Odeur : définition de odeur


Odeur : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ODEUR, subst. fém.

A. − Émanation propre à un corps pouvant être perçue par l'homme ou par un être animé grâce à des organes particuliers et avec des impressions diverses (agréable, désagréable, indifférente). L'odeur âcre de deux lampes se mêlait à l'arome du chocolat, qui emplissait des bols encombrant la table à jeu (Flaub.,Éduc. sent., t.2, 1869, p.203).Des pelouses, des bassins, s'élevait une senteur fraîche que traversait, par effluves, l'odeur des pétunias, des géraniums (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p.327).V. aussi baraquette1ex. 2:
1. Seuls, la sensation, le souffle de l'eau salée demeuraient en moi. Je sentais l'odeur du varech, l'odeur de la vague, la rude et bonne odeur des côtes. Je marchais vite; je n'avais plus froid... Maupass.,Contes et nouv., t.1, Épave, 1886, p.720.
SYNT. Odeur délicieuse, divine, exquise, fine, suave; odeur écoeurante, fétide, infecte, nauséabonde; mauvaise odeur; odeur forte, puissante; douce, légère, vague odeur; odeur chaude, enivrante, fade, fraîche, pénétrante; odeur fauve; odeur de cuisine, de peinture, de pharmacie, de poussière, de soupe; odeur de moisi, de renfermé, de roussi; odeur de bouc, de cadavre, de pourriture; odeur de chair, de femme, de mâle; odeur d'herbe, de fruit, de jasmin, de violette; odeur de printemps; l'odeur du bois, du foin, du pain, de la terre; l'odeur des feuilles, des fleurs, des roses; sans odeur; avoir, dégager, répandre, garder une odeur; aspirer, renifler, respirer une odeur; une odeur monte, traîne.
Odeur sui* generis.
Vieilli, littér. Parfum. Il me faut (...) du savon, un miroir, des peignes, des odeurs (About,Roi mont.,1857, p.110).Flacon d'odeur en porcelaine de Saxe (Lorrain,Contes chandelle,1897, p.166).
Région. (Canada). Savon d'odeur. Savon de toilette, savon parfumé. −T'es-tu lavée au savon d'odeur? (Guèvremont,Survenant,1945, p.56).
B. − Au fig.
1. Qualité propre à quelqu'un, à quelque chose, donnant une certaine impression à quelqu'un. Ce poète (...) me paraît, à l'odeur de ses poèmes, passer la moitié de sa vie dehors (Fargue,Piéton Paris,1939, p.74).
[Qualifié par les adj. bon ou mauvais] Il se voit condamné à vivre dans une fétide atmosphère de dépression intellectuelle et d'immoralité, lui qui a senti la bonne odeur du monde civilisé (Renan,Avenir sc.,1890, p.400).La honte et la mauvaise odeur de son âme le gênaient (Jouve,Scène capit.,1935, p.33).
Odeur de (+ subst. de caractérisation).Malgré sa politesse, et peut-être aussi à cause de sa politesse, ce monsieur avait une indéfinissable odeur de coquin (Sand,Lettres voy.,1834, p.26).Un papier timbré, en bonne et due forme et qui vous avait une odeur d'honnêteté indiscutable (Miomandre,Écrit sur eau,1908, p.221):
2. De cette matinée passée à Amersfoort, de ces journées employées à Utrecht, j'ai emporté une sensation de sobre jouissance, toute une odeur de Port-Royal que je n'aurais jamais crue si vivante encore nulle part à cette date du siècle. Sainte-Beuve,Port-Royal, t.5, 1859, p.153.
SYNT. Odeur de jeunesse, de mystère, de vertu; odeur de crime, de débauche, de mensonge, de misère, de mort, de sang, de trahison.
2. Expr. et loc.
a) Odeur de la poudre. Impression, atmosphère de guerre, de bataille. Bientôt ses lettres arrivèrent comme de glorieux bulletins, toutes respirant l'odeur de la poudre, toutes écrites le lendemain d'un jour de combat (Sandeau,Mllede LaSeiglière, 1848, p.18).
b) Odeur de soufre. Odeur prêtée au diable, associée au mal. [Le Diable] a disparu sans autre trace de lui Qu'une odeur de soufre et qu'un aigre éclat de rire (Verlaine,OEuvres compl., t.1, Jadis, 1884, p.401).
c) Odeur de fagot (fam.). Atmosphère d'hérésie. Nicolas Leroy, juriste, un peu luthérien. On sent souvent dans la fréquentation de Rabelais une odeur de fagot (A. France,Rabelais,1909, p.102).
d) [Le suj. désigne une pers.] Être en bonne, en mauvaise odeur. Avoir bonne, mauvaise réputation; être bien, mal vu. Il put voir combien Jansénius y était en mauvaise odeur (Sainte-Beuve,Port-Royal, t.2, 1842, p.513).Nous ne sommes pas en bonne odeur chez notre hôtelier (Murger,Scènes vie boh.,1851, p.290).
[Avec des var.; le suj. désigne parfois une chose] Sa femme contribua beaucoup à le maintenir en bonne odeur au milieu de cette aristocratie (Balzac,Contrat mariage,1835, p.215).Les conversions qui sont le plus en agréable odeur à Rome (...) sont celles des schismatiques (Sainte-Beuve,Nouv. lundis, t.1, 1861, p.228).Le père (...) n'était pas en parfaite odeur à Ambert (Pourrat,Gaspard,1922, p.68).
