Peser : définition de peser


Peser : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PESER, verbe

I. − Empl. trans. dir. Qqn pèse qqc. ou qqn.
A. − Déterminer le poids d'un corps, à l'aide d'instruments qui permettent de le comparer à un poids pris comme unité de mesure. Peser qqc. avec une balance, une bascule; peser un enfant sur une bascule, un pèse-personne. Don Simuel (...) pèse Sequins et diamants, perles et dinars d'or (Leconte de Lisle,Poèmes trag., 1886, p.158).L'épicier pour peser le poivre prend une balance plus fine que pour peser le savon (Barrès,Cahiers, t.3, 1903, p.79).
Empl. pronom. réfl. Je viens de me peser. J'ai engraissé de trois cent dix grammes (Maupass.,Contes et nouv., t.1, 25 jours, 1885, p.713):
1. −Vous aimez le gros Emmanuel. Quelle joie il eut, le jour où nous nous pesions, d'être moins lourd à lui seul que nous deux ensemble. Il vous aime. Giraudoux,Simon, 1926, p.110.
B. − Mesurer la densité d'(un liquide). Peser du lait. Peser un vin. Mesurer la densité d'un vin afin d'évaluer son degré alcoolique (d'apr. Duval 1959).
C. − Au fig.
1. [Le compl. d'obj. dir. désigne une chose abstr.] Examiner en se livrant à une réflexion approfondie, une chose que l'on veut apprécier, évaluer. Peser un acte, un vote, une décision; peser ses chances; peser les paroles de qqn. Il nous arrive de peser des motifs, de délibérer, alors que notre résolution est déjà prise (Bergson,Essai donn. imm., 1889, p.126).J'estime que j'ai le devoir de vous parler; et je parle. Oubliez-moi, comme je m'oublie, et pesez ce que je dis (Rolland,J.-Chr., Amies, 1910, p.1127).Baudelaire (...) a essayé de peser les mérites respectifs d'Ingres et de son rival (Valéry,Variété II, 1929, p.153):
2. Pendant des heures et des heures je pesais toutes les raisons bonnes ou mauvaises pour ou contre mes chances de paternité, m'énervant en des suppositions inextricables... Maupass.,Contes et nouv., t.2, Fils, 1882, p.321.
Peser si.Il vous faut peser si ce vous sera un mode de vie plus abondant en voluptés de partir avec mesdemoiselles vos soeurs pour être fanatique, en Gaule, ou de demeurer à faire de l'ironie et du dilettantisme avec Néron (Barrès,Jard. Bérén., 1891, p.175).
Expressions
Peser le pour et le contre. Évaluer les avantages et les inconvénients d'une chose avant de faire un choix, de prendre une décision. Hennedyck pesait le pour et le contre, et balançait. Ce fut le peuple, le menu peuple, qui lui montra la voie (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p.129):
3. ... son envie de lâcher la boîte le lendemain, mitigée de sa crainte des complications s'il donnait suite à son projet. Sa nature hésitante d'oiseau balançait. Il gagnait de l'énervement, à peser le pour et le contre sans trouver l'énergie d'une détermination. Courteline,Ronds-de-cuir, 1893, 2etabl., p.76.
Peser ses mots, ses paroles. Choisir soigneusement les mots qui traduisent exactement sa pensée, en mesurer la portée. On est toujours injuste quand on attaque des professeurs. Je pèse mes mots et si j'ai un ton irritant, qu'on m'excuse (Barrès,Cahiers, t.2, 1898, p.3).Cornebille ne parla pas si vite, parce qu'il était prudent et pesait ses paroles (Boylesve,Leçon d'amour, 1902, p.197).
Tout bien pesé. Après mûre réflexion, en fin de compte. Je ne puis (...) me blâmer d'avoir laissé courir mon esprit après plusieurs suppositions −extravagantes, romanesques −mais les seules après tout, oui, tout bien pesé, dont je pouvais espérer qu'elles me mèneraient un peu plus loin qu'une psychologie vulgaire (Gracq,Beau tén., 1945, p.142).
Enlevez, c'est pesé! (fam.). C'est une affaire conclue. [Le banquiste, voulant une réconciliation:] Donnons-nous une bonne poignée de main (...) Enlevez, c'est pesé (Richepin,Morts biz., 1876, p.901).
2. [Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] Apprécier, juger. La Tricon, tranquille, examinait fixement le prince, en femme qui pèse un homme d'un regard (Zola,Nana, 1880, p.1219).
II. − Empl. intrans.
A. − Qqn/qqc. pèse.Avoir un poids, du poids.
1. Être soumis à la pesanteur, aux lois de la gravitation. Regardez la pierre comme elle pèse. Elle roule vers le fond du ravin (Saint-Exup., Citad., 1944, p.560).
2. Être lourd, faire sentir son poids. Vois, l'automne déjà visite les jardins, Et les jours où les bois seront nus sont prochains. Les fruits pèsent, la vigne est transparente et blonde (Ch. Guérin, Coeur solit., 1904, p.38):
4. Lemoine soupesa son sac. −Ce qu'il est lourd, fit-il. Qu'est-ce que tu as pu foutre là-dedans... Tu y a mis des pavés? −Juste ce qu'on m'avait dit. −C'est les cartouches qui pèsent, intervint le caporal... Dorgelès,Croix de bois, 1919, p.9.
P. métaph. Pour la première fois, il sentit peser sa trentaine (Martin du G.,Thib., Sorell., 1928, p.1172):
5. ... vingt fois sur le métier remettre notre ouvrage. À quoi s'oppose le conseil que Barrès donnait à Maurice Martin du Gard (...) de prendre l'habitude d'écrire «au courant de la plume», sans chercher jamais à parfaire (...). On acquiert certaine qualité de prestesse et de virulence; et la phrase va de l'avant sans rien de plus «qui pèse ou qui pose», devançant souvent la pensée. Gide,Journal, 1946, p.291.
3. P. anal. Donner une impression de pesanteur, de gêne physique. Bras qui pèse (comme du plomb); avoir les jambes qui pèsent. Quand elle est là cette fatigue, maintenant, quand on la sent peser dans le haut des cuisses, ah! dieu, comment se défendre? (Giono,Gd troupeau, 1931, p.156).
4. [Parfois avec un compl. prép. à valeur circ.] Avoir de l'importance, être prépondérant. Argument, élément qui pèse dans une décision; nos actes pèsent. Et, si pas un mot ne fut prononcé de l'indemnité de cinq cents francs, de la plus-value des terrains, cela pesa dès lors au fond de tout ce qu'ils disaient (Zola,Terre, 1887, p.178).Comme il était anxieux le soir où il m'a dit: «Mon oeuvre est encore devant moi!» Il tient à ce que cette oeuvre pèse, à ce qu'elle reste (Beauvoir,Mandarins, 1954, p.42):
