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Maison

Sommaire

  • Définitions du mot maison
  • Étymologie de « maison »
  • Phonétique de « maison »
  • Citations contenant le mot « maison »
  • Images d'illustration du mot « maison »
  • Traductions du mot « maison »
  • Synonymes de « maison »

Définitions du mot maison

Trésor de la Langue Française informatisé

MAISON, subst. fém. et adj. inv.

I. − Subst. fém.
A. − Habitation de l'homme.
1. Bâtiment destiné à servir d'habitation à l'homme. Synon. construction, demeure, établissement, immeuble.Eux autres ils se retireraient à Saint-Denis, chez un jardinier de leurs parents qui leur louerait le rez-de-chaussée de sa maison (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, L. Leclercq, 1886, p. 107).Les fermes (...) isolées du bassin de Rennes, les maisons rurales des régions de bocage ne se rattachent au réseau routier que par des sentiers que la boue rend impraticables (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 174):
1. La dernière solution − solution lexicale − (...) s'impose d'elle-même, dès que le logis se diversifie, dès que le genre de vie ou le bien-être multiplient les maisons qui comptent plusieurs pièces aux destinations spécifiques. Seule la maison, désormais, se nommera maison [it. dans le texte], et ses diverses parties reçoivent le nom d'étage, de pièce, de salle, de chambre, de salon, de cuisine, de buanderie... J. Pohl,La «Maison» de la maisonds Vie Lang.1965, p. 523.
SYNT. Acheter, construire une maison; habiter une maison; loger, vivre dans une maison; façade, mur, ouvertures, toit d'une maison; grande, petite maison; maison à deux, trois étages, de quinze pièces; maison bourgeoise, cossue, humble, modeste, riche, somptueuse; maison contiguë, individuelle, isolée, voisine; maison de bois, de briques, de pierres; maison arabe, basque, méridionale, provençale; maison à louer, en construction, préfabriquée; maisons disséminées, groupées.
P. métaph.:
2. Elles se sentaient toutes jeunes avec vraiment un corps tout réveillé sous les jupes et le corsage, et elles le voyaient devant leurs yeux (...) comme si c'était le corps d'une autre, et brusquement elles sentaient que ce corps leur appartenait, était leur maison, leur abri, leur prison, qu'elles étaient dedans, avec le vin, et tout le bon et le mauvais, l'ardent, la jeunesse... Giono, Batailles ds mont., 1937, p. 247.
Rem. 1. Maison se dit surtout de l'édifice isolé par opposition à l'immeuble collectif citadin. 2. Maison d'habitation s'emploie pour spécifier l'usage d'une construction par opposition à d'autres usages qui pourraient en être faits. La ferme des Favre se dresse aux confins de la commune de R., à l'orée de la forêt de V... maison d'habitation, granges, écurie, étables et bâtiments annexes sont disposés régulièrement, à l'ancienne mode bressane, autour d'une cour intérieure carrée (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 140).
a) Emplois spéc.
Maison + adj.
Petite maison (vx). Maison située dans un lieu discret et destinée ordinairement à des rendez-vous galants:
3. − Ce sont des petites maisons, dit le médecin, avec un clignement d'œil. Mais comme il vit que ces messieurs ne comprenaient pas, il leur expliqua que les marquis, sous Louis XV, avaient des retraites pour leurs parties fines. − On appelait çà des petites maisons (...). Il s'y en est passé de fortes, allez! Zola, Curée, 1872, p. 585.
Maison forestière. V. forestier B 1.
Maison solaire*.
Maison Blanche. Résidence du président des États-Unis. P. méton. le gouvernement américain. Si le soutien de la Maison Blanche ne fait pas de doute, il n'est pas sûr que tous les alliés actuels de MmeThatcher soient prêts à assumer cette montée des dangers militaires et politiques (L'Est Républicain, 5 mai 1982, p. 1).
Maison de + subst.
Maison de campagne ou vx maison des champs. V. campagne I B 2 b et champ1I A.Ce juge, − ce marchand, − fâché de perdre une heure, Jette un regard distrait sur cet homme qui pleure, L'envoie au bagne, et part pour sa maison des champs (Hugo, Contempl., t. 2, 1856, p. 121).
Maison de maître V. maître I B 1.
Maison de poupée(s). Reproduction miniature d'une maison, comportant un mobilier, des accessoires, à l'usage des jeux des enfants qui y logent leur(s) poupée(s). Les maisons de poupées au dix-septième siècle. (...) on a fait, dans les Pays-Bas, mais surtout en Allemagne, à Augsbourg et à Nuremberg, des intérieurs en réduction qui présentent un intérêt non moins vif pour l'histoire du jouet que pour l'étude du mobilier et de la vie privée il y a quelque deux ou trois cents ans (D'Allemagne, Hist. jouets, 1902, p. 130).
Maison de verre. Au fig. Et puis ma vie (...) est transparente, ma maison est une maison de verre, dit Vergenson (Vialar, Débucher, 1953, p. 68).En partic. ,,Lieu de rendez-vous où les ébats des amoureux sont livrés, à leur insu, à la curiosité lascive de jeunes et vieux débauchés par d'imperceptibles lucarnes`` (France 1907).
b) Loc. fig., vx
Fam. Gros comme la/une maison. Gros de manière exagérée, énorme, démesurée. V. gros3B 1 loc., expr. fig., ex. de Hugo.
Par-dessus les maisons. Au-dessus de toute mesure. Demander des choses par-dessus les maisons (Ac.1835-1935).La famille a donc des prétentions par-dessus les maisons? (Augier, Fils Giboyer, 1862, p. 159).
Être fait comme un brûleur de maison. V. brûleur A 1.
2. [Avec l'art. déf.] Bâtiment ou partie d'un bâtiment où l'on habite; logement. Synon. chez soi, demeure, domicile, intérieur, logis, résidence.Il se plaignait (...) de ne pouvoir garder ni une volonté ni une pensée à lui, d'être un zéro dans sa maison (Balzac, Lys, 1836, p. 112).
La maison paternelle. Le foyer. Et ils s'en retournèrent bacheliers, avec une tristesse extrême, à la maison paternelle où déjà leurs pères n'étaient plus les maîtres (Barrès,Cahiers,t. 5, 1907, p. 220).
Locutions
Faire les honneurs de la/sa maison. V. honneur II A.
Garder la maison. V. garder II A 4.
Quitter* la maison.
Proverbe. Charbonnier* est maître chez lui, en sa maison.
Loc. adv. À la maison. Chez soi. Aller, être à la maison; (aimer) rester à la maison. J'ai éprouvé un sentiment de malaise, qui ne s'est calmé que quand je suis rentré à la maison, où je me suis promené en tout sens, pendant près d'une heure (Delacroix, Journal, 1853, p. 50).Son jeu principal consiste à marcher dans le ruisseau (...) ce qui lui attire des calottes à la maison (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Mém. veuf, 1886, p. 288).
Expr. bibliques
La maison de Dieu, du Seigneur. Le temple de Jérusalem, p. ext. l'église, le temple, le sanctuaire. Il faut se tenir avec respect dans la maison du Seigneur (Ac.1935).Qui es-tu? (...). Le duc: (...) Je suis, comme tu le vois, mon frère, un pieux pèlerin qui visite les maisons du Seigneur (Dumas père, Lorenzino, 1842, iii, 5, p. 255).P. métaph. Nous autres catholiques, nous avons perdu le sens de l'Écriture. Elle est pour les protestants une maison où ils trouvent Dieu (Green, Journal, 1956, p. 180).
La maison de prière. L'église. L'église est (...) cette maison de prière dont nos édifices matériels ne sont que la figure (Barrès, Cahiers, t. 5, 1906, p. 46).
La maison du Père, la maison céleste, éternelle (p. métaph. ou au fig.). Le séjour de Dieu, le ciel, le paradis, le séjour des morts. Il quittait la maison terrestre pour la maison céleste; La maison temporelle pour la maison éternelle (Péguy, Myst. charité, 1910, p. 73).
En partic. Maison où servent les domestiques. Synon. place.Ce domestique a fait de nombreuses maisons. (Dict. xixeet xxes.).
3. P. méton.
a) Aménagement intérieur d'une maison, d'un logis. Maison bien tenue, (in)confortable, intime, en désordre; décorer, équiper, installer, monter sa maison. Marie-Amanda ne sait pas seulement assaisonner le manger, bien tenir une maison et élever une famille (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 259).
b) Ensemble des affaires domestiques, économie de la maison. Maison bien réglée; administrer la maison. La seule chose que vous craigniez était donc les embarras, et surtout les dépenses de la maison que vous seriez obligée de tenir, si j'étais près de vous? (Dumas père, Darlington, 1832, ii, 3, p. 86).Quand ça grandissait, ça rapportait, ça faisait aller la maison (Zola, Germinal, 1885, p. 1211).
Bonne, grande maison; maison aisée, confortable. (Dict. xixeet xxes.). Faire une bonne maison. Amasser beaucoup de biens. Voilà comme on fait les bonnes maisons (Dict. xixeet xxes.).
Absol. Les gens de maison. Les domestiques. Le quartier était excellent. Les gens de maison étaient tous nationalistes (A. France,Bergeret,1901, p. 309).Entrer, se mettre en maison. Devenir domestique. Puis elle est entrée en maison bourgeoise. Depuis qu'elle est femme de chambre chez le docteur, elle ne regarde plus personne (Simenon,Vac. Maigret,1948, p. 99).Au fig. Se mettre au service de. Nos parvenus d'aujourd'hui sont des Sganarelles sans places qui se sont mis en maison chez la France! (Balzac,Faiseur,1850, ii, 1, p. 218).
Locutions
Maître, maîtresse de maison. V. maître I A 3.
Tenir maison (vx). Recevoir, traiter des invités. L'Espagnol y fit l'acquisition d'un hôtel, tint maison, reçut avec grandeur (Balzac,, Contrat mar., 1835, p. 216).
Tenir maison ouverte. Offrir l'hospitalité à tout venant. S'il ne se rencontre pas de fortune assez considérable pour tenir maison ouverte, les gros bonnets choisissent pour lieu de réunion, comme faisaient les gens d'Alençon, la maison d'une personne inoffensive (Balzac,, Vieille fille, 1836, p. 299).
Train de maison. Ensemble des dépenses faites pour vivre dans une maison. A cela aussi j'ai renoncé: la gêne du luxe bourgeois, le souci d'un train de maison (Larbaud, Barnabooth, 1913, p. 288).
(C'est) la maison du bon Dieu (fam.). (C'est) une maison dont les habitants sont accueillants et hospitaliers. Il fallait être charitable, ils disaient eux-mêmes que leur maison était la maison du bon Dieu (Zola, Germinal, 1885, p. 1210).
c) Ensemble de personnes.
α) Ensemble de personnes vivant sous un même toit, ses habitants, ses occupants habituels; en partic. les membres de la famille. Synon. maisonnée.Une maison accueillante, amie, charitable. Des jeux de l'ancien temps, un bal, dont quelque vieux serviteur étoit le premier musicien, prolongeoient les plaisirs dans les ombres, et la maison entière, nourrices, enfans, fermiers, domestiques et maîtres dansoient tous ensemble la ronde antique (Chateaubr., Génie, t. 2, 1810, p. 316).Quand, à la tombée de la nuit, je rentrai au logis, je trouvai la maison consternée, ma mère agitée et fiévreuse, la vieille Mélanie en larmes, mon père gardant un calme affecté (A. France, Pt Pierre, 1918, p.172).
Le fils, la fille de la maison. L'auberge s'emplit, et la fille de la maison arrive avec sa mère, en habits voyants, un voile noir sur la tête, un beau sourire aux lèvres (Taine, Voy. Ital., t. 2, 1866, p. 20).Je me rappelle que le garde parlait du fils de la maison, un excentrique, qui avait des idées extraordinaires (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 221).
Vieilli ou plais. Faire la jeune fille de la maison. Faire le service au cours d'une réunion. (Ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
β) En partic., vx
Ensemble des personnes chargées du service domestique d'une maison. Synon. domesticité.Dix messes furent dites pour la défunte, dix messes basses auxquelles assistèrent Monsieur et Madame de Lautréamont et toute leur maison (Lorrain, Contes chandelle, 1897, p. 89).
Locutions
Avoir une maison. Avoir des serviteurs. À cette époque, un duc et pair, possessionné comme l'était le duc d'Hérouville, ayant ses charges et ses gouvernements, menait en France le train d'un prince (...) il avait une maison et des officiers (Balzac, Enf. maudit, 1831-36, p. 401).
Faire sa maison. Prendre des domestiques. Cet ambassadeur n'a pas encore fait sa maison; la maison de ce prince n'est pas encore faite (Ac.).
Faire maison nette. Ne pas garder ses domestiques. Faire maison neuve. En prendre d'autres. (Dict. xixes.; ds Lar. 20e, Quillet 1965). P. ext. Chasser des personnes occupant une place. Quand une place est prise, il y fait maison nette Passant tout par le sabre et par la baïonnette! (Pommier, Russes, 1854, p. 21).
Ensemble des personnes employées au service d'un grand personnage. La maison de l'empereur, du prince, du souverain. À dix pas de distance, les gens de la maison du duc... (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 105).Bocan [violoniste] faisait encore partie de la Maison du roi en 1648, car il figure, à cette date, sur la liste des officiers retraités et pensionnés par la cassette royale (Grillet, Ancêtres violon, t. 2, 1901, p. 32).
Maison civile, militaire. Personnel civil, militaire, attaché au service d'un souverain ou d'un chef d'État. L'empereur se sépara à Mayence de sa cour et de l'impératrice, et se rendit à Wurtzbourg accompagné seulement de sa maison militaire (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 134).Le colonel Pénelon, de la maison militaire du Président de la République et agent de liaison entre le gouvernement et moi, arrivait à Vitry (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 351).
d) Ensemble des personnes formant une lignée, une dynastie. Synon. branche, famille, race.Être issu d'une maison; grande, illustre maison; maison souveraine; maison d'Autriche, de France, de Lorraine. C'était, au commencement du dix-septième siècle, ce qu'on appelait une bonne famille que celle des Arnauld, une solide et ancienne maison (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 63).Une petite brodeuse, sans argent, sans nom, épouser Félicien d'Hautecoeur (...) le dernier descendant d'une des plus vieilles maisons de France! (Zola, Rêve, 1888, p. 183).
Loc. vieillie. Être de grande, de bonne maison. Être de noble et ancienne race. Il eût souhaité que l'Espagnol fût d'assez bonne maison pour prétendre à la main de Lauriane (Sand, Beaux MM. Bois-Doré, t. 1, 1857, p. 154).Absol., vx. Être de maison. (Ds Littré, Rob., Lar. 20e-Lar. Lang. fr.).
4. P. anal., ASTROL. Un des douze fuseaux par lesquels les astrologues divisent le ciel pour analyser son état au moment de la naissance de quelqu'un et en tirer des conclusions pour établir son thème astral. Il [l'astrologue] (...) lui prédit un sort favorable, si toutefois il échappait à quelque triste aspect en l'angle occidental de la septième maison (A. France, Rabelais, 1909, p. 160).La nuit, il me montrait les constellations et m'enseignait la géographie de la voûte céleste, il m'en désignait les maisons (Arnoux, Seigneur, 1955, p. 138):
4. À la voix du Très-Haut, l'astre de la lumière, Peut-être aussi changea son oblique carrière; Et, poursuivant sa marche en ses douze maisons, Dans son cours inégal varia les saisons. Delille, Paradis perdu, t. 3, 1804, p. 181.
B. − Bâtiment ou ensemble de bâtiments destiné à un usage spécial.
1. Édifice public.
Maison communale*.
Maison commune, maison de ville (vieilli). Hôtel de ville. Puis il arriva sur la grand'place où les clochetons de la maison de ville (...) regardaient l'encombrement du marché (Kahn, Conte or et silence, 1898, p. 177).
Maison carrée. Temple romain de Nîmes. (Ds Nouv. Lar. ill., Lar. 20e, Rob., Quillet 1965).
Maison curiale. V. curial2.
Maison mortuaire*.
DR. PÉNAL
Maison centrale. V. central I B 3.
Maison d'arrêt*, de force* (vx), de dépôt*, de correction*. Maison cellulaire, pénitentiaire. Déjà l'alarme était donnée, la cloche de la maison cellulaire sonnait, la rumeur des cris et des ordres vociférés à tue-tête montait (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 293).
Maison de justice. Établissement situé près de chaque cour d'assises pour y recevoir jusqu'à leur comparution les personnes qui ont fait l'objet d'une ordonnance de prise de corps. (Dict. xixeet xxes.).
2. Endroit, lieu où l'on reçoit, héberge des usagers dans un but déterminé.
Maison garnie (vieilli), meublée. V. garni I A.
