La langue française

Vulgaire

Sommaire

Définitions du mot vulgaire

Trésor de la Langue Française informatisé

VULGAIRE, adj. et subst. masc.

I. − Adjectif
A. − [Sans valeur péj.]
1. [En parlant d'une chose]
a) Vieilli ou littér. Qui est admis, pratiqué par la grande majorité des personnes composant une collectivité, appartenant à une culture; qui est répandu. Synon. banal, commun, courant, ordinaire, trivial.Croyance, interrogation, moralité, observation, opinion, pensée, préjugé, préoccupation, satisfaction, vérité vulgaire. Il faut revenir de bonne foi aux idées vulgaires de sagesse et d'honneur; une femme a tout à perdre en les oubliant (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 400).La conversation s'engagea de la façon la plus vulgaire: le temps, le Ministère, la maladie de de Marsay (Balzac, Secrets Cadignan, 1839, p. 338).
Vx. Ère* vulgaire.
b) [Postposé; en parlant d'une lang.]
Langue vulgaire. V. langue II A 1.Latin vulgaire. Latin parlé à basse époque dans l'ensemble des pays de l'Empire romain et dont sont issues les langues romanes. C'est (...) un autre état du latin [que celui du latin classique], mal connu, qu'on dénomme le latin vulgaire, et auquel on rattache la formation de l'ensemble des langues romanes (M. Cohen, Hist. d'une lang.: le fr., 1973 [1947], p. 50).
Qui est spécifique, qui est réservé à l'usage oral. À côté de la langue littérale, qui devient le partage exclusif des écoles, l'arabe vulgaire d'un système plus simple et moins riche en formes grammaticales (Renan, Avenir sc., 1890, p. 207).
[P. oppos. à scientifique, technique] Qui appartient à la langue courante, usuelle. On appelle carré en langue vulgaire toute figure renfermée entre quatre côtés. Que des hommes qui ne sont pas géomètres discutent sur cette idée ou ce terme vague, ils se contrediront (Maine de Biran, Journal, 1819, p. 231).
2. [En parlant de tout ou partie d'une pers., d'une chose]
a) Qui est identique, semblable aux autres individus, aux autres objets de son espèce. Synon. anodin, banal, ordinaire.Homme, humain, lecteur vulgaire; chose, objet vulgaire. Le violon et le flageolet avaient tous deux des figures vulgaires, la figure si connue de l'aveugle, pleine de contention, attentive et grave (Balzac, Facino Cane, 1836, p. 375).Cette boutique (...) n'avait qu'une porte qui laissait entrevoir dans l'ombre un comptoir, des balances, quelques marchandises vulgaires étalées sur le carreau (Hugo, Choses vues, 1885, p. 48).
SC. NAT. Qui présente les caractères communs de l'espèce sans autre trait distinctif. Synon. commun.Faisan, poule vulgaire. (Dict. xxes.).
DR. Substitution* vulgaire.
[P. oppos. à savant, technique] Cette plante littéralement sème sous elle. Elle répond au nom vulgaire de Bon-Henri. Savamment c'est une chénopodiacée (Gide, Journal, Feuillets, 1925, p. 808).
b) [Antéposé; avec parfois une connotation péj. en fonction du subst. qui suit] Qui ne dépasse pas la moyenne. Synon. quelconque, banal.Vulgaire arriviste, bourgeois, fonctionnaire, idiot, mouchard, racaille; vulgaire accident, aventure, manie. Vous me direz, monsieur Bonaparte (...) que (...) n'ayant plus d'autre choix, plutôt que d'être un des vulgaires escrocs du code, vous avez mieux aimé être un des grands assassins de l'histoire! (Hugo, Nap. le Pt, 1852, p. 118).Quelle pouvait bien être cette fleur unique, d'un rouge éclatant (...)? (...) ce n'était qu'un très vulgaire coquelicot semblable à tous les coquelicots de France. Isolé dans cette prairie, il paraissait merveilleux (Gide, Ainsi soit-il, 1951, p. 1196).
B. − Péjoratif
1. [En parlant d'une chose concr. ou abstr.] Qui est ordinaire, courant, conventionnel; qui perd tout intérêt du fait de sa fréquence, de sa répétition. Synon. commun.La doucereuse honnêteté, (...) les semblants de vertu, (...) les façons hypocrites d'une femme mariée qui ne laisse jamais voir que les besoins vulgaires d'un ménage, et qui se refuse en apparence aux folies (...). C'est l'ignoble livre de dépense et non la joyeuse fantaisie qui dévore des fortunes (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 140).
2. [En parlant d'une pers., de son attitude, de son comportement]
a) Qui n'a aucune élévation morale, qui est ordinaire, prosaïque. Artiste, esprit, idée, imagination, personnage vulgaire. L'amour n'est-il pas comme la mer qui, vue superficiellement ou à la hâte, est accusée de monotonie par les âmes vulgaires (Balzac, Vendetta, 1830, p. 208).Le héros se montre grand dans toutes les circonstances de sa vie: voilà ce qui le distingue de l'homme vulgaire (Guéhenno, Jean-Jacques, 1950, p. 28).
b) Qui manque d'éducation, de distinction; qui se conduit de façon grossière, qui ne se conforme pas aux règles du savoir-vivre. Je suis persuadé que plus d'un Anglais, pair et millionnaire, n'ose pas croiser les jambes quand il est seul devant son feu, de peur d'être vulgaire (Stendhal, Rome, Naples et Flor., t. 1, 1817, p. 160).Le désir me choquait obscurément chez Antoine. Il ne le portait pas bien. C'était comme une déchirure dans sa délicatesse, cette délicatesse à laquelle me faisaient croire ses dents, son regard. Il me paraissait soudain vulgaire, plus vulgaire que s'il avait été vulgaire (Drieu La Roch., Rêv. bourg., 1937, p. 332).