6. Au lieu des rivalités et intrigues, qui naguère opposaient les voisins, il s'établit, entre Lagos, Douala, Brazzaville, Léopoldville, Khartoum, une solidarité personnelle des gouverneurs qui pesa lourd dans l'effort de guerre et le bon ordre de l'Afrique. De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p.115.
B. − Qqn/qqc. pèse + compl. d'obj. interne (subst. ou adv.) spécifiant le poids.Avoir pour poids. Peser dix kilos, une tonne; peser lourd, peser peu. Ils recoururent à un ouvrage moins difficile (...) où ils acquirent la certitude que dix litres d'air pèsent cent grammes (Flaub.,Bouvard, t.1, 1880, p.59).Mon père, qui a été un moment président de la Société des 100 kilos parce qu'il en pesait 150 (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.197).
Absol., vx. [En parlant d'une monnaie] Avoir le poids légal. Cette pièce d'or ne pèse pas (Littré).
Au fig.
1. (Ne pas) peser lourd, peser peu, peser qqc. (+ compl. prép. ou subordonnée introduisant un élément de comparaison). [Le suj. désigne une pers., un ensemble de pers., une chose] Avoir une certaine importance, une certaine valeur / ne pas avoir d'importance, de valeur. Ne pas peser lourd auprès de qqc., aux yeux de qqn. Il sentit le peu que pèse tout l'orgueil du monde, au prix d'un peu d'amour (Rolland,J.-Chr., Matin, 1904, p.218).On saura ce que pèsent des détrousseurs de diligence devant les soldats de l'empereur (Pourrat,Gaspard, 1925, p.137).Mes répugnances personnelles, il s'en fout; son amitié ne pèse pas lourd quand il a décidé de se servir de vous (Beauvoir,Mandarins, 1954, p.141):
7. Le prince aurait dit au juge d'instruction, en attirant son attention sur certains papiers: «Mais prenez donc connaissance de ce que pèse la conscience d'un journaliste». Ici, un paquet de lettres compromettantes pour un journaliste, dont j'ai incomplètement entendu le nom... Goncourt,Journal, 1883, p.232.
[Avec compl. d'obj. interne indir.] Peser de son poids. Y avait-il pourtant un homme de guerre qui pesât de son poids dans les destins de l'empire? (Tharaud,Dingley, 1906, p.86).
2. Peser + indication chiffrée.Avoir telle importance, telle valeur; représenter. Firme qui pèse dix milliards de francs; groupe sidérurgique qui pèse vingt millions de tonnes. Les Vosges «pèsent» environ 1/100edu trafic ferroviaire national (La Vie du Rail, 30 janv. 1972ds Gilb. 1980).
III. − Empl. trans. indir.
A. − Peser sur, contre
1. Appuyer fortement, exercer une poussée, une pression. Synon. pousser, presser.Peser sur un levier, sur une porte. Le baiser de son ami vint peser doucement sur sa bouche (A. France,Lys rouge, 1894, p.368).Et il pesa sur le couvercle de la malle. Trop pleine, elle se mit à craquer et à bomber dans le milieu. Il pesa dessus avec le genou (Ramuz,A. Pache, 1911, p.105).Je sentais son genou peser contre le mien (Abellio,Pacifiques, 1946, p.175):
8. De ses mains, Renée pesait sur le bras de Gilbert. −Gilbert! appela-t-elle. Il y avait dans sa voix un tel déchirement, que Gilbert tressaillit et se tourna vers elle. −Tu m'aimes, dis, Gilbert? Arland,Ordre, 1929, p.324.
MAN. [Le suj. désigne un cheval] Peser à la main. S'appuyer exagérément sur le mors (d'apr. Tondra Cheval 1979).
Région. (Canada). Peser sur le champignon, le gaz. Appuyer sur l'accélérateur, accélérer. −Allez, montez! (...). −Vas-y Albert! Pèse vite, pèse sur le champignon! (J. Godbout,Kid Sentiment, 1968, p.10 ds Richesses Québec 1982, p.1772).Le chauffeur (...) nous a crus quand on lui a dit que c'était urgent; il a pesé assez fort sur le gaz pour brûler les semelles de ses pneus (R. Ducharme,L'Hiver...,1973,p.43 ds Richesses Québec 1982, p.1772).
2. Insister davantage. Peser sur une note, sur une syllabe. M. de Charlus pesait tellement sur chaque mot, et de plus, pour être entendu du notaire, il les criait tous si fort, que tout ce jeu de scène eût suffi à déceler ce qu'il cachait pour des oreilles plus averties que celles de l'officier ministériel (Proust,Sodome, 1922, p.988).
3. Au fig.
a) Exercer une influence, une pression morale. Peser sur la décision de qqn, sur l'opinion française. Il y a des actes... des secrets... qui pèsent sur toute l'existence... qui imposent, pour toujours, la solitude du coeur... (Martin du G.,Taciturne, 1932, ii, 13, p.1305).Puis-je avoir votre promesse solennelle, à vous aussi, que vous ne pèserez pas sur elle pour empêcher le divorce? (Montherl.,Démon bien, 1937, p.1287):
9. Enfin, on ne fait appel en vous qu'au bon citoyen, à l'honnête homme. Personne ne songe à peser sur votre indépendance, et c'est pourquoi je répète que vous êtes le maître absolu de l'affaire, comme du reste l'a voulu la loi. Zola,Bête hum., 1890, p.106.
b) Constituer une présomption de culpabilité. Reproche qui pèse sur qqn. Je me rends parfaitement compte des soupçons qui pèsent sur moi. Le juge d'instruction et M. Frédéric Larsan (...) ne sont pas loin de me croire coupable (G. Leroux,Myst. ch. jaune, 1907, p.101).Toutes les anciennes charges qui pesaient contre Dreyfus s'évanouissent à l'examen (Martin du G.,J. Barois, 1913, p.413):
10. L'assassinat de la veuve Houssieu, qui avait ému toute la région, excitait encore la curiosité. Personne n'ignorait que des charges accablantes pesaient sur un garçon boucher de dix-neuf ans, nommé Lecoeur... A. France,Orme, 1897, p.209.
B. − Peser sur
1. Faire sentir un poids, faire pression. Fardeau qui pèse sur les épaules. Je soupçonnai qu'une lourde somnolence pesait sur mon esprit (A. France,Bonnard, 1881, p.352).De la lassitude pèse pourtant sur tous, les faces sont jaunies, les paupières rougies (Barbusse,Feu, 1916, p.252).
En partic. Peser sur l'estomac. Être difficile à digérer. On en était à manger un pain moitié seigle, moitié pomme de terre, qui pesait sur l'estomac comme une masse de plomb (Pourrat,Gaspard, 1930, p.57).
2. Au fig.
a) Donner une sensation d'oppression, d'étouffement. Il y a dans le charme tahitien beaucoup de cette tristesse étrange qui pèse sur toutes ces îles d'Océanie (Loti,Mariage, 1882, p.67).Je restais là (...) entre ces murs rapprochés. Prisonnier dans ces murs comme dans les pensées, simples et horribles, que je ne pouvais chasser. J'aimais sentir ces murs peser sur moi (Vercors,Sil. mer, 1942, p.14):
