Précipiter : définition de précipiter


Précipiter : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PRÉCIPITER, verbe trans.

A. − Empl. trans.
1.
a) Jeter, faire tomber de haut. Naguère le tribun C. Atinius, récemment chassé du sénat par le censeur Métellus, avait essayé de le précipiter de la Roche Tarpéienne (Michelet,Hist. romaine, t.2, 1831, p.138).Madame, lui dis-je, si notre Dieu était celui des païens ou des philosophes (pour moi, c'est la même chose) il pourrait bien se réfugier au plus haut des cieux, notre misère l'en précipiterait. Mais vous savez que le nôtre est venu au-devant (Bernanos,Journal curé camp., 1936, p.1162):
1. Sachez, ajouta M. de Laurières, que la chûte de M. de Saint-Amand fut rompue de temps en temps par le fusil qu'il portait en bandoulière; et c'est ce qui l'a sauvé, comme Aristomène le fut par son bouclier, lorsque les Spartiates le précipitèrent dans le gouffre fatal. Dusaulx,Voy. Barège, t.1, 1796, p.253.
b) Au fig. Faire déchoir, rabaisser, ramener brutalement d'une position éminente à une position inférieure. Schumacker, né dans un rang obscur, avait été comblé des faveurs de son maître, puis précipité du fauteuil de grand-chancelier de Danemark et de Norvège sur le banc des traîtres (Hugo,Han d'Isl., 1823, p.33).
Rem. Dans ce sens, empl. fréq. au passif (synon. être anéanti, ruiné; (fam.) être démoli): De tous les hommes qui ont dirigé le gouvernement ou voisiné l'opinion depuis soixante ans, il n'en est pas un (...) qui n'ait été précipité, soit avant, soit après (Id., Actes et par., t.1, 1875, p.353).
c) CHIM. Faire déposer un corps en solution dans un liquide. Les véritables laques de garance (...) sont obtenues (...) en précipitant la matière colorante sur alumine (Coffignier,Coul. et peint., 1924, p.117).La solubilité [du gypse] serait plus grande dans HCl étendu [que dans l'eau]; le chlorure de baryum précipite alors du sulfate de baryum blanc (J. Cahen, Bruet,Carrières, 1926, p.184).
2. Pousser, entraîner avec violence, avec impétuosité (dans, vers, hors de, etc.). La ville se trouve au bas, de l'autre côté du large Min jaune qui, entre les piles du pont des Dix-Mille-Âges, précipite ses eaux violentes et profondes (Claudel,Connaiss. Est, 1907, p.43).J'imaginais les propos que nous eussions échangés si je t'avais secouée brutalement, si je t'avais précipitée hors du lit (Mauriac,Noeud vip., 1932, p.76):
2. Saint Guénolé, premier abbé du monastère, mort en 448, le même (...) qui, lorsque sur la grève le roi fuyait au galop avec la belle Dragut, sa fille, lui cria dans un nuage, comme les flots déjà battaient les jarrets de son cheval, de se débarrasser du démon qu'il emportait en croupe? Gradlon la précipita dans les flots, les flots l'engloutirent, s'arrêtèrent, et Gradlon continua sa course. Flaub.,Champs et grèves, 1848, p.324.
[Dans un cont. métaph.] Ils seront obligés de combattre de toutes leurs forces, non plus pour précipiter l'iniquité dans l'abyme, mais pour qu'elle ne les y précipite pas avec elle (Saint-Martin,Homme désir, 1790, p.363).Et la passion précipite l'homme à d'étranges et dangereux excès qui le laissent incapable d'un développement complet de son être (Bourget,Essais psychol., 1883, p.119):
3. On peut y observer les premières traces d'une institution qui a eu sur sa marche des influences opposées, accélérant le progrès des lumières, en même temps qu'elle répandait l'erreur; enrichissant les sciences de vérités nouvelles, mais précipitant le peuple dans l'ignorance et dans la servitude religieuse... Condorcet,Esq. tabl. hist., 1794, p.18.
3. Accélérer, hâter, presser (un mouvement, un événement); prendre une décision dans la hâte. Précipiter ses actions, son allure, une catastrophe, les choses, sa chute, le cours, la course, la décadence, le départ, sa fuite, ses paroles, sa ruine, sa vie. La maladresse de son gouvernement a précipité cette révolution; la philosophie en a dirigé les principes, la force populaire a détruit les obstacles qui pouvaient arrêter les mouvements (Condorcet,Esq. tabl. hist., 1794, p.171).Tu as peut-être raison. Écoute. Ne précipitons rien. Si je vois à un moment que les choses tournent mal et que mes relations ne suffisent pas, nous essayerons alors d'utiliser les tiennes (Becque,Parisienne, 1885, i, 2, p.271):
