Plonger : définition de plonger


Plonger : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PLONGER, verbe

I. − Empl. trans.
A. − Enfoncer, faire entrer dans l'eau ou dans un liquide (partiellement ou totalement). Synon. tremper.J'ai plongé ma coupe de vermeil dans la source qui bouillonnait (Quinet, Ahasvérus,1833, 2ejournée, p.161).Proposition connue sous le nom de principe d'Archimède, qu'un corps solide, plongé dans un fluide, y perd une partie de son poids égale au poids du volume de fluide déplacé (Cournot, Fond. connaiss.,1851, p.396):
1. Elle regardait au coin de la rue Galande une marchande de pommes de terre frites qui (...) plongeant l'écumoire dans la friture chantante, en tirait des croissants dorés dont elle remplissait un cornet de papier jaune... A. France, Lys rouge,1894, p.35.
SYNT. Plonger un enfant, un malade dans un bain; plonger les mains, les pieds, la tête dans l'eau; plonger le linge, la vaisselle dans un baquet; plonger une étoffe dans la teinture; plonger une cuillère dans la soupe, la viande dans le pot-au-feu.
Empl. pronom. réfl. Pénétrer entièrement dans l'eau. La chambre que j'occupe est grande, banale, tranquille. Je me suis plongé dans ma baignoire (Green, Journal,1945, p.258).
Vieilli. ,,Se plonger dans le sang (de qqn). L'égorger`` (Ac. 1835, 1878). Au fig. Se plonger dans le morbide ou le cruel. Je lui expliquai que j'avais écrit de sang-froid l'histoire d'un homme triste et atrabilaire (...); que je m'étais plongé dans le sang sans avoir aucun droit à ce triste plaisir (Janin, Âne mort,1829, p.6).
Proverbe. On ne se plonge jamais deux fois dans le même fleuve*.
B. − Faire entrer (rapidement) quelqu'un, quelque chose dans.
1. [Le suj. désigne une pers.]
a) [L'obj. désigne une pers.] Mettre dans un lieu profond ou souterrain. Plonger qqn en prison, dans les fers. Des hommes blancs vont acheter des hommes noirs et les plongent vivants dans les mines d'Amérique (Chénier, Amérique,1794, p.100).Vous n'êtes pas un homme si vous (...) souffrez qu'on enlève un fils à sa mère, qu'on le plonge sans raison dans un cachot (Scribe, Bertrand,1833, iv, 2, p.195).
b) [L'obj. désigne une chose pointue] Enfoncer rapidement et profondément. Plonger un couteau, un sabre dans le corps, le sein (de qqn). Le capitaine, frémissant à l'idée du nombre des meurtres qu'il avait déjà dû accomplir pour amasser tant de trésors, lui a plongé son épée dans le coeur (Latouche, L'Héritier, Lettres amans,1821, p.129).
P. métaph. ou au fig. Plonger un couteau, un poignard dans le sein de qqn. Causer à quelqu'un une peine vive et profonde. Qu'est-ce qu'allait dire maman encore? De quelle ridicule épingle allait-elle le piquer, elle qui aurait dû lui plonger un large couteau dans le coeur (Drieu La Roch., Rêv. bourg.,1937, p.279).
Empl. pronom. réfl. indir. Hémon (...) se plonge l'épée dans le ventre et il s'étend contre Antigone, l'embrassant dans une immense flaque rouge (Anouilh, Antig.,1946, p.209).
c) [L'obj. désigne une partie du corps] Enfoncer dans quelque chose de creux ou de mou. Plonger la main dans le sac, dans ses cheveux; plonger le nez dans son livre; plonger sa tête dans l'embrasure de la fenêtre; mains plongées dans les poches. Elle se laissa tomber en avant, plongea sa tête dans l'herbe épaisse, et pleura comme elle n'avait jamais pleuré (Bernanos, Joie,1929, p.605).Il plongea deux doigts dans la poche de son gilet, en tira un petit papier plié qu'il tendit à Maigret (Simenon, Vac. Maigret,1948, p.184).
Empl. pronom. réfl. Il se plongea dans un bon fauteuil à la Voltaire après avoir embrassé Lydie au front (Balzac, Splend. et mis.,1844, p.152).
d) En partic. Plonger son regard, ses yeux dans les yeux de qqn, dans un lieu, sur qqn, sur qqc. Regarder intensément, avec attention. Plonger ses regards dans une pièce, dans l'abîme. Il plongea un instant son regard dans les beaux yeux, un peu trop grands, un peu trop ronds, mais d'une eau si pure: −«C'est promis», dit-il presque gravement (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p.263).
2. [Le suj. désigne un élément naturel, un édifice] L'arbre plonge ses racines dans la terre. La chaîne arabique, qui plonge sa haute falaise de pierre dans le Nil (Fromentin, Voy. Égypte,1869, p.112).Massives tours d'angle qui plongent leurs fondations dans un fossé plein de gravats (T'Serstevens, Itinér. esp.,1933, p.262).
C. − Mettre brusquement ou totalement (quelqu'un, quelque chose) dans un état, une situation.
1. [Le compl. introd. par dans désigne un environnement] Plonger une pièce dans l'obscurité. Wagner aimait à plonger ses auditeurs dans les ténèbres. Il paraît que son oeuvre gagne à être entendue par des gens qui ne se voient pas les uns les autres (Bloy, Femme pauvre,1897, p.167).
Au passif. Être plongé dans la nuit. La chambre était plongée dans une demi-obscurité et il m'était absolument impossible d'allumer une lampe (G. Leroux, Roul. tsar,1912, p.26).
2. Au fig. [Le compl. introd. par dans désigne un état, une activité ou disposition d'esprit] Plonger (qqn) dans l'étonnement, la perplexité; nouvelle, spectacle qui plonge les gens dans la stupeur. Le deuil affreux où le plongeait cette perte irréparable (Balzac, L. Lambert,1832, p.193).À prendre aux riches, vous ne retireriez pas grand profit, car ils ne sont guère nombreux; et vous vous priveriez au contraire, de toutes ressources, en plongeant le pays dans la misère (A. France, Île ping.,1908, p.83):
