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Toucher

Définitions du mot « toucher »

Trésor de la Langue Française informatisé

TOUCHER1, verbe trans.

I. − Empl. trans. dir.
A. − [Avec idée de mouvement] Toucher qqn/qqc.
1. [Le suj. désigne un animé ou une partie de son corps, qui entre en contact direct avec ce que désigne le compl.]
a) Entrer en contact avec quelqu'un, quelque chose. Synon. palper, tâter.
α) [La partie du corps qui entre en contact n'est pas précisée, il s'agit fréq. de la main] Toucher un objet; toucher qqc. de sale. Il n'y a rien dans ses lettres [de Colette] que des odeurs, rien que ce qu'elle touche, que ce qu'elle mange, que ce qu'elle caresse (Mauriac, Nouv. Bloc-Notes, 1959, p. 267):
1. Ma main est crispée sur le manche du couteau à dessert (...). C'est ma main qui le tient. Ma main. Personnellement, je laisserais plutôt ce couteau tranquille: à quoi bon toujours toucher quelque chose? Les objets ne sont pas faits pour qu'on les touche. Il vaut mieux se glisser entre eux, en les évitant le plus possible. Sartre, Nausée, 1938, p. 156.
[Le compl. désigne une partie du corps de la pers. qui subit le contact] Toucher le bras, la figure, les joues de qqn; (ne pas) toucher un cheveu* de qqn. Sa main tremble-t-elle quand il prend la mienne et que je frissonne de tout mon corps rien qu'en la touchant? (Dumas père, Darlington, 1832, i, 1ertabl., 3, p. 32).
[En signe de salut pour conclure un accord] Toucher la main à/de qqn; toucher qqn dans la main. Elle toucha la main presque à tous les hommes. Puis elle embrassa Christine (Zola, Curée, 1872, p. 337).Jean de Metz (...) lui toucha la main, en signe qu'il lui donnait sa foi (A. France, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 97).Empl. pronom. réciproque. Le piquant est que tous deux [Danton et Royer-Collard] se soient rencontrés, coudoyés, se soient touché la main (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 4, 1863, p. 265).
En partic. [Le compl. désigne une pers. considérée comme objet sexuel] Caresser les zones érogènes; p. ext., avoir des rapports sexuels. La certitude lui vint (...) que cet enfant ne pouvait être de lui. Ainsi qu'il le disait, il ne la touchait jamais que pour le plaisir, très sûr des précautions radicales qu'il prenait (Zola, Travail, t. 2, 1901, p. 18).Clotilde informait avec aisance:Papa, tout à l'heure, le Tintin Maloret a essayé de me toucher sous la robe. L'Adélaïde poussa un cri d'effroi. On fit cercle autour de la petite qui répéta:Il a essayé de me toucher (Aymé, Jument, 1933, p. 237).
[Le compl. désigne la tête ou le couvre-chef]
[En signe de salut] Toucher son chapeau, sa casquette, son béret. Du plus loin qu'il me voit, il touche son bonnet et vient à moi (Mérimée, Jacquerie, 1828, p. 218).
[Pour exprimer le doute sur le bon état de santé mentale d'une pers.] Le jeune homme (...) toucha son front (...) comme pour lui dire que tous les Anglais avaient quelque chose de travers dans la tête (Mérimée, Colomba, 1840, p. 10).
Loc. fig.
Toucher le fond. Atteindre la limite extrême d'un état pénible moralement, intellectuellement, ou d'une situation dégradante. Il ne fallait pas la tuer [une mouche], bon Dieu! De toute la création, c'était le seul être qui me craignait; je ne compte plus pour personne. (...) je prends la place de la victime (...). Je suis mouche, je l'ai toujours été. Cette fois j'ai touché le fond (Sartre, Mots, 1964, p. 206).Toucher le fond de + subst. désignant cet état ou cette situation.Toucher le fond de la misère, de la solitude, du malheur. Une fois de plus, j'ai côtoyé une vérité que je n'ai pas comprise. Je me suis cru perdu, j'ai cru toucher le fond du désespoir et, une fois le renoncement accepté, j'ai connu la paix (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 244).Toucher le fond de + subst. désignant un état physique (rare).Un flot d'effroyable ivresse était monté dans sa chair (...). La chercheuse, la perverse qu'elle était, si peu gâtée par son mari et par son bellâtre d'amant, touchait là le fond de la sensation (Zola, Travail, t. 2, 1901, p. 36).
Ne plus toucher terre. V. ce mot II C 1 b et infra γ au fig.
β) [La partie du corps qui entre en contact est précisée, en position de compl. circ.] Toucher qqn/qqc. de/ avec + subst.Toucher qqn/qqc. du doigt, du bout des doigts, des lèvres, du bout des lèvres; toucher qqn/qqc. de la main, avec la/les main(s); toucher le sol des/avec les genoux; toucher le sol du/avec le front. Le cheval s'élance à travers la flamme et la mitraille sans toucher de ses pieds rapides les blessés et les morts gisant sur son passage (Proudhon, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 343).Le martyre de ne pouvoir la toucher quand on est si proche d'elle, toucher seulement de la pulpe du doigt le grain de beauté, qui saille un peu, sur sa nuque sombre semée de poudre de riz (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 449).
SPORTS (lutte). Toucher (le sol) des épaules. Être vaincu en étant maintenu les deux épaules au sol. Le but recherché consiste, comme on le sait, à faire toucher le solc'est-à-dire le tapis de lutte (...)aux deux épaules de l'adversaire, autrement dit à le tomber (Comment parlent les sportifsds Vie Lang.1954, p. 374).
Au fig. Toucher des épaules, toucher terre. Être vaincu, dominé (physiquement ou intellectuellement). Pour un fils de Dieu incarné quelle réussite plus parfaite, plus inespérée que d'atteindre à l'agonie de l'esclave marron, du bandit des routes, que de toucher terre si bas? (Arnoux, Juif Errant, 1931, p. 33).Sans rancune, les frêles créatures (...) ne touchent des deux épaules qu'au moment où elles sont sûres de savourer tous les avantages et toutes les conséquences d'une défaite (Colette, Jumelle, 1938, p. 112).
Faire toucher des/les épaules. On s'installait dans la guerre (...) nous avions repris le dessus, nous lui avions fait toucher les épaules à cette femelle; on était à présent comme mariés avec elle, la lune de miel était finie (Vialar, Pt jour, 1947, p. 288).
γ) [La partie du corps qui entre en contact est précisée, en position de suj.] Doigts qui touchent qqc. La tunique en mousseline de pourpre ouvrait jusqu'à la hanche sa fente (...). Démétrios passa lentement la main par cette ouverture flottante, et ses doigts en corbeille touchèrent de leurs extrémités les contours du sein gauche en moiteur. Le mamelon se dressa dans la paume (Louÿs, Aphrodite, 1896, p. 92).Après avoir monté à tâtons une vingtaine de marches, nos mains touchent une porte; ne trouvant pas de sonnette, je gratte doucement (A. France, Vie fleur, 1922, p. 300).
Au fig. Depuis qu'il l'aimait, disait-il, il allait si léger et soulevé d'une telle allégresse que ses pieds ne touchaient plus la terre (A. France, Lys rouge, 1894, p. 308).
b) En partic. [Le suj. désigne une pers.]
α) Examiner, explorer à l'aide de la main, des doigts pour identifier par le contact quelqu'un ou quelque chose, pour en apprécier la consistance, l'état, la température. Synon. palper.Est-ce toi, Bertholin? est-ce toi?... Laisse-moi toucher ta figure, Bertholin n'a pas de barbe; oh! si j'étais trompée! (Borel, Champavert, 1833, p. 21).Elle me fait toucher sa robe, pour me montrer combien elle est solide (Breton, Nadja, 1928, p. 90).
Loc. fig. Toucher du doigt. Être près, proche de quelque chose. Toucher du doigt le but, la fin. J'accomplissais le rêve de toute ma vie [en faisant ce voyage en Espagne], je touchais du doigt un de mes désirs les plus ardemment caressés (Gautier, Tra los montes, 1843, p. 145).
P. ext. Avoir une perception claire, évidente. Dégoût de la vie (...).Toute ma journée dévorée par des séances stériles. Touché du doigt tous mes ennuis (...). Le sentiment de l'irrémédiable brise les ressorts de la volonté (Amiel, Journal, 1866, p. 267).Une bonne assemblée sera bien forcée d'examiner nos plaintes (...), de voir et de toucher du doigt l'inégalité de nos charges (Sand, Souv. de 1848, 1876, p. 48).
Faire toucher du doigt; faire toucher au doigt et à l'œil (vx). Démontrer, convaincre par des preuves tangibles. Je ferai toucher au doigt et à l'œil les conséquences terribles du système des intérêts révolutionnaires, pris pour base de l'administration (Chateaubr., Mél. pol., t. 2, 1816, p. 128).Il faut (...) désabuser le peuple (...), l'agiter, l'émouvoir, lui montrer les maisons vides, lui montrer les fosses ouvertes, lui faire toucher du doigt l'horreur de ce régime-ci [de Louis Bonaparte] (Hugo, Nap. le Pt, 1852, p. 66).
Absol. Utiliser le tact, le sens du toucher. Voir, entendre, toucher; avoir besoin de toucher. (Dict. xixeet xxes.).
MÉD. Examiner au moyen du toucher. On touchera la femme de temps à autre seulement, pour juger des progrès du travail, et de la marche de la tête de l'enfant. On évitera (...) surtout de (...) porter plusieurs doigts sans nécessité dans le vagin. Des attouchemens fréquens (...) sont inutiles (Baudelocque, Art accouch., 1812, p. 203).
β) Avoir fréquemment quelque chose entre les mains et s'en servir, l'utiliser avec dextérité. Synon. manier, manipuler. (Dict. xixeet xxes.).
Loc. Ne jamais, ne pas, ne plus toucher qqc. Ne pas, ne plus pratiquer une activité en relation avec l'objet désigné. Redoutant l'hérédité de son grand-père Tonneau, il s'était juré de ne jamais boire une seule goutte de vin et de ne jamais toucher une carte (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 220).Les opinions politiques d'Alain! Je te demande un peu si elles valent la peine qu'on s'en irrite! Pour moi surtout qui n'ai touché de ma vie un bulletin de vote (Mauriac, Mal Aimés, 1945, iii, 1, p. 223).
En partic. Porter la main sur les touches, sur les cordes d'un instrument de musique pour en tirer des sons. L'artiste touche le clavier de la main gauche et glisse l'archet de la main droite sur les cordes (Maugin, Maigne, Nouv. manuel luthier, 1929 [1869], p. 321).[Le compl. désigne un instrument de mus.] Jouer. Toucher du clavecin, du luth, de l'orgue; toucher joliment d'un instrument de musique. [Le curé] avait du goût pour la musique et touchait agréablement de l'harmonium poussif (Arnoux, Zulma, 1960, p. 20).P. méton. Jouer, exécuter. Toucher un air, un morceau de musique. Je prie Eugénie de me chanter une romance, de me toucher quelque chose sur le piano (Kock, Cocu, 1831, p. 110).
Au fig., fam. Toucher la/une corde (sensible), toucher la grosse corde (vx). Aborder, devant quelqu'un, un sujet auquel il est particulièrement sensible, qui lui tient à cœur. Le général: (...) vous n'avez pas de petits-enfants, vous? La baronne: (...) je dois vous prévenir que si vous touchez cette corde-là, vous allez avoir le vilain spectacle d'une vieille femme en pleurs (Feuillet, Scènes et com., 1854, p. 207).
γ) Porter, poser la main sur quelqu'un, quelque chose. (Dict. xxes.).
Loc. fig. Toucher du bois*.
En partic. fréq. au passif. [Le suj. et le compl. désignent une pers.] Appliquer un coup avec violence. Synon. frapper.Toucher qqn à l'arcade (sourcilière), au menton, au visage; toucher qqn du gauche. Genero est touché (...). Il va à terre (L'Auto, 3 août 1933, p. 2 ds Grubb Sports 1937, p. 74).Lorsqu'il était touché, (...)M. Cerdan (...) touchait alors sous tous les angles (L'Équipe, 29 sept. 1969ds Petiot 1982).
P. anal. Atteindre en ayant un effet nuisible, néfaste. Selon l'expression de ses amis (...) Mouret « était touché ». Ses cheveux avaient grisonné en quelques mois, il fléchissait sur les jambes (Zola, Conquête Plassans, 1874, p. 1042).Ma parole, je pers la boussole (...) Je sais bien que je suis touché puisque je ressens ma fatigue jusque dans les moelles. Mais, tout de même, avoir dormi 24 heures sans s'en rendre compte, sans le savoir, ça c'est très grave (Cendrars, Moravagine, 1926, p. 181).
δ) Au fig. Toucher un mot, quelques mots de qqc. à qqn. Échanger (quelques paroles) incidemment avec quelqu'un sur un sujet précis; parler d'une question succinctement, sans s'étendre. Tous les soirs, il s'empare de mon journal (...). Je t'avoue que ça me prive; et, si tu pouvais lui en toucher un mot... sans que cela ait l'air de venir de moi! (Labiche, Deux timides, 1860, 3, p. 162).
2. [Le suj. désigne un animé qui entre en contact indirect avec ce que désigne le compl.]
a) Toucher qqn/qqc. + compl. de moyen.Entrer en contact avec quelqu'un, quelque chose à l'aide d'un intermédiaire. Toucher qqn/qqc. du bout d'une baguette, d'un bâton. Le shérif m'avait touché de sa canne d'ébène en signe de prise de possession (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 136).
BIJOUT. Toucher de l'or, de l'argent. Contrôler le titre d'un objet d'or, d'argent en l'éprouvant à l'aide de la pierre de touche. (Dict. xixeet xxes.).
En partic. Conduire le bétail à l'aide d'un fouet, d'un aiguillon. Le père Caillaud, de la Priche, lui offrit d'en prendre un [des bessons] pour toucher ses bœufs (Sand, Pte Fad., 1849, p. 20).
Spécialement
ESCR. Atteindre, suivant les règles, un adversaire avec le fleuret, l'épée ou le sabre. Ma pointe voltige: une mouche! Décidément... c'est au bedon, Qu'à la fin de l'envoi, je touche (Rostand, Cyrano, 1898, i, 4, p. 47).
TENNIS, fam. Ne pas toucher une balle. Jouer très mal, être totalement dominé par un adversaire. (Ds Petiot 1982).
b) Atteindre par un projectile. On conte des merveilles de son adresse à tirer à balle. Sur un cheval lancé au galop, il touche un tronc d'olivier à cent cinquante pas (Mérimée, Mosaïque, 1833, p. 307).Mon adjudant a été touché une fois à la fesse, tout le monde riait (Giraudoux, Siegfried, 1928, i, 6, p. 38).
Absol. Maurice, le bras en écharpe, s'exerçait à tirer de la main gauche (...), faisait jaillir des étincelles du pavé et criait « touché » d'une voix perçante (A. France, Révolte anges, 1914, p. 370).
Au fig., empl. abs. Toucher juste. Agir de la manière la plus adéquate, dire ce qui convient précisément. Vous avez touché juste en observant dans mes œuvres les sursauts de l'âme vers le royaume peut-être chimérique de la vérité et de la liberté sans bornes (Rodin, Art, 1911, p. 251).« Le difficile », murmura-t-il, « c'est de ne pas avoir l'air de céder à Antoine. » Il vit qu'il avait touché juste (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 738).
c) Au fig. Entrer en rapport avec quelqu'un à l'aide d'un support intermédiaire (lettre, appel téléphonique); p. ext., prendre contact avec quelqu'un par n'importe quel moyen. Synon. atteindre, joindre.[Rambert] avait décidé de partir. Comme il était recommandé (dans son métier, on a des facilités), il avait pu toucher le directeur du cabinet préfectoral (Camus, Peste, 1947, p. 1285).J'avais pris une journée de congé et j'étais allé faire du cheval chez des amis à la campagne... On a eu toutes les peines du monde à me toucher par téléphone (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 115).
[Le suj. désigne ce qui s'étend, progresse] Atteindre; se propager plus avant. Dès 1930 un grand effort fut fait pour toucher les campagnes. De nombreuses œuvres affirment la présence du christianisme au Japon (Philos., Relig., 1957, p. 54-12).
3. Vieilli, PEINT. Peindre par touches. Toucher de main de maître. Pour les arbres, il ne faut pas que le reflet soit complètement un reflet (...) quand on touche par dessus les clairs ou gris, la transition est moins brusque (Delacroix, Journal, 1854, p. 176).P. anal., littér. Décrire généralement avec talent. Tout cela [la vie d'Aurélie au pensionnat] est bien touché, pas trop appuyé, d'une grande finesse d'analyse (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 2, 1862, p. 19).