4. J'ai dîné seul chez Graff, en face d'un gros homme accompagné de deux jeunes femmes fort élégantes dont l'une, presque parfaitement belle, a croisé ses yeux avec les miens à plusieurs reprises; l'homme a précipité la fin du repas; au moment de partir la belle m'a souri. Vailland,Drôle de jeu, 1945, p.114.
B. − Empl. pronom.
1.
a) Se jeter d'un lieu élevé. Dans ce bassin, le ruisseau de Fataoua se précipitait en cascade, et versait une eau courante, d'une exquise fraîcheur (Loti,Mariage, 1882, p.15).Si Dieu avait voulu qu'elle se trouvât au premier étage, elle se serait précipitée par la fenêtre (Jouve,Paulina, 1925, p.225):
5. La duchesse lui avait écrit qu'il serait surpris par le grand air, et qu'à peine hors de sa prison il se trouverait dans l'impossibilité de marcher; dans ce cas il valait mieux pourtant s'exposer à être repris que se précipiter du haut d'un mur de cent quatre-vingts pieds. Stendhal,Chartreuse, 1839, p.364.
[Dans un cont. métaph.; sans constr. prép.] Le vertige cherche un point plus élevé pour mieux se précipiter (Sand,Impress. et souv., 1873, p.34).
b) Au fig. [Sans constr. prép.] Provoquer sa propre déchéance, courir à sa fin. C'est Charles X qui a renversé Charles X. −Oui, a répondu M. Royer-Collard (...) il s'est précipité (Hugo,Choses vues, 1885, p.57).
c) Spécialement
CHIM. [En parlant d'une matière en dissolution] Former un dépôt dans un liquide à la suite d'une réaction chimique. On voit apparaître et se précipiter des flocons de cellulose (Plantefol,Bot. et biol. végét., t.1, 1931, p.65).
MÉTÉOR. Se transformer en chute d'eau provenant de l'atmosphère. Tout ce qui, à un moment donné, dépasse le maximum admissible, doit se précipiter, sous la forme de pluie (Lapparent,Abr. géol., 1886, p.21).
2. S'élancer brusquement, avec impétuosité (dans, hors de, vers, pour, etc.). Synon. foncer, fondre, se jeter, se ruer.Se précipiter la tête la première. Craignant, s'il s'approchait, que Dargelos et son groupe l'empêchassent de prévenir, il s'était précipité pour chercher du secours (Cocteau,Enfants, 1929, p.23).Il se trouva ainsi des forcenés pour se précipiter dans une maison encore en flammes, en présence du propriétaire lui-même, hébété par la douleur (Camus,Peste, 1947, p.1356):
6. En arrivant à la rivière d'Érégli, comme les malheureux, torturés par la soif, se précipitaient en désordre vers les berges, les archers turcs, surgissant sur l'autre rive, puis sur toutes les collines, entourèrent ce troupeau lamentable où chaque flèche portait. Grousset,Croisades, 1939, p.72.
P. métaph. Combien de fois (...) n'ai-je pas senti mon coeur se précipiter vers un but inconnu (Sand,Lélia, 1833, p.54).
3. S'accélérer, se hâter, se presser; se faire dans la hâte. Cependant les événements de l'intérieur se précipitent, et le 10 août éclata (Sainte-Beuve,Nouv. lundis, t.11, 1868, p.337).Alors se précipitent les coups de béliers rageurs du vent qui s'excite à battre son propre record (Psichari,Voy. centur., 1914, p.71).L'oncle se sentant fort malade, les fiançailles et le mariage se précipitèrent dans une bonne humeur factice, chacun jouant un rôle et rivalisant de générosité (Cocteau,Enfants, 1929, p.161):
7. Pendant plus de deux mille ans, le monde se transforme, les civilisations s'élèvent et s'écroulent, les sociétés se précipitent ou languissent, au milieu de moeurs toujours changeantes. Zola,Mes haines, 1866, p.255.
REM.
Précipitement, subst. masc.,vieilli, rare. Action de précipiter (supra A 1); résultat de cette action. Synon. précipitation (v. ce mot A 1).Un mur de colère, gâché de couleurs redoutables, plaquait au fond l'avalanche et le précipitement des damnés qui roulaient à l'enfer, suppliciés par tous les raccourcis de la chute, toutes les angoisses des muscles, toutes les agonies du dessin, toutes les académies du désespoir; tableau muet de la souffrance physique, contre lequel venait frapper, battre, expirer le choeur des douleurs de l'âme (Goncourt,MmeGervaisais, 1869, p.86).