11. Entre les solitudes sur lesquelles pèsent la stagnation des eaux et des marécages, l'immobilité des forêts de conifères et de bouleaux (...) la circulation des cours d'eau représente le mouvement et la vie... Vidal de La Bl.,Princ. géogr. hum., 1921, p.190.
En partic. [À propos d'un regard] Au bout d'un semestre, ma mère me retira du cours: on n'y travaillait guère et puis elle avait fini par se lasser de sentir peser sur elle le regard de ses voisines quand c'était mon tour d'être félicité (Sartre,Mots, 1964, p.65).
b) Donner une impression de gêne morale. Angoisse, inquiétude, remords, qui pèse sur la conscience, sur le coeur de qqn. Il faut (...) nous délivrer de ce cauchemar Esterhazy-Dreyfus qui pèse si lourdement sur la conscience publique (Clemenceau,Iniquité, 1899, p.431).
c) Constituer une menace. Elle était restée trois jours avec lui, trois jours de fête sur lesquelles pesait un après bien sombre, autant dire trois jours de grâce (Loti,Pêch. Isl., 1886, p.112).À quoi distingue-t-on les êtres sur lesquels va peser un événement très grave? (Maeterl.,Trésor humbles, 1896, p.50).
En partic. Constituer une charge pénible. Responsabilité qui pèse sur qqn. Les forces d'écrasement qui pèsent sur les prolétaires (Jaurès,Ét. soc., 1901, p.lxv).
Impôts qui pèsent sur qqn; hypothèques qui pèsent sur une propriété. Ils étaient (...) soustraits aux lourdes charges qui pesaient sur le serf. On les voit exemptés de tailles et de corvées (Faral,Vie temps st Louis, 1942, p.55).
C. − Peser à (qqn)
1. Paraître lourd, être une gêne. Ces vêtements me pèsent. Elle ne pouvait se tenir debout à la fenêtre, tant son ventre lui pesait (Adam,Enf. Aust., 1902, p.158).Mes yeux me pèsent (J. Bousquet,Trad. du sil., 1936, p.63).Elle allait doucement. Le paquet lui pesait. Elle se sentait lasse (Van der Meersch,Empreinte dieu, 1936, p.239).
Expressions
Peser à la main. Mélanie se faisait vieille; son panier pesait à son bras (A. France,Pt Pierre, 1918, p.191).
Peser à l'estomac. Être difficile à digérer. Sous leur croûte dorée, les beignets vous brûlaient la langue, s'amollissaient de farine onctueuse, de pomme fondante, pesaient à l'estomac comme du pain sans levain (Genevoix,Raboliot, 1925, p.135).
2. Au fig.
a) Donner une sensation d'oppression, d'étouffement. C'est fiévreux, ce delta, le ciel vous pèse. On est trempé de sueur du matin au soir, et les nuits ne sont jamais comme ici, un repos (Aragon,Beaux quart., 1936, p.180).
b) Être pénible. La lecture, la solitude me pèse. Il n'y a rien qui me pèse plus que de dire, même pour les choses les plus indifférentes: «C'est fini, absolument fini pour toujours!» (Renan,Souv. enf., 1883, p.402).Ce n'est pas bien de ne pas me donner la part de vos soucis... C'est donc si grave?... Un gros secret qui vous pèse? Dites-le moi? (H. Bataille,Maman Colibri, 1904, ii, 6, p.18).Dis-moi que je ne te pèse jamais, même à cette heure où tu étais seul autrefois (Chardonne,Épithal., 1921, p.178):
12. ... c'est facile de désirer vivre dans un monastère, de raconter à Dieu qu'on voudrait bien s'y abriter, quand l'existence de Paris vous pèse, mais lorsqu'il s'agit d'y émigrer pour tout de bon, c'est autre chose! Huysmans,En route, t.1, 1895, p.241.
D. − Expr. Le coeur me pèse de. Le coeur me pèse, de tout ce que j'ai à vous donner. Aimez-moi seulement un petit brin de ce que je vous aime, et l'éternité nous prendra dans ses bras (Montherl.,J. filles, 1936, p.946).
Prononc. et Orth.: [pəze], (il) pèse [pε:z]. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug. Change e en è devant syll. muette: pèse, pèserais. Étymol. et Hist.A. Intrans. 1. ca 1050 fig. impers. «être pénible à quelqu'un, causer de la peine» surtout dans l'expr. ce poise moi (Alexis, éd. Chr. Storey, 460); 2. ca 1170 «avoir un poids déterminé» (Rois, éd. E. R. Curtius, I, XVII, 7, p.32); 1640 fig. (Oudin Curiositez: esprit pesant .i. lent); 1819 fig. (Boiste: ne pas peser lourd, être sans importance, sans force); 3. ca 1200 «faire sentir son poids» (Chanson de Guillaume, éd. D. McMillan, 720); spéc. 1636 (Monet: Cheual qui Pese, qui s'apuie sur la bride, et la surcharge); 1342 fig. peser sur «donner une impression de pesanteur, d'oppression, de gêne physique ou morale» (Jean Bruyant, Pauvreté et Richesse ds Ménagier de Paris, éd. Sté Bibliophiles, t.2, p.5b); spéc. 1689 «exercer une certaine influence» (Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.9, p.263); 4. ca 1200 «avoir du poids, être lourd» (Chevalier cygne, 210 ds T.-L.); 1680 phys. adj. (Rich.: Pesant. C'est tout ce qui est porté comme de soi-même en bas, qui tend en bas); 1690 (Fur.: Peser. Avoir de la densité, de la gravité). B. Trans. 1. 1188 absol. (le plus souvent trans.) peser «mesurer le poids d'un corps en le comparant à un poids pris comme unité» (Aimon de Varennes, Florimont, 11478 ds T.-L.); d'où de nombreux comp. tels que pese-liqueur 1674 (J. B. Denis, Rec. de mém. con. s. les arts et les sc., 183 ds Fonds Barbier); 2. 1197 fig. peseir «apprécier en comparant, examiner attentivement» (Hélinant, Vers de la mort, XXXII, 3 ds T.-L.); 1538 peser ses paroles «les choisir soigneusement, en mesurer toute la portée» (Est. d'apr. FEW t.8, p.193b); 1671 (Pomey: Il lût posément la lettre, et pesant sur châque mot [et singulas expendens voces, vel, et suam cuique voci tribuens vim]); 1738 tout bien pesé «après mûre réflexion» (Rollin, Hist. anc. OEuv., t.XI, 1repart., p.288 ds Pougens d'apr. Littré, s.v. pesé). Du lat. pē(n)sāre «peser» et «apprécier», dénom. de pensum, supin de pendere de mêmes sens, v. aussi penser. Le sens «être pénible, causer de la peine» que l'on trouve dans les lang. rom. cf. l'esp. pesar (xiies. ds Al.), l'ital. pesare (1300-13 ds Batt.), non att. en lat., a dû exister dans la lang. pop. Fréq. abs. littér.: 3807. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4638, b) 4762; xxes.: a) 5279, b) 6504. Bbg. Bonn. 1920, p.8. _Gohin 1903, p.346. _ Kleiber (G.). Le Mot ire en a. fr. (xie-xiiies.). Paris, 1978, pp.208-210. _Lyer (S.). Part. prés. actif avec le sens passif. Archivum Romanicum. 1932, t.16, p.303.

