Secouer : définition de secouer


Secouer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SECOUER, verbe trans.

A. −
1. Agiter, remuer vivement à plusieurs reprises. Il court à vous du plus loin qu'il vous voit, vous prend la main et vous la secoue à démettre le poignet (Jouy,Hermite, t. 1, 1811, p. 36).Leurs chevaux s'ébrouaient, secouant leurs colliers garnis de grelots (Moselly,Terres lorr., 1907, p. 209).
SYNT. Secouer un arbre, une branche, ses jupes, une porte, la salade, un tapis; secouer les dés dans un cornet; secouer ses cheveux, ses épaules, ses pieds; secouer qqn par le bras, par les épaules; secouer qqn pour le réveiller; cheval qui secoue son mors, son cavalier; lion qui secoue sa crinière; oiseau qui secoue ses ailes, ses plumes; avion secoué par des trous d'air; secouer en tout sens; secouer avec fureur, avec rage; secouer furieusement, rudement, vigoureusement, violemment, vivement.
Loc. verb., fam., au fig. Secouer le cocotier*. Secouer les oreilles (à qqn). V. oreille.Secouer le paletot* de qqn. Secouer qqn/qqc. comme un prunier*.
N'en avoir rien à secouer (de qqc.) (très fam.). N'avoir cure de quelque chose. Mon profil de carrière, j'en ai rien à secouer (Le Point, 3 oct. 1977, p. 105, col. 2).Eux qui ne veulent pas m'entendre (...), eux qui n'en ont rien à secouer de ce que je pense (Chr. Collange, Moi, ta mère, 1985, p. 21).
Empl. pronom. réfl. dir. Chien mouillé qui se secoue. Le mâle de la taupe se secoue pour se débarrasser des miettes de terre qui le souillent (Pergaud,De Goupil, 1910, p. 85).
Empl. abs. Cette voiture secoue beaucoup (Ac.1878, 1935).On roulait assez vite à présent sur les pavés des boulevards de la Seine et (...) ça secouait bien de trop, même pour se bouger (Céline,Voyage, 1932, p. 606).
Souvent au passif. [Le suj. ou le compl. d'agent désigne un mouvement ou un agent qui provoque un mouvement] Un faible choc secoua la barque (Barrès,Barbares, 1888, p. 134).La maison (...) a été secouée par un grand vent comme si elle allait se disjoindre et tomber en pièces (Aragon,Beaux quart., 1936, p. 51).
SYNT. Être secoué de convulsions, de fièvre, de frissons, de larmes, de sanglots, de tremblements; être secoué par les cahots, par un fou-rire, par des hoquets, par la toux; rire, toux qui secoue qqn, les épaules, la poitrine de qqn.
2. En partic. [Le compl. d'obj. désigne la tête; pour signifier le doute, l'approbation, le refus] Secouer affirmativement, négativement, tristement la tête; secouer la tête pour dire non, en signe de doute. Les vieux richards eurent beau m'offrir leur fortune; je secouais la tête à toutes les propositions (Dumas père, Halifax, 1842, ii, 4, p. 54).Jacques cligne de l'œil et secoue le chef en signe d'approbation (Queneau,Loin Rueil, 1944, p. 117).
3. P. méton. Se débarrasser de quelque chose par des mouvements brusques, répétés. Secouer des brins d'herbe, des miettes, la neige, la pluie, la poussière de ses vêtements; secouer la cendre d'un cigare. Elle sursauta, secoua une coccinelle qui lui cheminait sur la main (Montherl.,Bestiaires, 1926, p. 454).Il retirait son chapeau pour en secouer les gouttes de pluie (Duhamel,Désert Bièvres, 1937, p. 10).