Prononc. et Orth.: [pʀesipite], (il) précipite [-pit]. Ac. 1694, 1718: pre-; dep. 1740: pré-. Étymol. et Hist. I. Verbe [1386 (Bl.-W.3-5, s. réf.)] A. 1. a) av. 1442 fig. «faire tomber d'une position élevée, faire déchoir» (Pierre de Nesson, Paraphrase des IX Leçons de Job, éd. A. Piaget et E. Droz, p.81 ds IGLF: pour [...] moy tellement precipiter); b) 1661 fig. «faire passer d'un sentiment d'exaltation à un sentiment d'abattement» (Molière, Dom Garcie, III, 2, vers 894); 2. mil. xves. fig. «faire tomber dans une situation dangereuse, pénible, inférieure» (Internele consolacion, éd. A. Pereire, p.184: aucun impourveü precipiter ou laz de deception); 3. 1466 pronom. «se jeter d'un lieu élevé» (Pierre Michault, Doctrinal, LXVII, éd. Th. Walton, p.173, 54); 1495 trans. «jeter d'un lieu élevé» (Jean de Vignay, Miroir historial, XXXI, 71, éd. 1531 ds Delb. Notes mss: monta sur ung cheval [...] cheut et fut precipité en une fosse); 4. a) 1555 chim. part. passé adj. «réduire le mercure en poudre rouge en le cuisant» (B. Aneau, trad. Trésor de Evonime Philiatre, Lyon, p.261: argent vif precipité); 1636 trans. et pronom. (Monet); b) 1663 chim. trans. «faire déposer un corps en solution dans un liquide» (Chr. Glaser, Traité de la chim., Paris, l. 1, p.25: precipiter est separer le mixte dissout); 1680 pronom. (Rich., s.v. precipitation); 1690 intrans. (Fur.). B. 1. 1442 trans. «presser, hâter (quelqu'un)» (Arch. Nat. P. 13611, pièce 950 ds Gdf. Compl.); 2. 1552 trans. «accélérer, hâter» (J. Du Bellay, Énéide, 4el., 1048 ds OEuvres poét., éd. H. Chamard, t.6, p.298: chacun [...] la fuyte precipite); 1557 pronom. «devenir plus rapide, s'accélérer» (R. Belleau, Reconnue, III, 5 ds OEuvres poét., éd. Ch. Marty-Laveaux, t.2, p.410); 3. 1556 trans. «faire, décider avec hâte» (P. Saliat, trad. des Neuf Livres des Histoires de Hérodote, III, 71, ds Hug.: vous ne precepiterez telle entreprise); 4. 1559 trans. «rendre plus prochain (un événement)» (O. de Magny, Odes, éd. E. Courbet, t.1, p.140: precipitant sa mort); 5. 1559 pronom. «se hâter (de)» (Amyot, Vies, Fabius, éd. L. Clément, p.82: se precipitast et hastast de faire quelque grand mal); 1559 absol. «agir avec hâte» (Id., ibid., p.84, 28: en se precipitant par trop); 6. 1559 pronom. fig. «se livrer impétueusement à» (Id, ibid., p.84, 22: Minutius s'est allé precipiter luy mesme en sa ruine); 7. a) 1665 pronom. «s'élancer vers une personne, un lieu» (Racine, Alexandre, 746); 1671 absol. «accourir en hâte» (Molière, Psyché, 187); b) 1677 trans. «jeter, pousser vivement» (Racine, Phèdre, V, 6, vers 1541). II. Part. passé adj. 1. 1534 «hâtif, brusque, accompli ou décidé dans la précipitation» (Rabelais, Gargantua, chap. XXIX, éd. R. Calder, p.185: par conseil precipité); 2. 1579 «(d'une personne) qui agit avec précipitation» (E. Charrière, Négociations de la France ds le Levant, t.3, p.833: ledit bassa [...] précipité, et non doué des vertus de la prudence politique); 3. 1580 «d'allure ou de rythme rapide» (Montaigne, Essais, II, 6, éd. Villey-Saulnier, p.372); 4. 1594 «escarpé, à pic» (J. B. Chassignet, Mespris de la vie, sonn. 380 ds Hug.: un roc precipité). Empr. au lat. praecipitare trans. «jeter d'un lieu élevé; fig. abaisser, faire déchoir, ruiner; hâter, accomplir dans la hâte; presser, pousser vivement à», intrans. «tomber, se précipiter; tirer à sa fin; déchoir, aller à sa ruine», dér. de praeceps, praecipitis adj. «la tête en avant, la tête la première; rapide, impétueux; escarpé; qui agit avec précipitation, inconsidérément», subst. «précipice, abîme», mot formé de prae «en avant» et -ceps, de caput «tête». Au sens I A 4 b, cf. l'angl. to precipitate (1644 ds NED). Fréq. abs. littér.: 3432. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5730, b) 5025; xxes.: a) 5046, b) 3977.
DÉR.
Précipitable, adj.Susceptible de subir une précipitation (v. ce mot A 2). Il existerait (...) des colloïdes minéraux non précipitables par les électrolytes (Gasnier,Dépôts métall., 1927, p.186).Les albumoses du malt sont précipitables par le sulfate d'ammoniaque (Boullanger,Malt., brass., 1934, p.193). [pʀesipitabl̥]. 1reattest. 1847 (Ann. de Chim. et de Phys., 3esérie, t.XIX, p.231 ds Fonds Barbier: matières précipitables par l'alcool); de précipiter, suff. -able*. Le corresp. angl. precipitable est att. dès 1670 (NED).

