Se creuser la tête : définition et origine de l'expression
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Que creuse-t-on quand on se creuse la tête ? Ni le crâne ni le cerveau : le verbe « creuser » transporte dans l'activité intellectuelle son geste premier, enlever de la matière pour aller en profondeur. Cette anatomie lexicale explique une métaphore que nous employons dès qu'une réponse résiste. Dans cet article, on vous présente sa définition, son histoire et ses usages littéraires. Bonne lecture !
Définition de l'expression « se creuser la tête »
L'expression « se creuser la tête » signifie réfléchir intensément, en faisant un effort soutenu pour résoudre un problème, retrouver un souvenir ou inventer une solution. Le Trésor de la langue française la classe dans le registre familier et donne cette définition : « réfléchir intensément ».
La locution insiste moins sur le résultat que sur l'effort de la réflexion. On se creuse la tête lorsque la réponse ne vient pas immédiatement. Le travail de l'esprit est alors représenté comme une fouille : il faut dépasser la surface, explorer et descendre plus profondément dans ses idées.
À noter que l'on rencontre aussi la variante « se creuser le cerveau ». Le sens reste identique. Dans les deux formules, une partie du corps désigne le siège de l'activité intellectuelle.
Synonymes de se creuser la tête :
- Réfléchir intensément
- Se casser la tête
- Faire travailler ses méninges
- Chercher une solution
- Se torturer l'esprit
- Se triturer les méninges
Origine de l'expression « se creuser la tête »
Le verbe « creuser » est dérivé de l'adjectif « creux ». Selon le Trésor de la langue française, il est attesté dès 1172 au sens de « rendre creux en vidant de sa substance ». Son emploi intellectuel est apparu ensuite : creuser une idée ou une question revient à l'approfondir, comme on approfondit une cavité en retirant de la matière.
La métaphore repose donc sur le mouvement du verbe. Au sens propre, on creuse un sol pour aller sous sa surface. Au sens figuré, on creuse un sujet pour dépasser une première compréhension. Dans « se creuser la tête », le pronom réfléchi ramène cette opération vers celui qui pense : la personne soumet son propre esprit à ce travail de profondeur.
Le Trésor de la langue française relève un jalon ancien dans une lettre de Mme de Sévigné, datée du 24 mars 1671. L'épistolière ne donne pas encore la locution sous sa forme actuelle, mais elle associe déjà la tête qui « se creuse » à une pensée insistante :
Je vous vois, vous m'êtes présente ; je pense et repense à tout ; ma tête et mon esprit se creusent : mais j'ai beau tourner, j'ai beau chercher ; cette chère enfant que j'aime avec tant de passion est à deux cents lieues de moi, je ne l'ai plus.
Mme de Sévigné, lettre à Mme de Grignan, 24 mars 1671
Cette phrase permet de suivre la construction de l'image sans lui inventer un auteur unique. La tête représente l'esprit ; creuser traduit l'approfondissement ; la forme pronominale figure l'effort que la pensée exerce sur elle-même. Au XIXe siècle, les textes littéraires emploient couramment la locution moderne, avec le sens que nous lui connaissons encore.
Usage de l'expression
Rares au début du XIXe siècle, les quatre formes mesurées progressent surtout au XXe siècle et atteignent ensemble leur point culminant en 2016 :

Exemples d'usage de « se creuser la tête » chez les écrivains
N'ayant plus que moi qui la rattache à la vie, ma mère est toute la journée à se creuser la tête sur les malheurs et accidents qui peuvent me survenir.
Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 30 septembre 1846
Le docteur Poulain se creusa la tête en apercevant l'effet de cette décoction, car il était assez savant pour reconnaître l'action d'un agent destructeur.
Honoré de Balzac, Le Cousin Pons, 1847
Il se mit à fréquenter l'école de dessin, où il se lia avec un jeune échappé du collège qui lui prêta son ancien traité de géométrie. Et il s'enfonça dans l'étude, sans guide, passant des semaines à se creuser la tête pour comprendre les choses les plus simples du monde.
Émile Zola, La Fortune des Rougon, 1871
Et dès qu'il se retrouvait seul dans la rue sombre, il recommençait à penser à Georget et à se creuser la tête, à se torturer la pensée pour découvrir s'il était ou s'il n'était point le père de son enfant.
Guy de Maupassant, Monsieur Parent, édition de 1886
Sans se creuser la tête, Grelutot comprend vite ce qui est arrivé. Il louche du côté du petit maître d'école et de sa troupe qui l'observent avec émotion.
Jules Renard, Bucoliques, « L'Espoir du village », 1905
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