Être aux anges : définition et origine de l'expression
Sommaire
Le téléphone vibre. Vous lisez le message attendu depuis des semaines : votre candidature est retenue. Vous levez les bras et passez le reste de la journée avec un sourire impossible à cacher. Vous êtes aux anges ! Dans cet article, on vous explique la définition et l'origine de cette expression céleste. Bonne lecture !
Définition de l'expression « être aux anges »
L'expression « être aux anges » signifie éprouver une joie intense, être ravi ou transporté de bonheur. On l'emploie lorsqu'une bonne nouvelle, une réussite ou un plaisir comble une personne au point que son enthousiasme devient visible.
La formule ne veut donc pas dire que l'on ressemble à un ange. Elle place figurément la personne heureuse parmi les anges, dans un état de félicité presque céleste. Le Trésor de la langue française la définit par « être transporté de joie » et la classe dans le registre familier.
À noter que la tournure s'utilise souvent avec un sujet extérieur : Il était aux anges en découvrant son cadeau ; Ses parents sont aux anges depuis la naissance du bébé. Elle décrit un bonheur vif, généralement provoqué par un événement précis.
Synonymes d'être aux anges :
- Être ravi
- Être au comble du bonheur
- Être transporté de joie
- Être au septième ciel
- Nager dans le bonheur
Origine de l'expression « être aux anges »
L'expression repose sur l'image religieuse des anges, êtres spirituels qui vivent auprès de Dieu. Selon le Trésor de la langue française, la locution fait plus précisément allusion au bonheur céleste attribué aux anges, notamment dans leurs représentations artistiques. Être « aux anges » revient ainsi à atteindre, par métaphore, leur état de félicité.
Selon le Trésor de la langue française, le mot « ange » vient du latin chrétien angelus, lui-même emprunté au grec ancien ángelos, qui signifie « messager » ou « envoyé ». Cette étymologie explique le rôle de messager divin, mais pas directement le sens joyeux de la locution. Celui-ci vient de l'association entre le ciel, les anges et le bonheur parfait.
La famille de tournures apparaît déjà au XVIIIe siècle avec « rire aux anges », employé par Voltaire en 1761. Au siècle suivant, la forme moderne est bien installée. Dans son Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales, publié en 1842, Pierre-Marie Quitard écrit :
Être aux anges.
Pierre-Marie Quitard, Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française, 1842
C'est être transporté de joie.
Pierre-Marie Quitard rapproche ensuite cette formule d'une locution des Grecs et des Romains sur l'accès aux mystères d'Éleusis. Il présente toutefois un parallèle de sens, et non la preuve que l'expression française en dérive. Les textes du XIXe siècle montrent surtout que « être aux anges » avait déjà son sens actuel : celui d'un bonheur manifeste.
Usage de l'expression
Très discrète au XIXe siècle, la somme des quatre formes mesurées progresse surtout au XXe siècle et atteint son point le plus élevé en 2018 :

Exemples d'usage de l'expression « être aux anges » dans la littérature
C'est pour le coup que nous rirons aux anges. Qu'il arrive de plaisantes choses dans la vie ! comme tout roule ! comme tout s'arrange !
Voltaire, Lettre au comte d'Argental, 23 décembre 1761
L'un trouvait charmant de chatouiller ses lèvres avec une plume, ce qui lui faisait faire d'étranges grimaces sans s'éveiller ; mais cette convulsion souffrante d'un être dont on tourmente la fatigue se révélait sur son jeune visage avec je ne sais quel charme comique dont les tourmenteurs étaient aux anges.
Marceline Desbordes-Valmore, « Le petit bègue », Le Livre des mères et des enfants, 1840
Ceci était audacieux, car Lola semblait être aux anges. Mais René eut un vague sourire, et reprit, content, le chemin de sa chambre.
Paul Féval, Les Belles-de-nuit ou Les Anges de la famille, 1850
Mes directeurs sortent d'ici ; ils sont aux anges. Ils croient à un succès d'argent superbe ; About aussi.
George Sand, Correspondance 1812-1876, lettre à Maurice Sand, 26 février 1870
Une nuit pourtant que nous descendions en flânant l'avenue de l'Opéra, il se mit à me raconter les péripéties (cabinet particulier et mystère) d'une intrigue renouée, d'un regain d'amour. Il paraissait être aux anges, et il riait de son bon rire.
Jean Moréas, « Henry Becque », Esquisses et Souvenirs, 1908
Pour rester dans les hauteurs, découvrez l'expression « tomber des nues », qui décrit cette fois une surprise déconcertante plutôt qu'une joie parfaite.