Vulgaire dans + subst.Homme vulgaire dans ses manières. Je me disais: « Il doit être brutal... un peu vulgaire dans ses caresses... il ne doit pas porter de caleçons... et son corps musclé doit sentir le velours à dix-neuf sous! » (Guitry, Veilleur, 1911, II, p. 10).
Troupeau vulgaire. [Trad. de vulgum* pecus] Un jeune conseiller de Préfecture (...) pratiquant, l'été, le tennis (...) non loin des joueurs de boule démocratiques (...) sans contact toutefois avec ce troupeau vulgaire, sans que le regard même des manieurs de raquettes parût leur accorder (...) un volume (Arnoux, Solde, 1958, p. 13).
c) [P. méton.]
Qui dénote la grossièreté, le manque de distinction. Accent, intonation, rire, ton, voix vulgaire; air, allure, aspect, beauté, bouche, conduite, corps, figure, gaieté, laideur, physionomie vulgaire; goûts, manières vulgaires. Il m'avait dit (...) qu'il lui avait trouvé mauvais genre. Qu'avait-il voulu dire par mauvais genre? J'avais compris genre vulgaire, parce que, pour le contredire d'avance, j'avais déclaré qu'elle avait de la distinction (Proust, Prisonn., 1922, p. 84).M. Ouine continuait de rire à petits coups, la tête légèrement inclinée sur la droite, un œil ouvert, l'autre fermé, ce qui donnait à son visage une expression assez vulgaire (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1560).
Rem. Vulgaire peut être associé a) tantôt à la pauvreté: On a beau dire, la pauvreté rend vulgaire. Maud était vulgaire; il haïssait la franc-maçonnerie qui l'unissait aux cochers, aux porteurs, aux guides, aux garçons de café (Sartre, Sursis, 1945, p. 45); b) tantôt à la richesse quand celle-ci s'expose sans discrétion: J'ai connu ces famille où l'on tenait les gens riches pour un peu vulgaires (...) où le mot argent et les choses qui le représentent étaient tus comme la luxure (Chardonne, Attach., 1943, p. 87).
[En parlant de productions orales, du lang.]
Qui choque la bienséance par son caractère grossier dans l'expression ou dans le contenu. Expression, langue, mot, parole, sens, terme vulgaire. C'est à mon sens le point culminant de son physique [de Victor Hugo], dans le sens un peu vulgaire que je suis bien forcé, pour être très français, d'employer ici (Verlaine, Œuvres posth., t. 2, Souv. et prom.,1896,p. 150).« (...) on se figure un peu, ajouta-t-il d'une voix nasillarde, ralentie et traînante, il y a toujours des gens (...) qui vous donnent une idée (...). » On remarquera qu'après une interpolation du langage vulgaire, celui de M. de Charlus était brusquement redevenu (...) précieux et hautain (Proust, Sodome, 1922, p. 1009).
Plaisanterie vulgaire. Plaisanterie grossière, sans finesse ou choquante par son contenu obscène. La gloire du ménage est précisément dans ce calme, dans cette profonde connaissance mutuelle, dans cet échange de biens et de maux que les plaisanteries vulgaires lui reprochent (Balzac, Mém. jeunes mariées, 1842, p. 368).
Qui caractérise le discours de personnes frustes; qui n'est pas conforme à l'usage normatif. Je veux que vous gardiez de moi un bon souvenir, et vous prouver que Moi, dont on dit tant de mal, je suis quelquefois bon diable, pour me servir d'une de vos locutions vulgaires (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 143).
3.
a) [En parlant d'une chose concr.] Qui manque de finesse, de délicatesse; qui est de qualité médiocre. Il n'y a que de vulgaires chaises, grossières, moins bien même que celle qui est à la préfecture (Gyp, Souv. pte fille, 1927, p. 38).Tous (...) ne s'abreuvant que de bibine vulgaire (Arnoux, Zulma, 1960, p. 245).
b) Qui est jugé de mauvais goût ou comme manquant de distinction. Modeste montrait à la main de son père une cravache dont le bout était un semis de turquoises, une invention alors à la mode, et devenue depuis assez vulgaire (Balzac, Modeste Mignon, 1844, p. 250).Notre oreille, encore mal exercée, n'aimait que les rythmes vulgaires, faciles à retenir, les airs de café-concert et la musique de bastringue (Larbaud, Enfantines, 1918, p. 183).
II. − Subst. masc.
A. −
1. Vx ou littér. Le commun des hommes, ceux qui n'ont aucune particularité, aucune spécialité; ceux que rien ne distingue. À nous seuls vulgaires il est permis de parler de nous, parce que personne n'en parlerait (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 660).Dans un bois l'amateur d'oiseaux distingue aussitôt ces gazouillis particuliers à chaque oiseau, que le vulgaire confond (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 908).
2. Péj. La partie la moins distinguée, la plus commune d'une société. Synon. populace.Les liaisons d'idées qui font les trois quarts du charme des beaux-arts (...) ont le bonheur d'être donnés dans une langue que l'ignoble vulgaire ne souilla jamais de ses plates objections (Stendhal, Hist. peint. Ital., t. 1, 1817, p. 49).Le vulgaire débarrassa le plancher, mais les fanatiques demeurèrent (Queneau, Pierrot, 1942, p. 14).
