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Moralité

Sommaire

  • Définitions du mot moralité
  • Étymologie de « moralité »
  • Phonétique de « moralité »
  • Citations contenant le mot « moralité »
  • Images d'illustration du mot « moralité »
  • Traductions du mot « moralité »
  • Synonymes de « moralité »
  • Antonymes de « moralité »

Définitions du mot moralité

Trésor de la Langue Française informatisé

MORALITÉ, subst. fém.

A. −
1. [Correspond à moral1A 2 a, p. oppos. à amoralité] Caractère de ce (ou de celui) qui peut être apprécié (ou jugé) selon les notions de bien et de mal. Si le hasard de la naissance et de l'éducation décidoit de la moralité d'un homme, comment pourroit-on l'accuser de ses actions? (Staël, Allemagne, t.4, 1810, p.44).Ni la science, ni l'art, ne franchissent d'eux-mêmes le seuil de la moralité (L. Brunschvicg, Le Progrès de la conscience, Paris, Alcan, 1927, p.741):
1. C'est expérimentalement qu'on constate que tel comportement est utile ou nuisible. Il s'agit d'une valeur relative, alors que le bien moral dénote une valeur absolue de nos actes. L'enfant commence par discerner l'utile; quand il parvient à distinguer la valeur absolue du bien moral, on peut dire qu'il accède à la moralité. MantoyPsychol.1971, p.100.
2. [Correspond à moral1A 2 b; p.oppos. à immoralité]
a) Caractère de ce qui est conforme aux principes, à l'idéal de la conduite. J'étais devenu leur fils d'adoption, ils admiraient surtout la moralité de mes sentiments (Balzac, Méd. camp., 1833, p.222).Ruiné dans je ne sais quelle opération d'une moralité obscure, il avait été admis, par suite de recommandations, dans une des hautes administrations de la Belgique (Du Camp, Mém. suic., 1853, p.127).Il croyait à la moralité de la victoire et que le vaincu est toujours méprisable (Tharaud, Dingley, 1906, p.15):
2. Cette prodigieuse disparité entre la fonction surhumaine qu'on propose à la France et l'organisation proprement mécanique inhérente à la démocratie réalise tous ses effets dans les contrastes qui surgissent entre la moralité éthérée du programme idéal et la rare immoralité de la conduite effective. Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p.XXXI.
b) Caractère de celui qui agit conformément aux principes, à l'idéal de la conduite; cour. valeur d'une personne du point de vue moral. Grande, haute moralité; moralité douteuse, inattaquable, irréprochable, raffinée, rigide; être sûr de, veiller sur la moralité de qqn. J'étais bien embarrassée pour faire un bon choix. Vous comprenez, il faut un homme d'une moralité parfaite, avec toutes ces jeunes filles (Zola, Conquête Plassans, 1874, p.1003).La moralité, de nos jours, est si relâchée qu'il semble que l'on doive complimenter les gens dès que simplement ils font leur devoir (Gide, Journal, 1938, p.1300):
3. La morale, aujourd'hui, dira la voix du plus grand nombre, n'appartient en propre ni au catholicisme, ni aux doctrines protestantes; un musulman, un païen peut être aussi élevé en moralité que l'ermite le plus austère. Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1843, p.51.
[Sans compl. prép. ni adj. déterminatif] Sens moral, conscience morale. N'avoir aucune moralité; manquer de moralité. Je ne suis pas de ces promeneurs sans moralité qui se figurent qu'il n'y a qu'une manière de s'intéresser à une femme (Janin, Âne mort, 1829, p.31).Rougon s'est absolument compromis pour elle, dans cette affaire Martineau. Il a fait preuve là de bien peu de moralité (Zola, E. Rougon, 1876, p.159):
4. Il y a du Condé et des Nassau dans cet autre portrait qui me regarde: Eugène de Savoie; très longue figure arquée, fine, intelligente, grand air de distinction, de commandement. La solennelle perruque à la Louis XIV ne lui va pas trop bien. En résumé, nulle aménité, nulle moralité. Ce n'est qu'une intelligence. Michelet,Chemins Europe, 1874, p.370.
Loc. Subst. + de moralité. On me demande la date précise de l'envoi, le bulletin, etc. J'ai vu le moment où on allait exiger de moi un certificat de moralité! (Flaub., Corresp., 1865, p.190).Le tribunal a entendu plusieurs témoins de moralité (Davau-Cohen1972).
