Empereur : définition de empereur


Empereur : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

EMPEREUR, subst. masc.

A.− Souverain gouvernant un empire. Empereur romain; grand, vieil empereur; la cour de l'empereur. S.M. l'Empereur de toutes les Russies n'aime point les Muses (Flaub., Corresp.,1874, p. 122):
1. Charlemagne, empereur à la barbe fleurie, Revient d'Espagne; il a le cœur triste, il s'écrie : « Roncevaux! Roncevaux! ô traître Ganelon! » Car son neveu Roland est mort dans ce vallon Avec les douze pairs et toute son armée. Hugo, La Légende des siècles,t. 1, Aymerillot, 1859, p. 185.
SYNT. Ancien, nouvel empereur; empereur d'Occident, d'Orient; le pape et l'empereur; les empereurs et les rois; le couronnement, le portrait de l'empereur; le palais des empereurs; au nom de l'empereur; par ordre de l'empereur; sous les premiers empereurs; devenir empereur; proclamer qqn empereur; Napoléon Ier, empereur des Français.
Absolument
Souverain du Saint Empire romain germanique :
2. ... le roi d'Angleterre devait compter avec sa Chambre des Communes, l'empereur avec la Diète de Ratisbonne et avec l'indépendance des princes allemands, ... Bainville, Histoire de France,t. 1, 1924, p. 263.
Rem. Ce souverain prend parfois aussi le titre de empereur élu depuis Maximilien Ier(cf. Id., ibid., p. 144).
Napoléon Ier. Vive l'Empereur. Il songea à cet héroïque colonel Pontmercy (...) qui avait (...) touché sous l'empereur la frontière d'Asie (Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 356).
[P. allus. à la phrase prononcée par Vespasien en mourant : un empereur doit mourir debout] Cf. affadir ex. 20.
En appos. [Désigne une nuance de couleur] Les verts empereur et les verts myrte (Huysmans, À rebours,1884, p. 18).
En constr. d'attribut avec valeur d'adj., rare et p. métaph. plais. Or, Charlemagne [un paysan] en est arrivé au moment où il est tellement assuré de la solidité de son empire, il est tellement empereur qu'il s'est laissé aller peu à peu à se permettre la faiblesse d'avoir de la tendresse pour sa fille (Giono, Noé,1947, p. 136).
Rem. On rencontre ds la docum. les mots composés a) Empereur-conquérant. Simple artilleur dans l'armée d'Aurangzeb, l'empereur-conquérant (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 12). b) Empereur-roi (de Prusse) pour désigner l'empereur d'Allemagne de la fin du xixes. et du début du xxes. Sous la main de l'empereur-roi (Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p. XLII).
B.− [P. anal.]
1. [de qualité, de rang, de prestance] Berlioz (...) écrivait dans son Traité d'orchestration (...) : « L'orchestre est empereur, l'orgue est pape » (D'Indy, C. Franck,1906, p. 113).Cet empereur du style [Hugo] (Thibaudet, Hist. litt. fr.,1936, p. 151).Cf. aussi bon2ex. 2.
2. Spécialement
a) Élève qui avait la première place en classe autrefois, dans certains établissements scolaires :
3. Placé au collège des Jésuites ou de Clermont, il [l'intendant Foucault] réussit dans ses classes, il fut plusieurs fois le premier ou empereur, comme on disait... Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 3, 1863-69, p. 123.
b) [Le subst. désigne un animal]
Mollusque possédant une belle coquille. [Le coquillage] qu'on nomme empereur, coquille rare et très recherchée des amateurs (Dumont d'Urville, Voy. autour du monde, t. 2, 1832-34, p. 594).
Grand poisson dit aussi espadon ou épée de mer (cf. Coupin, Animaux de nos pays, 1909, p. 199).
Papillon diurne, vivant dans les jardins, appelé aussi tabac d'Espagne.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du xixes. et du xxes.
Lang. vulg. ou dial. Roitelet dont la tête présente une sorte de diadème.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du xixes. et du xxes.
Rem. gén. Le fém. de empereur est impératrice. Néanmoins, Besch. 1845 et Lar. 19esignalent une forme vieillie, emperière, reprise par qq. aut. du xxes. dans des emplois anal. Mères des orphelins aux yeux vides, emperières des gisants et des malades (Claudel, Feuilles Saints, 1925, p. 626). Péguy l'utilise sous la forme empérière (cf. Porche Myst., 1911, p. 210).
Prononc. et Orth. : [ɑ ̃pʀ œ:ʀ]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1050 empereür désigne Honorius, empereur d'Occident (Alexis, éd. Chr. Storey, 306); ca 1100 empereur « chef du Saint Empire romain germanique » (Roland, éd. J. Bédier, 954) 2. ca 1138 « chef souverain de certains États » (Gaimar, Hist. des Anglais, éd. Th. D. Hardy et Ch. T. Martin, 3568); 3. ca 1150 « chef suprême dans l'empire romain » (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 305). Empr. au lat. class.imperator « chef; chef d'armée; empereur ». Fréq. abs. littér. : 8 954. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 28 529, b) 10 685; xxes. : a) 7 492, b) 3 501. Bbg. Lew. 1960, p. 156, 158. − Quem. 2es. t. 1 1970, p. 60.