Le vulgaire de/des + subst.La partie la plus commune d'un groupe, d'un ensemble. Le vulgaire des philosophes de tous les temps a dit que la beauté et l'harmonie de l'œuvre attestait l'ouvrier. Rien de plus faux (Vigny, Journal poète, 1861, p. 1360).
B. − Subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est ordinaire, commun, trivial. Le vulgaire et le trivial même doit avoir un accent (Hugo, Préf. Cromwell, 1827, p. 30).La beauté de MlleJamois est une beauté cachée. Rien d'extérieur n'en surcharge l'éclat secret. C'est ce qui lui permet de sauter la rampe, d'émouvoir la salle et d'échapper au vulgaire (Cocteau, Foyer artistes, 1947, p. 147).
REM.
Vulgarien, subst. masc.,hapax. Que vous observiez certaines formes religieuses, je n'y vois pas d'inconvénients, d'autant plus que cela nous distingue de ces vulgariens bruyants, dont la vulgarité justement consiste à s'abstenir de la chose convenable (Larbaud, Barnabooth, 1913, p. 269).
Prononc. et Orth.: [vylgε:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. a) 1325-36 empl. subst. vulgar « langue du pays, connue de tous » (Chronique de Morée, éd. J. Longnon, p. 239: si deviserent la teneur en vulgar [ms. endulgar], pour ce que cescun l'entendist); 1512 langaige vulgaire « commun à tous » (J. Lemaire de Belges, Illustrations, éd. J. Stecher, t. 2, p. 424); α) 1524 vulgaire latin (Gringore, Le Blazon des Hérétiques, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 332); 1763 grec vulgaire (L. de Bachaumont, Mémoires secrets depuis 1762, p. 271); 1787 arabe vulgaire (Volney, Voyage en Syrie et en Égypte, p. 175); β) 1549 les (langues) vulgaires « langues modernes par opposition aux langues anciennes latin et grec » (Du Bellay, La Deffence de la Langue Francoyse, éd. H. Chamard, p. 37); b) 1637 « courant, usuel (opposé à scientifique) » (N. de Peiresc, Lettres, t. 4, p. 283: j'ay aultresfois creu que nostre nom vulgaire de gavot venoit de gap ou de vapincum); 2. a) α) 1452 « qui appartient aux classes que rien ne distingue » (J. Millet, Epistre ds Fonds Barbier: a toutes gens vulgaires, populaires et de commun estat); β) 1611 « ordinaire, qui ne se distingue en rien des autres » (J. Bertaut, Les Œuvres poét., p. 123: [...] une plume vulgaire, un vulgaire écrivain puisse representer une beauté si rare); b) 1560 « commun (en parlant d'une plante) » (Ronsard, Poèmes, éd. P. Laumonier, t. 10, p. 287: Je n'ay pas seulement des vulgaires prunelles Qui croissent es buyssons, mais des prunes plus belles); c) 1580 en parlant de substances (B. Palissy, Discours admirables, p. 257 ds IGLF: le souphre vulgaire n'est pas tel comme lors qu'il a généré des métaux); d) 1783 sc. nat. « qui possède les caractères communs de l'espèce, sans aucun trait particulier » (Buffon, Hist. nat., Oiseaux, t. 2, p. 304: poules vulgaires); 3. a) dernier quart xves. « en usage parmi le peuple, commun » (J. Molinet, Oraison A Sainct Adrien ds Faictz et Dictz, éd. N. Dupire, t. 2, p. 506: wulgaires mos); spéc. 1681 ère vulgaire (Bossuet, Discours sur l'hist. universelle, p. 59); b) 1580 il est vulgaire de + inf. (Montaigne, Essais, II, 17, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 647); 4. 1573 avec nuance péj. (Jodelle, Les Discours de Jules César, éd. Marty-Laveaux, t. 2, p. 235: De grands desseins, grands soins, grands discours, qui ne sont Propres à ceux, ausquels les rangs vulgaires font Vulgaires les esprits); 5. 1810 « qui choque par son manque de distinction » (Staël, Allemagne, t. 5, p. 51: je craignois d'écouter des paroles vulgaires, telles qu'on en chante ailleurs dans les rues). B. Subst. 1. a) 1530 « le commun des hommes » (Songecreux, 47 vods IGLF: le vulgaire des gens ruraulx); b) 1601 « la partie la plus grossière de la population » (P. Charron, De la Sagesse, Trois Livres, p. 221: Le peuple, nous entendons icy le vulgaire, la tourbe et lie populaire); 1610 (P. de Deimier, L'Académie de l'Art Poétique, p. 325: quelques uns du vulgaire de Paris); 2. 1810 « ce qui est ordinaire, commun » (Staël, op. cit., t. 2, p. 249: le vulgaire dans la nature se mêle souvent au sublime); 1836 être du dernier vulgaire (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, p. 308). Empr. au lat.vulgaris « qui concerne la foule »; « général, ordinaire, commun, banal », dér. de vulgus « le commun des hommes, la foule ». On rencontre en a. et m. fr. la forme vulgal, due à une forme lat. *vulgalis issue de vulgaris par changement de suff. Fréq. abs. littér.: 2 829. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 312, b) 3 635, xxes.: a) 4 106, b) 3 080.
DÉR.
Vulgarisme, subst. masc.,ling. Expression propre aux personnes peu instruites et qui est rejetée par le bon usage. (Dict. xixeet xxes.). [vylgaʀism̭]. 1resattest. a) α) 1801 « façon de parler basse » (Mercier Néol.), β) 1819 « qualité, défaut de ce qui est vulgaire » (Boiste), b) 1953 « mouvement littéraire de la Grèce moderne » (A. Mirambel, La Litt. gr. mod., Paris, P.U.F., p. 35, 45); a dér. sav. de vulgaire, suff. -isme*, avec peut-être infl. de l'angl. vulgarism (xviiies. ds NED), b de vulgariste (1912, Lar. mens., p. 344), dér. sav. de vulgaire, suff. -iste*.

