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Rhétorique

Variantes Singulier Pluriel
Masculin et féminin rhétorique rhétoriques

Définitions de « rhétorique »

Trésor de la Langue Française informatisé

RHÉTORIQUE, subst. fém. et adj.

I. − Subst. fém.
A. − Technique du discours; ensemble de règles, de procédés constituant l'art de bien parler, de l'éloquence. Enseignement de la rhétorique; maître, professeur de rhétorique; préceptes de rhétorique. Il considérait la rhétorique comme une chose grave; quand il faisait du style, l'hyperbole l'emportait au delà de sa pensée, et il employait des expressions magnifiques pour des sujets assez pauvres (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p. 102):
1. Il semble (...) qu'il y ait rhétorique partout où les mots prennent le pas sur la pensée, se mettent en évidence, appellent l'attention sur leur ordre et leur composition. Ainsi parle-t-on des belles phrases et des « raisonnements sonores » par lesquels un écrivain, un orateur cherche à séduire son public; du « beau vers », ce moule tout fait où le poète s'efforce de couler sa pensée. Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p. 206.
Figure de rhétorique. V. figure I B 3 spéc. b.Fleur de rhétorique. V. fleur B 5 a.
P. méton.
Livre traitant de cette technique ou de cet art. Ces syllabes naturelles ou physiques ne sont pas exactement les mêmes que celles qui sont reconnues et avouées par les grammaires, les rhétoriques, et les poétiques des différentes langues (Destutt de Tr., Idéol. 2, 1803, p. 323).Je dévorais tous les traités d'éloquence; je savais par cœur la rhétorique d'Aristote et les discours sur l'éloquence de Fénélon (Jouy, Hermite, t. 1, 1811, p. 96).
Vieilli. Classe de l'enseignement secondaire (correspondant à l'actuelle première) où l'on enseignait la rhétorique. Quelques années de seconde et de rhétorique employées à mal apprendre le grec et le latin (Vigny, Journal poète, 1847, p. 1261).Lorsque nous étions en rhétorique, il arriva qu'un jour notre professeur s'attarda assez longuement à un rapprochement, qu'il considérait sans doute avec quelque complaisance. Entre L'enfer du Dante de la Divine Comédie et l'idée que purent s'en faire par la suite les romantiques et particulièrement Hugo (Gracq, Beau tén., 1945, p. 59).Rhétorique supérieure. Première supérieure. Brillant élève de lettres en rhétorique supérieure à Condorcet (Martin du G., Souv. autobiogr., 1955, p. lxxii).
HIST. LITTÉR. Chambres de rhétorique. [En Flandre et en Artois, au xives.] Sociétés littéraires. Les chambres de rhétorique [des poètes flamands] ont eu beau cultiver et mettre en scène la poésie, aucun talent n'a tiré de cette matière une grande et belle œuvre (Taine, Philos. art, t. 1, 1865, p. 252).
Rem. 1. On relève un empl. de rhétorique s'appliquant à des faits autres que des faits de discours: Un seul mot couvre de sa clameur répétée le placard de publicité ou l'annonce de spectacles: Sensation! Sensationnel! L'anglicisme répond, en écho: Exciting! C'est ce que Valéry appelait la « rhétorique du choc » (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 52). 2. Le concept de rhétorique est actuellement réexaminé sous l'impulsion de la sémiotique discursive et textuelle et reformulé dans le cadre d'une tentative pour constituer une nouvelle rhétorique générale et une théorie littéraire contemporaine: La rhétorique est considérée par certains comme le second chapitre, après la linguistique, de la sémiotique générale. La rhétorique est une étude du discours, et ces procédés de discours sont pour la plupart codés (Rey Sémiot. 1979). 3. Dans le cadre de la sémiotique générale, le concept de rhétorique est appliqué à des langages autres que le langage articulé: rhétorique de la publicité, du message publicitaire, rhétorique de l'image.