e) [P. allus. à la phrase de Vespasien qui avait établi un impôt sur les urinoirs publics] L'argent n'a pas d'odeur. Tout argent est bon à prendre, d'où qu'il vienne, quelle que soit la façon dont il a été obtenu. Son marché noir lui rapporte gros et il en fait beaucoup profiter le maquis. L'argent n'a pas d'odeur (Triolet,Prem. accroc,1945, p.344).
C. − RELIG. CHRÉT.
1. Odeur de sainteté
a) Odeur agréable exhalée par le corps de certains saints après leur mort:
3. Enfin, après la mort de la princesse, qui eut lieu en 1824, je crois, on reconnut que son cadavre exhalait l'odeur de sainteté et, bien qu'elle n'ait pas été canonisée, son intercession est invoquée par ses filles, dans certains cas. Huysmans,En route, t.1, 1895, p.196.
b) Expr. fig.
Vivre, mourir en odeur de sainteté. Vivre, mourir en étant considéré comme un saint. L'une des chapelles contient le tombeau du dernier archevêque, mort en 1826 en odeur de sainteté (Michelet,Journal,1835, p.183).Elle a vécu jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans, je crois, en odeur de sainteté (Sand,Hist. vie, t.2, 1855, p.311).
P. plaisant. Philippe mourra en odeur de travail (Renard,Journal,1901, p.674).
Fam. [Le suj. désigne une pers., parfois une chose] N'être pas en odeur de sainteté (auprès de qqn, dans un lieu, une collectivité). Être mal vu, ne pas être apprécié. Angélique n'était pas en odeur de sainteté dans sa famille (Nerval,Filles feu, Angélique, 1854, p.561).−Paraît que rue de Grenelle, la brandade n'est pas en odeur de sainteté, remarqua l'un (A. Daudet, N. Roumestan,1881, p.283).
[À la forme affirmative] Rare:
4. Un dimanche, Mmede Condamin (...) s'était entretenue avec lui pendant une bonne demi-heure. −Eh bien! monsieur l'abbé, lui disait Mouret en riant, vous voilà en odeur de sainteté, maintenant... Zola,Conquête Plassans,1874, p.987.
[Autre var.] Je ne vous ai pas en particulière odeur de sainteté (Aymé,Tête autres,1952, p.43).
2. [P. allus. à des textes bibliques]
a) [Gen. viii, 21; Exode xxix, 18, 25, etc.; l'expr. odeur de suavité indiquant que les sacrifices offerts à Dieu lui sont agréables] Qu'elles [les deux Espèces] montent devant Votre trône en odeur de suavité! (Claudel,Corona Benignitatis,1915, p.392).
b) [ii Cor. ii, 15; le suj. désigne une pers.] Être la bonne odeur du Christ. Avoir un comportement qui rappelle celui du Christ. Auprès des uns et des autres, je m'efforçais d'être la bonne odeur du Christ (Billy,Introïbo,1939, p.196).
REM. 1.
Odorisant, subst. masc.Produit que l'on ajoute à un gaz pour lui donner une odeur caractéristique permettant de détecter des fuites éventuelles. La présence de cet odorisant dans le gaz naturel doit provoquer chez l'usager un réflexe de défense devant le danger (SNPA, Tour Aquitaine (public. pour l'«Alerton 88», Paris)).
2.
Odorisation, subst. fém.Opération consistant à ajouter un odorisant à un gaz; résultat de cette opération. L'odorisation se fait maintenant avec le même produit dans toute la France pour uniformiser le type d'odeur (...). Il assure une odorisation tenace et constante à toutes pressions (Manuel pour le transp. et la distribution du gaz, Paris, 1968, p.883).
3.
Odoriser, verbe trans.[Le compl. désigne un gaz] Ajouter un odorisant à un gaz. Le cahier des charges français pour les concessions de transport de gaz ne fait d'ailleurs aucune obligation d'odoriser le gaz transporté (SNPA, loc. cit.).
4.
Odoriseur, subst. masc.Appareil permettant l'odorisation d'un gaz. L'odoriseur «OPIP» comporte essentiellement: (...) un générateur d'impulsions (Herfilco (public.), Levallois).
Prononc. et Orth.: [odoe:ʀ], [ɔ-]. Fér. 1768, Pt Rob., Warn. 1968, Lar. Lang. fr.: [ɔ-], Warn. avec une var. [o-]; Littré, Passy 1914, Barbeau-Rodhe 1930: [o-], Passy avec une var. [ɔ-]. Martinet-Walter 1973 [o-], [ɔ-] (13/5). Att. ds Ac. dep. 1694 Étymol. et Hist. 1. Début xiies. «parfum» udur (Voyage de Saint-Brendan, 95 ds T.-L.); 2. 1121-35 «sensation que produisent sur l'odorat les émanations du corps» odur (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1946, ibid.); 3. a) fin xiies. «impression qu'une personne fait sur l'âme d'autres personnes» odour de (Sermons St Bernart, éd. W. Foerster, p.167, 3); b) 1585, 10 juin «réputation» en mauvaise odeur (Lett. miss. de Henri IV, t.II, p.71 ds Gdf. Compl.); 1611 en bonne odeur (Cotgr.); 2emoitié xviies. en odeur de sainteté (Pellisson, Lettres historiques, t.1, p.131 ds Littré); 1672 mourir en odeur de sainteté (Godeau ds Rich. t.2, 1688); 1835 n'être pas en odeur de sainteté auprès de quelqu'un (Ac.). Empr. du lat. odor «senteur, exhalaison (bonne ou mauvaise)». Fréq. abs. littér.: 6242. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3279, b) 8327; xxes.: a) 11761, b) 12214. Bbg. Duchacek (O.). Déficiences du lex. Ét. rom. Brno. 1974, no7, p.10. _Quem. DDL t.17.