Maison d'aliénés, de fous. Établissement où sont internés et soignés les malades mentaux. Sa bonne (...) Julie, ayant servi dans des maisons de fous, est liée avec des infirmiers de Charenton (...) qui amènent chez sa maîtresse les fous qu'ils sont chargés de promener (Goncourt, Journal, 1865, p. 119).P. euphém. Maison de santé. Synon. asile psychiatrique*.Mais le fou (...) s'échappa (...) et monta sur le toit (...). Ils (...) s'emparèrent du furieux (...). Il fut conduit aussitôt dans une maison de santé (A. France, Révolte anges, 1914, p. 392).
Les petites(-)maisons (vx). Hôpital de Paris où l'on enfermait les aliénés. Un échappé des petites maisons. Des actes de démence? Ah! dites plutôt des actes de scélératesse, dignes du dernier supplice, puisqu'ils ne peuvent pas être punis des petites-maisons (Marat, Pamphlets, Affreux réveil, 1790, p. 243).
Maison d'éducation. Établissement où l'on éduque les enfants et les adolescents. Photini était en pension à l'hétairie. C'est, comme vous le savez, une maison d'éducation établie sur le modèle de la Légion d'honneur, mais régie par des lois plus larges et plus tolérantes (About, Roi mont., 1857, p. 36).
Maison d'enfants. Maisons d'enfants à caractère sanitaire (J.O., 25 mars 1956, p. 2860).Maison d'enfants à caractère social (U.N.I.O.P.S.S., Les Œuvres de la famille, mai 1957, p. 41).
Maison de famille. V. famille I C 2.
Maison des jeunes. V. jeune III A 1.
Maison de convalescence, de repos, de santé. ,,Les maisons de repos sont destinées à recevoir deux catégories de sujets: les malades présentant une altération de leur état général (...), les malades chroniques stabilisés`` (Réadaptation, 1956, no30, p. 47). Il est dans je ne sais quelle maison de santé (...), j'ai vaguement ouï dire qu'il a été opéré ce matin (Hermant, M. de Courpière, 1907, ii, 1, p. 13).Les commerçants seraient assurés (...) d'un médecin, d'un chirurgien, d'une maison de convalescence (Alain, Propos, 1921, p. 303).
Maison de retraite. Maison d'accueil pour les personnes âgées. Un grand nombre de vieillards doivent, pour des raisons diverses abandonner à la fin de leur existence leur logement pour séjourner dans des locaux spécialement conçus pour eux, les maisons de retraite (Les Institutions soc. de la France, La Docum. fr., t. 3, 1955, p. 56).
Maison de la culture. V. culture II A 1.
Maison de la presse*.
Maison de la radio*.
[En parlant de lieux de plaisir]
Maison close, publique, de claques, de joie, de passe, de prostitution, de rendez-vous, de tolérance. V. clos II A 1.Synon. bordel.Un jour il a eu la fantaisie de mener dans une maison de joie, très chère, un petit vagabond et lui a payé un abonnement dans la maison (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 326).Un premier acte dans une maison de prostitution, mais représentant la vie intime de ces femmes, sans l'apparition de messieurs (Goncourt, Journal, 1888, p. 838).Mais moi, j'ai vécu dans une maison de rendez-vous où la passe coûtait nettement plus cher (Camus,Requiem,1956, 2epart., 4etabl., p. 865).
Emploi abs. [Le souteneur:] ça a toujours été mon rêve d'avoir une femme en maison (Méténier, Lutte pour amour, 1891, p. 269).Mais non la comtesse est tout simplement une vieillarde qui gère, dans le quartier réservé aux filles d'amour, une maison assez bien achalandée, ma foi (Colette, Cl. s'en va, 1903, pp. 282-283).Loc. Entrer en maison. Se faire prostituée dans une maison de prostitution. Ne trouvant pas d'ouvrage, je suis entrée en maison, comme bien d'autres (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Port, 1889, p. 1336).
Maison de jeux. V. jeu I B 2.
3. En partic. Établissement d'une communauté religieuse. La maison de St-Sulpice; la maison des Dominicains; maisons de Capucins, de Clarisses. La congrégation des filles de la Charité a des maisons dans le monde entier (Ac.1935).
Maison(-)mère. Établissement central d'un ordre religieux dont dépendent les autres communautés. J'avais besoin ici d'une cuisinière. J'en ai demandé une à Paris, à la maison-mère. On m'envoie une soeur (Goncourt, Journal, 1861, p.875).Demain une bernardine doit emmener, à la maison mère d'Esquermes-les-Lille, Denise et ma Delphine, qui pleurent toutes les deux (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 172).P. métaph. ou au fig. Chose capitale, centrale, la plus importante. Cette philosophie restait la maison mère de la littérature (Thibaudet, Hist. litt. fr., 1936, p. 26).
4. Entreprise commerciale ou industrielle. Synon. établissement, firme, magasin.Maison qui progresse, prospère; maison en faillite, en liquidation; la maison ne recule devant aucun sacrifice. On ne doit acheter de semences que dans les maisons qui, non seulement, en font une spécialité, mais encore cultivent les graines qu'elles expédient (...). Ces maisons qui cultivent se respectent; elles tiennent avant tout à leur réputation, et ne vendent que ce dont elles sont sûres (Gressent, Potager mod., 1863, p.357).
Maison mère. Établissement commercial ou industriel central dont dépendent d'autres établissements, des filiales ou des succursales. Anton. maison filiale.Entre un pays A et un pays B, sont établis certainement et incontestablement les couplages «non classiques» (...) par l'investissement extérieur et par le commerce entre maisons mères et filiales (Perroux, Écon. XXes., 1964, p.187).
Maison de + subst.
Maison de banque (vieilli). Synon. de banque.Mais dites-moi donc, Moïse Herrer, le fondateur de la maison de banque, était juif? Honoré: Bien entendu, monsieur, je vous dis que c'est une bonne maison (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, i, 1, p. 3):
5. − Monsieur votre père n'est-il pas l'associé d'une maison de banque? − Oui, de la maison Barley et compagnie. − Y a-t-il deux banquiers du même nom à Londres? − Pas que je sache. About, Roi mont., 1857, p. 88.
Maison de commerce. Beaucoup de maisons de commerce, et d'abord toutes les maisons juives, avaient été confisquées sur l'ordre de Frank, et le soin de les administrer remis à des «Treuhander», c'est-à-dire à des hommes de confiance allemands (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 322).
Maison de commission. Entreprise d'un négociant qui fait la commission. Un public, bête et sans couleur, de commis de maisons de commission (Goncourt, Journal, 1860, p. 742).
Maison de détail, de gros. Entreprise où l'on vend les marchandises au détail ou en gros. En apparence, la maison de détail était la même; mais le feu sacré y manquait; le génie de l'invention, le don de l'entraînement s'en étaient retirés (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 389).
Maison d'édition. La Guerre civile durait depuis trois mois, elle avait cinq cents abonnés et huit cents acheteurs au numéro, trois maisons d'éditions lui donnaient de la publicité (Nizan, Conspir., 1938, p. 51).
En partic. [En parlant de l'établissement où l'on travaille] Synon. fam. boîte, boutique.L'esprit, la tradition de la maison; cet employé a trente ans de maison. Vous pouvez tirer bon parti du nom de la maison. Sous la condition de payer toutes les dettes, dont voici l'état complet (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 412).
II. − Adj. inv. [En appos. avec valeur expressive valorisante]
A. − Dans le domaine de l'hôtellerie.Qui a été fait sur place, à la maison et non acheté au dehors; qui est de bonne qualité. Pâté, tarte, vol-au-vent maison. Parfois p. iron. Le fretin, les gens «ordinaires» et du commun étaient aux eaux, en proie à des docteurs bienveillants ou avides (...) ou dans des hôtels (...) mastiquant des entrecôtes «maison», dures comme du bois à 80 frs pièce (L. Daudet, Médée, 1935, p. 222).
Fam. Particulièrement réussi, soigné. Blague, engueulade, gifle maison. Jacques arrache à la débauche le pauvre orphelin, c'est encore le sujet, et l'objet, d'une bagarre maison (Queneau, Loin Rueil, 1944, p. 43).[Pierre Sora] l'avait levée (...) à Tanger et, après un baratin maison, l'avait ramenée à Paname (Le Breton, Rififi, 1953, p. 47).
B. − Particulier à l'esprit, à la mentalité, aux habitudes d'une famille, d'un groupe ou d'une entreprise. Apprentissage maison; elle a vite attrapé le genre maison. Qu'elle se méfie [au Concours du Conservatoire] pourtant du chevrotement «maison» qui commence à la gagner, comme la plupart de ses camarades (E. Vuillermoz dsExcelsior,juill. 1938).Je dois avoir, conclut-il un complexe de derrière les fagots. Tout comme moi, dit Berliac, nous avons des complexes maison! (Sartre,Mur,1939, p. 164).Un journaliste professionnel est un homme qui déforme les faits, consciemment ou non. La «version maison» sort de lui comme d'un moule. Un journal, c'est un gaufrier (Mauriac, Bloc-Notes, 1958, p. 330).
C. − Qui est propre à une entreprise, un établissement. Diplôme, syndicat maison.
Prononc. et Orth.: [mεzɔ ̃] ou [me-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Bâtiment d'habitation 1. a) fin xes. «bâtiment servant de logis, d'habitation, de demeure» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 63); b) ca 1465 maison de plaisance «maison ou château qui sert à l'agrément» (Chastellain, Chronique, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 5, p. 236); 1655 maison de campagne (Salnove, Vénerie royale, chap. 19, p. 44); c) 1756 maison de chasse (Voltaire, Moeurs, 176 ds Littré); 2. 1remoitié xiies. maisun Dieu «temple, tabernacle» (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, p. 69); 3. ca 1130 en sa maisoun «chez soi (sans mouvement)» (Lois G. le Conquérant, éd. J. E. Matzke, 35); ca 1150 a maison «chez soi (avec mouvement)» (Wace, St Nicolas, éd. E.Ronsjö, 1079); 4. a) ca 1510 tenir maison ouverte (J. d'Auton, Ann. de Louis XII, 237 ds La Curne); b) 1628-30 faire l'honneur de la maison «recevoir selon les règles de la politesse» (A. d'Aubigné, Sa vie, à ses enfants ds Œuvres, éd. E. Réaume et F. de Caussade, t. 1, p. 41); 1690 faire les honneurs de la maison (Fur.); c) 1690 c'est la maison de Dieu, où on ne boit ni on ne mange «c'est la maison d'un avare» (ibid.); 1867 c'est la maison du bon Dieu (Littré); 5. astrol. 1269-78 «chacune des douze divisions du ciel, déterminée par l'intersection de six méridiens avec l'horizon et que les astrologues observent pour établir leur thème de nativité» (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 16868); 1546 maison du ciel (Rabelais, Tiers Livre, XXV, éd. M. A. Screech, p. 178). B. Les personnes qui vivent ensemble, habitent la même maison 1. a) ca 1100 «personnel qui assure le service domestique de l'empereur» (Roland, éd. J.Bédier, 1817); 1606 maison du roi (Nicot); 1765 maison militaire du roi (Encyclop.); b) 1835 gens de maison (Ac.); 2. 1remoitié xiies. maison d'Israel «les Juifs» (Psautier Oxford, éd. cit., p. 142); 3. 1174 «famille» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2950). C. Bâtiment, édifice destiné à un usage spécial 1. ca 1165 maison Dieu «maison où l'on loge et soigne les malades» ([Chr. de Troyes], G. d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 149); 1721 maison de santé (Trév.); 1803 maison d'éducation (Boiste); 1893 maison de retraite (Zola, Dr Pascal, p.223); 2. ca 1165 «couvent, monastère, abbaye» ([Chr. de Troyes], G. d'Angleterre, éd. cit., 181); 1877 maison mère (Littré Suppl., s.v. mère); 3. fin xiiemaison de chartre «prison» (Sermons St Bernard, éd. W. Foerster, p. 86); 1704 maison de force «prison des femmes de mauvaise vie» (Trév.); 1790 «établissement où sont détenus les prévenus ou les condamnés» (Mr de L'Épithète, Dict. national et anecdotique, Append. ds Quem. DDL t. 11); 1721 maison de correction (Trév.); 1790 maison d'arrêt (Ranft, p. 100); 1838 maison pénitentiaire (Stendhal, Mém. touriste, t. 2, p. 481); 1848 maison centrale (Balzac, Splend. et mis., p. 541); 4. 1270 maison de la ville «hôtel de ville, mairie» (Lefranc, Histoire de la ville de Noyon, p. 227); 5. 1466 maison estagiere «boutique» (doc. ds La Curne); 1794 maison de commerce (Staël, Lettres div., p. 564); 1802 maison de prêt (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, p. 325); 1813 maison de banque (Jouy, Hermite, t. 3, p. 154); 6. a) 1821 maison publique (J. de Maistre, Souveraineté, p. 387); 1824 maison de prostitution (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, p. 248); 1829 maison de passe (Recueil d'argot, 47 ds Sain. Arg. t. 2, p. 170); 1840 maison de tolérance (Ac. Compl. 1842, s.v. tolérance); 1899 maison close (Zola, Fécondité, p. 379 et 517); b) 1811 maison de jeu (Jouy, Hermite, t. 1, p. 141); 7. 1757 maison d'association «caisse de maladie» (Chamousset, Vues d'un citoyen, p. 35); 1792 maison de secours «organisation pour émettre un papier local» (Lettre de Clavière, 28 avril ds Bull. d'hist. éc. de la Révolution, 1911, p. 184); 1931 maison de l'agriculture (Lar. 20e). D. En appos. 1. a) 1935 entrecôtes «maisons» (L. Daudet, Médée, p. 222); b) 1941 des enculés et des constipés maison «indiscutables, authentiques» (Magnane, Bête à concours, p.336); 2. a) 1935 témoin-maison «conforme à la volonté ou à la mentalité d'une personne ou d'une collectivité» (Simonin, J. Bazin, Voilà taxi! p. 160); b) 1939 complexes maison «qui caractérise, qui est propre à (une entreprise, un établissement, une famille, etc.)» (Sartre, Mur, p. 164). Du lat. ma(n)sionem, accus. de mansio «séjour, lieu de séjour, habitation, demeure, auberge» (de manere «rester, demeurer», v. manoir) qui n'existe au sens de «maison» qu'en gallo-roman et dans les parlers septentrionaux. Casa, proprement «cabane» puis «maison» en lat. pop. a supplanté le lat. class. domus (cf. ital. esp. casa, a. prov. caza) et subsiste en fr. dans divers topon. et anthropon. (La Chaise-Dieu, Lacaze, Sacaze), v. aussi chez; cf. pour le sens A 4 l'a. prov. maison «ensemble des affaires domestiques, ménage» (ca 1300 ds Levy Prov.), pour le sens C 3 le b. lat. tristissimae mansionis (sc. carceris)... angustiae (ves. ds TLL) et pour C 5 l'a. dauph. maison «boutique, atelier (en parlant d'un cordonnier)» (Leyde de Vienne, copie de 1403 ds Devaux, Lang. du Dauphiné, p. 92). Fréq. abs. littér.: 37468. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 44959, b) 59673; xxes.: a) 63774, b) 50652.
DÉR.
Maisonnier, -ière, adj.a) [En parlant d'une pers.] Qui est sédentaire, se plaît à la maison. Stables et maisonniers, ils n'étaient pas de ces gens qui déambulent, palabrent très au delà de minuit (Arnoux, Double chance, 1958, p. 20).b) [En parlant d'une chose] Qui se rapporte à la vie à la maison. Souci maisonnier. J'ai une observation maisonnière à te faire (...). Il y a très longtemps que nous n'avons mangé de ragoût de mouton (L. Daudet, Ariane, 1936, p. 64).On relève ds Littré Suppl. 1877 maisonnière dans un emploi partic.: ,,La Société maisonnière de Mulhouse, société qui procure aux ouvriers des maisons, des logements à bon marché`` mais l'emploi fém. corresp. aux sens cités supra n'est pas att. ds les dict. [mεzɔnje], [me-], fém. [-jε:ʀ]. 1resattest. a) subst. α) 1312 maxonnier «habitant d'une maison, tenancier» (Cart. gr. égl. de Metz, B.N. 11849, fo78 rods Gdf.), β) 1523 «fermier, preneur à cens» (Nouv. Coutumier général, éd. Ch. A. Bourdot de Richebourg, t. 3, p. 1053), γ) 1611 «chef d'une maison» (Cotgr.), b) adj. α) 1505 «qui garde la maison» (doc. ds Gdf.), β) 1559 «dont on se sert à la maison (en parlant d'une quenouille)» (Ronsard, Œuvres, éd. P. Laumonier, Second Livre des Meslanges, t. 10, p. 123, 29), γ) 1571 «qui sert aux maisons (en parlant du bois, de la chaux)» (La Porte, Épithètes ds Gdf.), δ) 1877 société maisonnière «société qui procure aux ouvriers des logements à bon marché (à Mulhouse)» (Littré Suppl.); de maison, suff. -ier*.
BBG. Bar (F.). Superl. et intensifs ds le fr. auj. Fr. mod. 1952, t. 20, p. 28. _ Boudon (P.). Rech. sémiotiques sur le lieu. Semiotica. 1973, t. 7, pp. 190-225. _ Dauzat (A.). Maison ds la Basse Auvergne. In: [Mél. Thomas (A).]. Paris, 1927, pp. 131-136. _ Davidson (H.). Die Benennungen des Hauses und seiner Teile im Frz. Kiel, 1903, passim. _ Ranft 1908, pp. 100-101. _ Quem. DDL t. 10. _ Streng (W.O). Haus und Hof im Frz. Helsinki, 1907, passim.

