La langue française

Résidence

Définitions du mot « résidence »

Trésor de la Langue Française informatisé

RÉSIDENCE, subst. fém.

A. −
1. Fait de demeurer habituellement dans un lieu; p. méton., ce lieu, demeure habituelle et fixe. Synon. habitation, séjour.Avoir, fixer sa résidence quelque part; changer de résidence; être en résidence à. Je suis revenu souvent dans notre France, mais sans y désirer une résidence trop longue (Sainte-Beuve,Volupté, t. 2, 1834, p. 272):
Par goût et par convenance ma vie privée est très simple. J'ai établi ma résidence à la villa des Oliviers, où ma femme m'a rejoint, ainsi qu'Anne dont l'état de santé nous attriste toujours autant... De Gaulle,Mém. guerre, 1956, p. 173.
En partic.
Vieilli ou littér. Fait de demeurer chez soi et en particulier de garder la chambre. La résidence dans la maison située au milieu d'une pluie égale et continue, avait la glissante douceur, le silence calmant, tout l'intérêt d'une navigation (Proust,Prisonn., 1922, p. 82).Littér. Résidence dernière, funèbre. Tombe. On établit à grand soin la résidence funèbre, de peur que l'esprit, s'y trouvant mal, n'aille errer ailleurs (Claudel,Connaiss. Est, 1907, p. 42).
Loc. verb., vx. Faire résidence (quelque part). Séjourner. Faire résidence à la cour. Pour être bourgeois d'une ville, il faudrait réellement y avoir fait résidence (Barante,Hist. ducs Bourg., t. 3, 1821-24, p. 110).
ETHNOL. Lieu d'habitation de jeunes époux, déterminé par le lien de parenté qui unit l'un d'eux à la personne ou au groupe avec lequel ils partagent une même maison ou un même village. Résidence matrilocale*, patrilocale*, uxorilocale*, virilocale*.
P. anal., littér. [À propos d'un animal] Synon. habitation, domicile.Il est impossible qu'un scorpion ait fixé sa résidence et ses pinces aiguës au fond de mon orbite hachée; je crois plutôt que ce sont des tenailles vigoureuses qui broient les nerfs optiques (Lautréam.,Chants Maldoror, 1869, p. 225).
Au fig., rare. Action, fait de résider dans quelque chose (v. résider B). Ces passions nommées amour, amitié, haine, etc., ont leur siége et leur résidence en nous, existent subjectivement en nous, à tel point que si elles n'étaient pas en nous, bien qu'invisibles, nous ne serions pas (P. Leroux,Humanité, 1840, p. 254).
2. DR. ,,Lieu où se trouve en fait une personne`` (Jur. 1971). On oppose la résidence au domicile qui est le lieu où elle est située en droit (Jur.1971).On peut avoir plusieurs résidences mais on ne peut avoir qu'un domicile (Dupré1972).
Résidence principale. Lieu où une personne habite la majeure partie du temps ou officiellement. Condé l'habita [le Palais-Bourbon] d'abord en 1777 et quoiqu'il n'en fît pas sa résidence principale il continua de l'agrandir et d'y dépenser sans compter (Lidderdale,Parlement fr., 1954, p. 134).
Résidence secondaire. V. infra C.
Résidence surveillée. ,,Mesure préventive de police consistant dans l'obligation faite à une personne jugée dangereuse pour l'ordre public de résider dans un lieu fixé par l'autorité publique et de subir un contrôle limitant sa liberté de déplacement`` (Debb.-Daudet Pol. 1981); p. méton., le lieu lui-même. Les leaders nationalistes tunisiens (...) ont été appréhendés hier matin à Tunis et placés en résidence surveillée (Le Figaro, 19-20 janv. 1952, p. 1, col. 4-5).
Assignation à résidence. V. assignation I C.
3. [À propos d'un ecclésiastique, d'un fonctionnaire] Obligation de demeurer de façon habituelle dans le lieu où l'on exerce ses fonctions; séjour effectif et obligatoire dans un lieu; p. méton., durée de ce séjour. Emploi, charge qui demande résidence; obliger (qqn) à (la) résidence; règle de la résidence. La fonction de préfet est incompatible avec les fonctions électives (...), étant donnée sa résidence obligatoire, de se rendre, le moment voulu, au siège de l'assemblée élective (Baradat,Organ. préfect., 1907, p. 58).René du Bellay (...) conféra à Rabelais la cure de Saint-Christophe-du-Jambet (...) dont l'ancien médecin de Langey touchait le revenu, sans être tenu à la résidence (A. France,Rabelais, 1909, p. 125).
