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Surnaturel

Définitions du mot « surnaturel »

Trésor de la Langue Française informatisé

SURNATUREL, -ELLE, adj. et subst. masc.

I. − Adjectif
A. −
1. Qui appartient à un univers supérieur au monde terrestre. Être surnaturel; apparition, créature surnaturelle. Dans le monde surnaturel, habité par ces déités impalpables, amies de l'homme, et souvent contraintes de s'adapter à ses passions, telles que les fées, les gnomes, les salamandres, les sylphides, les sylphes, les nixes, les ondins et les ondines (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 97).Les esprits protecteurs et les esprits malfaisants, les monstres surnaturels et les animaux magiques, font partie d'un système cohérent qui fonde la conception indigène de l'univers (Lévi-Strauss, Anthropol. struct., 1958, p. 218).
2. Qui ne relève pas des lois de la nature, d'un système d'explication rationnel. Synon. magique, occulte; anton. naturel, rationnel.Phénomènes, pouvoirs surnaturels. Une influence extérieure et surnaturelle comparable à celle du magnétisme (Maine de Biran, Journal, 1823, p. 392).N'allez pas croire, au moins, que j'aie pu, même un instant, supposer en cette aventure quelque chose de surhumain. Je ne crois qu'aux causes normales. Mais si, au lieu d'employer le mot « surnaturel » pour exprimer ce que nous ne connaissons pas, nous nous servions simplement du mot « inexplicable », cela vaudrait beaucoup mieux (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Main, 1883, p. 889).
3. P. ext., littér. Qui semble ne pas appartenir au monde réel. Synon. fantastique, magique, miraculeux.Beauté surnaturelle. [Le marais] devient, au moment du crépuscule, un pays féerique et surnaturel (Maupass., Sur l'eau, 1888, p. 317).Elles m'apparaissent aussi, ces fleurs (...), comme ayant la tendresse surnaturelle de couleurs entrevues dans un rêve (Goncourt, Journal, 1889, p. 957).
B. −
1. Lang. relig. Qui procède de Dieu, d'une puissance divine. Synon. divin, révélé.Vérités surnaturelles. Je ne conçois la haute science, la science comprenant son but et sa fin, qu'en dehors de toute croyance surnaturelle. C'est l'amour pur de la science qui m'a fait briser les liens de toute croyance révélée (Renan, Avenir sc., 1890, p. 43):
[Les détenteurs du savoir, inventeurs de l'écriture hiéroglyphique] ne lui montraient rien [au peuple], sans y mêler je ne sais quoi de surnaturel, de sacré, de céleste, qui tendît à les faire regarder comme supérieurs à l'humanité, comme revêtus d'un caractère divin, comme ayant reçu du ciel même des connaissances interdites au reste des hommes. Condorcet, Esq. tabl. hist., 1794, p. 41.
THÉOL. Don surnaturel. Don accordé par Dieu. Quand il serait prouvé (...) que par l'intuition de notre âme, de nos dons surnaturels infus ou actuels, de nos actes et états affectifs religieux, on peut arriver à une connaissance abstraite mais immédiate de Dieu existant et présent (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 901).
2. P. anal., littér. Qui est comme inspiré, qui semble avoir une source divine. Synon. céleste, divin, sacré, saint.Devant votre affection vraiment surnaturelle et votre dévouement de sainte, il serait absurde de parler de reconnaissance (Villiers de L'I.-A., Corresp., 1876, p. 205).
[L'anal. est soulignée par comme, presque, quasi, etc.] Et c'était, sur ce visage que j'avais connu si maître de lui, une extase de martyre, une joie comme surnaturelle avec un fonds de douleur (Bourget, Disciple, 1889, p. 194).L'émaciation quasi surnaturelle de l'inconnue (Milosz, Amour. init., 1910, p. 26).
C. − P. hyperb. Au-dessus du commun. Synon. extraordinaire, surhumain.Un regard d'une intensité surnaturelle; faire des efforts surnaturels. Ce n'est pas un amour ordinaire que j'ai pour Juliette (...). Juliette sent son charme, mais sans enthousiasme et sans croire à rien de surnaturel (Constant, Journaux, 1815, p. 448).Je ne vois pas ce qu'il y a de surnaturel: je l'aime, je lui plais; j'ai le consentement du père (Karr, Sous tilleuls, 1832, p. 135).
D. − Rare. Qui est étranger à la nature biologique de l'homme. Le crime (...) est originellement naturel. La vertu, au contraire, est artificielle, surnaturelle, puisqu'il a fallu, dans tous les temps et chez toutes les nations, des dieux et des prophètes pour l'enseigner à l'humanité animalisée (Baudel., Curios. esthét., 1863, p. 355).
II. − Subst. masc.