Wiktionnaire

Nom commun

maison \me.zɔ̃\ ou \mɛ.zɔ̃\ féminin

  1. (Architecture) Bâtiment servant de logis, d’habitation, de demeure.
    • Les maisons peuvent brûler, les fortunes sombrer, les pères revenir de voyage, les empires crouler, le choléra ravager la cité, l’amour d’une jeune fille poursuit son vol, comme la nature sa marche […] — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Ils avaient une maison à eux. […] Oh ! une vraie cabane ! couverte de chaume, bâtie en pisé, fermée par des volets qui claquaient au vent […] — (Émile-Ambroise Thirion, La Politique au village, Fischbacher, 1896, page 324)
    • Cheikh Gaafar possédait une maison, toute neuve, en bordure des champs, à l’écart du village. C’était une maison en briques, entourée d’un jardin, avec de grandes fenêtres et des balcons. Une vraie maison d’homme riche. — (Out-el-Kouloub, « Zaheira », dans Trois contes de l’Amour et de la Mort, 1940)
    • Pas de fermes isolées, rien que des bourgs formés de maisons les plus dissemblables, qu’une lézarde de géraniums essaye en vain d’appareiller […]— (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • J’avais laissé Reykjavik, un grand village ; les maisons en bois étaient toiturées de tôle ondulée ; les plus importantes s’enorgueillissaient d’un étage surmontant l’entresol […] — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • À la campagne, les maisons très éloignées les unes des autres, et en général rudimentairement installées, rendent difficiles et souvent inefficaces les soins médicaux. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
  2. Ménage ; foyer ; tout ce qui a rapport aux affaires domestiques (qu’il s’agisse réellement d’une maison ou d’une autre forme d’habitation).
    • C’était elle qui assumait dans la maison les travaux de l’homme que sa vieillesse lui eût rendus difficiles. Combien de ménagères auraient, d’elles-mêmes, pris cette initiative généreuse ! — (Louis Pergaud, « La Vengeance du père Jourgeot », dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Toutes les clés de la maison, des armoires et des coffres, cliquetaient autour de sa taille en un trousseau noué à sa ceinture. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 22–23)
    • Quitter la maison paternelle ou maternelle.
    • Faire ses devoirs à la maison.
  3. (Par métonymie) Maisonnée ; famille.
    • Toute la maison dormait encore. — (Léon Tolstoï, Souvenirs, 1851-1857, traduction d’Ardève Barine, éd. 1922, p. 199)
    • […] mais à Mervale les dix maisons, comme dix vieilles filles revêches, continueraient à s’épier, à s’envier, à s’enfoncer de plus en plus secrètes et solitaires, chaque mois davantage […] — (Jean Rogissart, Mervale, Éditions Denoël, Paris, 1937, page 16)
  4. (Figuré) Lignée ; famille, en parlant des familles nobles et illustres.
    • L’armée et la flotte furent remplies de nobles qui n’avaient vu ni un camp ni la mer depuis vingt-cinq ans ; on refit la maison du roi telle qu’elle était sous Louis XVI […] — (Théophile Lavallée, Histoire des français : depuis le temps des Gaulois jusqu’en 1830, vol. 4, Paris : J. Hetzel & Paulin, 1841, 3e éd., p. 535)
    • Pour lui faire épouser l’héritier d’une des plus illustres maisons de France, la marquise avait tout sacrifié. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Souvent même, forcée de reculer devant la pression française devenue trop forte, la maison de Savoie a dû chercher en Allemagne son point d’appui et a trouvé un refuge dans la maison de Habsbourg. — (« La Maison de Savoie, ses origines et sa politique », Revue des deux Mondes, deuxième période, tome 66 : novembre et décembre 1866)
    • Dans les seuls évêchés de Dol, Saint-Malo et Saint-Brieuc, quatorze feudataires dont les revenus nobles propres allaient de 1500 à 40 livres monnaie appartenaient à la maison du vicomte de Rohan. — (Michel Nassiet, Parenté, noblesse et états dynastiques: XVe-XVIe siècles, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2000, p. 121)
  5. Entreprise ; fonds de commerce ; artisan.
    • Les expéditeurs sont à leur poste ; les courtiers des grandes maisons étrangères sont sur pied. Sans beaucoup de bruit, des cours s’établissent, des transactions s’effectuent, des chargements s’accomplissent. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Offrir cinq cents flacons de vinaigre des quatre-voleurs comme produit désinfectant au bureau de bienfaisance du XIe arrondissement, c’est un acte généreux ; faire savoir qu’il provient de la maison Maille, Robillard, Segond et Cie, cela devient de la réclame […] — (Ange-Pierre Leca, Et le choléra s’abattit sur Paris - 1832, Albin Michel, 1982, p. 199)
    • 1929 : Delteil devient représentant en blanquette de Limoux, plus précisément de la bien nommée maison Génie. — (Joseph Delteil, Les dossiers H, L’Âge d’Homme, 1998, page 353)
    • D’une dissidence à l’autre, Touly s’émeut également de ce que Mme Messier, épouse du plénipotentiaire PDG de Vivendi, puisse toucher quelques subsides de l’auguste maison. — (Renaud Lecadre, « À l’eau de rosse », dans Libération du jeudi 23 septembre 2010)
  6. (Religion) (Histoire) (Vers 1175) Établissement d’une communauté religieuse.
    • Les maisons provinciales d’un ordre.
    • Maison de chartreux (Chartreuse), de capucins, de clarisses…
  7. (Astrologie) Un des fuseaux obtenu après division du ciel par les astrologues afin d’établir un thème astral.
    • Lettré, théologien, juriste et philosophe, il est le type parfait, très rare aujourd’hui, du savant arabe : véritable encyclopédie vivante de la science d’il y a un demi-millénaire. Il croit fermement aux horoscopes, à l’influence des planètes et des constellations, des « douze maisons » du soleil, à la pierre philosophale et à la possibilité de transformer les métaux vils en métaux précieux. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 122)
    • Le pôle nord de l’écliptique se trouve à 23°5' du pôle nord céleste. Les points de la Terre qui sont situés sur le cercle polaire ont leur zénith à 23°5' du pôle céleste. Donc, au cours du mouvement diurne, le pôle de l’écliptique passe chaque jour au zénith de tous ces lieux terrestres. Alors, l’écliptique coïncide avec l’horizon et ne traverse plus aucune maison. Il n’y a plus d’horoscope pour les malheureux qui naissent à ce moment-là. — (Paul Couderc, L’Astrologie, 1974)
  8. (Argot) Maison close ; lupanar.
    • J’ai été en maison, répondit Véra, jusqu’à ce que Cramoisi, mon second homme, m’en ait sortie pour m’affranchir des taules et des taulières. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • Le soir du crime, Pedro a prétendu avoir passé la soirée dans une maison spécialisée : chez Mme Arthur. — (Jo Barnais [Georges Auguste Charles Guibourg, dit Georgius], Mort aux ténors, ch. IX, Série noire, Gallimard, 1956, p. 88)
  9. Au Moyen Âge, peut désigner une redevance sur le transport des vins par voie fluviale. Voir muaison.
  10. (Curling) Cible circulaire dessinée sur la glace ; là où la pierre doit être lancée.
    • Vient ensuite l’essence du curling, le curl, cette manière imperceptible d’imprimer une rotation à la pierre pour que celle-ci décrive une courbe l’amenant tranquillement, ou vigoureusement, c’est selon, jusqu’à la maison, le nom de la cible dont le centre s’appelle le tee ou le dolly. — (Jean-Baptiste Duchenne, Non, le curling n’est pas le pire sport du monde (et je vous le prouve), telerama.fr, 27 octobre 2019)