Odeur : définition du Wiktionnaire

Nom commun

odeur \o.dœʁ\ féminin

  1. Sensation que produisent sur l’odorat les émanations des corps.
    • Tout à coup elle s’arrêta dans l’escalier : une suave odeur de fricot venait de saisir son odorat. — (Alphonse Karr, Voyage autour de mon jardin, 1857)
    • […] et quand elle rentrait dans la chambre surchauffée du poêle où se mariaient des odeurs complexes de tourteaux broyés et de racines cuites pour le lécher des vaches, Finaud la regardait d’un œil mi-interrogateur, mi-narquois […] — (Louis Pergaud, Le Retour, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Des porches cintrés s’exhale parfois une odeur enivrante […] et l’on surprend souvent dans l’air, le puissant arôme des distillations qui s’opèrent. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • À mesure que le rhum vieillit, il se colore, se brunit ; il prend, avec une odeur piquante, une saveur acre & desséchante, dont la nuance empyreumatique huileuse fait dire, à ceux qui n’y sont point accoutumés, que cette liqueur sent le vieux cuir. — (Antoine-François Fourcroy & Louis-Nicolas Vauquelin, Encyclopédie méthodique : Chimie et métallurgie, vol. 6, 1815, p. 51)
    • Un souffle de parfum qu’elle porte, une odeur d’encens et de fleurs, vient à moi, et à ce parfum qui la désigne comme un vrai nom, je la reconnais […] — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Il n’y avait plus d’air dans la cour, rien que des odeurs. C’est celle du chou-fleur qui l’emporte facilement sur toutes les autres. — (Louis-Ferdinand Céline [Louis Ferdinand Destouches], Voyage au bout de la nuit, Denoël et Steele, Paris, 1932)
    • Moi aussi, les soirs trop chauds m’ont terrassée ; moi aussi, l’odeur musquée des foins, les roulades du rossignol m’ont livré à la folie, à la faute. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 10)
  2. (Plus rare) Parfum ; cosmétique parfumé.
    • Elle achetait les onguents, des pots de fard, des crayons, qui traînaient sur tous les meubles, avec des houppettes de poudre de riz et des flacons d’odeur. Ses journées, elle les passait, devant sa glace, à se maquiller, à se contempler […] — (Octave Mirbeau, Lettres de ma chaumière : La Tête coupée, A. Laurent, 1886)
  3. (Au pluriel) Parfums ; toutes sortes de bonnes senteurs.
    • Enfin, comme à dessein de le rendre plus complexe, des odeurs de caroube, de denrées coloniales, de goudron, d’air marin arrivaient puissamment du port et se mêlaient à celles qui montaient des pavés et des caves. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 42)
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Odeur : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ODEUR. n. f.
Sensation que produisent sur l'odorat les émanations des corps. Odeur forte. Odeur suave. Odeur agréable. Odeur qui entête. Cela n'a point d'odeur. Je ne puis supporter cette odeur. Il y a ici, il vient de là une mauvaise odeur.