B. − En partic.
1. Ensemble des moyens d'expression, des procédés stylistiques propres à une personne ou à un groupe de personnes. J'empruntai des ressources à la langue figurée, je puisai dans les profondeurs de ma rhétorique, je jonchai le chemin de la débutante de toutes les épithètes que peut imaginer un homme de style; je l'élevai sur un trône de périodes, orné de trophées d'érudition pittoresque (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 81).Le petit soldat (...) acquérait les grâces balancées et fleuries du tourlourou parisien. Il en apprenait la rhétorique, les épanouissements galants, les entortillements de style, si flatteurs pour les dames (Zola, Page amour, 1878, p. 956).
En partic. Ensemble des expressions, des figures de style propre à un écrivain ou à une école littéraire. Rhétorique romantique. [V. Hugo] nous avait conquis par ses fortes allures de géant, il nous ravissait par sa rhétorique puissante (Zola, Doc. littér., Musset, 1881, p. 74):
2. L'exigence de la révolte, à vrai dire, est en partie une exigence esthétique. Toutes les pensées révoltées (...) s'illustrent dans une rhétorique ou un univers clos. La rhétorique des remparts chez Lucrèce, les couvents et les châteaux verrouillés de Sade, l'île ou le rocher romantique, les cimes solitaires de Nietzsche, l'océan élémentaire de Lautréamont, les parapets de Rimbaud... Camus, Homme rév., 1951, p. 316.
2. Péj. Ensemble de procédés d'éloquence apprêtés, déclamatoires et pompeux. Faire de la rhétorique. Notre excellent Norpois a beau écrire (en sortant un des accessoires de rhétorique qui lui sont aussi chers que « l'aube de la victoire » et le « Général Hiver »): « Maintenant que l'Allemagne a voulu la guerre, les dés en sont jetés », la vérité c'est que chaque matin on déclare à nouveau la guerre (Proust, Temps retr., 1922, p. 796).Arsène commença de soupçonner que pour son confesseur, l'expression de « Créature infernale » était de pure rhétorique (Aymé, Vouivre, 1943, p. 51).
[En parlant d'un écrivain] Style pompeux et artificiel. Le vrai talent littéraire, c'est d'écrire des livres comme on écrit des lettres, absolument. Tout ce qui n'est pas cela n'est que pathos, pose, rhétorique, enflure (Léautaud, Journal littér., 1, 1906, p. 249).Je ne puis plus croire une seule des paroles que vous avez écrites. Votre œuvre n'est que rhétorique, un monument de mauvaise littérature (Montherl., Pitié femmes, 1936, p. 1188).
Rem. On relève des empl. de rhétorique dans son accept. péj. pour parler de réalités artistiques (mus., archit., sculpt.): Exécrable musique romantique, d'une rhétorique orchestrale à vous faire aimer Bellini (Gide, Journal, 1907, p. 246). Quand l'ornement, au lieu de suivre la forme, devint lui-même forme, l'art gothique ne fut plus qu'une rhétorique (Alain, Beaux-arts, 1920, p. 195). À quoi tient notre indifférence à la sculpture romaine dont la gloire couvrit trois siècles, sinon à ce qu'elle nous apparaît comme rhétorique et non comme création? (Malraux, Voix sil., 1951, p. 614).
II. − Adj. Qui appartient, est relatif à la rhétorique ou concerne son étude.
A. − [Corresp. à supra I A] Exercices rhétoriques; figure rhétorique. Que si je m'avise à présent de m'informer de ces emplois, ou plutôt de ces abus du langage, que l'on groupe sous le nom vague et général de « figures », je ne trouve rien de plus que les vestiges très délaissés de l'analyse fort imparfaite qu'avaient tentés les anciens de ces phénomènes « rhétoriques » (Valéry, Variété III, 1936, p. 45).
B. −
1. [Corresp. à supra I B 1] « (...) nous mangerons le poulet d'honneur et nous boirons le vin eucharistique ». Dans les premiers temps, papa et maman donnaient mille raisons à leur refus, peu soucieux qu'ils étaient d'accepter cette invitation saugrenue (...). Ils comprirent bien vite que l'offre de M. Wasselin était surtout une effusion rhétorique (Duhamel, Notaire Havre, 1933, p. 87).
