La langue française

Bord

Sommaire

  • Définitions du mot bord
  • Étymologie de « bord »
  • Phonétique de « bord »
  • Évolution historique de l’usage du mot « bord »
  • Citations contenant le mot « bord »
  • Images d'illustration du mot « bord »
  • Traductions du mot « bord »
  • Synonymes de « bord »
  • Antonymes de « bord »

Définitions du mot bord

Trésor de la Langue Française informatisé

BORD, subst. masc.

I.− MARINE
A.− [En parlant d'un navire et plus rarement d'une autre embarcation]
1. Extrémité supérieure du revêtement qui de chaque côté couvre la membrure (cf. bordage) :
1. Outougamiz saute par-dessus le bord de la pirogue. Mila se mit à nager de concert avec lui. Tantôt elle se balançoit lentement le visage tourné vers le ciel; vous eussiez cru qu'elle dormoit sur les vagues; tantôt, frappant de son pied l'onde élastique, elle glissoit rapidement dans le fleuve. Chateaubriand, Les Natchez,1826, p. 329.
2. − Capitaine, l'eau barrotte la cale. Dans dix minutes, l'eau sera au ras des dalots. Les passagers couraient sur le pont, éperdus, se tordant les bras, se penchant par-dessus le bord, regardant la machine, faisant tous les mouvements inutiles de la terreur. Hugo, Les Travailleurs de la mer,1866, p. 207.
3. Placés à l'arrière, des sous-officiers de confiance veillent de chaque bord... J.-B. Charcot, La Mer du Groënland,1929, p. 53.
Spéc. Le plat bord. Cordon supérieur qui se place à plat sur le bord du bâtiment (cf. Peisson, Parti de Liverpool, 1932, p. 225).
Loc. Lancer, passer qqc. ou qqn par-dessus bord. Le jeter à la mer :
4. C'était un gamin de quatorze ans que les gardes-marine avaient découvert à fond de cale et amené au patron de la barque. − Vingt coups de garcette, s'était écrié le capitaine, et flanquez-le-moi par-dessus bord! Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 11.
P. métaph. Se débarrasser d'une personne importune (cf. Barrès, L'Appel au soldat, 1897, p. 469).
2. P. ext. Chaque côté d'un navire (cf. également bâbord et tribord) :
5. La pesée de la cargaison est effectuée contradictoirement, en présence du chargeur ou du destinataire et du marinier. Sur les trois échelles de jauge fixées sur chaque bord du bateau, on relève l'affleurement avant et après le chargement. La Navigation intérieure en France,1952, p. 18.
Loc. Virer de bord. Changer de direction pour un navire en prenant le vent du côté opposé à celui d'où il venait :
6. ... le Mandarin, qui avait laissé arriver vent arrière (...) vira de bord et approcha du port bâbord amures. Maupassant, L'Inutile beauté,Livre de bord, Paris, Libr. de France, 1935 [1890], p. 28.
Au fig. Changer de conduite, s'attacher à un autre parti (cf. G. Duhamel, Chronique des Pasquier, La Passion de Joseph Pasquier, 1945, p. 48).
Bord à bord. Locution adverbiale qui exprime la proximité de deux bâtiments (cf. Verne, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, p. 38).
Au fig. et poét. [En parlant de deux existences qui s'écoulent côte à côte] (Cf. Fromentin, Dominique, 1863, p. 161).
Bord sur bord. [En parlant d'un bateau qui a un roulis continu] (Cf. Morand, La Folle amoureuse, 1956, p. 27).
P. anal. [En parlant d'un avion qui se trouve en difficulté] (Cf. Giono, Le Grand troupeau, 1931, p. 254).
P. métaph., iron. [En parlant d'un ivrogne] Louvoyer bord sur bord (cf. T. Corbière, Les Amours jaunes, 1873, p. 193).
Bord du vent. Bord d'où souffle le vent (cf. Verne, Les Enfants du capitaine Grant, t. 2, 1868, p. 51).
Bord sous le vent. Côté du navire opposé à celui d'où vient le vent (cf. Verne, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, p. 39).
Bâtiments de haut bord. Bâtiments hauts sur l'eau qui naviguaient au long cours, par opposition à ceux de bas bord, ne s'écartant pas des côtes (nef, galère). Vaisseau de haut bord (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 2, 1848, p. 72).
P. métaph., iron. De qualité, de haute lignée.
SYNT. Un gourmand de haut bord (Balzac, La Vieille fille, 1836, p. 332); un vicieux de haut bord (Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, 1847, p. 279).
B.− P. méton.
1. Bateau. Monter à bord; se rendre à bord; coucher à bord.
SYNT. Silence à bord! (A. Daudet, Le Petit Chose, 1868, p. 236); officier du bord (Verne, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, p. 31); vie de bord (A. Daudet, Contes du lundi, 1873, p. 269); refrains de bord (A. Daudet, Jack, 1876, p. 43); maître à bord (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 175).
Journal de bord. Cahier contenant le compte rendu de ce qui se passe à bord je repensai tout à coup au journal de bord de ces marins d' autrefois, (Loti, Le Roman d'un enfant,1890, p. 286).
Loc. À bord de (une embarcation) :
7. Un signal de l'Astrolabe, qui m'apprenait que le feu était à son bord, me jeta dans les plus vives inquiétudes. Voyage de La Pérouse,t. 3, 1797, p. 260.
8. Un soir pâle d'août, la lettre qui annonçait à Yann la mort de son frère finit par arriver à bord de la « Marie » sur la mer d'Islande. Loti, Pêcheur d'Islande,1886, p. 173.
9. Je croyais qu'il pleurait l'un des siens, parent ou camarade; mais quand je l'interrogeai, il me répondit qu'il venait de signer son premier engagement, qu'il embarquait à bord d'un quatre-mâts, le schooner Markus qui allait charger du nitrate au Chili, qu'il n'avait encore jamais navigué et qu'il pleurait de frayeur. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 282.
Loc. fig. Avec les moyens du bord. En faisant appel aux seuls moyens que l'on a sous la main (cf. Vercel, Capitaine Conan, 1934, p. 28).
Rem. On rencontre dans le lang. mar. les 2 subst. bord-contre et bord-droit cités dans la plupart des dict. gén. du xixeet du xxes. Naviguer à bord-contre ou à contre-bord, ou à bord-opposé, c'est faire route avec des amures différentes de celles d'un autre navire. Naviguer à bord-droit c'est couper à peu près à angle droit la route d'un autre navire. Noter également le subst. masc. bord-opposé signalé par Ac. Compl. 1842 et qui se dit ,,en parlant de deux bâtiments orientés sous des amures différentes, et laissant derrière eux le sommet de l'angle de leurs routes. Ces deux navires courent à bord-opposé``.
2. P. anal. [En parlant d'un autre moyen de locomotion : avion, locomotive, automob., etc.] Tout va bien à bord (Saint-Exupéry, Terre des hommes,1939, p. 191).
Planche de bord, tableau de bord. Emplacement où sont regroupés les appareils de commande ou de contrôle :
10. La face noire du chauffeur luisait au-dessus du tableau de bord et souriait. Camus, L'Exil et le royaume,1957, p. 1655.