Peser : définition du Wiktionnaire

Verbe 1

peser \pə.ze\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Examiner la pesanteur d’une chose, la rapporter à un poids déterminé.
    • […] mais elles n’existaient plus l’échoppe du cordonnier que traversaient les émissions sportives et la boulangerie où la mère de Josette pesait le pain. — (Kléber Haedens, Adios, Grasset, 1985)
    • Il fit peser les camions aux points de départ, d’arrivée, et en chemin. Cela n’éveilla pas les soupçons : on pèse les camions à des fins fiscales. — (Vladimir Volkoff, Le Berkeley à cinq heures, L’Âge d’Homme, 1993, p. 23)
    • Par leur étude, nous savons vraiment peser les atomes, et non pas seulement estimer assez grossièrement leur poids. — (Jean Perrin, Les Atomes, Félix Alcan, 1913, édition 1924, p. 154)
  2. Mesurer la masse volumique d’un liquide pour déterminer sa concentration en un élément particulier.
  3. (Figuré) Apprécier, estimer la valeur d’une chose.
    • Décidément, il est sage de ne pas peser un ecclésiastique sur sa mine. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
  4. (Figuré) Examiner attentivement une chose, pour en connaître le fort et le faible.
    • Peser mûrement les choses, les raisons pour et contre, les conséquences d’une affaire.
    • On compte les voix, on ne les pèse pas.
    • Peser ses mots, ses paroles ; peser la valeur de chaque terme : Examiner, en parlant, la valeur, la conséquence de ce qu’on dit.
    • Peser toutes ses paroles, peser tout ce qu’on dit : Parler avec lenteur et circonspection.

Verbe 2

peser \pə.ze\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Avoir un certain poids.
    • On vient d’abattre à Lyon un platane géant. Cet arbre cubait près de 12 mètres et le tronc seul pesait 19540 kilogr. — (Bulletin de la Société royale forestière de Belgique, volume 15, 1908, page 224)
    • (Transitif)La carnassière, maintenant bien remplie, pesait à ses épaules le poids de deux forts lièvres. — (Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines, chap. 2, 1910)
    • Las, dans le petit monde de l’Université, la probité candide ne mène à rien, et l’enthousiasme pèse peu face aux manœuvres misérables de ceux qui ne reculent devant rien pour faire carrière. — (Alexis Liebaert, « On achève bien les profs », dans Marianne (magazine), n° 758, 29 octobre 2011, p. 85)
    • Il était devenu habituel que les terrassiers missent au jour de gros pavés esseulés au milieu de leur gangue de sable et de molasse. Quelquefois, les ouvriers devaient s'y mettre à quatre pour sortir les pierres, qui pesaient leur comptant. — (Jean-Paul Malaval, Quai des Chartrons, part. 1 : La fin des illusions, chap. 4, dans Histoires de familles, éditions Omnibus, 2013)
    • En 2000, je suis allé au Kosovo et j'ai revêtu une de ces cuirasses des démineurs. C'est lourd, ça pèse trente-cinq kilos. — (Pascal Convert, Raymond Aubrac. Résister, reconstruire, transmettre, Éditions du Seuil, 2011)
  2. (Informatique) Occuper un certain espace de stockage, en parlant d'un fichier.
    • Les pièces jointes ne doivent pas peser plus de 8 mégaoctets.
  3. (Par extension) (Figuré) Avoir une certaine valeur.
    • Cette entreprise pèse 5 milliards d’euros.
  4. (Familier) Définition manquante ou à compléter. (Ajouter)
    • Cela ne pèse pas plus qu’une plume : Se dit d’une chose très légère.
  5. (Figuré) (Familier) Définition manquante ou à compléter. (Ajouter)
    • Ne pas peser une once : N’être d’aucun poids.
    • Cette objection n’a pas pesé une once.
    • Cette pièce d’or ne pèse pas : Elle n’a pas le poids fixé par la loi.