Trésor de la Langue Française informatisé

VULGAIRE, adj. et subst. masc.

I. − Adjectif
A. − [Sans valeur péj.]
1. [En parlant d'une chose]
a) Vieilli ou littér. Qui est admis, pratiqué par la grande majorité des personnes composant une collectivité, appartenant à une culture; qui est répandu. Synon. banal, commun, courant, ordinaire, trivial.Croyance, interrogation, moralité, observation, opinion, pensée, préjugé, préoccupation, satisfaction, vérité vulgaire. Il faut revenir de bonne foi aux idées vulgaires de sagesse et d'honneur; une femme a tout à perdre en les oubliant (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 400).La conversation s'engagea de la façon la plus vulgaire: le temps, le Ministère, la maladie de de Marsay (Balzac, Secrets Cadignan, 1839, p. 338).
Vx. Ère* vulgaire.
b) [Postposé; en parlant d'une lang.]
Langue vulgaire. V. langue II A 1.Latin vulgaire. Latin parlé à basse époque dans l'ensemble des pays de l'Empire romain et dont sont issues les langues romanes. C'est (...) un autre état du latin [que celui du latin classique], mal connu, qu'on dénomme le latin vulgaire, et auquel on rattache la formation de l'ensemble des langues romanes (M. Cohen, Hist. d'une lang.: le fr., 1973 [1947], p. 50).
Qui est spécifique, qui est réservé à l'usage oral. À côté de la langue littérale, qui devient le partage exclusif des écoles, l'arabe vulgaire d'un système plus simple et moins riche en formes grammaticales (Renan, Avenir sc., 1890, p. 207).
[P. oppos. à scientifique, technique] Qui appartient à la langue courante, usuelle. On appelle carré en langue vulgaire toute figure renfermée entre quatre côtés. Que des hommes qui ne sont pas géomètres discutent sur cette idée ou ce terme vague, ils se contrediront (Maine de Biran, Journal, 1819, p. 231).
2. [En parlant de tout ou partie d'une pers., d'une chose]
a) Qui est identique, semblable aux autres individus, aux autres objets de son espèce. Synon. anodin, banal, ordinaire.Homme, humain, lecteur vulgaire; chose, objet vulgaire. Le violon et le flageolet avaient tous deux des figures vulgaires, la figure si connue de l'aveugle, pleine de contention, attentive et grave (Balzac, Facino Cane, 1836, p. 375).Cette boutique (...) n'avait qu'une porte qui laissait entrevoir dans l'ombre un comptoir, des balances, quelques marchandises vulgaires étalées sur le carreau (Hugo, Choses vues, 1885, p. 48).
SC. NAT. Qui présente les caractères communs de l'espèce sans autre trait distinctif. Synon. commun.Faisan, poule vulgaire. (Dict. xxes.).
DR. Substitution* vulgaire.
[P. oppos. à savant, technique] Cette plante littéralement sème sous elle. Elle répond au nom vulgaire de Bon-Henri. Savamment c'est une chénopodiacée (Gide, Journal, Feuillets, 1925, p. 808).
b) [Antéposé; avec parfois une connotation péj. en fonction du subst. qui suit] Qui ne dépasse pas la moyenne. Synon. quelconque, banal.Vulgaire arriviste, bourgeois, fonctionnaire, idiot, mouchard, racaille; vulgaire accident, aventure, manie. Vous me direz, monsieur Bonaparte (...) que (...) n'ayant plus d'autre choix, plutôt que d'être un des vulgaires escrocs du code, vous avez mieux aimé être un des grands assassins de l'histoire! (Hugo, Nap. le Pt, 1852, p. 118).Quelle pouvait bien être cette fleur unique, d'un rouge éclatant (...)? (...) ce n'était qu'un très vulgaire coquelicot semblable à tous les coquelicots de France. Isolé dans cette prairie, il paraissait merveilleux (Gide, Ainsi soit-il, 1951, p. 1196).
B. − Péjoratif
1. [En parlant d'une chose concr. ou abstr.] Qui est ordinaire, courant, conventionnel; qui perd tout intérêt du fait de sa fréquence, de sa répétition. Synon. commun.La doucereuse honnêteté, (...) les semblants de vertu, (...) les façons hypocrites d'une femme mariée qui ne laisse jamais voir que les besoins vulgaires d'un ménage, et qui se refuse en apparence aux folies (...). C'est l'ignoble livre de dépense et non la joyeuse fantaisie qui dévore des fortunes (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 140).
2. [En parlant d'une pers., de son attitude, de son comportement]
a) Qui n'a aucune élévation morale, qui est ordinaire, prosaïque. Artiste, esprit, idée, imagination, personnage vulgaire. L'amour n'est-il pas comme la mer qui, vue superficiellement ou à la hâte, est accusée de monotonie par les âmes vulgaires (Balzac, Vendetta, 1830, p. 208).Le héros se montre grand dans toutes les circonstances de sa vie: voilà ce qui le distingue de l'homme vulgaire (Guéhenno, Jean-Jacques, 1950, p. 28).
b) Qui manque d'éducation, de distinction; qui se conduit de façon grossière, qui ne se conforme pas aux règles du savoir-vivre. Je suis persuadé que plus d'un Anglais, pair et millionnaire, n'ose pas croiser les jambes quand il est seul devant son feu, de peur d'être vulgaire (Stendhal, Rome, Naples et Flor., t. 1, 1817, p. 160).Le désir me choquait obscurément chez Antoine. Il ne le portait pas bien. C'était comme une déchirure dans sa délicatesse, cette délicatesse à laquelle me faisaient croire ses dents, son regard. Il me paraissait soudain vulgaire, plus vulgaire que s'il avait été vulgaire (Drieu La Roch., Rêv. bourg., 1937, p. 332).
Vulgaire dans + subst.Homme vulgaire dans ses manières. Je me disais: « Il doit être brutal... un peu vulgaire dans ses caresses... il ne doit pas porter de caleçons... et son corps musclé doit sentir le velours à dix-neuf sous! » (Guitry, Veilleur, 1911, II, p. 10).
Troupeau vulgaire. [Trad. de vulgum* pecus] Un jeune conseiller de Préfecture (...) pratiquant, l'été, le tennis (...) non loin des joueurs de boule démocratiques (...) sans contact toutefois avec ce troupeau vulgaire, sans que le regard même des manieurs de raquettes parût leur accorder (...) un volume (Arnoux, Solde, 1958, p. 13).
c) [P. méton.]
Qui dénote la grossièreté, le manque de distinction. Accent, intonation, rire, ton, voix vulgaire; air, allure, aspect, beauté, bouche, conduite, corps, figure, gaieté, laideur, physionomie vulgaire; goûts, manières vulgaires. Il m'avait dit (...) qu'il lui avait trouvé mauvais genre. Qu'avait-il voulu dire par mauvais genre? J'avais compris genre vulgaire, parce que, pour le contredire d'avance, j'avais déclaré qu'elle avait de la distinction (Proust, Prisonn., 1922, p. 84).M. Ouine continuait de rire à petits coups, la tête légèrement inclinée sur la droite, un œil ouvert, l'autre fermé, ce qui donnait à son visage une expression assez vulgaire (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1560).
Rem. Vulgaire peut être associé a) tantôt à la pauvreté: On a beau dire, la pauvreté rend vulgaire. Maud était vulgaire; il haïssait la franc-maçonnerie qui l'unissait aux cochers, aux porteurs, aux guides, aux garçons de café (Sartre, Sursis, 1945, p. 45); b) tantôt à la richesse quand celle-ci s'expose sans discrétion: J'ai connu ces famille où l'on tenait les gens riches pour un peu vulgaires (...) où le mot argent et les choses qui le représentent étaient tus comme la luxure (Chardonne, Attach., 1943, p. 87).
[En parlant de productions orales, du lang.]
Qui choque la bienséance par son caractère grossier dans l'expression ou dans le contenu. Expression, langue, mot, parole, sens, terme vulgaire. C'est à mon sens le point culminant de son physique [de Victor Hugo], dans le sens un peu vulgaire que je suis bien forcé, pour être très français, d'employer ici (Verlaine, Œuvres posth., t. 2, Souv. et prom.,1896,p. 150).« (...) on se figure un peu, ajouta-t-il d'une voix nasillarde, ralentie et traînante, il y a toujours des gens (...) qui vous donnent une idée (...). » On remarquera qu'après une interpolation du langage vulgaire, celui de M. de Charlus était brusquement redevenu (...) précieux et hautain (Proust, Sodome, 1922, p. 1009).