Loc. À bord de. À bord des longs courriers (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 276);à bord des satellites (Hist. gén. des sc.,t. 3, vol. 2, 1964, p. 167).
3. P. métaph. et fam. Être du bord de qqn, être du même bord. Partager habituellement les opinions de quelqu'un, d'une entité politique, sociale ou idéologique. De l'un et de l'autre bord (Mmede Chateaubriand, Mémoires et lettres,1847, p. 51);de notre bord (L. Daudet, La Vie de Clemenceau,1942, p. 23);gens du même bord (Quéffelec, Un Recteur de l'île de Sein,1944, p. 196).
Rem. À la limite cette expr. qui peut être sentie parfois avec une valeur métaph., n'a plus qu'une valeur expressive équivalente à des loc. plus abstr. du type de notre parti, de notre milieu :
11. D'un côté, il y avait Chautemps, Lévy-Dubois, le Crédit-Lyonnais (...) De l'autre bord, de l'autre bastion, il y avait Stavisky, Bonnet, Boncour... L. Daudet, La Police pol.,1934, p. 106.
II.− P. anal. Extrémité délimitant une surface (suggérant notamment une image de creux).
A.− Partie de terre ferme longeant et délimitant un espace rempli d'eau (mer, fleuve, rivière, lac, etc.). Bord du canal (Mmede Staël, Corinne,t. 3,1807, p. 122);bord de la rivière (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 1,1848, p. 97);bord de la mer (Zola, La Joie de vivre,1884, p. 822):
12. Quand tu t'ennuieras, viens me voir, ça te distraira, et tu verras comme je suis bonne fille. Si tu veux, un de mes jours de sortie, nous irons à la campagne, dîner au bord de l'eau, à Neuilly ou à Suresnes, et nous nous promènerons sur la rivière. Du Camp, Mémoires d'un suicidé,1853, p. 119.
Absol. Revenir au bord, atteindre le bord, toucher au bord (cf. Lamartine, Raphaël, 1849, p. 150).
Loc., rare. [En parlant d'un cours d'eau en crue] À pleins bords (cf. Moselly, Terres lorraines, 1907, p. 96).
Au fig. Abondamment, sans restriction et sans obstacle. La remontrance débordant à pleins bords (Balzac, Le Cabinet des antiques,1839, p. 77);vie coulant à pleins bords (R. Rolland, Jean-Christophe,L'Adolescent, 1905, p. 267).
P. méton. et poét. Les bords. Contrée environnée d'eau ou environnant l'eau. Bords fortunés (Chénier, Épîtres,1794, p. 186);arides bords (Chénier, Élégies,1794, p. 95:
13. Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, Et les vents alizés inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde Occidental. Heredia, Les Trophées,1893, p. 111.
En partic. [Pour désigner les Enfers] Sombres bords (L. de Fontaines, Œuvres complètes,t. 1,1778-1821, p. 314);les bords de l'Érèbe (Heredia, Les Trophées,1893, p. 46).
B.− Côté délimitant une route, un chemin, etc. Bord du chemin creux (Balzac, Louis Lambert,1832, p. 160);bord d'un champ (Flaubert, Un Cœur simple,1877, p. 6):
14. J'écris ceci, assis au bord d'une route, au-dessus de Vence, au retour d'une escalade hasardeuse. Gide, Journal,1940, p. 23.
Rare et poét. Limite de l'horizon. Le bord du ciel (Taine, Voyage en Italie,t. 1,1866, p. 8);le bord tranchant de l'horizon (Fromentin, Dominique,1863, p. 9).
P. ext. [En parlant d'un espace de temps] Le bord de la nuit. Le soir qui commence (cf. Giono, Un de Baumugnes, 1929, p. 150).
C.− [En parlant d'une chose concr. : assiette, chapeau, table, etc.] Le bord de la robe (Montalembert, Histoire de Ste Élisabeth de Hongrie,1836, p. 250);les bords du papier (Ponson du Terrail, Rocambole,t. 4, Les Exploits de Rocambole,1859, p. 405);assiette à bords cassés (Giono, Un de Baumugnes,1929, p. 70):
15. Le personnage, fort peu rassuré et tremblant de tous ses membres, s'avança jusqu'au bord de la table de marbre, avec force révérences qui, à mesure qu'il approchait, ressemblaient de plus en plus à des génuflexions. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 27.
16. Il laissa glisser l'imperméable qu'il avait gardé sur ses épaules, le posa soigneusement par terre près de sa casquette, et s'avança jusque sur le bord de sa chaise, où il se tint le buste raide, les genoux joints. R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 89.
Rem. 1. À signaler le subst. masc. bordoir qui désigne en technol. une sorte de petite enclume dont se servent les ferblantiers pour rabattre les bords de la tôle (noté par Nouv. Lar. ill., Quillet 1965). 2. Lorsque la réf. sém. à un navire est encore quelque peu consciente, bord peut prendre la forme du plur. pour désigner la totalité du pourtour : les bords d'un drapeau, d'une assiette; le sing. suggère un point partic. de cette totalité.
Spéc. [En parlant de l'orifice supérieur d'un récipient, le plus souvent d'un verre] Bord d'une citerne (Flaubert, La 1reÉducation sentimentale,1845, p. 154);emplir son verre ras-bord (Pourrat, Gaspard des Montagnes,À la belle bergère,1925, p. 29);broc rempli jusqu'au bord (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 176):
17. La servante ayant obéi, le pauvre bohémien prit place, tout émerveillé de ces choses. Les verres furent emplis jusqu'au bord, et Fritz s'écria : − À la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le véritable Dieu des bons cœurs! Erckmann-Chatrian, L'Ami Fritz,1864, p. 12.
Rare. subst. Rouge-bord, Verre de vin rouge rempli jusqu'au bord Ayant bu un rouge-bord et essuyé ses moustaches du dos de sa main terreuse, il sortait déjà vers la voiture. (Malègue, Augustin,t. 1,1933, p. 216).
Pop. Être ras-bord. Avoir vidé plusieurs verres remplis ras bord, être ivre (cf. Bernanos, Nouvelle histoire de Mouchette, 1937, p. 1276).
D.− [En parlant d'une partie du corps, en partic. des yeux ou des lèvres] Bord des cils (Lamartine, Jocelyn,1836, p. 629);bord d'une plaie (Hugo, Han d'Islande,1823, p. 151);bord des paupières (Proust, Du côté de chez Swann,1913, p. 233):
18. ... elle [MmeRoland] essuya du bout de ses doigts une larme au bord de ses yeux... Maupassant, Pierre et Jean,1888, p. 427.
Loc. Avoir les larmes au bord des yeux (cf. Béguin, L'Âme romantique et le rêve, 1939, p. 377). Être au bord des larmes, être sur le bord des larmes (Stendhal, Journal, t. 4, 1811-12, p. 94). Avoir un mot, une phrase, une idée sur le bord des lèvres. Être près de se souvenir de quelque chose (A. Daudet, Jack, 1876, p. 197).
ANAT. Bord antérieur (Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 1,1805, p. 238);bord postérieur (Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 1,1805, p. 228);bord costal (Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 1,1805, p. 242);bord supérieur; bord externe et inférieur (Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 1,1805, p. 256);bord interne (Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 1,1805, p. 280);bord osseux et cartilagineux (Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 1,1805, p. 266).