[Corresp. à supra I B 1 en partic.] J'ai repris (...) Les Orientales de Hugo. (...) Quelle prodigieuse invention rhétorique! Tout y est: la force, la grâce, le sourire et les plus pathétiques sanglots. Quelle ressource! Quel soulèvement poétique! Quelle science du vers, et dont il se joue! (Gide,Journal,1929,p. 955).
2. [Corresp. à supra I B 2] Les phrases rhétoriques et apprêtées de Jean-Jacques Rousseau (Balzac, Peau chagr., 1831, p. 122).
REM.
Rhétoriser, verbe intrans.,hapax. La langue s'acheva et se fixa sans Montaigne. Balzac rhétorisa sans lui (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 2, 1842, p. 448).
Prononc. et Orth.: [ʀetɔ ʀik]. Ac. 1694-1740: rhetorique; dep. 1762: rhé-. Étymol. et Hist. A. Subst. 1. a) ca 1150 « celui des arts libéraux qui enseigne l'art de l'éloquence » ici, allégorie représentée sur une œuvre d'art (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 4992); ca 1160 (Eneas, 2208 ds T.-L.: De deviner ne sai son maistre [de la Sibylle de Cumes] [...] De retorique et de musique, De dïalectique et gramaire); b) 1ertiers xves. [ms.] premiere rettorique « art d'écrire en prose » (Règles de la seconde rhét. ds Rec. d'arts de seconde rhét., éd. E. Langlois, p. 11); id. seconde rettoricque « art d'écrire en vers; poétique » (ibid.); ca 1405 couleurs de rethoricque « ornements du style » (Jacques Legrand, Des rimes, ibid., p. 1); fin xves. fleur de rethoricque (Jean Molinet, Faicts et dictz, éd. N. Dupire, LXIII, 30, t. 2, p. 856); 2. 1269-78 désigne le ,,De inventione rhetorica`` de Cicéron (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 16167); 3. a) fin xives. « habileté, élégance dans l'art de s'exprimer » (Froissart, Chron., éd. G. Raynaud et S. Luce, II, § 106, t. 9, p. 171, 27: Il [Jehan Lion] parloit de si biau retorique et par si grant art); 1593 la rhetorique de [qqn] « son habileté à s'exprimer » (Satyre Ménippée, IX, Harangue recteur Rose, éd. Ch. Read, p. 136: Je suis meu d'une indicible ardeur de mettre avant ma retohorique); 1689, 4 sept. épuiser sa rhétorique (Sévigné, Lettres, éd. G. Gailly, t. 3, p. 524); b) 1748 péj. « affectation de style pompeux et vide de sens » (Montesquieu, Esprit des lois, XXVIII, 1 ds Œuvres, éd. R. Caillois, t. 2, p. 793: les lois des Wisigoths [...] sont puériles, gauches [...] pleines de rhétorique, et vides de sens); 4. 1591 Bayonne « classe où l'on enseigne la rhétorique » (ds J. M. Drevon, Hist. d'un collège, 1889, p. 351 d'apr. P. Zumthor ds Z. rom. Philol. t. 72 1956, p. 348). B. Adj. 1509 « de rhétorique » (Lemaire, Illustr., I, 32 ds Hug.: les rhetoriques couleurs). A empr. au lat. rhetorica (ars) « rhétorique », gr. ρ ̔ η τ ο ρ ι κ η ́; rhetorici, masc. plur. « les ouvrages de rhétorique de Cicéron », rhetorica, neutre plur. « les préceptes de rhétorique ». À rapprocher de couleurs de rethoricque [A 1 b], colours rethorienes (1212, Angier, trad. Dial. S. Grégoire, 183 ds Meyer, n o23, p. 342b). B empr. à l'adj. lat. rhetoricus « de rhétorique ». Fréq. abs. littér.: 659. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 642, b) 690; xxes.: a) 1 180, b) 1 174. Bbg. Arrivé (M.). Poétique et rhétorique. In: Les Sciences du lang. en France au XXes.: art. recueillis par B. Pottier. Paris, 1980, pp. 59-92. − Barthes (R.). L'Anc. rhétorique. Communications. 1970, n o16, pp. 172-229. − Gohin 1903, p. 233. − Kehrli (P.). Rhétorique et poésie... Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1976, t. 14, n o2, pp. 21-50. − Kerbrat-Orecchioni (C.). L'Énonciation de la subjectivité dans le lang. Paris, 1980, pp. 210-216. − Reboul (O.). La Rhétorique. Paris, 1984, pp. 5-8. − Rhétorique gén. par J. Dubois, F. Edeline... Paris, 1970, pp. 8-27.