2. Je redoutais ses questions, sa façon à la fois très innocente et très maligne de vous plonger soudain dans l'embarras, en mettant le doigt sur votre pensée la plus secrète. Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p.307.
Au passif. Être plongé dans le chagrin, dans la contemplation, dans la lecture, dans ses réflexions. Pendant une bonne demi-heure, les deux amis furent plongés dans des calculs qui causaient évidemment par leur résultat une satisfaction vive à Paul Petrowitch (Gobineau, Nouv. asiat.,1876, p.30).
Au part. passé. Nous restâmes dix minutes environ plongés dans un profond silence (Balzac, Peau chagr.,1831, p.165).Au bout de quelques minutes ils [les rats] eurent beau revenir et faire rage, les trois mômes, plongés dans le sommeil, n'entendaient plus rien (Hugo, Misér.,t.2, 1862, p.170).
Empl. pronom. réfl. S'absorber dans (une occupation), s'adonner entièrement à. Se plonger dans la débauche, les plaisirs, le vice; se plonger dans l'étude, dans un journal, dans un livre; se plonger dans une oeuvre, un auteur. Je suis en ce moment plongé dans mes travaux comme quand je m'y plonge, c'est-à-dire travaillant depuis trois heures du matin jusqu'à quatre heures après midi (Balzac, Corresp.,1844, p.666).
Se plonger jusqu'au cou dans qqc. (fam.). Je me suis plongé jusqu'au cou dans tous ces souvenirs; je les ai comparés vaguement à la fumée de ma pipe qui s'envolait, laissant après elle l'air tout embaumé (Flaub., Corresp.,1840, p.67).
II. − Empl. intrans.
A. − S'enfoncer entièrement dans l'eau. Plonger sous les vagues; les canards plongent; la voiture accidentée a plongé dans le canal. [Les baleines] nageaient en un troupeau, plongeant devant les banquises; on les voyait reparaître plus loin (Gide, Voy. Urien,1893, p.53).Brusquement le flotteur plonge, glisse sous l'eau, prend du fond. Un coup de poignet bref, sec, on les a [les poissons] (Pesquidoux, Chez nous,1923, p.237).
En partic. [Le suj. désigne une pers.] Pénétrer dans l'eau, descendre au fond de l'eau pour y travailler, visiter les fonds marins, pratiquer la pêche sous-marine. Les corailleurs, qui plongent souvent à des profondeurs de 80 à 100 m, abandonnent la ceinture de plomb et prennent une pierre à la main pour descendre aisément et sans fatigue (Clouzot, L'Exploration sous-marine,1969, p.13).
Spécialement
1. MARINE
a) [Le suj. désigne un bateau] ,,Tanguer fortement en enfonçant son nez dans le creux des vagues`` (Le Clère 1960). Plonger dans les lames. La Durande plongeait de l'avant (Hugo, Travaill. mer,1866, p.206).
b) [Le suj. désigne un sous-marin] S'enfoncer sous l'eau pour naviguer en plongée; ,,remplir ses ballasts pour prendre son immersion`` (Gruss 1978). Engins qui volent ou qui plongent, avions et sous-marins (Cendrars, Bourlinguer,1948, p.292).
2. SPORTS (natation). Se jeter à l'eau tête et bras en avant; exécuter un plongeon. Plonger du bord de la piscine, du tremplin, d'un pont, d'un rocher. Tu sais ramer, tu sais nager, tu plonges. Je t'ai vu plonger une minute entière (Giraudoux, Siegfried,1928, iv, 5, p.183).Ils se déshabillèrent. Rieux plongea le premier. Froides d'abord, les eaux lui parurent tièdes quand il remonta (Camus, Peste,1947, p.1426).P. métaph. Qu'on ait, une fois dans la vie, le courage d'être soi-même! Le courage de plonger tout au fond de soi, pour y découvrir ce qui jusqu'alors a été le plus méconnu (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p.212).
Part. passé adj. Départ plongé. Départ d'une épreuve de natation commençant par un plongeon du bord de la piscine. Le brevet de nageur scolaire est attribué à tout écolier ou écolière, âgé de moins de 16 ans, accomplissant un parcours de 25 mètres nage libre, départ plongé, sans limite de temps (L'OEuvre,12 févr. 1941).
B. − P. anal.
1. Faire un mouvement brusque et rapide de haut en bas.
a) [Le suj. désigne une pers., un animal] Se jeter à plat ventre, se courber, s'enfoncer dans ou sur quelque chose. Lièvre qui plonge dans le taillis. La douceur des duvets où plongent les corps pour le repos (Maupass., Contes et nouv.,t.1, Bonheur, 1884, p.691).Honoré recula son tabouret pour plonger sous la table (Aymé, Jument,1933, p.76).
En partic., fam. Faire une révérence, un profond salut. La leçon de danse de M. Raimu est un chef-d'oeuvre (...) il se glisse, il plonge, il déplonge, il écarte ses bras et lance ses jambes roses avec la gravité des phoques (Cocteau, Foyer artistes,1947, p.182).
Argot
Disparaître. William ayant disparu deux ou trois jours, ayant «plongé», comme il disait (Mauriac, Ce qui était perdu,1930, p.248).
Être condamné à une peine de prison. Il affirme être innocent et n'avoir «plongé» que pour un vol de 800 F. commis par un autre (Minute,11 nov. 1981ds R. Trad. 1983 no22, p.44).
SPORTS (footb., rugby). [Le suj. désigne le gardien de but] Exécuter un plongeon. Le gardien de but plonge et doit mettre en corner, vu la charge de l'extrême droit (Montherl., Olymp.,1924, p.252).
b) [Le suj. désigne un oiseau, un avion ou son pilote] Descendre brusquement à la verticale. Le rapace plonge sur sa proie; l'avion plonge vers le sol. Cependant je poursuis mon vol avec un sérieux imperturbable. Je plonge vers l'armée allemande à huit cents kilomètres-heure (Saint-Exup., Pilote guerre,1942, p.333).
P. anal. La machine [une motocyclette] plongeait au bas de la descente avec un puissant râle, remontait si vite qu'on eût pu croire qu'elle s'était élevée d'un bond (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p.1210).