Loc. verb. Secouer la poussière* de ses pieds, de ses sandales, de ses souliers. Secouer ses puces; secouer les puces à qqn. V. puce.
Au fig. [Le compl. d'obj. désigne une chose abstr. qui constitue une contrainte, une charge] (Essayer de) se débarrasser de quelque chose. La première jeunesse ne peut secouer les apparences de la retenue et de la crainte (Sand,Hist. vie, t. 4, 1855, p. 226).Au matin, secouer les songes, les crasses, les choses qui ont profité de l'absence et de la négligence pour croître et encombrer (Valéry,Tel quel II, 1943, p. 25).V. joug I B 1 ex. de Durkheim.
SYNT. Secouer son angoisse, son apathie, son chagrin, ses chaînes, son engourdissement, sa fatigue, sa nonchalance, sa paresse, ses préjugés, sa torpeur; secouer l'autorité, le despotisme, l'emprise, l'oppression, la typrannie de qqn.
Rare. Secouer qqn de qqc.Débarrasser quelqu'un de quelque chose. Vent informe, élastique et sombre qui me secouait de l'envie d'aller au bord de la mer (Proust,Guermantes 2, 1921, p. 142).Faire progresser l'humanité, (...) libérer le prolétariat, (...) secouer les opprimés de leurs chaînes (Lacroix,Marxisme, existent., personn., 1949, p. 28).
4. Littér., par hypallage. Elle tournait, emplissant l'étroit jardin du vol de ses jupes, secouant cette âpre senteur de verdure qu'elle portait sur elle (Zola,Faute Abbé Mouret, 1875, p. 1254).Les coups de brise sans amplitude secouant dans l'air l'odeur des conifères (Malègue,Augustin, t. 1, 1933, p. 41).
B. − Souvent au passif. [Le compl. d'obj. désigne une pers., un ensemble de pers. ou un attribut d'une pers.] Troubler par une commotion physique et/ou morale. Synon. agiter, bouleverser, ébranler.Être secoué par une douleur, par une émotion, par une maladie, par une passion; choc, événément qui secoue le cœur, l'esprit, les nerfs (de qqn); crise, guerre, révolution qui secoue un pays. Il était secoué par des impulsions violentes et contradictoires (Martin du G.,Thib., Sorell., 1928, p. 1210):
J'entrai dans un spasme de colère si violent qu'il m'étonna moi-même (...). J'aurais crié, brisé un objet, manifesté par quelque folie le mouvement de rage qui me secouait l'âme. Bourget,Disciple, 1889, p. 167.
Littér. [Le compl. d'obj. désigne une chose perceptible par les sens] Troubler, ébranler. Bruit, explosion qui secoue le silence. Au loin (...) monta la note ardente et mélancolique d'un crapaud, qui secoua la nuit de sa vibration de métal (Moselly,Terres lorr., 1907, p. 175).L'horizon était secoué d'éclairs (Giono,Bonheur fou, 1957, p. 361).
C. − Fam. [Le compl. d'obj. désigne une pers.] Inciter vivement quelqu'un à l'action, à l'effort, parfois en le réprimandant. Secouer un élève, un employé. Tâche de secouer ta grand'mère. Il faut ne pas la plaindre, et l'empêcher de penser à elle (Flaub.,Corresp., 1870, p. 136).Si je ne secoue pas mes hommes, la nuit toujours les inquiétera (Saint-Exup.,Vol nuit, 1931, p. 106).