E.− [En parlant d'une cavité, d'un précipice] Bord du précipice (Dusaulx, Voyage à Barège,t. 2,1796, p. 188);bord du ravin (Lamartine, Les Confidences,1849, p. 132);bord du vide (Ramuz, Derborence,1934, p. 40):
19. Ces imprudences, cette ouverture de cœur, ces abandons téméraires, ces professions de foi, ce goût des sujets brûlants, toute cette apparente folie, n'est-elle pas le fait d'un homme qui, sachant la vanité des profonds calculs que le réel toujours déjoue, se fie à un instinct en lui − cet instinct des mules dans la montagne, lorsqu'elles longent en paix l'extrême bord de l'abîme? Mauriac, Journal 1,1934, p. 80.
P. métaph. Pousser l'État au bord de l'abîme. Le mener à la ruine ils ont, à force de forfaits, compromis l' autorité, et poussé l' état sur le bord de l' abîme.(Marat, Les Pamphlets,Offrande à la Patrie,1789, p. 2).Être au bord du précipice, du tombeau. N'avoir que peu de temps à vivre :
20. Je suis allé (...) chez M. Daru. Je l'ai trouvé sur le bord de la tombe. Stendhal, Journal,t. 1, 1801-05, p. 75.
Rare, absol. Être sur le bord. Être mourant (P. Vialar, La Mort est un commencement, Risques et périls, 1948, p. 165).
III.− Au fig.
A.− [En parlant d'une pers. qui souffre ou qui se trouve sur le point de tomber dans un grand malheur] Cette psalmodie vient le chercher jusque sur les bords du désespoir et le ramène au combat. (Barrès, La Colline inspirée,1913, p. 109);je me sentais au bord de la détresse (G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Jardin des bêtes sauvages,1934, p. 30);Il est au bord de la folie (Guéhenno, Jean-Jacques,Grandeur et misère d'un esprit, 1952, p. 48):
21. Il disait à voix basse : « Quelle vengeance! Quel raffinement de vengeance! » et nous restions tous silencieux, au bord de l'angoisse, car nous ne savions pas si notre père allait succomber à la colère ou laisser paraître ce léger sourire méprisant qui nous était ravissement et malaise. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Notaire du Havre, 1933, p. 48.
B.− [En parlant d'une action, d'un sentiment ou d'une attitude qui en sont à leur commencement] Être au bord de. Être prêt à... être sur le point d'avoir. au bord de la guérison (Mounier, Traité du caractère,1946, p. 384);bord de l'action, du sommeil, du laisser aller (Mounier, Traité du caractère, 1946, p. 417, 436, 477); au bord de l'amour (Green, Chaque homme dans sa nuit,1960, p. 350):
22. « Tiens, voilà Micou II » raillait Paule en allongeant le bras par la fenêtre. Au bord de l'indignation, j'en rigolais comme d'une bonne blague. H. Bazin, La Mort du petit cheval,1949, p. 153.
C.− Loc. fam. (apr. un adj. ou une expr. caractérisante; légèrement iron.) Sur les bords. Qui est un peu, qui a tendance à, si on y regarde bien :
23. Anne-Marie tenait bon; elle eût aimé, je pense, que je fusse une fille pour de vrai; avec quel bonheur elle eût comblé de bienfaits sa triste enfance ressuscitée. Le ciel ne l'ayant pas exaucée, elle s'arrangea : j'aurais le sexe des anges, indéterminé mais féminin sur les bords. Sartre, Les Mots,1964, p. 84.
Péj. (fréq.). Faux jeton sur les bords (Queneau, Zazie dans le métro,1959, p. 233).
Rem. Cette loc., très lexicalisée, qui n'a plus guère d'attache sém. avec les sens précédents, aurait pu être présentée en vedette autonome; on la maintient à cette place pour suggérer qu'elle pourrait avoir pour orig. l'image p. ex. des bords d'un navire ou encore d'un chapeau p. oppos. au navire ou au chapeau lui-même.
PRONONC. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [bɔ:ʀ]. Littré signale : ,,Le d ne se lie pas : un bor escarpé; l's, au pluriel ne se lie pas : des bor escarpés; cependant plusieurs font la liaison : des bor-z-escarpés.`` Enq. : /boʀ/. 2. Homon. bore, bort.
ÉTYMOL. ET HIST. − A.− 1. Ca 1121 mar. « côté d'un navire » bord de la nef (Saint Brendan, éd. Suchier dans Rom. Studies, t. 1, p. 578, 1011); av. 1307 id. bort a bort (G. Guiart, Royaux Lignages, II, 9753 dans T.-L.); 2. p. ext. 1644 (Corneille, Mort de Pompée, II, 2 dans Littré : Achillas à son bord joint son esquif funeste); 3. xviies. fig. « parti » (Mmede Sévigné, 569, ibid.). B.− 1. 1160 « contour d'une surface » (B. de Ste Maure, Troie, 23454 dans T.-L.); 2. 1174-77 « ce qui borde un puits, une fosse » (Renart, éd. M. Roques, branche 2, 3683); d'où fig. 1670 (Racine, Bérénice, IV, 4 dans Littré : Vois-je l'État penchant au bord du précipice?); 3. av. 1307 « bande de terrain le long d'un cours d'eau » (G. Guiart, op. cit., II, 4602 dans T.-L.); 4. spéc. 1596 « étoffe, ruban dont on garnit le tour d'un vêtement » (Hulsius, Dict. françois-alemand); d'où 1680 bord d'un chapeau (Rich.). De l'a. b. frq. *bord « bord d'un vaisseau » (Gam. Rom.2t. 1, p. 346; FEW t. 15, 1, p. 180; Bl.-W.5; Dauzat 1968; EWFS2), que l'on peut déduire de l'a. nord. bord « bord, arête; bord de navire » auquel De Vries Anord. s.v. rattache l'a. sax. et le vieil angl. bord, le néerl. mod. boord, l'a. h. all. bort, de même sens. L'empr. à l'a. b. frq. s'est fait tout à fait indépendamment de celui de l'a. fr. bort « planche » à l'a. b. frq. *bord « planche » (v. borde). Le rapport entre les 2 mots germ. est obsc., cf. les opinions divergentes de Kluge20, s.v. Bord, de Sperber dans Wörter und Sachen, t. 6, pp. 44-46 et de Falk-Torp, p. 94 (cf. IEW t. 1, p. 138 qui semble enclin à rattacher les 2 prototypes à l'i.-e. *bhrdho- « planche » [*bheredh- « couper »]). L'hyp. d'un double empr. : A terme de mar. emprunté au frq.; B emprunté au germ. (FEW t. 1, p. 438, s.v. germ. bord) fait difficulté, étant donné qu'aux sens A et B les corresp. rom. sont récents et empruntés au fr. : esp. borde dep. Nebrija 1493-5 (> cat., Cor.); ital. bordo mar. xives. terme gén. 1590 (DEI), port. bordo xives. (Mach. t. 1); pour la même raison, l'empr. du fr. bord au germ. (aux sens A et B) (Brüch, p. 54; REW3, no1215) est à écarter. La forme de lat. médiév. borda (borda clavia [clavata] dans CGL t. 5, p. 596, 9, interprétée « bordure » par Kluge dans Archivum romanicum t. 6, p. 302) doit être considérée comme un hapax demeuré improductif.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 13 072. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 24 428, b) 14 744; xxes. : a) 15 867, b) 14 069.
BBG. − Darm. Vie 1932, p. 143. − De Gorog 1958, p. 65. − Dub. Pol. 1962, p. 34. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 212. − Martin (E.). S'il faut dire virer de bord ou virer le bord. Courrier (Le) de Vaugelas. 1875, t. 6, pp. 92-93. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 362.