2. Avoir une direction de haut en bas.
a) [Le suj. désigne le regard, la lumière] Le jour plonge au plus noir du gouffre (Hugo, Contempl.,t.3, 1856, p.290).Promontoire d'où la vue plonge soudain dans un immense cirque surmonté de falaises dressées jusqu'au ciel (Abellio, Pacifiques,1946, p.218).
Fam. Voir aisément en se tenant d'un endroit élevé. Fenêtre d'où l'on plonge chez le voisin. Dans le coin de la cuisine, on plongeait par le vasistas, on voyait alors tout le plumard (Céline, Mort à crédit,1936, p.201).
En partic. Porter son regard de manière insistante, pénétrante. Les yeux d'Hélène devenus sérieux, plongèrent lentement dans les yeux bleus de Gérard (Theuriet, Mariage Gérard,1875, p.135).
b) [Le suj. désigne une arme] Ce coup de canon, ce coup de fusil plonge (Ac.1835, 1878).
c) [Le suj. désigne un élément de la nature, un édifice, un objet] Pénétrer, s'enfoncer dans quelque chose. Racine qui plonge dans l'humus. Cône parfait [le Stromboli], sombre, d'arêtes rigides, plongeant dans la mer, avec l'inclinaison d'une pyramide aiguë (Fromentin, Voy. Égypte,1869, p.156).Vévé fixait une torsade de cheveux blonds qui plongeait dans l'écharpe de fourrure jetée sur une épaule (Malègue, Augustin,t.1, 1933, p.273).
P. métaph. Cette vieille coutume était comme toutes les vieilles coutumes. Cela plonge si profond qu'on n'en voit pas les racines (Renan, Drames philos.,Prêtre Nemi, 1885, i, 4, p.540).
GÉOL. [Le suj. désigne une couche géologique] Avoir une direction inclinée. La craie plonge en profondeur, et les couches qui viennent affleurer à la surface, au lieu d'être plus anciennes, sont plus récentes (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p.100).
C. − Au fig.
1. S'enfoncer au sein de quelque chose, dans un état, dans une activité; s'y absorber (v. supra I C 2 empl. pronom.). Plonger dans un livre, dans le sommeil. Je voudrais (...) qu'(...)il me soit possible de plonger dans le travail et peut-être davantage encore dans la réflexion (Du Bos, Journal,1927, p.290).
2. Pop. Subir un échec. Une fois de plus, mon volume a plongé (...) Pauvre volume! (...). Ces malheureuses nouvelles ont le don d'enthousiasmer au premier abord, puis tout s'écroule (Renard, Corresp.,1886, p.53).
REM.
Plongeonner, verbe trans.,hapax. Faire des plongeons. Voici le troupeau des canards Qui plongeonne et s'ébat sur l'étang couleur d'huile (Rollinat, Névroses,1883, p.172).
Prononc. et Orth.: [plɔ ̃ ʒe], (il) plonge [plɔ ̃:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.1. a) 1121-34 verbe pronom. «se précipiter dans l'eau» (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1927 ds T.-L.); 1160-74 «se jeter à l'eau» (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 5236); b) 1135 «enfoncer» (dans un liquide) (Id., Vie Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 542); 2. ca 1160 (en parlant d'un navire) «s'enfoncer en descendant» (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 584); 3. 1188 «enfoncer une arme dans le corps» (Aimon de Varennes, Florimont, éd. A. Hilka, 784); 4. ca 1200 fig. (en parlant d'une personne) «s'enfoncer au sein de quelque chose» (Poème moral, 80a ds T.-L.); 5. a) 1376 (en parlant d'un oiseau) «descendre brusquement» (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 116, 80); 1926 (en parlant d'un avion) (St Exupéry, L'Aviateur in Un Sens à la vie, 20 ds Quem. DDL t.16); b) 1790 (en parlant du regard) «se diriger de haut en bas» (J. J. Rousseau, Confessions, VIII ds Littré); 1830 «porter son regard de façon insistante» (Balzac, Double fam., p.80); 6. 1577 «mettre quelqu'un dans un certain état, une certaine situation» (R. Belleau, La Reconnue, éd. Marty-Laveaux, II, 399); 7. 1559 «s'adonner entièrement à une occupation» (Amyot, Demet., 74 ds Littré); 1863 se plonger dans un livre (Fromentin, Dominique, p.64); 8. 1689 part. passé «faire un profond salut» (Mmede Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, 8, 519); 1913 «s'élancer brusquement pour arrêter un ballon» (Vie au grand air ds Petiot 1982). D'un lat. pop. *plumbicare, dér. de plumbum (v. plomb). Fréq. abs. littér.: 3732. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5925, b) 5349; xxes.: a) 4346, b) 5334.
DÉR.
Plongement, subst. masc.a) Rare. Action de plonger quelque chose dans un liquide. La fuite et le plongement et la disparition du bouchon dans les profondeurs sous-marines (Goncourt, Journal,1891, p.142).b) Géol. Angle que fait une couche de terrain avec le plan horizontal. L'inclinaison est déterminée par l'angle que fait cette ligne de plus grande pente (du gisement) avec l'horizon (...) on remplace également cette expression par celle de plongement, plongée ou pendage (Haton de La Goupillière, Exploitation mines,1905, p.6). [plɔ ̃ ʒmɑ ̃]. 1resattest. 1388 plingement «action de plonger» (Roques t.1, IV, V, 227), 1869 géol. (Littré); de plonger, suff. -ment1*.
BBG.Bogacki (K.). Les Prédicats locatifs statiques en fr. Warszawa, 1977, p.66. _Ludi (G.). Bemerkungen zum Verhältnis von Verbalsemantik und Kasustheorie. Romanistentag. 1981. Regensburg. Zur Semantik des Französischen. Wiesbaden, 1983, pp.54-70. _Schuchardt (H.). Romanische Etymologien. 2. Sitzungsberichte der philosophisch-historischen Klasse der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften. 1899, t.141, p.163.