ODEURS, au pluriel, se prend quelquefois pour Parfums, pour toutes sortes de bonnes odeurs. Cet homme craint les odeurs. En termes de Théologie, Odeur de sainteté, Odeur suave exhalée par le cadavre ou la sépulture de certains saints. Fig., Mourir en odeur de sainteté se dit d'une Personne qui meurt saintement. Cette religieuse est morte en odeur de sainteté. On dit aussi, figurément et familièrement, N'être pas en odeur de sainteté auprès de quelqu'un, N'être pas estimé, n'être pas bien vu de lui. Fig., L'odeur de la poudre, Le combat, la guerre. Aimer l'odeur de la poudre. Prov., L'argent n'a pas d'odeur, Pour un homme peu scrupuleux, tout argent est bon à prendre, quelle que soit sa provenance.

Odeur : définition du Littré (1872-1877)

ODEUR (o-deur ; la prononciation usuelle allonge l'o : ô-deur) s. f.
  • 1Impression particulière que certains corps produisent sur l'organe de l'odorat par leurs émanations volatiles. Puissent jusques au ciel vos soupirs innocents Monter comme l'odeur d'un agréable encens ! Racine, Esth. I, 2. Notre odorat fut saisi tout à coup d'une senteur agréable, nous nous tournâmes du côté de l'orient d'où nous venait cette odeur, Lesage, Gil Blas, dans LAFAYE, Synonymes. Je ne sais s'il faut féliciter ou plaindre l'homme sage et peu sensible, que l'odeur des fleurs qu'a sa maîtresse ne fit jamais palpiter, Rousseau, Émile, II. Oh ! laissez, laissez-moi m'enfuir sur le rivage ! Laissez-moi respirer l'odeur du flot sauvage ! Hugo, Éblouissements.

    Impression que les corps laissent dans l'air et que flairent les animaux d'un odorat exquis. Le loup sent l'odeur de la poudre. Mon chien bondit, s'écarte et suit avec ardeur L'oiseau dont les zéphirs vont lui porter l'odeur, Saint-Lambert, Saisons, III.

    Odeur de meule, odeur que la farine contracte par des meules neuves.

    Odeur électrique, odeur que l'on sent à l'approche d'un corps actuellement électrisé.

    Odeur de sainteté, odeur agréable que l'on dit que répandaient les sépultures des saints.

    Fig. En odeur de sainteté, se dit des personnes assez pieuses pour être regardées, de leur vivant, comme de saints personnages. Il passe pour constant qu'une religieuse qui est en odeur de sainteté a prédit, il y a deux ans, que la messe se dirait publiquement cette année à Utrecht, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 131, dans POUGENS.

    Mourir en odeur de sainteté, mourir en état de grâce.

    Familièrement. Il n'est pas en odeur de sainteté auprès de moi, c'est-à-dire il n'est pas bien dans mon esprit.

  • 2 Fig. Impression faite sur l'âme, sur l'esprit, et comparée à l'impression faite sur le sens de l'odorat. Je serais bien fâché d'avoir touché à la réputation de la reine… ni d'avoir voulu corrompre une mémoire de si excellente odeur que la sienne, Guez de Balzac, livre VII, lett. 5. Les Pays-Bas doivent au P. Bourgoing l'établissement de tant de maisons qui ont répandu au loin la bonne odeur de l'Évangile, Bossuet, Bourgoing. Aussi était-ce du fond de ses sentiments que se répandait sur ses principaux écrits une certaine odeur de vertu délicieuse pour ceux qui en peuvent être frappés, Fontenelle, Rép. év. Luç. Œuvr. t. III, p. 363, dans POUGENS. Vous répandez la bonne odeur de Jésus-Christ, Massillon, Pet. carême, Vices. L'innocence de leurs mœurs répandait déjà une odeur de vie, Massillon, Panégyr. St Bern. Tout son extérieur [d'Harlay] était gêné, contraint, affecté, l'odeur hypocrite, le maintien faux et cynique, Saint-Simon, 193,47. Votre nom répandra toujours une odeur de suavité dans les nations, Voltaire, Lett. à la Duch. de Choiseul, 13 mars 1771. Cela a une odeur d'antiquité qui plaît, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 348, dans POUGENS.