A. − Ce qui relève d'un ordre supérieur à celui de la nature, ce qui n'est pas réductible aux lois de la nature, aux explications rationnelles. Synon. fantastique, merveilleux.Croire, ne pas croire au surnaturel. Je ne puis me persuader que ma vie soit conforme au train ordinaire des choses, et qu'il n'y ait pas un peu de surnaturel dans vos aventures et dans les miennes (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 173).La princesse Pio di Savoya (...) raconte ses visites à tous les mages, les somnambules, les tourneuses de table des quartiers excentriques, disant (...) qu'elle se paye ici tout le surnaturel possible (Goncourt, Journal, 1896, p. 986).
B. − Ce qui vient de Dieu, ce qui a sa source en Dieu. Synon. divin, sacré, spirituel.Il n'y croyait pas [à la religion] et cependant il admettait le surnaturel, car, sur cette terre même, comment nier le mystère qui surgit, chez nous, à nos côtés, dans la rue, partout, quand on y songe? (Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 22).Introduire le surnaturel dans sa vie, rompre la digue qui nous protège conre l'océan, contre Dieu, c'est se vouer à une stratégie sans nom. En réalité, toute l'éducation moderne tend à nous armer contre le spirituel (Green, Journal, 1942, p. 219).
Prononc. et Orth.: [syʀnatyʀ εl]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1552 adj. (Pontus de Tyard, Solitaire premier, Discours philos., 29a, éd. 1587 ds Rom. Forsch. t. 32, p. 169: science universelle des choses naturelles, surnaturelles et divines); 2. 1727 subst. (Ramsay, Voyages de Cyrus, p. 344). De naturel*; préf. sur-*. Cf. antérieurement supernaturel (1464, Pierre Michault, Dance aux aveugles, p. 2 − 1660, Oudin, att. sporadiquement aux xixe-xxes., empr. au lat. chrét. supernaturalis, vies. ds Blaise Lat. chrét.). Fréq. abs. littér.: 1 558. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 499, b) 1 675; xxes.: a) 2 883, b) 2 714.
DÉR. 1.
Surnaturellement, adv.a) [Corresp. à supra I A] Comme par l'effet de forces surnaturelles. Tout alentour de cette peinture de rêve, les objets s'harmonisent presque surnaturellement (Bourget, Nouv. Essais psychol., 1885, p. 146).b) [Corresp. à supra I B] Par l'effet de la puissance divine. Synon. miraculeusement.On va processionnellement à l'ermitage. Le saint avait été nourri surnaturellement plusieurs années (Michelet, Journal, 1835, p. 203).P. anal. Une joie mélancolique, surnaturellement douce et calme, arrivait, chaque matin, pour eux seuls, d'une contrée fort inconnue (Bloy, Femme pauvre, 1897, p. 210).c) [Corresp. à supra I C] Synon. de extraordinairement.L'habitude n'a pas émoussé le regard de ses yeux attentifs et surnaturellement doués (Green, Journal, 1941, p. 142). [syʀnatyʀ εlmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. 1reattest. 1554 (Le Caron, La Claire, 25 ds Z. rom. Philol. t. 29, p. 199); de surnaturel, suff. -ment2*. − Fréq. abs. littér.: 26.
2.
Surnaturaliser, verbe trans.a) Lang. relig. Conférer un caractère surnaturel à quelqu'un ou à quelque chose. Le Saint-Esprit soufflera (...) et le catholicisme surnaturalisera toutes les nations, malgré les aveuglements de la Science et les défis de la Philosophie (Veuillot, Odeurs de Paris, 1866, p. 320).Le pauvre vicaire (...) a des distractions quand il faudrait qu'il fût uniquement l'homme de Dieu et complètement surnaturalisé (Barrès, Cahiers, t. 13, 1921, p. 100).b) P. anal. Diviniser, sacraliser quelqu'un, quelque chose. Ce besoin de transfiguration qui éclate et se consacre assez visiblement dans la sphère religieuse est le même que celui qui tend, dans l'ordre poétique, je ne dis pas surfaire, mais à surnaturaliser les génies (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 8, 1864, p. 35).Au part. passé. La chair dont il s'agit ici [chez D. H. Lawrence] n'est point celle qu'exalte un sensualisme athée, c'est la chair en quelque façon surnaturalisée par un magnétisme mystérieux qui l'informe (G. Marcel, inNRF, no199, avr. 1930, p. 571 ds Quem. DDL t. 15). [syʀnatyʀalize], (il) surnaturalise [-li:z]. 1reattest. av. 1781 (Abbé Poulle, cité ds Laharpe, Lycée, t. 14, p. 160: la foi épure les passions; elle les surnaturalise); de surnaturel, suff. -iser*.
3.
Surnaturalité, subst. fém.,théol. Caractère surnaturel, divin de quelque chose. La surnaturalité du secours n'est donc pas précisément ce qui nous amène à connaître Dieu (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 870). [syʀnatyʀalite]. 1resattest. a) 1599 « objet surnaturel » (Montlyard, trad. de l'ital. de F. Panigarole, Sermons de Caresme, p. 198), b) 1771 « qualité de ce qui est surnaturel » (Trév.); de surnaturel, suff. -ité*.
BBG.Lubac (H. de). Le Mot surnaturel. Foi Lang. 1978, no1, pp. 45-46.

