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Exhalaison

Définitions du mot « exhalaison »

Trésor de la Langue Française informatisé

EXHALAISON, subst. fém.

Gaz, odeur se dégageant d'un corps, d'un lieu. Exhalaison douce, agréable, pestilentielle (Ac.). Il sentait monter autour de lui comme une exhalaison légère et inflammable (Romains, Copains,1913, p. 224):
Au détour d'un sentier, une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux, Les jambes en l'air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d'exhalaisons. Baudel., Fl. du Mal,1857-61, p. 49.
P. métaph. C'était un petit coin embaumé, mystérieux, (...) retraite cachée (...) toute propice aux exhalaisons du désir mystique (Flaub., Champs et grèves,1848, p. 305).
Prononc. et Orth. : [εgzalεzɔ ̃]. ou [-ezɔ ̃]. Cf. é-1. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1561 [date de l'éd. princeps] (Sommaire philosophique de pseudo Nicolas Flamel, ds Rose, éd. Méon, t. IV, p. 211, 147). Dér. du rad. de exhaler*; suff. -aison*. Fréq. abs. littér. : 153.

Wiktionnaire

Nom commun

exhalaison \ɛɡ.za.le.zɔ̃\ féminin (pluriel à préciser)

  1. (Didactique) Ce qui s’exhale d’un corps.
    • Des maladies pestilentielles désolaient de plus les Gaulois campés dans des bas-fonds, au milieu d'un cercle d'éminences et sur un terrain brûlant, que tant d'incendies avaient imprégné d’exhalaisons enflammées, et où le moindre vent les offusquait de poussière et de cendre. — (Histoire romaine de Tite-Live, traduction de M. Dureau de Lamalle, revue par M. Noël, 1re décade, tome 3, Paris : chez Guiguet & Michaud, & chez H. Nicolle, 1810, p. 179)
    • Puis des vents chauds, l’exhalaison d’une nuit d’été faisaient Paris comme une bête hurlante, avec des sueurs et des yeux fous, et qui soufflait son haleine jusqu’à en défaillir. — (Charles-Louis Philippe, Bubu de Montparnasse, 1901, réédition Garnier-Flammarion, page)
    • Une tiédeur extraordinaire soufflait dans ce caveau qui répandait aussi un singulier parfum où revenait, dans un souvenir de terre humide, un relent de cire chaude ; mais c’était là, si l’on peut dire, le fond, le canevas même de la senteur, […]. C’était une exhalaison mystérieuse et confuse, comme la crypte même […]. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915.)
    • Au détour d'un sentier une charogne infâme
      Sur un lit semé de cailloux,
      Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
      Brûlante et suant les poisons,
      Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
      Son ventre plein d’exhalaisons.
      — (Charles Baudelaire ; Une Charogne ; dans Les Fleurs du Mal.)
    • Lorsqu’elle fut à portée de Kazan, celui-ci entendit derechef le timbre harmonieux et doux, et il éprouva comme une exhalaison de tendresse et de douceur qui émanait d’elle. — (James-Oliver Curwood, Kazan, 1914, traduit de l’anglais américain par P. Gruyer et L. Postif, Hachette, 1937, page 61)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EXHALAISON. n. f.
T. didactique. Ce qui s'exhale d'un corps. Exhalaison douce, agréable. Une exhalaison pestilentielle. Exhalaison sulfureuse. La terre envoie des exhalaisons. Il en sort des exhalaisons.

Littré (1872-1877)

EXHALAISON (è-gza-lè-zon) s. f.
  • Vapeur, odeur qui s'exhale de certains corps. Exhalaison douce, agréable. Des exhalaisons fétides. De ce gouffre infernal l'impure exhalaison Dans l'air atteint l'oiseau frappé de son poison, Delille, Énéide, VI. Courir le danger d'être étouffé ou consumé par une exhalaison qui s'enflamme à la lueur des lampes qui éclairent le travail [dans les mines], Raynal, Hist. phil. VI, 19.