    Être en bonne, en mauvaise odeur, avoir une bonne, une mauvaise réputation. Vous nous avez mis en mauvaise odeur devant Pharaon et devant ses serviteurs, Sacy, Bible, Exode, V, 21.

  • 3 Au pl. Parfums. Cet homme craint les odeurs. La chose du monde la plus malsaine c'est de dormir parmi les odeurs, Sévigné, 142. L'usage des odeurs produit ces affections spasmodiques, Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 15.

SYNONYME

ODEUR, SENTEUR. Odeur est le terme général ; elle est bonne ou mauvaise. La senteur est une odeur agréable. De plus l'odeur est dans les objets qui l'exhalent ; la senteur est ce qui est senti par le sujet, l'impression qu'il reçoit.

HISTORIQUE

XIIIe s. Ce est cil [le basilic] qui de son odor ocist les oisiaus volans, Latini, Trésor, p. 192.

XVIe s. L'odeur du vin o combien plus est friant, riant, priant, plus celeste et delitieux que d'huyle ! Rabelais, Garg. I, Prol. Ils leur font perdre leur mauvaise odeur par la mixtion des choses odorantes et parfums, Paré, XXIII, 7. L'odeur vineux des grands banquets, Bouchet, Serées, livre I, p. 32, dans LACURNE. Son nom retint toujours quelque bonne odeur envers aucuns gentilhommes et la commune, Nuits de Straparole, t. II, p. 219, dans LACURNE. Il est dict d'aulcuns, comme Alexandre le grand, que leur sueur espandoit une odeur souefve, par quelque rare et extraordinaire complexion, Montaigne, I, 391.

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Odeur : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ODEUR, s. f. (Physique.) sensation dont le siége est dans l’intérieur du nez, & qui est produite par des particules très-subtiles, qui s’échappant des corps, viennent frapper le siége de cette sensation.

L’intérieur du nez est revêtu d’une membrane appellée pituitaire ; elle est composée en grande partie des fibres du nerf olfactif. Voyez Nerf. Ces fibres ébranlées par l’action des corpuscules odorans, produisent la sensation de l’odorat. On peut voir un plus grand détail sur cette membrane dans les livres d’Anatomie, & dans les articles anatomiques de ce Dictionnaire, qui y ont rapport, comme Nez, Membrane pituitaire. On perd le sentiment de l’odorat dans les engorgemens de cette membrane, comme dans les rhumes de cerveau.

Les sensations de l’odorat & du goût, ont beaucoup de rapport entre elles ; non-seulement les organes de l’un & de l’autre sont voisins, & se communiquent, mais on peut même regarder l’odorat comme une espece de goût ; ordinairement le premier des sens avertit le second de ce qui pourroit lui être desagréable. Voyez Gout.

Le principal objet de l’odorat consiste vraissemblablement dans les sels volatils ; ces corpuscules capables d’ébranler l’organe de l’odorat, sont d’une extreme divisibilité ; c’est ce que l’expérience journaliere démontre. Un morceau d’ambre ou de muse mis successivement dans plusieurs chambres, les remplit d’odeur en un instant ; & cette odeur subsiste très-longtems sans qu’on apperçoive de diminution sensible dans le poids de ce morceau d’ambre, ni par conséquent dans la substance. Quand on met dans une cassolette de verre une liqueur odorante, & que la liqueur commence à bouillir, il en sort une vapeur très-forte qui se répand en un instant dans toute la chambre, sans que la liqueur paroisse avoir rien perdu de son volume. Voyez l’article Divisibilité, & la premiere leçon de l’Introductio ad veram physicam de Keill, où la divisibilité de la matiere est prouvée par des calculs tirés de la propagation même des odeurs. (O)

Voici un abregé de ce calcul : il y a, dit M. Keill, plusieurs corps dont l’odeur se fait sentir à cinq piés à la ronde : donc ces corps répandent des particules odorantes au-moins dans toute l’étendue de cette espace ; supposons qu’il n’y ait qu’une seule de ces parties dans chaque quart de pouce cubique. Cette supposition est vraissemblablement fort au-dessous de la vérité, puisqu’il est probable qu’une émanation si rare n’affecteroit point l’odorat ; on trouvera dans cette supposition, qu’il y a dans la sphere de cinq piés de rayon 57839616 particules échappées du corps, sans que ce corps ait perdu sensiblement de sa masse & de son poids.