En partic. [Concernant une collectivité] Moralité bourgeoise. La moralité américaine me semble d'une abominable vulgarité (Stendhal, L. Leuwen, t.1, 1835, p.114).Tout est important: les finances, la moralité publique, la politique extérieure, l'approvisionnement de l'armée et les lois agraires! (Camus, Caligula, 1944, i, 7, p.21):
5. La IVe République française (...) abolira toutes les coalitions d'intérêts ou de privilèges, dont on n'a que trop vu comment elles la mettaient en péril, introduisaient dans son sein les jeux de l'étranger, dégradaient la moralité civique et s'opposaient au progrès social. De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p.515.
B. − P. méton.
1. Vieilli, littér. Réflexion morale. L'auteur [l'évêque de Clermont] y montre [dans Le Petit carême], sans doute, une grande connoissance du coeur humain, des vues fines sur les vices des cours, des moralités écrites avec une élégance qui ne bannit pas la simplicité (Chateaubr., Génie, t.2, 1803, p.119).Le recueil des moralités qui commence à Confucius est un abrégé des principes des religions (Vigny, Journ. poète, 1834, p.1013).
2. Leçon morale, exprimée ou implicite, proposée par une oeuvre; enseignement moral que l'on peut tirer d'un événement, d'un fait, d'un comportement. Synon. morale.On trouve toujours ce qu'on ne cherche pas (...). Ce sera la moralité de cette aventure (Balzac, Ét. femme, 1830, p.385).Si le lecteur ne tire pas d'un livre la moralité qui doit s'y trouver, c'est que le lecteur est un imbécile ou que le livre est faux au point de vue de l'exactitude (Flaub., Corresp., 1876, p.285).Il évoquait des souvenirs, racontait des anecdotes, en tirait une moralité piquante et profonde (Sartre, Nausée, 1938, p.116):
6. Mes Dames de village sont parues hier. On n'a pas gardé les italiques qui enveloppaient plus doucement le texte et lui gardaient un air de poème. Écrit ainsi en romaine, il a l'air d'un mauvais conte et je ne le relis pas sans agacement. Moralité: écrire des contes qui ne soient pas des poèmes. Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1910, p.221.
En partic. [À propos d'une fable, d'un apologue, d'un conte] Conclusion morale. Je ne crois pas nécessaire, ainsi que l'exige M. de La Motte, de placer la moralité à la fin de mon apologue (Florian, Fables, 1792, p.18).Léonard [de Vinci] assortit, comme il convient, à cette fable une moralité: «Ainsi de la bouche qui en disant son secret se met à la merci de l'auditeur indiscret» (Bachelard, Poét. espace, 1957, p.121).
3. THÉÂTRE. [Au Moy. Âge] Poème dramatique dont le sujet met en valeur des préceptes moraux. La littérature qui prétend à un fond de vérité, la comédie, la sotie, la satire, la moralité, fut faite par le peuple pour le peuple (Benda, Fr. byz., 1945, p.177):
7. Il y avait (...) des moralités sans personnages allégoriques, paraboles assez simples, destinées à montrer en action un précepte moral: ainsi l'histoire du Mauvais riche et du Ladre, celle de L'Enfant prodigue... Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr., 1828, p.201.
Prononc. et Orth.: [mɔ ʀalite]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. Ca 1180 par moralite «en vue d'un enseignement» (Marie de France, Fables, Prol. 7 ds T.-L.); 2. xiiies. «sens moral qu'un auteur ou son lecteur tire d'une oeuvre littéraire» (Isopet de Lyon, 51, ibid.); 3. 1426 «pièce de théâtre représentant une action à l'aide de personnages allégoriques» (Moralité du jour Saint-Antoine, titre de la Moralité, copiée en 1433 dans le ms. B.N. 25547, éd. A. et R. Bossuat). II. 1. Ca 1270 «caractère moral, valeur au point de vue éthique» (Brunet Latin, Li Livres dou Tresor, II, 8, éd. F. J. Carmody, p.181); 1865 certificat de moralité (Flaub., loc. cit.); 2. 1601 «valeur positive ou négative que présente la façon d'être d'une personne, selon qu'elle est conforme ou non aux exigences de la morale» (P. Charron, De La sagesse, I, 35 ds Littré); 3. 1759 «rapport d'une chose, d'un acte avec les règles de la morale» (Rich.). Empr. au lat. tardif moralitas «caractère, caractéristique». Fréq. abs. littér.: 933. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1504, b) 1214; xxes.: a) 1448, b) 1161. Bbg. Undhagen (L.). Morale et les autres lexèmes formés sur le rad. moral-. Lund, 1975, pp.50-55, 149-158.