B. − En partic. Lieu où réside un personnage revêtu de fonctions officielles. Résidence impériale, papale, présidentielle, princière; résidence d'été, d'hiver. Nous autres Français, qui avons Versailles, Saint-Cloud, qui avons eu Marly, nous sommes difficiles en fait de résidences royales (Gautier,Tra los montes, 1843, p. 113).[Le président du conseil] a une résidence officielle dans l'enceinte de l'Assemblée à l'ancien hôtel de Lassay (Lidderdale,Parlement fr., 1954, p. 114).
C. − Lieu construit, généralement luxueux ou considéré comme tel, où l'on réside. Une somptueuse résidence. Plus d'un, en apercevant ces coquettes résidences, si tranquilles, enviait d'en être le propriétaire (Flaub.,Éduc. sent., t. 1, 1869, p. 4).La plupart des grandes résidences londoniennes et des châteaux anglais renferment de magnifiques meubles et tableaux français des dix-septième et dix-huitième siècles (Morand,Londres, 1933, p. 185).P. métaph. Damas, une des patries de l'imagination, une des résidences de la poésie, un des hauts châteaux de la littérature (Barrès,Cahiers, t. 10, 1914, p. 344).
LANG. COMM. ET PUBLICITAIRE (des agents immobiliers, des urbanistes). Immeuble ou groupe d'immeubles présentant un certain luxe ou confort et le plus souvent placés sous le régime de la copropriété. Résidence Bel Air; résidence avec jardin, piscine. On oppose usuellement les « résidences » qui sont des groupes d'immeubles de grand luxe, dont on soigne l'environnement décoratif, aux ensembles d'habitations à loyers modérés (habitat de classe moyenne et de travailleurs) (George1970).V. résident II A ex. de Mode de Paris.
Résidence (de retraite). Maison de retraite. Une formule nouvelle [pour les retraités] (...): la résidence collective, appelée résidence de retraite quand elle est en ville, et village de retraite quand elle est à la campagne (Le Figaro littér., 7 avr. 1966, p. 3, col. 1).
Résidence secondaire. Seconde habitation, à la campagne, à la mer ou à la montagne, dans laquelle on séjourne surtout pendant les vacances, les week-ends. Acheter une résidence secondaire. Sans doute la vie dans les villes est-elle artificielle (...). Et si l'artifice devient trop pesant, le citadin a la ressource du sport, du camping, de la résidence secondaire (L'Express, 3 oct. 1966, p. 101, col. 3).
D. − HIST. Charge de résident (v. ce mot B); p. méton., ensemble des services qui l'entourent ou parlent en son nom, lieu (bâtiment, ville) où habite un résident, où se tiennent ses services. La Résidence de Rabat. La Résidence générale [de Tunis] (...) a justifié par les troubles de ces jours derniers les mesures administratives ainsi prises à l'égard de M. Bourguiba (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 1, col. 4-5).
Prononc. et Orth.: [ʀezidɑ ̃:s]. Ac. 1694, 1718: re-; dep. 1740: ré-. Étymol. et Hist. 1. 1260-70 [date du ms.] « séjour actuel et obligé d'un évêque dans le lieu où il exerce ses fonctions » (Saint Edmond, 373 ds Romania t. 55, p. 350); 2. 1283 « demeure ordinaire en quelque ville, en quelque pays » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, 25, 17 ds T.-L.); 3. 1553 « charge d'un résident » (Négociations de la France dans le Levant, éd. E. Charrière, t. 2, p. 279); 4. 1689 état de résidence « le fait de garder la chambre » (Sévigné, Lettres, éd. Monmerqué, t. 8, p. 409); 5. 1694 « lieu de la résidence officielle d'un prince » (Ac.); 1834 résidence royale (Dumas père, Catherine Howard, II, 4etbl., 1, p. 253); 6. 1825 « lieu construit où l'on réside » (Mérimée, Clara Gazul, p. 233). Empr. au lat.residentia, dér. de residere (résider*). Fréq. abs. littér.: 433. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 732, b) 722; xxes.: a) 424, b) 574. Bbg. Brühl (C.R.). Rem. sur les not. de capitale et de résidence pendant le Haut Moy. Âge. Journal des Savants. 1967, pp. 193-215.