M. Boyle a observé que l’assa fœtida exposée à l’air, avoit perdu en six jours une huitieme partie de grain de son poids ; d’où M. Keill conclut qu’en une minute elle a perdu de grain, & par un calcul auquel nous renvoyons, il fait voir que chaque particule est d’un pouce cube.

Dans ce calcul, on suppose les particules également distantes dans toute la sphere de cinq piés de rayon ; mais comme elles doivent être plus serrées vers le centre, (voyez Qualité) en raison inverse du quarré de la distance, M. Keill recommence son calcul d’après cette supposition, & trouve qu’en ce cas il faut multiplier par 21 le nombre de particules 57839616 ci-dessus trouvé ; ce qui donne 1214631-936 ; il trouve de plus que la grandeur de chaque particule est de pouce. Voyez les articles Divisibilité & Ductilité. Voyez aussi Ecoulemens, Emanations, &c. (O)

1°. Du mélange de deux corps, qui par eux-mêmes n’ont aucune odeur, on peut tirer une odeur d’urine, en broyant de la chaux vive avec du sel ammoniac.

2°. Au moyen du mélange de l’eau commune, qui par elle même ne sent rien avec un autre corps sans odeur, il peut en résulter une bien mauvaise odeur : ainsi le camphre dissous dans l’huile de vitriol, n’a point d’odeur ; mais si on y mêle de l’eau, il répand aussi-tôt une odeur très-forte.

3°. Les corps composés peuvent répandre des odeurs qui ne ressemblent en rien à l’odeur des corps simples dont ils sont composés. Ainsi l’huile de térébenthine mêlée avec une double quantité d’huile de vitriol, & ensuite distillée, ne répand qu’une odeur de soufre après la distillation. Mais si on met sur un feu plus violent ce qui est resté dans la retorte, il en résultera une odeur semblable à celle de l’huile de cire.

4°. Il y a plusieurs odeurs qu’on ne tire des corps que par l’agitation & le mouvement. Ainsi le verre, les pierres, &c. qui ne répandent point d’odeur, même quand elles sont échauffées, en répandent cependant une forte, quand on les frotte, & qu’on les agite d’une maniere particuliere : principalement le bois d’hêtre quand on le travaille au tour, laisse une espece d’odeur de rose.

5°. Un corps dont l’odeur est forte étant mêlée avec un autre qui ne sent rien, peut perdre tout-à-fait son odeur. Ainsi si on répand de l’eau-forte dont on n’a pas bien ôté le phlegme, sur du sel de tartre, jusqu’à ce qu’il ne fermente plus, la liqueur, lorsqu’elle est évaporée, laisse un crystal sans odeur, qui ressemble beaucoup au sel de nitre ; mais en le brûlant il répand une très-mauvaise odeur.

6°. Du mélange de deux corps, dont l’un sent très-mauvais, & l’autre ne sent pas bon, il peut résulter une odeur aromatique très-gracieuse : par exemple, du mélange de l’eau forte ou de l’esprit de nitre avec l’esprit-de-vin inflammable.

7°. L’esprit-de vin, mêlé avec le corps qui a le moins d’odeur, peut former une odeur aromatique bien agréable. Ainsi l’esprit-de-vin inflammable, & l’huile de vitriol de Dantzic mêlés ensemble en égale quantité, & ensuite digérés, & enfin distillés, donnent un esprit d’une odeur bien gracieuse.

8°. Le corps le plus odoriférant peut dégénérer en une odeur puante, sans y rien mêler. Ainsi si on garde dans un vase bien fermé, l’esprit dont il est parlé dans la premiere expérience, elle se changera aussi-tôt en une odeur d’ail.

9°. De deux corps dont l’un n’a point d’odeur, & l’autre en a une mauvaise, il peut résulter une odeur agréable, semblable à celle du musc : par exemple, en jettant des perles dans l’esprit de vitriol : car quand les perles sont dissoutes, le tout répand une fort bonne odeur.

On employe souvent les odeurs dans les maladies hystériques & hypocondriaques ; ce sont, par exemple, l’assa fœtida, le camphre, &c.

Les odeurs sont pernicieuses aux uns, & sur-tout aux femmes : cependant cela varie selon les tems & les modes. Autrefois qu’en cour les odeurs étoient proscrites, les femmes ne les pouvoient supporter ; aujourd’hui qu’elles sont à la mode, elles en sont infatuées ; elles se plaisent à se parfumer & à vivre avec ceux qui sont parfumés.