Empereur : définition du Wiktionnaire

Nom commun

empereur \ɑ̃.pʁœʁ\ masculin (pour une femme on dit : impératrice)

  1. (Noblesse) Chef souverain d’un État, dit empire.
    • Quoique la puissance et les richesses d’un Empereur de la Chine soient presque immenses, il était frugal dans ses repas, et éloigné de tout luxe pour sa personne; […]. — (Préface des Mémoires de la Chine dans Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères, vol. 16, p.30, 1810)
    • […] le comte Karl arrivait de Flandre, où il était allé, sur l’ordre de l’empereur Louis V de Bavière, prêter le secours de sa vaillante épée à Édouard III d’Angleterre, nommé, dix-huit mois auparavant, vicaire général de l’Empire, […]. — (Alexandre Dumas, Othon l’archer, 1839)
    • Seulement la paix ne se faisait jamais ; une guerre finie, on en commençait une autre. Il nous manquait toujours quelque chose, soit du côté de la Russie, soit du côté de l’Espagne ou ailleurs ; — L’Empereur n’était jamais content. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • Et la France changeait, une fois encore, de régime. Le prince-président que s'était donnée la Deuxième République était devenu l’empereur Napoléon, troisième du nom. — (Jean Valmy-Baysse, La curieuse aventure des boulevards extérieurs, Éditions Albin-Michel, 1950, p.171)
    • Curieuse pendule en métal patiné représentant satyriquement Ménélik II, empereur d’Éthiopie entre 1889 et 1913. Le mouvement et le cadran inscrit dans son ventre. — (Delorme & Collin du Bocage - Maison de ventes aux enchères (http:/ /encheres.parisencheres.com) : catalogue Tableaux anciens, Souvenirs napoléoniens, Argenterie, Objets d'Art, Mobilier, vente du vendredi 04 avril 2008 à 14h00 à Drouot)
  2. (Ichtyologie) Synonyme de trachichthyidé (poisson).
  3. (Ichtyologie) Synonyme de hoplostèthe (poisson).
  4. (Ichtyologie) Synonyme de béryx long (poisson).
  5. (Cartes à jouer) Quatrième arcane du tarot de Marseille.
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Empereur : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EMPEREUR. n. m.
Chef souverain d'un État, dit empire. Les empereurs romains. Napoléon, empereur des Français.

Empereur : définition du Littré (1872-1877)

EMPEREUR (an-pe-reur) s. m.
  • 1Titre donné depuis Auguste aux chefs de l'empire romain et qui n'était pas autre que le titre donné par les légions romaines au chef qui avait remporté une victoire signalée (imperator). Je veux être empereur ou simple citoyen, Corneille, Cinna, II, 1. Le nom d'empereur, Cachant celui de roi, ne fait pas moins horreur, Corneille, ib. II, 1.
  • 2Nom donné autrefois à l'empereur d'Allemagne qui, par Charlemagne, se disait héritier des empereurs romains. Les troupes de l'empereur.
  • 3Chef souverain de certains États. L'empereur des Français. L'empereur de Russie. L'empereur d'Autriche. L'empereur de la Chine. L'empereur du Brésil. Il [Napoléon] a dit en saisissant son épée : j'ai assez fait l'empereur, il est temps que je fasse le général, Ségur, Hist. de Napol. X, 5.
  • 4Nom d'un grand poisson des mers occidentales, dit autrement espadon ou épée.

    Nom provincial du roitelet.

    Espèce de papillon diurne.