Adjectif

maison \mɛ.zɔ̃\ masculin et féminin identiques

  1. (Familier) Qui est fabriqué à la maison.
    • Pour confectionner un exfoliant maison, mélangez de l’huile d’olive et une poignée de sel de mer. Utilisez cette préparation comme gommage pour le corps. — (Julie Frédérique, L’huile d’olive, c’est malin : Tous les secrets de cet ingrédient magique, Leduc.S Éditions, 2010, page 53)
  2. (Par extension) Relatif à sa propre ville, sa région, son pays.
    • L’économie allemande, estiment-ils, ne souffre pas seulement des vents contraires à l’extérieur mais aussi de problèmes maison, liés au manque de réformes depuis le début de l’ère Merkel. — (Cécile Boutelet, L’économie de l’Allemagne montre ses limites structurelles, Le Monde. Mis en ligne le 15 janvier 2019)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MAISON. n. f.
Bâtiment servant de logis, d'habitation, de demeure. Maison à un étage, à plusieurs étages. Maison neuve. Vieille maison. Maison de brique, de pierre de taille, en béton armé. Maison entre cour et jardin. Maison sur la rue. Bâtir, abattre, démolir une maison. Maison de campagne, de plaisance. Maison à louer, à vendre. Les fondements, les gros murs, la couverture d'une maison. Le devant, le derrière d'une maison. Les divers appartements d'une maison. Sa maison est ouverte à tous venants. Il ne sort point, il ne bouge point de la maison. À la maison, Chez soi. Il reste, il est à la maison, Chez lui. Je dîne à la maison, Chez moi. Fam., Garder la maison, Rester chez soi, ne pas sortir. Fig. et fam., C'est la maison du bon Dieu signifie une Maison hospitalière ouverte à tout le monde. La maison de Dieu, L'Église. On dit dans un sens analogue, en parlant d'une église en particulier : Il faut se tenir avec respect dans la maison du Seigneur. Fig. et fam., Par-dessus les maisons, se dit en parlant de Choses exorbitantes, excessives, exagérées. Il fait des demandes, il a des prétentions par-dessus les maisons.

MAISON, pris absolument, est synonyme d'Établissement d'une société laïque (voyez plus bas Maison de commerce) ou ecclésiastique. La congrégation des filles de la Charité a des maisons dans le monde entier. Maison garnie, Maison où on loue des chambres, des appartements meublés. Tenir maison garnie. Loger en maison garnie. On dit plutôt Maison meublée. Maison d'éducation, Maison où l'on prend en pension des enfants pour les instruire. Maison de santé, Maison où l'on prend en pension des malades ou des valétudinaires pour les soigner. Maison de retraite, Établissement public ou privé, où l'on reçoit les vieillards. Maison-mère, en langage ecclésiastique, Maison principale où résident les supérieurs d'une congrégation de l'un ou de l'autre sexe. Maison publique, Maison de prostitution réglementée par l'autorité publique. On dit aussi Maison de tolérance. Maison d'aliénés, Établissement public ou privé où l'on soigne les aliénés. Maison de jeu, Maison ouverte au public, où l'on joue à des jeux de hasard. Maison de commerce, Maison où l'on fait le trafic de marchandises. En ce sens, on dit simplement Maison. Ce commerçant a une maison à Paris et une à Bordeaux. La Maison Richard et Cie. La Maison X n'a pas de succursale. Maison de détail, de gros, Maison de commerce qui vend les marchandises en détail, en gros. Maison de commission, Maison d'un négociant qui fait la commission. Maison commune, Le bâtiment où sont concentrés les services municipaux. On dit plus ordinairement MAIRIE. Maison d'arrêt, maison de détention, maison de force, maison de correction, Lieux légalement et publiquement désignés pour recevoir ceux qu'on vient d'arrêter, ou ceux qui ont été condamnés à la détention. Voyez aussi CORRECTION, DÉTENTION, FORCE. Maison centrale, Maison de détention pour les condamnés dont la peine excède un an. Petites-Maisons, Nom donné, autrefois, à un hôpital de Paris où l'on renfermait des aliénés. Prov., Il est à mettre aux Petites-Maisons, c'est un échappé des Petites-Maisons, C'est un homme sans raison, qui fait ou qui dit des choses folles. Petite maison se disait autrefois d'une Maison située dans un quartier peu fréquenté et destiné à des rendez-vous galants.

MAISON désigne aussi, par extension, le Ménage, tout ce qui a rapport aux affaires domestiques. Tenir maison. C'est elle qui tient la maison, qui a soin de la maison. Elle gouverne bien sa maison. L'argent qu'il gagne lui suffit pour faire aller la maison. Sa maison est bien ordonnée. Elle a une maison bien lourde. Avoir un grand train de maison, Avoir un grand luxe de table, d'ameublement, de domestiques. Faire les honneurs de sa maison, Bien recevoir ceux qu'on invite. Faire une bonne maison, Amasser beaucoup de bien, se mettre en état de bien établir sa famille.

MAISON se dit encore de Ceux qui demeurent et vivent ensemble dans une maison, qui y composent une même famille. Il est aimé de toute la maison. Il est l'ami de la maison. Toute la maison s'est réjouie de son arrivée. Il est de la maison. Le maître, la maîtresse, l'enfant, le fils, la fille de la maison. Quitter la maison paternelle. Maison s'emploie pour désigner les Gens attachés au service d'une maison. Dans chacun de ses déplacements, il emmène avec lui toute sa maison. Les gens de la maison, Les domestiques attachés au service d'une maison en particulier; et, Les gens de maison, en général, Les personnes dont l'état est de servir comme domestiques. Faire installer sa maison, Rassembler tout ce qui forme un train de maison, en domestiques, en voitures, meubles, etc. Fam., Faire maison nette, Renvoyer à la fois tous ses domestiques; et Faire maison neuve, En prendre d'autres. Maison du roi se disait autrefois des Officiers de la chambre, de la garde-robe, de la bouche, et autres, attachés au service personnel du roi. Maison militaire du roi, maison du roi, ou simplement La maison, se disait des officiers et des soldats destinés à la garde de la personne du roi. On dit aujourd'hui, dans un sens analogue, La maison militaire du Président de la République.

MAISON signifie, au figuré, Race, famille, en parlant des familles nobles et illustres. Maison ancienne. Grande maison. Maison souveraine. La maison de France. Soutenir l'honneur de sa maison. La maison royale, Les princes du sang. Un prince, une princesse de la maison royale. Cette maison est éteinte, finie, Le dernier de la race est mort. Relever sa maison, Acquérir des biens et des honneurs qui rendent à la famille dont on sort les avantages qu'elle avait perdus. Un homme, une femme, un enfant, une fille de bonne maison, De noble et ancienne race.

Littré (1872-1877)

MAISON (mê-zon) s. f.
  • 1Bâtiment servant de logis. Mais chercher ton asile en la maison du mort ! Corneille, Cid, III, 1. Ma maison est brûlée, et on dit : je suis perdu, Bossuet, la Vallière. Représentez-vous un homme né dans les richesses, mais qui les a dissipées par ses profusions ; …il emprunte de tous côtés pour se cacher à lui-même sa misère, il remplit, par ce moyen, en quelque façon, le vide de sa maison, Bossuet, ib. Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger riche des dépouilles de la chrétienté… tes maisons ne sont plus qu'un amas de pierres, Bossuet, Mar.-Thér. Que le prodigue retourné reçoit plus de grâces que son aîné, qui ne s'est jamais échappé de la maison paternelle, Bossuet, ib. Nous aurons une très belle maison à Paris pour cinq cents écus, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 15 mars 1678. [Elle] Va pour les malheureux quêter dans les maisons, Boileau, Sat. X. De tous ses amis morts un seul ami resté Le mène en sa maison de superbe structure, Boileau, Art p. IV. Un vieux valet restait… Sa vue embarrassait ; il fallut s'en défaire ; Il fut de la maison chassé comme un corsaire, Boileau, Sat. X. La maison du seigneur, seule un peu plus ornée, Se présente en dehors de murs environnée, Boileau, Ép. VI. Voyez-vous bien cette maison couverte d'ardoises, dont les fenêtres sont reblanchies depuis peu ? Regnard, le Retour imprévu, 13. Comment donner de l'eau dans Paris à trente mille maisons qui en manquent ?… osez le vouloir…, Voltaire, Dict. phil. Vénalité. Il [Louis XI] allait quelquefois de maison en maison dîner et souper chez les bourgeois ; il s'informait de leurs affaires, se mêlait de leurs mariages, et voulait être parrain de leurs enfants, Duclos, Hist. de Louis XI, Œuv. t. III, p. 341, dans POUGENS. Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j'aurais une petite maison rustique, une maison blanche avec des contrevents verts, Rousseau, Ém. IV.

    Fig. Il a porté la paix dans la maison de son âme, Massillon, Carême, Communion.

    À la maison, chez soi. Le pain est cher et la misère est grande, Et pour longtemps je dîne à la maison, Béranger, 10 000 fr.

    Garder la maison, rester chez soi, ne pas sortir.

    Il est fait en brûleur de maison, voy. BRÛLEUR.

    Je ne suis pas de la maison, réponse que l'on fait à quelqu'un qui s'enquiert dans une maison, quand on ignore tout ce qui appartient à cette maison. Je ne suis point de la maison, monsieur ; je passe ma vie au café, Voltaire, Écoss. I, 2.

    Fig. Par-dessus les maisons, excessivement, d'un prix excessif. Qu'a-t-il demandé ? - Oh ! d'abord des choses par-dessus les maisons, Molière, Scapin, II, 8.

    Fig. Grand poids, inquiétude extrême. Chamillart en revint [de chez le roi] tout rajeuni, et une maison levée de dessus l'estomac, Saint-Simon, 199, 151.

  • 2Maison royale, maison impériale, maison qui appartient au roi, à l'empereur, et où il peut habiter avec sa cour.
  • 3La maison du Seigneur, le temple de Jérusalem. Salomon bâtit la maison du Seigneur, et l'acheva, Sacy, Bible, Rois, III, VI, 14. Nourri dans ta maison [du Seigneur] en l'amour de ta loi…, Racine, Athal. I, 2.

    La maison de Dieu ou la maison de paix, l'église, le lieu où l'on prie Dieu. Dès qu'elle entrait dans la maison de Dieu, n'oubliait-elle pas qu'elle était reine ? Fléchier, Mar.-Thér. Qui l'eût cru qu'on dût voir jamais Les glaives meurtriers, les lances homicides Briller dans la maison de paix ? Racine, Athal. III, 8.

    Fig. La maison céleste, le ciel, le paradis. Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste Elle eût eu plus d'accueil ? Malherbe, VI, 18.

    La maison d'où l'on ne revient pas, le séjour des morts. Adieu, fragile enfant échappé de nos bras, Adieu, dans la maison d'où l'on ne revient pas, Chénier, Fragm. sur la mort d'un enfant.

  • 4Maison d'éducation, maison où l'on prend en pension des enfants, pour les instruire.
  • 5Maison de commerce, ou, elliptiquement, maison, maison où l'on fait le trafic des marchandises. Ouvrir une maison de commerce. Ce commerçant a une maison à Paris et une à Bordeaux.

    On dit maison de banque, lorsqu'il s'agit du trafic de l'argent.

    Maison de commission, maison d'un négociant qui fait la commission.

    Maison de prêt, maison où l'on prête de l'argent sur des objets déposés en nantissement.

  • 6Maison de ville, maison commune, l'hôtel où s'assemblent les officiers municipaux.
  • 7Maison d'arrêt, maison de détention, maison de force, maison de correction, lieux désignés par l'autorité pour recevoir ceux qu'on vient d'arrêter, ou ceux qui ont été condamnés à la détention.