Précipiter : définition du Wiktionnaire

Verbe

précipiter \pʁe.si.pi.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se précipiter)

  1. Jeter, faire tomber d’un lieu élevé.
    • […] ; j’eus comme un étourdissement, et je dus m’accrocher fortement aux rebords de la croisée, pour n’être pas précipité dans le vide... — (Octave Mirbeau, Le colporteur,)
    • […] deux ouvriers recouvrent les poissons d’une pelletée de sel avant de les précipiter dans une fosse de conservation. — (Jacky Durand, La nuit où le hareng sort, dans Libération (journal) du 29 novembre 2010, p.30-31)
    • Les anciens romains précipitaient certains criminels du haut de la roche Tarpéienne.
    • Se précipiter d’une fenêtre dans la rue, d’un troisième étage dans la cour.
    • Le cheval s’est précipité dans un abîme avec le cavalier qu’il portait.
    • Ce fleuve, ce torrent se précipite avec grand bruit du haut des rochers.
  2. (Figuré) Faire tomber dans un grand malheur, dans une grande disgrâce, dans un grand danger.
    • Les vices l’ont précipité dans l’infortune.
    • On l’a précipité dans un abîme de maux.
    • La révolution qui le précipita du trône.
    • Il s’est précipité dans toute sorte d’excès, de désordres.
  3. (Figuré) : hâter, accélérer, rendre prompt et rapide.
    • Ce musicien précipite le mouvement de ce morceau.
    • Cet acteur précipite trop son débit.
    • Dans la crainte d’être atteint, il précipitait ses pas.
    • Cette rivière, resserrée entre ses bords, précipite son cours.
    • Une course précipitée.
    • L’ennemi a précipité sa retraite, sa fuite.
    • Cette démarche a précipité sa perte, sa ruine, sa chute.
    • Il a précipité son retour.
    • Cet homme gâte toutes les affaires en les précipitant.
    • Les gens sages ne précipitent rien.
    • Il s’est trop précipité dans cette affaire.
    • Ne vous précipitez pas.
  4. (Chimie) Extraire, par une réaction chimique, une matière solide d’une solution et la rassembler au fond du récipient.
    • La zymose du blanc d’œuf, outre son pouvoir rotatoire très-élevé, se distingue encore des deux autres en ce qu’elle reste soluble dans l’eau après avoir été précipitée par l’alcool. — (Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, vol. 77, page 1528, 1873)
    • On retire la morphine de l’extrait d’opium au moyen d’un lait de chaux qui dissout la morphine sous forme de morphinate ; l’addition de chlorhydrate d’ammoniaque précipite la morphine. — (Cousin & Serres, Chimie, physique, mécanique et métallurgie dentaires, 1911)
  5. (Pronominal) S’élancer, aller impétueusement, s’avancer rapidement.
    • Les chasseurs s’étaient précipités sur leurs fusils, mais je donnai l’ordre de les remettre au râtelier. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Gasbieha se précipita dans la chambre de sa sœur de lait avec des transports de joie. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans "Trois contes de l’Amour et de la Mort", 1940)
    • Mémée Camille, c'est rien qu'une punaise de sacristie, hurle Héloïse, debout sur son lit-bateau. Tout le monde se précipite, sauf mémée qui roucoule à l'église, son habitude à cette heure-là. — (Christiane Baroche, Les petits bonheurs d'Héloïse, éd. Grasset & Fasquelle, 1996, chap. 4)
    • Alors les caméras s’emballèrent, les perchmans couraient, talonnant les reporters hors d’haleine, tous se précipitaient vers la femme qui sortait du palais de justice en criant : “Nora, Nora, à votre avis qui a fait ça à Nachito ?” — (Mariana Enriquez, Ce que nous avons perdu dans le feu, traduit par Anne Plantagenet, Éditions du Sous-Sol (Le Seuil), 2016)
    • Par un manque de chance pervers, il apparut à l'autre bout du couloir à l’instant où elle s’y précipitait, et il s'en fallut de peu qu'elle le percutât. — (Kathryn Ross, Dans les bras d’Alexi Demetri, traduit de l'anglais, Éditions Harlequin, 2010, chap. 5)
    • (Figuré)Les événements se précipitent. - Il se précipite aveuglément dans le danger, dans les occasions périlleuses.
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Précipiter : définition du Littré (1872-1877)

