chá
Russe чай
Japonais お茶
Basque tea
Corse
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Synonymes de « thé »

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Thé

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