    Maison centrale, maison de détention pour les condamnés à l'emprisonnement en matière correctionnelle dont la peine excède un an de prison, et pour les condamnés a la détention ou à la réclusion en matière criminelle.

    Maison de justice, lieu établi près de chaque cour d'assises pour y recevoir jusqu'à leur comparution ceux contre lesquels il a été rendu une ordonnance de prise de corps.

    Terme d'ancienne coutume. Maison de force ou maison forcée, prison des femmes de mauvaise vie.

    Par plaisanterie. La maison du roi, la prison. Je vous trouve, monsieur, dans la maison du roi ; Quel charme, quel désordre, ou quelle raillerie Des prisons de Lyon fait votre hôtellerie ? Corneille, Suite du Ment. I, 1.

  • 8Maison de charité, maison où l'on donne des secours aux indigents.

    Maison religieuse, nom donné aux couvents. La chute des maisons religieuses ne commence jamais par le désintéressement, Maintenon, Mme du Pérou, t. III, p. 170, dans POUGENS.

  • 9Maison de santé, établissement privé, généralement dirigé par un médecin, et dans lequel se trouvent réunies de bonnes conditions de traitement pour ceux qui ne peuvent pas se faire soigner dans leur domicile.

    Maison d'aliénés, établissement public ou privé, particulièrement destiné aux soins des aliénés incurables et au traitement de ceux qui sont jugés susceptibles de guérison. Il y a ici une maison où l'on met les fous… sans doute que les Français, fort décriés chez leurs voisins, enferment quelques fous dans une maison pour persuader que ceux qui sont dehors, ne le sont pas, Montesquieu, Lett. pers. 78.

    Maison mortuaire, édifice où l'on dépose la personne morte jusqu'au moment où la putréfaction commence à se manifester.

    Maison mortuaire, signifie aussi la maison du mort, celle où le corps est encore en attendant l'enterrement. On se réunira à la maison mortuaire.

  • 10Maison garnie, maison où on loue des chambres, des appartements garnis.
  • 11Maison de jeu, maison ouverte au public où l'on joue de l'argent. Je ne m'étonne pas qu'il y ait des brelans publics comme autant de piéges tendus à l'avarice des hommes… qui ne sait pas qu'entrer et perdre dans ces maisons est une même chose ? La Bruyère, VI.
  • 12Petites-Maisons, nom donné autrefois à un hôpital de Paris où l'on renfermait les aliénés (on met un P et une M majuscules). …Et l'autre tiers à la nourriture des pauvres vieilles gens étant dedans l'hôpital de Saint-Germain des Prés, et continuation des Petites-Maisons, qui sont nécessaires à bâtir audit hôpital, Lett. pat. 28 déc. 1623. J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons Iront aux Petites-Maisons, La Fontaine, Fabl. V, 4. …Il n'est point de fou qui par belles raisons Ne loge son voisin aux Petites-Maisons, Boileau, Sat. IV. Heureux si de son temps [d'Alexandre], pour cent bonnes raisons, La Macédoine eût eu des Petites-Maisons, Boileau, Sat. VIII. Nous sommes des fous qui ne ressemblent pas tout à fait à ceux des Petites-Maisons, Fontenelle, Sur l'hist. Œuv. t. IX, p. 370, dans POUGENS.

    Il est à mettre aux Petites-Maisons c'est un échappé des Petites-Maisons, c'est un homme sans raison, qui fait ou dit des choses folles.

    Fig. Les Petites-Maisons, choses folles, extravagances. On dit que Mme de Réquigny vient aussi, c'est la sibylle Cumée ; elle cherche à se guérir de soixante et seize ans dont elle est fort incommodée ; ceci devient les Petites-Maisons, Sévigné, 282. Nos folies de libéralités sont parvenues au comble de toutes les Petites-Maisons du monde, Sévigné, 20 nov. 1675.

    Fig. Ce sont les Petites-Maisons ouvertes, se dit en parlant d'un trait de folie.

  • 13Maison de ville, maison où l'on loge quand on est en ville. Je passe une partie des miens [jours] dans ma maison de ville qui est un assez vilain cabaret, Maintenon, Lett. à Mme de Ventadour, 24 sept. 1714.

    Maison des champs, maison que l'on a à la campagne pour l'utilité. L'île fut lors donnée en apanage à Lucifer ; c'est sa maison des champs, La Fontaine, Papef.

    Maison de campagne, maison qu'on a à la campagne pour l'agrément. Molière avait une maison de campagne à Auteuil où il se délassait souvent des fatigues de sa profession, qui sont bien plus grandes qu'on ne pense, Voltaire, Vie de Molière.

    Maison de bouteilles, petite maison de campagne où l'on va vider des bouteilles, faire des parties.

    Maison rustique, ferme, métairie avec ses dépendances. Rien n'est plus beau, à mon gré, qu'une vaste maison rustique, dans laquelle entrent et sortent par quatre grandes portes cochères des chariots chargés de toutes les dépouilles de la campagne, Voltaire, Mél. litt. à M. Dupont.

    Maison rustique, titre de plusieurs ouvrages qui traitent d'économie rurale.

    Maisons forestières, maisons construites dans l'intérieur des forêts pour le logement des gardes.

    Maison de chasse, maison qui sert de rendez-vous de chasse. Le cardinal va trouver le roi à Versailles, alors petite maison de chasse, achetée par Louis XIII vingt mille écus, devenue depuis, sous Louis XIV, un des plus grands palais de l'Europe et un abîme de dépenses, Voltaire, Mœurs, 176.

    Petite maison, nom donné autrefois à une maison ordinairement située dans un quartier peu fréquenté et destinée à des rendez-vous avec des maîtresses. Les gens qui sont occupés de la musique de Gluck et de leur souper ne songent pas à toutes ces horreurs [Lalli, le chevalier la Barre, etc. mis à mort] ; ils iraient gaiement à l'opéra et à leurs petites maisons sur les cadavres de ceux qu'on égorgea les jours de la Saint-Barthélemy et de la bataille du faubourg Saint-Antoine, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 7 sept. 1774. Le premier usage de ces maisons appelées communément petites maisons, s'introduisit à Paris par des amants qui étaient obligés de garder des mesures et d'observer le mystère pour se voir, Duclos, Comte de ***, Œuvres, t. VIII, p. 65. Jamais soupé des petites maisons de Paris n'approcha de ce repas, Rousseau, Confess. IV. Elle n'ignorait pas que, dès l'âge de dix-neuf ans, il avait, selon le bel usage, une petite maison et une jolie maîtresse, Marmontel, Contes mor. École des pères. Par des cadeaux son altesse m'entraîne Jusqu'à sa petite maison, Béranger, Cartes.

  • 14Tout ce qui a rapport aux affaires domestiques, de ménage. Sa maison est bien ordonnée. Malgré les nécessités de sa maison épuisée, Bossuet, Louis de Bourbon. Considérez ce que peut dans les maisons la prudence tempérée d'une femme sage pour les soutenir, Bossuet, Mar.-Thér. Quand j'aurai une maison montée, Maintenon, Lett à M. d'Aubigné, 1er janv. 1681.

    Tenir la maison, être à la tête du gouvernement d'un ménage. C'est elle qui tient la maison chez son père. Elle tenait habituellement la maison à Versailles, Marmontel, Mém. V.

    Tenir maison, avoir une maison où l'on reçoit, où l'on donne à dîner. Le même tour d'esprit qui fait exceller une femme du monde dans l'art de tenir maison, Rousseau, Ém. V.

    Bonnes maisons, maisons où tout est bon et en abondance. Il [un domestique] a été dans de bonnes maisons, Sévigné, 19 août 1675.

    Grandes maisons, maisons opulentes. Grandes maisons se font par petite cuisine, Regnard, les Vendanges, 1.

    Faire une bonne maison, amasser beaucoup de bien, se mettre en état de bien établir sa famille. Je ne suis point adroit, je n'ai point d'éloquence Pour… Suborner par discours une femme coquette… Débaucher une fille, et par vives raisons Lui montrer comme amour fait les bonnes maisons, Régnier, Sat. III. Elle eût du buvetier emporté les serviettes, Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes ; Et voilà comme on fait les bonnes maisons…, Racine, Plaid. I, 4.

    Avoir un grand état de maison, avoir un grand luxe de table, d'ameublement, beaucoup de domestiques, de chevaux, etc.

    Faire bien les honneurs de sa maison, bien recevoir ceux qu'on invite.

    Avoir une bonne maison, donner souvent à manger.

  • 15Ceux qui, vivant ensemble dans une maison, composent une même famille. Il est aimé de toute la maison. Toutes les maisons honnêtes de la ville lui sont fermées. La maison des vaincus touche seule mon âme, Corneille, Hor. III, 1. La maison de ce patriarche devient un grand peuple en peu de temps, Bossuet, Hist. I, 3. Dieu ! que dira le roi ? quel funeste poison L'amour a répandu sur toute sa maison ! Racine, Phèdre, III, 6.

    Le maître, l'enfant, le fils, la fille de la maison. Que de souffrir ainsi, contre toute raison, Qu'on en chasse pour vous le fils de la maison, Molière, Tart. IV, 1.

    Il est de la maison, c'est un membre de la famille, ou c'est un ami assez intime pour être considéré comme tel. N'apporte point ici l'air de cérémonie ; Regarde-toi déjà comme de la maison, Gresset, Méchant, III, 7.

    Maison gaie, maison où l'on s'amuse et amuse les autres.

    Maison triste, maison où il n'y a aucune gaieté. Un mari et une femme qui s'aiment, des gens extraordinaires, enfin c'est une maison triste, ma pupille s'y est ennuyée, Lesage, Turcaret, II, 2.

  • 16Terme collectif désignant les gens attachés au service d'une maison. Un valet et deux servantes composent toute sa maison.

    Entrer en maison, se dit d'un domestique qui prend du service dans une maison.

    Ce domestique a fait beaucoup de maisons, il a changé souvent de place.

    Familièrement. Faire maison nette, renvoyer à la fois tous ses domestiques. Enfin je respire, j'ai fait maison nette aujourd'hui, Legrand, Métamorph. amour. sc. 1. Même je vous prierai quelque jour instamment De faire maison nette impitoyablement, Et de vous composer un nouveau domestique, Imbert, Jaloux sans amour, II, 7.

    Fig. Voilà donc les jésuites chassés de Naples ; on dit qu'ils vont bientôt l'être de Parme, et qu'ainsi tous les États de la maison de Bourbon feraient maison nette, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 14 déc. 1767.

    Faire maison neuve ou maison nouvelle, prendre de nouveaux domestiques. Il faudrait chaque jour faire maison nouvelle, Tristan, Mariane, I, 3. On a beau chasser, faire maison nouvelle, Rousseau, Hél. IV, 10.

    Les gens de la maison, les domestiques attachés au service d'une maison en particulier, par opposition à gens de maison, en général, les personnes dont l'état est de servir comme domestiques.

  • 17Terme collectif désignant toutes les personnes employées au service des grands personnages, des princes et princesses. Il [le duc de Beaufort] offrait de s'aller poster à l'entrée du cours avec la maison de Monsieur, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 380, dans POUGENS. La dame d'honneur, les dames d'atour, les filles, la gouvernante, les hommes, et toute la maison [de Madame la Dauphine] part demain, Sévigné, 400. Enfin sa maison fut plus d'une heure à passer et à être admirée, Maintenon, Lett. à Mme de Villarceaux, 27 août 1660. Je réveille ici, sans y penser, maison désolée de cette princesse [la Dauphine], votre tendresse et votre douleur, par le souvenir des bienfaits ou de l'espérance qui vous restait de la protection d'une si bonne et si puissante maîtresse, Fléchier, Dauph.

    Faire sa maison, rassembler tout ce qui forme un état de maison, domestiques, meubles, voitures, etc. ; cela ne se dit que des princes et des personnes élevées en dignité. Cet ambassadeur s'occupe à faire sa maison.

    Maison du souverain, se dit de tous les officiers de la bouche, de la chambre et autres qui servent le roi ou l'empereur. La maison de l'empereur est partie pour Compiègne.

  • 18Maison militaire du roi, de l'empereur, ou maison du roi, de l'empereur, ou, simplement, la maison, les troupes destinées à la garde de la personne du souverain. Il ira à l'armée pendant son quartier avec Sa Majesté, et commandera toute la maison du roi, Sévigné, 125. Le roi fut à Compiègne faire la revue de sa maison et de la gendarmerie, Saint-Simon, 1, 24. Vous qui gardez mon roi, vous qui vengez la France, Vous peuple de héros dont la foule s'avance, Accourez, c'est à vous de fixer les destins ; Louis, son fils, l'État, l'Europe est dans vos mains ; Maison du roi, marchez, assurez la victoire, Voltaire, Fontenoi.

    Maison rouge, les mousquetaires, qui étaient ainsi nommés à cause de leur uniforme rouge.

    Ancien terme de marine. Maison du roi, voy. LOGIS DU ROI.

