Chercher midi à quatorze heures : définition et origine de l'expression
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Aux Rochers, le 29 juin 1689, Mme de Sévigné écrit à sa fille au sujet d’un remède qui « ne va point chercher midi à quatorze heures ». Dans cette lettre, la formule qualifie déjà une solution sans complication. Dans cet article, on vous explique sa définition et son origine. Bonne lecture !
Définition de « chercher midi à quatorze heures »
L’expression « chercher midi à quatorze heures » signifie compliquer inutilement une chose simple, inventer des difficultés ou chercher une explication trop subtile. Le Trésor de la langue française la définit ainsi : « chercher des difficultés là où il n’y en a pas, compliquer les choses à plaisir ».
L’image repose sur une impossibilité évidente. Midi correspond à douze heures, et non à quatorze heures. Celui qui le cherche deux heures trop tard se trompe de repère et dépense ses efforts en vain. Au sens figuré, il refuse donc l’explication la plus directe pour suivre des raisonnements inutiles.
À noter que la locution s’emploie souvent à la forme négative : « Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures ». Cette phrase invite à accepter les faits tels qu’ils se présentent, sans leur prêter un mystère absent.
Synonymes de chercher midi à quatorze heures :
- Compliquer les choses
- Se créer des difficultés
- Pinailler
- Ergoter
- Couper les cheveux en quatre
- Chercher des explications trop subtiles
Origine de l’expression « chercher midi à quatorze heures »
Le Trésor de la langue française relève d’abord une variante en 1585 : « cercher midy à unze heures », dans la Première Matinée de Nicolas de Cholières. La formule ne plaçait donc pas encore midi à quatorze heures, mais à onze heures. Elle reposait déjà sur la recherche d’une heure là où elle ne pouvait pas être.
La forme actuelle est attestée en 1622 dans le Recueil des questions de Tabarin, sous la graphie « cercher midy à quatorze heures ». Au cours du XVIIe siècle, elle s’est installée avec son sens figuré. La deuxième édition du Dictionnaire de l’Académie française, publiée en 1718, l’explique sans détour :
On dit prov. Chercher midi à quatorze heures, pour dire, Chercher des difficultez où il n’y en a point, & où il ne peut y en avoir.
Dictionnaire de l’Académie française, 2e édition, 1718, article « midi »
Pourquoi quatorze heures ? Émile Littré a proposé au XIXe siècle une explication fondée sur l’ancienne manière italienne de compter les heures à partir du coucher du soleil. Midi pouvait alors porter plusieurs numéros selon la saison, mais jamais quatorze d’après son calcul. La locution aurait ainsi désigné la recherche d’une chose impossible :
Chercher midi à quatorze heures a pour origine l’usage, encore en vigueur dans plusieurs villes de l’Italie, de compter les heures de 1 à 24, à partir du coucher du soleil. D’après cette notation, midi peut se trouver à 16 heures, à 17, à 18 et 20 ; mais il ne peut jamais se trouver à 14. Le vrai sens de cette locution est donc : chercher une chose impossible.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, article « quatorze », 1872-1877
Cette lecture reste une hypothèse de Littré, et non une origine établie par un texte fondateur. La succession relevée par le TLFi, de onze heures en 1585 à quatorze heures en 1622, montre surtout que la langue a fait varier l’heure impossible avant de fixer la formule actuelle.
Mme de Sévigné en offre une attestation datée dans sa lettre du 29 juin 1689 à Mme de Grignan. Elle décrit un remède doux, qui retire seulement le superflu sans provoquer d’effets excessifs :
Cette purgation des capucins, où il n’y a point de séné, me paraît comme un verre de limonade, et c’en est en effet : je la pris, pour n’y plus penser, parce qu’il y avait longtemps que je n’avais été purgée ; je ne m’en sentis pas. Vous faites trop d’honneur à ce remède ; mon fils n’en sort pas moins le matin ; c’est un remède pour ôter le superflu, bien superflu, qui ne va point chercher midi à quatorze heures, ni réveiller tous les chats qui dorment.
Mme de Sévigné, lettre à Mme de Grignan, 29 juin 1689
Usage de l’expression
L’expression progresse sur la longue durée, atteint son niveau le plus élevé en 2014, puis recule légèrement à la fin des années 2010 :

Exemples d’usage de l’expression « chercher midi à quatorze heures » chez les écrivains
Cette purgation des capucins, où il n’y a point de séné, me paraît comme un verre de limonade, et c’en est en effet : je la pris, pour n’y plus penser, parce qu’il y avait longtemps que je n’avais été purgée ; je ne m’en sentis pas. Vous faites trop d’honneur à ce remède ; mon fils n’en sort pas moins le matin ; c’est un remède pour ôter le superflu, bien superflu, qui ne va point chercher midi à quatorze heures, ni réveiller tous les chats qui dorment.
Mme de Sévigné, lettre à Mme de Grignan, 29 juin 1689
Mais dans mon misérable cerveau, toujours occupé à chercher midi à quatorze heures (de quelle fatigante faculté la nature m’a fait cadeau !), entra soudainement cette idée qu’une pareille conduite, de la part de mon ami, n’était excusable que par le désir de créer un événement dans la vie de ce pauvre diable, peut-être même de connaître les conséquences diverses, funestes ou autres, que peut engendrer une pièce fausse dans la main d’un mendiant.
Charles Baudelaire, « La Fausse Monnaie », Petits Poèmes en prose, 1869
Tout cela, dit-il, s’explique sans qu’il soit besoin de chercher midi à quatorze heures. Que le meurtrier ait un complice… c’est possible. La présence des femmes est naturelle, partout où il y a des filous, on rencontre des voleuses.
Émile Gaboriau, Monsieur Lecoq, 1869
Chercher midi à quatorze heures. C’est ce qu’on ne manquera pas de me reprocher. On dira que je cherche le Bourgeois où il n’est pas, que je lui suppose des intentions, des sentiments, des idées qu’il n’a pas. Eh ! bien, on se trompera. Je ne cherche, ni ne suppose.
Léon Bloy, Exégèse des Lieux Communs, 1902
Parce que, au lieu de chercher midi à quatorze heures, comme on le fait en général, je me pose toujours la question comme elle doit être posée, et la solution vient tout naturellement.
Maurice Leblanc, Les Huit Coups de l’horloge, 1922-1923
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