Wiktionnaire

Adjectif

surnaturel \syʁ.na.ty.ʁɛl\

  1. Qui est au-dessus des possibilités de la nature.
    • Déjà la légende lui attribuait des dons surnaturels. — (Joseph Conrad, Lord Jim/Chapitre XXVII, 1900, traduit de l’anglais par Philippe Neel, 1921)
  2. Que l'on ne peut expliquer à partir des lois de la nature ; contraire à la raison.
    • Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. — (Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, 1970.)
    • Ces quelques mots m’effrayèrent : ou la vision : était réelle, ou elle était fausse ; si la vision était réelle, j’étais sous le poids d’un fait surnaturel ; si la vision était fausse, si je croyais voir une chose, qui n’existait pas, comme l’avait dit mon domestique, je devenais fou. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes - Le Chat, l’huissier et le squelette, 1849)
  3. (Par hyperbole) Extraordinaire.
    • Profitant de l’absence des sauvages qui s’étaient mis à leur poursuite, je me mis à courir de toutes mes forces en suivant le sentier; à quelques pas en avant, je trouvai le corps de William Parker étendu en travers du chemin, son fusil à côté de lui; je m’emparai de cette arme et continuai ma retraite en courant avec une vitesse surnaturelle. — (Peter Dillon, Voyage dans la mer du sud, Revue des Deux Mondes, 1830, tome 1)
  4. (Par hyperbole) Qui semble trop intense pour être naturel.
    • […], le soleil couchant reparaît un instant, sanglant, embrasant le camp entier d'une lueur surnaturelle. Les tentes semblent flamber, toutes rouges entre la plaine d'un vert invraisemblable et les nuages violacés, et le Djebel Akhdar, méritant bien son nom en ce moment, est encadré d'un superbe arc-en-ciel. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 154)
  5. (Religion) Qui relève de Dieu, d'une puissance divine.
  6. (Religion) (Théologie) Qui dépasse la nature d'un être.
    • Est surnaturel ce qui, procédant d'une condescendance gratuite de DIeu, élève la créature intelligente à un état qui ne saurait être l'état de nature d'aucun être créé, à un état qui ne saurait être ni réalisé, ni mérité, ni même conçu expressément par aucune force naturelle. — (Maurice Blondel, dans André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie)
    • Dans le langage ordinaire de l'Église et dans le langage français du XVIIe siècle, la nature d'un être, ce sont tous les éléments constitutifs auxquels il a droit, en vertu de l'espèce à laquelle il appartient. [...] La surnature, au contraire, c'est comme le mot l'indique, ce qui est au-dessus de la nature d'un être [...] Après notre mort, notre fin aurait été de connaître Dieu et de l'aimer ; mais d'une manière analogue à la connaissance et à l'amour que nous pouvons avoir de Dieu sur la terre, d'après nos forces naturelles. Nous ne l'aurions pas vu face à face, directement, comme la foi nous apprend que nous le verrons au Ciel. Pour atteindre cette fin, nous aurions eu droit à des secours proportionnés, c'est-à-dire à des secours de l'ordre naturel ; mais nous n'aurions pas eu la grâce, secours surnaturel. — (Jules Pasquier, Le Jansénisme, 2016.)
    • Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux et de surnaturel. — (Blaise Pascal, Pensées, fragment 162 de l'éd. M. Le Guern.)