Plaisanterie vulgaire. Plaisanterie grossière, sans finesse ou choquante par son contenu obscène. La gloire du ménage est précisément dans ce calme, dans cette profonde connaissance mutuelle, dans cet échange de biens et de maux que les plaisanteries vulgaires lui reprochent (Balzac, Mém. jeunes mariées, 1842, p. 368).
Qui caractérise le discours de personnes frustes; qui n'est pas conforme à l'usage normatif. Je veux que vous gardiez de moi un bon souvenir, et vous prouver que Moi, dont on dit tant de mal, je suis quelquefois bon diable, pour me servir d'une de vos locutions vulgaires (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 143).
3.
a) [En parlant d'une chose concr.] Qui manque de finesse, de délicatesse; qui est de qualité médiocre. Il n'y a que de vulgaires chaises, grossières, moins bien même que celle qui est à la préfecture (Gyp, Souv. pte fille, 1927, p. 38).Tous (...) ne s'abreuvant que de bibine vulgaire (Arnoux, Zulma, 1960, p. 245).
b) Qui est jugé de mauvais goût ou comme manquant de distinction. Modeste montrait à la main de son père une cravache dont le bout était un semis de turquoises, une invention alors à la mode, et devenue depuis assez vulgaire (Balzac, Modeste Mignon, 1844, p. 250).Notre oreille, encore mal exercée, n'aimait que les rythmes vulgaires, faciles à retenir, les airs de café-concert et la musique de bastringue (Larbaud, Enfantines, 1918, p. 183).
II. − Subst. masc.
A. −
1. Vx ou littér. Le commun des hommes, ceux qui n'ont aucune particularité, aucune spécialité; ceux que rien ne distingue. À nous seuls vulgaires il est permis de parler de nous, parce que personne n'en parlerait (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 660).Dans un bois l'amateur d'oiseaux distingue aussitôt ces gazouillis particuliers à chaque oiseau, que le vulgaire confond (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 908).
2. Péj. La partie la moins distinguée, la plus commune d'une société. Synon. populace.Les liaisons d'idées qui font les trois quarts du charme des beaux-arts (...) ont le bonheur d'être donnés dans une langue que l'ignoble vulgaire ne souilla jamais de ses plates objections (Stendhal, Hist. peint. Ital., t. 1, 1817, p. 49).Le vulgaire débarrassa le plancher, mais les fanatiques demeurèrent (Queneau, Pierrot, 1942, p. 14).
Le vulgaire de/des + subst.La partie la plus commune d'un groupe, d'un ensemble. Le vulgaire des philosophes de tous les temps a dit que la beauté et l'harmonie de l'œuvre attestait l'ouvrier. Rien de plus faux (Vigny, Journal poète, 1861, p. 1360).
B. − Subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est ordinaire, commun, trivial. Le vulgaire et le trivial même doit avoir un accent (Hugo, Préf. Cromwell, 1827, p. 30).La beauté de MlleJamois est une beauté cachée. Rien d'extérieur n'en surcharge l'éclat secret. C'est ce qui lui permet de sauter la rampe, d'émouvoir la salle et d'échapper au vulgaire (Cocteau, Foyer artistes, 1947, p. 147).
REM.
Vulgarien, subst. masc.,hapax. Que vous observiez certaines formes religieuses, je n'y vois pas d'inconvénients, d'autant plus que cela nous distingue de ces vulgariens bruyants, dont la vulgarité justement consiste à s'abstenir de la chose convenable (Larbaud, Barnabooth, 1913, p. 269).
Prononc. et Orth.: [vylgε:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. a) 1325-36 empl. subst. vulgar « langue du pays, connue de tous » (Chronique de Morée, éd. J. Longnon, p. 239: si deviserent la teneur en vulgar [ms. endulgar], pour ce que cescun l'entendist); 1512 langaige vulgaire « commun à tous » (J. Lemaire de Belges, Illustrations, éd. J. Stecher, t. 2, p. 424); α) 1524 vulgaire latin (Gringore, Le Blazon des Hérétiques, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 332); 1763 grec vulgaire (L. de Bachaumont, Mémoires secrets depuis 1762, p. 271); 1787 arabe vulgaire (Volney, Voyage en Syrie et en Égypte, p. 175); β) 1549 les (langues) vulgaires « langues modernes par opposition aux langues anciennes latin et grec » (Du Bellay, La Deffence de la Langue Francoyse, éd. H. Chamard, p. 37); b) 1637 « courant, usuel (opposé à scientifique) » (N. de Peiresc, Lettres, t. 4, p. 283: j'ay aultresfois creu que nostre nom vulgaire de gavot venoit de gap ou de vapincum); 2. a) α) 1452 « qui appartient aux classes que rien ne distingue » (J. Millet, Epistre ds Fonds Barbier: a toutes gens vulgaires, populaires et de commun estat); β) 1611 « ordinaire, qui ne se distingue en rien des autres » (J. Bertaut, Les Œuvres poét., p. 123: [...] une plume vulgaire, un vulgaire écrivain puisse representer une beauté si rare); b) 1560 « commun (en parlant d'une plante) » (Ronsard, Poèmes, éd. P. Laumonier, t. 10, p. 287: Je n'ay pas seulement des vulgaires prunelles Qui croissent es buyssons, mais des prunes plus belles); c) 1580 en parlant de substances (B. Palissy, Discours admirables, p. 257 ds IGLF: le souphre vulgaire n'est pas tel comme lors qu'il a généré des métaux); d) 1783 sc. nat. « qui possède les caractères communs de l'espèce, sans aucun trait particulier » (Buffon, Hist. nat., Oiseaux, t. 2, p. 304: poules vulgaires); 3. a) dernier quart xves. « en usage parmi le peuple, commun » (J. Molinet, Oraison A Sainct Adrien ds Faictz et Dictz, éd. N. Dupire, t. 2, p. 506: wulgaires mos); spéc. 1681 ère vulgaire (Bossuet, Discours sur l'hist. universelle, p. 59); b) 1580 il est vulgaire de + inf. (Montaigne, Essais, II, 17, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 647); 4. 1573 avec nuance péj. (Jodelle, Les Discours de Jules César, éd. Marty-Laveaux, t. 2, p. 235: De grands desseins, grands soins, grands discours, qui ne sont Propres à ceux, ausquels les rangs vulgaires font Vulgaires les esprits); 5. 1810 « qui choque par son manque de distinction » (Staël, Allemagne, t. 5, p. 51: je craignois d'écouter des paroles vulgaires, telles qu'on en chante ailleurs dans les rues). B. Subst. 1. a) 1530 « le commun des hommes » (Songecreux, 47 vods IGLF: le vulgaire des gens ruraulx); b) 1601 « la partie la plus grossière de la population » (P. Charron, De la Sagesse, Trois Livres, p. 221: Le peuple, nous entendons icy le vulgaire, la tourbe et lie populaire); 1610 (P. de Deimier, L'Académie de l'Art Poétique, p. 325: quelques uns du vulgaire de Paris); 2. 1810 « ce qui est ordinaire, commun » (Staël, op. cit., t. 2, p. 249: le vulgaire dans la nature se mêle souvent au sublime); 1836 être du dernier vulgaire (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, p. 308). Empr. au lat.vulgaris « qui concerne la foule »; « général, ordinaire, commun, banal », dér. de vulgus « le commun des hommes, la foule ». On rencontre en a. et m. fr. la forme vulgal, due à une forme lat. *vulgalis issue de vulgaris par changement de suff. Fréq. abs. littér.: 2 829. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 312, b) 3 635, xxes.: a) 4 106, b) 3 080.
DÉR.
Vulgarisme, subst. masc.,ling. Expression propre aux personnes peu instruites et qui est rejetée par le bon usage. (Dict. xixeet xxes.). [vylgaʀism̭]. 1resattest. a) α) 1801 « façon de parler basse » (Mercier Néol.), β) 1819 « qualité, défaut de ce qui est vulgaire » (Boiste), b) 1953 « mouvement littéraire de la Grèce moderne » (A. Mirambel, La Litt. gr. mod., Paris, P.U.F., p. 35, 45); a dér. sav. de vulgaire, suff. -isme*, avec peut-être infl. de l'angl. vulgarism (xviiies. ds NED), b de vulgariste (1912, Lar. mens., p. 344), dér. sav. de vulgaire, suff. -iste*.