PRÉCIPITER (pré-si-pi-té) v. a.
  • 1Jeter d'un lieu élevé dans un lieu fort bas, dans un lieu profond. Il y eut des spectacles effroyables dans les royaumes de Juda et d'Israël : Jézabel fut précipitée du haut d'une tour par ordre de Jéhu, Bossuet, Hist. I, 6. Il vaudrait mieux non-seulement pour elle, mais pour vous, qu'on vous précipitât au fond de la mer, Bourdaloue, Sur le scandale, 1er avent, p. 98. Cet esclave n'est plus ; un ordre, cher Osmin, L'a fait précipiter dans le fond de l'Euxin, Racine, Bajaz. I, 1. J'aurai vu massacrer et mon père et mon frère, Du haut de son palais précipiter ma mère…, Racine, Athal. II, 7. Pourquoi vos ancêtres, dit-il [Lyciscus aux Grecs], précipitèrent-ils dans un puits celui qui venait de la part de Xerxès les inviter à se soumettre et à se joindre à ce prince ? Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 122, dans POUGENS. Selon les esséniens, les âmes des méchants étaient précipitées dans des souterrains ténébreux où elles étaient livrées à toutes sortes de tourments, Condillac, Hist. anc. XV, 13. Il voulut me punir, venger son faux outrage, Et, sans daigner me voir, sans daigner m'écouter, Dans le fond d'un cachot me fit précipiter, Gilbert, la Marquise de Gange.

    Fig. Je sais… Que du trône… Britannicus par moi s'est vu précipiter, Racine, Brit. I, 1.

    Précipiter dans le tombeau, causer la mort.

  • 2 Fig. Pousser violemment dans quelque sentiment. Ce fut de ce penchant de la peur que nous crûmes que nous le pourrions précipiter dans nos pensées ; l'expression est bien irrégulière, mais je n'en trouve point qui marque mieux le caractère d'un esprit comme le sien, Retz, Mém. t. I, liv. I, p. 31, dans POUGENS. Ne puis-je pas dire, pour me servir des paroles du plus grave des historiens, qu'elle allait être précipitée dans la gloire ? car quelle créature fut jamais plus propre à être l'idole du monde ? Bossuet, Duch. d'Orl. Elle eût pu renoncer à sa liberté [en se faisant religieuse], si on lui eût permis de la sentir ; et il eût fallu la conduire, et non pas la précipiter dans le bien, Bossuet, Anne de Gonz.
  • 3Faire tomber dans un grand malheur, dans un grand danger. Tous les dieux irrités Dans les derniers malheurs nous ont précipités, Corneille, Nicom. v, 8. Quel astre, de votre heur et du nôtre jaloux, Vous a précipité jusqu'à rompre avec nous ? Corneille, Sophon. IV, 2. Leur propre folie les a précipités dans la mort, Sacy, Bible, Baruch, III, 28. Je crains, seigneur, qu'une fausse idée de gloire et des conseils flatteurs ne vous précipitent dans une guerre qui pourra tourner à la honte de la nation, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 90, dans POUGENS.
  • 4Lancer avec la vitesse d'une chute dans un précipice. À travers les rochers la peur les précipite [des chevaux], Racine, Phèdre, V, 6. Les torrents bondissants précipitent leur onde, Et des mers en courroux le noir abîme gronde, Delille, Géorg. I.