HISTORIQUE

XIVe s. Car lors, si estes vigilant, Verrez par l'air jectant, courant Une exhalaison venimeuse, Mal odorante et maligneuse, Traité d'alch. 147.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

EXHALAISON, s. f. (Physiq.) fumée ou vapeur qui s’exhale ou qui sort d’un corps, & qui se répand dans l’air. Voyez Emanations.

Les mots d’exhalaison & de vapeur se prennent d’ordinaire indifféremment l’un pour l’autre ; mais les auteurs exacts les distinguent. Ils appellent vapeurs, les fumées humides qui s’élevent de l’eau & des autres corps liquides ; & exhalaisons, les fumées seches qui viennent des corps solides, comme la terre, le feu, les minéraux, les soufres, les sels, &c. Voyez Emanations.

Les exhalaisons, prises dans ce dernier sens, sont des corpuscules ou écoulemens secs, qui s’élevent des corps durs & terrestres, soit par la chaleur du soleil, soit par l’agitation de l’air, soit par quelque autre cause. Les corpuscules parviennent jusqu’à une certaine hauteur dans l’air, où se mêlant avec les vapeurs, ils forment les nuages, pour retomber ensuite en rosée, en brouillard, en pluie, &c. Voyez Atmosphere, Nuage, Pluie. Voyez aussi Evaporation.

Les exhalaisons nitreuses & sulfureuses sont la principale matiere du tonnerre, des éclairs, & des divers autres météores qui s’engendrent dans l’air. Voyez Tonnerre, Eclair, &c.

M. Newton prétend que l’air vrai & permanent est formé par des exhalaisons élevées des corps les plus durs & les plus compacts. Voyez Air. Harris & Chambers.

On voit quelquefois, dit M. Musschenbroeck, flotter dans l’air de fort grandes traînées d’exhalaisons qui sont d’une seule & même espece ; elles different seulement, quant à la figure qu’elles avoient auparavant dans la terre, en ce que de corps solides qu’elles étoient, elles sont devenues fluides ; ou bien en ce que de fluides denses qu’elles étoient, elles ont été réduites en un fluide plus rare, & dont les parties se trouvant alors séparées les unes des autres, peuvent flotter dans l’air & y rester suspendues : elles doivent par conséquent avoir conservé plusieurs des propriétés qu’elles avoient auparavant ; savoir celles qui n’ont pas été changées par la raréfaction : elles auront donc aussi les mêmes forces qu’elles avoient déjà, lorsqu’elles étoient encore un corps solide ou un fluide plus dense ; & ces forces seront aussi les mêmes que celles qu’elles auront, lorsqu’elles se trouveront changées en une masse semblable à celle qu’elles formoient avant que d’être raréfiées. On n’aura pas de peine à concevoir que la chose doit être ainsi, lorsqu’on viendra à considérer qu’il s’évapore beaucoup d’eau en été dans un jour, & que cette eau s’éleve dans l’air. Lors donc qu’on se représente cette portion d’air qui couvre un grand lac, ou qui se trouve au-dessus de la mer, on doit concevoir alors que cette partie de l’atmosphere se charge en un jour d’une grande quantité de vapeurs, surtout s’il ne fait pas beaucoup de vent. Il arrive quelquefois que le mont Vésuve & le mont Etna exhalent une fumée d’une épaisseur affreuse, & qu’ils vomissent dans l’air une grande quantité de soufre ; ce qui y fait naître de gros nuages de soufre. Après une bataille sanglante & où il y a eu beaucoup de monde de tué, les corps, que l’on enterre alors ordinairement les uns proche des autres, & peu profondément, doivent exhaler une très-mauvaise odeur lorsqu’ils viennent à se corrompre ; & ces exhalaisons qui tiennent de la nature du phosphore, ne cessent de s’élever chaque jour dans l’air en très-grande quantité au-dessus de l’endroit où ces cadavres se trouvent enterrés. (On peut juger de-là, pour le dire en passant, combien est pernicieuse notre méthode d’enterrer dans les églises, & même dans des cimetieres au milieu des grandes villes). De grands champs où l’on n’a semé qu’une seule sorte de graine, remplissent l’air qui se trouve au-dessus d’eux, d’un nuage d’exhalaisons qui sont par-tout de même nature.