    PROVERBE

    Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré, c'est-à-dire il vaut mieux être vivant dans une condition quelque basse qu'elle soit, que d'être mort après avoir tenu le rang le plus élevé.

HISTORIQUE

XIe s. Charles li reis nostre emperere magne, Ch. de Rol. I. Blancandrins vint devant l'empereür, ib. XXX.

XIIe s. L'ampereres le baise, quel [comme le] virent li baron, Sax. XI. À Soissons trovent Charle, l'empereor gaillart, ib. XXIX. … E distrent à lur pere Que [Joseph] devorez esteit d'icele beste fere ; Puis il fu en Egipte asez plus qu'enperere, E gardi ses parenz de la famine amere, Th. le mart. 65.

XIIIe s. Onc plus belle de [que] vous ne vit rois n'emperere, Berte, IV. De rois, d'empereours et de princes eslis, ib. XX. L'en disoit que l'emperieire Farris [Frédéric II] l'avoit fait chevalier, Joinville, 221.

XVe s. Je viens de Prague en Boheme ; l'emperiere de Rome est mort, Froissart, II, III, 32. [le roi Charles] D'empereurs est et de ceuls de Valois, Deschamps, Sur le nom du roi Charles.

XVIe s. Pompeius, conquerant de la moitié du monde et empereur de tant d'armées, Montaigne, I, 152. Doubles canons de calibre d'empereur, Carloix, VIII, 24.

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Empereur : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

EMPEREUR, imperator, (Hist. anc.) nom que les Romains donnoient à tous les généraux d’armée, du mot latin imperare. On appelloit empereur, dans un sens particulier, un général qui, après avoir remporté quelque victoire signalée, étoit salué de ce nom par les acclamations des soldats, & ensuite honoré de ce titre par un decret du sénat. Il falloit, pour le mériter, avoir gagné une bataille dans laquelle dix mille des ennemis fussent restés sur la place, ou conquis quelque ville importante. César fut appellé de ce nom par le peuple romain, pour marquer la souveraine puissance qu’il avoit dans la république, & dès-lors le nom d’empereur devint un titre de dignité. C’est dans ce dernier sens qu’Auguste & ses successeurs ont été nommés empereurs ; ce qui toutefois n’empêchoit pas qu’on ne le prît quelquefois au premier sens, pour l’attribuer à ces princes : ainsi Auguste fut appellé empereur vingt fois, parce qu’il avoit remporté vingt victoires célebres. Tite, après la prise de Jérusalem, fut salué empereur par son armée, & Appien remarque que cette coûtume subsistoit encore sous Trajan.

La dignité d’empereur réunie dans une seule personne par Jules-César, fut héréditaire sous ses trois premiers successeurs, Octave-Auguste, Tibere, & Caligula ; mais après la mort de celui-ci elle devint élective. Ce furent les soldats de la garde prétorienne qui proclamerent Claude empereur. Il est vrai que pour l’ordinaire les enfans ou les parens de l’empereur défunt lui succédoient ; ce n’étoit point précisément par droit héréditaire, mais parce que les empereurs de leur vivant les avoient associés à l’empire, en les créant césars avec l’agrément des armées, qui ayant la force en main, avoient usurpé sur le sénat le droit d’élection. Le choix que faisoient les armées, tomboit toûjours sur quelqu’un de leurs chefs dont ils connoissoient la bravoure, s’arrêtant plus volontiers à cette qualité, qui frappe davantage l’homme de guerre, qu’à la naissance & aux talens politiques : aussi l’empire est-il tombé plusieurs fois entre les mains de simples soldats, qui ayant passé par tous les grades militaires, étoient élûs par leurs compagnons, sans avoir d’autre mérite qu’une valeur féroce.

Dès que les empereurs étoient élûs, ils envoyoient leur image à Rome & aux armées, afin qu’on la mît aux enseignes militaires : c’étoit la maniere ordinaire de reconnoître les nouveaux princes. Ensuite ils faisoient aux troupes & au peuple des largesses nommées congiaires. Le sénat donnoit le nom d’auguste à la femme & aux filles de l’empereur ; & quand lui ou son épouse paroissoit en public, on portoit devant eux un brasier plein de feu, & des licteurs armés de faisceaux entourés de lauriers, les précédoient. Jusqu’à Dioclétien les empereurs ne porterent que la couronne de laurier ; ce prince prit le premier le diadème, & fut imité par ses successeurs jusqu’à Justinien, qui introduisit l’usage de la couronne fermée.

