Perdre la tête : définition et origine de l'expression
Sommaire
Dans cet article, on s'intéresse à l'expression « perdre la tête », qui décrit aussi bien un affolement passager qu'une perte de raison. Que signifie-t-elle exactement et depuis quand l'emploie-t-on ? Je vous propose d'en découvrir la définition, l'origine médiévale et cinq exemples littéraires. Bonne lecture !
Définition de l'expression « perdre la tête »
L'expression « perdre la tête » signifie d'abord perdre son sang-froid, s'affoler au point de ne plus savoir comment réagir. Une personne débordée par la peur, la colère ou la confusion peut ainsi perdre la tête sans avoir perdu la raison de manière durable.
La locution possède aussi un sens plus fort : devenir fou, déraisonner ou ne plus maîtriser son comportement. L'Académie française réunit ces deux nuances dans la neuvième édition de son dictionnaire :
Perdre la tête, s'affoler ou déraisonner.
Dictionnaire de l'Académie française, 9e édition, article « perdre »
Au sens littéral, perdre la tête peut désigner une décapitation. Dans l'usage courant, toutefois, la formule est figurée. La tête représente la raison, le jugement et la maîtrise de soi. La perdre revient donc à ne plus pouvoir penser ou agir avec discernement.
À noter que l'expression s'emploie également pour parler d'un sentiment très intense. On peut aimer à en perdre la tête, comme chez Maupassant, ou être étourdi par le succès. Dans ces emplois, l'émotion semble prendre le pouvoir sur la raison.
Synonymes de « perdre la tête » :
- S'affoler
- Paniquer
- Perdre son sang-froid
- Perdre la raison
- Déraisonner
- Perdre les pédales
- Perdre la boussole
Origine de l'expression « perdre la tête »
L'expression repose sur une métaphore ancienne de la tête comme siège de la pensée et de la raison. Le Trésor de la langue française distingue précisément ces emplois figurés des sens anatomiques du mot. Il rappelle aussi que, dans l'ancien français, tête et chef ont longtemps coexisté pour désigner la partie supérieure du corps.
La locution est attestée dès le XIIe siècle. Le Trésor de la langue française relève chez Wace, dans le Roman de Rou, la forme ancienne suivante au sens de « s'embrouiller » :
perdre la teste
Wace, Roman de Rou, vers 1160-1174, attestation relevée par le Trésor de la langue française
Cette attestation montre que l'image ne vient pas d'une anecdote ou d'un personnage précis. Elle appartient depuis le Moyen Âge à une famille de tournures qui font de la tête le lieu du jugement. On garde la tête froide lorsque l'on reste maître de soi ; on perd la tête lorsque la peur, la passion ou le désordre mental l'emportent.
Le sens est resté remarquablement stable. Le Littré oppose la locution à « conserver sa tête », c'est-à-dire garder le sang-froid nécessaire pour prendre une décision. De son côté, le Trésor de la langue française distingue la perte momentanée du sang-froid et la perte de la raison. Le contexte permet généralement de savoir si l'expression décrit un trouble passager ou un dérèglement plus profond.
Usage de l'expression
La somme des quatre formes mesurées fluctue au XIXe siècle, puis progresse au XXe siècle. Elle atteint son point culminant en 2018 :

Exemples de « perdre la tête » dans la littérature
Que la quittance de mes cent écus ; ne perdons pas la tête.
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Le Barbier de Séville, acte IV, 1775
Et elle alla au secrétaire, fouilla tous les tiroirs, confondit tous les papiers et finit si bien par perdre la tête, que Charles l'engagea fort à ne point se donner tant de mal pour ces misérables quittances.
Gustave Flaubert, Madame Bovary, troisième partie, chapitre V, 1857
C'est toi qui as tué Camille, répéta Thérèse avec une obstination désespérée qui faisait perdre la tête à Laurent.
Émile Zola, Thérèse Raquin, chapitre XXVIII, 1868
Je vous aime à en perdre la tête.
Guy de Maupassant, Bel-Ami, deuxième partie, chapitre IX, 1885
Rachel avait aposté dans la salle un certain nombre d'amis et d'amies dont le rôle était de décontenancer par leurs sarcasmes la débutante, qu'on savait timide, de lui faire perdre la tête de façon qu'elle fît un fiasco complet après lequel le directeur ne conclurait pas d'engagement.
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes, première partie, 1921
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