Ces amas de vapeurs ou d’exhalaisons d’une même espece qui se font dans l’air & le remplissent, sont poussés par le vent d’un lieu dans un autre, où ils rencontrent d’autres parties de nature différente qui se sont aussi élevées dans l’air, & avec lesquelles ils se confondent. Il faut donc alors qu’il naisse de ce mélange les mêmes effets, ou des effets semblables à ceux que nous pourrions observer, si l’on versoit ou mêloit dans un verre des corps semblables à ceux qui constituent ces vapeurs. Qu’il seroit beau & utile en même tems, de connoître les effets que produiroient plusieurs corps par le mélange que l’on en feroit ! Mais les Philosophes n’ont encore fait que fort peu de progrès dans ces sortes de mélanges ; car les corps que l’on a divisés en leurs parties, & mêlés ensuite ensemble ou avec d’autres, sont jusqu’à présent en très-petit nombre. Puis donc que l’atmosphere contient des parties de toute sorte de corps terrestres qui y nagent & qui se rencontrent, il faut que leur mélange y produise un très-grand nombre d’effets que l’art n’a pû encore nous découvrir ; par conséquent il doit naître dans l’atmosphere une infinité de phénomenes que nous ne saurions encore ni comprendre ni expliquer clairement. Il ne seroit pourtant pas impossible de parvenir à cette connoissance, si l’on faisoit un grand nombre d’expériences sur les mélanges des corps ; matiere immense, puisqu’un petit nombre de corps peuvent être mêlés ensemble d’un très-grand nombre de manieres, comme il paroît évidemment par le calcul des combinaisons. Il est donc entierement hors de doute que les météores doivent produire un grand nombre de phénomenes dont nous ne comprendrons jamais bien les causes, & sur lesquels les Philosophes ne feront jamais que des conjectures. Voyez Météores.

Il y a quelquefois, continue M. Musschenbroeck, de violens tremblemens de terre, qui font fendre & crever de grosses croûtes pierreuses de la grandeur de quelques milles, & qui se trouvoient couchées sous la surface de la terre. Ces croûtes empêchoient auparavant les exhalaisons de certains corps situés encore plus profondément, de s’échapper & de sortir de dessous la terre ; mais aussi-tôt que ces especes de voûtes se trouvent rompues & brisées, les passages sont comme ouverts pour les vapeurs, qui venant alors à s’élever dans l’air, y produiront de nouveaux phénomenes. Ces phénomenes dureront aussi longtems que durera la cause qui les produit, & ils cesseront dès que cette même cause se trouvera consumée. Mussch. essai de Physique, §. 1471-1493. Voyez Volcan.

On peut voir dans l’essai sur les poisons, du docteur Mead, comment & par quelle raison les vapeurs minérales peuvent devenir empoisonnées. Voyez Poison, & l’article suivant.

On trouve dans les Naturalistes plusieurs exemples des effets de ces exhalaisons malignes : voici ce qui est rapporté dans l’histoire de l’académie des Sciences pour l’année 1701. Un maçon qui travailloit auprès d’un puits dans la ville de Rennes, y ayant laissé tomber son marteau, un manœuvre qui fut envoyé pour le chercher, fut suffoqué avant d’être arrivé à la surface de l’eau ; la même chose arriva à un second qui descendit pour aller chercher le cadavre, & il en fut de même d’un troisieme : enfin on y descendit un quatrieme à moitié yvre, à qui on recommanda de crier dès qu’il sentiroit quelque chose : il cria bien vîte dès qu’il fut près de la surface de l’eau, & on le retira aussi-tôt ; mais il mourut trois jours après. Il dit qu’il avoit senti une chaleur qui lui dévoroit les entrailles. On descendit ensuite un chien, qui cria dès qu’il fut arrivé au même endroit, & qui s’évanoüit dès qu’il fut en plein air ; on le fit revenir en lui jettant de l’eau, comme il arrive à ceux qui ont été jettés dans la grotte du chien proche de Naples. Voyez Grotte. On ouvrit les trois cadavres, après les avoir retirés avec un croc, & on n’y remarqua aucune cause apparente de mort ; mais ce qu’il y a de plus singulier, c’est que depuis plusieurs années on buvoit de l’eau de ce puits, sans qu’elle fît aucun mal.