Wiktionnaire

Nom commun - français

rhétorique \ʁe.tɔ.ʁik\ féminin

  1. Science (au sens d’étude structurée) et art (au sens de pratique reposant sur un savoir éprouvé) qui se rapporte à l’action du discours sur les esprits.
    • Ainsi que Brunetière, il use d’un jargon scolard et sans souplesse, où voisinent Vaugelas et le P. Le Batteux. Il assemble de poussiéreux bouquets d’herbier et il les tend d’un air triomphant à la dame de ses pensées, à Synecdoche, à Catachrèse, à Hypallage. C’est le Don Juan des figures de rhétorique. — (Léon Daudet, Souvenirs des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux/L’Entre-Deux-Guerres, Grasset, 1915, réédition Le Livre de Poche, page 234)
    • Une incroyable facilité lui permettait de déployer toutes les pompes de la rhétorique sur n’importe quel sujet, sans le moindre effort ni la moindre préparation. — (Julien Green, Samuel Johnson, dans Suite anglaise, 1972, Le Livre de Poche, page 23)
    • Avec Aristote, la rhétorique devient une technique à part entière parce qu’elle est appuyée sur une éthique qui ne place pas l’efficacité au premier rang. — (Philippe Breton, La parole manipulée, La Découverte / Poche, 2000, page 63)
    • La rhétorique fut, dès son origine, une forme esthétisante du langage. L'esthétique faisant naturellement référence au sens, la rhétorique était cet art qui cherchait à convaincre non pas en s'appuyant sur la raison, mais en « faisant sensation ». — (Charles Le Blanc Le complexe d'Hermès, Presses de l'Université d'Ottawa, 2009, page 93)
  2. (Éducation) (Désuet) Classe de lycée, équivalente à la première[DAF8] actuelle, où l’on enseignait la rhétorique. — Note : Existe encore en Belgique.
    • Sans doute il est à craindre que la rhétorique, c'est-à-dire l'art d'apprendre à écrire sans don naturel, ne continue à priver les jeunes gens d'une année heureuse, et cela sans aucun profit ni intellectuel, ni esthétique [...]
      — (Remy de Gourmont, Promenades Philosophiques, Mercure de France, 1913, page 229)
    • Les compliments de ce maire quand Pasteur obtint, à la fin de la rhétorique, plus de prix qu'il ne pouvait en porter; les nouveaux conseils de Romanet réveillèrent l’ambition normalienne. — (René Vallery-Radot, La vie de Pasteur, Hachette, 1900, Flammarion, 1941, page 18)
    • Si tu n’as fait ta rhétorique
      Chez Satan, le rusé doyen,
      Jette ! tu n’y comprendrais rien,
      Ou tu me croirais hystérique.
      — (Charles Baudelaire, Épigraphe pour un livre condamné, dans Les Fleurs du mal)
  3. (Éducation) (Belgique) Classe de sixième secondaire, équivalente à la terminale française, où l’on enseigne la rhétorique.
  4. (Éducation) (Désuet) (Québec) Sixième année du cours classique. Note : Le cours classique a été aboli vers la fin des années 1960.
  5. (Par extension) Titre de certains traités de rhétorique.
    • La rhétorique d’Aristote.
  6. Tout ce qu’on emploie dans le discours pour persuader quelqu’un.
    • Le fait est que chacun se réserve au profit de ce qu’il croit ses intérêts particuliers. Cela n’est pas nouveau. Était-ce bien la peine de se mettre en si grande dépense de rhétorique révolutionnaire depuis un siècle, pour aboutir à ce résultat. — (Georges Clemenceau, article Mon candidat, du 16 juin 1899; dans Justice militaire, 1901)
    • Jacqueline de Romilly lui emboîte le pas et donne elle aussi une définition tout aussi restrictive de l’agôn tragique :
      "Né de l'habitude du débat judiciaire, perfectionné par la rhétorique du temps, l'art de la joute oratoire était en plein essor. C'était ce qu'on appelait un agôn.[…]."
      — (Marc Durand, Agôn dans les tragédies d'Eschyle, L'Harmattan, 2005, p. 12)
  7. Affectation d’éloquence, discours vain et pompeux.
    • Les propagateurs de réformes sociales, les utopistes et les démocrates avaient fait un tel abus de la Justice qu'on était en droit de regarder toute dissertation sur un tel sujet comme un exercice de rhétorique ou comme une sophistique destinée à égarer les personnes qui s'occupaient du mouvement ouvrier. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VII, La morale des producteurs, 1908, p.319)
    • L’abstraction devient la puissance de réflexion, l’inaction une capacité à formuler les problèmes, l’inadaptation une polyvalence, l’indécision la certitude de l'incertain, la rhétorique un agir communicationnel, la complication la conscience de la complexité et l’achiffrisme s'évanouit dans l'usage commune d'une règle de trois appliquée à une langue des affaires qu'on apprend comme n'importe quelle langue. — (Alain Etchegoyen, Le capital-lettres : des littéraires pour l'entreprise, éd. François Bourrin, 1990)
    • Ainsi la télévision publique est-elle un thème de débat, une posture obligée, une rhétorique de salon qui mériterait de figurer dans les mythologies des couches cultivées. — (Monique Dagnaud, L’État et les Médias: Fin de partie, Éditions Odile Jacob, 2000)
    • Pour simplifier, on peut comparer cela à un talk-show télévisé. À côté de notre animateur préféré se tiennent les combattants de la rhétorique, bien alignés pour s'interpeller à volonté. Parfois, ils parlent tous en même temps, tant et si bien qu'il est impossible d’y comprendre quoi que ce soit. — (Henning Beck, Les erreurs du cerveau : un super-pouvoir, traduit de l'allemand par Marie-Céline Trivier-Georg & Magali Guenette, Editions Michel Lafon, 2018)