Les odeurs ne produisent donc pas toujours l’effet qu’on leur a attribué depuis long-tems, qui est de donner des vapeurs ; puisqu’aujourd’hui toutes les femmes sont attaquées de vapeurs, & que d’ailleurs elles aiment si fort les odeurs ; qui plus est, c’est qu’on ordonne aujourd’hui le musc pour l’épilepsie, les mouvemens convulsifs, & les spasmes. Il faut donc que l’on lui reconnoisse quelque chose d’antispasmodique.

Il faut convenir que les odeurs fortes, disgracieuses, & fétides, tels que le castoreum, l’assa fœtida, la savate brûlée, & autres de cette nature, sont excellentes dans les accès de vapeurs, de quelque maniere qu’elles produisent leur effet. Cela ne peut arriver, qu’en remettant les esprits dans leur premier ordre, & en leur rendant leurs cours ordinaires. Voyez Musc.

Odeur, (Critique sacrée.) ce mot signifie figurément plusieurs choses dans l’Ecriture : par exemple, 1°. un sacrifice offert à Dieu : Non capiam odorem cætuum vestrorum, Amos, v. 21. je n’accepterai point les victimes que vous m’offririez dans vos assemblées. Odoratus est Dominus odorem suavitatis, Genese, viij. 21. Dieu agréa le sacrifice de Noé. 2°. Il signifie une mauvaise réputation, Exode, v. 21. Jacob se plaint pareillement à ses fils, de ce que par le meurtre de Sichem, ils l’avoient mis en mauvaise odeur, chez les Cananéens. 3°. Odor ignis, l’odeur du feu, se met pour la flamme même, quoniam odor ignis non transuiset per eos, ils n’avoient point senti l’activité du feu, Daniel, iij. 94. 4°. Le mot bonne odeur, veut dire une chose excellente : sicut balsamum aromatisans odorem dedi, Ecclés. xxiv. 20. J’ai répandu une bonne odeur, l’odeur d’un baume précieux ; cette bonne odeur étoit celle de la doctrine & des préceptes de la loi. (D. J.)

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Étymologie de « odeur »

Étymologie de odeur - Littré

Bourg. odou ; prov. et portug. odor ; ital. odore ; du lat. odorem. Les latinistes du XVIe siècle tentèrent de faire odeur du masculin. Au reste Brunetto Latini, Italien écrivant en français, l'avait fait masculin au XIIIe siècle.

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Étymologie de odeur - Wiktionnaire

(fin XIVe siècle) Du latin odor. (XIIe siècle) odor.
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Phonétique du mot « odeur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
odeur odœr play_arrow

Citations contenant le mot « odeur »