Autre fait rapporté dans l’histoire de l’académie des Sciences, ann. 1710. Un boulanger de Chartres avoit mis dans sa cave, dont l’escalier avoit 36 degrés, sept à huit poinçons de braise de son four. Son fils, jeune homme fort & robuste, y étant descendu avec de nouvelle braise & de la lumiere, la lumiere s’éteignit au milieu de l’escalier ; il remonta, la ralluma, & redescendit. Dès qu’il fut dans la cave, il cria qu’il n’en pouvoit plus, & cessa bientôt de crier. Son frere, aussi fort que lui, descendit à l’instant ; il cria de même qu’il se mouroit, & peu de tems après ses cris finirent : sa femme descendit après lui, une servante ensuite, & ce fut toûjours la même chose. Cet accident jetta la terreur dans tout le voisinage, & personne ne se pressoit plus de descendre dans la cave. Un homme plus hardi que les autres, persuadé que les quatre personnes qui étoient descendues dans la cave n’étoient pas mortes, voulut aller les secourir ; il cria, & on ne le revit plus. Un sixieme homme demanda un croc pour retirer ces corps sans descendre en-bas ; il retira la servante, qui ayant pris l’air, fit un soupir & mourut. Le lendemain un ami du boulanger voulant retirer ces corps avec un croc, se fit descendre dans la cave par le moyen d’une corde, & recommanda qu’on le retirât dès qu’il crieroit. Il cria bien vîte ; mais la corde s’étant rompue, il retomba, & quelque diligence qu’on fît pour renoüer la corde, on ne put le retirer que mort. On l’ouvrit : il avoit les meninges extraordinairement tendues, les lobes du poumon tachetés de marques noirâtres, les intestins enflés & gros comme le bras, enflammés & rouges comme du sang ; & ce qu’il y avoit de plus singulier, tous les muscles des bras, des cuisses & des jambes comme séparés de leurs parties. Le magistrat prit connoissance de ce fait, & on consulta des medecins. Il fat conclu que la braise qui avoit été mise dans la cave, étoit sans doute mal éteinte ; & que comme toutes les caves de Chartres abondent en salpetre, la chaleur de la braise avoit sans doute fait élever du salpetre une vapeur maligne & mortelle ; qu’il falloit par conséquent jetter dans la cave une grande quantité d’eau, pour éteindre le feu & arrêter le mal, ce qui fut exécuté : ensuite de quoi on descendit dans la cave un chien avec une chandelle allumée ; le chien ne mourut point, & la chandelle ne s’éteignit point : preuve certaine que le péril étoit passé.

A ces deux faits nous pouvons en ajoûter un troisieme, rapporté par le docteur Connor dans ses dissert. medic. physiq. Quelques personnes creusoient la terre dans une cave à Paris, croyant y trouver un thrésor caché : après qu’elles eurent travaillé quelque tems, la servante étant descendue pour appeller son maître, les trouva dans la posture de gens qui travailloient ; mais ils étoient morts. Celui qui tenoit la beche, & son compagnon qui rejettoit la terre avec la pelle, étoient tous deux sur pié, & sembloient encore occupés à leur travail : la femme de l’un d’eux étoit assise sur ses genoux, comme si elle eût été lasse, ayant sa tête appuyée sur ses mains, dans la posture de quelqu’un qui rêve profondément ; & un jeune homme avoit son haut-de-chausses bas, & sembloit faire ses nécessités sur le bord de la fosse, ayant les yeux fixés en terre : enfin tous paroissoient dans des attitudes & des actions naturelles ; les yeux ouverts & la bouche béante, de maniere qu’ils sembloient encore respirer ; mais ils étoient roides comme des statues, & froids comme marbre. Chambers. (O)