Empl. pronom. réfl. (Faire un effort pour) sortir de son abattement, de son inertie, (faire un effort pour) agir. Il faut vous secouer! Ses jambes s'engourdissaient, il craignait de s'endormir (...). Et, pour se secouer, il évoquait Thérèse à sa toilette (Zola,Cap. Burle, 1883, p. 186).Quel dommage qu'elle passe vite [la mélancolie] et qu'il faille redevenir sérieux, énergique, se secouer, agir! (Renard, Œil clair, 1910, p. 29).
REM. 1.
Secouant, -ante, part. prés. en empl. adj.,rare. a) Qui agite, qui remue vivement, à plusieurs reprises. Une toux quinteuse et secouante (Malègue,Augustin, t. 2, 1933, p. 464).b) Qui trouble par une commotion physique et/ou morale. Synon. bouleversant.L'émotion née de Giotto avait le droit d'être grande, et aussi l'effet de tant d'autres belles choses secouantes (Malègue,Augustin, t. 2, 1933, p. 133).
2.
Secoué, -ée, part. passé en empl. adj.a) Agité de mouvements brusques, répétés. Les nuits en chemins de fer, le sommeil secoué des wagons avec des douleurs dans la tête et des courbatures dans les membres (Maupass.,Contes et nouv., Sœurs R., t. 1, 1884, p. 1253).Je n'avais pas dormi de la nuit et, après une traversée secouée, j'arrive à Alger fort abruti (Gide,Journal, 1943, p. 246).b) Troublé par une commotion physique et/ou morale. α) [En parlant d'une pers., d'un attribut d'une pers.] Être tout secoué. Joanny, tout tremblant et les nerfs secoués, venait de répandre du chocolat sur son gilet (Larbaud,F. Marquez, 1911, p. 108). β) [En parlant d'une durée] Pas plus que les temps secoués, la période stable n'apporta d'amélioration (Maurras,Kiel et Tanger, 1914, p. XXI).Ces vacances secouées ont failli être amusantes pendant deux ou trois jours (Valéry,Corresp.[avec Gide], 1901, p. 388).
3.
Secouette, subst. fém.Action de (se) secouer; petite secousse. Des petites secouettes de la tête en manière de salutations (Feydeau,Dame Maxim's, 1914, I, 13, p. 18).Toutes les maisons, du haut en bas, vibrent sourdement, semblent onduler, atteintes elles aussi de cette secouette du shimmy (Sem,Ronde nuit, 1923, p. 111).
Prononc. et Orth.: [səkwe], (il) secoue [səku]. Barbeau-Rodhe 1930: je secoue [ʒ əsəku], [-sku]. Martinet-Walter 1973: (il faut) secouer [səkwe]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1450 secouer le pelisson « rudoyer » (Sottie du Gaudisseur, 53 ds Recueil Trepperel, éd. E. Droz, p. 9); b) 1580 secouer qqn (Montaigne, Essais, éd. P. Villey, p. 76); 2. 1531 (R. Estienne, Dictionarium, 14efeuillet, r ods Quem. DDL à paraître: Faire signe de non consentir a aucun en secouant la tête); 3. a) 1549 (Est., s.v. joug: secouer le joug de servage); b) 1580 « ébranler (quelque chose) » (Montaigne, op. cit., p. 441: secouër et altérer notre croiance); 4. 1762 se secouer « réagir » (Diderot, Lettres à S. Volland, t. 1, p. 86); 5. 1766 être secoué « être en mauvaise santé » (Voltaire, Lett. d'Argental, 22 oct. ds Littré). Réfection, d'apr. les formes secouons, secouez, secouent de l'a. fr. seco(u)rre « remuer vivement » att. dep. la fin du xiies. (E. de Fougères, Manières, 753 ds T.-L.), lui-même du lat. succutere « agiter, ébranler ». Fréq. abs. littér.: 5 351. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3 757, b) 8 450; xxes.: a) 10 501, b) 8 656.