Plonger : définition du Wiktionnaire

Verbe

plonger \plɔ̃.ʒe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se plonger)

  1. Enfoncer quelqu’un, quelque chose dans un liquide.
    • Le Firecrest tanguait fortement contre une mer très dure, plongeant son étrave dans les lames. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Plonger une cruche dans la rivière.
    • On l’a plongé dans la piscine jusqu’au cou.
  2. (Sens propre) Enfoncer profondément.
    • Le massif dioritique de Lesterps, que la route de Bussière-Boffy recoupe transversalement sur 3 kilomètres, est en disposition synclinale : les gneiss plongent sous la diorite aussi bien à l'Ouest, près de Lesterps, que sur la bordure est. — (Maurice Chenevoy, Contribution à l'étude des schistes cristallins de la partie nord-ouest du Massif Central français, Imprimerie Nationale, 1958, p. 25)
    • Plonger un poignard dans le cœur, dans le sein de quelqu’un.
    • (Figuré) Plonger son regard dans les yeux de quelqu’un.
  3. (Figuré) Mettre dans une situation nouvelle ou un état nouveau.
    • C’est lui seul qui vous a plongé dans la misère.
    • Cet accident me plonge dans un embarras d’où j’aurai de la peine à me tirer.
    • Votre discours m’a plongé dans une cruelle perplexité.
    • Plonger quelqu’un dans la consternation.
    • Sans hésitation, Marie-Josée a plongé dans l'anxiété comme une athlète olympique. — (David Goudreault, La bête à sa mère, Stanké, 2015, p. 176.)
  4. (Figuré) Être complétement absorbé.
    • Il est plongé dans son travail.
    • Cette vue m’avait plongé dans une rêverie profonde, dans de profondes réflexions.
    • Face aux multiples enjeux, les institutions se plongent dans le dossier. — (David Larousserie, Sandrine Cabut, L’intelligence artificielle dope la médecine sur LeMonde.fr, Le Monde. Mis en ligne le 8 mai 2017, consulté le 10 mai 2017)
    • J'ai fermé la télé et j'ai plongé dans Platon. — (Biz, La chaleur des mammifères, Leméac, Montréal, 2017, p. 135)
  5. (Intransitif) S’enfoncer entièrement dans l’eau, en sorte que l’eau passe par-dessus la tête.
    • Plonger sous l’eau.
    • Apprendre à plonger.
    • Il plonge comme un canard.
    • Ceux qui pêchent les perles plongent dans la mer pour en rapporter les huîtres.
  6. (Intransitif) Avoir une direction de haut en bas.
    • Cet angle a été adopté, parce qu'on a remarqué que le vent ne souffle pas horizontalement, mais que sa direction plonge ordinairement un peu sur la surface de la terre. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 114)
    • Du haut de cette montagne, la vue plonge sur une magnifique vallée.
  7. (Intransitif) (Sport) Par analogie, se lancer tête en bas et les bras en avant.
    • Le goal a plongé pour arrêter le ballon.
  8. (Intransitif) (Figuré) Faire la révérence de cour.
  9. (Argot) Être condamné à une peine de prison
    • – Je suis toujours sage, vous le savez. Je ne tiens pas à plonger à nouveau. — (André Héléna, L’Article de la mort, Fleuve Noir, Paris, 1965)
  10. (Pronominal) S’abandonner complètement à un état ou une activité.
    • Se plonger dans la douleur, se plonger dans la débauche, etc.,
    • Il sifflota entre ses dents et se plongea dans une vague rêverie. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 207 de l’éd. de 1921)
    • Puis il se plonge dans le silence. — (Frédéric Lenoir, Socrate, Jésus, Bouddha, Fayard, « Le livre de poche », 2009, p. 154)
  11. (Pronominal) Se livrer à un travail, une recherche qui absorbe entièrement.
    • Se plonger dans la lecture de manuscrits.
    • Je me suis plongé dans l’étude de sa situation. Ce n’est pas très brillant…
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Plonger : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PLONGER. v. tr.
Enfoncer quelqu'un, quelque chose dans l'eau ou dans quelque autre liquide. Plonger une cruche dans la rivière. On l'a plongé dans la piscine jusqu'au cou. Plonger quelqu'un dans la mer. Plonger un poignard dans le cœur, dans le sein de quelqu'un, Lui enfoncer un poignard dans le cœur, dans le sein; et, figurément, Lui causer un chagrin profond, violent. C'est lui plonger le poignard dans le cœur que de lui annoncer cette nouvelle.

PLONGER s'emploie aussi figurément et signifie Mettre profondément. La perte de son fils le plongea dans la douleur. C'est lui seul qui vous a plongé dans la misère. Cet accident me plonge dans un embarras d'où j'aurai de la peine à me tirer. Votre discours m'a plongé dans une cruelle perplexité. Il est plongé dans son travail. Cette vue m'avait plongé dans une rêverie profonde, dans de profondes réflexions. Se plonger dans la douleur, se plonger dans la débauche, etc., S'abandonner entièrement à la douleur, à la débauche, etc.

PLONGER est encore intransitif et alors il signifie S'enfoncer entièrement dans l'eau, en sorte que l'eau passe par-dessus la tête. Plonger sous l'eau. Apprendre à plonger. Il plonge comme un canard. Ceux qui pêchent les perles plongent dans la mer pour en rapporter les huîtres. Il signifie aussi Avoir une direction de haut en bas. Du haut de cette montagne, la vue plonge sur une magnifique vallée. Du haut de la Tour Eiffel, on plonge sur tout Paris. Ce coup de canon est tiré en plongeant. Fig., Plonger, Faire la révérence de cour.