Nom commun

surnaturel \syʁ.na.ty.ʁɛl\ masculin singulier

  1. (Religion) Ce qui dépasse la nature ou la nature d'un être, des hommes. Ce qui relève des pouvoirs de Dieu. La grâce.
  2. (Religion) Ce qui ne peut appartient au sacré, au religieux.
    • Les répliques face au surnaturel trouvent tout autant leur exacte mesure que les discours galants adressés aux paysannes ou les provisions d’hypocrisie que Don Juan tient à la disposition d’Elvire et de Don Louis. — (Mourad François-Marie, « Mesure et démesure dans Dom Juan de Molière », L'information littéraire, 2007/1 (Vol. 59), page 27-29.)
  3. Ce qui défie la raison, est mystérieux, fantastique.
    • J’avoue que tout lecteur profane qui n’aurait jamais entendu parler des phénomènes de hantise pourrait attribuer les descriptions précedentes à des cerveaux de fous ou d’hallucinés. Cependant ces faits sont réels. L’idée du surnaturel domine, évidemment, dans toute cette famille et son entourage. Pour nous, une appréciation purement scientifique s’impose. — (Camille Flammarion, Les Maisons hantées, 1923, éd. 1989, ISBN 2277219851)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SURNATUREL, ELLE. adj.
Qui est au-dessus des possibilités de la nature. La grâce est un don surnaturel. Cause, puissance, vertu surnaturelle. Vérités surnaturelles, Vérités que l'on ne connaît que par la foi.

SURNATUREL est aussi nom masculin et désigne Ce qui est surnaturel. Croire au surnaturel. Nier le surnaturel.

Littré (1872-1877)

SURNATUREL (sur-na-tu-rèl, rè-l') adj.
  • 1Qui est au-dessus de la nature. Que si les choses naturelles la surpassent [la raison], que dira-t-on des surnaturelles ? Pascal, Pens. XIII, 1, édit. HAVET. Quels progrès sainte Thérèse ne fit elle pas, lorsque Dieu lui fit goûter ces douceurs et ces délices surnaturelles qui sont les effets de sa bonté et de son amour ? Fléchier, Panég. Ste Thérèse. Tout cela [que la mer a couvert les montagnes] n'est-il pas d'une impossibilité démontrée, et n'est-ce pas l'histoire surnaturelle plutôt que la naturelle ? Voltaire, Colimaçons, 3.

    Vérités surnaturelles, celles que l'on ne connaît que par la foi.

    Êtres surnaturels, les esprits, les génies, les anges, les démons. Rien n'est plus inutile, à mon avis, que le mélange des êtres surnaturels avec les hommes, Marmontel, Œuvres, t. VII, p. 295.

  • 2 Par exagération. Extraordinaire, fort au-dessus du commun. Si c'est un aveuglement surnaturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est un terrible de vivre mal en croyant Dieu, Pascal, Pens. XXIV, 57 bis. Les yeux de celle qui le prononça [un discours] brillaient d'un feu surnaturel, Rousseau, Hél. VI, 11. Un mouvement surnaturel, un sentiment plus fort que ma raison me maîtrise et m'entraîne, Genlis, Théât. d'éduc. Amant anonyme, V, 11.
  • 3Qui n'a pas de naturel, de simplicité. J'ai vu deux fois ce comte [de Guiche] chez M. de la Rochefoucauld ; il me paraît avoir bien de l'esprit, et il était moins surnaturel qu'à l'ordinaire, Sévigné, 15 janv. 1672.
  • 4 S. m. Le surnaturel, ce qui est au-dessus de la nature. On peut distinguer l'ordre surnaturel du naturel en plusieurs manières ; car on peut dire que le surnaturel a rapport aux biens futurs, Malebranche, Rech. vér. éclairc. l. VI, t. IV, p. 288, dans POUGENS. Je n'aime pas le surnaturel, dit Zadig ; les gens et les livres à prodiges m'ont toujours déplu, Voltaire, Zadig, 14. Le merveilleux, c'est le surnaturel auquel le poëte ne croit pas, Lévêque, Science du beau, t, II, p. 208.