4. [Le suj. désigne une chose]
a) Entrer en contact avec quelqu'un, quelque chose au cours ou au terme d'un déplacement, d'une trajectoire. Une bombe avait touché un camion, tombé en travers du chemin (Malraux, Espoir, 1937, p. 517).
b) MAR. [Le suj. désigne un navire, une embarcation]
α) Atteindre un lieu, aborder, faire escale. Toucher un port, un rivage, la terre ferme. La flottille anglaise doit toucher après-demain la presqu'île de Quiberon (Feuillet, Bellah, 1850, p. 285).Nous étions à bord de l'Italia, le premier transatlantique italien qui (...) filait à Gênes, son port d'attache, faire le plein, touchait Marseille, Barcelone, Malaga (Cendras, Bourlinguer, 1948, p. 26).
β) Entrer en contact (volontairement ou accidentellement). Toucher le fond; toucher une roche, le sable. Le canot vint toucher les rochers (...) la chanoinesse s'élança sur le rivage (Feuillet, Bellah, 1850, p. 28).Absol. Heurter accidentellement, plus ou moins violemment avec la quille ou le fond d'un bâtiment. Un choc m'apprit que le Nautilus avait heurté la surface inférieure de la banquise (...). En effet, nous avions « touché », pour employer l'expression marine (Verne, Vingt mille lieues, t. 2, 1870, p. 154).
5. P. anal. Atteindre, parvenir à un certain niveau. Pierre monta (...) dans une voiture superbe et publicitaire qui démarra. Le compteur toucha les cent cinquante kilomètres à l'heure insensiblement, avec la nonchalance d'une trottinette (Morand, Homme pressé, 1941, p. 300).
6. Au fig.
a) [Le suj. désigne qqc. d'abstr.] Provoquer une impression affective ou intellectuelle déterminée; affecter d'une manière précise. Toucher l'âme, le cœur, l'esprit, le goût. Ce qui me terrorisait jadis ne me touche plus. J'envisage de mourir sans trembler, alors qu'autrefois la pensée de disparaître me faisait une impression (...) pénible (Green, Journal, 1935, p. 38):
2. Ce qui me touche par excellence, c'est la lutte consciente et volontaire de l'homme contre le monde, sous tous ses aspects; le mineur défonçant l'Oural et le kolkozien déniaisant le paysan pour édifier le socialisme, − ou bien Rodrigue « piochant » Hegel ou Marx, mettant patiemment de l'ordre dans les pensées (...) pour se faire une conception du monde... Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 65.
Absol. Dans ses œuvres d'orgue Reinken cherche à étonner plus qu'à toucher (Pirro, J.-S. Bach, 1919, p. 24).
[Le suj. désigne des propos, des paroles] Toucher au vif. Irriter, froisser, blesser. Ceci rappelle un mot de Bernardin de Saint-Pierre qui touche au vif Chateaubriand (Sainte-Beuve, Chateaubr., t. 1, 1860, p. 202).À la violence des épithètes qu'il me donnait, je pouvais connaître que mes raisons l'avaient touché au vif (Aymé, Vaurien, 1931, p. 16).
RELIG. [En empl. part. passé dans la loc.] Inspirer des émotions d'ordre religieux, spirituel. Je suppose que le comte a été touché par la grâce (Aymé, Cléram., 1950, iv, 10, p. 241).
b) Émouvoir en suscitant une sympathie profonde, des sentiments d'affection. La mort de Zacharie les avait emplis de pitié pour cette tragique famille des Maheu (...) la mère les touchait, cette pauvre femme qui venait de perdre son fils, après avoir perdu son mari, et dont la fille n'était peut-être plus qu'un cadavre (Zola, Germinal, 1885, p. 1557).Il y avait dans sa voix, dans son sourire, une espèce d'abandon qui aurait touché Henri, autrefois; mais depuis la crise de novembre, il avait perdu à l'égard de Dubreuilh toute chaleur de cœur (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 259).
Absol. [La beauté des pommiers en fleurs] touchait jusqu'aux larmes parce que, si loin qu'on allât dans ses effets d'art raffiné, on sentait qu'elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne comme des paysans, sur une grande route de France (Proust, Sodome, 1922, p. 781).Quand on est de plain-pied avec les hommes, il est beaucoup plus difficile de les considérer comme des fourmis: ils touchent (Sartre, Mur, 1939, p. 72).
7. [Le suj. désigne une pers.] Recevoir quelque chose de dû au terme d'un contrat.
a) [Le compl. désigne une somme d'argent] Se faire payer ou donner de l'argent, une somme d'argent. Proudhon (...) ne condamnait pas la propriété individuelle, mais voulait empêcher qu'un propriétaire touche un revenu sans travailler (Lesourd, Gérard, Hist. écon., 1968, p. 163):
3. − (...) puisque tu vas à Montsou pour la paye, rapporte-moi donc une livre de café (...) − Je te chargerais bien de passer aussi chez le boucher (...). Cette fois, il leva la tête. − Tu crois donc que j'ai à toucher des mille et des cents... La quinzaine est trop maigre avec leur sacrée idée d'arrêter constamment le travail. Zola, Germinal, 1885, p. 1282.
SYNT. Toucher une allocation, des appointements, un arriéré, un chèque, des dividendes, des droits, des gages, des intérêts; toucher son mois, des mensualités, une paie, une pension, un pourcentage, des revenus, une retraite, une ristourne, un salaire, un traitement; toucher tant par jour, par semaine, par mois; toucher de l'argent, un pourcentage sur la recette; toucher une somme d'argent.
En partic. Gagner. Toucher le tiercé, un gagnant, le gros lot. Jacques (...) avait touché un placé dans la première (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 274).
b) P. ext. Percevoir quelque chose qui est régulièrement, périodiquement attribué. Toucher une ration de pain, de tabac. Cependant, après chaque repas, quand il était à la maison, la coutume était demeurée que je touchasse mes bonbons, sauf si j'en avais été privée par punition (Barrès, Enn. Lois, 1893, p. 151).D'autres, qui ont déjà touché les nouvelles capotes bleu horizon font les farauds (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 65).
B. − [Sans idée de mouvement]
1. Être en contact avec quelque chose dans l'espace. Je viens, avec les deux [blouses de lit] d'en faire confectionner une seule (...) pour m'ensevelir. Elle a un capuchon, garni de dentelle autour, de la véritable dentelle de fil,tu sais si j'ai horreur de toucher de la dentelle de coton (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 69).
2. Au fig.
a) Avoir un rapport de parenté avec quelqu'un, avec une famille. Toucher qqn de près. La plupart de ceux qui touchaient le mort même de loin furent nommés l'un après l'autre [dans un testament] (Toulet, J. fille verte, 1918, p. 301).
b) Concerner plus ou moins directement. J'ai une explication grave et sérieuse à vous demander, une explication qui touche mon honneur! (Dumas père, Mllede Belle-Isle, 1839, iii, 3, p. 58).Cette personne indifférente à tout ce qui ne constitue pas son étroit univers, à tout ce qui ne la touche pas directement, ne connaît aucune des lois de la « gens » (...). Ce n'est pas de sa part bienveillance ou sympathie naturelle: elle ne pense jamais aux autres, fût-ce pour les haïr (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 127).
En ce qui touche. En ce qui concerne. Synon. touchant2.Les peuples ne sont pas plus que les hommes disposés à reconnaître et à confesser le vrai en ce qui touche leurs propres intérêts (A. de Broglie, Diplom. et dr. nouv., 1868, p. 30).
II. − Empl. trans. indir.
A. − Entrer en contact avec.
1. [Le suj. désigne un animé]
a) Toucher à qqc.
α) Porter la main sur quelque chose; prendre quelque chose pour le déplacer, le manipuler. Ce bon Fleury est venu me voir avec un diable d'enfant qui touchait à tout (Delacroix, Journal, 1847, p. 183).En entendant du bruit dans son bureau, j'ai entrebâillé la porte et j'ai vu Marie penchée sur des feuillets manuscrits.Qu'est-ce que vous fabriquez? (...) Je vous ai dit de ne jamais toucher à ces papiers (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 161).
Rare. [Le suj. désigne un animal] Un déclic doit se produire si l'animal touche à la proie proposée, et derrière lui s'abattra aussitôt une sorte de couperet de bois pour fermer le pertuis à ras du sol (Gide, Journal, 1938, p. 1302).
Loc., vx. [Pour conclure un marché; en signe d'accord, d'amitié] Toucher à qqn dans la main; toucher dans la main de qqn. (Dict. xixeet xxes.).
Empl. abs. Touche-là! Synon. tope-là.Touchez-là, vous avez la parole d'un homme qui n'a jamais failli à celle qu'il a donnée (Balzac, Marâtre, 1848, iii, 6, p. 90).
β) [Souvent en parlant d'un enfant] Faire usage de quelque chose, utiliser quelque chose sans y être autorisé. La mère parlant (...) de son enfant, de sa manie de toucher aux allumettes, de sa crainte qu'il n'incendiât la maison (Goncourt, Journal, 1894, p. 552).
P. ell., pop. [Pour interdire de toucher à qqc.] Pas touche! pas touche, bébé! (Dict. xxes.).
γ) Prélever une partie de quelque chose, entamer quelque chose. Toucher à son argent, à ses bénéfices, à son capital. [Auguste] est resté quinze ans petit employé de commerce, avant d'oser toucher à ses cent mille francs (Zola, Pot-Bouille, 1882, p. 120).
En partic. [Le compl. désigne une nourriture, une boisson; fréq. dans des phrases nég.] Le bouillon sifflait dans les cuillers. Ensuite, vint le bouilli. Chanteau, très gourmand, y toucha à peine, se réservant pour le gigot (Zola, Joie de vivre, 1884, p. 817).Je la trouvais bouleversée, se refusant à toucher à un seul plat du repas (Céline, Voyage, 1932, p. 64).
δ) [Le compl. désigne une activité, un objet spécifique à cette activité] Ne jamais/ne pas toucher à qqc. Ne pas se servir de quelque chose, ne pas se livrer à une activité. Jamais dans la maison on ne touche à une aiguille (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p. 31).
b) Toucher à qqn.Porter la main sur quelqu'un avec une certaine violence. Loc. pop. Touche pas à mon pote. (Dict. xxes.).
[P. méton.] Toucher à un cheveu (de la tête) de qqn. Malmener, maltraiter. Si j'apprends qu'on a seulement touché à un cheveu de sa tête, j'en fais mon affaire personnelle. Mettez-vous ça sous la casquette (Aymé, Uranus, 1948, p. 40).
En partic. Avoir des relations sexuelles avec quelqu'un. Il se révoltait, il voyait rouge à la pensée que Philippe pourrait un jour toucher à cette femme (Zola, Nana, 1880, p. 1370).Je n'ai pas l'habitude de refuser ce qu'on m'offre et voilà six mois que je n'ai pas touché à une femme (Sartre, Mains sales, 1948, 6etabl., 3, p. 239).
c) Au fig. [Le compl. désigne qqc. d'abstr.]
α) S'intéresser à quelque chose dans la perspective d'en faire l'étude, d'en parler; traiter de quelque chose, d'un sujet. Ce dictateur s'agite, rendons-lui cette justice (...). Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets; ne pouvant créer, il décrète (Hugo, Nap. le Pt, 1852, p. 54).J'ai relu ces vacances L'Ennemi des lois de Barrès (...) que cela m'a paru léger! Qui oserait aujourd'hui toucher à Fourier ou à Saint-Simon avec si peu de sérieux! (Mauriac, Mém. intér., 1959, p. 212).
β) Apporter des modifications, des corrections; en partic., modifier en portant atteinte, en dégradant quelque chose. Toucher à un texte, à un vers; toucher à une loi, aux libertés, au droit de grève. La femme a traîné quelque temps (...) n'osant plus sortir, dans la certitude obstinée qu'on assassinait au coin des rues, depuis le jour où l'on avait touché à la rente (Zola, Travail, t. 2, 1901, p. 279).
[Le compl. désigne une pers. en tant qu'ayant un certain comportement, certaines qualités ou caractéristiques morales, intellectuelles, certains traits de caractère] Critiquer quelqu'un. Malheur à qui touche à ma mère, je n'ai plus alors de scrupules! Si je le pouvais, j'écraserais cette femme comme on écrase une vipère (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 366).Coryse s'écria, fâchée qu'on touchât au vieil abbé qu'elle aimait beaucoup.Encroûté!... lui!... jamais de la vie! (Gyp, Mariage Chiffon, 1894, p. 71).
Loc. fam. Ne pas avoir l'air d'y toucher; sans avoir l'air d'y toucher. Dire ou faire quelque chose en adoptant un air faussement ingénu. Pendant le dîner, sans avoir l'air d'y toucher (...) tout en vidant quelques coupes joyeuses (...) Je serais bien aise de vous voir entreprendre ce garçon (Musset, On ne badine pas, 1834, i, 2, p. 9).Pauliet était habile et avec son air de n'y pas toucher il avait l'art de poser les questions (Jouve, Scène capit., 1935, p. 219).
2. [Le suj. désigne un animé ou un inanimé] Atteindre, approcher de très près.
a)
α) [Le compl. désigne un lieu, un point dans l'espace] Toucher à son port d'attache. Des paquebots partent régulièrement chaque mois d'Albion, et vont toucher aux différents points des colonies espagnoles (Chateaubr., Congrès Vérone, t. 2, 1838, p. 258).
Au fig. Toucher au but. Atteindre l'objectif fixé, le terme d'une entreprise. Ce n'est pas vrai que je sois content, ce soir (...) je ne me sens plus la force de te faire du mal... Mais nous touchons au but, je te jure. Tout sera bientôt liquidé, réglé (Mauriac, Mal Aimés, 1945, ii, 6, p. 198).Hilbert et son école (...) croyaient toucher au but et démontrer, non seulement la non-contradiction de l'arithmétique, mais aussi celle de la théorie des ensembles (Bourbaki, Hist. math., 1960, p. 63).
β) [Le compl. désigne un état physique ou mor.] Toucher au bonheur; toucher au bout de ses souffrances. Je crois toucher au bout de mes forces (Bordeaux, Fort de Vaux, 1916, p. 266).
b) [Le compl. désigne un point dans le temps] Toucher à son terme, à son heure dernière. L'insurrection de Paris touche à sa fin. Les affaires ont l'air de reprendre à Rouen (Flaub., Corresp., 1871, p. 271).Marianne: (...) Élisabeth touche à la trentaine sans en avoir l'air. Rose: Pour cela non, elle n'en a pas l'air (Mauriac, Mal Aimés, 1945, i, 1, p. 157).
B. − Être en contact avec.
1. Être contigu, attenant. Il (...) court au cimetière, qui touche à notre maison et qu'un mur sépare du jardin (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 225).Cette robe, très ample et qui touche presque à terre, me paraît bien gênante au début (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 158).
2. Être lié par des rapports de parenté. Je croyais que vous touchiez aux Montgommeri par le cœur, comme par le nom (Labiche, Prix Martin, 1876, i, 4, p. 20).
3. [Le compl. désigne qqc. d'abstr.]
a) Concerner. Sa confiance (...) demeurait intacte sur les questions vraiment philosophiques: celles qui touchent à la constitution, aux facultés, à la destination, de l'homme (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p. 229).Les étranges conditions de sa vie font de lui [Flaubert] le plus aveugle bonhomme pour tout ce qui ne touche pas à l'art et au style (Mauriac, Trois gds hommes dev. Dieu, 1947, p. 163).
b) Être presque assimilable à quelque chose. C'était un honnête gentilhomme (...) riche et d'une ancienne famille, mais d'une simplicité d'esprit qui touchait à l'idiotisme (Feuillet, Sibylle, 1863, p. 8):
4. Comme la tragédie fait à l'histoire et à la psychologie, le genre cosmogonique touche aux religions, avec lesquelles il se confond par endroits, et à la science, dont il se distingue nécessairement par l'absence de vérifications. Valéry, Variété[I], 1924, p. 136.
III. − Empl. pronom.
A. − Être en contact, être près l'un de l'autre. Les portes et les fenêtres des sept ateliers voisins se touchent sur la courette où nous sommes (Jacob, Cornet dés, 1923, p. 169).