Plonger : définition du Littré (1872-1877)

PLONGER (plon-jé. Le g prend un e devant a et o : plongeant, plongeons) v. a.
  • 1Faire entrer un corps dans un liquide. Plonger une cruche dans la rivière. Elle égorge un bélier à leurs vues, Le plonge en un bain d'eaux et d'herbes inconnues…, Corneille, Médée, I, 1.
  • 2Plonger de la chandelle, lui donner plusieurs couches de suif, en la trempant dans le moule qui en est rempli.
  • 3Enfoncer dans. C'est lui [le distrait] qui entre dans une église, et, prenant l'aveugle qui est collé à la porte pour un pilier et sa tasse pour le bénitier, y plonge sa main…, La Bruyère, XI. Il [Cranmer] plongea d'abord dans les flammes la main qui avait signé l'abjuration, et n'élança son corps dans le bûcher que quand sa main fut tombée, Voltaire, Mœurs, 136. J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil, Gémir l'humanité du poids de mon orgueil, Voltaire, Alz. V, 7.

    Mettre dans quelque lieu bas. Plonger dans un cachot. Une foule inhumaine Dans des gouffres profonds [les mines] nous plonge et nous enchaîne, Voltaire, Alz. II, 1.

    Faire pénétrer. Tâtant son ennemi au défaut des armes, lui plongea le poignard dans le flanc, Vaugelas, Q. C. IX, 5. Il enfonce son épée dans le cœur de cet enfant ; il la retire toute fumante et pleine de sang pour la plonger dans ses propres entrailles, Fénelon, Tél. V.

    Fig. Plonger le poignard dans le sein de quelqu'un, lui causer une vive et profonde douleur.

  • 4 Fig. Jeter, faire entrer dans quelque chose que l'on compare à un liquide. Et ce qu'ils ont osé contre leur servitude N'en a rendu le joug que plus fort et plus rude ; Qu'a fait Mardonius, qu'a fait Indibilis, Qu'y plonger plus avant leurs trônes avilis ? Corneille, Sert. II, I. Tout cela sera plongé, s'il plaît à Dieu, dans le silence ; c'est tout le mieux, Sévigné, 27 déc. 1688. Pour la plonger entièrement dans l'amour du monde, il fallait ce dernier malheur ; quoi ? la faveur de la cour, Bossuet, Anne de Gonz. Dans quel trouble nouveau cette fuite me plonge ! Racine, Iphig. II, 7. Les richesses… les avaient plongés [les Syracusains] dans la mollesse, en leur inspirant du dégoût pour toute fatigue et toute application, Rollin, Hist. anc. t. X, p. 118, dans POUGENS. Malheur à celui que quelqu'une de ces pensées, que je jette au hasard à mesure que la lecture du philosophe me les offre, ne plongera pas dans la méditation ! Diderot, Claude et Nér. II, 1.
  • 5 V. n. S'enfoncer sous l'eau. Il plongea trois fois. Et la sonde Plonge et replonge en vain dans une mer sans fond, Delavigne, Messén. III, 2.

    Descendre au fond de l'eau pour y chercher quelque objet, ou pour y travailler.

    Terme de marine. Plonger, se dit quelquefois pour caler et tanguer, en parlant d'un navire.

  • 6 Fig. Se jeter dans ou sur. Le milan, par une retraite habile, plonge dans le trou et passe à travers, Voltaire, Dial. 25. …Comme un vautour qui plonge sur sa proie, Le malheur, à ces mots, pousse en signe de joie Un long gémissement, Lamartine, Méd. I, 7.
  • 7 Par extension, s'enfoncer. L'œil plonge avec effroi sous sa profonde voûte, Delille, Én. VI.

    Fig. Là, l'homme avec son cœur revient s'entretenir, Médite le présent, plonge dans l'avenir, Delille, Jard. ch. IV. Son regard immortel, que rien ne peut tenir… Réveille le passé, plonge dans l'avenir, Lamartine, Médit. I, 30.

  • 8Avoir une direction de haut en bas. Les tribunes toutes magnifiquement remplies, où je me mis pour plonger à mon aise sur la cérémonie, Saint-Simon, 276, 226. La cime du Cramont ne domine pas sur l'Allée blanche ; elle en est séparée par des chaînes de montagnes plus basses qui empêchent que les yeux plongent jusqu'au fond de cette vallée, Saussure, Voy. Alpes, t. IV, p. 45, dans POUGENS. Nous pouvions voir les environs, les passants ; et, quoiqu'au quatrième étage, plonger dans la rue tout en mangeant, Rousseau, Confess. VIII.

    Se dit du canon dont la décharge se fait obliquement de haut en bas. Il promettait qu'une tranchée passerait en sûreté au pied d'une montagne d'où l'on était vu de la tête jusqu'aux pieds, et d'où huit pièces de canon et une grosse mousqueterie plongeaient de tous côtés, Fontenelle, Renau. Les galères s'ouvrirent le passage sous le canon ennemi, qui ne plongeait pas assez, Voltaire, Russ. II, 5.

    Terme de géologie. Lorsqu'une couche ou lit de rochers, au lieu d'être parfaitement horizontale, incline plus ou moins, on dit qu'elle plonge.

  • 9Se plonger, v. réfl. Entrer sous l'eau. Les Indiens, de temps immémorial, se plongeaient et se plongent encore dans le Gange, Voltaire, Dict. phil. Baptême. Quand on approche du nid, la mère se précipite et se plonge, et les petits tout nouvellement éclos se jettent à l'eau pour la suivre, Buffon, Ois. t. XV, p. 395.

    Fig. Se plonger dans le sang, commettre un meurtre, des meurtres. Dans le sang innocent ta main va se plonger, Racine, Esth. III, 3. Mais, sur la foi d'un songe, Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge ? Racine, Athal. II, 5.

    Fig. Se plonger dans la fontaine de Jouvence, employer tous les artifices pour paraître plus jeune qu'on n'est. On se plonge soir et matin Dans la fontaine de Jouvence, La Fontaine, Fabl. VI, 21.