Verbe 3

peser \pə.ze\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Appuyer fortement sur une chose, faire sentir son poids.
    • J’avais oublié le cran d’arrêt : je pèse sur cette languette amovible qui poussée en arrière découvre une lettre majuscule gravée, une esse, initiale du mot sûreté. — (Gaston Cherpillod, Les Changelins, L’Âge d’Homme, 1981, p. 147)
    • Comme un seul homme, ils sautent sur leurs mobs et pèsent sur les pédales à grands coups de reins et de jarrets.
      Ils n’ont qu’une idée, les petits galopins : déguerpir.
      — (Joseph Joffo, Tendre été, chap. 13, Jean-Claude Lattès, 1981)
    • Peser sur un levier.
    • Pesez sur cette planche pour la maintenir, pendant qu’on la sciera.
    • Peser sur les étriers.
    • Cette viande, cette boisson pèse sur l’estomac, Elle est difficile à digérer.
    1. (Canada) (Nantes) (Suisse) Presser, appuyer (sur un bouton, un interrupteur, etc.)
      • Peser sur le bouton de l’ascenseur
  2. (Équitation)
    • Ce cheval pèse à la main : Il s’appuie sur le mors et fatigue la main du cavalier.
  3. (Figuré) (Familier)
    • Cette personne lui pèse sur les épaules : Elle lui est à charge par son importunité.
  4. (Figuré) (Familier)
    • Cette personne, cette chose lui pèse sur les bras : Elle lui est à charge par la dépense qu’elle lui occasionne.
  5. (Figuré) Exercer sur la conscience un chagrin, un ressentiment, un repentir.
    • Cela lui pèse sur le cœur.
    • Ce souvenir, ce remords lui pèse sur la conscience.
  6. (Figuré) Causer de la peine, de l’inquiétude ou de l’embarras.
    • Toutes les ruses, il les imagine et les déploie avec un machiavélisme qui parfois lui pèse. — (Michel Droit, De Lattre, maréchal de France, Pierre Horay, éditions de Flore, 1952, p. 81)
  7. (Figuré)
    • Un secret lui pèse : Se dit en parlant d’une personne qui n’est pas capable de garder un secret.
  8. (Figuré) Demeurer plus longtemps, insister plus longtemps.
    • Il faut peser sur cette note. — Il faut peser sur cette syllabe.
  9. (Figuré) Exercer sur quelqu’un de l’influence, une sorte de contrainte morale.
    • L’impuissance de l’Europe à peser sur l’issue du conflit du Proche-Orient aggrava leurs difficultés […] — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992, p. 178)
    • En cette occasion le ministère pesa fortement sur la Chambre. — Je me reprocherais de peser sur votre choix.
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Peser : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PESER. (Au futur, Je pèserai, et au conditionnel, Je pèserais.) v. tr.
Examiner la pesanteur d'une chose, la rapporter à un poids déterminé. Peser de la viande. Peser du pain. Peser une lettre, un paquet. Peser une pièce d'or. Peser avec des balances. Peser avec une bascule. Il signifie, au figuré, Apprécier, estimer la valeur d'une chose. Dieu pèse toutes nos actions. Il signifie encore, au figuré, Examiner attentivement une chose, pour en connaître le fort et le faible. Peser mûrement les choses. Peser les raisons pour et contre. Peser les conséquences d'une affaire. On compte les voix, on ne les pèse pas. Peser ses mots, ses paroles; peser la valeur de chaque terme, Examiner, en parlant, la valeur, la conséquence de ce qu'on dit. Peser toutes ses paroles, peser tout ce qu'on dit, Parler avec lenteur et circonspection.

PESER est aussi intransitif et signifie Avoir un certain poids. Ce paquet pèse peu, pèse beaucoup, pèse lourd. Le tout ensemble pesait plus de cent kilogrammes. Ses vêtements lui pesaient. Fam., Cela ne pèse pas plus qu'une plume, se dit d'une Chose très légère. Fig. et fam., Ne pas peser une once, N'être d'aucun poids. Cette objection n'a pas pesé une once. Cette pièce d'or ne pèse pas, Elle n'a pas le poids fixé par la loi.

PESER signifie aussi Appuyer fortement sur une chose, faire sentir son poids. Peser sur un levier. Pesez sur cette planche pour la maintenir, pendant qu'on la sciera. Peser sur les étriers. Cette viande, cette boisson pèse sur l'estomac, Elle est difficile à digérer. En termes de Manège, Ce cheval pèse à la main, Il s'appuie sur le mors et fatigue la main du cavalier. Fig. et fam., Cette personne lui pèse sur les épaules, Elle lui est à charge par son importunité. Fig. et fam., Cette personne, cette chose lui pèse sur les bras, Elle lui est à charge par la dépense qu'elle lui occasionne. Fig., Cela lui pèse sur le cœur, Cela lui cause du chagrin, du ressentiment. Fig., Ce souvenir, ce remords lui pèse sur la conscience, Il se repent de la manière dont il a agi. Fig., Cela lui pèse, Cela lui cause de la peine, de l'inquiétude, de l'embarras. Fig., Un secret lui pèse, se dit en parlant d'une Personne qui n'est pas capable de garder un secret.

PESER s'emploie aussi figurément, et il signifie Demeurer plus longtemps, insister plus longtemps. Il faut peser sur cette note. Il faut peser sur cette syllabe.

PESER signifie encore, au figuré, Exercer sur quelqu'un de l'influence, une sorte de contrainte morale. En cette occasion le ministère pesa fortement sur la Chambre. Je me reprocherais de peser sur votre choix.