Au fig. Être très proche, se ressembler. Il n'y a pas de hasard dans les lectures. Toutes mes sources se touchent: Pascal, Racine, Gide. Les siècles n'y font rien. C'est la même nappe souterraine (Mauriac, Mém. intér., 1959, p. 173).
B. − Fam. Se masturber. Elle vous raconte avec un petit ton calme qu'elle a des envies de se tuer pour être tranquille, (...) qu'elle se touche quatorze fois par jour (Janet, Obsess. et psychasth., t. 2, 1903, p. 26).Le collégien qui se touche Évoquant tes fesses et tes seins En apprenant l'histoire de France (Prévert, Paroles, 1946, p. 250).
REM. 1.
Touchement, subst. masc.,vx ou littér. Action de toucher. L'important n'est pas de vivre, mais de mourir et d'être consommé! Et de savoir en un autre cœur ce lieu d'où le retour est perdu, Aussi fragile à un touchement de la main que la rose qui s'évanouit entre les doigts! (Claudel, Cantate, 1913, p. 329).
2.
Touche-pipi, subst. masc. inv.,fam. Attouchements réciproques des zones érogènes. Jouer à, jeu de touche-pipi. Nous lisions souvent ensemble, des poètes de l'amour courtois, mais souvent nous n'allions pas plus loin pour faire une partie de touche-pipi (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 81).
3.
Touche-touche (à), loc. adv.,fam. De façon très rapprochée, côte à côte. Var. à tout-touche. (Ds Rob. 1985). Mêmes échoppes minuscules installées à touche-touche (Druon, Roi de fer, 1955, p. 52).
4.
Touchoter, verbe trans.Manipuler maladroitement, toucher légèrement; effleurer. En voyant touchoter avec des doigts si bêtes mes bibelots par ce joli petit animal qui s'appelle Mmede Bonnières, j'étais furieux de montrer ces choses à pareille femmelette (Goncourt, Journal, 1886, p. 570).
Prononc. et Orth.: [tuʃe], (il) touche [tuʃ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1reSection. Trans. dir. I. Entrer en contact avec A. Suj.: être animé ou telle partie de son corps 1. ca 1100 « entrer en contact avec quelqu'un ou quelque chose par l'intermédiaire d'un objet, d'un instrument » (Roland, éd. J. Bédier, 1316: Deus le guarit, qu'el cors ne l'ad tuchet); 1130-40 (Wace, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 694: Dame [...] ne t'ous tocher); 2. ca 1100 « faire avancer des bêtes » (Roland, 861: sur un mulet, od un bastun tuchant); fin xiiies. (Perrot de Neeles, éd. L. Jordan, 44 ds T.-L.: touce des esperons le boin ceval); 3. a) 1121-34 « entrer en contact avec quelqu'un ou quelque chose par quelque partie du corps » (Philippe de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 912: veeir, oïr, parler, tuchier e odurer); ca 1145 (Wace, Conception ND, éd. W. R. Ashford, 1710: le raim tochierent); b) ca 1145 « avoir des rapports sexuels avec » (Id., ibid., 537: ja ne sera d'ome tochiee); c) ca 1300 ne pas toucher (à) terre « marcher, courir, danser avec légèreté, rapidité, aisance » (Guillaume de Saint-Pathus, Miracles de Saint-Louis, éd. P. B. Fay, p. 124: il sembloit que ele ne touchast a terre); 1655 (Cyrano de Bergerac, Les Estats et empires de la lune, éd. F. Lachèvre, p. 10: je ne touchois presque point à la terre); 1732 (Lesage, Gil Blas, éd. Étiemble, p. 839: à peine touchions nous la terre); d) 1456 toucher la main à qqn (en signe de salut, d'amitié) (Antoine de La Sale, Jehan de Saintré, éd. J. Misrahi et Ch. A. Knudson, p. 120: lui toucha la main); ca 1470 toucher qqn en la main (G. Chastellain, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t. 4, p. 385); ca 1485 touchez là! (Mistere du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 17709: touchez la); e) 1539 toucher du bout du doigt/des doigts (Est., s.v. doigt); 1576 faire toucher du doigt (Larivey, Facétieuses nuits de Straparole, 7enuit, fable 4, fo83 vo: je vous feray [...] toucher au doigt vostre tort); f) 1774 fig. toucher le fond de (Beaumarchais, Mém. contre Goëzman, éd. 1828, p. 308: ceci ne touche pas le fond de la question); g) α) 1877 en parlant de quelqu'un qui est vaincu à la lutte (A. Daudet, Nabab, p. 113: je suis à terre [...] les épaules ont touché); β) 1900 fig. (Barrès, Appel soldat, p. 439: un terrain qu'il touche de ses deux épaules); 1906 (Id., Cahiers, t. 4, p. 266: toucher terre); h) 1882 toucher du fer (par superstition) (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Oncle Sosthène, p. 21); 1904 toucher du bois (Bataille, Maman Colibri, III, 4, p. 21); 4. a) ca 1138 « aborder un sujet, une question; mentionner » (Geoffroi Gaimar, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 1637: tucher m'estuet [empl. intrans.]) , 1241-57 (St François, éd. A. Schmidt, 1235 ds T.-L.: touche tout son porpos); b) 1286-1316 toucher un mot (Jean Maillard, Roman du Comte d'Anjou, éd. M. Roques, 4724: Mez onques mot ne li toucha); 5. 1176 « contrôler le titre d'un objet en or » (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 4202: por ce toche an l'or a l'essai); 6. a) ca 1200 « jouer d'un instrument de musique » (Renart, éd. E. Martin, branche IX, 662: cor tocher); b) 1553 « jouer (un air, un morceau de musique) » (La Bible, impr. J. Gérard, I Cor. 14b ds FEW t. 13, 2, p. 9b); c) 1579 toucher une mauvaise corde (Larivey, Vefve ds Anc. Théâtre fr., t. 5, p. 121: vous lui touchiez une trop mauvaise corde); 1774 toucher la corde sensible (J. de Lespinasse, Lettres à M. de Guilbert, éd. E. Asse, p. 94); 7. a) 1311 « recevoir (une somme d'argent) » (Texte ds Mém. de la Sté de l'hist. de Paris, t. 30, p. 223 ds Fonds Barbier: recevoient et touchoient [...] quarante livres), attest. isolée; à nouv. 1578 (Ronsard, Œuvres compl., éd. P. Laumonier, t. 17, p. 394: la main [...] aura le pris touché); 1585 (Lettres missives de Henri IV, t. 3, p. 70 ds Gdf. Compl.: touchent argent); b) 1807 p. ext. « recevoir (notamment dans le vocabulaire militaire) » (Courier, Lettres Fr. et Ital., p. 740: je ne touche aucune ration); 1892 (Zola, Débâcle, p. 1: toucher les vivres); 8. a) 1547 « atteindre avec un projectile » (N. Du Fail, Propos rustiques, éd. J. Assézat, t. 1, p. 20: que je touche le blanc [ici au fig.: que j'aille droit au but]); 1636 (Monet : il a touché le blanc); b) 1846 fig. toucher juste « atteindre son but » (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, p. 146); av. 1860 (Lamartine, s. réf. ds Dochez 1860); c) 1872 escr. « atteindre (son adversaire) » (Littré); av. 1876 (G. Sand, s. réf. ds Guérin 1892); 9. a) 1610 « palper, explorer avec la main un objet pour en reconnaître la forme, la nature, les caractéristiques » (D'Urfé, Astrée, t. 2, p. 254: voulurent toucher le charbon pour sçavoir s'il estoit chaud); b) 1812 méd. « examiner au moyen du toucher vaginal » (Baudelocque, loc. cit.); 10. a) 1621 peint. (R. François, Essay des Merveilles de Nature, p. 202 ds Brunot t. 6, p. 689, note 11: le Peintre touche bien, c'est-à-dire, fait bien la carnation du nud); b) 1662 p. ext. litt. « exprimer, décrire (par l'écriture) » (Molière, Les Fâcheux, avertissement, éd. R. Bray, t. 2, p. 152: toucher [...] un petit nombre d'Importuns); 11. 1623 « atteindre un lieu par mer, y aborder » (Sorel, Les Nouvelles fr., p. 142: ils toucherent la terre); 12. av. 1964 « prendre contact, entrer en rapport avec quelqu'un » (J. Romains, s. réf. ds Lar. encyclop.). B. Suj.: être inanimé 1. ca 1140 « rencontrer, atteindre, heurter » (Voyage Charlemagne, éd. G. Favati, 549: [arme] qui m'a[i]t en char tuchet); 2. ca 1160 fig. « éprouver, altérer » (Troie, éd. L. Constans, 1353: quant ire e mautalenz les toche); 1550 (Ronsard, op. cit., t. 1, p. 254: le tens qui encor ne nous touche); 3. 1539 fig. « atteindre, gagner (en parlant de ce qui s'étend, progresse) » (Est., s.v. ville: ville ferue et touchee de rage); 4. 1642 mar. « atteindre (une terre, un port) » (Oudin Fr.-Ital.: toucher terre); 5. 1874 « parvenir à son destinataire (en parlant d'une correspondance, d'une communication) » (Gazette des tribunaux, 16-17 nov., p. 1103c ds Littré Suppl. 1877: n'ont pas été touchés par la notification). C. 1. a) Ca 1150 « affecter; faire une impression sur (dans le domaine affectif) » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 5940: l'amour de lui au cuer li touche); 1540 (Amadis de Gaule, 1erlivre, éd. H. Vaganay-Y. Giraud, p. 285: son frere et Olinde estoient touchez par grand amour l'ung de l'aultre); b) ca 1485 relig. (Mistere du Viel Testament, 28473: ma grace touche [...] ceulx qu'i me plait); 2. mil. xves. « émouvoir » (P. Crapillet, Trad. du « Cur Deus homo », éd. R. Bultot et G. Hasenohr,347: il vient pour toy touchier); 1567 (Ronsard, op. cit., t. 14, p. 157: toucher [...] mon ame); 1571 (Id., ibid., t. 15, p. 302: nul ne peut par larmes la toucher [la mort]); 3. ca 1470 fig. toucher au vif (G. Chastellain, op. cit., t. 5, p. 184: quand ce vint à toucher au vif du cas); 1559 (Amyot, Vies des hommes illustres, Pélopidas, fo202 vo: cette parole toucha au vif Thebe); ca 1485 sens propre (Mistere du Viel Testament, 28427: que noz ennemis on touche au vif). II. Être en contact avec. 1. ca 1270 « avoir à faire avec, concerner » (Seneschaucie, éd. D. Oschinsky, 1971, 47 ds Möhren Landw. Texte 1986, p. 258: choses ke touchent sa baillie); 1400-17 expr. en ce qui touche « en ce qui concerne » (Nicolas de Baye, Journal, éd. A. Tuetey, t. 1, p. 8); 2. 1579 toucher de près qqn « être son proche parent, son allié » (Larivey, Laquais ds Anc. Théâtre fr., t. 5, p. 80: ce qui vous touchoit de plus près [votre fille]); 1588 « avoir un lien de parenté » (Montaigne, Essais, III, 9, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 968: ceux qui me touchent); 3. 1580 « être en contact avec quelque chose dans l'espace; être contigu » (Id., ibid., I, 31, p. 204: cette Isle [...] touchoit quasi l'Espaigne). 2eSection. Trans. indir. I. entrer en contact avec A. toucher à quelque chose ou quelqu'un (suj.: être animé) 1. ca 1145 « porter la main sur » (Wace, Conception ND, 1693: toche a la biere de tes mains); 2. 1283 fig. « s'occuper de quelque chose, en aborder l'étude, en parler » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, 19: des biens qui pueent venir au baillif [...] toucherons nous un petit briement); 3. a) ca 1360 « porter atteinte à » (Froissart, s. réf. ds Dochez 1860: que le dépit et l'outrage [...] touchoit trop grandement à la majesté royale); b) 1450-65 y toucher « être mêlé à quelque chose » (Charles d'Orléans, Poés., éd. P. Champion, p. 360: Soubz visieres de Semblant qu'on n'y touche); 1834 (Musset, loc. cit.); c) 1538 « porter atteinte à quelque chose, y introduire des modifications, des corrections, des restrictions, etc. » (Est. ds FEW t. 13, 2, p. 6a); 1539 (Est.: on n'a point touché aux temples [...] il ne toucha a la ville); 4. a) 1539 « prendre, prélever une partie de quelque chose » (Est.: ne toucher au tribut, ne l'accroistre ne diminuer); b) 1564 ne pas toucher à une nourriture, une boisson (Ronsard, op. cit., t. 12, p. 149: ma levre au gobelet n'a touché pour y boire; p. 216: je suis Tantale [...] qui ne puis toucher Au doux fruit que je sens sur ma levre aprocher); 1580 (Montaigne, op. cit., I, 34, p. 220: qu'on n'auroit pas touché à sa bouteille); 1588 (Id., ibid., III, 13, p. 1101: je n'y toucheray point [à un mets]); 5. 1797 « faire usage de quelque chose » (Sénac de Meilhan, Émigré, p. 1740: toucher à un pistolet). B. Toucher à quelque chose (arriver, parvenir à) 1. 1176-81 « arriver à tel lieu, en être tout proche » (Chrétien de Troyes, Chevalier Charrette, éd. M. Roques, 6440: ele i toche [à la tour]); 1170-83 fig. (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 446: en la veie esteit de pechié, Mais n'i aveit uncor tuchié); 1547 fig. toucher au but (N. Du Fail, Propos rustiques, éd. J. Assézat, t. 1, p. 123); 1655 fig. toucher au port (Cyrano de Bergerac, Les Estats et empires du soleil, éd. F. Lachèvre, p. 188); 2. a) 1635 « parvenir à telle époque, à tel événement » ici, trans. dir. (Corneille, Médée, V, 4: ce royal hyménée Dont nous pensions toucher la pompeuse journée!), 1659 (F. de Boisrobert, Epistres en vers, éd. M. Cauchie, t. 2, p. 163: je touche à mon climaterique); b) 1673 toucher à son heure dernière, à sa fin, etc. « être près de mourir » (Racine, Mithridate, V, 4: le Roi touche à son heure dernière); 1677 (Id., Phèdre, I, 2: la Reine touche presque à son terme fatal); 1763 (Voltaire, Hist. de l'Empire de Russie, t. 2, p. 168: Mmede Maintenon [...] touchait à sa fin); c) 1733 toucher au terme (Marivaux, Heureux stratagème, éd. F. Deloffre, p. 93: nous touchons au terme); 1736 toucher à la fin (Destouches, Le Dissipateur, éd. 1757, p. 72: nous touchons à la fin des deux ans de veuvage); 1739 toucher à sa fin (Prévost, Le Philosophe anglois, éd. 1777, t. 5, p. 23: [mes peines] touchoient à leur fin). II. Être en contact avec 1. a) ca 1150 « être en contact avec, être attenant, contigu » (Thèbes, éd. L. Constans, 3854: les manches [...] a terre tochent); b) ca 1345 « être presque au contact de quelque chose » (Isopet-Avionnet, éd. J. Bastin, t. 2, p. 249: si que aus oreille leur touche [la bouche]); 2. 1267 « avoir un rapport avec, concerner » (Bonne-Nouv., KP3A, A. Loiret ds Gdf. Compl.: en tant comme a lui tuiche); 1283 (Philippe de Beaumanoir, op. cit.,57: querele qui touche a la persone; § 553 [var.]: chose qui touche a proprieté); 3. 1567 « être lié à quelqu'un par le sang ou par alliance » (Ronsard, op. cit., t. 14, p. 174: ceux qui luy touchoient); 4. 1739 fig. « être très voisin de, être presque assimilable à » (Prévost, op. cit., p. 10: si le bonheur touche de si près à la peine). 3eSection. Intrans. 1. apr. 1515 mar. « heurter de la quille le fond ou un ouvrage » (E. de La Fosse, Voyage, p. 9 ds Gdf. Compl.: nous touchasmes en glisçant sur une roche); 1529 − mil. xvies. ([J. Crignon], Le Discours de la navigation de Jean et Raoul Parmentier de Dieppe, éd. Ch. Schefer, 1883, p. 5); 2. 1964 pêche « mordre à l'hameçon » (Lar. encyclop.). 4eSection. Pronom. 1. av. 1558 [éd. 1574] « être en contact, être tangents » (Mellin de Saint-Gelais, Œuvres compl., éd. P. Blanchemain, t. 1, p. 202: espics [de blé] non se touchans); 1580 (Montaigne, op. cit., II, 12, p. 571: ne pouvoir jamais [...] arriver à se toucher [il s'agit de l'hyperbole]); 2. 1657-62 fig. « avoir des rapports étroits, des points communs » (Pascal, Pensées, éd. L. Lafuma, no83, p. 509: les sciences ont deux extrémités qui se touchent); 1751 se toucher de près (Crébillon fils, Ah quel conte, éd. 1779, p. 250); 1755 expr. les extrêmes se touchent (Mirabeau, L'Ami des hommes, éd. 1756, t. 1, p. 328); 3. 1655 « se masturber » (Cyrano de Bergerac, op. cit., p. 66: quand je me touche par la pièce du milieu); 1766 (Buffon, Hist. nat., t. 14, p. 135: [le babouin] est insolemment lubrique, et affecte [...] de se toucher). D'un lat. pop. *toccare « heurter, frapper », propr. « faire toc », issu du rad. onomat. tok évoquant le bruit sec produit par le choc de deux objets durs (v. Schuchardt ds Z. rom. Philol. t. 22, p. 397 et t. 23, p. 331; EWFS; FEW t. 13, 2, pp. 14-16, s.v. tokk-). Cf. toc, tocsin, toquer et les correspondants de toucher dans les autres lang. rom.: esp., port., cat., a. prov. tocar, prov. touca, ital. toccare, roum. toca. Fréq. abs. littér.: 14 693. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 20 052, b) 21 116; xxes.: a) 20 857, b) 21 514. Bbg. Neue Beiträge zur rom. Etymologie... Heidelberg, 1975, pp. 266-279. − Nicholson (G.-G.). Ét. étymol. R. Ling. rom. 1929, t. 5, pp. 32-40. − Quem. DDL t. 10, 19, 40.

