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Appeler un chat un chat : définition et origine de l'expression

Pourquoi faudrait-il présenter un véritable félin pour prouver que l'on sait le nommer ? Pris au pied de la lettre, « appeler un chat un chat » décrit une opération aussi absurde qu'inutile : aucun animal ne devient plus félin parce qu'on l'appelle par son nom. La formule ne parle pourtant pas de zoologie. Elle invite à dire les choses sans détour, quitte à déplaire. Dans cet article, on vous explique sa définition, son origine et ses usages littéraires. Bonne lecture !

Définition de l'expression « appeler un chat un chat »

L'expression « appeler un chat un chat » signifie parler franchement et nommer les choses telles qu'elles sont, sans recourir à des détours, à des euphémismes ou à des formules destinées à adoucir la réalité. L'Académie française la définit par deux idées complémentaires : « appeler les choses par leur nom » et « détester les circonlocutions ».

La locution valorise donc le franc-parler. Celui qui appelle un chat un chat préfère un mot direct à une périphrase prudente. Selon le contexte, cette franchise peut passer pour une qualité de clarté ou pour un manque de tact. Dire qu'un projet a échoué, plutôt qu'il « n'a pas encore rencontré son public », revient par exemple à appeler un chat un chat.

À noter que l'expression ne commande pas de tout dire brutalement. Elle souligne surtout le refus de masquer un fait sous des mots vagues. Ne peut-on pas parler vrai tout en choisissant un ton mesuré ?

Synonymes d'appeler un chat un chat :

  • Appeler les choses par leur nom
  • Parler franchement
  • Dire les choses sans détour
  • Ne pas mâcher ses mots
  • Parler sans circonlocutions
  • Dire la vérité sans fard

Origine de l'expression « appeler un chat un chat »

La forme devenue proverbiale doit sa célébrité à Nicolas Boileau. Dans sa première satire, datée de 1660 dans l'édition reproduite par Wikisource, le poète fait parler Damon. Ce personnage se décrit comme incapable de flatter ou de déguiser sa pensée :

Je suis rustique et fier, et j'ai l'âme grossière :
Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom ;
J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon.

Nicolas Boileau, Satire I, 1660

Le parallélisme donne toute sa force au vers. Nommer un chat ne demande aucun courage. En revanche, traiter publiquement Rolet de « fripon » transforme la formule en démonstration de franchise. Le nom propre désignait un procureur au parlement de Paris, très décrié. Une note ajoutée par Boileau dans l'édition de 1713 le présente ainsi :

Procureur très-décrié, qui a été dans la suite condamné à faire amende honorable et banni à perpétuité.

Note de Boileau sur Rolet, édition de 1713 de la Satire I

Le Trésor de la langue française rattache explicitement la locution à ce passage. Il la définit comme le fait de « dire les choses de manière franche ». En 1842, Pierre-Marie Quitard constate déjà que le vers est « passé en proverbe ». La formule a donc quitté la satire et son règlement de comptes pour devenir une manière générale de louer le parler direct.

Il serait toutefois imprudent d'affirmer que Boileau a créé seul cette association de mots. Les sources consultées établissent surtout qu'il lui a donné sa forme mémorable. Pourquoi le vers s'est-il si bien retenu ? Sa construction oppose une évidence presque enfantine, le nom du chat, à une accusation risquée. Depuis, Rolet a disparu de la locution courante, mais l'exigence de franchise est restée.

Usage de l'expression

Peu présente au début du XIXe siècle, la requête agrégée progresse fortement au XXe siècle, atteint son sommet en 2012 et reste élevée dans les dernières années du corpus :

Fréquence d'usage de « appeler un chat un chat »
Fréquence d'usage de « appeler un chat un chat + appelle un chat un chat + appelait un chat un chat » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram

Exemples d'usage de « appeler un chat un chat »

Pourquoi sait-on par cœur les vers de Racine ? c'est qu'ils sont bons. Il faut donc que la musique retenue par les ignorants soit bonne aussi. On me dira que chacun sait par cœur :

J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon.

Voltaire, lettre à Chabanon, 18 décembre 1767

Le tout en français de M. Drouineau et en bouts rimés du vieux marquis de Chabannes ; si je dis le marquis de Chabannes, c'est que je sais qu'il n'est pas spadassin, et comme je n'aime pas le duel, ce qui ne veut pas dire que je n'aime pas à déjeûner, je fais le moins possible de personnalité dangereuse, et jamais, ainsi que Boileau, je ne pousserai l'audace jusqu'à appeler un chat un chat.

Pétrus Borel, Passereau, l'écolier, 1833

Les mœurs étaient si corrompues dans son temps ! et aujourd'hui elles sont si pures ! il faut bien pardonner quelque chose aux réformateurs qui sont morts, surtout quand ils ont eu la précaution d'envelopper leurs allusions sous un voile épais, et de ne pas appeler un chat un chat.

George Sand, « Sur la dernière publication de M. F. La Mennais », 1843

Celui qui, en toutes choses, appellerait un chat un chat, serait un homme franc et pourrait être un homme honnête, mais non pas un bon écrivain ; car, pour bien écrire, le mot propre et suffisant ne suffit réellement pas.

Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes, édition de 1850

J'appelle un chat un chat et Rolet un fripon,

fait dire au Damon de sa première satire, Boileau, qui cette fois se trompe encore ; car il faut appeler un chat un chat, mais appeler Rolet un fripon, même s'il est un fripon, c'est emprunter la rhétorique des dames de la halle.

Théodore de Banville, Petit Traité de poésie française, 1881

Pour prolonger votre lecture sur la parole directe, découvrez l'origine de l'expression « à brûle-pourpoint », qui ajoute à la franchise une idée de soudaineté.

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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