DÉR. 1.
Secouage, subst. masc.Action d'agiter, de remuer vivement, à plusieurs reprises. Synon. secouement.Blastomères (...) séparés les uns des autres par secouage (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 532).Infra secoueur ex. de Ballu. [səkwa:ʒ]. 1reattest. 1875 « action de secouer le tabac » (Journ. offic., 29 nov., 1recol. ds Littré.); de secouer, suff. -age*.
2.
Secouement, subst. masc.a) Action d'agiter, de remuer vivement, généralement à plusieurs reprises. Synon. secouage.Ce réveil brusque du petit jour (...) que le coq lance à tout l'horizon, dressé droit sur ses ergots de bataille, avec un grand secouement d'ailes (A. Daudet,R. Helmont, 1874, p. 74).Le tonnerre est entré: nous avons été lancés violemment les uns sur les autres par le secouement effroyable du sol et des murs (Barbusse,Feu, 1916, p. 320).b) Rare. Action (d'essayer) de se débarrasser de quelque chose qui constitue une contrainte, une charge. La mimique théâtrale était pour lui une distraction violente, un secouement de son noir ennui de l'existence (Goncourt,Journal, 1888, p. 773). [səkumɑ ̃]. Barbeau-Rodhe 1930: un secouement [ε ̃sku-]. Ac. 1740, 1762: secoûment; 1798, 1835: secoûment, -coue-; 1878: secouement, -coû-; 1935: secouement. 1resattest. a) 1538 « action de secouer, ébranlement » (R. Estienne, Dict. Latinogallicum, 600 b ds Rom. Forsch. t. 32, p. 161); b) 1726 fig. « action de rejeter loin de soi » (Desfontaines, Dict. néol.: le secouëment de l'autorité); de secouer, suff. -ment1*.
3.
Secoueur, -euse, subst.a) Subst. masc. ou fém., rare. Ouvrier, ouvrière qui secoue. Une secoueuse de tapis (Lar. 19e). b) Subst. masc. technol. α) ,,Instrument pour détacher le moule d'une pièce fondue`` (Duval 1959; dict. gén. xixeet xxes.). β) Secoueur (de paille). Dispositif d'une batteuse servant à récupérer les grains qui restent dans la paille. [Dans la batteuse] la séparation de la paille d'avec tous les autres éléments est effectuée au moyen des secoueurs (Passelègue,Mach. agric., 1930, p. 272).Pour éviter le secouage de la paille à la main on a imaginé des secoueurs mécaniques (Ballu,Mach. agric., 1933, p. 475). [səkwœ:ʀ], fém. [-ø:z]. 1resattest. a) 1611 « personne qui secoue » (Cotgr.) − 1660, Oudin Fr.-Esp., encore en 1765 pour désigner un ouvrier-étameur (Encyclop., Planches 4, Eperonnier, p. 1), b) α) 1782 « instrument employé pour détacher les moules des pièces qui y sont coulées » (Encyclop. méthod. Arts et métiers t. 2, p. 747), β) 1892 « partie de la batteuse à grain » (Guérin); de secouer, suff. -eur2*; au sens b α cf. 1765 secoueux (Encyclop., Planches 4, Forges, p. 24, 32).
BBG.Dub. Dér. 1962, p. 41 (s.v. secoueur). − Quem. DDL t. 9 (s.v. secouant).