  • A Porto-Vecchio, en Corse-du-Sud, deux chiens ont été déployés pour une campagne de dépistage inédite. Entraînés pendant plusieurs mois à reconnaître l'odeur du virus, ils sont amenés à renifler des compresses placées sous l'aisselle de volontaires afin de détecter la présence du virus. Les résultats obtenus doivent être comparés à ceux des tests PCR afin de valider la fiabilité de cette opération. Orange Actualités, En Corse, des chiens détectent l'odeur du Covid-19 dans la sueur
  • A en croire le directeur produit de ce parfum, Matt Richmond, seule une poignée d'astronautes a pu humer l'odeur de l'espace, mais son objectif est de la démocratiser. ladepeche.fr, L'odeur de l'espace développée par la NASA devient un parfum - ladepeche.fr
  • Les odeurs sont dues à la transpiration, grâce à laquelle on maintient une température constante du corps. La transpiration est donc indispensable à l’équilibre du corps. Deux glandes sont à l’origine de la transpiration : les glandes eccrines et les glandes apocrines. Actualités Santé, Odeurs corporelles : d'où viennent-elles ?
  • Habiter en face d’un crématorium peut être particulier, surtout quand la fumée est noire et l’odeur difficilement supportable. La direction assure que tout va rentrer dans l’ordre. L'Aisne nouvelle, Fumée noire et forte odeur inquiètent les riverains du crématorium de Tergnier
  • Avec leurs odeurs de feuilles froissées, de tiges coupées ou de gazon tondu, ces notes mettent instantanément le « green » en flacon. « Cette catégorie illustre bien les jeux de synesthésie que l'on peut faire entre couleurs et odeurs. Elle regroupe de nombreuses nuances olfactives tantôt fraîches ou herbacées tantôt résineuses ou florales », explique Olivier Polge, le parfumeur de Chanel. On a des herbes aromatiques comme le basilic, des feuilles comme celles de violette, des rameaux comme le petit grain. Certaines époques ont fait la part belle aux notes vertes. En 1970, la maison sortait le N°19 puis, en 1974, Cristalle. Le premier opposait des notes vives d'herbe coupée à la caresse poudrée de l'iris tandis que le second donnait le rôle-titre à un bouquet printanier de jacinthe et de chèvrefeuille. Il y avait également Chamade de Guerlain, l'Eau de Campagne de Sisley, Eau d'Orange Verte d'Hermès… La période de l'après-guerre offrit de grands floraux comme Vent Vert de Balmain en 1947 ou de beaux chyprés à l'image de Miss Dior. À ces deux époques-là, un ingrédient donnait le ton : le galbanum, une résine aux accents terreux et verts de petits pois crus. « On utilise différemment les notes vertes aujourd'hui, constate Olivier Polge, les accords se font plus éthérés et évoquent des impressions de tiges, de sèves ou de feuilles sur un ton plus figuratif. » Et de citer Bel Respiro et Paris-Deauville, deux compositions privilégiant des notes herbacées et aromatiques. Les Echos, Parfums : le vert a-t-il une odeur ? | Les Echos
  • Une odeur suspecte et un risque d'explosion ont obligé 61 personnes à quitter leurs logements ce dimanche 19 juillet à Royan, dans le quartier de Marne Yeuse. Face au risque, en plus de la dizaine de véhicules des pompiers, la police, GRDF, Enedis, et la compagnie des eaux de Royan étaient présents. France Bleu, Royan : une odeur suspecte de gaz oblige 61 personnes à évacuer leurs domiciles
  • Saviez-vous que le phytoplancton en décomposition provoque un parfum ozonique et soufré que notre mémoire olfactive attribue à la marée basse ? Ou encore que la belle odeur de propre qui se dégage des serviettes de plage et des tee-shirts qui ont séché au soleil provient d’un phénomène baptisé photo oxydation ? Décryptage des senteurs des vacances. Le Monde.fr, Le linge qui sèche, l’ambre solaire, le figuier… Voyage au pays des odeurs de l’été
  • L'argent n'a pas d'odeur, mais la pauvreté en a une. De Paul Léautaud
  • D’où qu’il vienne, le gain fleure une bonne odeur. De Juvénal
  • Le succès est doux, mais il a d’ordinaire une odeur de sueur. De Anonyme
  • Le pétrole me paraît très nettement être l'odeur la plus parfaite du désespoir humain, si le désespoir humain a une odeur. De Pierre Mac Orlan / Chansons pour accordéon
  • Chandeleur sans chaleur, crêpes sans odeur. De Dicton français
  • Qui cultive les oignons n’en sent pas l’odeur. De Proverbe allemand
  • L'odeur est l'intelligence des fleurs. De Henry de Montherlant / Carnets
  • L'immortelle n'a pas d'odeur. De André Gide
  • Les gens sérieux ont une petite odeur de charogne. De Francis Picabia / Ecrits
  • Nul n’est dégoûté de sa propre mauvaise odeur. De Proverbe grec antique
  • Le renard ne sent pas sa propre odeur. De James Freeman Clarke
  • Les idées n’ont pas d’odeur. De Paul Nougé
  • Point d'odeur, bonne odeur. De Cicéron
  • Reste toujours l'odeur de sang : tous les parfums de l'Arabie n'adouciraient pas cette petite main. William Shakespeare, Macbeth, V, 1, lady Macbeth
  • L'argent n'a pas d'odeur. Vespasien en latin Titus Flavius Vespasianus,
  • [Vitellius] osa affirmer que l'odeur d'un ennemi tué est très agréable, surtout quand c'est un concitoyen. Suétone en latin Caius Suetonius Tranquillus, Vies des douze Césars, Vitellius, X
  • Comme son fils Titus lui reprochait d'avoir imposé l'urine, [Vespasien] lui mit sous le nez l'argent qu'avait rapporté l'impôt lors des premières rentrées et lui demanda s'il était incommodé par l'odeur. Suétone en latin Caius Suetonius Tranquillus, Vies des douze Césars, Vespasien, XXIII
  • L'argent a bonne odeur d'où qu'il vienne. Juvénal en latin Decimus Junius Juvenalis, Satires, XIV, 204
  • Nous vivons avec nos défauts comme avec les odeurs que nous portons : nous ne les sentons plus ; elles n'incommodent que les autres. Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert, Avis d'une mère à sa fille et à son fils

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Traductions du mot « odeur »

Langue Traduction
Corse odore
Basque usain
Japonais におい
Russe запах
Portugais odor
Arabe رائحة
Chinois 气味
Allemand geruch
Italien odore
Espagnol olor
Anglais odour
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Synonymes de « odeur »

Source : synonymes de odeur sur lebonsynonyme.fr


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