Comme les empereurs réunissoient dans leur personne la puissance des dictateurs, des consuls, des censeurs, des tribuns du peuple, & de presque tous les grands magistrats de la république, dont ils avoient ou supprimé les titres, ou réduit l’autorité à des noms & à des honneurs chimériques, il est naturel de penser que leur pouvoir étoit despotique : il fut plus, il fut quelquefois tyrannique ; mais cela procédoit du caractere de ces princes. Auguste, Vespasien, Tite, Trajan, Marc-Aurele, les Antonins, respecterent les lois, partagerent le poids du gouvernement avec le sénat, & sous leur empire le peuple romain ne s’apperçut presque point de la perte de sa liberté ; mais il dut la regretter bien vivement sous les regnes d’un Tibere, d’un Caligula, d’un Néron, d’un Domitien, à qui les plus sanglantes proscriptions ne coûtoient qu’un clin d’œil, & qui ne connoissoient le pouvoir suprème que pour faire des malheureux. Gouvernés par des affranchis, par des maîtresses ; entourés de flateurs & de délateurs, ils passoient leur vie dans le luxe & la mollesse : plus jaloux de leurs plaisirs que du bonheur de leurs sujets, ils les sacrifioient au moindre soupçon, aussi périrent-ils eux-mêmes la plûpart de mort violente.

Le souverain sacerdoce étoit attaché à la dignité d’empereur, comme il paroît par les médailles ; ainsi ils étoient tout-à-la-fois à la tête du civil, du militaire, & de la religion.

On leur rendoit des honneurs extraordinaires, & rien n’égale la magnificence des fêtes par lesquelles la capitale se signaloit, lorsqu’un empereur revenoit victorieux après une expédition militaire, ou en action de graces de sa convalescence. Tertullien dans son Apologétique nous en décrit quelques particularités. On allumoit des feux dans les rues, & des lampes devant les maisons : on y dressoit des tables toutes servies ; & dans ces festins on répandoit le vin avec profusion, pour faire des libations en l’honneur du génie de l’empereur, ou aux dieux, pour sa prospérité. Les particuliers ornoient de lauriers & d’autres feuillages les portes de leurs maisons. Les arcs de triomphe, les sacrifices solennels & les jeux du cirque n’étoient pas non plus oubliés ; & ce qu’on a peine à concevoir, c’est qu’il ne fallut pas un siecle pour rendre idolatre de ses empereurs, ce même peuple auparavant idolatre de la liberté qu’ils lui avoient ravie. On leur érigeoit des statues & des monumens superbes, des temples même de leur vivant, & enfin après leur mort on les mettoit au nombre des dieux, Voyez Apothéose, Consécration. (G)

Empereur, (Hist. & Droit public Germanique.) c’est le nom qu’on donne au prince qui a été légitimement choisi par les électeurs pour être le chef de l’Empire Romain Germanique, & le gouverner suivant les lois qui lui ont été imposées par la capitulation impériale (voyez Capitulation). Depuis l’extinction de la maison de Charlemagne, qui possédoit l’Empire par droit de succession, ou selon d’autres depuis Henri IV, la dignité impériale est devenue élective, & depuis ce tems personne n’y est parvenu que par la voie d’élection ; & même les électeurs craignant que les empereurs de la maison d’autriche ne rendissent la dignité impériale héréditaire dans leur famille, ont inséré dans la capitulation de Matthias & celles des empereurs suivans, une clause par laquelle leurs mains sont liées à cet égard. Les électeurs ne sont point obligés à s’attacher dans leur choix à aucune maison particuliere ; il suffit que la personne élûe soit 1°. mâle, parce que la dignité impériale ne peut passer entre les mains des femmes ; 2°. que le prince qu’on veut élire soit Allemand, ou du moins d’une race originaire d’Allemagne : cependant cette regle a quelquefois souffert des exceptions ; 3°. qu’il soit d’une naissance illustre. 4°. La bulle d’or dit vaguement qu’il faut qu’il soit d’un âge convenable, justæ ætatis ; mais cet âge ne paroît fixé par aucunes lois. 5°. Il faut qu’il soit laïc, & non ecclésiastique. 6°. Qu’il ne soit point hérétique ; cependant il ne paroît point qu’un protestant soit exclu de la dignité impériale par aucune loi fondamentale de l’Empire.