TOUCHER2, subst. masc.

A. − Un des cinq sens comprenant différentes classes de sensations (cutanées, kinesthésiques, thermiques, etc.), qui permet d'apprécier la consistance des objets et d'effectuer leur exploration par palpation. Synon. tact.Toucher actif, passif; délire, illusions, obsession du toucher; organe, récepteurs, sensation du toucher. Il y a (...) dans le toucher deux phénomènes: conscience du toucher de la peau, conscience de l'effort musculaire; d'où la perception des corps sous ce double rapport. Ce sens nous donne encore l'idée des formes (Broussais, Phrénol., leçon 14, 1836, p. 482).On veut montrer que le toucher n'est pas spatial par lui-même, qu'on essaye de trouver chez les aveugles ou dans les cas de cécité psychique une expérience tactile pure et de montrer qu'elle n'est pas articulée selon l'espace (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 251).
B. −
1. [Corresp. à toucher1I A 1 b α] Usage du sens du toucher; action, manière de toucher. Délicatesse du toucher; toucher délicat, doux. Encadrés dans des échafaudages blancs, les ouvriers manient des objets grisâtres et fragiles avec des gestes délicats, très rapides, un toucher presque féminin (Chardonne, Dest. sent., II, 1934, p. 177).Angélina (...) regardait (...) cette grande main d'homme, déliée et puissante, tout à la fois souple et forte, une main qui semblait douce au toucher et en même temps ferme et blonde comme le cœur du chêne (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 65).
2. Sensation, impression tactile produite par un corps que l'on touche. Toucher doux, granuleux, moelleux, rude, soyeux, velouté. Les graphites naturels ont un toucher gras (Coffignier, Coul. et peint., 1924, p. 494).Ses mains, on s'y attachait tellement qu'il fallait faire effort pour les lui rendre (...) après le chaud toucher de la peau, il y avait le mouillé des ongles. Assujettissant contact (Morand, Champions du monde, 1930, p. 101).
C. − Spécialement
1. MÉD. Procédé d'examen des cavités naturelles à l'aide d'un ou de plusieurs doigts. Synon. palpation.Toucher buccal, rectal, rhino-pharyngé, vésical. [La symphyse du pubis] peut ainsi effectuer de véritables mouvements de chevauchement qu'on suit assez aisément en pratiquant le toucher vaginal sur la femme debout (G. Gérard, Anat. hum., 1912, p. 169).
2. MUS. [Corresp. à toucher1I A 1 b β] Manière de jouer d'un instrument de musique à clavier ou à cordes, spécifique à un musicien. Toucher délicat, doux, vigoureux; variété de touchers; toucher du clavier. Il convient d'étudier le toucher en même temps que le doigté (Selva, Techn. piano, 1908, p. 2).J'aimais à la folie le toucher d'Annalena. Si surprenante que fût l'habileté qu'elle y montrait, jamais je n'y trouvai l'occasion de douter de la sincérité de son émotion. La belle musicienne avait l'âme fort sensible et l'agilité de ses mains angéliques ne ressemblait en rien à l'adresse irritante et vulgaire des virtuoses (Milosz, Amour. init., 1910, p. 166).
Prononc. et Orth.: [tuʃe]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) mil. xiies. « un des cinq sens » (Samson de Nanteuil, Proverbes de Salomon, éd. C. C. Isoz, 6769: le tochier); b) 1636 spéc. « le tact, ou sens tactile, sensibilité au contact et à la pression » (Monet: l'araigne a le toucher fort delicat); 2. 1553 « action, manière de toucher » (Ronsard, Œuvres compl., éd. P. Laumonier, t. 5, p. 108: un simple toucher [avec une femme] [...] me foudroïe); 3. 1560 « exercice actif du sens du toucher » (Id., ibid., t. 10, p. 285: plus souefve au toucher); 4. 1625 mus. (Camus, Palombe, p. 258: le toucher des cordes); 1636 (Mersenne, Harmonie universelle, Traité des instruments à cordes, p. 163: le beau toucher [d'un organiste]); 5. 1759 méd. (Mmele Boursier du Coudray, Abrégé de l'art des accouchements, p. 30 ds Brunot t. 6, p. 610, note 3); 1845 toucher rectal, toucher vaginal (Besch.); 6. 1762 « impression tactile produite par un corps que l'on touche » (Rousseau, Émile, éd. Ch. Wirtz, p. 390: le toucher dur et meurtrissant du violoncelle); 7. 1904 pêche « façon propre à chaque espèce de poisson de mordre à l'hameçon » (Nouv. Lar. ill., s.v. touche). Empl. subst. de toucher1. Fréq. abs. littér.: 290. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 368, b) 388; xxes.: a) 438, b) 446. Bbg. Meier (H.). Die Benennung der fünf Sinnesvermögen... Rom. Forsch. 1979, t. 91, pp. 50-78.

Wiktionnaire

Nom commun

toucher \tu.ʃe\ masculin

  1. Action de toucher ou manière de toucher.
    • Ce joueur de tennis a un toucher exceptionnel.
    • Ce pianiste a un toucher très harmonieux.
  2. (Absolument) Action de toucher.
    • Jamais navigateurs ne furent plus satisfaits de toucher. — (Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, 1846, chapitre XXVI)  (information à préciser ou à vérifier)
    • Le Sampran Rehabilitation est un institut de massage dont les masseuses sont toutes des personnes non voyantes. Comme la plupart ne parlent pas anglais, tout se fait par le toucher, et donne encore plus de sensations aux soins. — (Petit Futé Thaïlande 2016)
  3. Un des cinq sens consistant à entrer en contact avec la peau pour découvrir quelque chose ou quelqu’un.
    • Les sables sont les matières que l’on mélange le plus habituellement à la chaux pour former les mortiers ; ils doivent être rudes au toucher et crier quand on les serre dans la main. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 21)
    • L'aveugle, le mal-voyant recrée l'univers qui l’entoure à partir de ses perceptions : celles de l’ouïe, du toucher, de l'odorat. Et ce faisant il apprend au voyant un univers qu 'il ne connaît pas.
      L'œil a une tendance totalitaire, impérialiste. Il asservit les autres sens […].
      — (Pierre Le Clerc, Aveugle, je veux voir! , Les Éditions ouvrières, 1982, page 128)
  4. Qualité d’un objet lorsqu’on le touche.
    • Nous reconnaissons que d’une laine mérinos à une laine commune, le toucher diffère sensiblement. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature ; 1re partie : Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)
  5. (Figuré) Tact, jugement fin et sûr en matière de goût, de convenances, d’usage du monde[1].
  6. (Figuré) Ce qui correspond à la perfection technique d’une machine.
    • L’« homme équitable » a donc besoin sans cesse du toucher subtil d’une balance pour évaluer les degrés de pouvoir et de droit qui, avec la vanité des choses humaines, ne resteront en équilibre que très peu de temps et ne feront que descendre ou monter. — (Nietzsche, Aurore §.112. Traduction de H. Albert)
  7. (Argot) Acheter une quantité de drogue.

Verbe

toucher \tu.ʃe\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se toucher)