  • 10 Fig. S'enfoncer dans ce que l'on compare aux eaux. Balas, qui se crut au-dessus de tout, se plongea dans la débauche, et s'attira le mépris de tous ses sujets, Bossuet, Hist. I, 9. Quoi ! pour d'injustes lois que vous pouvez changer, En d'éternels chagrins vous-même vous plonger ! Racine, Bérén. IV, 5. De tous ces vains plaisirs où leur âme se plonge, Que leur restera-il ? ce qui reste d'un songe, Racine, Athal. II, 9. Il gagna le Prado, où, s'étant assis sous des arbres, il se plongea dans une profonde rêverie, Lesage, Diabl. boit. ch. 21. Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ; Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours, Lamartine, Méd. I, 6.

    Se plonger en des remercîments, faire d'infinis remercîments. Harlay, humble et modeste, se plonge en remercîments, Saint-Simon, 173, 51.

HISTORIQUE

XIIe s. Je vinc [vins] en la haltece de mer, e la tempestet plunjat mei, Liber psalm. p. 88. Quant veneit que li jurs ert [était] en la nuit plungiez, Th. le mart. 102. À la foiz avient ke cil cui avarisce navret [blesse], voit un altre plonchier el voragine [gouffre] de luxure, Job, p. 451.

XIIIe s. Un petitet sans plus en boivent ; Et quant la douçor aparçoivent, Volentiers si parfont iroient, Que tuit dedens se plungeroient, la Rose, 6038.

XIVe s. Les autres [flèches] sont si fichiées ou [au] cors, que les barbes i sont du tout en tout repostes [cachées] et plongiées, H. de Mondeville, f° 38, verso.

XVe s. Item, avec ce doivent estre garnis de certains hommes duitz et appris de plongier en l'eaue et à longue alaine eulx y tenir, lesquels, tandis que la bataille dure, voisent [aillent] soubz l'eaue à bonnes grosses tarieres perir [sic] la nef, si que l'eaue y entre de toutes parts, le Jouvencel, dans JAL.

XVIe s. Le sommeil, auquel les enfants sont plongez beaucoup plus que nous ne sommes, Montaigne, I, 195. Tout à un coup il se plongea en yvrongnerie et jeu de dez, tellement qu'il y passoit la plus grande et meilleure partie du temps, Amyot, Démétr. 74. Si commanda à quelques pescheurs, qu'ilz se plongeassent soudain en l'eau, Amyot, Anton. 36. Cleopatra commanda à l'un de ses serviteurs qu'il se hastast de plonger devant ceulx d'Antonius, Amyot, ib. 36.

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Plonger : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PLONGER, v. n. (Phys.) est l’art ou l’action de descendre dans l’eau jusqu’à une profondeur considérable, & d’y rester assez long-tems.

L’art de plonger est d’une très-grande utilité, surtout pour la pêche des perles, des coraux, des éponges, &c.

On a imaginé différentes méthodes & différens instrumens pour rendre l’art de plonger plus sur & plus aisé.

Le grand point est de procurer au plongeur un air frais, sans quoi il n’est pas possible qu’il reste long-tems dans l’eau ; car il y périroit.

Ceux qui plongent dans la Méditerranée pour y pêcher des éponges, ont coutume d’avoir dans leurs bouches, lorsqu’ils sont au fond de l’eau, des éponges trempées dans l’huile. Mais si l’on considere d’un côté, la petite quantité d’air qui est renfermée dans les pores d’une éponge, & de l’autre, combien cette petite quantité d’air est comprimée par l’air qui l’environne, il n’est pas possible qu’un pareil secours fasse long-tems subsister le plongeur ; car il est démontré par l’expérience qu’une certaine quantité d’air renfermé dans une vessie, & que par le moyen d’un tuyau l’on a alternativement respiré & fait sortir des poumons, ne peut suffire à la respiration que pour très-peu de tems, parce que son élasticité est altérée en passant dans les poumons, & qu’outre cela, l’air perd ses esprits vivifians & est épuisé.

Un plongeur qui est tout nud, & qui n’a point d’éponge dans la bouche, ne peut, suivant M. Halley, rester plus de deux minutes dans l’eau sans être suffoqué ; & s’il n’a pas un long usage de son métier, il y restera beaucoup moins de tems, une demi-minute suffisant pour étouffer ceux qui ne sont point dans cette habitude. De plus, si l’endroit est profond, la pression de l’eau sur les vaisseaux du corps remplit les yeux de sang, & en occasionne ordinairement le crachement.

C’est pour cette raison que pour pouvoir rester long-tems au fond de l’eau, quelques personnes ont imaginé deux tuyaux d’une matiere flexible, pour faire circuler l’air jusqu’au fond de l’eau dans la machine où le plongeur est renfermé comme dans une armure ; par ce moyen on lui procure l’air qui lui est nécessaire, on le garantit de la pression de l’eau, & sa poitrine se dilate librement pour respirer. L’effet de cette machine, qui fait entrer avec des soufflets l’air par l’un des tuyaux, & le fait sortir par l’autre, est le même que celui des arteres & des veines.

Mais cette invention ne peut servir dans les endroits où la profondeur de l’eau est de plus de trois brasses, parce que l’eau resserre si étroitement les parties qui sont à découvert, qu’elle y empêche la circulation du sang, & elle presse si violemment sur toutes les jointures de l’armure qui ne sont faites que de cuir, que s’il s’y rencontre le moindre défaut, l’eau s’y fait un passage, remplit dans un instant toute la machine, & met la vie du plongeur dans un grand danger.

La cloche du plongeur est une machine que l’on a inventée pour remédier à tous les inconvéniens dont on vient de parler ; on fait descendre le plongeur en sûreté dans cette machine jusqu’à une profondeur raisonnable, & il peut rester plus ou moins de tems dans L’eau, suivant que la cloche est plus ou moins grande. Voyez Cloche.

Le plongeur assis sous cette cloche s’enfonce avec l’air qui y est renfermé, jusqu’à la profondeur qu’il veut ; & si la cavité du vaisseau peut contenir un tonneau d’eau, un seul homme peut rester une heure entiere à une profondeur de cinq ou six brasses, sans aucun danger.

