Avoir un chat dans la gorge : définition et origine de l'expression
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« Pauvre petite ! elle aura eu un chat dans le gosier au moment de faire son trille. » Dans La Comtesse de Rudolstadt, George Sand fait dire cette remarque à La Mettrie, qui s'adresse au marquis d'Argens. Pourquoi un chat viendrait-il gêner notre voix ? On vous explique la définition, les premières attestations et l'origine incertaine de cette expression. Bonne lecture !
Définition de l'expression « avoir un chat dans la gorge »
L'expression « avoir un chat dans la gorge » signifie être enroué ou ressentir dans le gosier une gêne qui empêche de parler ou de chanter normalement. La voix devient rauque, voilée ou difficile à faire sortir. On peut aussi éprouver le besoin de tousser ou de se racler la gorge.
L'Académie française en donne cette définition dans la neuvième édition de son dictionnaire :
Avoir un chat dans la gorge, éprouver dans le gosier un embarras qui empêche de parler ou de chanter.
Dictionnaire de l'Académie française, 9e édition, article « chat »
La locution appartient au registre familier. Elle décrit généralement un embarras passager de la voix, par exemple au réveil, pendant un rhume ou avant de prendre la parole. Le chat n'est donc pas réel : il représente, par une image volontairement absurde, ce qui semble accrocher la gorge et brouiller les sons.
À noter qu'une ancienne variante remplace « gorge » par « gosier ». George Sand écrit ainsi « un chat dans le gosier » en 1843. Le Trésor de la langue française cite précisément ce passage pour illustrer la locution.
Synonymes d'avoir un chat dans la gorge :
- Être enroué
- Avoir la voix rauque
- Avoir la gorge prise
- Avoir la voix enrouée
- Ne plus pouvoir parler distinctement
Origine de l'expression « avoir un chat dans la gorge »
L'origine exacte de l'expression n'est pas établie. Le Trésor de la langue française enregistre la locution en 1835, dans la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française. Une occurrence littéraire légèrement antérieure figure toutefois dans le quatrième tome des Mémoires de Vidocq, publié à la fin des années 1820 :
Tenez, tenez, mes amis, c'est l'autre qui se réveille ; écoutez donc, il a un chat dans la gorge ; il entonnerait mieux une bouteille de bordeaux.
Eugène-François Vidocq, Mémoires de Vidocq, tome IV, 1828
Cette attestation montre que la formule circulait déjà dans la langue familière avant son entrée dans le dictionnaire de l'Académie. Elle associe l'image du chat à une voix qui chante mal, comme dans plusieurs emplois du XIXe siècle.
Une piste plus ancienne a été proposée par Édouard Fournier en 1856. Dans son édition de la Harangue de Turlupin le Soufreteux, texte anonyme publié en 1615, le narrateur raconte que son frère a été étranglé par un chat avalé avec du lait :
J'avois ung frère qui fust estranglé par ung chat qu'il avala dans une pottée de laict, dont bien luy en prinst : il ne partist pas à jeun de ce monde.
Anonyme, Harangue de Turlupin le Soufreteux, 1615
Fournier ajoute en note :
C'est une vieille plaisanterie d'où pourroit bien être restée l'expression : avoir un chat dans la gorge.
Édouard Fournier, note à la Harangue de Turlupin le Soufreteux, 1856
Le conditionnel de l'éditeur mérite d'être conservé. Ce rapprochement offre une hypothèse plaisante, mais il ne prouve pas que la locution soit née de cette histoire. Aucun texte consulté ne permet de suivre une transmission continue entre la plaisanterie de 1615 et les attestations du XIXe siècle.
L'image peut aussi se comprendre sans récit fondateur. Une gorge prise donne l'impression qu'un corps étranger y est coincé, tandis qu'une voix rauque produit des sons irréguliers. Le français a choisi le chat pour représenter cette gêne, mais les sources de référence ne permettent pas d'expliquer ce choix avec certitude.
Usage de l'expression
Très rare au XIXe siècle, le noyau « chat dans la gorge » progresse surtout au XXe siècle, atteint son sommet en 2013 puis recule légèrement à la fin des années 2010 :

Exemples d’usage de « avoir un chat dans la gorge » dans la littérature
Tenez, tenez, mes amis, c'est l'autre qui se réveille ; écoutez donc, il a un chat dans la gorge ; il entonnerait mieux une bouteille de bordeaux.
Eugène-François Vidocq, Mémoires de Vidocq, tome IV, 1828
Pauvre petite ! elle aura eu un chat dans le gosier au moment de faire son trille, et, dans la crainte de le manquer, elle aura préféré se trouver mal.
George Sand, La Comtesse de Rudolstadt, 1843
Que si Saint-Just n'avait pas été arrêté au milieu de son discours ; que si Robespierre n'avait pas eu ce jour-là un chat dans la gorge ; que si Garnier de l'Aube ne lui avait pas crié : « C'est le sang de Danton qui t'étouffe ; » que si Louchez n'avait pas demandé son arrestation […]
Alexandre Dumas, Les Compagnons de Jéhu, 1858
Il y a longtemps que je n'ai eu le plaisir de vous rencontrer, dit M. Meagles, qui paraissait avoir un chat dans la gorge ; j'espère que vous vous êtes toujours bien portée depuis, mademoiselle Wade ?
Charles Dickens, La Petite Dorrit, traduction de William Little Hughes sous la direction de Paul Lorain, édition de 1894
On tousse, cela s'appelle avoir un chat dans la gorge ou un bon Dieu de rhume. La maladie se plie d'ailleurs aux conditions sociales ; elle s'adapte au genre de vie.
Maurice Bonneff, Didier, homme du peuple, 1914
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