HISTORIQUE

XVIe s. Toutes vertus les font fleurir [les femmes], Et seigneurir Par œuvres supernaturelles, Marot, J. V, 303. Une estreinte divine et supernaturelle, Montaigne, II, 147.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SURNATUREL, adj. (Théol.) signifie en général ce qui est au-dessus de la nature, ce qui surpasse les forces de la nature.

Les théologiens sont fort partagés pour fixer la véritable notion de ce terme : les uns définissent le surnaturel, tout ce qui surpasse les forces actives de la nature ; d’autres disent que c’est ce qui surpasse les forces tant actives que passives de la nature ; mais outre qu’on n’entend pas clairement ce que c’est que ces forces passives, il est certain que la création d’une ame ou d’un ange, surpasse les forces actives de la nature, & n’est pas cependant proprement un effet surnaturel.

D’autres disent que par surnaturel on doit entendre tout ce qui surpasse l’exigence & les forces tant physiques qu’intentionnelles des substances existentes & des modifications qui leur sont naturelles. Quelques-uns prétendent qu’un être ou un effet est surnaturel, dès qu’il se rapporte à Dieu comme auteur de la grace ou de la gloire ; mais on sent assez combien ces définitions sont vagues & insuffisantes.

La plûpart des théologiens entendent par surnaturel, tout ce qui surpasse les forces & l’exigence de toute nature crée ou à créer, ce qui a un rapport spécial à Dieu, comme auteur de la grace ou de la gloire, & ce qui suppose une union avec Dieu ; soit que cette union soit réelle & physique, comme l’union hypostatique, soit qu’elle soit intentionnelle, immédiate & prochaine, comme la vision béatifique ; soit qu’elle soit intentionnelle, mais médiate & moins prochaine, comme la grace sanctifiante, les vertus infuses & théologiques, & les autres dons surnaturels qui sont comme autant de degrés pour arriver à la vision béatifique, ou qui ont rapport à l’union hypostatique. D’autres enfin entendent par surnaturel, ce qui est au-dessus de toutes les lois naturelles, ce qui surpasse le pouvoir de toutes les créatures existentes ou possibles, ou dans sa substance, ou dans la maniere dont il est produit.

On distingue deux especes de surnaturel, l’un par essence, & l’autre par participation : Dieu seul est surnaturel par essence ; l’union hypostatique, la vision béatifique, la grace, la foi, l’espérance, la charité, &c. sont surnaturelles par participation, c’est-à-dire par le rapport immédiat ou médiat qu’elles ont avec Dieu considéré comme auteur de la grace & de la gloire. C’est en ce sens qu’on appelle œuvres surnaturelles, ou dans l’ordre surnaturel, toutes les actions que l’homme fait avec le secours de la grace, & qui peuvent être méritoires pour la vie éternelle, par opposition à celles qu’il produit par les seules forces de la nature & du libre arbitre.

Tout ce qui est surnaturel est proprement gratuit par rapport à l’homme, ses forces & sa nature ne l’exigent point. Tout ce qui est surnaturel n’est pas toujours miraculeux ; par exemple, la justification par les sacremens est surnaturelle, cependant elle n’est pas miraculeuse, parce qu’elle n’est pas hors des voies ordinaires de la grace. Quelquefois un effet est en même tems miraculeux & surnaturel, telle fut la conversion de S. Paul ; & quelquefois aussi un effet est miraculeux, sans être proprement surnaturel, par un rapport essentiel à Dieu, comme auteur de la gloire, telle que la guérison subite d’un malade, qui n’a pas toujours un rapport direct à Dieu, comme auteur de la gloire, ni de la part de celui qui opere le miracle, ni de la part de celui sur lequel il est opéré : ainsi ces termes miraculeux & surnaturel ne sont pas exactement synonymes : cependant dans l’usage ordinaire on les emploie indifféremment. Il est vrai que tout miracle est surnaturel en ce qu’il surpasse le pouvoir des créatures, soit dans sa substance, soit dans la maniere dont il est produit ; mais tout ce qui est surnaturel, n’est pas pour cela un miracle : on peut consulter sur cette matiere, Cajetan, Suarès, Médina, Ripalda, le cardinal d’Aquirre, Tournely, & les théologiens modernes.