Exhalaisons minérales ou Mouphetes, habitus minerales, mephitis, &c. (Hist. nat. minéral.) Il part des veines ou filons métalliques, sur-tout lorsqu’ils sont proches de la surface de la terre, des vapeurs qui se rendent sensibles, & qui dans l’obscurité de la nuit paroissent quelquefois enflammées. La même chose arrive dans le sein de la terre, au fond des galeries & soûterreins des mines dont on tire les métaux, charbons de terre & autres substances minérales. Ces vapeurs ou exhalaisons s’échappent par les fentes, crevasses & cavités qui se trouvent dans les roches ; elles sont de différentes especes, & produisent des effets tout différens. Tantôt elles échauffent l’air si considérablement, qu’il est impossible que les ouvriers puissent continuer leurs travaux sous terre ; cela arrive sur-tout durant les grandes chaleurs, où l’air extérieur de l’atmosphere n’étant pas agité par le vent, reste dans un état de stagnation qui empêche l’air contenu dans les soûterreins de se renouveller & de circuler librement. Les ouvriers sont fort incommodés de ces exhalaisons ; elles excitent chez eux des toux convulsives, & leur donnent la phthysie, la pulmonie, des paralysies, & d’autres maladies qui contribuent à abréger leurs jours : souvent même l’effet en est encore plus prompt, & les pauvres mineurs sont tout-d’un-coup suffoqués par ces vapeurs dangereuses.

Ces exhalaisons paroissent comme un brouillard qui s’éleve dans les soûterreins des mines ; quelquefois elles ne s’élevent que jusqu’à cinq ou six pouces au dessus du sol de la mine ; d’autres fois elles s’annoncent en affoiblissant peu-à-peu, & même éteignant tout-à-fait les lampes des ouvriers : elles se manifestent aussi sous la forme de filamens ou de toiles d’araignées, qui en voltigeant s’allument à ces lampes, & produisent, comme nous l’avons remarqué à l’article Charbon fossile, les effets de la poudre à canon ou du tonnerre. Voyez cet article. Mais le phénomene le plus singulier que les exhalaisons nous présentent, c’est celui que les mineurs nomment ballon. On prétend qu’on voit à la partie supérieure des galeries des mines, une espece de poche arrondie, dont la peau ressemble à de la toile d’araignée. Si ce sac vient à se crever, la matiere qui y étoit renfermée se répand dans les soûterreins, & fait périr tous ceux qui la respirent. Voyez le dictionn. de Chambers. Les mineurs anglois croyent que ce ballon est formé par les émanations qui partent de leurs corps & de leurs lumieres ; s’élevent vers la partie supérieure des galeries soûterreines, s’y condensent, & se couvrent à la longue d’une pellicule, au-dedans de laquelle elles se corrompent & deviennent pestilentielles : au reste chacun est le maître d’en penser ce qu’il voudra.

Les exhalaisons minérales, quoique toûjours pernicieuses, n’ont cependant point toutes le même degré de malignité. Les minéralogistes allemands nomment schwaden les plus mauvaises ; elles se font sentir principalement dans les mines d’où l’on tire des minéraux sujets à se décomposer par le contact de l’air, telles que les terres alumineuses & sulphureuses ; & ceux dans la composition desquels il entre beaucoup d’arsenic, comme sont les mines d’argent rouges & blanches, les mines d’étain, les mines de fer arsénicales, les pyrites arsénicales blanches, les mines de colbalt, &c. d’où l’on voit que la malignité de ces exhalaisons ou mouphetes, vient de l’arsenic dont elles sont chargées ; & il y a lieu de croire que ce qui les excite, est l’espece de fermentation que cause la chaleur soûterreine.

