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Couper les cheveux en quatre : définition et origine de l'expression

Imaginez que vous tentiez de diviser un cheveu en quatre dans le sens de la longueur. L'opération demanderait une précision démesurée pour un résultat plus qu'aléatoire ! L'expression « couper les cheveux en quatre » reprend cette image pour désigner une personne qui multiplie les distinctions inutiles et complique le moindre détail.

Mais pourquoi parle-t-on aujourd'hui de « couper les cheveux », au pluriel, alors que l'ancienne formule évoquait « un cheveu » ? Dans cet article, on vous explique sa définition, son origine et ses usages littéraires. Bonne lecture !

Définition de l'expression « couper les cheveux en quatre »

L'expression « couper les cheveux en quatre » signifie se perdre dans des distinctions inutilement subtiles, compliquer une question en examinant des détails infimes. On l'emploie lorsqu'une personne analyse un sujet avec une minutie excessive ou multiplie les objections sans faire avancer la discussion.

L'Académie française en donne aujourd'hui cette définition :

Couper les cheveux en quatre, se perdre en distinctions inutilement subtiles.

Dictionnaire de l'Académie française, 9e édition, article « couper »

L'image pousse la précision jusqu'à l'absurde. Un cheveu représente déjà quelque chose d'extrêmement fin. Le diviser encore en quatre demande une habileté disproportionnée par rapport au résultat obtenu. Au sens figuré, le raisonnement devient si minutieux qu'il perd son utilité.

À noter que l'expression appartient au registre familier et porte généralement un jugement critique. Dire à quelqu'un qu'il coupe les cheveux en quatre revient à lui reprocher de pinailler, d'ergoter ou de compliquer une question qui pourrait être traitée plus directement.

Synonymes de couper les cheveux en quatre :

  • Pinailler
  • Ergoter
  • Chipoter
  • Subtiliser à l'excès
  • Chercher la petite bête
  • Chercher midi à quatorze heures

Origine de l'expression « couper les cheveux en quatre »

La forme moderne vient de la locution plus ancienne « fendre un cheveu en deux », devenue ensuite « fendre un cheveu en quatre ». Le verbe fendre convient mieux à l'image, puisqu'il signifie diviser un corps dans le sens de sa longueur. Selon le Trésor de la langue française, le Dictionnaire universel de Furetière atteste en 1690 une première variante :

Fendre un cheveu en deux.

Antoine Furetière, Dictionnaire universel, 1690, attestation relevée par le Trésor de la langue française

La division s'est ensuite faite plus minutieuse. Dans sa quatrième édition, publiée en 1762, le Dictionnaire de l'Académie française emploie déjà le nombre quatre et explique la métaphore :

Et on dit aussi figurément d'Un homme qui fait des distinctions, des précisions trop rafinées, qu'Il veut fendre un cheveu en quatre.

Dictionnaire de l'Académie française, 4e édition, article « fendre », 1762

Le passage de « fendre un cheveu en quatre » à « couper les cheveux en quatre » s'est produit dans l'usage. En 1824, Chênedollé associait déjà les deux verbes à propos de Mme de Staël :

Mme de Staël coupait, disséquait un cheveu en quatre. Elle anatomisait et colorait tout.

Charles-Julien Lioult de Chênedollé, Journal, 1824, passage reproduit par Sainte-Beuve en 1849

Les deux formules ont longtemps coexisté. La huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française, publiée en 1935, qualifiait encore la nouvelle version de forme abusive :

Fig., Fendre un cheveu en quatre, Faire des distinctions, des divisions subtiles. On dit abusivement Couper les cheveux en quatre.

Dictionnaire de l'Académie française, 8e édition, article « cheveu », 1935

La langue a finalement tranché en faveur de l'usage. La neuvième édition de l'Académie enregistre désormais « couper les cheveux en quatre » sans la qualifier d'abusive. La formule moderne associe le verbe couper à l'objet pluriel « les cheveux ». Elle a perdu une part de sa logique littérale, mais elle a conservé son image de précision excessive.

Usage de l'expression

Très rare au début du XIXe siècle, la somme des trois formes mesurées progresse fortement au XXe siècle, atteint son point culminant en 2013 puis recule légèrement à la fin des années 2010 :

Fréquence d'usage de « couper les cheveux en quatre »
Fréquence d'usage de « couper les cheveux en quatre + coupe les cheveux en quatre + coupait les cheveux en quatre » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram

Exemples d'utilisation de l'expression « couper les cheveux en quatre »

Le biographe de ce nouveau prétendant est un homme d'esprit, connaissant assez mal l'Europe, pas du tout la France, d'ailleurs avocat subtil, ergoteur ingénieux, habile à discuter les mots et à découvrir un sens caché sous les expressions les plus simples. Il excelle, comme on dit, à fendre un cheveu en quatre.

Charles de Mazade, « Un faux dauphin en Amérique », Revue des Deux Mondes, 30 avril 1855

C'est pour cela qu'aujourd'hui la psychologie est méprisée et paraît stérile. Les savants disent que la science de M. Jouffroy a pour objet de couper les cheveux en quatre ou d'enseigner le français aux enfants ; non sans raison.

Hippolyte Taine, Les Philosophes classiques du XIXe siècle en France, 1857

Mais il fait un raisonnement qui m'a paru dénoter une philosophie un peu puérile, cette philosophie du coin du feu qui discute sur l'art de couper les cheveux en quatre.

Émile Zola, Le Naturalisme au théâtre, « Polémique », 1881

— Pas du tout ! j'ai horreur des grands raisonnements dans quoi l'on coupe les cheveux en quatre. Et je trouve stupide et absurde d'ergoter sans fin sur l'âme, sur l'éternité, sur l'infini, sans jamais arriver à rien qui ait le sens commun…

Claude Farrère, Les Civilisés, chapitre X, 1905

— Tiens, c'est amusant, je n'avais jamais fait attention ; je vous dirai que je n'aime pas beaucoup chercher la petite bête et m'égarer dans des pointes d'aiguilles ; on ne perd pas son temps à couper les cheveux en quatre ici, ce n'est pas le genre de la maison, répondit Mme Verdurin.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, « Un amour de Swann », 1913

Pour prolonger votre lecture sur les détours de la pensée et de la parole, découvrez pourquoi l'on dit « tourner autour du pot ».

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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