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Étymologie de « surnaturel »

(1552) De sur- et naturel. (1375) supernaturel.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Sur 1, et naturel.

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Phonétique du mot « surnaturel »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
surnaturel syrnatyrɛl

Citations contenant le mot « surnaturel »

  • Chassez le surnaturel, il revient à pas de loup. De Serge Beucler
  • Avec son air très naturel le surnaturel nous entoure. De Jules Supervielle / Le Jeune Homme du dimanche
  • Une religion sans surnaturel, cela me fait penser à une annonce que j'ai lue ces années-ci dans les grands journaux : vin sans raisin. De Edmond et Jules de Goncourt / Journal
  • Le surnaturel baisse comme un lac qu'un canal épuise ; la science à tout moment recule les limites du merveilleux. De Guy de Maupassant / La Peur
  • Le surnaturel n'étant pas d'un usage pratique ni régulier, il est sage et décent de n'en pas tenir compte. De Marcel Aymé / La vouivre
  • Aucune créature surnaturelle, aucun elfe ne peut être pleinement satisfait. De Lord Dunsany
  • L'expression "mort naturelle" est charmante. Elle laisse supposer qu'il existe une mort surnaturelle, voire une mort contre nature. De Gabriel Matzneff
  • La prévention des catastrophes naturelles implique, de la part des élus, une intégrité surnaturelle. De Anonyme / Code des collectivités territoriales
  • Ce qu’il y a de plus singulier dans la vie de l’homme, ce n’est pas sa soumission mais son opposition aux instincts. Il aspire à une vie surnaturelle. De Henry David Thoreau
  • L'art est l'expression sacrée de forces invisibles et surnaturelles scellées par les génies. De Jean-Marie Adiaffi / La carte d'identité
  • Le Québec est un éden quasi surnaturel avec ses 3,6 millions de plans d’eau et la qualité de pêche qu’il propose. On y retrouve plus d’une centaine d’espèces qui ne demandent pas mieux que de faire arquer nos cannes au maximum. Il y en a vraiment pour tous les goûts et toutes les bourses. Le Journal de Montréal, Là où foisonnent de gros salmonidés | Le Journal de Montréal
  • Maid of Sker nous transporte donc au Pays de Galles, en 1898 et nous fait incarner Thomas Evans. Ce jeune musicien se rend à l’hôtel Sker pour retrouver sa bien-aimée, Elizabeth Williams, séquestrée par son père après qu’il ait appris qu’elle voulait tout quitter pour s’enfuir avec son fiancé. Une quête qui va le confronter à des événements surnaturels et particulièrement effrayants qui le mettront en danger. Geeko, Test – Maid of Sker : un folklore gallois pas si effrayant - Geeko
  • Mr Messaoud Boudjenoun, auteur du livre, « L’Islam et les mystères du monde surnaturel ». KAWA, La magie dans l’Islam - KAWA
  • Bien que de nombreux jeux aient réussi à montrer la brutalité et la brutalité de la guerre, rares sont les expériences qui reprennent les conflits de guerre les plus importants de l’histoire pour créer une œuvre imaginant un côté obscur où se déroule le surnaturel. Eh bien, ce dernier a été l’inspiration de Catchweight Studio et de son projet CONSCRIPT, qui s’inspire de la Première Guerre mondiale et a rapidement atteint son objectif dans Kickstarter. Marseille News .net, CONSCRIPT, un jeu d'horreur de la Première Guerre mondiale, réussit sur Kickstarter - Marseille News .net

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Traductions du mot « surnaturel »

Langue Traduction
Anglais supernatural
Espagnol sobrenatural
Italien soprannaturale
Allemand übernatürlich
Chinois 超自然
Arabe خارق للعادة
Portugais sobrenatural
Russe сверхъестественное
Japonais 超自然的
Basque naturaz gaindiko
Corse supernatural
Source : Google Translate API

Synonymes de « surnaturel »

Source : synonymes de surnaturel sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « surnaturel »

Surnaturel

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