Peser : définition du Littré (1872-1877)

PESER (pe-zé. La syllabe pe prend un accent grave quand la syllabe qui suit est muette : je pèse, je pèserai) v. a.
  • 1Comparer la pesanteur d'une chose avec un poids connu et certain. Peser du pain, de la viande. C'est une chose bien étonnante qu'on soit parvenu à peser en quelque sorte les corps célestes ; mais croiriez-vous qu'on détermine à peu près le poids qu'auraient sur la surface de Saturne et celle de Jupiter les corps que nous pesons sur notre globe ? Condillac, Art de rais. III, 10.
  • 2 Fig. Examiner une chose attentivement pour en connaître le pour et le contre. Pesez bien les effets qui suivront mes paroles, Rotrou, St Gen. II, 8. Vous voulez tout peser avant que de faire le premier pas, Massillon, Panégyr. Sainte Magdel. Comme il [Louis XIV] était sage, et qu'il savait combien les paroles des rois sont pesées, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 114, dans POUGENS. Connais tes intérêts, pèse-les et choisis, Voltaire, Olymp. IV, 2. On ne pardonne rien aux hommes d'un certain ordre : on pèse leurs plus indifférentes actions dans une balance rigoureuse, Diderot, Claude et Nér. I, 95.

    Absolument. Pesez, examinez ; j'ai résolu d'attendre, Et j'approuverai tout, Destouches, Irrésolu, II, 10.

    Peser les mots, les paroles, en apprécier les conséquences. Je pèse mes discours, je me trouble et m'étonne, Tant j'ai peu d'assurance en la foi de personne, Malherbe, V, 23. Personne ne pèse plus ses paroles que vous sur les choses importantes, Sévigné, 24 janv. 1689. Tous les mots sont à peser, Bossuet, Lett. 16. Pesez votre réponse avant de la faire, Rousseau, Hél. VI, 6.

    Peser toutes ses paroles, peser tout ce qu'on dit, parler avec lenteur, avec circonspection. Tous pesant leurs paroles, tous embarrassés de leurs voisins et d'eux-mêmes, Voltaire, Princ. de Babyl. 4. Il pèse tous ses mots, mesure tous ses pas, Desmahis, l'Impertinent, sc. 5.

  • 3Apprécier, en parlant des personnes. Il pesait les esprits, et donnait à chacun le rang qu'il méritait, Fléchier, Duc de Montausier. Il tient la balance éternelle Qui doit peser tous les humains, Rousseau J.-B. Odes, I, 11. Et Dieu nous pesa tous dans la même balance, Voltaire, 1er disc.

    On dit dans un sens analogue : peser les voix, les raisons, etc. Je ne compte pas les voix, je les pèse, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 1. Elle [l'Académie] s'est persuadé qu'il fallait plutôt peser les raisons que compter les hommes qu'elle [la tragédie du Cid] avait de son côté, Acad. sentim. Cid. Acante, le public à vos vers applaudit ; C'est quelque chose, mais la gloire Ne compte pas toujours les voix, Elle les pèse quelquefois, La Fontaine, Lett. XII.

  • 4 V. n. Avoir un certain poids. Tous les corps connus pèsent, et il y a longtemps que la légèreté absolue a été comptée parmi les erreurs d'Aristote et de ses sectateurs, Voltaire, Phil. Newt. III, 1. Dans l'année 1750, un Anglais mourut âgé de vingt-neuf ans, à Mader en Essex ; il pesait 609 livres, poids anglais, Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 118. On sait que, volume pour volume, la terre pèse quatre fois plus que le soleil, Buffon, Hist. nat. 2e disc. Œuv. t. I, p. 100. Un bateau placé sur la rivière déplace une quantité d'eau qui pèse précisément autant que le bateau et toute sa charge, Brisson, Traité de phys. t. I, p. 269.

    Cette pièce d'or ne pèse pas, elle n'a pas le poids légal

    Cela ne pèse pas plus qu'une plume, se dit d'une chose très légère.

    Fig. Il ne pèse pas une once, se dit d'un homme que la joie rend vif, alerte.

    Fig. Ce que pèse son bras, sa force, sa vaillance dans les combats. Tu l'as vu tant de fois au milieu des combats Montrer à tes pareils ce que pesait son bras, Corneille, Perth. III, 4.

    Par menace. Tu sauras ce que pèse ma main, tu éprouveras les effets de ma colère. Si je te vois jamais regarder cette porte, M'entends-tu ? tu sauras ce que pèse ma main, La Fontaine, l'Eunuque, v, 5. Je vous ferai sentir ce que pèsent mes coups, Boursault, le Merc. gal. I, 3.

    Terme de marine. Le vent pèse, il fait incliner le navire.

    Terme de chasse. Se dit en parlant des bêtes fauves qui enfoncent beaucoup leurs pieds dans la terre.

  • 5Graviter. Tous les corps, selon M. Newton, pèsent les uns sur les autres, ou s'attirent en raison de leurs masses, Fontenelle, Newton. Les satellites de Jupiter pèsent sur Jupiter, comme la lune sur la terre, les satellites de Saturne sur Saturne, toutes les planètes ensemble sur le soleil, Fontenelle, ib. Nous ne pouvons douter que les corps ne pèsent les uns sur les autres en raison directe de leurs masses et inverse du carré de leurs distances, Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. terr. Œuv. t. I, p. 226.
  • 6 Fig. Avoir la valeur de. L'un et l'autre [le héros et le grand homme] mis ensemble ne pèsent pas un homme de bien, La Bruyère, II. La vie de l'ignorant ne pèse pas une heure de l'homme qui sait, Diderot, Opin. des anc. phil. (Sarrasins).
  • 7Faire sentir un poids. Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! Racine, Phèdre, I, 3. Sur lui pèse d'en haut une invisible main, Delille, Parad. perdu, IV.

    Terme de manége. Ce cheval pèse à la main, il s'appuie sur le mors de manière à lasser la main de son cavalier.

    Fig. Peser à la main, être à charge et ennuyeux.

  • 8Appuyer fortement sur une chose. Peser sur un levier. Passer ainsi la vie à chamailler, c'est peser sur le collier sans relâche comme les malheureux chevaux de la remonte des fleuves, Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 16.