  1. Mettre la main sur quelque chose.
    • — Cette gueuse, répondit la Thénardier, s’est permis de toucher à la poupée des enfants !
      — Tout ce bruit pour cela ! dit l’homme. Eh bien, quand elle jouerait avec cette poupée ?
      — Elle y a touché avec ses mains sales ! poursuivit la Thénardier, avec ses affreuses mains !
      — (Victor Hugo, Les Misérables, 1862, tome 2, livre 3, chapitre 8)
    • Toucher doucement, légèrement.
    • Il ne lui a pas touché le bout du doigt.
    • Ne touchez pas cela.
    • Toucher de la main, du doigt.
    • Faire toucher une chose du doigt, la démontrer clairement, en convaincre par des preuves indubitables, telles que sont ordinairement celles qu’on acquiert par le toucher.
    • On touche là du doigt une affinité mystérieuse entre les hommes publics et les femmes publiques. — (Victor Hugo, Les Misérables, V, 6, 1 ; 1862)
    • Il s’est électrocuté en touchant la prise avec ses doigts mouillés.
  2. Jouer, faire résonner, en parlant de certains instruments de musique.
    • Trois jours par semaine, nous nous exerçons. A l'église sied un petit harmonium que je touche aux messes dominicales. Hier, pour la première fois, le tambour s'ajoute. — (Origène Grenier, L'homme qui vient du vent, textes réunis par Jean Ducharme, Québec : Bellarmin, 2006, page 200)
    • C’est une corde qu’il ne faut pas toucher, il ne faut pas toucher cette corde-là se dit pour faire entendre qu’une affaire ou qu’une circonstance est délicate et qu’il n’en faut pas parler.
    • Toucher la corde sensible.
  3. (Par extension) (Occitanie) Avoir la maîtrise d’un sujet, d’un domaine. (voir toucher sa bille)
    • [...] en m’approchant, j’entends de la musique hot. Il y a des types qui jouent de la guitare et qui en touchent un peu. — (Peter Cheyney, Les femmes s’en balancent, traduction de Michelle et Boris Vian, Gallimard, 1949, page 15)
    • En mécanique, il y touche.
    • Les kits carrosserie n’existaient pas. Il fallait toucher en résine et en mousse expansive pour améliorer sa voiture. — (Stéphanie Maurice, La passion du tuning, Seuil, 2015, coll. Raconter la vie, p. 96-97.)
  4. Mettre en contact avec un objet, de quelque autre manière que ce soit.
    • Joly avait l’habitude de se toucher le nez avec le bout de sa canne, ce qui est l’indice d’un esprit sagace. — (Victor Hugo, Les Misérables, III, 4, 1 ; 1862)
    • Toucher du bras.
    • Il le toucha du coude.
    • Il l’a touché avec son gant, avec son chapeau.
    • Toucher le plafond avec la tête.
    • Toucher une pièce d’or, un lingot d’or, l’éprouver avec la pierre de touche.
    • Cette pièce d’or est douteuse, elle a été touchée deux ou trois fois.
  5. Atteindre.
    • – Père, j’ai vu cette nuit ma mère en songe. Elle avait deux grandes ailes. Ma mère dans sa vie doit avoir touché à la sainteté. — (Victor Hugo, Les Misérables, IV, 3, 4 ; 1862)
    • (Billard) Toucher la bille de son adversaire.
    • (Escrime) Toucher son adversaire.
    • Touché !
    • Toucher le but, arriver au but qu’on s’était proposé.
    • Il touche presque au but.
  6. Aborder, arriver à.
    • Toucher le port.
    • La veille et le matin du 5 juin, jour fixé pour l’enterrement de Lamarque, le faubourg Saint-Antoine, que le convoi devait venir toucher, prit un aspect redoutable. — (Victor Hugo, Les Misérables, IV, 10, 3 ; 1862)
    • Le navire a touché Madère, il a fait escale à Madère.
  7. Il se dit aussi en parlant du contact qui a lieu entre toutes sortes de choses, lorsqu’elles se joignent. Être contigu à.
    • L’hiver, point de chaleur, point de lumière, point de midi, le soir touche au matin, brouillard, crépuscule, la fenêtre est grise, on n’y voit pas clair. — (Victor Hugo, Les Misérables, II, 5, 10 ; 1862)
    • Ma maison touche la sienne.
    • Leurs propriétés se touchent.
    • Les roues de la voiture touchent le sol.
    • Le couple voudrait peut-être s’installer dans cette maison. En attendant, Antoine s’occuperait d’arrondir la terre qui y touchait. — (Pierre Gamarra, Rosalie Brousse, chapitre IV ; Éditeurs Français Réunis, Paris, 1953)
  8. Recevoir, en parlant d’une somme d’argent.
    • À propos, continua le roi, n’était-ce pas dix mille écus que vous deviez toucher de M. de Guise au cas où vous tueriez l’amiral ? — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre III)
    • D’une dissidence à l’autre, Touly s’émeut également de ce que Mme Messier, épouse du plénipotentiaire PDG de Vivendi, puisse toucher quelques subsides de l’auguste maison. — (Renaud Lecadre, À l’eau de rosse, dans Libération du jeudi 23 septembre 2010)
    • Un moment après Jean Valjean l’aborda et la pria d’aller lui changer ce billet de mille francs, ajoutant que c’était le semestre de sa rente qu’il avait touché la veille. — (Victor Hugo, Les Misérables, II, 4, 4 ; 1862)
  9. (Familier) Acheter ; se procurer.
    • En fait de saint-émilion, Marthe achète sa piquette à Anselme. […]. Le vin vaut ce qu'il vaut, mais Marthe le touche à bon prix et comme la clientèle est soiffarde,tout le monde est content. — (Olivier Deck, L'Auberge des Charmilles, éd. Albin Michel, 2014)
  10. (Absolument) Se faire soudoyer.
    • Il fut démontré qu’il avait touché pour ne rien dire des agissements d’une banque, laquelle, […], saignait cruellement le troupeau des épargnants cupides et malfaisants. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 32)
  11. Émouvoir.
    • Il se trouvait trop bon, trop doux, disons le mot, trop faible. Cette faiblesse l’avait entraîné à une concession imprudente. Il s’était laissé toucher. Il avait eu tort. Il aurait dû purement et simplement rejeter Jean Valjean. — (Victor Hugo, Les Misérables, V, 7, 2 ; 1862)
    • Au moindre geste d’improbation, il nous apostrophait et nous imposait silence avec une fureur qui nous touchait sans nous convaincre ; […]. — (Anatole Claveau, Les snobs, dans Sermons laïques, Paris : Paul Ollendorff, 1898, 3e éd., p.36)
    • Me Demange achève sa plaidoirie, dont la péroraison très sobre, très courte, mais puissante par la chaleur de l'accent et de l’élévation de la pensée, touche visiblement le cœur des juges : […]. — (Maurice Paléologue, Journal de l'Affaire Dreyfus 1894-1899 : L'affaire Dreyfus et le Quai d'Orsay, Paris : Librairie Plon, 1955, p. 260)
    • Il fut très touché de mon malheur. — Il en fut touché de pitié, de douleur. — Ce qui est affecté ne peut toucher.
  12. Effleurer un sujet, l’aborder. Dire quelque chose à quelqu’un.
    • Il a touché ce point-là fort adroitement.
    • Il ne l’a voulu toucher qu’en passant, que légèrement.
    • Touchez-en quelque chose dans votre préface.
    • Je lui en ai touché quelques mots.
  13. Concerner, regarder, intéresser.
    • Cela ne me touche point.
    • En quoi cela vous touche-t-il ?
    • Je prends un véritable intérêt à tout ce qui vous touche, à tout ce qui touche votre famille.
    • Cet événement ne me touche ni de près ni de loin.
  14. (Par extension) Appartenir par le sang, être parent ou allié.
    • Il me touche de près, il est mon cousin.
    • Il ne me touche ni de près ni de loin.
  15. S’adonner à quelque chose.
    • Toucher à la poésie.
  16. Porter la main sur quelque chose.
    • Cet enfant touche à tout.
    • Ne touchez pas à cela.
    • Regardez cet objet, mais n’y touchez pas.
    • Toucher à quelqu’un dans la main, Mettre la main dans la sienne en signe d’accord, d’amitié.
    • Le marché est conclu, il m’a touché dans la main.
    • Il me tendit la main et me dit : Touchez là, l’affaire est faite.
    • Il n’a pas l’air d’y toucher se dit d’un homme dissimulé, qui cache son jeu.
  17. Entrer en contact avec une chose, y atteindre.
    • Il est si grand qu’il touche presque au plafond.
    • L’argot, étant l’idiome de la corruption, se corrompt vite. En outre, comme il cherche toujours à se dérober, sitôt qu’il se sent compris, il se transforme. Au rebours de toute autre végétation, tout rayon de jour y tue ce qu’il touche. — (Victor Hugo, Les Misérables, IV, 7, 2 ; 1862)
  18. En termes de chasse,
    • Toucher au bois se dit des cerfs lorsqu’ils se frottent contre les arbres pour dépouiller leur nouvelle tête de la peau qui l’enveloppe.
  19. En termes de marine, heurter un rocher, faire naufrage.
    • Le navire a touché contre un rocher.
  20. Prendre une partie de quelque chose.
    • On ne doit jamais toucher à un dépôt.
    • Il croyait, en ce moment-là même, avoir un grave devoir à accomplir : la restitution des six cent mille francs à quelqu’un qu’il cherchait le plus discrètement possible. En attendant, il s’abstenait de toucher à cet argent. — (Victor Hugo, Les Misérables, V, 9, 1 ; 1862)
    • On n’a pas touché à ce plat.
    • Il n’a pas touché à son dessert.
  21. Apporter un changement à une chose.
    • Ah ! mon Dieu, je vous demande pardon, j’ai touché, sans faire attention, à la clef du poêle, et cela fait fumer. — (Victor Hugo, Les Misérables, I, 5, 13 ; 1862)
    • On n’a pas touché à cette loi.
    • Il n’osait toucher à l’ouvrage d’un si grand maître.
  22. Être sur le point d’arriver.
    • A moins de dix mètres du bord de la falaise de Punta Llisera, on y surplombe la mer. Un privilège… qui touche à sa fin. — (Sandrine Morel, Sur la côte de Benidorm, deux gratte-ciel illégaux condamnés à la destruction, Le Monde. Mis en ligne le 14 décembre 2018)
    • Nous touchons au port.
    • Toucher au but.
  23. Être proche d’un moment, d’une époque.
    • Nous touchons au printemps.
    • Il touche à cet âge où les passions s’éveillent.
    • Il touche à son dernier moment.
    • Mon travail touche à sa fin.
  24. Concerner, intéresser.
    • Sans approfondir des questions qui ne touchent qu’indirectement au sujet de ce livre, nous disons simplement ceci : il eût été beau que monseigneur Bienvenu n’eût pas été royaliste. — (Victor Hugo, Les Misérables, I, 1, 11 ; 1862)
    • Des souvenirs, affectueux et respectueux, car ils touchent à sa mère, l’attachent à ce passé. — (Victor Hugo, Les Misérables, III, 3, 3 ; 1862)
    • Cette question touche aux plus grands intérêts de l’État.
    • Les choses qui touchent à l’honneur.
  25. (Peinture) Peindre par touches.
    • La saison fonçait les feuillages, touchait d’or les prés, carminait çà et là une branche. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954)
  26. Avoir un rapport avec.
    • Il est très habile pour tout ce qui touche à la mécanique.
  27. Ressembler à.
    • Sa morosité touchait presque à la dépression.
    • Toute qualité verse dans un défaut; l’économe touche à l’avare, le généreux confine au prodigue, le brave côtoie le bravache ; qui dit très pieux dit un peu cagot; il y a juste autant de vices dans la vertu qu’il y a de trous au manteau de Diogène. — (Victor Hugo, Les Misérables, III, 4, 4 ; 1862)
  28. (Pronominal) Se masturber.
    • Il se touche le soir dans son lit.
    • On rappelle sans cesse aux enfants l’existence de l’Ange Gardien qui veille sur leur sommeil, déplore leurs incartades et pleure si par hasard les petits garçons « se touchent ». — (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux, 1974, collection Folio, page 127)
  29. (Pronominal) (Familier) Abuser, exagérer, le plus souvent en parlant d’un tarif.
    • Franchement, ils se touchent sur les prix, dans ce café !
  30. Acheter de la drogue, du cannabis.
    • Je vais aller toucher.
  31. Toucher dans la main à quelqu'un, mettre sa main dans la sienne, en signe d'amitié, d'accord. (Littré)
    • Touchez là, docteur. Vous m’avez rendu à la vie, je vous pardonne. — (Anatole France, Le crime de Sylvestre Bonnard, Calmann-Lévy ; éd. Le Livre de Poche, 1967, p. 208.)
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Littré (1872-1877)

TOUCHER (tou-ché) v. a.

Résumé

  • 1° Sentir un objet avec la main.
  • 2° Se mettre en contact avec un objet, de quelque autre façon que ce soit.
  • 3° À l'escrime, atteindre du fleuret ou de l'épée.
  • 4° Éprouver sur la pierre de touche.
  • 5° En imprimerie, appliquer l'encre sur les formes.
  • 6° Frapper sur des animaux pour les faire marcher.
  • 7° Jouer de certains instruments de musique.
  • 8° Toucher l'aiguille d'un compas, la frotter sur une pierre d'aimant.
  • En termes de marine, toucher une terre, toucher le vent.
  • 10° Recevoir, en parlant de sommes d'argent.
  • 11° Il se dit du contact d'objets inanimés.
  • 12° Être contigu.
  • 13° En peinture, poser et étendre les couleurs sur le tableau.
  • 14° Fig. Traiter, exprimer comme fait le peintre avec son pinceau.
  • 15° Fig. Parler d'une chose.
  • 16° Être sensible, douloureux, offensant.
  • 17° Toucher d'un sentiment, d'une passion.
  • 18° Faire impression.
  • 19° Emouvoir.
  • 20° Changer le cœur, en parlant de la grâce divine.
  • 21° Inspirer de l'amour.
  • 22° Concerner, regarder.
  • 23° Être parent, être de la même famille.
  • 24° S'approcher de, en parlant d'une époque vers laquelle on va.
  • 25° Toucher le but, y atteindre.
  • 26° V. n. Porter la main sur.
  • 27° Toucher de toute autre façon.
  • 28° Être en contact, avoir contact.
  • 29° Toucher dans la main à quelqu'un.
  • 30° En termes de marine, frapper de la quille ou du flanc sur un banc, sur une roche. Toucher à un port.
  • 31° Atteindre à.
  • 32° Toucher à quelque chose, en prendre, en ôter. Faire subir quelque peine.
  • 33° Apporter des modifications, des changements, des restrictions.
  • 34° S'attaquer à.
  • 35° Y toucher, avoir de la malice.
  • 36° Être limitrophe.
  • 37° Arriver à, en parlant d'un temps, d'une époque dont on approche.
  • 38° S'occuper de, avoir pour objet.
  • 39° Avoir de l'intérêt pour.
  • 40° Concerner, regarder.
  • 41° Toucher de naissance à quelqu'un, être lié avec lui par la parenté.
  • 42° V. réfl. Être contigu.
  • 43° Avoir des points de ressemblance.
  • 44° Se toucher d'affinité, être parents.
  • 45° Devenir touché, ému.
  • 1Sentir un objet avec la main. Toucher de la main, du doigt. Toucher doucement, légèrement. Ayant touché l'oreille de cet homme, il le guérit, Sacy, Bible, Évang. St Luc, XXII, 51. Au sortir de la messe et de la station, sans entendre encore parler d'autres affaires, le roi a touché les malades, qui ont été en assez grand nombre pour un lieu comme celui-ci, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 151. Ce que vous avez vu, entendu et touché presque de vos mains, Massillon, Or. fun. Villars. Ces maux [l'épilepsie, les écrouelles] étaient l'effet d'un miracle ; il fallait un miracle pour en guérir ; on faisait des pèlerinages, on se faisait toucher par les prêtres ; cette superstition a fait le tour du monde, Voltaire, Dial. XXIV, 3. Gardez-vous-en bien, répondit la Syrienne ; ce que nous cherchons ne peut être touché que par des femmes, Voltaire, Zadig, 18. Mais d'où vient qu'en ce temple Obéide rendue, En touchant cet autel est tombée éperdue ? Voltaire, Scythes, III, 1.

    Fig. Ne pas toucher de cartes, ne pas toucher les cartes, ne pas jouer aux cartes. Votre madame qui a juré de ne pas toucher des cartes que le roi d'Angleterre n'ait gagné une bataille, ne jouera de longtemps, la pauvre femme, Sévigné, 501.

    Fig. Toucher au doigt, être très voisin. Cela donne une effroyable idée de notre éloignement ; et l'on a besoin de l'espérance qui nous dilate présentement le cœur, et nous fait toucher au doigt le temps où nous serons bientôt ensemble, Sévigné, 456.

    Fig. et familièrement. Faire toucher une chose au doigt et à l'œil, la faire comprendre clairement, en donner des preuves indubitables, telles que celles que fournissent le toucher et la vue.

    Toucher au vif, toucher à l'endroit où une plaie est à vif.

    Fig. J'ai le cœur serré à n'en pouvoir plus, quand je suis dans cette grande chambre où j'ai tant vu ma très chère et très aimable enfant ; il ne me faut guère toucher sur ce sujet pour me toucher au vif, Sévigné, 8 janv. 1674.

  • 2Se mettre en contact avec un objet, de quelque autre façon que ce soit. Toucher du pied. Il le toucha avec son gant, avec son chapeau. La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie ; Mais ses lèvres [de Britannicus] à peine en ont touché les bords…, Racine, Brit. v, 5. Je me trouvai poussée, ballottée, pressée, enlevée, mes pieds ne touchaient plus la terre, Genlis, Mém. t. II, p. 65, dans POUGENS.

    Toucher la figue, voy. APPRÊTER, n° 4.

  • 3À l'escrime, toucher, atteindre d'un coup de fleuret, ou d'épée. Il a touché son adversaire.

    Terme de billard. Toucher la bille, la heurter avec la sienne dans le carambolage.

    Absolument. Philibert cadet dans le billard : J'ai touché, monsieur ; je suis sûr que j'ai touché, Picard, Deux Philibert, III, 11.

  • 4Éprouver sur la pierre de touche. Toucher un lingot d'or. Cette pièce d'or est douteuse, elle a été touchée deux ou trois fois.
  • 5 Terme d'imprimerie. Appliquer l'encre sur les formes avec les balles ou avec le rouleau. Toucher la forme également. Toucher en noir, en rouge.
  • 6Frapper sur des animaux pour les faire marcher, les chasser devant soi. Toucher un troupeau. Le postillon toucha ses chevaux, et l'on partit.

    Absolument. Touche, cocher, Corneille, Veuve, III, 9. Il descend du palais, et, trouvant au bas du grand degré un carrosse qu'il prend pour le sien, il se met dedans ; le cocher touche, et croit ramener son maître dans sa maison, La Bruyère, XI.

    Fig. On regarde l'amour comme une hôtellerie Où l'on ne fait qu'un gîte, et puis, touche, cocher, Gherardi, Théât. ital. t. I, p. 310.

    Il se construit aussi avec la préposition sur. Toucher sur les uns et sur les autres.

    Terme de manége. Toucher de la gaule, aider de la gaule, en frapper légèrement sur l'épaule du cheval.

  • 7Jouer de certains instruments de musique qui sont à touches ou à cordes. C'est une faute contre la politesse que de louer immodérément en présence de ceux que vous faites chanter ou toucher un instrument, quelque autre personne qui a ces mêmes talents, La Bruyère, V. Quelque estimé que fût Thémistocle, on crut qu'il manquait quelque chose à son mérite, parce que, après un repas, il ne put, comme les autres, toucher la lyre ; l'ignorance sur ce point passait pour un défaut d'éducation, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 540, dans POUGENS. Le P. Cottin… parlait bien, chantait mieux, avait la voix belle, touchait l'orgue et le clavecin, Rousseau, Conf. v. D'autres touchent la lyre ; à leur tête est Orphée, Delille, Én. VI.