    Fig. Guise, tranquille et fier au milieu de l'orage, Précipitait du peuple ou retenait la rage, Voltaire, Henr. III.

  • 5Hâter, accélérer. La faveur que pour lui je vous avais offerte, Au lieu de le sauver, précipite sa perte, Corneille, Poly. V 6. Nous admirions, mon fils et moi, comme vous avez pressé et précipité heureusement sa vie [du jeune marquis de Grignan], pour le faire tomber à propos dans l'état où il fallait être pour avoir le régiment de son oncle, Sévigné, 7 déc. 1689. Je regrette ce que je passe de ma vie sans vous, et j'en précipite les restes pour vous retrouver, Sévigné, 18 août 1680. Les saints désirs de la mort le pressent tellement [Saint-Aubin mourant], qu'il en a précipité tous les sacrements, Sévigné, 17 nov. 1688. Valens précipite le combat, Bossuet, Hist. I, 11. Les femmes du pays précipitent le déclin de leur beauté par des artifices qu'elles croient servir à les rendre belles, La Bruyère, VIII. Les plaisirs abrégent leurs jours, et les chagrins qui suivent toujours les plaisirs, précipitent le reste de leurs années, Massillon, Pet. carême, Malh. des gr. qui abandonnent Dieu. Les longues maladies ont précipité chez moi la décrépitude, Voltaire, Lett. d'Argence, 15 juin 1765. On précipita les travaux, et les assiégés, fatigués par des assauts continuels, se soumirent le huitième jour, Raynal, Hist. phil. II, 17. Autrefois, quand nous étions ensemble, vous ne cherchiez pas à précipiter les heures, vous en jouissiez, Staël, Corinne, XIII, 3.

    Précipiter sa marche, ses pas, aller très vite. C'est en vain qu'à travers des bois, avec sa cavalerie toute fraîche, Bek précipite sa marche pour tomber sur nos soldats épuisés, Bossuet, Louis de Bourbon. Loin de ces lieux cruels précipitez vos pas, Racine, Iph. IV, 10.

    Précipiter les pas de quelqu'un, le faire aller plus vite. La voix du grand Henri précipite leurs pas, Voltaire, Henr. IV.

    Fig. Heureuse négligence, puisqu'elle anime et précipite cette marche vigoureuse, où il s'abandonne à toute la véhémence et l'énergie de son âme, D'Alembert, Éloges, Bossuet.

  • 6Apporter de la précipitation. Précipiter les affaires, c'est le propre de la faiblesse, qui est contrainte de s'empresser dans l'exécution de ses desseins, Bossuet, Sermons, Providence, 1. Mon Dieu… je veux apprendre… à voir et non à deviner, à ne précipiter pas mon jugement, mais à attendre le vôtre, Bossuet, Serm. Jugem. hum. 1.

    Il ne faut rien précipiter, il ne faut pas agir à la hâte. Non, non, encore un coup ne précipitons rien, Racine, Bérén. IV, 4.

    Précipiter les choses, les pousser à toute extrémité. Les nouvelles d'Angleterre sont très mauvaises : les jésuites y ont trop précipité les choses, Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 5 sept. 1688.

  • 7 Terme de chimie. Séparer de son dissolvant une matière dissoute, et la faire tomber au fond du vase. Le foie de soufre ou sa seule vapeur noircit et altère l'argent ; il précipite en noir tous les métaux blancs, Buffon, Min. t. III, p. 181. Le cobalt précipite le cuivre et le nickel de leur dissolution à l'état métallique, Fourcroy, Connaiss. chim. t. I, p. CXV, dans POUGENS.

    Neutralement. La liqueur filtrée après l'ébullition a précipité abondamment avec l'eau de chaux, Berthollet, Instit. Mém. scienc, 1806, 1er sem. p. 256.

  • 8Se précipiter, v. réfl. Se jeter de haut en bas. Quelques-uns se précipitèrent dans les ondes de désespoir, Bossuet, Reine d'Anglet. Serait-on reçu à dire qu'on ne peut se passer de voler, d'assassiner, de se précipiter ? La Bruyère, VI.

    Fig. L'ardeur impétueuse à mille erreurs te livre, Et trop courir c'est te précipiter, Corneille, Imit. III, 11. En précipitant trop les choses, on se précipite avec elles, Beaumarchais, Mère coupable, IV, 3.