Secouer : définition du Wiktionnaire

Verbe

secouer \sə.kwe\ ou \skwe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se secouer)

  1. Remuer quelque chose fortement et à plusieurs reprises.
    • Les antennes de l’appareil étaient toutes secouées, dans la nuit, d’une vibration puissante, […]. — (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, p.112)
    • Il empoigna Bert par l’épaule, et le secoua vigoureusement, accompagnant ses gourmades d’objurgations irritées et le repoussant avec violence en arrière. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 349 de l’éd. de 1921)
    • Ce cheval a un trot qui secoue rudement son homme.(Absolument)Cette voiture secoue beaucoup.
  2. Se défaire de quelque chose par un mouvement violent.
    • Ce taureau a secoué le joug.
  3. (Figuré) S’affranchir de ce qui pèse.
    • Secouer le joug de la tyrannie.
    • Secouer les préjugés.
  4. Faire un mouvement, en parlant de la tête, pour refuser quelque chose, ou pour se moquer de quelqu’un.
  5. (Figuré) Se débarrasser de.
    • Secouer sa torpeur, sa paresse.
  6. (Figuré) (Familier) Causer une commotion physique ou morale.
    • Cette maladie, cette fièvre l’a bien secoué.
    • Cette nouvelle l’a fortement secoué.
  7. (Figuré) Réprimander.
    • Allez magnez-vous ! Magnez-vous ! Nous secouait Michelle. Faites gaffe, le gros Schneider peut se pointer à chaque instant … — (Mina Benmimoun, Miniss, page 23, L’Harmattan, 2009)
    • Son père l’a secoué d’importance.
  8. (Figuré) (Populaire) Posséder charnellement.
    • On n’a pas vu Stéphane cet après-midi, comme prévu. Bah, il a dû encore en secouer une dans les prés...
  9. (Pronominal) Se remuer fortement pour faire tomber quelque chose qui incommode.
    • Il se secoue furieusement comme un taureau piqué de banderilles. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 243)
    • Les chiens se secouent quand ils sont mouillés. — Un oiseau qui se secoue. — Les chevaux se secouent pour se défaire des mouches.
  10. (Pronominal) (Figuré) (Familier) Sortir de l’inaction, ne pas s’abandonner au découragement, faire effort.
    • Il faut vous secouer et ne pas rester au lit à groumer.
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Secouer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SECOUER. v. tr.
Remuer quelque chose fortement et à plusieurs reprises. Secouer un arbre pour en faire tomber les fruits. Secouer un manteau, un tapis pour en ôter la poussière. Ce cheval a un trot qui secoue rudement son homme. Absolument, Cette voiture secoue beaucoup. Secouer la tête, Faire un mouvement de la tête, pour refuser quelque chose, ou pour se moquer de quelqu'un. Secouer la poussière d'un vêtement, Secouer un vêtement pour faire tomber la poussière qui le couvre. On dit de même Secouer la poussière de ses pieds, de ses souliers. Cette dernière expression signifie figurément S'éloigner d'un lieu avec colère, avec ressentiment, et pour n'y plus revenir. Fig. et pop., Secouer les puces à quelqu'un, Le gourmander, le réprimander rudement.

SECOUER signifie aussi Se défaire de quelque chose par un mouvement violent. Ce taureau a secoué le joug. Fig., Secouer le joug, S'affranchir de la domination, se mettre en liberté. Secouer le joug de la tyrannie. Quand les Romains secouèrent le joug des Tarquins. Fig., Secouer le joug des passions, S'affranchir de la tyrannie des passions, dompter ses passions. On dit dans un sens analogue : Secouer les préjugés. Fig., Secouer sa torpeur, sa paresse, S'en débarrasser.

SECOUER signifie, figurément et familièrement, Causer une commotion physique ou morale. Cette maladie, cette fièvre l'a bien secoué. Cette nouvelle l'a fortement secoué. Il signifie encore, figurément et familièrement, Réprimander. Son père l'a secoué d'importance.

SE SECOUER signifie Se remuer fortement pour faire tomber quelque chose qui incommode. Les chiens se secouent quand ils sont mouillés. Un oiseau qui se secoue. Les chevaux se secouent pour se défaire des mouches. Fig. et fam., Il faut se secouer se dit à une personne à qui l'exercice, le mouvement est nécessaire, ou encore que l'on invite à sortir de l'inaction, à ne pas s'abandonner au découragement, à faire effort.

Secouer : définition du Littré (1872-1877)

SECOUER (se-kou-é), je secouais, nous secouions, vous secouiez ; que je secoue, que nous secouions, que vous secouiez v. a.
  • 1Remuer fortement et à plusieurs reprises. Secouer une porte. Son cheval l'a un peu secoué. Le vent secoue les arbres. Secouer un tapis, une robe. La maladie se joue de nos corps : là elle étend, là elle retire, là elle relâche, là elle engourdit ; là elle cloue un corps perclus et immobile, là elle le secoue tout entier par des tremblements, Bossuet, Sermons, Résur. dern. 2. L'Amour, qui vit changer son triomphe en une honteuse défaite, s'éleva au milieu des airs en secouant ses ailes, Fénelon, Tél. VII. Minerve-Papillon, le hibou à qui vous avez fait l'honneur d'écrire a été enchanté de votre souvenir ; il en a secoué ses vieilles ailes de joie, Voltaire, Lett. à Mme de Saint-Julien, 3 mars 1769.