Wiktionnaire

Nom commun

bord \bɔʁ\ masculin

  1. Extrémité d’une surface ou ce qui la termine, la ligne qui forme le contour d’une chose.
    • Un morceau de savon traînait sur le bord de la baignoire en bois. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • (Figuré) A cette nouvelle, il tomba sans connaissance ; sa douleur le mit au bord du tombeau ; il fut longtemps malade. — (Voltaire, Zadig ou la Destinée, I. Le borgne, 1748)
    • Le bord d’une robe, d’un manteau, d’un verre. — Le bord, les bords d’un précipice.
    • — Cette petite demoiselle va se réchauffer avec un doigt de vin chaud !
      Un doigt ? Le verre tendu, si le cafetier relevait trop tôt le pichet à bec, je savais commander : « Bord à bord ! »
      — (Colette, La maison de Claudine, Hachette, 1922, coll. Livre de Poche, 1960, page 40.)
  2. (Figuré) Limite.
    • Pour la énième fois, je me fis la réflexion que, depuis un certain temps, je brûlais la chandelle par les deux bouts. En fait, j'étais au bord du surmenage professionnel. — (James Patterson, Une ombre sur la ville, traduit de l'américain par Philippe Hupp, éditions L'Archipel, 2010, chap. 12)
  3. Tout ce qui s’étend vers les extrémités de certaines choses.
    1. (En particulier) Tout ce qui est depuis la partie concave d’un plat, d’une assiette, jusqu’à l’extrémité.
    2. (En particulier) Tout ce qui excède par en bas la forme d’un chapeau.
      • Sous son chapeau, à bords retroussés, apparaissaient, riches et crépus, des cheveux plutôt roux que blonds […] — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre IV)
  4. (En particulier) Terrain, sol qui est le long de la mer, d’un fleuve, autour d’un lac, etc.
    • Se promener sur le bord, sur les bords de la mer, sur le bord de l’eau.
    • Le bord, les bords d’une rivière, d’un lac, d’un étang.
    • Cette plante ne croît qu’au bord de la mer.
    • Les bords du Rhin sont fort pittoresques.
    • Cette rivière coule à pleins bords.
    • (Poétique) Les sombres bords : Les bords du Cocyte, l’enfer païen.
  5. Sorte de ruban ou galon, bande d’étoffe dont on borde certaines parties de l’habillement.
    • Mettre un bord à un chapeau, à une jupe.
  6. (Marine) Côté d’un bateau.
    • De quel bord vient le vent ?
    • S’appuyer sur le bord d’un navire.
    • Sauter par-dessus bord.
    1. (Par métonymie) Le navire lui-même.
      • Le capitaine nous régala sur son bord.
    • Il a tant de matelots, de soldats, de passagers à son bord.
    • Prendre quelqu’un à bord, sur son bord.
    • Monter à bord.
    • Coucher à bord.
    • Aller à bord. Envoyer à bord.
    • Il était à bord de l’amiral.
    • Être consigné à bord.
    • Descendre, sortir du bord.
    • Quitter le bord.
  7. (Quelquefois) Bordée.
    • Courir des bords.
    • Louvoyer à petits bords.
    • Courir un bord à terre, un bord au large.
  8. (Topologie) Pour une partie A d’un espace topologique, son adhérence privée de son intérieur. Un point x de X appartient au bord de A ssi tout voisinage de x rencontre à la fois A et son complémentaire.
  9. (Au pluriel) (Poétique) Régions, des contrées environnées d’eau.
    • Les bords africains, indiens.
    • Vivre sur les bords étrangers.
    • Il a quitté ces bords.
    • Il s’est éloigné de nos bords.
  10. Premier bord, second bord : (Jeux) Au cinq-cents, le valet d’atout et le valet de l’autre sorte de même couleur ; ce sont les cartes les plus fortes, exception faite des jokers.
  11. (Figuré) Opinion.
    • Vous devez être, ironisais-je, un de ces anciens rebelles vendéens, un de ces nostalgiques royalistes. Je ne suis pas de ce bord-là. J’ai toujours été républicain. — (A. M. Ivankov-Diaz, Moi, Jean Thomas Collot, fils de gueux, L’encre et le grattoir, 2017, ISBN 978-2-9562146-0-1)
  12. (Par métonymie) (Par euphémisme) Orientation sexuelle ; en particulier, homosexualité.
    • Il y a un type qui n’arrête pas de mater dans ma direction. Il sort sur son balcon, les yeux rivés sur moi ; il rentre et, derrière la vitre, reste un long moment tourné complètement face à moi. Il commence à me courir à la fin ! Je lui ai fait signe du revers de la main d’arrêter son cirque et de me lâcher en lui faisant comprendre que je ne suis pas de ce bord-là. — (Hoda Barakat traduit par Philippe Vigreux, Courrier de nuit, Actes Sud, 2018, ISBN 978-2330113711)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BORD. n. m.
L'extrémité d'une surface ou Ce qui la termine, la ligne qui forme le contour d'une chose. Le bord d'une robe, d'un manteau. Le bord d'un verre. S'asseoir sur le bord d'un chemin. Le bord, les bords d'un précipice. Avoir un mot sur le bord des lèvres, Être ou se croire tout près de se souvenir d'un mot, d'un nom qu'on a oublié et qu'on cherche à se rappeler. Avoir un aveu, un secret sur le bord des lèvres, Éprouver une grande envie de faire un aveu, de révéler un secret. Fig., Être au bord du précipice, être sur le bord du précipice, Être près de tomber dans un malheur, dans quelque grand danger; être sur le point de se perdre, d'être ruiné. On dit en des sens analogues Conduire, pousser quelqu'un au bord du précipice; l'arrêter au bord du précipice. Un rouge bord, Un verre de vin rempli jusqu'au bord. Il se dit aussi de Tout ce qui s'étend vers les extrémités de certaines choses. Le bord, les bords d'un plat, Tout ce qui est depuis la partie concave d'un plat jusqu'à l'extrémité. Les bords d'un chapeau, Tout ce qui excède par en bas la forme d'un chapeau. Chapeau à grands bords, à petits bords, à bords relevés. Il se dit particulièrement du Terrain, du sol qui est le long de la mer, d'un fleuve, autour d'un lac, etc. Se promener sur le bord, sur les bords de la mer. Le bord de l'eau. Le bord, les bords d'une rivière, d'un lac, d'un étang. Cette plante ne croît que sur les bords de la mer. Les bords du Rhin sont fort pittoresques. Cette rivière coule à pleins bords. Poétiquement, Les sombres bords, Les bords du Cocyte, l'enfer païen. Venir, arriver à bord, Atteindre le rivage, arriver au bord de l'eau, au bord de la mer. Il se dit d'un bateau ou d'un navire. Il ne put atteindre le bord et se noya, Il ne put atteindre le rivage et se noya. Elliptiq., À bord, à bord. Cri de gens qui sont sur un navire pour avertir qu'ils veulent aller à terre, ou de gens qui sont sur le rivage pour demander à s'embarquer. Au pluriel, il se dit poétiquement des Régions, des contrées environnées d'eau. Les bords africains. Les bords indiens. Vivre sur les bords étrangers. Il a quitté ces bords. Il s'est éloigné de nos bords. Il se dit aussi d'une Espèce de ruban ou galon, d'une bande d'étoffe dont on borde certaines parties de l'habillement. Mettre un bord à un chapeau, à une jupe.