Wiktionnaire

Adjectif

vulgaire \vyl.ɡɛʁ\ masculin et féminin identiques

  1. (Désuet) Qui concerne le peuple, le quidam, le personnage quelconque.
  2. (Vieilli) Qui est commun, qui est reçu communément.
    • Préjugé vulgaire.
    • Croyance vulgaire.
    • Opinion vulgaire.
  3. (En particulier) (Linguistique) (Didactique) Ce que le peuple parle à l’époque considérée.
    • Les traductions de la Bible en langue vulgaire.
    • […] en 1025, durent faire traduire en français vulgaire la profession de foi exigée de certains hérétiques, par la raison que les accusés n’entendaient pas le latin — (Justin Cénac-Moncaut, Histoire du caractère et de l’esprit français, 1867)
  4. (Vieilli) Qui est trivial, commun, voire quelconque. — Note : S’emploie encore aujourd’hui mais le plus souvent devant le nom qu’il qualifie.
    • Le président du FMI qui trempe son biscuit comme un vulgaire VRP de province, ça fait de la peine ! — (Stéphane Guillon, « DSK. Quelle déception », dans On m'a demandé de vous calmer, éd. Stock/France Inter, 2009)
    • Un vulgaire coquelicot. De vulgaires sentiments.
    • Des sentiments, des manières vulgaires. (Désuet)
    • Une âme, un esprit vulgaire. (Désuet)
  5. Qui a un comportement, un langage sans délicatesse, sans éducation, grossier ou qui fait preuve d’une grande grossièreté.
    • Des manières vulgaires.
    • Une expression vulgaire.
    • Un homme vulgaire.
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Littré (1872-1877)

VULGAIRE (vul-ghê-r') adj.
  • 1Qui se voit communément parmi les hommes. Opinion vulgaire. Préjugés vulgaires. À tous événements le sage est préparé ; Guéri par la raison des faiblesses vulgaires, Il se met au-dessus de ces sortes d'affaires, Molière, Fem. sav. v, 1. Cette interprétation est vulgaire, dira M. de B., j'en conviens ; mais elle a du moins un avantage, c'est qu'on peut la comprendre, Condillac, Traité anim. 4.