    Fig. Ouvrons, comme lui [le Romain], les portes de nos temples [pour une déclaration de guerre] ; qu'un ambassadeur se transporte sur la frontière ennemie, et qu'il y secoue la guerre du pan de sa robe, au son de la trompette du héraut qui l'accompagnera, Raynal, Hist. phil. X, 14.

    Absolument. Cette voiture secoue beaucoup.

    Il ne l'a guère tenu, mais il l'a bien secoué, se dit de ceux qui maltraitent quelqu'un.

  • 2Secouer la tête, faire un mouvement de tête par refus, par improbation, par doute. [L'âne] Content de ses chardons, et secouant la tête : Ma foi, non plus que nous, l'homme n'est qu'une bête, Boileau, Sat. VIII. Son billet que je lus, en secouant la tête, à l'endroit où il me recommandait le silence, Marivaux, Marianne, 6e part. À ce discours, tous les philosophes secouèrent la tête, Voltaire, Micr. 7.

    Fig. Secouer les oreilles, ne tenir compte de quelque chose, s'en moquer.

    Se dit aussi d'un homme qui ne veut point accorder ce qu'on lui demande. À cette proposition il secoua l'oreille, les oreilles.

    Fig. et familièrement. Il ne fait qu'en secouer les oreilles, se dit d'un homme qui, éprouvant quelque accident fâcheux ou recevant quelque affront, témoigne n'y être pas sensible.

    Fig. Il n'y a qu'à secouer un peu l'oreille et cela est passé, se dit en parlant d'une petite peine qu'on oublie bientôt.

  • 3Secouer la poussière, faire tomber la poussière de dessus quelque chose. Secouer la poussière d'un habit. [Le hibou] De ses ailes dans l'air secouant la poussière, Boileau, Lutr. III. Oui, je secouerai la poussière Qui ternit ses nobles couleurs [du drapeau tricolore], Béranger, Drapeau.

    Secouer la poussière de ses souliers, ôter la poussière qui les couvre, et fig. s'en aller avec indignation, douleur, affliction. Secouez, en sortant de cette maison ou de cette ville, la poussière de vos pieds, Sacy, Bible, Evang. St Matthieu X, 14. Eloignez-vous de celles-ci [les sœurs qui ne sont pas suffisamment fidèles à leurs obligations] ; secouez même contre elles la poussière de vos pieds, comme parle l'Évangile, Bossuet, Lett. Corn. 149. Comme lui [le voyageur], de nos pieds secouons la poussière ; L'homme par ce chemin [la vie] ne repasse jamais, Lamartine, Médit. VI.

  • 4Se défaire, s'affranchir de quelque chose par un mouvement violent. Ce taureau a secoué le joug.

    Fig. Secouer le joug, s'affranchir violemment d'une autorité qui pèse. Ils [les Machabées] secouèrent le joug des rois de Syrie, qui les persécutaient pour leur religion, Bossuet, 5e avert. 24. Quand on veut secouer le joug de l'autorité divine, et ne régler ses sentiments, non plus que ses mœurs, que par sa raison égarée, Bossuet, Hist. II, 13. Personne n'ignore comme, au seizième siècle, la moitié de l'Europe, lassée des crimes d'Alexandre VI, de l'ambition de Jules II, des extorsions de Léon X… secoua enfin le joug appesanti depuis longtemps, Voltaire, Fragm. sur l'hist. XX.

    On dit de même : secouer les chaînes. Il se fait une très grande révolution dans les esprits en Italie et en Espagne ; le Nord entier secoue les chaînes du fanatisme, Voltaire, Lett. Le Riche, 1er mars 1768.

    Secouer le joug des passions, les refréner, les dompter.