Adjectif - français

rhétorique \ʁe.tɔ.ʁik\ masculin et féminin identiques

  1. Oratoire, relatif à l’art de bien parler, relatif à la rhétorique.
    • Les traités rhétoriques.
    • Une question rhétorique est une figure de style qui consiste à poser une question n’attendant pas de réponse.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RHÉTORIQUE. n. f.
Art de bien dire. Enseigner la rhétorique. Traité, cours de rhétorique. Les préceptes, les règles de la rhétorique. Figures de rhétorique, Formes particulières de langage qu'on emploie pour donner plus de vivacité, plus de relief à l'expression de la pensée. La métaphore est une figure de rhétorique. L'ironie, la prosopopée, l'hypotypose, etc., sont des figures de rhétorique. Dans les Collèges, La classe de rhétorique ou, absolument, La rhétorique se disait de la Classe où l'on enseignait la rhétorique. Entrer, passer, être en rhétorique ou Faire sa rhétorique. Professeur de rhétorique. On appelle aujourd'hui cette classe la Première.

RHÉTORIQUE, est aussi le Titre de certains traités de rhétorique. La Rhétorique d'Aristote. Il se dit, figurément et familièrement, de Tout ce qu'on emploie dans le discours pour persuader quelqu'un. J'ai employé toute ma rhétorique pour essayer de le persuader. Vous y perdrez votre rhétorique. Il se dit aussi en mauvaise part, pour désigner l'Affectation d'éloquence, les discours vains et pompeux. Tout cela n'est que de la rhétorique.