    Ère vulgaire, voy. ÈRE.

    Plantes vulgaires, celles qu'on rencontre à chaque pas.

    Médicament vulgaire, celui qu'on emploie fréquemment.

  • 2Langues vulgaires, se dit des langues vivantes par opposition à langues savantes ou langues mortes. Les traductions de la Bible en langues vulgaires. Cette oreille-ci est destinée pour les langues scientifiques ; et l'autre, pour la vulgaire et la maternelle, Molière, Mar. forcé, 6. Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque cessa d'être vulgaire, Bossuet, Hist. I, 8.

    On dit de même : l'idiome vulgaire.

  • 3Qui ne s'élève, ne se distingue par rien. C'est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires, à brûler constamment pour des beautés sévères, Molière, Mis. III, 1. Mais, pour te bien louer, une raison sévère Me dit qu'il faut sortir de la route vulgaire, Boileau, Épît. I. Le sujet ne veut pas de vulgaires efforts, Boileau, Art p. IV. Et sans vous rapporter des exemples vulgaires, Soliman…, Racine, Bajaz. II, 1. Je ne vous tiendrai point de ces discours vulgaires Que dicte la mollesse aux amants ordinaires, Voltaire, Œdipe, II, 3.
  • 4Qui appartient aux classes que rien ne distingue, en parlant des personnes. C'est aux hommes vulgaires un trop grand effort que celui de…, Bossuet, le Tellier.
  • 5Trivial, bas. Pensées, sentiments vulgaires. Et de vous marier vous osez faire fête ? Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête ? Molière, Fem. sav. I, 1. Le dégoût qu'on ne peut s'empêcher de sentir pour ce qui est vulgaire en tout genre, Staël, Corinne, III, 3.
  • 6Sans distinction, en parlant des personnes. Esprit, poëte vulgaire. Mon Dieu ! que vous êtes vulgaire ! Molière, Préc. 5. On s'ennuie aux exploits d'un conquérant vulgaire, Boileau, Art p. III. Le peuple napolitain, à quelques égards, n'est point du tout civilisé ; mais il n'est point vulgaire à la manière des autres peuples, Staël, Corinne, XI, 2.
  • 7 S. m. Le commun des hommes. Que j'ai toujours haï les pensers du vulgaire ! Qu'il me semble profane, injuste, téméraire ! La Fontaine, Fabl. VIII, 26. Sitôt que d'Apollon un génie inspiré Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré, En cent lieux contre lui les cabales s'amassent, Boileau, Épître VII. Je sais rendre aux sultans de fidèles services, Mais je laisse au vulgaire adorer leurs caprices, Racine, Baj. I, 1. On le plaint [Morangiès] autant qu'on s'était déchaîné contre lui ; toutes les opinions ont changé ; tel est le petit et le grand vulgaire ; tels sont les hommes, Voltaire, Pol. et lég. Précis du procès Morangiès. Quelqu'un a remarqué avec raison qu'au lieu du mot de public, tant prodigué à tort et à travers dans les conversations et dans les écrits, on ferait souvent très bien d'employer celui de vulgaire que la langue française nous fournit si heureusement pour exprimer cette multitude qui a tant de langues et si peu de têtes, tant d'oreilles et si peu d'yeux, D'Alembert, Élog. Boiss. note 3.
  • 8Il se dit de ceux qui dans une classe ne se distinguent pas. Le vulgaire des auteurs. Autant il faut connaître les grandes actions des souverains qui ont rendu leurs peuples meilleurs et plus heureux, autant on peut ignorer le vulgaire des rois qui ne pourrait que charger la mémoire, Voltaire, Mœurs, Avant-propos. Il y a le vulgaire des grands et le vulgaire du peuple, Voltaire, Philos. Philosophe ign. 33. Un grand exemple était dû à ce vulgaire des classes aisées qui prend l'affreux pour le sublime, et dont le faible esprit avait été comme subjugué par…, Carrel, Œuv. t. IV, p. 419.
  • 9Ce qui est sans distinction. Donner dans le vulgaire.
  • 10Le vulgaire, nom donné aux langues romanes (langue d'oïl, langue d'oc, italien et espagnol), par opposition au latin qui était la langue savante.