Lorsque le throne impérial est vacant, voici les usages qui s’observent pour l’élection d’un nouvel empereur. L’électeur de Mayence en qualité d’archichancelier de l’Empire, doit convoquer l’assemblée des autres électeurs dans l’espace de trente jours, depuis que la mort de l’empereur lui a été notifiée. Les électeurs doivent se rendre à Francfort sur le Mein ; ils comparoissent à l’assemblée ou en personne, ou par leurs députés, munis de pleins pouvoirs, & alors ils se mettent à dresser les articles de la capitulation impériale. Si un électeur dûment invité à l’élection refusoit d’y comparoître, ou prenoit le parti de se retirer après y avoir comparu, cela n’empêcheroit point les autres d’aller en avant, & l’élection n’en seroit pas moins légitime pour cela. Le jour étant fixé pour l’élection, on fait sortir de la ville tous les étrangers ; les électeurs assistent à la messe pour implorer les lumieres du S. Esprit, & pretent un serment, dont la formule est marquée par la bulle d’or, d’être impartiaux dans le choix qu’ils vont faire : après quoi ils entrent dans le conclave, & procedent à l’élection qui se fait à l’unanimité, ou à la pluralité des voix ; elles sont recueillies par l’électeur de Mayence.

Quand l’élection est achevée, on fait entrer dans le lieu de l’assemblée des notaires & témoins ; on passe un acte qui est signé & muni du sceau de chacun des électeurs. Suivant la bulle d’or, si l’élection n’étoit point faite dans l’espace de 30 jours, les électeurs devroient être au pain & à l’eau. Quand l’élection est finie, on la fait annoncer dans la principale église de la ville. Les électeurs font notifier à celui qui a été élû, s’il est absent, le choix qu’on a fait de sa personne pour remplir la dignité impériale, avec priere de l’accepter ; s’il est présent, on lui présente la capitulation, qu’il jure d’observer, & les électeurs le conduisent en cérémonie du conclave vers le grand autel ; il se met à genoux sur la marche la plus élevée, & fait sa priere ayant les électeurs à ses côtés ; ils l’élevent ensuite sur l’autel ; on chante le Te Deum ; après quoi il sort du chœur, monte dans une tribune, & c’est pour lors qu’il est proclamé empereur.

La cérémonie de l’élection est suivie de celle du couronnement ; suivant la bulle d’or elle devroit toûjours se faire à Aix-la-Chapelle : mais il y a déjà long-tems que l’on a négligé de se conformer à cet usage, & depuis Charles-Quint aucun empereur ne s’est fait couronner en cette ville. Cependant l’empereur adresse toûjours à la ville d’Aix-la-Chapelle des reversales, pour lui déclarer que le couronnement s’est fait ailleurs sans préjudice de ses droits. Les archevêques de Cologne & de Mayence se sont long-tems disputé le droit de couronner l’empereur ; mais ce différend est terminé depuis 1658 : c’est celui de Mayence qui a droit de couronner, lorsque la cérémonie se fait dans son diocèse, & celui de Cologne en cas qu’elle se fasse dans le sien. Les marques de la dignité impériale, telles que la couronne, l’épée, le sceptre, le globe d’or surmonté d’une croix, le manteau impérial, l’anneau, &c. sont conservées à Aix-la-Chapelle & à Nuremberg, d’où on les porte à l’endroit où le couronnement doit se faire.

Cette cérémonie se fait avec tout l’éclat imaginable ; les électeurs y assistent en habits de cérémonie, & l’empereur y prete un serment conçû à-peu près en ces termes : Je promets devant Dieu & ses anges d’observer les lois, de rendre la justice, de conserver les droits de ma couronne, de rendre l’honneur convenable au pontife romain, aux autres prélats, & à mes vassaux, de conserver à l’Eglise les biens qui lui ont été donnés ; ainsi Dieu me soit en aide, &c. L’archevêque chargé de la cérémonie avant de couronner l’empereur lui demande, S’il veut conserver & pratiquer la Religion catholique & apostolique ; être le défenseur & le protecteur de l’Eglise & de ses ministres ; gouverner suivant les lois de la justice le royaume que Dieu lui a confié, & le défendre efficacement ; tacher de récupérer les biens de l’Empire qui ont été démembrés ou envahis ; enfin s’il veut être le défenseur & le juge du pauvre comme du riche, de la veuve & de l’orphelin. A toutes ces demandes l’empereur répond volo, je le veux. Quand le couronnement est achevé, l’empereur fait un repas solennel ; il est assis seul à une table, ayant à sa gauche l’impératrice à une table moins élevée que la sienne. Les électeurs eux-mêmes, ou par leurs substituts, servent l’empereur au commencement du repas, chacun selon son office ; ensuite dequoi ils se mettent chacun à une table séparée qui est moins élevée que celle de l’empereur & de l’impératrice. Voyez Vitriarii instit. juris publici, lib. I. tit. viij.