    Fig. Peser sur, exercer une pression, de l'intimidation. Les ennemis se sont rendus puissants, on a pesé lourdement sur la Bretagne et sur le gouverneur, Sévigné, 590. Que l'Asie, pour peser sur l'Europe, eût acquis un nouveau poids, Montesquieu, Rom. 17.

    Terme de marine. Agir sur les cordages par son propre poids, les roidir en les tirant de haut en bas.

  • 9 Fig. Causer un malaise comparé à la pesanteur. Cette viande pèse sur l'estomac. Son déjeuner lui a pesé toute la journée.

    Causer un malaise moral. Cela lui pèse. À quelque esprit léger ou de votre heur jaloux, à qui ce grand secret a pesé comme à vous, Corneille, Héracl. II, 1. Rien ne pèse tant qu'un secret ; Le porter loin est difficile aux dames ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes, La Fontaine, Fabl. VIII, 6. Pleurâtes-vous longtemps ? ne dormiez-vous point ? aviez-vous quelque chose qui vous pesait sur le cœur ? mon Dieu ! comment faisiez-vous ? Sévigné, 153. Cet aveu me pesait, quoiqu'il fût nécessaire, Lanoue, Coquette corr. IV, 1.

    L'argent lui pèse, se dit d'un prodigue qui a hâte de dépenser. Cet argent-là lui pèse ; il veut s'en dessaisir, Destouches, Dissip. I, 1.

    On dit aussi : l'argent ne lui pèse guère, il le dépense facilement.

  • 10 Fig. Être soutenu, comme est soutenu un poids, en parlant de choses importantes. Tout le fort des combats pèse aujourd'hui sur moi, Delille, Én. XI.
  • 11Être à charge. Tout ceci ne me pèse et l'esprit ne me trouble, Régnier, Sat. VI. Je ne sais comme on peut inhumainement peser sur les gens qu'on doit aimer, Sévigné, 25 sept. 1687. M. de Rennes vous garde votre appartement… c'est un homme admirable ; il ne pèse rien, ni ses gens aussi, Sévigné, 26 janv. 1680. Ma funeste amitié pèse à tous mes amis, Racine, Mithrid. III, 1. Il croit peser à ceux à qui il parle, La Bruyère, VI. Une dépense qui commençait à peser, Hamilton, Gramm. 6. Dans l'état où je suis, on pèse à l'amitié, Gresset, Sidn. II, 6. À présent les vingt-quatre heures me pèsent beaucoup, Staël, Corinne, I, 3.

    Peser sur les épaules, être ennuyeux, fatigant. Que sa présence me pèse sur les épaules ! Molière, Bourg. gent. III, 6. L'abbé Testu est parti, disant que Paris lui pèse sur les épaules, Sévigné, 52.

    On dit dans le même sens : peser sur. la poitrine. Ce Figaro pèse sur ma poitrine, Beaumarchais, Mère coupable, IV, 3.

    Peser sur les bras, être à charge par la dépense.

  • 12Demeurer plus longtemps sur. Il faut peser sur cette syllabe.

    Peser sur, faire remarquer. Je pèse sur l'agrément et sur l'utilité même de cette sorte de vivacité [la présence d'esprit], Sévigné, 10 déc. 1688. Pesons davantage sur cette parole, Bossuet, 1er sermon, Annonc. 1.

  • 13Se peser, v. réfl. Être pesé. Cela se pèse à la balance.

REMARQUE

Pour l'accord du participe passé, il faut bien distinguer peser, v. a. et peser v. n. Ainsi on écrira sans difficulté : Des trente kilogrammes que j'ai pesés un à un pour en déterminer le poids exact ; mais on écrira : Des trente kilogrammes que cet enfant a pesé, il en faut retrancher plusieurs pour avoir son poids après la maladie dont il sort ; car ici peser n'est qu'en apparence verbe actif.

HISTORIQUE

XIe s. Que mort [il] l'abat, cui qu'en peist ou cui non [qui que ce soit qui en ait du chagrin ou non], Ch. de Rol. XCVI. Et d'Oliver lui peise mout forment, ib. CLXXX.

XIIe s. La nuit fist-il sa chape une feiz recouper ; à peine la poeit, issi pesout [tant elle pesait], porter, Th. le mart. 48.

XIIIe s. Et le fist moult honorablement sevelir comme empereour, et mettre en terre, et fist grant semblant que il l'en pesast [d'en être affligé], Villehardouin, XCVIII. [Je] Ne vous feroie mal pour mil mars d'or pesé, Berte, CXIV. Nus bateur d'estain ne doit rien de chose que il vende ne achate apartenant à son mestier, se la chose n'est pesée ou pois le roy, Liv. des mét. 76. Si doit on peser en casune [chacune] vile au pois qui y est acoustumés, Beaumanoir, XXVI, 16.

XIVe s. … Je tien pour le meillour Qu'à tout compter et bien penser à drame [peser à drachme], Je voi assez puisque je voi ma dame, Machaut, p. 132. Celui à qui il en poise est appelé nolens en latin, et celui à qui il n'en poise pas est appelé non nolens, Oresme, Eth. 61.

XVe s. Or d'une corde d'une toise, Sçaura mon col que mon cul poise, Villon, Quatr.

XVIe s. Et qu'ainsi soit, le moindre de tous ceulx Pesoit [valait] ung duc, ung marquis ou un conte, Marot, J. V, 177. Ce que j'eusse passé à un aultre sans m'y arrester, je l'ai poisé et remarqué en…, Montaigne, I, 58. Parce que ces evenements nous poisent [semblent importants], il semble qu'ils luy poisent aussi [à Dieu], Montaigne, II, 268. Entre deux pareils ouvrages je poiserois tousjours contre le mien, Montaigne, III, 32. Je serois d'opinion que nous pesissions nos escus, Despériers, Contes, CIV. Des vases pesans chacun trois talents, Amyot, P. Aem. 56. Il pesoit trop toutes choses pour ne rien perdre, et ne mettre rien en hasard, Amyot, Marcell. 12. La teste d'un chef en peze plusieurs milliers, D'Aubigné, Hist. III, 285. À un chacun son fardeau poise, Cotgrave Mal poise qui ne contrepoise, Cotgrave

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Peser : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PESER, v. a. (Gramm. & Comm.) c’est examiner la pesanteur de quelque chose, la confronter avec un poids certain, réglé & connu, tel que peut être la livre, le marc, le cent, le quintal, &c.