BORD, en termes de Marine, désigne le Côté d'un bâtiment, d'un vaisseau. De quel bord vient le vent. S'appuyer sur le bord d'un navire. Sauter par-dessus le bord. Le bord d'un bateau. Ces deux bâtiments sont bord à bord, Côté à côté. Faire feu des deux bords en même temps. Voyez BÂBORD et TRIBORD. Virer de bord, Changer de route, en mettant au vent un côté du bâtiment pour l'autre. Figurément et familièrement, Changer la direction de sa conduite, s'attacher à un autre parti. Cet homme est inconstant, il a viré de bord en mainte occasion. Courir bord sur bord, Louvoyer à petites bordées, tantôt à droite, tantôt à gauche, pour se maintenir à la même place, ou pour ne changer de place que le moins possible. Rouler bord sur bord, Éprouver un roulis violent et continu. Être bord à quai, se dit quand l'un des côtés du bâtiment touche à un quai. Vaisseau de haut bord se disait autrefois de Tout bâtiment qui naviguait au long cours, par opposition à Vaisseau de bas bord, qui se disait de Tout petit bâtiment plat. Vaisseau de haut bord ne se dit plus aujourd'hui que des Bâtiments de guerre à plusieurs ponts. Il se dit aussi du Navire, du bâtiment même. Le capitaine nous régala sur son bord. Il a tant de matelots, de soldats, de passagers à son bord. Prendre quelqu'un à bord, sur son bord. Monter à bord. Coucher à bord. Aller à bord. Envoyer à bord. Il était à bord de l'amiral. Être consigné à bord. Descendre, sortir du bord. Quitter le bord. Fig., Être du bord de quelqu'un, Être de son parti, de son avis, de son opinion. Il se dit quelquefois pour Bordée. Courir des bords. Louvoyer à petits bords. Courir un bord à terre, un bord au large. Le bon bord, Celle des deux bordées qui rapproche du but; et Le mauvais bord, Celle qui en éloigne.

Littré (1872-1877)

BORD (bor ; le d ne se lie pas : un bord escarpé, dites : un bor escarpé ; l's au pluriel ne se lie pas : des bords escarpés, dites : des bor escarpés ; cependant plusieurs font la liaison : des bor-z escarpés) s. m.
  • 1 Terme de marine. Côté d'un vaisseau. Le bord du vaisseau fut enfoncé par une lame furieuse.

    Le bord du vent, le bord qui est du côté d'où le vent souffle, par opposition au bord sous le vent, qui est l'autre bord.

    Rouler bord sur bord, éprouver un roulis continu.

    Virer de bord, changer de route ; et au figuré, changer de conduite.

    Vaisseau de haut bord, autrefois, tout bâtiment qui naviguait au long cours, par opposition aux petits bâtiments plats qu'on désignait sous le nom de vaisseaux de bas bord ; aujourd'hui vaisseau de guerre à plusieurs ponts.

    Bord à bord, locution adverbiale qui s'emploie pour exprimer la proximité de deux bâtiments. Les deux vaisseaux étant bord à bord.

    Par extension. La rivière est bord à bord du quai, elle est si haute que le bord de la rivière se confond avec le bord du quai, elle affleure le quai.