  • 19 Fig. Race, famille, en parlant des familles nobles, des grandes familles. Et [il] sort d'une maison si féconde en guerriers…, Corneille, Cid, I, 1. Jusques à ce grand coup un honteux esclavage D'une seule maison nous faisait l'héritage, Corneille, Othon, III, 3. Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison ! Corneille, Cid, I, 9. Il se fit donc une longue guerre entre la maison de Saül et la maison de David, Sacy, Bible, Rois, II, III, 1. J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison Qui se peut dire noble avec quelque raison, Molière, Mis. III, 1. C'est par la suite de ces conseils que Dieu a fait naître les deux puissantes maisons d'où la reine devait sortir, celle de France et celle d'Autriche, Bossuet, Mar.-Thér. L'auguste maison d'Autriche… où, durant l'espace de quatre cents ans, on ne trouve que des rois et des empereurs et une si grande affluence de maisons royales, avec tant d'États et de royaumes, qu'on a prévu il y a longtemps qu'elle en serait surchargée, Bossuet, ib. La maison de France, la plus grande, sans comparaison, de tout l'univers, et à qui les plus puissantes maisons peuvent bien céder sans envie, puisqu'elles tâchent de tirer leur gloire de cette source, Bossuet, Reine d'Anglet. La maison de Clovis était tombée dans une faiblesse déplorable ; de fréquentes minorités avaient donné occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortaient point étant majeurs, Bossuet, Hist. I, 11. La maison de Bavière est une de ces maisons augustes où la puissance, la valeur et la piété se perpétuent, et dont la gloire ne vieillit point avec le temps, Fléchier, Dauphine. Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance Entre nos deux maisons rompit toute alliance, Racine, Athal. II, 7. Toute la maison royale d'Angleterre venait d'un simple gentilhomme, nommé Tudor, qui avait épousé la veuve de Henri V, fille du roi de France Charles VI, Voltaire, Mœurs, 168. Et si je n'écoutais que la honte et ma gloire, L'honneur de ma maison, mon père, sa mémoire…, Voltaire, Zaïre, III, 4. D'après mon blason, Je crois ma maison Plus noble, ma foi, Que celle du roi, Béranger, Carabas. Qu'on rassemble les chefs des plus nobles maisons, Delavigne, Vêpr. Sicil. III, 5.

    La maison royale, la maison impériale, les princes du sang.

    Cette maison est éteinte, finie, le dernier de la race est mort. La maison de Jagellon, qui avait régné près de deux cents ans dans la Pologne, fut éteinte, Fléchier, Vie de Commendon, IV, 1.

    Relever sa maison, acquérir des biens et des honneurs qui rendent à la famille son ancien éclat.

    Les grandes maisons, les maisons les plus éminentes par leur noblesse et leurs dignités. Je vous gronde, ma fille, de vous être baignée dans cette petite rivière, qui n'est point une rivière et qui prend ce grand nom, comme bien des gens qui prennent le nom des grandes maisons, Sévigné, 306.

    Être de grande maison, être d'une famille noble.

    On a dit dans le même sens : être de maison. Vous êtes, à vrai dire, un peu bien dégoûté ; Clarice est de maison et n'est pas sans beauté, Corneille, Ment. III, 5. Connaissez-vous leurs biens, leurs emplois, leurs familles ? - Leurs familles ? eh fi ! perdez-vous la raison ? Les voudrais-je souffrir s'ils n'étaient de maison ? Qui vous fait présumer en moi tant de faiblesse ? Famille est bourgeoisie, et maison est noblesse, Boursault, Les mots à la mode, III.

    Bonne maison, maison noble. On ne choisit pas pour gouverner un vaisseau celui des voyageurs qui est de la meilleure maison, Pascal, Pens. V, 9, éd. HAVET. Un homme de très bonne maison, Sévigné, 140. Pausanias, jeune homme de bonne maison, Bossuet, Hist. I, 8.

    Bonne maison se dit aussi de toute maison qui, avec la bonne renommée, jouit d'un état de fortune assuré.

    Enfant de bonne maison, enfant appartenant à une bonne maison. Nous apprîmes ensemble tout ce qu'on enseigne aux enfants de bonne maison, Scarron, Rom. com. I, 14. Mon père m'a laissé un assez riche héritage pour pouvoir vivre à Madrid en enfant de bonne maison, Lesage, Est. Gonz. ch. 31. Aux filles de bonnes maisons Comme il avait su plaire.. Béranger, Yvetot.

    Ce jeune homme sent son enfant de bonne maison, il a les manières nobles.

    Fig. et ironiquement. Je vous traiterai, je vous accommoderai en enfant, en fils de bonne maison, c'est-à-dire je vous châtierai sévèrement, comme vous le méritez.

  • 20Compagnie, communauté d'ecclésiastiques, de religieux. La maison de Sorbonne.
  • 21Maison de tonnerre, petit appareil pour démontrer l'utilité des pièces qui conduisent l'électricité dans le sol.
  • 22 Terme d'astrologie. Maisons du ciel, maisons du soleil, douze divisions que les astrologues faisaient dans le ciel, auxquelles ils attribuaient diverses propriétés, et qui correspondaient aux douze divisions du zodiaque. Le soleil n'a que douze maisons, et nous avons trente châteaux que je parcours toute l'année, Dancourt, Impr. de Surêne, sc. 15.

PROVERBES

Les maisons empêchent de voir la ville, se dit quand on voit tant de belles choses ensemble, qu'on n'a pas le temps de les considérer chacune en particulier.

Maison faite et femme à faire, se dit pour exprimer qu'il faut acheter une maison toute faite et prendre une femme jeune que l'on puisse former à son gré.

C'est la maison de Dieu, où on ne boit ni ne mange, se dit de la maison d'un avare.

C'est la maison du bon Dieu, se dit, dans un sens tout contraire, des maisons ouvertes à tout le monde, ou des maisons où l'on réunit des enfants pour les amuser, et où on leur prépare des gâteaux, des bonbons, etc.

Charbonnier est maître en sa maison, c'est-à-dire chacun vit chez soi comme il lui plaît.

Qui veut tenir nette sa maison n'y mette femme, prêtre ni pigeon.

SYNONYME

MAISON, LOGIS. Maison marque plus particulièrement l'édifice ; logis est plus relatif à l'usage.

HISTORIQUE

XIe s. Si le pere truvet sa file en avulterie en sa maison, Lois de Guill. 37. Sil [ainsi il le] comandat as cous [queux, cuisiniers] de sa maison, Ch. de Rol. CXXXV.

XIIe s. E tute la maison de Jacob se vestit de honte, Machab. I, I. En sa maison n'a nul espoir Qui voit la [celle de] son voisin ardoir, Brut, ms. f° 112, dans LACURNE. Ses bourgeois [il] fait armer chascun à sa maison, Saxons, VIII. E là remest treis meis, e nostre sire benesquid [bénit] Obededom e sa maison, Rois, p. 140.

XIIIe s. Il n'est mie drois ne raison Qu'ele ait en paradis maison, la Rose, 5942. Il [saint Louis] fist edefier pluseurs mesons Dieu, la meson-Dieu de Paris, celle de Pontoise…, Joinville, 298.

XIVe s. Pour une maison Dieu dalée d'ivoire et d'ebeinne, garnie d'argent, De Laborde, Émaux, p. 377.

XVe s. Ils avoient si grand desir de retourner chacun en sa maison que priere n'y valut rien, Froissart, I, I, 25. En nostre famille que vulgairement on dit nostre maison, la quelle combien que mal ou bien nous l'avons gouvernée, Testament du duc de Guyenne, dans Cabinet du roi Louis XI, à la suite de Commines, t. IV, p. 221, dans LACURNE.

XVIe s. Pour chacune maison de mouche à miel, un sol tournois par an, Coust. génér. t. II, p. 1127. Chaque creancier pourra poursuivre son deu pendant l'an et jour contre la maison mortuaire [la succession], ib. 714. Il teint maison ouverte à tous venans tant excessive, que dedans ses tentes, à toutes les heures du jour, à tables couvertes de viandes exquises estoient allans et venans receus et repeus, Jean D'Auton, Annales de Louis XII, p. 237, dans LACURNE. La maison fait cognoistre le maistre, Cotgrave En bonne maison l'on a tost appresté, Cotgrave À l'entrée de la ville est le commencement des maisons, Cotgrave Qui fait nopces et maison, met le sien en abandon, Cotgrave Maison de terre, cheval d'herbe, amy de bouche, N'i vallent pas le pied d'une mouche, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 172. Maison sans flamme, corps sans ame, Leroux de Lincy, ib. En maison neufve Qui n'y porte rien, rien n'y treuve, Leroux de Lincy, ib. p. 173. Chascun est roi en sa maison, Leroux de Lincy, ib. p. 267. Nulle maison sans croix ni passion, Leroux de Lincy, ib. p. 358.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MAISON.
12Ajoutez :

Les Petites-Maisons avaient été ainsi nommées, parce que ce furent en effet de petites maisons bâties sur l'emplacement de la maladrerie de Saint-Germain des Prés à Paris, et où l'on plaçait les aliénés.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MAISON, s. f. (Architecture.) du latin mansio, demeure ; c’est un bâtiment destiné pour l’habitation des hommes, & consiste en un ou plusieurs corps-de-logis.

Maison royale, tout château avec ses dépendances, appartenant au Roi, comme celui de Versailles, Marli, Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, Choisi, Chambor, Compiegne & autres.

Maison-de-ville, voyez Hôtel-de-ville.

Maison de plaisance, est un bâtiment à la campagne, qui est plutôt destiné au plaisir qu’au profit de celui qui le possede. On l’appelle en quelque endroit de France cassine, en Provence bastide, en Italie vigna, en Espagne & en Portugal quinta. C’est ce que les Latins nomment villa, & Vitruve ædes pseudo-urbanæ.

Maison rustique. On appelle ainsi tous les bâtimens qui composent une ferme ou une métairie.

Maison, (Hist. mod.) se dit des personnes & des domestiques qui composent la maison d’un prince ou d’un particulier. Voyez Famille, Domestique.

Maison-de-ville, est un lieu où s’assemblent les officiers & les magistrats d’une ville, pour y délibérer des affaires qui concernent les lois & la police. Voyez Salle & Hôtel-de-ville.

Maison, se dit aussi d’un couvent, d’un monastere. Voyez Couvent.

Ce chef d’ordre étant de maisons dépendantes de sa filiation, on a ordonné la réforme de plusieurs maisons religieuses.

Maison, se dit encore d’une race noble, d’une suite de personnes illustres venues de la même souche. Voyez Généalogie.

Maison, en terme d’Astrologie, est une douzieme partie du ciel. Voyez Dodécatemorie.

Maisons de l’ancienne Rome, (Antiq. rom.) en latin domus, mot qui se prend d’ordinaire pour toutes sortes de maisons, magnifiques ou non, mais qui signifie le plus souvent un hôtel de grand seigneur & le palais des princes, tant en dehors qu’en dedans : c’est, par exemple, le nom que donne Virgile au palais de Didon.

At domus interior regali splendida luxu.

La ville de Rome ne fut qu’un amas de cabannes & de chaumieres, sans en excepter le palais même de Romulus, jusqu’au tems qu’elle fut brûlée par les Gaulois. Ce désastre lui devint avantageux, en ce qu’elle fut rebâtie d’une maniere un peu plus solide, quoique fort irréguliere. Il paroît même que jusqu’à l’arrivée de Pyrrhus en Italie, les maisons de cette ville ne furent couvertes que de planches ou de bardeaux ; les Romains ne connoissoient point le plâtre, dont on ne se sert pas encore à présent dans la plus grande partie de l’Italie. Ils employoient plus communément dans leurs édifices la brique que la pierre, & pour les liaisons & les enduits, la chaux avec le sable, ou avec une certaine terre rouge qui est toujours d’usage dans ce pays-là ; mais ils avoient le secret de faire un mortier qui devenoit plus dûr que la pierre même, comme il paroît par les fouilles des ruines de leurs édifices.

Ce fut du tems de Marius & de Sylla, qu’on commença d’embellir Rome de magnifiques bâtimens ; jusques-là, les Romains s’en étoient peu soucié, s’appliquant à des choses plus grandes & plus nécessaires ; ce ne fut même que vers l’an 580 de la fondation de cette ville, que les censeurs Flaccus & Albinus commencerent de faire paver les rues. Lucius-Crassus l’orateur fut le premier qui décora le frontispice de sa maison de douze colonnes de marbre grec. Peu de tems après M. Scaurus, gendre de Sylla, en fit venir une prodigieuse quantité, qu’il employa à la construction de la superbe maison qu’il bâtit sur le mont-Palatin. Si ce qu’Auguste dit est vrai, qu’il avoit trouvé Rome bâtie de briques, & qu’il la laissoit revétue de marbre, on pourroit juger par ce propos de la magnificence des maisons & des édifices qu’on éleva sous son regne.

Il est du moins certain que sous les premiers empereurs, les marbres furent employés aux maisons plus communément qu’on n’avoit encore employé les pierres ; & qu’on se servit pour les orner, de tout ce qu’il y avoit de plus rare & de plus précieux ; les dorures, les peintures, les sculptures, l’ivoire, les bois de cédre, les pierres précieuses, rien de toutes ces magnificences ne fut épargné. Le pavé des appartemens bas n’étoit que des mosaïques, ou des morceaux de marbre rapportés avec symmétrie ; cependant cette ville ne fut jamais plus magnifique, qu’après que Néron y eut fait mettre le feu, qui en consuma les deux tiers. On prétend, que lorsqu’elle fut rebâtie, on y comptoit quarante-huit mille maisons isolées, & dont l’élévation avoit été fixée par l’empereur ; c’est Tacite qui nous apprend cette particularité. Nous savons aussi par Strabon, qu’il y avoit déja eu une ordonnance d’Auguste, qui défendoit de donner aux édifices plus de soixante dix piés de hauteur ; il voulut par cette loi remédier aux accidens fréquens qui arrivoient par la trop grande élévation des maisons, lesquelles succombant sous la charge, tomboient en ruine au moment qu’on s’y attendoit le moins. Ce vice de construction s’étoit introduit à Rome à la fin de la derniere guerre punique ; cette ville étant alors devenue extrèmement peuplée par l’affluence des étrangers qui s’y rendoient de toutes parts, on éleva extraordinairement les maisons pour avoir plus de logement. Enfin, Trajan fixa cette hauteur à soixante piés.