Autrefois les empereurs, après avoir été couronnés en Allemagne, alloient encore se faire couronner à Rome comme rois des Romains ; c’est ce qu’on appelloit l’expédition romaine : & à Milan, à Monza, à Pavie, ou à Modene, comme rois de Lombardie. Mais depuis long-tems ils se sont dispensés de ces deux cérémonies au grand regret des papes, qui prétendent toûjours avoir le droit de confirmer l’élection des empereurs. Il est vrai que souvent leur foiblesse & la nécessité des tems les ont forcés à demander aux papes la confirmation de leurs élections. Boniface VIII. la refusa à Albert d’Autriche, parce que celle de ce prince s’étoit faite sans son consentement : mais ces prétentions imaginaires ne sont plus d’aucun poids aujourd’hui ; & même dès l’an 1338, les états de l’Empire irrités du refus que le pape Jean XXII. faisoit de donner l’absolution à Louis de Baviere, déciderent qu’un prince élû empereur à la pluralité des voix, seroit en droit d’exercer les actes de la souveraineté, quand même le pape refuseroit de le reconnoître, & ils déclarerent criminel de lese-majesté quiconque oseroit soûtenir le contraire, & attribuer au pape aucune supériorité sur l’empereur. Voyez l’abrégé de l’histoire d’Allemagne, par M. Pseffel, pag. 286. & suiv. Cependant le pape, pour mettre ses prétendus droits à couvert, ne laisse pas que d’envoyer toûjours un nonce pour assister de sa part à l’élection des empereurs : mais ce ministre n’y est regardé que sur le même pié que ceux des puissances de l’Europe, qui ne sont pour rien dans l’affaire de l’élection. Charles-Quint est le dernier empereur qui ait été couronné en Italie par le pape. L’empereur, avant & après son couronnement, se qualifie d’élû empereur des Romains, pour faire voir qu’il ne doit point sa dignité à cette cérémonie, mais aux suffrages des électeurs.

L’empereur est bien éloigné de pouvoir exercer une autorité arbitraire & illimitée dans l’Empire, il n’est pas en droit d’y faire des lois : mais le pouvoir législatif réside dans tout l’Empire dont il n’est que le représentant, & au nom duquel il exerce les droits de la souveraineté, jura majestatica ; cependant pour qu’une résolution de l’Empire ait force de loi, il faut que le consentement de l’empereur y mette le sceau. Voyez Diete. L’empereur comme tel n’a aucun domaine ni revenu fixes ; & le casuel, qui consiste en quelques contributions gratuites, est très-peu de chose. L’empereur ne peut point créer de nouveaux électeurs, ni de nouveaux états de l’Empire ; il n’a point le droit de priver aucun des états de ses prérogatives, ni de disposer d’aucun des fiefs de l’Empire sans le consentement de tous les autres états. Les états ne payent aucun tribut à l’empereur ; dans le cas d’une guerre qui intéresse tout l’Empire & qui a été entreprise de son aveu, on lui accorde les sommes nécessaires : c’est ce qu’on appelle mois romains. L’empereur comme tel ne peut faire ni guerre, ni paix, ni contracter aucune alliance, sans le consentement de l’Empire : d’où l’on voit que l’autorité d’un empereur est très petite. Cependant quand ils ont eu en propre de vastes états patrimoniaux qui leur mettoient la force en main, ils ont souvent méprisé les lois qu’ils avoient juré d’observer : mais ces exemples sont de fait, & non pas de droit.