Wiktionnaire

Nom commun

moralité \mɔ.ʁa.li.te\ féminin

  1. Réflexion morale.
    • Il y a de belles moralités à tirer de cette histoire.
    • Un recueil de moralités. Dans ce sens, il vieillit.
  2. Sens moral que renferme un discours fabuleux ou allégorique.
    • La moralité d’une fable, d’un apologue.
    • Chez la plupart des fabulistes, la moralité est indifféremment placée avant ou après le récit.
  3. (Désuet) Poèmes dramatiques qui représentaient une action morale à l’aide de personnages allégoriques.
    • Au moyen âge, la comédie comprenait les farces, les soties et les moralités.
    • La Condamnation de Banquet est une de nos plus fameuses moralités.
    • Nous devons avoir l’honneur de déclamer et représenter devant son éminence Monsieur le cardinal une très belle moralité, qui a nom : Le bon jugement de madame la vierge Marie. — (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831)
  4. Discernement moral.
    • On concédera aux partisans de la douceur que la violence peut gêner le progrès économique et même qu'elle peut être dangereuse pour la moralité, lorsqu'elle dépasse une certaine limite. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, p.256)
    • La moralité des actions humaines, le rapport de ces actions avec les principes de la morale.
  5. Caractère moral, principes, mœurs d’une personne.
    • On voit que la moralité des armateurs et des gros négociants n'était pas toujours irréprochable et que l'amour ancillaire avait, à Saint-Malo, de chauds pratiquants. — (Étienne Dupont, Le vieux Saint-Malo : Les Corsaires chez eux, Édouard Champion, 1929, p.110)
    • Sa moralité a toujours été tenue pour douteuse.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MORALITÉ. n. f.
Réflexion morale. Il y a de belles moralités à tirer de cette histoire. Un recueil de moralités. Dans ce sens, il vieillit.

MORALITÉ désigne aussi le Sens moral que renferme un discours fabuleux ou allégorique. La moralité d'une table, d'un apologue. Chez la plupart des fabulistes, la moralité est indifféremment placée avant ou après le récit. Il s'est dit anciennement de Certains poèmes dramatiques qui représentaient une action morale à l'aide de personnages allégoriques. Au moyen âge, la comédie comprenait les farces, les soties et les moralités. La Condamnation de Banquet est une de nos plus fameuses moralités.

MORALITÉ se dit encore pour Discernement moral. La moralité des actions humaines, Le rapport de ces actions avec les principes de la morale.

MORALITÉ désigne aussi le Caractère moral, les principes, les mœurs d'une personne. Il est d'une moralité irréprochable. Sa moralité a toujours été tenue pour douteuse.