Heureusement ces exhalaisons ne regnent pas toûjours dans les mines ; il y en a qui ne s’y font sentir que dans de certains tems ; d’autres ne se manifestent qu’accidentellement, c’est-à-dire lorsque les ouvriers viennent à percer avec leurs outils dans des fentes ou cavités, dans lesquelles des minéraux arsénicaux ont été décomposés, ou bien qui ont servi de retraite à des eaux croupies, à la surface desquelles ces exhalaisons se présentent quelquefois sous la forme d’une vapeur bleuâtre, qui sort par le mouvement causé à ces eaux, & se répand dans les soûterreins par les passages qu’on lui a ouverts ; elle est souvent accompagnée d’une odeur très-fétide. Il ne faut point confondre avec les mouphetes que nous venons de décrire, les exhalaisons qui regnent dans certaines mines, où l’on a été obligé de mettre le feu, afin de détacher le minéral de la roche dans laquelle il se trouve enveloppé ; comme cela se pratique quelquefois, & sur-tout dans les mines d’étain. On sent aisément que par cette opération il doit s’exciter dans les soûterreins des vapeurs & fumées, qu’il seroit très-dangereux de respirer.

Il y a d’autres exhalaisons minérales qui, sans être arsénicales, ne laissent point que d’être très-dangereuses, & de produire de funestes effets ; telles sont celles qui sont sulphureuses, & par lesquelles, pour parler le langage de la Chimie, l’acide sulphureux volatil est dégagé ; souvent elles font périr ceux qui ont le malheur d’y être exposés. Celles dont il est parlé dans l’article Charbon fossile sont de cette espece. Il y a lieu de croire qu’il en est de même de celles qui se font sentir en Italie, dans la fameuse grotte du chien, &c.

Souvent il se fait à la surface de la terre, & dans son intérieur, des exhalaisons très-sensibles & très-considérables : elles se montrent sur-tout le matin, dans le tems que la rosée tombe ; & à la suite de ces exhalaisons, les mineurs trouvent les filons des mines qui sont dans le voisinage stériles, dépourvus du minéral qu’ils contenoient, & semblables à des os cariés ou à des rayons de miel ; pour lors ils disent qu’ils sont venus trop tard. C’est-là proprement ce qu’on nomme exhalaison, exhalatio, en allemand ausswitterng. Quelquefois l’effet en est plus rapide, les vapeurs paroissent enflammées, elles sortent de la terre accompagnées d’une épaisse fumée, & produisent des éruptions, à la suite desquelles les veines métalliques se trouvent détruites. Ces phénomenes semblent avoir la même cause que les volcans. Voyez cet article. Enfin il y a encore des exhalaisons ou vapeurs que l’on appelle inhalationes, en allemand einwitterung ; on désigne par-là les vapeurs qui regnent dans les soûterreins des mines qui ont été long-tems abandonnées, & à la suite desquelles quelques auteurs disent qu’on trouve une matiere visqueuse ou gélatineuse, attachée aux parois des soûterreins, dont par la suite des tems il se forme des minéraux métalliques. Quoi qu’il en soit, il paroît qu’il n’est point douteux que les exhalaisons qui s’excitent dans les entrailles de la terre, ne contribuent infiniment à la formation des métaux, ou du moins à la composition & décomposition des minéraux métalliques, puisqu’il est aisé de voir que par leur moyen il se fait continuellement des dissolutions, qui ensuite sont suivies de nouvelles combinaisons. Pour peu qu’on fasse réflexion à ce qui vient d’être dit, on verra que les exhalaisons minérales jouent un grand rôle dans la nature, & sur-tout pour la crystallisation & la minéralisation. Voyez ces deux articles. Il y a aussi tout lieu de croire que c’est à ces exhalaisons minérales que toutes les pierres colorées sont redevables de leurs couleurs ; parce que les parties métalliques mises dans l’état de vapeurs, sont atténuées au point de pouvoir pénétrer les substances les plus dures & les plus compactes. C’est le sentiment du célebre Kunckel.