résidence « le fait de résider habituellement en un lieu »

résidence « lieu construit où l'on réside »

Wiktionnaire

Nom commun

résidence \ʁe.zi.dɑ̃s\ féminin

  1. Séjour permanent ou prolongé ; lieu où l’on séjourne habituellement.
    • Ravie de cette réponse, Theodehilde fit charger sur plusieurs voitures les richesses de son mari, et partit pour Châlon-sur-Saône, résidence du roi Gonthramn. — (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 1er récit : Les quatre fils de Chlother Ier — Leur caractère — Leurs mariages — Histoire de Galeswinthe (561-568), 1833 - éd. Union Générale d’Édition, 1965)
    • Écossais jusqu'à la moelle, grand amateur du pibroch dont il joue avec conviction, serviable, jovial, toujours très actif, il est la providence des rares touristes étrangers qui visitent la résidence chérifienne. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 75)
    • Il n'était pas en voyage, ni même en résidence, en Afrique. Il y était chez lui. — (Georges Simenon, Le Blanc à lunettes, ch. II, Gallimard, 1937)
    1. Séjour forcé, fait de devoir rester un lieu donné.
      • Il a été placé en résidence surveillée depuis le putsch.
      • Il sera nécessaire de l’assigner à résidence.
    2. (Droit) Lieu où habitent en permanence les époux, leurs enfants et les personnes vivant sous le même toit qu’eux.
      • Après leur mariage, ils ont élu résidence en centre-ville.
    3. Lieu d’habitation lié à la charge officielle d’une personne.
      • La résidence papale se trouve au Vatican.
  2. (Architecture) Maison, maison de campagne.
    • J'ai investit deux cent mille euros dans ma résidence secondaire.
    • Plus d'un, en apercevant ces coquettes résidences, si tranquilles, enviait d'en être le propriétaire. — (Flaubert, Éducation sentimentale, t. 1, 1869)
  3. Groupe d’immeubles ou d’appartements offrant un certain confort, et souvent gérés par une copropriété.
  4. (Québec) (Éducation) Stage de spécialisation suivant le doctorat en médecine
    • Après sont doctorat, l'étudiant devra faire sa résidence pour pouvoir exercer la médecine.
  5. (Politique) Charge, fonction, office de résident. (Par métonymie) Ensemble des services qui l'entourent ou parlent en son nom.
    • La Résidence générale [de Tunis] (...) a justifié par les troubles de ces jours derniers les mesures administratives ainsi prises à l'égard de M. Bourguiba. — (Le Monde, 19 janv. 1952)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RÉSIDENCE. n. f.
Demeure ordinaire en quelque ville, en quelque lieu, en quelque pays. Il fait sa résidence en tel lieu. C'est le lieu de sa résidence. Il a depuis longtemps établi sa résidence en tel endroit. Une résidence agréable. Il se dit aussi du Séjour actuel et obligé d'un évêque, d'un magistrat, d'un fonctionnaire, etc., dans le lieu où ils exercent leurs fonctions. Ce magistrat ne peut faire de voyage, à cause de la résidence à laquelle ses fonctions l'obligent. Les évêques, les curés sont obligés à résidence, à la résidence. Cet emploi oblige à la résidence, à résidence, exige, demande résidence. Il désigne également le Lieu de la résidence ordinaire et officielle d'un souverain, d'un prince. Aix-la-Chapelle était la résidence de Charlemagne. Laon fut au Xe siècle résidence royale. Il se dit aussi du Séjour, de la demeure d'un résident. Il a été reçu à la résidence à Rabat.