    Fig. On croit toucher des orgues ordinaires en touchant l'homme, ce sont des orgues, à la vérité, mais bizarres, changeantes, variables, Pascal, Pens. XXV, 118, édit. HAVET.

    On dit aussi : Toucher du piano, de l'orgue, etc. On peut l'entendre [la messe] en touchant de l'orgue, Bossuet, Lett. abb. 90.

    Fig. et familièrement. Il ne faut pas toucher cette corde-là, c'est une corde qu'il ne faut pas toucher, cette affaire est délicate, il ne faut pas en parler.

    Fig. Toucher la grosse corde, parler de ce qu'il y a de principal, de décisif.

  • 8Toucher l'aiguille d'un compas (boussole), la frotter sur une pierre d'aimant pour lui donner la vertu magnétique.
  • 9 Terme de marine. Toucher une terre, s'y arrêter accidentellement.

    Toucher le vent, gouverner très près.

  • 10Recevoir, en parlant de sommes d'argent. Six mille francs que je devais toucher à Nantes, Sévigné, 437. Les Phocéens ouvrirent les yeux, et nommèrent des commissaires pour faire rendre compte à tous ceux qui avaient touché les deniers publics, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 43, dans POUGENS. Vos mains ont touché le prix du sang et de l'infortune de mille malheureux, Massillon, Carême, Pâques. J'épouserai Angélique… je toucherai la dot, Lesage, Crispin rival, 3. La Barbarini [une chanteuse] touchait à elle seule plus que trois ministres d'État ensemble, Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.
  • 11Il se dit du contact d'objets inanimés. Tout ce qui nous touche trop violemment nous blesse, Bossuet, Conn. I, 17. La barque touchait déjà le rivage de l'empire de Pluton, Fénelon, Tél. XVIII. Et je meurs ! de sa froide haleine Le vent funeste m'a touché, Millevoye, Chute des feuilles. Les doux fruits que leur main de l'arbre a détachés, Ou que d'un souffle impur leur haleine a touchés, Delavigne, Paria, I, 1.
  • 12Être contigu. Ma maison touche la sienne. Il y a un champ qui touche celui de mon père ; et ceux qui le cultivent sont exposés aux ardeurs du soleil, Montesquieu, Lett. pers. 13. C'est le voisin dont je vous ai parlé, celui dont l'enclos touche le mien, Al. Duval, Maison à vendre, SC. 14.

    Terme de géométrie. Cette ligne droite touche cette courbe, elle y est tangente.

  • 13 Terme de peinture. Il se dit de l'opération par laquelle le peintre pose et étend les couleurs sur le tableau. Ce peintre a bien touché ces figures. À la manière dont un tableau est touché, on reconnaît le maître qui l'a fait, Bou Tard, Dict. des arts du dessin, Toucher.

    Absolu ment. Le peintre aura été plus sûr de l'effet de son pinceau, aura touché plus fièrement, plus librement, aura moins remanié, tourmenté sa couleur, Diderot, Essai sur la peinture, ch. 2.

  • 14 Fig. Traiter, exprimer, comme fait le peintre avec son pinceau. Ce poëte touche bien les passions. Fig. Parler d'une chose, et, quelquefois, en parler incidemment. J'ai déjà touché ces deux questions [de Dieu et de l'âme humaine] dans le discours français que Je mis en lumière, en l'année 1637, touchant la méthode, Descartes, Médit. Préf. En cinq ou six lignes vous avez compris tout ce que je pouvais ouïr de plus agréable au monde, et, en me promettant la présence de mon maître, votre conversation et votre amitié, vous avez touché tous mes souhaits, Voiture, Lett. 34. Au moins je vais toucher une étrange matière, Molière, Tart. IV, 4. Je me réduisis à ne toucher qu'un petit nombre d'importuns ; et je pris ceux qui s'offrirent d'abord à mon esprit, Molière, Fâch. Préf. Il n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause, La Bruyère, Théophr. XVII. Il [le public] peut regarder avec loisir ce portrait que j'ai fait de lui d'après nature, et, s'il se connaît quelques-uns des défauts que je touche, s'en corriger, La Bruyère, les Caractères. Il y a peu de détails dans cet ouvrage [l'Essai sur les mœurs]… je me suis contenté de toucher en deux mots les faits principaux, Voltaire, Lett. à M***, 1765. Je touche en peu de mots les belles découvertes et les innombrables erreurs de notre René [Descartes], Voltaire, Lett. Formont, décembre 1732.

    Toucher un mot, quelque chose d'un sujet, en dire quelques mots. Philotas n'aura daigné, dans un si long entretien, toucher un seul mot d'une affaire qui. .. Vaugelas, Q. C. 362. Je vous supplie très humblement, quand vous écrirez [à M. Bailleul]… de lui en toucher quelque chose [du payement de la pension de Voiture], et de lui témoigner qu'il vous a fait plaisir, Voiture, Lett. 165 (à M. d'Avaux). Puisque vous voulez que je n'en touche rien, Molière, D. Garc. II, 7. De l'hymen de ma sœur touchez-lui quelque chose, Molière, Tart. I, 4. Je touchai un mot des occupations continuelles et du zèle pour le service du roi, Sévigné, 329. La dame Jacinte aurait mieux aimé que le chanoine eût commencé par faire son testament ; elle lui en toucha même quelques mots, Lesage, Gil Blas, II, 2.

  • 16 Fig. Être sensible, douloureux, offensant. Au moins, avant la mort, dis où le mal te touche, Régnier, Dial. Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur, Corneille, Cid, III, 4. Apprenez qu'il n'est rien qui blesse un noble cœur Comme quand il peut voir qu'on le touche en l'honneur, Molière, l'Ét. I, 10. Malgré la vue de toutes nos misères, qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, Pascal, Pens. II, 4. La disgrâce de M. de Chartres est publique : il en est plus touché que je ne l'aurais pu croire de sa sainteté, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 24 oct. 1708. Quelquefois il avait envie d'aller se jeter à son cou, et de lui témoigner combien il était touché de sa faute, Fénelon, Tél. VII.
  • 17Toucher d'un sentiment, d'une passion, exciter ce sentiment, cette passion. Parmi tant d'objets différents, il y en eut un qui me toucha d'un véritable plaisir, Voiture, Lett. 9. …tout ce qu'on voit de gloire temporelle Ne les touche d'aucun désir, Corneille, Imit. II, 6. Vous me dites des choses si extrêmement bonnes sur votre amitié pour moi… qu'en vérité je n'ose entreprendre de vous dire combien j'en suis touchée et de joie, et de tendresse, et de reconnaissance, Sévigné, 24 juill. 1675. Je suis … touchée d'une véritable joie, que vous ayez au moins tiré de vos malheurs… la connaissance de ce que vous êtes, Sévigné, à Bussy, 22 juill. 1685. Les hommes se plaisent généralement dans tout ce qui les touche de quelque passion que ce puisse être ; ils ne donnent pas seulement de l'argent pour se faire toucher de tristesse par la représentation d'une tragédie, ils en donnent aussi à des joueurs de gobelets pour se faire toucher d'admiration, Malebranche, Rech. V, 8. Mais si tant de malheurs vous touchent de pitié, Racine, Théb. I, 3. Si vous êtes touchés de curiosité, exercez-la du moins en un sujet noble, La Bruyère, VIII. Que leur destinée vous touche d'une sainte émulation, Massillon, Avent, Bonh. des justes.

    Absolument. Son courage [de Mlle de Grignan se faisant religieuse] touche d'admiration et de tendresse pour elle, Sévigné, 16 oct. 1680.

  • 18 Fig. Faire impression. J'espérais que l'éclat dont le trône se pare Toucherait vos désirs…, Corneille, Rod. I, 5. Un vertueux remords n'a point touché mon âme, Corneille, Cinna, v, 3. Séparée de la personne du monde qui m'est la plus sensiblement chère, qui touche mon goût, mon inclination, mes entrailles, Sévigné, 28 déc. 1673. Nous sommes touchés de son mérite [de Mme de Guitaut], et c'est une marque du nôtre, Sévigné, à Mme de Guitaut, 18 mai 1680. Elle [Mlle de Fontanges] est si touchée de la grandeur, qu'il faut l'imaginer précisément le contraire de cette petite violette qui se cachait sous l'herbe…, Sévigné, 1er sept. 1680. Cette grandeur que nous admirons de loin touche moins quand on y est né, Bossuet, Mar.-Thér. Il n'y eut qu'une ambition qui fût capable de le toucher [M. de Turenne] : ce fut de mériter l'estime et la bienveillance de son maître, Fléchier, Turenne. Ce reproche vous touche, Racine, Phèdre, I, 3. Le désir de la gloire m'a touché, j'ai cru qu'il était beau de gouverner un peuple par mon éloquence, Fénelon, Dial. des morts anc. Démosthène, Cicéron. Je ne suis touché ni des richesses, ni des délices, Fénelon, Tél. XX. S'il est ordinaire d'être vivement touché des choses rares, pourquoi le sommes-nous si peu de la vertu ? La Bruyère, II.
  • 19 Fig. Émouvoir, attendrir. Ce qui touche mon cœur, ce qui charme mes sens, Corneille, Nicom. IV, 5. Tous trois désavoueront la douleur qui te touche, Corneille, Hor. V, 3. Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher, Peut-être à vos bontés se laisseront toucher, Corneille, Cinna, IV, 4. J'étais touché des fleurs, des doux sons, des beaux jours, La Fontaine, Élégie, IV. Votre procédé me touche assurément, Molière, Éc. des mar. III, 9. Pour moi, j'appris cette nouvelle par l'abbé de Grignan ; je vous avoue qu'elle me toucha droit au cœur, Sévigné, 386. J'ai été sensiblement touchée de cette mort, Sévigné, 118. Elle [une jeune fille] a bien de l'esprit et une envie si immodérée d'apprendre… qu'elle m'en a touché le cœur, Sévigné, 20 mai 1680. Ces émotions d'un jour qu'opèrent-elles ? un dernier endurcissement, parce qu'à force d'être touchés inutilement, on ne se laisse plus toucher d'aucun objet, Bossuet, Mar.-Thér. Dieu ! ne pourrai-je au moins toucher votre pitié ? Racine, Andr. III, 6. Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche, Racine, Athal. I, 1. Ce que c'est qu'à propos toucher la passion ! Racine, Plaid. III, 3. Orphée a bien touché, par le récit de ses malheurs, le cœur de ce dieu qu'on dépeint comme inexorable [Pluton], Fénelon, Tél. XVIII. Le Seigneur s'est enfin laissé toucher à vos larmes, Massillon, Avent, Mort du péch. Notre sage fut touché, non pas de la beauté de la dame (il était bien sûr de ne pas sentir une telle faiblesse), mais de l'affliction où il la voyait, Voltaire, Memnon.

    Absolument. Le secret est d'abord de plaire et de toucher, Boileau, Art p. III. L'éloquence n'est que l'art de toucher, d'émouvoir, d'intéresser ; je n'ajoute pas de persuader ; car quiconque touche, persuade, Condillac, Hist. anc. III, 10.

  • 20Il se dit de la grâce divine qui change le cœur. Quand il plaît à Dieu de toucher l'homme par sa miséricorde, Pascal, Prov. XVIII. Il [l'abbé de Coulange] est si touché de Dieu qu'il prend un intérêt particulier aux grâces particulières que l'on reçoit de lui, Sévigné, 11 sept. 1680.

    Dieu l'a touché, il s'est converti. Que nous serions heureux si Dieu vous touchait ! Maintenon, Lett. à M. de Villette [il était protestant], 16 juill. 1684.

  • 21Toucher se dit quelquefois, par atténuation, pour inspirer de l'amour. Néron : La sœur vous touche ici beaucoup moins que le frère ; Et pour Britannicus…, -J, unie : Il a su me toucher, Seigneur ; et je n'ai point prétendu m'en cacher, Racine, Brit. II, 3.
  • 22 Fig. Concerner, regarder. …l'affront me touche, il [Gormas] a perdu d'honneur Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur, Corneille, Cid, II, 7. La question semble plus considérable en ce qu'elle touche la foi, Pascal, Prov. I. Cette manière de priver les gens de leurs bénéfices est une nouveauté de mauvais exemple et qui touche tel qui n'y pense pas, Pascal, ib. XI. Votre santé est un point qui me touche de bien près, Sévigné, 75. Vous ne me sauriez jamais trop parler sur ce qui vous touche, ce sont mes véritables intérêts, Sévigné, 27 nov. 1689. Mes amis m'intéressent, mais mes pauvres me touchent, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 17 févr. 1716. Et j'ose dire que, sur les ouvrages qui traitent de choses qui les touchent de si près et où il ne s'agit que d'eux-mêmes, ils [les hommes] sont encore extrêmement difficiles à contenter, La Bruyère, Disc. sur Théophraste. Votre réputation m'intéresse, comme je suis persuadé que la mienne vous touche, Voltaire, Lett. Thiriot, 2 janv. 1739.

    Absolument. Chacun en son affaire est son meilleur ami, Et tout autre intérêt ne touche qu'à demi, Corneille, Mél. II, 4.

  • 23Être parent, être de la même famille. Il nous touche de près, il est notre cousin. Il ne le touchait ni de parenté, ni d'alliance, Mézeray, Hist. de France avant Clovis, II, 8. A-t-on jamais rien vu… de plus impertinent et de plus ridicule que d'amasser du bien avec de grands travaux et d'élever une fille avec beaucoup de soin et de tendresse, pour se dépouiller de l'un et de l'autre entre les mains d'un homme qui ne nous touche de rien ? Molière, Am. méd. I, 5. Cette jeune Florestine, que vous nommez votre pupille et qui vous touche de plus près, Beaumarchais, Mère coupable, I, 6.
  • 24 Fig. S'approcher de, en parlant d'une époque vers laquelle on va. Ma fille, c'est donc là ce royal hyménée Dont nous pensions toucher la pompeuse journée, Corneille, Méd. v, 4.
  • 25Toucher le but, y atteindre.

    Fig. Toucher le but, réussir à. Si j'y réussis, j'aurai touché le but que je me propose, Malherbe, Lett. I, 7.

  • 26 V. n. Porter la main sur. Toucher aux vases sacrés. Les enfants touchent à tout. N'y touchez pas.
  • 27Toucher de toute autre façon. Ses pieds touchaient au sol. Et se tient sur ses pieds d'une telle façon, Que ses genoux toujours touchent à son menton, Dancourt, Sancho Pança, II, 3. Par exagération. Il ne touche pas à terre, il court, il danse très légèrement. Le voyez-vous, dit-il, ce conquérant ; avec quelle rapidité il s'élève de l'Occident comme par bonds et ne touche pas à terre ? Bossuet, Louis de Bourbon.

    Fig. Il ne touche pas à terre, il est dans le ravissement. Charme des yeux est à moi ; je l'ai épousée ; je ne touche plus à la terre, je suis dans le ciel, Voltaire, Amabed, 3e lettre.

    Fig. et familièrement. Cet homme ne laisse pas toucher du pied à terre, il ne donne pas le temps de se reconnaître, de respirer.

    Ils ne laissent pas toucher la balle à terre, se dit de bons joueurs de paume.

    Fig. et familièrement. Cette affaire ne touchera pas à terre, elle se fera sans difficulté.

    Terme de vénerie. Toucher au bois, se dit du cerf qui, ayant refait sa tête, la frotte contre les arbres, pour détacher la peau velue qui la recouvre.