Mais plus le plongeur s’enfonce dans l’eau, plus l’air est resserré par la pesanteur de l’eau qui le comprime ; l’inconvénient principal qui en résulte, provient de la pression qui s’exerce sur les oreilles dans lesquelles il y a des cavités dont les ouvertures sont en dehors : c’est ce qui fait que dès que la cloche commence à descendre dans l’eau, on sent une pression sur chaque oreille, qui par degrés devient plus incommode, jusqu’à ce que la force de la pression surmontant l’obstacle, & laissant entrer quelque peu d’air condensé, le plongeur se trouve alors à son aise. Si on fait descendre la cloche plus avant, l’incommodité recommence & cesse de même.

Mais le plus grand inconvénient de cette machine, c’est que l’eau y entrant resserre le volume d’air dans un si petit espace qu’il s’échauffe promptement, & n’est plus propre à la respiration, de sorte qu’il faut nécessairement remonter cette machine pour en renouveller l’air, le plongeur ne pouvant d’ailleurs rester presqu’entierement couvert d’eau.

Pour remédier à ces défauts de la cloche de plongeur, M. Halley a trouvé des moyens non-seulement de renouveller & rafraîchir l’air de tems en tems, mais encore d’empêcher que l’eau n’entre dans la cloche, à quelque profondeur qu’on la fasse descendre. Voici ce qu’il a fait.

Il fit faire une cloche de plongeur de bois qui avoit environ 60 piés cubiques dans sa concavité ; elle étoit revêtue en dehors d’une assez grande quantité de plomb, pour qu’elle pût s’enfoncer vuide dans l’eau ; & il mit au bas une plus grande quantité de plomb, pour qu’elle ne pût descendre que perpendiculairement ; au haut il y avoit un verre pour donner du jour dans l’intérieur de la cloche, avec un petit robinet pour laisser sortir l’air chaud ; & en-bas, environ une toise au-dessous de la cloche, il y avoit un plateau attaché à la cloche même par trois cordes, qu’il avoit chargées d’un poids de cent livres pour le tenir ferme.

Pour fournir l’air nécessaire à cette cloche, lorsqu’elle fut dans l’eau, il se servit de deux barrils garnis de plomb, de maniere qu’ils pouvoient descendre vuides : au fond de chacun, il y avoit un bondon pour laisser entrer l’eau, lorsqu’ils descendoient, & pour la laisser sortir, lorsqu’il les avoit retirés ; au haut de ces barrils il y avoit un autre trou auquel étoit attaché un tuyau de cuir assez long pour pendre au-dessous du bondon, étant abbaissé par un poids qu’on y attachoit ; en sorte que l’air, à mesure que l’eau entroit, étant poussé dans la partie supérieure du barril, ne pouvoit, lorsque le baril descendoit, s’échapper par le haut du tuyau, à moins que l’extrémité qui pendoit en bas ne fût relevée.

Ces barils pleins d’air étoient attachés à des cordages pour les faire monter & descendre alternativement, comme deux sceaux ; de petites cordes attachées au bord de la cloche servoient à les diriger dans leur descente, de maniere qu’ils se présentoient sous la main du plongeur qui se mettoit sur le plateau pour les recevoir, & qui relevoit les extrémités des tuyaux ; alors tout l’air renfermé dans la partie supérieure des barrils s’élançoit avec violence dans la cloche, & étoit remplacé par l’eau.

Lorsqu’on avoit ainsi vuidé un des barrils, après un signal donné, on le retiroit, & on en faisoit descendre un autre sur le champ, & par le moyen de cette alternative continuelle on renouvelloit l’air avec tant d’abondance que M. Halley fut lui-même un des cinq plongeurs qui descendirent dans l’eau jusqu’à la profondeur de 9 ou 10 brasses, & qui resterent une heure & demie sans le moindre danger, l’intérieur de la cloche ayant toujours été parfaitement sec.

Toute la précaution qu’il eut, fut de laisser descendre la cloche peu à peu & de suite jusqu’à la profondeur de 12 piés ; il la fit arrêter ensuite, prit, avant que de descendre plus avant, de l’air frais dans quatre ou cinq barrils, & fit sortir toute l’eau qui étoit entrée dans la cloche ; lorsqu’il fut arrivé à la profondeur qu’il vouloit, il laissa sortir par le robinet qui étoit au haut de la cloche, l’air chaud qui avoit été respiré, & en fit entrer du frais qu’il tira de chaque barril ; quelque petite que fût cette ouverture, l’air en sortit avec tant de violence qu’il fit bouillonner la surface de la mer.

Par ce moyen il a trouvé le secret de pouvoir faire au fond de l’eau tout ce que l’on veut, & de faire en sorte que dans un espace aussi large que toute la circonférence de la cloche, on n’eût point d’eau par-dessus les souliers. De plus, par le moyen de la petite fenêtre pratiquée avec un verre au haut de la cloche, il y entre un jour assez considérable pour que dans un tems où la mer est bien nette, & surtout lorsqu’il fait un beau soleil, on puisse lire & écrire très facilement ; lorsqu’on retiroit les barrils d’air, il envoyoit des ordres écrits avec une plume de fer sur une plaque de plomb pour demander qu’on le changeât de place. D’autres fois lorsque l’eau étoit trouble & sale, & qu’il y faisoit aussi obscur que s’il eût été nuit, il avoit la facilité de tenir dans la cloche une bougie allumée.

Le même auteur assure que par un autre moyen qu’il a inventé, il a procuré au plongeur la liberté de sortir de la cloche, & de s’en éloigner à une assez grande distance, en lui fournissant un courant d’air continuel par de petits tuyaux qui lui servent de guides pour le ramener vers la cloche. Voyez l’article Cloche.

Le célebre Corn. Drebell a trouvé un secret fort supérieur à celui dont on vient de parler, si ce qu’on en dit est vrai : il a imaginé non-seulement un vaisseau propre à être conduit à la rame sous l’eau, mais encore une liqueur que l’on peut porter dans le vaisseau, & qui supplée à l’air frais.