M. Lehmann, savant minéralogiste, a fait un excellent commentaire allemand sur un assez mauvais traité des mouphetes de Théobald. Il finit son commentaire par conclure, que les exhalaisons minérales ou mouphetes ne sont autre chose « qu’un corps composé d’une terre très-atténuée, d’un soufre très-subtil, & d’un sel très-volatil, qui produit sur les roches & pierres, dans le sein de la terre, la même chose que le levain produit sur la pâte, c’est-à-dire qu’il pénetre, développe, mûrit, & augmente ».

Les exhalaisons minérales étant aussi dangereuses & incommodes qu’on l’a vû dans cet article, on prend un grand nombre de précautions pour en garantir les ouvriers, & pour faciliter la circulation de l’air dans les soûterreins. On se sert pour cela des percemens, quand il est possible de les pratiquer, c’est-à-dire qu’on ouvre une galerie horisontale au pié d’une montagne ; & cette galerie fait, avec les bures ou puits perpendiculaires de la mine, une espece de syphon qui favorise le renouvellement de l’air. Mais de toutes les méthodes qu’on puisse employer, il n’en est pas de plus sûre que la machine de Sutton Voyez cet article. (—)

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Étymologie de « exhalaison »

Lat. exhalationem, de exhalare, exhaler.

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→ voir exhaler
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Phonétique du mot « exhalaison »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
exhalaison ɛgzalezɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « exhalaison »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « exhalaison »