Littré (1872-1877)

RÉSIDENCE (ré-zi-dan-s') s. f.
  • 1Demeure ordinaire en quelque lieu. Il a établi sa résidence en cet endroit. Encore un autre mort faisait sa résidence Non loin de ce tombeau…, La Fontaine, Matrone.

    Par extension, action de garder la chambre, de demeurer chez soi. Me voici, après le dîner, dans la chambre du chevalier [de Grignan] ; il est dans sa chaise, avec mille petites douleurs qui courent par toute sa personne… cet état de résidence et de ne pouvoir sortir lui donne beaucoup de chagrins et de vapeurs, Sévigné, 14 janv. 1689. [Sans enfants] il n'y a point de résidence dans les familles, Rousseau, Ém. I.

  • 2Séjour actuel et obligé dans le lieu où l'on exerce quelque fonction. Les fonctions de ce magistrat l'obligent à la résidence. Mais à l'ambition d'opposer la prudence, C'est aux prélats de cour prêcher la résidence, Boileau, Ép. I. Lois vénérables de nos pères, vœux si ardents et si anciens de toute l'Église sur la résidence des pasteurs, il vous connut, il vous respecta, Massillon, Or. fun. Villars.

    Par plaisanterie. Madame Royale envoya ce même officier le prier [Matha] de lui donner sa parole qu'il ne sortirait pas jusqu'au lendemain… un bon repas l'attendait, il mourait de faim, et rien ne lui paraissait si déraisonnable que de l'obliger à la résidence dans cette conjoncture, Hamilton, Gramm. IV.

  • 3Lieu où réside un prince, un seigneur. Cognac fut longtemps la résidence de François Ier.

    Résidences royales, châteaux qui dépendent de la couronne.

  • 4Emploi, dignité de résident auprès d'un prince. Il demanda telle résidence.
  • 5Il se dit des propriétés qui sont attachées à certains corps. La résidence fixe, ainsi que la direction de la force magnétique… dans le fer et l'aimant…, Buffon, Min. t. IX, p. 147.

SYNONYME

RÉSIDENCE, DOMICILE. L'idée propre de résidence est celle d'un lieu où l'on est fixé, établi ; celle de domicile est l'idée plus restreinte d'une maison et de l'habitation. La résidence est la demeure habituelle et fixe ; le domicile, la demeure légale ou reconnue par la loi. Paris est sa résidence. Son domicile est à Versailles.

HISTORIQUE

XIIIe s. Se uns frans hons y veut estre, soit qu'il face residence entre les sers ou aillors, il ne pert por ce l'estat de francise, Beaumanoir, XIV, 19.

XIVe s. Et soit acreue ou amenuisie la quantité des choses [médicaments] selon la quantité et la residence [persistance] de la char [fongueuse], H. de Mondeville, f° 56, verso.

XVe s. J'ay fait plus continuelle residence avecques lui [Louis XI] que nul autre, Commines, Prol.

XVIe s. Il feit quelque temps sa residence en la ville d'Argos, Amyot, Alc. 52. J'appelle personne, une residence en l'essence de Dieu… or ce mot de residence doit estre pris en autre sens que celui d'essence, Calvin, Inst. 75. La residence [sédiment des urines] est quelquesfois meslée de matiere cruente et fusque, Paré, XXI, 11.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

RÉSIDENCE. Ajoutez :
6Il s'est dit pour résidu. L'eau, s'évaporant à une chaleur fort lente, laisse au fond du vaisseau une résidence mêlée partie de sel, partie de terre, Lettres, etc. de Colbert, VII, 454.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

RÉSIDENCE, s. f (Jurisprud.) est la demeure fixe que quelqu’un a dans un lieu.

On ne reçoit pour caution qu’une personne réséante, c’est à-dire résidente & domiciliée dans le lieu.

Tous les officiers & employés sont naturellement obligés à résidence dans le lieu où se fait l’exercice de leur office ou emploi, du-moins lorsqu’il exige un service continuel ou assidu ; cependant cette obligation n’est pas remplie bien exactement par la plûpart des officiers.