  • 28Être en contact, avoir contact. Le peuple… rapportait comme un précieux trésor des linges qu'il avait fait toucher à son visage [de Mélèce évêque d'Antioche, mort au concile de Constantinople], Fléchier, Hist. de Théodose, II, 49. De tous les endroits du royaume on leur demandait des linges qui eussent touché à cette relique, Racine, Hist. de Port-Royal, 1re part. Rentrons, et qu'un sang pur, par mes mains épanché, Lave jusques au marbre où ses pas ont touché, Racine, Athal. II, 8. Saint-Évremond déposa le corps de la duchesse Mazarin à N. D. de Liesse, où les bonnes gens la priaient comme une sainte et y faisaient toucher leurs chapelets, Saint-Simon, 69, 128.
  • 29Toucher dans la main à quelqu'un, mettre sa main dans la sienne, en signe d'amitié, d'accord, d'acquiescement. Ne vous liez point avec ceux qui s'engagent en touchant dans la main, et qui s'offrent à répondre pour ceux qui doivent, Sacy, Bible, Prov. de Salom. XXII, 26. Allons, touchez-lui dans la main, et rendez grâce au ciel de votre bonheur, Molière, Bourg. gent. V, 6. Ôtez ce gant ; touchez à monsieur dans la main, Molière, Fem. sav. III, 8. Le bourreau même était chef d'une troupe de brigands [dans les conflits des Armagnacs, au XVe siècle] ; et, comme le crime rend presque égaux ceux qu'il associe, il eut l'insolence de toucher dans la main du duc de Bourgogne, Duclos, Œuv. t. v, p. 56.

    Se toucher dans la main, se dit de deux personnes qui se touchent dans la main l'un à l'autre. Ils se sont touché dans la main. Mais, pour l'amour de moi, touchez-vous dans la main, Hauteroche, le Coch. sc. 18. Nos chiens font amitié, dans la patte on se touche, Lamotte, Fabl. III, 15.

    Touchez là, touchez-moi dans la main. La reine, transportée de joie, me tendit la main, en me disant : touchez là, et vous êtes après demain cardinal, et de plus le second de mes amis, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 366, dans POUGENS.

    Touchez là, il n'en sera rien, se dit, par antiphrase, pour éconduire quelqu'un quand on ne veut pas faire ce qu'il demande. Touchez là, monsieur, ma fille n'est pas pour vous, Molière, Bourg. gent. III, 12.

    Elliptiquement. Touche ; nous n'avons plus sujet de jalousie, Molière, le Dép. I, 4.

  • 30 Terme de marine. Frapper, en passant, de sa quille ou de son flanc sur un banc, sur une roche, sur un écueil, quel qu'il soit. Le vaisseau a touché sur un récif. Les gros navires ne peuvent approcher de la rivière de Cayenne sans toucher ; et les vaisseaux de guerre sont obligés de rester deux ou trois lieues en mer, Buffon, Not. just. Ép. nat. Œuv. t. XIII, p. 301.

    Toucher à un port, y relâcher, en passant et pour un peu de temps. Le navire, en allant en Amérique, touchera à Cadix.

  • 31Atteindre à. Sa tête touchait au plancher. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts, La Fontaine, Fabl. I, 22.

    Fig. Ces grands efforts d'esprit où l'âme touche quelquefois, sont chose où elle ne se tient pas, Pascal, Pens. VII, 12.

  • 32Toucher à quelque chose, en prendre, en ôter. Les ayant tués, ils ne voulurent toucher à rien de ce qui avait été à eux, Sacy, Bible, Esther, IX, 10. Puisque vous ne touchez jamais à cet argent, La Fontaine, Fabl. IV, 20. Et ne put au souper toucher à rien du tout, Tant sa douleur de tête était encor cruelle, Molière, Tart. I, 5. Accoutumée à ne manger que du pain ou du fruit à son goûter, elle ne touchait à rien, Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 502, dans POUGENS. Je me contente de mon revenu, auquel je ne touche pas, Picard, Trois quartiers, I, 1.

    Toucher à, faire subir quelque peine. L'âme pénitente osera-t-elle toucher à ce corps si tendre, si chéri et si ménagé ? Bossuet, la Vallière.

    Toucher à une femme, avoir avec elle des privautés. Harpagon : Hé dis-moi un peu, tu n'y as point touché [à une cassette] ? - Valère [croyant qu'on lui parle d'Élise] : Moi, y toucher ! ah ! vous lui faites tort aussi bien qu'à moi, Molière, l'Avare, V, 3.

  • 33 Fig. Toucher à, apporter des modifications, des changements, des restrictions. On a touché aux attributions de cette corporation. Les princes, Sire, ne doivent toucher à la religion que pour la protéger et pour la défendre, Massillon, Petit carême, Écueils. Il ne faut pas plus toucher aux monnaies qu'aux poids et aux autres mesures, Dutot, Réflexions sur le commerce et les finances, I, 5. Molière avait écrit son Avare en prose, pour le mettre ensuite en vers ; mais il parut si bon, que les comédiens voulurent le jouer tel qu'il était, et que personne n'osa depuis y toucher, Voltaire, Dict. phil. Art dramat. Il ne faut jamais toucher au gouvernement établi que lorsqu'il devient incompatible avec le bien public, Rousseau, Contr. soc. III, 18.

    Il y a touché, se dit d'un homme qui a eu part à un ouvrage d'esprit.

  • 34 Fig. S'attaquer à. Leurs plus grands ennemis [des capucins de Bretagne] ne touchent pas à leurs mœurs, Sévigné, 13 juin 1685.
  • 35 Fig. Y toucher, avoir de la malice. Voyez un peu, dirait-on qu'il y touche ? La Fontaine, Gag. Vous faites la discrète, Et vous n'y touchez pas, tant vous semblez doucette, Molière, Tart. I, 1. À ces simplicités qui sortent de sa bouche, à cet air si naïf, croirait-on qu'elle y touche ? Regnard, le Distr. I, 4. [La maréchale de Clérembault] C'était une vieille pleine de traits et de sel, qui coulaient de source, sans faire semblant d'y toucher et sans aucune affectation, Saint-Simon, 104, 110.

    Il n'a pas l'air d'y toucher, on ne dirait pas qu'il y touche, il fait ses coups avec un air simple et ingénu. Et bien qu'elle me mette à deux doigts du trépas, On dirait à la voir qu'elle n'y touche pas, Molière, Éc. des femm. IV, 1. Pour moi, je vais faire semblant de rien ; je suis un fin matois, et l'on ne dirait pas que j'y touche, Molière, Georg. Dand. I, 2.

    Sainte n'y touche, voy. NITOUCHE.

  • 36Être limitrophe. Ils touchaient au pays inaccessible du Caucase, rempli de nations féroces dont on pouvait se servir, Montesquieu, Rom. 7. Le polype enchaîne le végétal à l'animal ; l'écureuil volant unit l'oiseau au quadrupède ; le singe touche au quadrupède et à l'homme, Bonnet, Contempl. nat. II, 10. Je ne connaissais pas l'Auvergne, qui touche à la province que j'habite, Genlis, Mères riv. t. I, p. 362, dans POUGENS.

    Être dans la proximité. Nous touchons presque à l'île d'Ithaque, Fénelon, Tél. IX. Dans cet instant, on touchait aux portes du château, on rentra, Genlis, Veillées du château t. I, p. 417, dans POUGENS.

    Fig. Bajazet touche presque au trône des sultans, Racine, Baj. I, 3. Un rang qui touchait de si près au trône, Hamilton, Gramm. 8. On craignait pour les jours du jeune roi [Louis XV] ; on les aurait crus plus en sûreté entre les mains d'un prince qui n'aurait pas touché à la couronne de si près que le régent, Duclos, Œuv. t. v, p. 338. On croyait toucher au succès, lorsque les navigateurs, opiniâtrément repoussés par les vents contraires…, Raynal, Hist. phil. VIII, 35. Je vois le but [la mort], j'y touche, et j'ai soif de l'atteindre, Chénier M. J. la Promenade. Ainsi, Eudore, tout annonce que nous touchons à une révolution, Chateaubriand, Martyrs, IX.

  • 37Arriver à, en parlant d'un temps, d'une époque dont on approche. Peut-être touchons-nous au moment désiré Qui saura réunir ce qu'on a séparé, Corneille, Sertor. III, 4. Il semble qu'il [le jeune Sévigné] touche à sa guérison, Sévigné, 461. Je finis, ma très aimable et très chère bonne…, dévorant par avance le mois de septembre où nous touchons, Sévigné, 13 juin 1685. Saint Clément d'Alexandrie, maître d'Origène, qui touchait au temps des apôtres, Bossuet, 1re instr. past. 27. Le roi touche à son heure dernière, Racine, Mithr. v, 4. Vous n'aviez pas encore atteint l'âge où je touche, Racine, Phèd. III, 5. Ils touchent à la bienheureuse récompense, Massillon, Carême, Mort. Avant de partir, il [Pierre Ier] voulut voir cette célèbre Mme de Maintenon qu'il savait être veuve en effet de Louis XIV, et qui touchait à sa fin, Voltaire, Russie, II, 8. Le califat touchait à sa fin dans ce XIIIe siècle, tandis que l'empire de Constantin penchait vers la sienne, Voltaire, Mœurs, 59. Nous touchons au moment de n'avoir plus de jésuites ; et ce qui m'étonne, c'est que les herbes poussent comme à l'ordinaire, et que le soleil ne s'obscurcit pas, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 6 avril 1764.
  • 38S'occuper de, avoir pour objet. Je n'ose toucher à son départ [de ma fille] ; il me semble pourtant que tout me quitte, et que le pis qui me puisse arriver, qui est son absence, va bientôt m'achever d'accabler, Sévigné, à Guitaut, 15 août 1679. Il suffit ici qu'un livre touche à certaines matières et qu'il attaque bien ou mal certaines gens, pour être en conséquence hors de prix, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 8 juin 1770. Les triomphes théologiques de Bossuet, quelque prix qu'on y doive attacher, sont la partie de son éloge à laquelle nous devons toucher avec le plus de réserve, D'Alembert, Élog. Boss.
  • 39Avoir de l'intérêt pour. Au beau-père cela ne doit toucher en rien, Scarron, Jodelet, IV, 7.
  • 40Concerner, regarder. Les choses qui touchent à l'honneur. Cela touche à des questions importantes, à de graves intérêts.
  • 41Toucher de naissance à quelqu'un, être lié avec lui par la parenté. Ceux dont elle dépend sont de ma connaissance, Et même à la plupart je touche de naissance, Corneille, Suite du Ment. II, 4.
  • 42Se toucher, v. réfl. Être contigu. Ces deux maisons se touchent. La côte voisine est délicieuse par sa fertilité, par les fruits exquis qu'elle porte, par le nombre de villes et de villages qui se touchent presque, Fénelon, Tél. III. Elle désirait passionnément une alliance entre des héritiers dont les domaines se touchaient, Riccoboni, Œuv. t. v, p. 189, dans POUGENS.

    Fig. C'est l'union des cœurs qui fait leur véritable félicité ; leur attraction ne connaît point la loi des distances, et les nôtres se toucheraient aux deux bouts du monde, Rousseau, Hél. II, 15. Notre séparation sera moins longue, et nos cœurs ne cesseront pas de se toucher, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 13 août 1773.

    Terme de géométrie. Ces deux courbes se touchent, elles sont tangentes l'une à l'autre.

  • 43 Fig. Avoir des points de ressemblance. Encore que la vertu, prise en elle-même, soit infiniment éloignée du vice, néanmoins il faut confesser, à la honte de notre nature, que les limites s'en touchent de près dans le penchant de nos affections, Bossuet, Vêture de Mlle de Bouillon, I. Ô que le génie et la folie se touchent de bien près ! Diderot, Opin. des anc. philos. (Théosophes) La Feuillade, colonel de ce régiment, n'aimait pas Catinat, et ne devait pas l'aimer ; car ces deux âmes n'avaient pas un seul point commun par où elles se touchassent, D'Alembert, Œuv. t. IX, p. 182, note 5.

    Les extrêmes se touchent, les choses les plus opposées ont des points de contact. Les Français avaient trouvé l'art de faire toucher les extrêmes : ils réunissaient des vertus et des vices, des traits de faiblesse et de force qui avaient toujours été jugés incompatibles, Raynal, Hist. phil. x, 15.

  • 44Se toucher d'affinité, être alliés. Le mariage n'était point défendu par les lois romaines entre les personnes qui ne se touchaient d'affinité que dans la ligne collatérale, jusqu'à la loi de l'empereur Constance, Pothier, Contrat de mariage, n° 155.
  • 45 Fig. Devenir touché, ému. Sûrs que son cœur pitoyable De leurs maux se touchera, Chaulieu, Épît. au duc de Vendôme.

    PROVERBE

    Il dit cela de la bouche, mais le cœur n'y touche, il ne parle pas sincèrement.

REMARQUE

À toucher, l'Académie écrit : Ils se sont touchés dans la main ; mais, à main, elle écrit : ils se sont touché dans la main. La véritable orthographe est la dernière. Quand il s'agit d'un accord, d'un acquiescement, on ne touche pas quelqu'un dans la main ; on touche à quelqu'un dans la main. Ils se sont touchés dans la main a un autre sens : toucher quelqu'un dans la main, c'est lui faire un attouchement dans la main.

HISTORIQUE

XIe s. Deus le guarit [guarantit] qu'el cors [l'épieu] ne l'ad tuchet, Ch. de Rol. CI.

XIIe s. Pharao li reis de Egypte vint à ost à Gazer, si la prist, tuchad le feu, si l'arst e ocist les Chananeus, Rois, 269. Je vuel que tu le me plevisses… Et que tu ne me tocheras, Ne vers moi ne t'approcheras, Tant que tu me verras monté, la Charrette, 827. E od [avec] ses ordes mains prist les sainz vesseaux e les tochoit ordement, Machab. II, 5. Sire, enclin tes ciels e descent ; toche les monz, e il fumerunt, Liber. psalm. p. 222. Ne voilez [veuillez] tucher les miens crist, e es miens prophetes ne voilez maligner, ib. p. 155.

XIIIe s. Un lonc cor qu'il avoit lié à son col, a mis à sa bouche, Si fort et si très bien le touche, Et commence à corner si haut, Que retentir en fait le gaut [bois], Ren. 16190. Renart remaint, Tybert s'en touche [s'en échappe], Si li escrie à plaine bouche : Renart, Renart, vos remanez, Et je m'en vais touz delivrez, ib. 2061. Moult grant douçor au cuer me touche, la Rose, 1015. Et des biens qui poent venir au bailli d'avoir les connissances dessus dites, toucerons nous briement, Beaumanoir, I, 9. Soit par reson d'eritage, soit de muebles, soit de querele qui touce à la persone, Beaumanoir, II, 1. Quant ceulx à cheval virent que en les bleçoit par devers nous, ceulz à cheval toucherent à la fuie [fuite], Joinville, 233. Et n'osoient les hommes toucher aux femmes en nulle maniere, pour la loy que leur premier roy leur avoit donnée, Joinville, 264. Entrues [cependant] li pape s'acouca [se mit au lit] D'un mal qui al cuer [cœur] li toca, Ph. Mouskes, mss. p. 61, dans LACURNE. Et fu si saine [une femme guérie] que il sembloit que ele ne touchast à terre, Miracles St Loys, p. 164.

XIVe s. Se croire me voliés, par le mien serement, Puis qu'il n'en touche à vous, n'en parleriés noient, Baud. de Seb. VIII, 870. [L'Amour] Si li pierce le cuer [cœur] dou ventre D'une sajette… Et puis le touce de la flamme Dont son cœur esprent et enflamme Pour l'amour à une pucielle, Jean de Condé, p. 106.