Ce vaisseau a été fait pour le roi Jaques I. il contenoit douze rameurs, sans les passagers. L’essai en fut fait dans la Tamise, & un de ceux qui étoient de cette navigation sous l’eau, vivoit encore, lorsque M. Boyle en a écrit la relation.

Quant à la liqueur, M. Boyle dit qu’elle a été inventée par un physicien qui avoit épousé la fille de Drebell, qu’il en faisoit usage de tems en tems, lorsque l’air du vaisseau étoit échauffé par l’haleine de ceux qui y étoient, lorsqu’il ne pouvoit plus servir à la respiration ; dans cet instant il débouchoit le vase plein de cette liqueur, & rendoit à l’air une assez grande quantité d’esprits vitaux pour qu’on pût encore le respirer un tems assez considérable. Drebell n’a jamais voulu revéler son secret qu’à une seule personne qui l’a dit à M. Boyle. Chambers.

Plonger (Hydraul.) est un terme de terrassier, qui signifie qu’il faut creuser un endroit élevé pour y pratiquer quelqu’ouvrage.

Plonger, (Hist. mod.) l’action de plonger quelqu’un dans l’eau en punition de quelque faute. Voyez Calle.

Selle à plonger, dans les anciennes coutumes d’Angleterre, voyez Cage a plonger.

Plonger, (Marine.) c’est mettre & enfoncer quelque chose dans l’eau.

Plonger, c’est s’enfoncer dans l’eau, de façon qu’on ne paroisse pas. Les bons nageurs prennent plaisir à plonger souvent.

Le canon plonge, c’est quand les décharges se font de haut en bas. Faire plonger.

Plonger de la chandelle, (Chandelier.) c’est lui donner plusieurs couches de suis en la trempant dans l’abysme, ou moule qui en est rempli.

Plonger, (Jardinage.) les Terrassiers s’en servent pour faire entendre qu’il faut creuser dans une terre.

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Étymologie de « plonger »

Étymologie de plonger - Littré

Wallon, plonki ; picard, plonker ; artois, plomard, le plongeon ; prov. plombar ; ital. piombare, tomber à plomb. Le français vient d'une forme non latine plumbicare, comme venger de vindicare. Le wallon plonki vient de plonk, plomb. Les diverses formes assurent trop l'étymologie latine de plonger pour qu'on cherche une origine celtique : kimry, plung, action de plonger ; bas-breton, plumia, pluia, plonger.

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Étymologie de plonger - Wiktionnaire

Ce verbe est issu du bas-latin plumbicare dérivé de plumbum (« plomb »).
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Phonétique du mot « plonger »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
plonger plɔ̃ʒe play_arrow

Conjugaison du verbe « plonger »

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Citations contenant le mot « plonger »

  • La réalisation de vitrines pour l’illustrer et la centaine d’objets glanés au fil des années se rapportant à ce monde féerique, ont fini par se transformer en une galerie éclectique et didactique. Le dimanche, un vide-greniers organisé dans le parc du domaine a connu une belle fréquentation d’autochtones mais aussi de vacanciers. Tous ont pu, par la même occasion, se replonger dans le monde captivant de ces contes et échanger passionnément avec l’auteure de cette exposition. ladepeche.fr, Souillac. Une expo pour plonger dans l’univers de Charles Perrault - ladepeche.fr
  • C’est le propre de celui qui crée que d’essayer de voir un tout petit peu plus loin que la surface de l’eau, d’aller plonger sa main un peu plus loin. De Simonetta Greggio / Evene.fr - Mai 2006
  • La physique, c'est comme faire l'amour. On ne peut pas simplement s'y plonger. Il faut démarrer en douceur et en commençant par le commencement. De Abha Dawesar / Babyji
  • Douane - Formalité indispensable permettant à un monsieur que vous ne connaissez pas de plonger la main dans votre linge sale en vous laissant le soin de le remettre en ordre devant cinquante personnes. De Pierre Daninos / Vacances à tous prix
  • Celui qui apprend quelque chose de moi enrichit son savoir sans réduire le mien, tout comme celui qui allume sa chandelle à la mienne se donne de la lumière sans me plonger dans l'obscurité. De Thomas Jefferson
  • L'amour est transparence, c'est la puissance de l'un qui provoque la puissance de l'autre, c'est vouloir plonger pour pouvoir ensuite s'envoler. De Sylvie Sicotte / Non, je n'ai pas dansé nue
  • Si la solitude sépare, elle tranche bien des liens qu'on ne coupe qu'à regret, mais elle permet de plonger des racines dans ce qui est essentiel. De Eugène Delacroix
  • L'épuisement physique a ce don de nous anéantir, de nous plonger dans une ivresse où se brouillent toutes les notions. De Rex Desmarchais / Le Feu intérieur
  • Les fautes, comme des fétus de paille, flottent à la surface ; qui veut chercher des perles doit plonger au fond. De John Dryden / Tout pour l'amour
  • On ne tombe amoureux que lorsqu'on a mesuré la profondeur des eaux dans lesquelles on va plonger. De Alain de Botton / Petite philosophie de l'amour
  • Il faut plonger dans une trouble ressemblance, c'est à force d'oubli que vient la connaissance. De Luc Estang / Les Quatre Eléments
  • En amour, il y a un temps pour plonger, mais il faut attendre que la piscine se remplisse si l'on ne veut pas plonger dans un bain de pieds. De Fanny Ardant / 7 à Paris - 23 Mai 1990
  • La diplomatie : l'art de plonger dans des eaux troubles sans faire de "plouf". De Eric Linklatter
  • Mesure la profondeur de l’eau avant de t’y plonger. De Proverbe arabe

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Traductions du mot « plonger »

Langue Traduction
Corse sundighjà
Basque murgiltzeko
Japonais 飛び込む
Russe погружение
Portugais mergulho
Arabe يغوص
Chinois 潜水
Allemand tauchen
Italien tuffo
Espagnol bucear
Anglais dive
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Synonymes de « plonger »

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Antonymes de « plonger »



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