HISTORIQUE

XVIe s. L'italien, dont la faconde Passe les vulgaires [les langues vulgaires] du monde, Marot, III, 58. Lors Tigranes… dit une parole qui est assez vulgaire [connue, célèbre]…, Amyot, Lucull. 50. Je n'estime pourtant nostre vulgaire [langue vulgaire] tel qu'il est maintenant, estre si vil et abject, comme font ces ambitieux admirateurs des langues grecque et latine, Du Bellay, J. I, 6, verso. Il faut se descharger des humeurs vulgaires et nuisibles, Montaigne, I, 80. Aulcuns siecles passez, ausquels il estoit vulgaire… de veoir un homme moderé en ses vengeances…, Montaigne, III, 51. Les enfants, le vulgaire, les femmes et les malades sont plus subjects à estre menez par les aureilles [par ce qu'on leur dit], Montaigne, I, 200. Les crimes plus obscurs n'ont pourtant peu se faire, Qu'ils n'esclattent en l'air aux bouches du vulgaire, D'Aubigné, Tragiques, édit. LALANNE, p. 109.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

VULGAIRE. Ajoutez :
11 Terme de droit romain. Substitution vulgaire, substitution d'un héritier, faite par le testateur, à l'héritier institué, au cas qu'il ne se présente pas pour recueillir l'hérédité ; vulgaire signifie ici ordinaire, par opposition à la substitution pupillaire, dans laquelle le testateur substitue un héritier éventuel à son héritier réel, si ce dernier meurt impubère et avant d'avoir eu la capacité de tester lui-même (la substitution vulgaire est encore, sauf le nom, usitée en droit français ; la substitution pupillaire ne l'est plus). Qu'à cet effet, elle [la testatrice] en avait institué deux [légataires] successivement, avec substitution vulgaire, le second devant éventuellement lui succéder à la place du premier…, les conditions jointes à la substitution vulgaire doivent être comprises lato sensu, Gaz. des Trib. 18 nov. 1874, p. 1105, 2e et 4e col.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

VULGAIRE, adj. (Gram.) commun, trivial, ordinaire, du petit peuple ; des idées vulgaires ; des sentimens vulgaires ; penser comme le vulgaire, sur le vice, sur la vertu, sur la religion. Vulgaire s’oppose quelquefois à ancien & savant. On dit les langues vulgaires ; la Vénus vulgaire ou publique, étoit l’opposée de la Vénus Uranie.

Vulgaire, substitution, (Jurisprud.) la substitution vulgaire est celle qui est faite au profit d’un second héritier au cas que le premier ne recueille pas la succession. Voyez Substitution & Fidéicommis. (A)

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Étymologie de « vulgaire »

Provenç. volgar, vulgar ; espagn. vulgar ; ital. volgare ; du latin vulgaris, qui vient de vulgus, foule populaire ; comp. sanscr. varga, troupe, multitude. L'ancienne langue disait vulgal, et, à l'adverbe, vulgaument.

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Du latin vulgaris, de vulgus, « foule, commun des hommes », « multitude ».
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Phonétique du mot « vulgaire »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
vulgaire vylgɛr

Citations contenant le mot « vulgaire »

  • En art tout ce qui se justifie est vulgaire. De Eric Hossam / Beast Seller
  • Les préjugés, ami, sont les rois du vulgaire. De Voltaire / Le fanatisme ou Mohamed le prophète
  • En art, toute valeur qui se prouve est vulgaire.
  • La tragédie est plus vulgaire que la farce. De Louis Scutenaire
  • La perle précieuse provient d’une vulgaire huître. De Proverbe chinois
  • La vulgarité, ça ne s'improvise pas. On est vulgaire. On naît vulgaire. C'est une infirmité de l'âme. De Guy Bedos / France Inter - 1980
  • Ce que le vulgaire appelle du temps perdu est bien souvent du temps gagné. De Alexis de Tocqueville
  • Le sage s’interroge sur lui-même, l’homme vulgaire interroge les autres. De Proverbe mandchou
  • Le mépris des hommes est souvent la marque d'un coeur vulgaire. De Albert Camus
  • Le vulgaire ne compte point les coups qui portent, mais ceux que tu manques. De Baltasar Gracian y Morales / Oraculo Gracian
  • Ce n'est pas la réalité qui est vulgaire, c'est l'idéal. De Henry de Montherlant / Carnets
  • Tout ce qui se prouve est vulgaire, agir sans preuve exige un acte de foi. De Jean Cocteau / Le Discours d'Oxford
  • Ce qui ennoblit un acteur sur les planches peut sur l'écran le rendre vulgaire. De Robert Bresson / Notes sur le cinématographe
  • Qu'est ce qu'un paradoxe, sinon une vérité opposée aux préjugés du vulgaire. De Denis Diderot / Pensées philosophiques
  • Le plaisir sans l'intelligence deviendrait facilement une chose vulgaire et limitée. De Roger Fournier / A nous deux
  • Matt Pokora : sa chérie Christina Milian pose en lingerie, les internautes sont choqués "C'est vulgaire" Public.fr, Matt Pokora : sa chérie Christina Milian pose en lingerie, les internautes sont choqués "C'est vulgaire"
  • Bref, c’est la faute au moine si l’étang se vide comme un vulgaire lavabo, et c’est la faute au curé s’il a fallu le vidanger ! , Trévé : l'étang se vide comme un vulgaire lavabo... | Le Courrier Indépendant
  • Elles ne seront bientôt qu’un vulgaire souvenir. Lors du dernier conseil de défense écologique, qui s’est tenu le 27 juillet dernier, le gouvernement a annoncé la fin des chaudières au fioul. Les Français sont amenés à remplacer leurs vieux systèmes de chauffage par des chaudières moins polluantes. Découvrez lesquelles. Femme Actuelle, Interdiction des chaudières au fioul : quelles sont les alternatives ? : Femme Actuelle Le MAG
  • Lorsqu’il arrive au centre d’entraînement d’Anderlecht, le surdoué de Beersel Drogenbos devient un vulgaire anonyme. Noyé dans la masse, son aspect chétif le prive d’être identifié comme un « purple talent ». Pourtant, l’absence à ce programme d’excellence ne nuit pas à sa progression. Et à force de travail et d’abnégation, son heure arrive enfin. Calciomio, Alexis Saelemaekers, le diablotin du Diavolo

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Traductions du mot « vulgaire »

Langue Traduction
Anglais vulgar
Espagnol vulgar
Italien volgare
Allemand vulgär
Chinois 庸俗
Arabe مبتذل
Portugais vulgar
Russe вульгарный
Japonais 下品な
Basque vulgar
Corse vulgari
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Synonymes de « vulgaire »

Source : synonymes de vulgaire sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « vulgaire »

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