Littré (1872-1877)

MORALITÉ (mo-ra-li-té) s. f.
  • 1Réflexion morale. Nous sommes tous d'Athène en ce point ; et moi-même, Au moment que je fais cette moralité…, La Fontaine, Fabl. VIII, 4. … Si vous n'aviez lu que ces moralités, Vous sauriez un peu mieux faire mes volontés, Molière, Sgan. 1. Votre Provence vous dira toujours des merveilles ; le beau temps ne vous est de rien ; vous y êtes trop accoutumée ; pour nous, nous voyons si peu le soleil, qu'il nous fait une joie particulière ; il y a de belles moralités à dire là-dessus, Sévigné, 10 nov. 1675. J'aime les moralités, elles endorment, Baron, Homme à bonn. fort. I, 10. Massillon montre, dans son petit Carême, des moralités écrites avec une élégance qui ne bannit pas la simplicité, Chateaubriand, Génie, III, IV, 3.

    Moralité chrétienne, réflexions conformes aux principes et à l'esprit de la religion chrétienne.

  • 2Sens moral qui est renfermé sous une fable, un récit. La moralité d'un apologue n'est pas toujours exprimée.
  • 3Ancien poëme dramatique français qui représentait une action sérieuse ou morale, à l'aide de personnages allégoriques. Le soir, le cardinal de Bourbon leur donna une fête magnifique, suivie d'une comédie de ce temps [sous Louis XI], c'est-à-dire une moralité ou sotie, Duclos, Œuv. t. III, p. 32.
  • 4Discernement moral. Les actions des fous sont dénuées de moralité.

    Rapport des actions humaines avec les principes qui en sont la règle. La moralité des actions humaines suppose la liberté de l'être humain.

  • 5Qualité de ce qui est moral. Tous les rites chrétiens sont de la plus haute moralité, Chateaubriand, Génie, I, 1, 7.

    En parlant des personnes, caractère moral. Prendre des renseignements sur la moralité de quelqu'un. Des certificats de moralité.

HISTORIQUE

XIIIe s. Si comme la cire reçoit la figure dou seel, tout autressi la moralité des homes est formée par exemples, Latini, Trés. p. 466. Deux manieres sont de vertuz : l'une est de l'entendement de l'home, ce est sapience, science et sens ; l'autre est moralité, ce est chasteé et largesce, et autres semblables, Latini, ib. p. 265.

XIVe s. Et de toute ceste doctrine la meilleur, la plus digne et la plus proffitable, c'est la science de moralité contenue par especial en ung livre, Oresme, Eth. prol.

XVe s. Une moult belle moralité, sotie et farce, Chron. scand, de Louis XI, p. 336, dans LACURNE.

XVIe s. Nos moralitez tiennent lieu de tragedies et comedies indifferemment, Sibilet, Art poétique, livre II, p. 124, dans LACURNE. Formellement la moralité bonne ou mauvaise, vertu et vice (qui ne peust estre sans le franc arbitre et est matiere de merite et demerite) ne peut estre en la beste, Charron, Sagesse, I, 35.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MORALITÉ, s. f. (Droit naturel.) on nomme moralité, le rapport des actions humaines avec la loi qui en est la regle. En effet, la loi étant la regle des actions humaines, si l’on compare ces actions avec la loi, on y remarque ou de la conformité, ou de l’opposition ; & cette sorte de qualification de nos actions par rapport à la loi, s’appelle moralité. Ce terme vient de celui de mœurs, qui sont des actions libres des hommes susceptibles de regle.

On peut considérer la moralité des actions sous deux vues différentes : 1°. par rapport à la maniere dont la loi en dispose, & 2°. par rapport à la conformité ou à l’opposition de ces mêmes actions avec la loi.

Au premier égard, les actions humaines sont ou commandées, ou défendues, ou permises. Les actions commandées ou défendues, sont celles que défend ou prescrit la loi ; les actions permises sont celles que la loi nous laisse la liberté de faire.

L’autre maniere dont on peut envisager la moralité des actions humaines, c’est par rapport à leur conformité ou à leur opposition avec la loi : à cet égard, on distingue les actions en bonnes ou justes, mauvaises ou injustes, & en actions indifférentes.