  • 2Bordée. Le navire courait des bords. Courir bord sur bord, louvoyer à petites bordées, de manière à ne guère changer de place.

    Le bon bord, la bordée qui rapproche du but ; le mauvais bord, celle qui en éloigne ; et au figuré, courir le bon bord, se livrer à la piraterie ; et, par extension, faire des siennes. La connétable Colonne ne contraignit pas ses mœurs à Rome, ni de courir le bon bord, du vivant et surtout depuis la mort de son mari, Saint-Simon, 149, 182.

    Fig. et dans le langage familier, être du bord de quelqu'un, être de son avis, de son parti. Il verra M. de Seignelay dans son bord, Sévigné, 569. Nous disons maintenant, non pas dans son bord, mais de son bord.

    Il est seul de son bord, il est seul de son avis.

  • 3Le vaisseau même. Étant passé de son bord sur celui de l'amiral. Aller ou monter à bord. Aussitôt tous les équipages furent à bord. Mettre à bord. Achillas à son bord [au bord du vaisseau de Pompée] joint son esquif funeste, Corneille, M. de Pomp. II, 2. Vingt corsaires pourtant montèrent sur son bord, La Fontaine, Fianc. Le capitaine me prit à son bord avec mon domestique, Chateaubriand, Itin. 6.

    À bord ! commandement de revenir au vaisseau.

  • 4Extrémité d'une surface quelconque, par comparaison avec le bord d'un vaisseau. Les bords d'un bouclier. Les bords d'un chapeau. Frotter d'un topique les bords d'une plaie.
  • 5Rivage de la mer. Il s'avança jusqu'au bord de la mer. Suivre le bord de la mer. Venir ou arriver à bord. L'honneur est comme une île escarpée et sans bords, Boileau, Sat. X. N'est-ce pas nous rendre au naufrage Après nous avoir mis à bord ? Malherbe, III, 1. Un nautonier s'offre à le mettre à bord, Mais ce pilote est l'ami du naufrage, Millevoye, l'Amour naut.

    Par extension, en langage poétique, région, pays. Se fixer sur les bords ausoniens. Je demande Thésée aux peuples de ces bords…, Racine, Phèd. I, 1. Achille était absent, et son père Pélée L'avait, tu t'en souviens, rappelé de ces bords, Racine, Iphig. I, 1. Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée, Racine, Phèd. I, 3.

    Les sombres bords, la demeure des morts. On ne voit point deux fois le rivage des morts, Seigneur ; puisque Thésée a vu les sombres bords, En vain vous espérez qu'un Dieu vous le renvoie, Racine, Phèd. II, 5.

    Fig. Moi qui… Pensais toujours du bord contempler les orages, Racine, Phèdr. II, 2. Alors sa charité rompit les bords, Fléchier, Aig. Faut-il sans boire abandonner ce bord [la vie] ? Priez pour moi, je suis mort, je suis mort, Béranger, Mort vivant.

  • 6Le rivage d'un fleuve, d'une rivière, d'un lac, d'un torrent. Sur le bord d'un fleuve, d'un ruisseau. Les bords du Rhône, de l'Eurotas. En suivant les bords du lac de Genève. Couler à pleins bords. Tel en un secret vallon, Sur le bord d'une onde pure, Croît à l'abri de l'aquilon Un jeune lis, l'amour de la nature, Racine, Ath. II, 9. En même temps que l'eau [d'un fleuve] les a rongés [ses bords], elle a élargi son lit, c'est-à-dire qu'elle a perdu de sa hauteur et de sa force ; ce qui étant arrivé à un certain point, il se fait encore un équilibre entre la force de l'eau et la résistance des bords, et les bords sont établis, Fontenelle, Guglielmini. Mon lac est le premier ; c'est sur ses bords heureux Qu'habite des humains la déesse éternelle, L'âme des grands travaux, l'objet des nobles vœux, Que tout mortel embrasse ou désire ou rappelle, La liberté…, Voltaire, Épît. 76.
  • 7Ce qui borde un puits, une fontaine, un fossé. Le bord d'un puits. Narcisse couché sur le bord de la fontaine.

    Fig. Vieillard qui est sur le bord du tombeau, sur le bord de sa fosse. Il arrête un ami sur le bord de l'abîme. Être au bord du précipice. Cette bouteille donna la mort au pape, et mit son fils au bord du tombeau, Voltaire, Mœurs, 111. Vois-je l'État penchant au bord du précipice ? Racine, Bérén. IV, 4. Je leur semai de fleurs le bord des précipices, Racine, Athal. III, 3. Les dieux nous ont conduits jusqu'au bord de l'abîme, Fénelon, Tél. VII. Quand nous sommes aux bords d'une pleine victoire…, Corneille, Sertor. II, 2. Il n'était pas sur les bords du sommeil que…, La Fontaine, Rem.

  • 8Limite d'un chemin. Maison de campagne qui est au bord de la route.
  • 9Orifice d'un vase. Remplir un verre jusqu'aux bords. De peur que je n'en gronde, Verse au moins jusqu'au bord, Béranger, Inf. de Lis. C'est l'orgie opulente enviée au dehors, Contente, épanouie, Qui rit, et qui chancelle, et qui boit à pleins bords, De flambeaux éblouie, Hugo, Crépusc. 33.

    Familièrement. Un rouge bord, un verre plein de vin jusqu'au bord. Boire des rouges bords. Boire à rouge bord. Un laquais effronté m'apporte un rouge bord D'un auvernat fumeux qui, mêlé de lignage, Se vendait chez Crenet pour vin de l'Ermitage, Boileau, Sat. III.

  • 10Bout en parlant des lèvres. Mouiller le bord de ses lèvres.

    Avoir un mot sur le bord des lèvres, être sur le point de se le rappeler et de le prononcer. Avoir un aveu sur le bord des lèvres, être tout disposé à le faire.

    Fig. Avoir l'âme sur le bord des lèvres, être près de mourir.

    Tour des yeux. Il a le bord des yeux rouge et malade.

    Bordure d'un vêtement. Tunique ayant un bord de pourpre. Heureux ceux qui purent seulement toucher le bord de ses vêtements.

    Ruban, galon, qui sert à border. Un mètre de bord.

    Endroit où la cloche a le plus d'épaisseur.

    Bord de front, tresses qui se placent sur le bord d'une perruque.