Les droits particuliers de l’empereur se nomment reservata Cæsarea : c’est 1°. le droit des premieres prieres, jus primariarium precum, qui consiste dans la nomination à un bénéfice de chaque collégiale : 2°. le droit de donner l’investiture des fiefs immédiats de l’Empire : 3°. celui d’accorder des sauf-conduits, lettres de légitimation, de naturalisation, des dispenses d’âge, des lettres de noblesse, de conférer des titres, &c. de fonder des universités : 4°. d’accorder des droits d’étaples, jus stapuli, de péages, le droit de non evocando, de non appellando, &c. cependant ce pouvoir est encore limité.

Les empereurs ont prétendu avoir le droit de faire des rois : un auteur remarque fort bien, que « ce ne seroit pas le moindre de ses droits, s’il avoit encore celui de donner des royaumes ».

Les empereurs d’Allemagne, pour imiter les anciens empereurs romains aux droits desquels ils prétendent avoir succédé, prennent le titre de César, d’où le mot allemand Kayser paroît avoir été dérivé. Ils prennent aussi celui d’Auguste ; sur quoi Guillaume III. roi d’Angleterre, disoit que le titre de semper Augustus étoit celui qui convenoit le mieux à l’empereur Léopold, attendu que ses troupes n’étoient jamais prêtes à entrer en campagne qu’au mois d’Août. Il prend aussi le titre d’invincible, de chef temporel de la Chrétienté, d’avoüé ou défenseur de l’Eglise, &c. En parlant à l’empereur, on l’appelle sacrée majesté. Il porte dans ses armes un aigle à deux têtes, ce qui est, dit-on, un symbole des deux empires de Rome & de Germanie. (—)

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Étymologie de « empereur »

Étymologie de empereur - Littré

Provenç. emperaire, emperador ; espagn. et portug. emperador ; ital. imperatore ; du lat. imperatorem, de imperare, commander (voy. EMPIRE). Le provençal emperaire, le vieux français emperere est le nominatif, d'imperátor, avec l'accent sur ra ; emperador, empereor est le régime, d'imperatórem, avec l'accent sur to.

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Étymologie de empereur - Wiktionnaire

Du latin imperator.
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Étymologie de empereur - Wiktionnaire

Du latin imperator. (Vers 980) emperador (forme de Provence), puis vers 1100 empereur.
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Phonétique du mot « empereur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
empereur ɑ̃prœr play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « empereur »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « empereur »