Dans la splendeur de la république, les maisons ou hôtels des personnes distinguées, étoient construites avec autant de magnificence que d’étendue. Elles contenoient plusieurs cours, avant-cours, appartemens d’hiver & d’été, corps-de-logis, cabinets, bains, étuves & salles, soit pour manger, soit pour y conférer des matieres d’état.

La porte formoit en-dehors une espece de portique, soutenue par des colonnes, & destinée à mettre à l’abri des injures du tems, les cliens qui venoient dès le matin faire leur cour à leur patron. La cour étoit ordinairement entourée de plusieurs corps-de-logis, avec des portiques au rez-de-chaussée. On appelloit cette seconde partie de la maison cavum ædium ou cavedium. Ensuite on trouvoit une grande salle nommée atrium interius, & le portier de cet atrium s’appelloit servus atriensis. Cette galerie étoit ornée de tableaux, de statues & de trophées de la famille ; on y voyoit des batailles, peintes ou gravées, des haches, des faisceaux & autres marques de magistrature, que le maître de la maison ou ses ancêtres avoient exercée. On y voyoit les statues de la famille en bas relief, de cire, d’argent, de bronze, ou de marbre, mises dans des niches d’un bois précieux ; c’est dans cet endroit que les gens d’un certain ordre s’assembloient, en attendant que le maître du logis fût visible, ou de retour.

Polybe rapporte que c’étoit au haut de la maison qu’étoient placées les statues de la famille, qu’on découvroit, & qu’on paroit de festons & de guirlandes, dans certains jours de fêtes & de solemnités publiques. Lorsque quelque homme de considération de la famille venoit à mourir, on faisoit porter les mêmes figures à ses funérailles, & on y ajoutoit le reste du corps, afin de leur donner plus de ressemblance ; on les habilloit selon les dignités qu’avoient possédés ceux qu’elles représentoient ; de la robe consulaire, s’ils avoient été consuls ; de la robe triomphale, s’ils avoient eu les honneurs du triomphe, & ainsi du reste. Voilà, dit Pline, comment il arrivoit que tous les morts d’une famille illustre assistoient aux funérailles, depuis le premier jusqu’au dernier.

On peut aisément concilier la différence des récits qu’on trouve dans les autres auteurs, avec ce passage de Polybe, en faisant attention que ces autres auteurs lui sont postérieurs ; que de son tems le faste & le luxe n’avoient pas fait autant de progrès que sous les empereurs ; qu’alors les Romains ne mettant plus de bornes à leur magnificence, eurent des salles basses ou des vestibules dans leur maison, pour placer de grandes statues de marbre, ou de quelqu’autre matiere précieuse, & que cela n’empêchoit pas qu’ils ne conservassent dans un appartement du haut les bustes de ces mêmes ancêtres, pour s’en servir dans les cérémonies funébres, comme étant plus commodes à transporter que des statues de marbre.

On voyoit dans ces maisons, diverses galeries soutenues par des colonnes, de grandes salles, des cabinets de conversation, des cabinets de peinture, & des basiliques. Les salles étoient ou corinthiennes ou égyptiennes, les premieres n’avoient qu’un rang de colonnes posées sur un pié-destal, ou même en bas sur le pavé, & ne soutenoient que leur architrave & leurs corniches de menuiserie ou de stuc, sur quoi étoit le plancher en voûte surbaissée : mais les dernieres avoient des architraves sur des colonnes, & sur les architraves des planchers d’assemblage, qui faisoient une terrasse découverte tournant tout au tour.

Ces hôtels, principalement depuis les réglemens qui en fixoient la hauteur, n’avoient ordinairement que deux étages au-dessus de l’entre sol. Au premier étoient les chambres à coucher, qu’on appelloit dormitoria ; au second étoient les appartemens des femmes, & les salles à manger qu’on nommoit triclinia.

Les Romains n’avoient point de cheminées faites comme les nôtres dans leurs appartemens, parce qu’ils n’imaginerent pas de tuyaux pour laisser passer la fumée. On faisoit le feu au milieu d’une salle basse, sur laquelle il y avoit une ouverture pratiquée au milieu du toît, par où sortoit la fumée ; cette sorte de salle servoit dans les commencemens de la république à faire la cuisine, c’étoit encore le lieu où l’on mangeoit ; mais dès que le luxe se fut glissé dans Rome, les salles basses furent seulement destinées pour les cuisines.

On mettoit dans les appartemens des fourneaux portatifs ou des brasiers, dans lesquels on brûloit un certain bois, qui étant frotté avec du marc d’huile, ne fumoit point. Séneque dit, que de son tems, on inventa des tuyaux, qui passant dans les murailles, échauffoient également toutes les chambres, jusqu’au haut de la maison, par le moyen du feu qu’on faisoit dans les fourneaux placés le long du bas des murs. On rendoit aussi les appartemens d’été plus frais, en se servant pareillement de tuyaux qui s’élevoient des caves, d’où ils tiroient la fraicheur qu’ils répandoient en passant dans les appartemens.

On ignore ce qui servoit à leurs fenêtres pour laisser entrer le jour dans leurs appartemens, & pour se garantir des injures de l’air. C’étoit peut-être de la toile, de la gaze, de la mousseline ; car on est bien assuré, que quoique le verre ne leur fût pas inconnu, puisqu’ils en faisoient des vases à boire, ils ne l’employoient point comme nous à des vîtres. Néron se servit d’une certaine pierre transparente comme l’albâtre, coupée par tables, au travers de laquelle le jour paroissoit.

L’historien Josephe nous parle encore d’une autre matiere qu’on employoit pour cet usage, mais sans s’expliquer clairement. Il rapporte que l’empereur Caligula donnant audience à Philon, ambassadeur des juifs d’Aléxandrie, dans une galerie d’un de ses palais proche Rome, fit fermer les fenêtres à cause du vent qui l’incommodoit ; ensuite il ajoute que ce qui fermoit ces fenêtres, empêchant le vent d’entrer, & laissant seulement passer la lumiere, étoit si clair & si éclatant, qu’on l’auroit pris pour du crystal de roche. Il n’auroit pas eu besoin de faire une description aussi vague, s’il s’agissoit du verre, connu par les vases qu’on en faisoit ; c’étoit peut-être du talc que Pline nomme une espece de pierre qui se fendoit en feuilles déliées comme l’ardoise, & aussi transparentes que le verre ; il y a bien des choses dans l’antiquité dont nous n’avons que des connoissances imparfaites.

Il n’en est pas de même des citernes ; on est certain qu’il y en avoit de publiques & de particulieres dans les grandes maisons. La cour intérieure qu’on nommoit impluvium, étoit pratiquée de maniere qu’elle recevoit les eaux de pluie de tout le bâtiment, qui alloient se rassembler dans la citerne.

Dans le tems de la grandeur de Rome, les maisons de gens de considération, avoient toujours des appartemens de réserve pour les étrangers avec lesquels ils étoient unis par les liens d’hospitalité. Enfin, on trouvoit dans plusieurs maisons des personnes aisées, des bibliotheques nombreuses & ornées ; & dans toutes les maisons des personnes riches, il y avoit des bains qu’on plaçoit toujours près des salles à manger, parce qu’on étoit dans l’habitude de se baigner avant que se mettre à table. Le chevalier de Jaucourt.

Maisons de plaisance des Romains, (Antiq. rom.) Les maisons de plaisance des Romains étoient des maisons de campagne, situées dans des endroits choisis, qu’ils prenoient plaisir d’orner & d’embellir, pour aller s’y divertir ou s’y reposer du soin des affaires. Horace les appelle tantôt nitidæ villæ, à cause de leur propreté, & tantôt villæ candentes, parce qu’elles étoient ordinairement bâties de marbre blanc qui jettoit le plus grand éclat.

Le mot de villa chez les premiers Romains, signifioit une maison de campagne qui avoit un revenu ; mais dans la suite, ce même nom fut donné aux maisons de plaisance, soit qu’elles eussent du revenu, ou qu’elles n’en eussent point.

Ce fut bien autre chose sur la fin de la république, lorsque les Romains se furent enrichis des dépouilles de tant de nations vaincues ; chaque grand seigneur ne songea plus qu’à employer dans l’Italie, en tout genre de luxe, ce qu’il avoit amassé de bien par toutes sortes de brigandages dans les provinces ; alors ils firent bâtir de grandes maisons de plaisance, accompagnées de tout ce qui pouvoit les rendre plus magnifiques & plus délicieuses. Dans cette vûe, ils choisirent les endroits les plus commodes, les plus sains & les plus agréables.

Les côtés de la Campanie le long de la mer de Toscane, & en particulier les bord du golfe de Bayes, eurent la préférence dans la comparaison. Les historiens & les poëtes parlent si souvent des délices de ce pays, qu’il faut nous y arrêter avec M. l’abbé Couture, pour connoître les plus belles maisons de plaisance des Romains. Toute la côte voisine du golfe étoit poissonneuse, & la campagne aussi belle que fertile en grains & en vins. Il y avoit dans les environs une multitude de fontaines minérales, également propres pour le plaisir & pour la santé. Les promenades y étoient charmantes & en très-grand nombre, les unes sur l’eau, les autres dans des prairies, que le plus affreux hiver sembloit toujours respecter.

Cette image du golfe de Bayes, & de toute cette contrée de la Campanie, n’est qu’un léger crayon du tableau qu’en sont Pline & Strabon. Le dernier de ces auteurs qui vivoit sous Auguste, ajoute que les riches qui aimoient la vie luxurieuse, soit qu’ils fussent las des affaires, soit qu’ils fussent rebutés par la difficulté de parvenir aux grands emplois, ou que leur propre inclination les entraînât du côté des plaisirs, chercherent à s’établir dans un lieu délicieux, qui n’étoit qu’à une distance raisonnable de Rome, & où l’on pouvoit impunément vivre à sa fantaisie. Pompée, César, Védius Pollion, Hortensius, Pison, Servilius Vatia, Pollius, y firent élever de superbes maisons de plaisance. Cicéron en avoit au-moins trois le long de la mer de Toscane, & Lucullus autant.

D’abord on fut un peu retenu par la pudeur des mœurs antiques, à laquelle la vie qu’on menoit à Bayes étoit directement opposée ; il falloit au-moins une ordonnance de médecin pour passeport. Scipion l’Africain fatigué des bruits injurieux que les tribuns du peuple répandoient tous les jours contre lui, choisit Literne pour le lieu de son exil & de sa mort, préférablement à Bayes, de peur de deshonorer les derniers jours de sa vie, par une retraite si peu convenable à ses commencemens.

Marius, Pompée, & Jules César ne furent pas tout-à-fait si réservés que Scipion ; ils firent bâtir dans le voisinage, mais ils bâtirent leurs maisons sur la croupe de quelques collines, pour leur donner un air de châteaux & de places de guerre, plûtôt que de maisons de plaisance. Illi quidem ad quos primos fortuna populi romani publicas opes transtulit, C. Marius, & Cn. Pompeius & Cæsar extruxerunt quidem villas in regione Baïanâ ; sed illas imposuerunt summis jugis montium : videbatur hoc magis militare, ex edito speculari longè latèque subjecta : scias non villas fuisse sed castra. Croyez-vous, dit Séneque, car c’est de lui qu’on a tiré ces exemples, croyez-vous que Caton eût pu se résoudre à habiter dans un lieu aussi contraire à la bonne discipline, que l’est aujourd’hui Bayes ? Et qu’y auroit-il fait ? Quoi ? Compter les femmes galantes qui auroient passé tous les jours sous ses fenêtres dans des gondoles de toutes sortes de couleurs, &c. Putas tu habitaturum fuisse in mica Catonem ? (Mica étoit un salon sur le bord du golfe) ut præter-navigantes adulteras dinumeraret, & adipisceret tot genera cymbarum, & fluitantem toto lacu rosam, & audiret canentium nocturna convicia. Voilà une peinture de la vie licentieuse de Bayes.

Cicéron en avoit parlé avant Séneque dans des termes moins étudiés, mais pas moins significatifs, dans son oraison pour Cælius. Ce jeune homme avoit fait à Bayes divers voyages avec des personnes d’une réputation assez équivoque, & s’y étoit comporté avec une liberté que la présence des censeurs auroit pu gêner dans Rome : ses accusateurs en prirent occasion de le décrier comme un débauché, & par conséquent capable du crime pour lequel ils le poursuivoient. Cicéron qui parle pour lui, convient de ce qu’il ne sauroit nier, que Baye étoit un lieu dangereux. Il dit seulement que tous ceux qui y vont, ne se perdent pas pour cela ; que d’ailleurs il ne faut pas tenir les jeunes gens en brassieres, mais leur permettre quelques plaisirs, pourvu que ces plaisirs ne portent préjudice à personne, &c. mais ceux qui se piquoient de régularité, avoient beau déclamer contre la dissolution qui regnoit à Bayes & dans les environs, le goût nouveau l’emportoit dans le cœur des Romains ; & ce qui dans ces commencemens ne s’étoit fait qu’avec quelque retenue, se pratiqua publiquement dans la suite.