La résidence est un devoir non moins indispensable pour les bénéficiers. Dans les premiers siecles de l’Eglise, tous les clercs demeuroient attachés à leur titre : ils ne pouvoient le quitter, & encore moins passer d’un diocèse à un autre sans la permission de leur évêque, sous peine d’excommunication contre eux & même contre l’évêque qui les recevoit.

Depuis que l’on fit des ordinations sans titre, les clercs qui étoient ainsi ordonnés se crurent dispensés de résider dans le lieu de leur ordination.

La pluralité des bénéfices s’étant ensuite introduite, les bénéficiers auxquels on a permis de posséder à-la-fois plusieurs bénéfices, se sont trouvés dans l’impossibilité de remplir par-tout l’obligation de la résidence ; on en a même vu qui ne résidoient dans aucun de leurs bénéfices, s’occupant de toute autre chose que des devoirs de leur état.

C’est de-là que le concile d’Antioche en 347 défendit aux évêques d’aller à la cour sans le consentement & les lettres des évêques de la province, & principalement du métropolitain.

Le concile de Sardique défendit aux évêques de s’absenter de leurs églises plus de trois ans sans grande nécessité, & ordonna à tous les évêques d’observer leurs confreres quand ils passeroient dans leur diocèse, & de s’informer du sujet de leur voyage, pour juger s’ils devoient communiquer avec eux & souscrire aux lettres de congé qu’ils portoient.

Alexandre III. en 1179 condamna à la résidence tous les bénéficiers à charge d’ames ; on ajouta depuis les dignités, canonicats & autres charges dans une église. La résidence n’ayant pas été ordonnée aux autres bénéficiers nommément, ils s’en crurent dispensés.

Ce fut sur-tout pendant le tems des croisades qu’il y eut le plus d’abus en ce genre, on permettoit aux clercs de recevoir sans résider les fruits de leur bénéfice pendant un tems considérable, comme de trois ans.

Les voyages de Rome qui étoient alors fréquens pour solliciter des procès ou des graces, furent encore des occasions de se soustraire à la résidence.

La translation du saint siege à Avignon y donna encore bien plus lieu, les cardinaux & les papes eux-mêmes donnant l’exemple de la non-résidence.

Les papes ne firent point difficulté d’accorder des dispenses de résider, même de donner des indults pour en dispenser à perpétuité, avec faculté néanmoins de recevoir toujours les fruits du bénéfice.

Le motif de ces dispenses fut que ceux auxquels on les accordoit servoient l’Eglise ou le public aussi utilement, quoique absens du lieu de leur bénéfice ; ce fut par le même principe que l’on accorda une semblable dispense aux ecclésiastiques de la chapelle du roi & aux officiers des parlemens ; mais l’édit de Melun ordonna que les chantres de la chapelle du roi, après qu’ils seroient hors de quartier, seroient tenus d’aller desservir en personne les prébendes & autres bénéfices sujets à résidence dont ils auront été pourvus, qu’autrement ils seront privés des fruits de leurs prébendes & bénéfices sujets à résidence.

Le concile de Trente ne permet aux évêques de s’absenter de leur diocèse que pour l’une de ces quatre causes, christiana charitas, urgens necessitas, debita obedientia, evidens ecclesiæ vel reipublicæ utilitas. Il veut que la cause soit approuvée par écrit & certifiée par le pape ou par le métropolitain, ou en son absence par le plus ancien évêque de la province. Le concile leur enjoint particulierement de se trouver en leurs églises au tems de l’Avent, du Carême, des fêtes de Noël, Pâque, Pentecôte & de la Fête-Dieu, à peine d’être privés des fruits de leur bénéfice à proportion du tems qu’ils auront été absens.

On agita alors si l’obligation de résider étoit de droit divin, comme quelques auteurs l’ont soutenu ; les avis furent partagés, & l’on se contenta d’ordonner la résidence, sans déclarer si elle étoit de droit divin ou seulement de droit ecclésiastique.

Ce réglement fut adopté par le concile de Bordeaux en 1583.

Il est encore dit par le concile de Trente que les évêques qui, sans cause légitime, seront absens de leur diocèse six mois de suite, perdront la quatrieme partie de leurs revenus ; que s’ils persistent à ne point résider, le métropolitain ou le plus ancien suffragant, si cela regarde le métropolitain, en avertira le pape qui peut pourvoir à l’évêché.