  • Et dès lundi, celui que certains surnomment « l'empereur » aux commandes de la ville-préfecture depuis 43 ans, va se remettre « au travail ». « Et il va y en avoir malheureusement », souffle-t-il, inquiet de la crise économique, conséquence de l'épidémie de coronavirus. leparisien.fr, Municipales à Créteil : «L’empereur» Laurent Cathala (PS) élu pour un huitième mandat - Le Parisien
  • Les manifestations qui ont suivi sa mort ont vu une statue du prince royal Ras Makonnen Wolde Mikael, le père de Sélassié, le dernier empereur d'Éthiopie, être abattue dans la ville de Harar, dans l'est du pays. BBC News Afrique, Haïlé Sélassié: la statue de l'ancien empereur éthiopien détruite dans un parc de Londres - BBC News Afrique
  • 1er juillet 2020 : Fidèle à son habitude et toujours accompagné de son fidèle compagnon, le chien Bug, François Sauteron vient de retrouver Faycelles pour y passer la saison estivale. Comme les autres années, notre écrivain n’est pas venu les mains vides : Des bagages, il extrait sa dernière œuvre : un bouquin qui a pour titre "L’empereur du cinéma" dans lequel il raconte la vie et l’œuvre de Charles Pathé. Ce livre aurait dû, par la suite, faire l’objet d’un film, mais le destin en a décidé autrement… Pourquoi Charles Pathé ? François a effectué toute sa carrière professionnelle en tant que directeur des ressources humaines au sein de l’entreprise Kodak-Pathé, ce qui lui a donné l’occasion, la chance insiste-t-il, de nouer des liens d’amitié avec Maud, la fille adoptive de Charles Pathé. Il en résulta une correspondance suivie et quelques expositions… Par la suite, Thierry, le fils de Maud, qui enseigna la mise en scène à New-York, formant les plus célèbres réalisateurs actuels comme Martin Scorsese, les frères Cohen… projetant de réaliser un film sur son grand-père Charles demanda a F. Sauteron d’en écrire le scénario. "Quand on sait ce qu’a représenté ce contemporain des frères Lumière, ce grand Monsieur pour de la photo et du cinéma, il mérite bien le titre d’empereur. Il n’y avait pas à l’époque plus grand cinéaste, dépassant même le célèbre Méliès… Au tout début du XXe siècle, il va croire en l’avenir du phonographe et du cinéma. Il finira par dominer le cinéma mondial jusqu’à la grande guerre, devenant immensément riche. Riche aussi, et passionnante fut sa vie. "Je me suis vraiment complu à la raconter". Le scénario du film étant écrit, ne manquait plus qu’à l’adapter au cinéma, oui mais voilà, le film n’a pu se réaliser car Thierry, l’incitateur, décéda en 2002. "Notre projet tombait à l’eau, restant à l’état de rêve, mais qui sait ? Un jour peut-être"… ladepeche.fr, Faycelles. François Sauteron raconte la vie de l’empereur du cinéma - ladepeche.fr
  • L’empereur Napoléon Ier s’accroche ! La dépose de sa statue équestre, à Rouen (Seine-Maritime), fragilisée et nécessitant une rénovation minutieuse, n’a pu aboutir comme prévu, mercredi 24 juin 2020. Il s’avère que la statue est très bien arrimée à son piédestal. Prochaine opération prévue jeudi 2 juillet.  , La dépose de la statue de Napoléon, à Rouen, reportée : l'empereur trop bien accroché ! | 76actu
  • Ont été appelés à ressembler au promontoire tous ceux qui se sont retrouvés en première ligne dans la tourmente. Aux applaudissements, tellement justifiés, qu’on leur a adressés, l’empereur romain préfère une autre satisfaction : celle d’un humain qui va jusqu’au bout de la tâche dont il a fait sa raison d’être. Comme le vigneron donne tout pour sa vigne, le palefrenier pour ses chevaux, le maître d’école pour ses élèves (Ibid., VI, 16). Seront appelés à être promontoires ceux qui se retrouvent face au flot des difficultés créées pour eux par l’interruption prolongée de leurs activités professionnelles. , Quand l’empereur Marc Aurèle nous parle de l’après-Covid - La Libre
  • Le Pape se couronne seul, s'oint lui-même du Saint Chrême, et à genoux révère sa personne tout à la façon des vieux empereurs romains. De Isaac Newton / Sur l'optique, 1704
  • Le troisième empereur de la vingt et unième dynastie, à qui on apporta des pierres précieuses trouvées dans une mine, la fit fermer, ne voulant pas fatiguer son peuple à travailler pour une chose qui ne pouvait ni le nourrir ni le vêtir. De Montesquieu / De l’esprit des lois
  • Une province du Brésil vient de déclarer l'esclavage aboli [...] Le Brésil a un empereur; cet empereur est plus qu'un empereur, il est un homme. Nous le félicitons et nous l'honorons. Avant la fin du siècle, l'esclavage aura disparu de la terre. De Victor Hugo / texte écrit pour fêter l'abolition de l'esclavage dans une province du Brésil. Le "Journal des débats", 24 mars 1884
  • Tant qu’on n’a pas été reçu en audience par l’empereur, il faut courtiser ses ministres. De Proverbe chinois
  • On meurt tous un jour, petit, qu'on soit mendiant ou empereur. De Hayao Miyazaki / Princesse Mononoké
  • Mieux vaut un paysan en bonne santé qu'un empereur malade. De Proverbe allemand
  • Avoir dans une cabane des rêves d'empereur. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré. De Jean de La Fontaine / Contes et nouvelles
  • Loin de l'empereur, on a plus de liberté. De Gao Xingjian / La montagne de l'âme
  • La porte fermée, on est empereur dans son royaume. De Proverbe mongol
  • Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez ! De Jean Racine / Bérénice
  • Un empereur doit mourir debout. De Vespasien
  • Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez ! Jean Racine, Bérénice, IV, 5, Bérénice
  • C'est le déjeuner d'un petit ver que le cœur et la vie d'un grand et triomphant empereur. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 12
  • L'empire est quelque chose, et l'Empereur n'est rien. Pierre Corneille, Attila, I, 2, Valamir

Traductions du mot « empereur »

Langue Traduction
Corse imperatore
Basque enperadorea
Japonais 天皇
Russe император
Portugais imperador
Arabe إمبراطورية
Chinois 皇帝
Allemand kaiser
Italien imperatore
Espagnol emperador
Anglais emperor
Source : Google Translate API

Synonymes de « empereur »

Source : synonymes de empereur sur lebonsynonyme.fr


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