  • Intitulée “Quand le fil se termine”, l’exposition d’ouvrages faits main de l’artiste Allmuth Bourenane narre la trajectoire du point de croix qui noue son ruban d’attache sur le kit du “chemin de table” de cuisine qui est là, à l’accueil du matin bonheur où la tasse de café n’est pas de refus. D’autant que l’exhalaison du noiraud fumant s’adoucit de la vision d’un dessin puis d’un autre, où il y a le legs de nos aïeux.  Une hérédité où l’“aouchem” éblouit l’iris de celui qui consent l’œil et le bon pour admirer l’esthétique du signe berbère qui est aussi séculaire que la Renaissance.  http://www.liberte-algerie.com/, L’artiste photographe Allmuth Bourenane expose à Ifru-Design: Toute l'actualité sur liberte-algerie.com
  • Imaginez la scène. Vous marchez tranquillement dans la rue. Le soleil est haut dans le ciel, pas un nuage en vue. Les oiseaux chantent, vous profitez du beau temps. Quand, une odeur nauséabonde vous prend au nez. Vous accélérez le pas, mais impossible de lui échapper. Elle vous colle à la peau. C’est ce qu’on appelle une odeur «méphitique», «dont l’exhalaison est malfaisante, toxique, parfois puante, désagréable». Stendhal l’employait dans ses Mémoires pour parler du palais de justice de Valence: «L’air méphitique m’en a chassé. Des juges qui passent leur vie dans cet air malsain n’ont jamais lu un dictionnaire de chimie à l’article ventilateur.» Le Figaro.fr, Cinq mots pour rouspéter et se plaindre avec élégance
  • De Gaulle n’a pas été le chef de la résilience. La France et sa population peuvent respirer dans leur Histoire un air vif. Le prétendu second souffle du quinquennat de M. Macron, lui, n’est qu’une exhalaison d’esprit confiné et rance. Le Comptoir, Un « esprit français » aux relents pétainistes – Le Comptoir
  • En rentrant du journal, ce dimanche en toute fin d'après-midi, c'est une odeur qui m'a stoppée net dans ma migration. Le jour déclinait lentement. Le déjeuner, frugal, était déjà loin, le dîner encore distant. Mais "la sensation de la faim" persistait. Il y eut alors cette exhalaison quasi proustienne. Immémoriale, universelle. Impossible de résister, j'étais comme aimanté. Le petit coiffeur de la rue Ferrandière avait fait place à une jolie petite boutique à frites au nom qui pourrait faire croire à la Belgique. Lyon Capitale, Maison Croustiller : les meilleures frites de Lyon ?
  • Réveil perplexe avec l’impression de ne distinguer aucune odeur. La fenêtre ouverte toute la nuit n’a rien introduit de l’extérieur, même pas une mauvaise exhalaison de groupe électrogène ni le relais d’une brise vaguement jasminée comme il en passe en cette saison. En d’autres temps, je n’y aurais pas prêté attention. Mais ce virus a la réputation de nous priver de notre sens le plus animal, comme s’il cherchait à neutraliser, au-delà de l’organe, l’instinct le plus élémentaire qui commande nos impulsions et nos répulsions, nos envies et notre survie. Au-delà de ses vertus tonifiantes, c’est par ses arômes grillés que le café nous ouvre les yeux au jour. Nos matins sentent le brûlé, et cela suffit pour faire taire l’alarme et donner l’alerte. À l’intersection de la lumière et de l’obscurité du breuvage, la vie nous offre une nouvelle chance. Ce matin, l’odeur du café m’a restitué mon ombre, mes contours et ma place dans l’espace. Tout va bien. L'Orient-Le Jour, VI - L’odeur du café - L'Orient-Le Jour
  • Les savants musulmans défendent la causalité naturelle. Ils considèrent que les épidémies sont dues aux mauvaises conditions d’hygiènes, à la pollution de l’air, au surpeuplement des habitations et au mauvais comportement des gens de la Cité. Les médecins d’Andalous ont développé la contagiosité de la peste comme Ibn abï Usaybi’a dans son ouvrage intitulé «La science des corps se trouve attachée à la science des religions». Cet auteur considère que les changements climatiques sont de facteurs pouvant infecter l’air et provoquer sa pollution. En revanche, Ibn abï Hagäla, lui aussi agrée la cause naturelle en disant pour la propagation :«II se peut que la peste se transmette d’un malade à un bien portant par le biais de l’exhalaison d’une personne contaminant une autre personne, sachant que cet élément est l’un des facteurs de la contagion». Ce savant musulman a perdu son fils dans la peste qui a ravagé le Caire en 1364 Ibn Khaldûn fut lui aussi parmi ceux qui croient à la contagion, mais pour lui, la propagation des maladies est fortement liée au surpeuplement des habitats qui ne favorise pas la circulation de l’air épidémique. Il décrit la peste noire comme déluge, et des mutations politiques du 14e siècle en Occident musulman. Il considère que le peuplement de ces dynasties est le facteur principal de la propagation des maladies contribuant à leur déclin : «La raison principale des épidémies est la corruption de l’atmosphère provenant d’une population surabondante... Dans les cas graves, les poumons sont atteints. On a alors des épidémies pulmonaires, ce sont les pestes, des maladies qui touchent les poumons». Ibn AL-khatïb considère que «La propagation (des maladies) se fait parmi ceux qui s’occupent des malades. Certains échappent à ces nuisances malgré le contact permanent qu’ils ont avec eux, d’autres y succombent bien qu’ils n’aient pas eu de contact, ou qu’ils aient eu des contacts limités dans le temps». Ibn abî Madyan de la ville de Salé, au Maroc, croyait à la contagion des maladies en adoptant un mode de vie ascétique. SenePlus, ISLAM ET EPIDEMIE | SenePlus

Traductions du mot « exhalaison »

Langue Traduction
Anglais exhalation
Espagnol exhalación
Italien esalazione
Allemand ausatmung
Chinois 呼气
Arabe زفير
Portugais exalação
Russe выдыхание
Japonais 呼気
Basque exhalation
Corse exhalazione
Source : Google Translate API

Synonymes de « exhalaison »

Source : synonymes de exhalaison sur lebonsynonyme.fr

Exhalaison

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