Pour peser les métaux, les drogueries, les épiceries, les cotons, les laines & autres semblables marchandises d’œuvres de poids, que l’on vend en gros ; l’on se sert de la romaine, ou des grandes balances à plateaux.

A l’égard des mêmes marchandises qui se vendent en détail, c’est de la petite balance a bassins, ou du peson dont on se sert. Le trébuchet est pour peser l’or, l’argent, & autres choses précieuses.

On dit qu’il faut peser des marchandises net, pour faire entendre qu’elles doivent être pesées sans emballages, caisses, ni barils : au contraire, quand on dit qu’elles doivent être pesées ort ou brut, cela veut dire qu’il faut les peser avec leur emballage, leurs caisses & leurs barils. Dictionn. du commerce. (D. J.)

Peser les malades, c’étoit anciennement en Angleterre une coutume de guérir les enfans malades, en les pesant au tombeau de quelque saint, en mettant, pour les contrebalancer, dans l’autre côté de la balance, de l’argent, du pain de froment ou quelqu’autre chose que les parens avoient la volonté de donner au bon Dieu, à ses saints ou à l’église.

Mais c’étoit toujours une somme d’argent qui devoit faire partie du contrepoids ; on venoit à bout de les guérir par ce moyen, ad sepulchrum sancti nummo se ponderabat.

Supposé que cette coutume fût reçue en Angleterre, elle approche de celle que la pieuse crédulité des fideles a introduite dans différentes provinces de France, de vouer leurs enfans malades aux Saints sur leurs tombeaux, ou sur leurs autels, de les y faire asseoir, de leur faire boire de l’eau des fontaines qui coulent près de leurs reliques ou des églises qui leur sont dédiées.

Peser la pierre, (terme de Carrier.) c’est la soulever de dessus le tas avec la grosse barre, pour la mettre sur les boules.

Peser a la main, en terme de Manége, se dit d’un cheval qui n’ayant point de sensibilité dans la bouche, s’appuie sur le mords au point de fatiguer le bras du cavalier.

Peser, (Marine.) c’est tirer de haut en bas.

Peser sur une manœuvre, ou sur quelque autre chose, c’est-à dire, tirer sur cette manœuvre pour la faire baisser.

Peser sur un levier, c’est aussi le faire baisser.

Peser, (Chasse.) se dit d’une bête qui enfonce beaucoup de ses piés dans la terre ; c’est une marque qu’elle a grand corsage.

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Étymologie de « peser »

Étymologie de peser - Wiktionnaire

(Date à préciser) Du latin populaire *pesare, en latin classique pensare, dérivé de pendere (« peser ».) Peser est doublet populaire de penser (→ voir penser).
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Étymologie de peser - Littré

Picard, epser, poiser ; bourguig. poisé ; provenç. pessar, pezar ; espagn. pesar ; ital. pesare ; du lat. pensare, peser, fréquentatif de pendere [2ème e bref] (voy. PENDRE et PENSER). Dans le moyen âge, peser, verbe neutre, avait le sens d'être pénible à l'âme.

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Phonétique du mot « peser »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
peser pœze play_arrow

Conjugaison du verbe « peser »

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Citations contenant le mot « peser »

  • Le club champion de France n'avait pas besoin de ça. Sur les 45 matches joués cette saison, Mbappé en a manqué 11. En moyenne, le PSG marque 3,2 buts/match avec lui, et 2,1/match sans lui. En Ligue des champions, il est impliqué sur 9 buts cette saison (5 réalisations, 4 passes décisives). Il était apparu en jambes lors des derniers matches amicaux, et face aux Verts où il est à l'origine de l'unique but signé Neymar. Son absence va peser d'autant plus lourd qu'elle n'est pas la seule. Angel Di Maria sera suspendu face à l'Atalanta tandis qu'Edinson Cavani n'a pas prolongé son contrat. À l'heure où la règle temporaire des 5 changements autorisés multiplie les options pour les entraîneurs, Thomas Tuchel devra faire avec un banc très limité dans le secteur offensif. Tout le contraire de Gian Piero Gasperini et son effectif étoffé à l'Atalanta. Sport24, Le PSG sans Mbappé : que disent les stats ? - Ligue des champions - Football
  • On finit toujours par s’ennuyer quelque peu en villégiature. En une de ces heures où la paresse ne suffit plus et finit par peser sur l’esprit autant qu’un lourd travail. De Alfred Capus / Monsieur veut rire
  • En face des effroyables menaces que l'homme fait peser sur lui-même, on doit se demander s'il pourra se sauver autrement qu'en se dépassant. De Jean Rostand / Ce que je crois
  • Oh quel bien-être, quel bien-être indicible que de se sentir en sécurité avec quelqu’un à l’abri de tout danger, sans avoir à peser ses pensées, à mesurer ses paroles. De Sagesse indienne
  • Pour combien d'esprits penser n'est pas peser le pour et le contre, mais pencher pour quelque chose ! De Pierre Baillargeon / Commerce
  • Rien dans la vie n'est plus extraordinaire que la foi, cette grande force qu'on ne peut ni peser ni vérifier. De William Osler
  • Qui saura peser ce qu'il entre du comédien dans tout homme public toujours en vue ? De Alfred de Vigny / Servitude et grandeur militaires
  • Un ami fidèle n'a pas de prix, et pas de poids pour peser sa valeur. De La Bible / L'Ecclésiastique
  • La légèreté chez la femme est une qualité essentielle : ne peser jamais sur un homme ! De Nadine de Rothschild / Le Figaro - 4 Mai 1987

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Traductions du mot « peser »

Langue Traduction
Corse pisu
Basque pisatzen
Japonais 重さ
Russe взвешивать
Portugais pesar
Arabe وزن
Chinois 称重
Allemand wiegen
Italien pesare
Espagnol pesar
Anglais weigh
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Synonymes de « peser »

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Antonymes de « peser »



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