SYNONYME

BORD, CÔTE, RIVE, RIVAGE. En général la bande de terre qui limite et contient une eau. Bord est le terme le plus général ; toute eau a des bords ; au lieu que la côte ne se dit que de la mer et s'élève au-dessus des flots qu'elle domine. Bord exprimant ce qui borde, ce qui contient, et côte ce qui domine et est élevé, rive et rivage expriment ce qui n'a ni l'une ni l'autre de ces conditions, et ne sont considérés que comme la langue de terre adjacente à un cours d'eau. La mer, les fleuves, les grandes rivières, qui ont seuls des rivages, ont des rives comme les ruisseaux.

HISTORIQUE

XIIIe s. À tant se sont empaint en mer, En retraiant pour avoir bort ; Toutes les nès issent du port, Fl. et Bl. 1380.

XIVe s. Sa nef… Tu en cele emprise douteuse Bort à bort contre l'orgueilleuse, Qui si fut très durement grande, Branche des royaux lignages, t. II, p. 375. À Huguelin de Champdivers, enlumineur de livres, pour sa paine et sallaire d'avoir enluminé par les bors et relié une grant heures pour monseigneur le duc de Thourraine, De Laborde, Émaux, p. 169. Mais au bort du fossé vint li ducs chiere lie, Et voit les assaillants faisant gran envaïe, Guesclin. 19997.

XVe s. Ne jouez plus de vostre sort, Car trop le passez oultre bort, Orléans, Bal. 91.

XVIe s. Aratus non pour cela ne voulut oncques y mener ses citoyens [au camp ennemi], ains les arresta sur le bord d'une grande baricave qu'il y avoit entre deux, et les engarda de passer oultre, Amyot, Aratus, 45.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BORD. - REM. On le trouve au sens d'espèce de diamant. C'est une fausse orthographe pour bort (voy. ce mot au Supplément).

HISTORIQUE

XIIe s. L'escu qui plus est blans que neis [neige] o une boucle de fin or Orlé de pierres tuit li bor, Benoit de Sainte-Maure, Roman de Troie, V. 23378.

XIIIe s. Ajoutez : Charles s'en va, le cuer ot moult irié, Et outre bort [de l'autre côté du gué], de duel mesaisié : Las, que diront, fait-il, François prisié ? Adenes LI Rois, les Enfances Ogiers, V. 3005. (c'est la reproduction de ces vers : Moult dolans s'est enz ou gué embatus ; Outre l'emporte li bons destriers crenus, V. 2972 ; ce qui prouve que outre bort signifie bien à l'autre bord). Cette remarque est nécessaire, parce que bord au sens de rive est très rare ; cet exemple d'Adenes est le seul que nous connaissions.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BORD, s. m. (Gramm.) se dit communément des parties les plus éloignées du milieu d’une étendue limitée. Cette définition est presque générale ; & c’est en ce sens qu’on dit le bord d’un pré, d’une table, d’un lit, d’une riviere, &c.

Bord, on entend ordinairement par le mot bord, le vaisseau même. On dit retourner à bord, sortir du bord, pour dire retourner au vaisseau, sortir du vaisseau ; venir à bord, c’est se rendre au vaisseau.

Renverser, tourner, changer le bord ; c’est revirer, & porter le cap sur un autre air de vent.

Rendre le bord, c’est-à-dire, venir mouiller, ou donner fond dans quelque rade ou quelque port.

Bord sur bord, courir bord sur bord ; c’est louvoyer, & gouverner tantôt à stribord, tantôt à basbord : lorsque le vent est contraire, & qu’il ne permet pas de porter à route, on chicane le vent, & on court sur plusieurs routes, pour approcher du lieu où l’on veut aller, ou pour ne s’abbatre pas, & ne s’éloigner que le moins qu’on peut.

Faire un bord, faire une bordée ; c’est faire une route, soit à basbord, soit à stribord.

Courir même bord que l’ennemi ; tenir même bord, c’est virer à stribord & à basbord, selon que l’ennemi y a viré, & porter sur le même rumb.

Mettre à l’autre bord ; virer, changer de bord.

Tenir bord sur bord, c’est-à-dire, courir d’un côté ou d’un autre au plus près de vent, soit pour attendre un vaisseau qui est de l’arriere, soit pour s’entretenir dans un parage. (Z) De bord à bord ; cette expression veut dire autant sur un côté du vaisseau que sur l’autre, & signifie encore de part & d’autre, de la droite route ; ce qui désigne la même chose. Lorsque l’on dit, par exemple, que l’on peut naviger ou faire des bordées sur onze points de compas de bord à bord, cela signifie qu’on peut se servir des onze airs de vent qui sont à stribord, ou à l’un des côtés du vent de la route ; & encore des onze autres airs de vent qui sont à basbord, ou à l’autre côté du même vent de la route. Comme si le lieu de la route est à l’ouest, le vent d’est sera le vent de la droite route : mais l’on peut se servir de vingt-deux rumbs de vents différens pour porter à l’ouest, ou s’en approcher ; savoir des onze airs de vent qui sont depuis l’est jusqu’au sud-ouest, quart de sud, & des onze autres airs de vent qui sont depuis l’est jusqu’au nord-ouest. Ainsi c’est naviger & gouverner sur onze airs de vent de bord à bord.

Bord à bord, deux vaisseaux qui sont bord à bord ; c’est-à dire, qu’ils sont prêts l’un de l’autre de l’avant en arriere.

Un bord qui allonge, c’est-à-dire, que la bordée que l’on court sert à la route, quoique le vent soit contraire.

Bon bord, faire un bon bord ; c’est-à-dire, que l’on a gagné ou avancé à sa route, étant au plus près du vent.

Bord à terre, bord au large ; on employe ce terme, lorsqu’on parle d’un vaisseau qui court à la mer, & qui recourt à terre, ou de la mer à terre, & de la terre à la mer.

Passe du monde sur bord ; c’est un commandement qui se fait à l’équipage, pour faire passer des matelots des deux côtés de l’échelle, pour recevoir ceux qui veulent entrer ou sortir du vaisseau. Ce commandement ne se fait que pour les officiers, & pour ceux à qui on veut rendre des honneurs.

Bas bord, haut bord ; on dit un vaisseau de haut bord, on dit aussi un vaisseau de bas bord. Voyez Navire & Vaisseau.

Bord de la mer, c’est le rivage ou les premieres terres qui bordent la mer.

Bord, Bordage ; ce sont les planches qu’on emploie à border un vaisseau.