  • 9Aller avec une grande vitesse. L'Égypte, jusqu'au Delta, est resserrée par deux chaînes de rochers, entre lesquels le Nil se précipite, en descendant d'Éthiopie, du midi au septentrion, Voltaire, Mœurs, Introd. Égypte.

    Se précipiter sur quelqu'un, s'élancer sur lui. C'est ainsi qu'en général les nations s'aveuglent sur leurs vrais intérêts, et se précipitent les unes sur les autres, Condillac, Traité des syst. ch. 15.

    Ils se sont précipités dans les bras l'un de l'autre, ils se sont embrassés avec empressement.

    On dit de même : se précipiter au cou de quelqu'un. Je me jette à genoux ; ma chère Adèle vient se précipiter à mon cou, Genlis, Ad. et Théod. t. III, p. 415, dans POUGENS.

    Se précipiter aux pieds de quelqu'un, se mettre avec vivacité à genoux devant lui. Elle se précipitera aux pieds de César, et tiendra ses genoux embrassés, Diderot, Claude et Nér. I, 25.

    Le peuple, la foule se précipitait au-devant de lui, se portait à sa rencontre avec empressement. Le peuple pour le voir court et se précipite, Racine, Phèdre, III, 3. …Qu'aucun par un zèle imprudent Ne sorte avant le temps et ne se précipite, Racine, Athal. IV, 5.

  • 10 Fig. S'écouler rapidement, se perdre. Mes jours avec les siens [d'Auguste, que je tuerai] se vont précipiter, Corneille, Cinna, III, 4. Ses jours se précipitèrent trop vite, Bossuet, Hist. I, 10. La jeunesse s'éteint, les années se précipitent, Massillon, Avent, Mort du péch.
  • 11 Fig. Se jeter dans ce qui est comparé à un précipice. C'eût été se faire arrêter lui-même, et se précipiter dans un obstacle invincible au dessein qu'il voulait exécuter, Corneille, Cinna, Exam. Il [Dieu] ne commande point que l'on s'y précipite [dans la mort], Corneille, Poly. II, 6. On ne doit pas se précipiter dans le plaisir, parce qu'on le rend plus agréable à force de le désirer, Méré, dans RICHELET. S'ils [les hommes] reconnaissaient l'infirmité de la nature, ils en ignoraient la dignité ; de sorte qu'ils pouvaient bien éviter la vanité, mais c'était en se précipitant dans le désespoir, Pascal, Pens. XII, II, éd. HAVET. Tous les peuples se précipitaient dans l'idolâtrie, Bossuet, Hist. II, 2. Il ne faut pas s'étonner de l'avoir vue [la réforme] se précipiter dès son origine de changement en changement, Bossuet, Var. X. À peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent dans l'avenir, Montesquieu, Lett. pers. 130.

    On dit aussi se précipiter à. On y voit [dans une histoire] le roi de Portugal, jeune et brave prince, se précipiter rapidement à sa mauvaise destinée, Sévigné, 9 mai 1680. Et lui-même à la mort il s'est précipité, Racine, Théb. IV, 4.

    Racine le fils a blâmé à tort se précipiter à, dans ce vers. Mme de Sévigné a aussi cet emploi.

  • 12Se hâter, mettre trop de hâte. Ne vous précipitez pas. Elle [la fille de la princesse de Tarente] s'est un peu précipitée de se marier devant les signatures de toute sa famille, Sévigné, 7 juill. 1680.
  • 13 Terme de chimie. Tomber sous forme de précipité. Une portion de la colle se précipite avec les principes qu'elle a enveloppés, Genlis, Maison rust. t. III, p. 299, dans POUGENS.

HISTORIQUE

XVe s. Le suppliant n'avoit bonnement de quoy acheter des anneaulx d'argent à sa femme pour mettre en ses doiz et s'en parer ; et pour ce que sa dite femme l'en precipitoit fort de lui en donner…, Du Cange, praecipitium.