Quand une fois on a passé les premieres barrieres de la pudeur, la dépravation va tous les jours en augmentant. Bayes devint le lieu de l’Italie le plus fréquenté & le plus peuplé. Les Romains s’y rendoient en foule du tems d’Horace, & y élevoient des bâtimens superbes à l’envi les uns des autres, en sorte qu’il s’y forma en peu de tems au rapport de Strabon, une ville aussi grande que Pouzole, quoique celle-ci fût alors le port le plus considérable de toute l’Italie, & l’abord de toutes les nations.

Mais comme le terrein étoit fort serré d’un côté par la mer, & de l’autre par plusieurs montagnes, rien ne leur coûta pour vaincre ces deux obstacles. Ils raserent les coteaux qui les incommodoient, & comblerent la plus grande partie du golfe, pour trouver des emplacemens que la diligence des premiers venus avoit enlevés aux paresseux. C’est précisément ce que dans Saluste Catilina entend par ces mots de la harangue qu’il fait à ses conjurés pour allumer leur rage contre les grands de Rome, leurs ennemis communs. Quis ferat illis superare divitias quas profundant in extruendo mari, coæquandisque montibus ? Nobis larem familiarem deesse ? Qui est l’homme de cœur qui puisse souffrir que des gens qui ne sont pas d’une autre condition que nous, ayent plus de bien qu’il ne leur en faut pour applanir des montagnes, & bâtir des palais dans la mer, pendant que nous manquons du nécessaire ?

C’est à quoi l’on doit rapporter ces vers de l’Enéide, dans lesquels Virgile, pour mieux représenter la chûte du géant Bitias, la compare à ces masses de pierre qu’on jette dans le golfe de Bayes pour servir de fondations.

Qualis in Euboico Baiarum littore quondam, &c.

Ænéid. l. IX. v. 708.

Qu’un de nos Romains ou Horace se mette en tête qu’il n’y a pas au monde une plus belle situation que celle de Bayes, aussi-tôt le lac Lucrin & la mer de Toscane sentent l’empressement de ce nouveau maître pour y bâtir.

Nullus in orbe sinus Bajis prælucet amœnis,
Si dixit dives, lacus & mare sentit amorem
Festinantis heri.

Ep. j. liv. I. v. 83.

Un grand seigneur, observe ailleurs le même poëte, dédaignant la terre ferme, veut étendre ses maisons de plaisance sur la mer ; il borde les rivages d’une foule d’entrepreneurs & de manœuvres ; il y roule des masses énormes de pierre ; il comble les abîmes d’une prodigieuse quantité de matériaux. Les poissons surpris se trouvent à l’étroit dans ce vaste élément.

Contracta pisces æquora sentiunt
Jactis in altum molibus.

Ode j. liv. III.

Mais ce ne furent pas les seuls poissons de Toscane qui souffrirent de ce luxe ; les laboureurs, les cultivateurs de tous les beaux endroits de l’Italie virent avec douleur leurs coteaux changés en maisons de plaisance, leurs champs en parterres, & leurs prairies en promenades. L’étendue de la campagne depuis Rome jusqu’à Naples, étoit couverte de palais de gens riches. On peut bien le croire, puisque Cicéron pour sa part en avoit dix-huit dans cet espace de terrein, outre plusieurs maisons de repos sur la route. Il parle souvent avec complaisance de celle du rivage de Bayes, qu’il nomme son puteolum. Elle tomba peu de tems après sa mort entre les mains d’Antistius Vetus, & devint ensuite le palais de l’empereur Hadrien qui y finit ses jours, & y fut enterré. C’est-là qu’on suppose qu’il a fait son dernier adieu si célebre par les vers suivans :

Animula, vagula, blandula,
Hospes, comesque corporis,
Quæ nunc abibis in loca
Pallidula, rigida, nudula,
Nec, ut soles, dabis jocos.

(D. J.)

Maisons des Grecs, (Architec. gréq.) Les maisons des Grecs dont nous voulons parler, c’est-à-dire les palais des grands & des gens riches, brilloient par le goût de l’architecture, les statues, & les peintures dont ils étoient ornés. Ces maisons n’avoient point de vestibules comme celles des Romains, mais de la premiere porte on traversoit un passage où d’un côté étoient les écuries, & de l’autre la loge du portier, avec quelques logemens de domestiques. Ce passage conduisoit à une grande porte, d’où l’on entroit dans une galerie soutenue par des colonnes avec des portiques. Cette galerie menoit à des appartemens où les meres de famille travailloient en broderie, en tapisserie, & autres ouvrages, avec leurs femmes ou leurs amies. Le principal de ces appartemens se nommoit thalamus, & l’autre qui lui étoit opposé, anti-thalamus. Autour des portiques il y avoit d’autres chambres & des gardes-robes destinées aux usages domestiques.

A cette partie de la maison étoit jointe une autre partie plus grande, & décorée de galeries spacieuses, dont les quatre portiques étoient d’égale hauteur. Cette partie de la maison avoit de grandes salles quarrées, si vastes qu’elles pouvoient contenir, sans être embarrassées, quatre lits de table à trois siéges, avec la place suffisante pour le service, la musique & les jeux. C’étoit dans ces salles que se faisoient les festins où l’on sait que les femmes n’étoient point admises à table avec les hommes.

A droite & à gauche étoient d’autres petits bâtimens dégagés, contenant des chambres ornées & commodes, uniquement destinées pour recevoir les étrangers avec lesquels on entretenoit les droits d’hospitalité. Les étrangers pouvoient vivre dans cette partie de la maison en particulier & en liberté. Les pavés de tous les appartemens étoient de mosaïque ou de marqueterie. Telles étoient les maisons des Grecs, que les Romains imiterent, & qu’ils porterent au plus haut point de magnificence. Voyez Maisons de l’ancienne Rome. (D. J.)

Maison dorée, la, (Antiq. rom.) C’est ainsi qu’on nommoit par excellence le palais de Néron. Il suffira pour en donner une idée, de dire que c’étoit un édifice décoré de trois galeries, chacune de demi-lieue de longueur, dorées d’un bout à l’autre. Les salles, les chambres & les murailles étoient enrichis d’or, de pierres précieuses, & de nacre de perles par compartimens, avec des planchers mobiles & tournoyans, incrustés d’or & d’ivoire, qui pouvoient changer de plusieurs faces, & verser des fleurs & des parfums sur les convives. Néron appella lui-même ce palais domum auream, cujus tanta laxitas, ut porticus triplices milliarias haberet. In cæteris partibus cuncta auro lita, distincta gemmis unionumque conchis ; erant cœnationes laqueatæ tabulis eburneis versatilibus, ut flores, fistulatis, & unguenta desuper spargerentur.

Domitien ne voulut rien céder à Néron dans ses folles dépenses : du-moins Plutarque ayant décrit la dorure somptueuse du capitole, ajoute qu’on sera bien autrement surpris si on vient à considérer les galeries, les basiliques, les bains, ou les serrails des concubines de Domitien. En effet c’étoit une chose bien étonnante, qu’un temple si superbe & si richement orné que celui du capitole, ne parût rien en comparaison d’une partie du palais d’un seul empereur. (D. J.)

Maison militaire du Roi, c’est en France les compagnies des gardes-du-corps, les gendarmes de la garde, les chevaux-légers, & les mousquetaires. On y ajoute aussi ordinairement les grenadiers à cheval, qui campent en campagne à-côté des gardes-du-corps ; mais ils ne sont pas du corps de la maison du roi. Les compagnies forment la cavalerie de la maison du roi. Elle a pour infanterie le régiment des gardes françoises, & celui des gardes suisses. Voyez Gardes-du-corps, Gendarmes, Chevaux-légers, Mousquetaires, &c.

Maison, (Comm.) lieu de correspondance que les gros négocians établissent quelquefois dans diverses villes de grand commerce, pour la facilité & sûreté de leur négoce. On dit en ce sens qu’un marchand ou banquier résidant dans une ville, tient maison dans une autre, lorsqu’il a dans cette derniere une maison louée en son nom, où il tient un facteur ou associé pour accepter & payer les lettres-de-change qu’il tire sur eux, vendre, acheter en son nom des marchandises, &c. Plusieurs gros banquiers ou négocians de Lyon, Bordeaux, &c. tiennent de ces maisons dans les principales villes du royaume, & même chez l’étranger qui à son tour en a parmi nous. Dictionnaire de comm. (G)

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Étymologie de « maison »

Wallon, mohon, mohone ; Verviers, mâhon ; Ardennes, majon ; namur. maujo ; Hainaut, mason ; bourg. moison ; picard, majon, mason, mageon, moison, moeson, mansion, mon ; Berry, maihon, maïon ; normand, moison ; provenç. maiso, mayson, maizo, maio ; anc. esp. mayson ; ital. magione ; du lat. mansionem, de manere, rester (voy. MANOIR).

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(Vers 980) Du moyen français maison, de l’ancien français maison, du latin mansionem (devenu *masione(m) en latin populaire), accusatif de mansio (« action de séjourner, séjour, habitation, demeure, résidence »)[1], du verbe manēre (« rester, séjourner »). Le mot a subi le même processus de métonymie qu’habitation dérivant de l’action de séjourner vers le séjour comme endroit.
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Phonétique du mot « maison »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
maison mɛzɔ̃

Citations contenant le mot « maison »

  • En vieille maison, il y a toujours quelque gouttière. Guillaume Bouchet sieur de Brocourt, Les Sérées
  • La maison est à l'envers lorsque la poule chante aussi haut que le coq. Noël Du Fail seigneur de La Hérissaye, Contes et discours d'Eutrapel
  • Ma maison me regarde et ne me connaît plus. Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, Tristesse d'Olympio
  • Naître, vivre et mourir dans la même maison. Charles Augustin Sainte-Beuve, Les Consolations
  • Bâtis ta maison toi-même et brûle-la toi-même. Marcel Schwob, Le Livre de Monelle, Mercure de France
  • Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père. , Évangile selon saint Jean, XIV, 2
  • Les maisons sont bâties pour être habitées et non point regardées. Francis Bacon baron Verulam, Essays, 45
  • Le voyage est ma maison. De Muriel Rukeyser / One life
  • Un bûcheron est maître dans sa maison. De Proverbe québécois
  • Une maison sans enfant est une tombe. De Proverbe sanskrit
  • Le maître doit faire honneur à sa maison, et non la maison au maître. De Cicéron
  • En quelque maison que vous entriez dîtes d'abord : paix à cette maison. De Saint Luc / Evangile
  • Femme et chat, dans la maison ; homme et chien, hors de la maison. De Proverbe alsacien
  • Recensement : opération qui consiste à passer de maison en maison pour augmenter la population. De Jean-Charles / La Foire aux cancres
  • Le meilleur pain est celui de la maison. De Proverbe catalan
  • Le saint de la maison ne fait de miracles. De Proverbe brésilien
  • Remplissez plutôt votre maison de pierres que de voisins. De Proverbe arabe
  • Qui brûle sa maison se chauffe au moins une fois. De Proverbe persan
  • Une maison sans chat, que c'est vide ! De Bertrand Vac / Bizarres
  • Si la base est solide, la maison est solide. De Anonyme / Yi-King
  • Bâtir et doter ses filles dévastent la maison. De Proverbe anglais
  • La maison mère de Leboncoin rachète les petites annonces d’eBay pour 8 milliards d’euros Le Monde.fr, La maison mère de Leboncoin rachète les petites annonces d’eBay pour 8 milliards d’euros
  • Les nouveaux propriétaires d'une maison à Sancerre ont eu une petite frayeur : alors qu'ils entamaient les travaux de leur propriété, ils ont découvert des ossements humains dans le jardin. France Bleu, Sancerre : ils rénovent la maison et découvrent des ossements humains
  • Seissan dans village avec tous commerces et école, belle maison de rue de p[...] ladepeche.fr, Seissan. A la Maison de la presse, "Le féminisme pour les Nul·le·s" - ladepeche.fr
  • Ce mardi 21 juillet vers 13 h 50 à l’entrée de Vers-sur-Selle, le conducteur d’un fourgon-benne a perdu le contrôle de son véhicule en voulant éviter une moto. Il a heurté un pylône EDF avant de finir sa course dans la façade d’une maison, côte de Vers. Le chauffeur, légèrement blessé, a été transporté au CHU d’Amiens par les pompiers pour des examens complémentaires. La façade de la maison a dû être renforcée au moyen d’étais par les pompiers spécialisés en sauvetage et déblaiement. Les occupants de la maison ont été relogés. « Le camion est venu heurter le pignon de la maison. Elle n’est plus habitable pour l’instant, mais les habitants n’ont pas été physiquement touchés », explique le maire, Édouard Dussart, qui s’était rendu sur place peu de temps après l’accident. Courrier picard, Un camion finit sa course dans une maison de Vers-sur-Selle
  • La police a interpellé deux jeunes hommes à Laval, soupçonnés d'avoir dérobé les affaires d'un monsieur âgé dans sa maison ce lundi. France Bleu, Deux hommes entrent par effraction dans la maison d'un Lavallois

Images d'illustration du mot « maison »

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Traductions du mot « maison »

Langue Traduction
Anglais house
Espagnol casa
Italien casa
Allemand haus
Chinois
Arabe منزل
Portugais casa
Russe дом
Japonais
Basque etxea
Corse casa
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Synonymes de « maison »

Source : synonymes de maison sur lebonsynonyme.fr
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