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Mettre la charrue avant les bœufs : définition et origine de l'expression

Savez-vous ce que l’on reproche à quelqu’un qui veut bâtir le toit avant d’avoir posé les fondations ? Il met la charrue avant les bœufs. Cette expression très imagée condamne les actions entreprises dans le désordre. Dans cet article, on vous explique la définition, l’origine et les usages de « mettre la charrue avant les bœufs ». Bonne lecture !

Définition de l’expression « mettre la charrue avant les bœufs »

L’expression « mettre la charrue avant les bœufs » signifie commencer une action par ce qui devrait venir après. On l’emploie lorsqu’une personne ne respecte pas l’ordre logique des étapes et risque ainsi de compromettre son projet.

L’image vient du travail des champs. Les bœufs tirent la charrue : il faut donc les placer devant elle. Inverser cet ordre empêcherait le labour d’avancer. Au sens figuré, l’expression signale une précipitation ou une mauvaise méthode. Elle s’applique aussi bien à un élève qui rédige une conclusion avant d’avoir étudié son sujet qu’à une entreprise qui veut vendre un produit encore inachevé.

À noter que la formule ne condamne pas l’ambition. Elle rappelle seulement qu’un projet a besoin de fondations avant de produire ses effets. Ne dit-on pas qu’il faut d’abord apprendre à marcher avant de courir ?

Synonymes de mettre la charrue avant les bœufs :

  • Brûler les étapes
  • Commencer par la fin
  • Agir à contretemps
  • Procéder dans le mauvais ordre
  • Aller trop vite en besogne

Origine de l’expression « mettre la charrue avant les bœufs »

L’expression vient du domaine agricole. La charrue est un instrument de labour que des bœufs, ou d’autres animaux de trait, doivent tirer. Dans l’ordre matériel du travail, les bœufs passent donc avant la charrue. Les placer derrière elle reviendrait à rendre le travail impossible.

Cette image est devenue une métaphore de l’ordre des opérations. L’Académie française la définit ainsi dans la neuvième édition de son dictionnaire :

Mettre la charrue avant les bœufs ou devant les bœufs, dans une suite d’opérations, ne point suivre l’ordre logique.

Académie française, Dictionnaire de l’Académie française

La langue conserve deux variantes, « avant les bœufs » et « devant les bœufs », toutes deux relevées par l’Académie. La première est celle retenue dans cet article. Il serait hasardeux d’attribuer la création de l’expression à un auteur précis : sa force repose surtout sur une image paysanne immédiatement compréhensible.

Usage de l’expression

Rare dans les textes du XIXe siècle, la formule progresse nettement au XXe siècle. Elle reste très employée dans les années 2010 :

Fréquence d'usage de l'expression mettre la charrue avant les bœufs de 1800 à 2019
Fréquence d’usage de « mettre la charrue avant les bœufs » dans les textes publiés de 1800 à 2019. Corpus Google Ngram français 2019

Exemples d’usage de « mettre la charrue avant les bœufs »

De la tragédie traduite au débat politique, l’expression sert toujours à dénoncer un raisonnement qui inverse les étapes. Voici cinq exemples, dans l’ordre chronologique.

Mais me voilà toujours à mettre la charrue avant les bœufs. Clarence respire encore ; Édouard vit encore et règne.

William Shakespeare, Richard III

Rien ne vous autorise à mettre la charrue avant les bœufs, à marcher sur la tête et à empoigner l’épée par la pointe, parce que vous écrivez en vers.

Théodore de Banville, Petit Traité de poésie française

Le peuple ! Certes, il mérite l’intérêt, la pitié, les efforts ; mais le vouloir tout-puissant, le vouloir dirigeant équivaut à réaliser le vieux dicton populaire : mettre la charrue avant les bœufs.

Guy de Maupassant, « À propos du peuple »

Mais c’est déjà le même défaut, ce contre-sens d’aligner des mots bien sonores en ne se souciant qu’ensuite du fond. C’est mettre la charrue avant les bœufs, même dans les livres de Bergotte.

Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Ce ne sont pas les heures des bureaux administratifs ou les horaires des transports qui règlent la vie des cités, c’est au contraire celle-ci, ce sont les habitudes de l’ensemble des citoyens qui règlent et modèlent ces heures et ces horaires. Croire le contraire, c’est mettre la charrue avant les bœufs.

Charles Nordmann, « La querelle de l’heure d’été »

Pour prolonger votre lecture, découvrez aussi l’expression « prendre le taureau par les cornes », qui invite au contraire à agir avec détermination face à une difficulté.

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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