XVIe s. Par conseil precipité, Rabelais, Garg. I, 31. Quand Tiphoeus si fort se despita, Que dans la mer les monts precipita, Rabelais, ib. I, 58. Ô qu'un grand heur est trop precipité ! Saint-Gelais, 170. …Et que les feus, qui d'en hault precipitent [les astres qui se couchent], De tous costez au sommeil nous incitent, Du Bellay, J. IV, 8, verso. Tant de gens qui se sont pendus, noyez et precipitez, Montaigne, I, 64. Il ne fault pas se precipiter si esperduement aprez nos affections et interests, Montaigne, IV, 161. C'est aux guerres qu'on doit monstrer sa valeur et hazarder liberalement sa vie, et ceux qui la vont precipitans aux querelles, font croire qu'ils ne l'estiment pas de grand prix, Lanoue, 254. Une retraite precipitée, Lanoue, 643. Il fut precipité du hault en bas du Capitole à travers les rochers qui y sont, Amyot, Cam. 62. Craignant que Minutius ne se precipitast et hastast de faire quelque grand mal avant qu'il fust arrivé, Amyot, Fab. 23. Cela le contraignoit de precipiter ainsi ceste guerre avec grands dangers, Amyot, Sylla, 26.

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Précipiter : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PRÉCIPITER, v. act. (Hist. des supplices.) l’un des plus anciens supplices dont on a puni les coupables de quelque grand crime, a été de les précipiter du haut d’un rocher, ou de quelque lieu fort élevé. Jéhu fit précipiter Jézabel par une fenêtre, & la muraille fut teinte de son sang, Reg. lib. IV. L’histoire profane nous en fournit plusieurs exemples semblables. Ulisse, selon quelques historiens, arracha Astianax du tombeau d’Hector, où Andromaque l’avoit caché, & le précipita du haut d’une tour. L’usage de ce supplice étoit pratiqué à Rome, avant que l’on eût les lois des douze Tables ; car elles ordonnent que le faux témoin soit précipité du haut de la roche Tarpéïenne, & qu’on en use de même envers les esclaves convaincus de larcin. (D. J.)

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Étymologie de « précipiter »

Étymologie de précipiter - Littré

Lat. praecipitare, de praeceps, qui tombe la tête en avant, de prae, en avant, et caput, tête (voy. CHEF).

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Étymologie de précipiter - Wiktionnaire

Du latin praecipitare.
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Phonétique du mot « précipiter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
précipiter presipite play_arrow

Conjugaison du verbe « précipiter »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe précipiter

Citations contenant le mot « précipiter »

  • Terrorisée, la victime se dissimule de buisson en buisson, s’écorchant la peau, avant de se précipiter sur un passant. Ce dernier la conduit aux urgences du CHRU Minjoz. , Faits-divers - Justice | Il roue sa compagne de coups, avec leur bébé en pleurs dans les bras
  • La référence américaine de la Tech, le Nasdaq, vient de signer un nouveau record historique. Les esprits chagrins s’en alarment alors que la crise sanitaire mondiale risque de précipiter bon nombre d’économies dans des abîmes. Doit-on y voir une simple folie des marchés financiers ou plutôt la conviction que le "Monde de demain" devra son salut à l’innovation et à la Tech et non à la décroissance ? Les Echos, Opinion | Innovons français au service de la planète | Les Echos
  • Le cardinal s’est interrogé : « Nous nous demandons avec amertume depuis quand l’humiliation fait partie du mode de vie des Libanais. Depuis quand ils mendient dans les rues, pleurent car ils manquent de tout et se suicident de faim ? ». Puis il a lancé : « Vous rendez-vous compte, politiciens, du crime perpétré ? ». Il a poursuivi : « Allez plutôt chercher en dehors des rangs de la révolution, les terroristes et ceux qui menacent la sécurité nationale libanaise, ceux qui abusent de l’armée, de la légitimité et des institutions, et ceux qui entravent la constitution et les droits démocratiques, ainsi que ceux qui les soutiennent ». Le cardinal a lancé un appel solennel : « à œuvrer pour lever l’embargo contre la légalité et la libre décision nationale » et demandé « aux pays amis de se précipiter au chevet du Liban comme ils l’ont fait chaque fois qu’il était en danger ». La Croix, L’appel vibrant du cardinal Raï : “Nous demandons aux pays amis de se précipiter au chevet du Liban”
  • Les conservateurs voudraient arrêter, les réactionnaires remonter, les révolutionnaires précipiter le cours des événements qui les submerge tous. De Oscar Louis Forel / Aphorismes
  • Naître, c'est précipiter les choses. De Yann Moix

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Traductions du mot « précipiter »

Langue Traduction
Corse precipità
Basque hauspeatu
Japonais 沈殿する
Russe осадок
Portugais precipitado
Arabe ترسب
Chinois 沉淀
Allemand präzipitat
Italien precipitato
Espagnol precipitado
Anglais precipitate
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Synonymes de « précipiter »

Source : synonymes de précipiter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « précipiter »


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