Franc bord, ce sont les bordages qui couvrent les membres du vaisseau. Ce mot se prend aussi en particulier pour le bordage, depuis le bas des fleuves jusqu’au haut du vaisseau. (Z)

Bord de bassin, en Architecture, c’est la tablette ou le profil de pierre ou de marbre, ou le cordon de gason ou de rocaille, qui pose sur le petit mur, ou circulaire, ou quarré, ou à pans d’un bassin d’eau. (P)

Bords dentelés, (Rubannerie-Tissuterie.) est la même chose que dent de rat. Voyez Dent de rat.

Bord, Ruban, ou Galon, qu’on met aux extrémités des chapeaux, des juppes, & sur les coutures des habits, &c. On fabrique des bords de différente largeur, & de toute sorte de matiere, comme or, argent, soie, fil, &c.

On fait à Amiens quantité de bords de laine ; on en compte de trois sortes : l’un qu’on appelle petite bordure, dont la chaîne doit être composée de vingt-sept fils, & la piece doit contenir vingt-quatre aunes : l’autre dont la chaîne est de trente-trois fils, & la piece de vingt-quatre aunes, se nomme bord & demi ; & le troisieme qui doit avoir trente-six fils à la chaîne, & trente-six aunes à la piece, est appellé bord à dentelle. Voyez Rouleau de laine.

Bord, en terme de Vannier, c’est un cordon d’osier, plus ou moins gros selon la piece qu’il termine par en-haut, & qu’il rend plus solide.

Bord, en terme de Fondeur de cloche, est la plus grande épaisseur qu’elle ait, sur laquelle frappe le battant. Voyez l’article Fonte des cloches, & la fig. 1. Plan. de la fonderie des cloches. La troisieme partie du bord s’appelle corps. Voyez Corps.

Bord de manchon, en Pelleterie ; c’est une fourrure que l’on fait avec la peau d’un animal, aux deux bouts des manchons. Voyez Manchon.

Bord de front, terme de Perruquier ; c’est le nom que ces ouvriers donnent aux tresses qui se placent sur le bord de la perruque qui touche au front, & regnent depuis une des tempes jusqu’à l’autre.

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Étymologie de « bord »

Espagn. et ital. bordo ; de l'anc. haut allem. bort, bord d'un vaisseau. Il y a aussi dans le celtique : gaél. bord, planche ; cornw. bord ; kymri, burdd, table ; et dans le germanique : anc. scand. bord ; anc. haut allem. bort, table, planche. Le bord est donc proprement une planche ; et l'étymologie permet de saisir l'enchaînement des significations. La première est celle de bord d'un vaisseau, c'est-à-dire ouvrage fait en planches ; puis, par métonymie, ce qui borde, ce qui renferme, ce qui limite, ce qui est à l'extrémité.

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De l’ancien bas vieux-francique *bord (« bord d’un vaisseau »), apparenté à l’anglo-saxon et au vieil anglais bord (anglais board), au néerlandais boord.
L’emprunt à l’ancien bas francique s’est fait indépendamment de celui de l’ancien français bort (« planche » → voir borde) à l’ancien bas francique *bord (« planche »).
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Phonétique du mot « bord »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bord bɔr

Évolution historique de l’usage du mot « bord »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bord »

  • Biff ! Allez jouer à Colin Maillard au bord de la falaise ! De Robert Zemeckis / Retour vers le futur 2, Lorraine à Biff Tannen
  • La mer, c'est l'abîme plein jusqu'au bord. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Si tu veux connaître ton ami, couche-toi au bord du chemin, et simule l’ivresse. De Proverbe jamaïcain
  • Nous restons au bord de nous-mêmes. Marcel, dit Jean Guéhenno, La Foi difficile, Grasset
  • Chacun tire la couverture de son bord. De Proverbe québécois
  • Nous sommes au bord du gouffre, avançons donc avec résolution. De Sully Prudhomme
  • La vie, ça se fabrique avec les moyens du bord. De Hervé Bazin / Ce que je crois
  • La religion commence peut-être au bord de la détresse. De Monique Corriveau / Le témoin
  • Le malheur a un bord et un fond. On attend que nous soyons au fond pour nous demander comment nous sommes arrivés au bord. De Xavier Forneret
  • On se surprend à marcher sur le bord du trottoir comme on faisait enfant, comme si c'était la marge qui comptait, le bord des choses. De Philippe Delerm / La Première Gorgée de bière
  • La mode, c'est quelque chose au bord du suicide. De Coco Chanel
  • Il n'est pas de cuillère qui ne heurte jamais le bord de la marmite. De Proverbe chinois
  • Un artiste est presque toujours tendu sur le bord du délire. De Hélène Grimaud / Variations sauvages
  • A chaque sommet on est toujours au bord d'un précipice. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Nous étions au bord de l’abîme, mais depuis, nous avons fait un grand pas en avant. De Pierre Daninos
  • Faut pas se suicider. Il paraît que c'est pas mieux de l'autre bord. De Daniel Polikin / Visions de Jude
  • À bord d'un bateau, il est fréquent d'entendre "les femmes et les enfants d’abord”, mais pourquoi ?  RTL.fr, Pourquoi dit-on "les femmes et les enfants d'abord", à bord d'un bateau ?
  • De Lyon à Besançon, des changements de bord ? Libération.fr, Alma, tome 1 : A bord de «la Douce Amélie», enfer sur mer - Culture / Next
  • Ce vendredi en début d'après-midi, alors que les derniers clients quittaient le nouveau restaurant de plage Chez Paulette, ils étaient une quarantaine à occuper les bords de Marne, et seuls quelques enfants s'aventuraient dans l'eau de la rivière. leparisien.fr, En bord de Marne, c’est Meaux-Plage avant l’heure - Le Parisien
  • C’est ici, dans une partie du bateau qu’Yves Descloux répare, entretient et règle violon, alto, violoncelle, contrebasse et fabrique des instruments neufs. Dans l’autre partie, il a construit son habitation. "L’aménagement de la péniche m’a pris un an et demi, c’est moi qui aie tout fait", annonce l’habile luthier. À bord de son bateau, où se mêlent, en toute harmonie, parquet clair, meubles rouges, canapé bleu et instruments de musique en bois, l’ambiance est à la fois chaleureuse et charmante. Dans le bateau, avec ses hublots qui laissent voir les eaux vertes du Canal du Midi, d’un côté, et le chemin de halage de l’autre, on se sent un peu en dehors du monde, comme un poisson sur l’eau. ladepeche.fr, Le luthier Yves Descloux crée un atelier à bord de sa péniche - ladepeche.fr

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Traductions du mot « bord »

Langue Traduction
Anglais edge
Espagnol bordo
Italien bordo
Allemand rand
Portugais bordo
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Synonymes de « bord »

Source : synonymes de bord sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bord »

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