XVe s. Ce dommage nous touche de si près, que en nous n'a point de recouvrer, Froissart, II, II, 202. Le roi y dina petit, car autre chose lui touchoit que boire et manger, Froissart, I, I, 167. Proppre mal touche de plus près que d'aultruy, Chastelain, Chron. des ducs de Bourg. I, 64. On dit : celle femme n'y touche ; Se vous la voyez quand elle rit, Vous diriés : vela ung enfant, Coquillart, Monol. du puits. Lequel envoya incontinent deffendre aux Hostrelins de leur toucher, Commines, II, 5. Tous les seigneurs d'Allemaigne y estoient [à la guerre] à leurs despens, comme il est de coustume quant il touche le fait de l'empire, Commines, IV, 3. Le roy partoit avant jour, et ne sceut oncques qu'ily eust guide, et touchoit jusques à midy, là où il repaissoit, Commines, VIII, 7. Si oncques bouche d'omme toucha à la moye [mienne], Les 15 joyes du mariage, p. 71.

XVIe s. Ce qui vous touche lui touche, et ceulx qui sont contre vous sont contre luy, Marguerite de Navarre, Lett. 165. Nostre nef fut mise en rade honnestement, sans toucher ; mais le Sacre toucha, Journ. Voy. Parmentier, dans JAL. Touché au vif de cette derniere secousse, Montaigne, I, 6. Il touche [appartient] aux moindres de se trouver les premiers à l'assignation, Montaigne, I, 51. À ce dernier traict se doibvent toucher et esprouver les autres actions de nostre vie, Montaigne, I, 67. Cette isle touchoit quasi l'Espagne, Montaigne, I, 232. À qui touche l'honneur de tant de victoires, à Guesquin, à Glesquin, ou à Gueaquin [celui que nous nommons du Guesclin] ? Montaigne, I, 348. Avoir l'ame touchée de repentance, Montaigne, I, 405. Les philosophes n'ont gueres touché cette chorde, Montaigne, II, 302. Ceulx qui me touchent [les miens], Montaigne, IV, 96. Ceia dit, chacun se toucha en la main pour confirmation, Lanoue, 565. Les reitres s'attendoyent de toucher pour le moins cent mille escus, Lanoue, 625. Ilz [les Gaulois] demourerent quelque temps en doulte d'en approcher et de leur toucher [aux sénateurs romains], craignans que ce ne feussent des dieux, Amyot, Cam. 40. Ceulx à qui le sort touchoit, venoient à estre du corps de la cour d'Areopage, Amyot, Péric. 7. Les passions sont comme des tons et sons de l'ame, qui veulent estre touchez et sonnez de main de bon maistre, Amyot, ib. 33. Et touchant ses bœufs, s'en alla vers la ville, Amyot, Marius, 64. Vos gens sont meusniers, mon cousin. - C'est pour toucher vos asnes, madame, D'Aubigné, Hist. I, 140. Les Espagnols, aians frapé en la riviere de Shenem avec quatre navires, bruslerent le plus avancé qui avoit touché, D'Aubigné, ib. III, 201. En ees jourslà quatorze capitaines toucherent en la main pour essayer la reprise des Tourelles, D'Aubigné, Mémoires, p. 11. Le prince lui voulut toucher à la main [l'atteindre], et au commencement de juillet passa au soir deux rivieres, D'Aubigné, ib. III, 526. Faisoit de l'esbahi, comme s'il n'y eust jamais touché, Nuits de Straparole, t. I, p. 38. On touche toujours sur le cheval qui tire, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. TOUCHER. Ajoutez :
46 Terme de procédure. Atteindre. Elle [la Cour] a déclaré valablement excusés MM… qui justifient de leur état de maladie. MM… qui n'ont pas été touchés par la notification, Gaz. des Trib. 16-17 nov. 1874, p. 1103, 3e col. Que nulle demande en livraison n'ayant touché la compagnie du chef de M…, destinataire, celle-ci ne peut être constituée en faute par le seul fait d'avoir conservé ultérieurement la marchandise dans ses magasins, ib. 12 déc. 1874, p. 1190, 4e col. Considérant que… il n'apparaît pas que B…, avant son décès survenu à la date du 27 du même mois, ait été touché d'aucune mise en demeure, ib. 13 janv. 1875, p. 38, 2e col.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TOUCHER, s. m. (Physiolog.) le toucher est un des sens externes, à l’aide duquel nous concevons les idées du solide, du dur, du mol, du rude, du chaud, du froid, de l’humide, du sec, & des autres qualités tangibles, de la distance, de la démangeaison, de la douleur, &c. Voyez Sens, Solide, Dur, &c.

Le toucher est de tous nos sens le plus grossier, mais en même tems le plus étendu, en ce qu’il embrasse plus d’objets que tous les autres ensemble : même quelques-uns réduisent tous les autres sens au seul sens de l’attouchement. Voyez Sensation. Aristote dit positivement que toute sensation n’est qu’un attouchement, & que les autres sens, comme la vue, l’ouie, le goût & l’odorat, ne sont que des especes raffinées, ou des degrés d’attouchement. De anim. l. IV. c. iij. & l. III. c. xij. Voyez Vue, Ouie, &c.

Les sentimens des naturalistes sont partagés, sur l’organe du toucher. Aristote croit que ce sens réside dans la chair, entant que chair, de sorte que toute chair est, selon lui, capable de sensation. Hist. anim. l. I. c. iv. D’autres veulent que le toucher gisse dans les parties qui sont pourvues de fibres nerveuses ; suivant ce système il résideroit dans la peau, la chair, les muscles, les membranes, & les parenchymes ; d’autres le restreignent simplement à la peau, cutis, parce qu’on observe qu’il n’y a que les parties qui sont couvertes d’une peau, qui aient proprement la faculté de toucher ou d’appercevoir des qualités tangibles.

Mais on est encore partagé sur la partie de la peau à laquelle on doit attribuer cette fonction. Les uns veulent que cette sensation réside dans la partie membraneuse, d’autres dans la partie charnue, & d’autres encore soutiennent qu’elle est dans la partie moëlleuse qui dérive des nerfs.

Malpighi, & d’après lui tous nos meilleurs auteurs modernes, prétendent que les organes immédiats du sens que nous nommons toucher, sont les papilles pyramidales de la peau.

Ces papilles sont de petites éminences molles, moelleuses, & nerveuses, qui se trouvent par tout le corps immédiatement sous l’épiderme ; elles sont formées des nerfs sous-cutanés, qui pour cet effet se dépouillent de leur membrane externe, & deviennent extrémement délicates & sensibles ; une humeur subtile & déliée les humecte continuellement, & l’épiderme ou la cuticule est tout ce qui les couvre & qui les défend d’injure. Ces papilles sont plus grandes & paroissent davantage dans les parties que la nature a destinées pour être les organes du toucher, comme dans la langue, dans les extrémités des doigts de la main & du pié ; elles ont la faculté de se contracter & de se dilater facilement. Voyez Papilles, voyez aussi Langue, Doigt, &c.

Le toucher se fait donc sentir ainsi : le bout du doigt, par exemple, étant appliqué à l’objet qu’on veut examiner, les papilles s’élevent en vertu de cette intention de l’ame, & étant frottées légerement sur la surface de l’objet, il s’y fait une ondulation qui par le moyen des nerfs qui les viennent joindre, se communique de-là au sensorium commun, & y excite la sensation du chaud, du froid, du dur, &c. Voyez Sensation.

Cela nous fait voir la raison pourquoi le toucher devient douloureux lorsque la cuticule a été emportée, brulée, macerée, &c. & pourquoi lorsque la cuticule devient épaisse & dure, ou qu’elle est cicatrisée, &c. on perd la sensation du toucher ; d’où vient l’engourdissement qu’on sent en touchant le torpedo, & pourquoi on sent une douleur si aiguë au-dessous des ongles & à leur racine, &c. Voyez Cuticule, Brulure, Calus.

Le toucher est par plusieurs raisons, le plus universel de nos sens : tous les animaux en sont pourvus. Pline observe que tous les animaux ont la sensation du toucher, même ceux qu’on croit dépourvus de tous les autres sens, comme les huitres & les vers de terre. Ce naturaliste dit que son opinion est que tous ont aussi un autre sens, qui est le goût : existimaverim omnibus sensum & gustatûs esse. Hist. nat. l. X. c. lxxj.

Les autres sens sont bornés par des limites étroites ; le toucher seul est aussi étendu que le corps, comme étant nécessaire au bien-être de toutes ses parties.

Le sentiment du toucher, comme dit Cicéron, est également répandu par tout le corps, afin que nous puissions appercevoir dans chaque partie tout ce qui peut la mouvoir, & sentir tous les degrés de chaleur, de froid, &c. De nat. deor. l. II. c. lvj.

Les naturalistes disent que les araignées, les mouches, & les fourmis, ont la sensation de l’attouchement beaucoup plus parfaite que les hommes : cependant nous avons des exemples de gens qui ont sçu distinguer les couleurs au toucher ; & d’autres qui par la même sensation comprenoient les paroles que l’on disoit. Voyez Couleur, & Sourd.

La sensation du toucher est effectivement si parfaite & si généralement utile, qu’on l’a vue quelquefois faire pour ainsi dire, la fonction des yeux, & dédommager en quelque façon des aveugles de la perte de la vue. Un organiste d’Hollande, devenu aveugle, ne laissoit point de faire parfaitement son métier ; il acquit de plus l’habitude de distinguer au toucher les différentes especes de monnoie, & même les couleurs ; celles des cartes à jouer, n’avoient pas échappé à la finesse de ses doigts, & il devint par-là un joueur redoutable, car en maniant les cartes, il connoissoit celles qu’il donnoit aux autres, comme celles qu’il avoit lui-même. Même observ. de physiq. tom. II. p. 214.

Le scuplteur Ganibasius de Volterre, l’emportoit encore sur l’organiste dont je viens de parler ; il suffisoit à cet aveugle d’avoir touché un objet, pour faire ensuite une statue d’argile, qui étoit parfaitement ressemblante.

Toucher, v. act. (Gram.) c’est exercer l’action du tact : on touche toutes les choses sur lesquelles on porte la main : on touche d’un instrument, ou un instrument : ces objets se touchent : on dit, il a touché une somme considérable ; nous touchons à la fin de notre travail ; il a touché le vrai point de la difficulté ; nous touchons au moment de l’action ; l’éloquence de cet homme touche ; sa situation est si humble, qu’il faudroit être de pierre pour n’en n’être pas touché ; il a touché cette corde délicate & avec succès ; il est dangereux de toucher aux choses de la religion, des mœurs & du gouvernement. Voyez encore les articles suivans.

Toucher, (Marine.) c’est heurter contre la terre, faute d’eau ou de fond.

toucher à une côte ou à un port, (Marine.) c’est aborder à une côte ou à un port & y mouiller.

Toucher le compas, (Marine.) c’est aimanter l’aiguille de la boussole. Voyez Aiguille aimantée.

Toucher, en terme de Commerce, se dit de l’argent qu’on a reçu, ou qu’on a du recevoir. Je touchai hier quinze cent livres, je dois encore en toucher deux mille le mois prochain.

Toucher, terme d’Imprimerie ; c’est après avoir pris une quantité d’encre proportionnée à la grosseur du caractere, & l’avoir bien distribuée sur les balles, c’est-à-dire, les avoir maniées ou frottées en tout sens l’une contre l’autre, pour les enduire également, appuyer ces mêmes balles deux fois & de suite, sur la superficie de la forme, de façon que l’œil de toutes les lettres se trouvant également atteint d’une légere couche d’encre, il puisse communiquer au papier cette couleur noire qui fait le corps de l’impression. Pour avoir une belle impression, il faut toucher maigre & tirer gras, cela veut dire qu’en toutes occasions, il faut ménager l’encre, & ne pas trop ménager ses forces en tirant le barreau.

Toucher aux bois, il se dit du cerf, du daim, & du chevreuil, lorsqu’ils détachent la peau velue qu’ils ont sur leur bois.

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Étymologie de « toucher »

(Date à préciser) Du latin populaire *toccare (« heurter, frapper », proprement « faire toc »), issu de l’onomatopée toc évoquant le bruit sec produit par le choc de deux objets durs (→ voir tocsin et toquer) qui a remplacé le latin tangere.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Bourguig. tôchai, frapper ; Berry, touche-aux-nues, homme de petite taille ; prov. tocar, tochar, toquar ; espagn. et portug. tocar ; ital. toccare ; d'après Diez, de l'anc. haut-allem. zuchôn, tirer, arracher. Ce qui rend cette étymologie très probable, c'est que se toucher a signifié s'échapper, se tirer (voy. l'historique), ce qui serait inexplicable si toucher représentait un radical analogue à tac du latin tac-tus.

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Phonétique du mot « toucher »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
toucher tuʃe

Citations contenant le mot « toucher »

  • Cible. En marketing, ce qu'il faut toucher pour ne pas couler. De Marie-Anne Dujarier / Il faut réduire les affectifs !
  • Il ne faut pas toucher aux gens qui se haïssent. De Jean-Paul Enthoven / Aurore
  • L’amour est aveugle, il faut donc toucher. De Proverbe brésilien
  • Même la pensée d’une fourmi peut toucher le ciel. De Proverbe japonais
  • Femme vêtue : obligation de voir, interdiction d'y toucher. Femme dévêtue : obligation de toucher, interdiction de regarder. De Jean Baudrillard / Cool Memories - 1980-1985
  • Celle qui est agréable à l'oeil n'est pas nécessairement douce au toucher. De Anonyme
  • C’est difficile de prendre au sérieux une femme qu’on a envie de toucher. De Georges Wolinski
  • Le véritable chemin pour toucher le coeur d'un homme passe par son estomac. De Proverbe chinois
  • Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains. De Gustave Flaubert / Madame Bovary
  • L'homme est chose sacrée, à laquelle nul n'a le droit de toucher. De Stefan Zeromski / Histoire d'un péché
  • Les problèmes sont rares dans les airs. C’est toucher le sol qui est dangereux. De Amélia Earhart / 20 Hrs 40 Mins
  • Griffer quelqu’un, c’est encore une façon de toucher sa peau. De Clémence Boulouque / Mort d’un silence
  • Si vous voulez toucher le coeur d'un homme, sciez-lui les côtes. De Sean Stewart / L’Oiseau moqueur
  • Un film n’est pas fait pour un palmarès mais pour toucher les gens. De Abderrahmane Sissako / Le Figaro et vous, 10 décembre 2014
  • Johnny Hallyday : comment Jade, sa fille adoptive, vient de toucher tous ses fans... ce détail physique qui interpelle ! Public.fr, Johnny Hallyday : comment Jade, sa fille adoptive, vient de toucher tous ses fans... ce détail physique qui interpelle !
  • Pourquoi sommes-nous tous si sensibles au toucher ? Nous, les humains bien sûr, mais pas seulement... Saviez-vous que les arbres et les plantes aussi sont dotés de sensibilité ? Quelle écologie du sensible et comment nous ‘Re–toucher’ ? RFI, Pourquoi sommes-nous tous si sensibles au toucher? (Rediffusion) - Autour de la question

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Traductions du mot « toucher »

Langue Traduction
Anglais to touch
Espagnol tocar
Italien toccare
Allemand berühren
Chinois 触摸
Arabe للمس
Portugais tocar
Russe трогать
Japonais 触る
Basque ukitzeko
Corse toccu
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Synonymes de « toucher »

Source : synonymes de toucher sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « toucher »

Toucher

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