    Il se dit aussi de tout ce qui est regardé comme pesant, gênant, et qu'on écarte. Le moine secoua le cilice et la haire, Boileau, Lutr. VI. Mon cœur, enivré d'une folle passion, secouait presque toute pudeur, Fénelon, Tél. IV. Tandis qu'il se croit plus libre en secouant l'obéissance qu'il doit à Dieu seul … il multiplie ses maîtres, Massillon, Carême, Lazare. Je vous aime tendrement, surtout quand vous secouez avec moi votre paresse, Voltaire, Lett. Thibouville, 26 nov. 1777.

    Il signifie aussi écarter par un effort de l'âme. Secouons, s'il se peut, de mon âme l'impression que cet enfant y a faite, Diderot, Père de famille, II, 5. Le poëte… cherche… S'il pourra de sa tête apaiser les orages, Et secouer le dieu qui fatigue son sein, Chénier, l'Invention, V. 345.

  • 5 Fig. Donner une commotion morale. Mes événements sont incroyables ; vous en savez une partie, et assurément vous avez cru qu'il ne pouvait plus m'arriver rien qui secouât davantage mon âme, Galiani, Lett. à Mme d'Épinay, 25 juill. 1778.
  • 6 Fig. et familièrement. Réprimander, gronder. Son père l'a secoué d'importance. Il [le jeune Grignan] n'est que trop sage et trop posé ; il faut le secouer par des plaintes injustes, Sévigné, 9 juin 1680.

    Populairement. Secouer les puces à quelqu'un, le battre.

  • 7Il se dit des maladies qui remuent tout le corps et tourmentent beaucoup. Cette maladie l'a bien secoué.

    Être bien secoué, passer par une maladie qui tourmente beaucoup. Si mon état continue, adieu les tragédies ; j'ai été vivement secoué, et j'ai la mine d'aller trouver Sophocle, avant de faire comme lui des tragédies à quatre-vingts ans, Voltaire, Lett. d'Argental, 22 oct. 1766.

  • 8Se secouer, v. réfl. Se remuer fortement pour faire tomber quelque chose qui incommode.

    Fig. et familièrement. Il faut se secouer, il faut prendre de l'exercice, se donner du mouvement. Amusez-vous, secouez-vous, occupez-vous, Voltaire, Lett. d'Argental, 30 déc. 1774.

    Il faut se secouer, signifie aussi : il faut agir dans cette affaire, il ne faut pas rester oisif.

  • 9 Familièrement. Se secouer, ne pas se laisser aller à son malaise, ne pas s'écouter.

HISTORIQUE

XIVe s. En eux ainsi sequeuant et joant cortoisement, Du Cange, succusatio.

XVe s. Il fut percé au bras tant que la lance se tint dedans son bracelet ; mais il la secout [secoua] tantost sur le sablon, Monstrelet, t. II, p. 110, dans LACURNE. Lors commencerent à secourre la neige et le gresil jus de leurs haulbertz, Perceforest, t. IV, f° 33. Quant l'esperit veit ce, il print à secourre l'arbre comme pour le hocher jus ; et lors fust le chevalier tumbé sur la roche, s'il ne se fust tenu à une branche, ib. f° 127.

XVIe s. De mauvais garsons… lesquels ne cessoient faire mille insolences… si que, ung soir, les compaignons de la ville les rencontrarent qui leur secouirent bien leur pellisson, Bonivard, Chr. de Genève, II, 32. Pour eux tombe en abondance Le glan des chesnes secous, Ronsard, 921. Adonc commencerent les bœufs à se debattre, et à secouer leurs testes, et, en ce faisant, se couvrirent de feu les uns les autres de plus en plus, Amyot, Fab. 17. Il luy osta la dague qu'elle portoit, et secoua ses habillemens, de peur qu'elle n'eust dedans quelque poison caché, Amyot, Anton. 102. Ce que je considere, je l'usurpe, une sotte contenance… une forme de parler ridicule ; les vices plus ; d'autant qu'ils me poignent, ils s'accrochent à moy, et ne s'en vont pas sans secouer, Montaigne, III, 356. Comme les pals s'enfoncent plus avant et s'affermissent en les branslant et secouant, Montaigne, I, 275.