Le concile de Rouen, tenu en 1581, ordonne aux chapitres des cathédrales d’observer le tems que leur évêque est absent de son diocèse & d’en écrire au métropolitain, ou si le siege métropolitain est vacant, au plus ancien évêque de la province ou au concile provincial.

Pour les curés & autres bénéficiers ayant charge d’ames, le concile de Trente leur défend de s’absenter de leur église, si ce n’est avec la permission par écrit de l’éveque ; & en ce cas, ils doivent commettre à leur place un vicaire capable & approuvé par l’évêque diocésain, auquel ils assigneront un entretien honnête. Le concile défend aussi aux évêques d’accorder ces dispenses pour plus de deux mois, à-moins qu’il n’y ait des causes graves ; & il permet aux évêques de procéder par toutes sortes de voies canoniques, même par la privation des fruits contre les curés absens qui, après avoir été cités, ne résideront pas.

Quant aux chanoines, le concile de Trente leur défend de s’absenter plus de trois mois en toute l’année, sous peine de perdre la premiere année la moitié des fruits, & la seconde la totalité.

Les conciles provinciaux de Bourges & de Sens en 1528, & celui de Narbonne en 1551 avoient ordonné la même chose ; ceux de Reims en 1564, de Rouen en 1581, de Bordeaux en 1583, Aix en 1585, Narbonne en 1609, Bordeaux en 1624, & l’assemblée de Melun en 1579, le réglement spirituel de la chambre ecclésiastique des états en 1614 ont renouvellé le même réglement. Le concile de Bordeaux en 1583 veut de plus que le collateur ne confere aucun bénéfice sujet à résidence, sans faire prêter au pourvu le serment qu’il sera exact à résider.

Les ordonnances du royaume ont aussi prescrit la résidence aux évêques, curés & autres bénéficiers, dont les bénéfices sont du nombre de ceux qui, suivant la présente discipline de l’Eglise, demandent résidence : telle est la disposition de l’ordonnance de Châteaubriant en 1551, de celle de Villerscotterets en 1557. de celle d’Orléans en 1560, de l’édit du mois de Mai de la même année, de l’ordonnance de Blois, art. 14. de celle du mois de Février 1580, de celle de 1629, art. 11. Le parlement défendit même en 1560 aux évêques de prendre le titre de conseillers du roi, comme étant une fonction incompatible avec l’obligation de résider dans leur diocèse ; le procureur général Bourdin faisoit saisir le temporel des évêques qui restoient plus de quinze jours à Paris.

L’édit de 1695, qui forme le dernier état sur cette matiere, porte, art. 23. que si aucuns bénéficiers qui possedent des bénéfices à charge d’ames manquent à y résider pendant un tems considérable, le juge royal pourra les en avertir, & en même tems leurs supérieurs ecclésiastiques ; & en cas que, dans trois mois après ledit avertissement, ils négligent de résider sans en avoir des excuses légitimes, il pourra, à l’égard de ceux qui ne résident pas & par les ordres du supérieur ecclésiastique, faire saisir jusqu’à concurrence du tiers du revenu desdits bénéfices au profit des pauvres des lieux, ou pour être employé en autres œuvres pies, telles qu’il le jugera à-propos. Suivant notre usage, on appelle bénéfices simples ceux qui n’ont point charge d’ames, & n’obligent point d’assister au chœur, ni conséquemment à résidence : tels sont les abbayes ou prieurés tenus en commende, & les chapelles chargées seulement de quelques messes que l’on peut faire acquitter par autrui.

Quant aux chanoines, quoiqu’en général ils soient tenus de résider, l’observation plus ou moins étroite de cette regle dépend des statuts du chapitre, pourvu qu’ils ne soient pas contraires au droit commun. A Hildesheim en Allemagne, évêché fondé par Louis le Débonnaire, un chanoine qui a fait son stage, qui est de trois mois, peut s’absenter pour six ans, savoir deux années peregrinandi causâ, deux autres devotionis causâ, & encore deux studiorum causâ.