Littré (1872-1877)

RHÉTORIQUE (ré-to-ri-k') s. f.
  • 1L'art de bien dire ou l'art de parler de manière à persuader ; la dialectique des vraisemblances, suivant la définition d'Aristote. Il paraît bien que vous avez respiré l'air de Florence, que vous vous êtes coloré au soleil de Rome, que vous venez nouvellement du pays natal de la rhétorique, Guez de Balzac, liv. I, lett. 6. Ceux qui ont le raisonnement le plus fort… peuvent toujours le mieux persuader ce qu'ils proposent, encore qu'ils ne parlassent que bas-breton et qu'ils n'eussent jamais appris de rhétorique, Descartes, Méth. I, 9. Pour orner une telle vie, je n'ai pas besoin d'emprunter les fausses couleurs de la rhétorique, Bossuet, Bourgoing. Empédocle d'Agrigente, célèbre philosophe, passe pour le premier qui ait eu quelque connaissance de la rhétorique ; Corax et Tisias, tous deux Siciliens, pour les premiers qui en aient donné des règles, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 651, dans POUGENS. Ils ne savent pas faire usage de l'apostrophe, une des plus puissantes machines de la rhétorique, Courier, Lett. au Censeur, I.

    Figures de rhétorique, formes particulières de langage, qui donnent de la force ou de la grâce au discours.

  • 2 Terme de collége. La classe de rhétorique, ou la rhétorique, la classe où l'on enseigne la rhétorique. Faire sa rhétorique. Aller en rhétorique. Professeur de rhétorique. Quand on sait ou qu'on croit savoir assez de latin, on passe en rhétorique ; c'est alors qu'on commence à produire quelque chose de soi-même, D'Alembert, Œuv. t. X, p. 55.
  • 3Ouvrage écrit sur la rhétorique. On peut dire que la rhétorique de Quintilien, qu'il intitula Institutions oratoires, est la plus complète que l'antiquité nous ait laissée, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 727, dans POUGENS.

    Titre de certains traités de rhétorique. Aristote est reconnu avec raison pour le chef et le prince des rhéteurs ; sa Rhétorique, divisée en trois livres, a toujours été considérée par les savants comme un chef-d'œuvre et comme le traité le plus accompli qui ait paru sur cette matière, Rollin, ib. p. 652.

  • 4 Fig. et familièrement. Tout ce qu'on emploie dans le discours pour persuader quelqu'un, ou pour exposer, décrire quelque chose. D'abord le temple magnifique Exerça fort la rhétorique Tant des Troyens que du seigneur, Scarron, Virg. VI. Par ces répliques et dupliques De leurs royales rhétoriques Ils firent quelque temps essai, Scarron, ib. VIII. Je vous écoute dire ; et votre rhétorique En termes assez forts à mon âme s'explique, Molière, Tart. III, 3. Nous épuisâmes nos rhétoriques, Revel et moi [pour persuader Mme de Chaulnes] ; M. de Chaulnes nous soutenait, Sévigné, 4 sept. 1689. L'esprit de ce petit garçon est trop joli, toutes ses petites pensées, tous ses petits raisonnements, ses finesses, sa petite rhétorique naturelle…, Sévigné, 20 juill. 1689. Il avait tout le temps d'étaler sa rhétorique sur ce beau sujet, Hamilton, Gramm. 11. D'Aubanton vint un matin chez moi ; j'écoutai une flatteuse rhétorique pour me faire goûter ce que Pontchartrain m'avait proposé, Saint-Simon, 304, 216.
  • 5 Par dénigrement. Discours vain et pompeux. Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Un spectateur toujours paresseux d'applaudir, Et qui, des vains efforts de votre rhétorique Justement fatigué, s'endort ou vous critique, Boileau, Art p. III. Ces lois [des Visigoths] pleines de rhétorique et vides de sens, Montesquieu, Esp. XXVIII, 1.
  • 6Chambre de rhétorique, se dit de certaines sociétés littéraires qui se formèrent dans les Pays-Bas dès le moyen âge.

HISTORIQUE

XIIIe s. Rectorique est une science qui nous enseigne bien pleinement et parfetement dire es choses communes et es privées, Latini, Trésor, p. 470.

XVe s. [Jean Lyon] parloit si belle rhetorique et par si grand art, que ceux qui l'oyoient estoient tous resjouis de son langage, Froissart, II, III, 53.