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Secouer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SECOUER, v. act. (Gram.) émouvoir à plusieurs reprises ; secouer la poussiere de ses souliers ; secouer la bride à un cheval ; secouer un arbre pour en faire tomber les insectes, les fruits. Il se prend aussi au figuré ; il a secoué le joug de ses maîtres ; les habitans du Paraguai, mal conseillés, ont secoué le joug de leur souverain, &c.

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Étymologie de « secouer »

Étymologie de secouer - Wiktionnaire

Ancien français secourre, du latin sŭccŭtĕre, forme refaite en français pré-classique (Rabelais, 1532).
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Étymologie de secouer - Littré

Wallon, heûre ; namur. cheûre ; norm. escouer ; provenç. secodre, socodre ; catal. espagn. et portug. sacudir ; du lat. succutere, de sub, sous, et un radical cutere, frapper. L'infinitif secorre est régulier, du latin succutere ; le participe secous l'est aussi, de succussus. Quant à secouer, il ne l'est pas ; il est probablement une altération pour secouir (comme puer pour puir), qui serait la forme correspondante aux autres langues romanes.

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Phonétique du mot « secouer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
secouer sœkwe play_arrow

Conjugaison du verbe « secouer »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe secouer

Citations contenant le mot « secouer »

  • Le résultat est... violent. Très violent même, au point où il risque de secouer les estomacs plus fragiles, certes, mais également certains des cinéphiles plus aguerris. Le sang coule à flots, et les meurtres sont détaillés avec une insistance troublante par moments. Sur ce plan, on ne peut qu’admirer le jusqu’au-boutisme de Jay Baruchel, qui livre ici une œuvre sans compromis, dont la brutalité n’est pas sans rappeler les classiques à la The Texas Chainsaw Massacre. Le Journal de Montréal, Âmes sensibles s’abstenir | Le Journal de Montréal
  • Désormais, lorsque vos secouerez votre iPhone, même légèrement, le pop-up d’annulation de la dernière action réalisée ne s’affichera plus. 01net, Comment désactiver le pop-up Secouer pour Annuler sur iOS
  • Etre jeune, c'est être spontané, rester proche des sources de la vie, pouvoir se dresser et secouer les chaînes d'une civilisation périmée, oser ce que d'autres n'ont pas eu le courage d'entreprendre ; en somme, se replonger dans l'élémentaire. De Thomas Mann / Le docteur Faustus
  • Le pire, quand on fait un discours, ce n'est pas de prendre conscience que vos auditeurs regardent leur montre, c'est le moment où ils se mettent à la secouer pour voir si elle n’est pas arrêtée. De Lord Birkett
  • La littérature, et même le roman qui est d'expression plus libre, finissent par être soumis à des règles, à des conventions qu'il faut de temps en temps secouer pour y réintroduire la vie. De Erica Jong / Entretien avec Sophie Lannes - Juillet-Août 1978
  • Quand on veut écrire sur les femmes, il faut tremper sa plume dans l'arc-en-ciel et secouer sur sa ligne la poussière des ailes du papillon. De Denis Diderot
  • Je ne veux surtout pas être raisonnable. Je vois des enfants sages partout. Si on fait ce métier de chanteur, c’est pour secouer le bocal. De Christophe Miossec / Télérama, 4 février 2015
  • L’acteur est comme ces boules de verre avec de la neige à l’intérieur : il passe son temps à secouer ses émotions. De Gary Oldman
  • Si on veut des pommes, il faut secouer le pommier. De Proverbe bulgare
  • Il faut secouer la vie ; autrement elle nous ronge. De Stendhal / Lettres
  • Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. Henri Calet, Peau d'ours, Gallimard

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Traductions du mot « secouer »

Langue Traduction
Corse agita
Basque shake
Japonais 振る
Russe сотрясения
Portugais mexe
Arabe هزة
Chinois
Allemand shake
Italien shake
Espagnol sacudir
Anglais shake
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Synonymes de « secouer »

Source : synonymes de secouer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « secouer »



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