Les chanoines qui sont de l’oratoire & chapelle du roi, de la reine & autres employés dans les états des maisons royales, les conseillers-clercs des parlemens, les régens & étudians des universités sont dispensés de la résidence tant que la cause qui les occupe ailleurs subsiste.

Deux bénéfices sujets à résider sont incompatibles, à-moins que celui qui en est pourvu n’ait quelque qualité ou titre qui le dispense de la résidence. Voyez le discours de Fra-Paolo sur le concile de Trente, l’institution au dr. ecclés. de M. Fleury, les lois ecclés. de d’Hericourt, les mémoires du clergé. (A)

Résidence, (Pharm.) précipitation ou descente spontanée des parties qui troublent une liqueur. Voyez Décantation, pharmac.

Ce mot se prend encore pour ces parties descendues au fond de cette liqueur, & dans ce sens il est synonyme de feces. Voyez Feces, pharm.

On voit par l’idée que nous venons de donner de la résidence, que ce n’est pas la même chose que le résidu, voyez Résidu, Chimie. (b)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « résidence »

Provenç. residensa, residencia ; espagn. residencia ; ital. residenzia, residenza ; du lat. residere (voy. RÉSIDER).

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

(1260) Du latin residentia → voir résider et résident.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « résidence »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
résidence residɑ̃s

Citations contenant le mot « résidence »

  • Prendre une maîtresse quand on est marié, c'est d'avoir une résidence secondaire. De André Birabeau
  • Les stations de montagne du sud de la chaîne des Vosges représentent le marché de résidence secondaire le plus dynamique. Situées dans le parc naturel régional des ballons des Vosges (qui commence 50 km au sud-ouest de Strasbourg), « elles attirent les Alsaciens mais aussi tout le quart nord-est de la France, y compris les Parisiens pour qui il s'agit de la première chaîne de montagnes accessible » décrit Cyril Galmiche, président de trois agences immobilières à Vanier, Gérardmer (prononcer Gérarmé, NDLR) et La Bresse. Réputées pour leurs pistes l'hiver et les activités de plein air - randonnée pédestre, VTT- l'été, les deux stations d'altitude, Gérardmer et La Bresse, sont les plus prisées et les plus chères. La quasi-totalité de leurs maisons sont des résidences secondaires . Les Echos, Votre résidence secondaire à moins de 100 km de Strasbourg : un marché de connaisseurs entre Vosges et vignes | Les Echos
  • Le marché immobilier dans le sud de la région Occitanie est en pleine effervescence. Si les stations balnéaires concentrent historiquement la demande de résidences secondaires l'arrière pays est de plus en plus demandé. Les Echos, Votre résidence secondaire à moins de 100 km de Montpellier : le nouvel eldorado | Les Echos
  • Le président de la République Emmanuel Macron est arrivé ce mercredi soir au fort de Brégançon. Il doit y passer trois semaines de vacances. Ce lieu retrouve sa fonction de résidence présidentielle d'été après avoir été délaissé lors du mandat de François Hollande. France Bleu, Le fort de Brégançon, histoire d'une résidence présidentielle
  • La Lapurtar Nahia Zubeldia a été choisie pour la résidence de littérature jeunesse en langue basque qui a lieu au Domaine d’Abbadia, à la ferme Nekatoenea d'Hendaye. Durant un mois, elle se consacrera à l’écriture d’un livre de poème. , Nahia Zubeldia en résidence de littérature à Nekatoenea | Kultura | MEDIABASK
  •  La vice-présidente en charge du CCAS va tout mettre en œuvre pour que la résidence retrouve un équilibre ». , Bernay. La résidence Lyliane Carpentier en mauvaise santé financière | L'Éveil Normand

Images d'illustration du mot « résidence »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « résidence »

Langue Traduction
Anglais residence
Espagnol residencia
Italien residenza
Allemand residenz
Chinois 住宅
Arabe إقامة
Portugais residência
Russe резиденция
Japonais レジデンス
Basque egoitza
Corse residenza
Source : Google Translate API

Synonymes de « résidence »

Source : synonymes de résidence sur lebonsynonyme.fr

Résidence

Retour au sommaire ➦

Partager