XVIe s. Ariston definit sagement la rhetorique, science à persuader le peuple ; Socrates, Platon, art de tromper et de flatter, Montaigne, I, 380. Je suis meu d'une indicible ardeur de mettre avant ma rhetorique, et estaler ma marchandise en ce lieu, Sat. Mén. Har. de M. le recteur Rose.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. RHÉTORIQUE (ré-to-ri-k'), adj. Qui appartient à la rhétorique, qui a le caractère de la rhétorique.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RHÉTORIQUE, s. f. (Belles-lettres.) art de parler sur quelque sujet que ce soit avec éloquence & avec force. D’autres la définissent l’art de bien parler, ars bene dicendi ; mais comme le remarque le P. Lami dans la préface de sa rhétorique, il suffit de la définir l’art de parler ; car le mot rhétorique n’a point d’autre idée dans la langue grecque d’où il est emprunté, sinon que c’est l’art de dire ou de parler. Il n’est pas nécessaire d’ajouter que c’est l’art de bien parler pour persuader ; il est vrai que nous ne parlons que pour faire entrer dans nos sentimens ceux qui nous écoutent ; mais puisqu’il ne faut point d’art pour mal faire, & que c’est toujours pour aller à ses fins qu’on l’emploie, le mot d’art dit suffisamment tout ce qu’on vouloit dire de plus.

Ce mot vient du grec ῥητορικὴ, qui est formé de ῥέω, dico, je parle, d’où l’on a fait ῥήτωρ, orateur.

Si l’on en croit le même auteur, la rhétorique est d’un usage fort étendu, elle renferme tout ce qu’on appelle en françois belles-lettres, en latin & en grec philologie ; savoir les belles-lettres, ajoute-t-il, c’est savoir parler, écrire, ou juger de ceux qui écrivent ; or cela est fort étendu ; car l’histoire n’est belle & agréable que lorsqu’elle est bien écrite ; il n’y a point de livre qu’on ne lise avec plaisir quand le style en est beau. Dans la philosophie même, quelque austere qu’elle soit, on veut de la politesse, & ce n’est pas sans raison ; car l’éloquence est dans les sciences ce que le soleil est au monde ; les sciences ne sont que ténebres, si ceux qui les traitent ne savent pas écrire. L’art de parler est également utile aux philosophes & aux mathématiciens ; la théologie en a besoin, puisqu’elle ne peut expliquer les vérités spirituelles, qui sont son objet, qu’en les revêtant de paroles sensibles. En un mot, ce même art peut donner de grandes ouvertures pour l’étude de toutes les langues, pour les parler purement & poliment, pour en découvrir le génie & la beauté ; car quand on a bien connu ce qu’il faut faire pour exprimer ses pensées, & les différens moyens que la nature donne pour le faire, on a une connoissance générale de toutes les langues qu’il est facile d’appliquer en particulier à celle qu’on voudra apprendre. Préface de la réthorique du P. Lami, pag. 12, 13, & 14.

Le chancelier Bacon définit très-philosophiquement la rhétorique, l’art d’appliquer & d’adresser les préceptes de la raison à l’imagination, & de les rendre si frappans pour elle, que la volonté & les desirs en soient affectés. La fin ou le but de la rhétorique, selon la remarque du même auteur, est de remplir l’imagination d’idées & d’images vives qui puissent aider la nature sans l’accabler. Voyez Image & Imagination.

Aristote définit la rhétorique, un art ou une faculté qui considere en chaque sujet ce qui est capable de persuader. Arist. rhétoriq. liv. I. ch. 2. & Vossius la définit de même après ce philosophe, l’art de découvrir dans chaque sujet ce qu’il peut fournir pour la persuasion. Or chaque auteur doit chercher & trouver des argumens qui fassent valoir le plus qu’il est possible la matiere qu’il traite ; il doit ensuite disposer ces argumens entr’eux dans la place qui leur convient à chacun, les embellir de tous les ornemens du langage dont ils sont susceptibles, & enfin si le discours doit être débité en public, le prononcer avec toute la décence & la force la plus capable de frapper l’auditeur. De là on a divisé la rhétorique en quatre parties, savoir l’invention, la disposition, l’élocution, & la prononciation. Voyez Invention, Disposition, &c.

La rhétorique est à l’éloquence ce que la théorie est à la pratique, ou comme la poétique est à la poésie. Le rhéteur prescrit des regles d’éloquence, l’orateur ou l’homme éloquent fait usage de ces regles pour bien parler ; aussi la rhétorique est-elle appellée l’art de parler, & ses regles, regles d’éloquence.

Il est vrai, dit Quintilien, que sans le secours de la nature, ces préceptes ou regles ne sont d’aucun usage ; mais il est vrai aussi qu’ils l’aident & la fortifient beaucoup, en lui servant de guides ; ces préceptes ne sont autre chose que des observations qu’on a faites sur ce qu’il y avoit de beau ou de défectueux dans les discours qu’on entendoit ; car comme le dit fort bien Ciceron, l’éloquence n’est point née de l’art, mais l’art est né de l’éloquence ; ces réflexions mises par ordre, ont formé ce qu’on appelle rhétorique. Quintil. in Proem. l. I. Cicer. 1. de orat. n°. 146.

Rhétorique, s. f. terme d’école, c’est la classe où l’on enseigne aux jeunes gens les préceptes de l’art oratoire. On fait la réthorique avant la philosophie, c’est-à-dire qu’on apprend à être éloquent, avant que d’avoir appris aucune chose, & à bien dire, avant que de savoir raisonner. Si jamais l’éloquence devient de quelque importance dans la societé, par le changement de la forme du gouvernement, on renversera l’ordre des deux classes appellées rhétorique & philosophie.

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Étymologie de « rhétorique »

Provenç. rethorica ; espagn. retorica ; ital. rettorica ; du lat. rhetorica, qui est le grec ῥητωτινὴ, de ῥήτωρ, rhéteur.

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(Adjectif) Du latin rhetoricus (« oratoire »), dérivé du grec ancien ῥητορικός, rhêtorikos (« oratoire »), lui-même de ῥήτωρ, rhêtor (« orateur ») → voir rhéteur.
(Nom) Du latin rhetorica, dérivé par substantivation de l’adjectif précédent. (c. 1150) rhetorique.
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Phonétique du mot « rhétorique »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
rhétorique retɔrik

Citations contenant le mot « rhétorique »

  • Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe ! Victor Hugo, Les Contemplations, Réponse à un acte d'accusation, I, 7
  • L’art a toujours été ceci - interrogation pure, question rhétorique moins la rhétorique. De Samuel Beckett
  • La répétition est la plus forte des figures de rhétorique. De Napoléon Bonaparte
  • En amour, on commence par la rhétorique et on finit par la philosophie. De Jacques Dyssord / Aphorismes dans “Le chat noir”
  • En France tout finit par des fleurs de rhétorique. Louis Aragon, Le Libertinage, Gallimard
  • Il est préférable d'avoir des idées saines et de mal les exprimer, que des mauvaises rhétoriquement bien amenées. De Anonyme
  • La fin est si immense qu'elle contient sa propre poésie. Il n'y a pas à faire de rhétorique. Juste dire les choses simplement. De Philip Roth / Exit le fantôme
  • Le monde matériel est plein d'analogies exactes avec l'immatériel, et c'est ce qui donne une couleur de vérité à ce dogme de rhétorique, qu'une métaphore ou une comparaison peut fortifier un argument aussi bien qu'embellir une description. De Edgar Allan Poe / Histoires Extraordinaires
  • Certes, Trump est atypique. Ses politiques enfreignent toutes les injonctions de la bien-pensance, sa rhétorique est déconcertante et ses tweets sont intempestifs. Le Journal de Québec, Une fixation pathologique | Le Journal de Québec
  • Mais cette rhétorique s’épuise. Chaque victoire ressemble de plus à plus à celle de Pyrrhus. Le compromis cachant toujours une compromission, le plan de relance adopté le 21 juillet 2020 a un vice caché. The Conversation, Plan de relance européen : le vice caché

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Traductions du mot « rhétorique »

Langue Traduction
Anglais rhetoric
Espagnol retórica
Italien retorica
Allemand rhetorik
Chinois 修辞
Arabe البلاغة
Portugais retórica
Russe риторика
Japonais レトリック
Basque erretorika
Corse retorica
Source : Google Translate API

Synonymes de « rhétorique »

Source : synonymes de rhétorique sur lebonsynonyme.fr

Rhétorique

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