Une action moralement bonne ou juste, est celle qui est en elle-même exactement conforme à la disposition de quelque loi obligatoire, & qui d’ailleurs est faite dans les dispositions, & accompagnée des circonstances conformes à l’intention du législateur. Les actions mauvaises ou injustes sont celles qui, ou par elles mêmes, ou par les circonstances qui les accompagnent, sont contraires à la disposition d’une loi obligatoire, ou à l’intention du législateur. Les actions indifférentes tiennent, pour ainsi dire, le milieu entre les actions justes & injustes ; ce sont celles qui ne sont ni ordonnées ni défendues, mais que la loi nous laisse en liberté de faire ou de ne pas faire, selon qu’on le trouve à propos ; c’est-à-dire que ces actions se rapportent à une loi de simple permission, & non à une loi obligatoire.

Outre ce qu’on peut nommer la qualité des actions morales, on y considere encore une sorte de quantité, qui fait qu’en comparant les bonnes actions entr’elles, & les mauvaises aussi entr’elles, on en fait une estimation relative, pour marquer le plus ou le moins de bien ou de mal qui se trouve dans chacune ; car une bonne action peut être plus ou moins excellente, & une mauvaise action plus ou moins condamnable, selon son objet ; la qualité & l’état de l’agent ; la nature même de l’action ; son effet & ses suites ; les circonstances du tems, du lieu, &c. qui peuvent encore rendre les bonnes ou les mauvaises actions plus louables ou plus blâmables les unes que les autres.

Remarquons enfin qu’on attribue la moralité aux personnes aussi-bien qu’aux actions ; & comme les actions sont bonnes ou mauvaises, justes ou injustes, l’on dit aussi des hommes qu’ils sont vertueux ou vicieux, bons ou méchans. Un homme vertueux est celui qui a l’habitude d’agir conformément à ses devoirs. Un homme vicieux est celui qui a l’habitude opposée. Voyez Vertu & Vice. (D. J.)

Moralité, (Apologue.) la vérité qui résulte du récit allégorique de l’apologue, se nomme moralité. Elle doit être claire, courte & intéressante ; il n’y faut point de métaphysique, point de périodes, point de vérités trop triviales, comme seroit celle-ci, qu’il faut ménager sa santé.

Phedre & la Fontaine placent indifféremment la moralité, tantôt avant, tantôt après le récit, selon que le goût l’exige ou le permet. L’avantage est à-peu-près égal pour l’esprit du lecteur, qui n’est pas moins exercé, soit qu’on la place auparavant ou après. Dans le premier cas, on a le plaisir de combiner chaque trait du récit avec la vérité ; dans le second cas, on a le plaisir de la suspension ; on devine ce qu’on veut nous apprendre, & on a la satisfaction de se rencontrer avec l’auteur, ou le mérite de lui ceder, si on n’a point réussi.

Moralités, (Théâtre françois.) c’est ainsi qu’on appella d’abord les premieres comédies saintes qui furent jouées en France dans le xv. & xvj. siecles. Voyez Comédies saintes.

Au nom de moralités, succéda celui de mysteres de la Passion. Voyez Mysteres de la passion.

Ces pieuses farces étoient un mélange monstrueux d’impiétés & de simplicités, mais que ni les auteurs, ni les spectateurs n’avoient l’esprit d’appercevoir. La Conception à personnages, (c’est le titre d’une des premieres moralités, jouée sur le theâtre françois, & imprimée in-4°. gothique, à Paris chez Alain Lotrian,) fait ainsi parler Joseph :


Mon soulcy ne se peut deffaire
De Marie mon épouse saincte
Que j’ai ainsi trouvée ençainte,
Ne sçay s’il y a faute ou non.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
De moi n’est la chose venue ;
Sa promesse n’a pas tenue.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Elle a rompu son mariage,
Je suis bien infeible, incrédule,
Quand je regarde bien son faire,
De croire qu’il n’y ait meffaire.

Elle est ençainte, & d’où viendroit
Le fruict ? Il faut dire par droit,
Qu’il y ait vice d’adultere,
Puisque je n’en suis pas le pere.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Elle a été troys moys entiers
Hors d’icy, & au bout du tiers
Je l’ay toute grosse receuë :
L’auroit quelque paillard déceuë,
Ou de faict voulu efforçer ?

Ha ! brief, je ne sçay que penser !

Voilà de vrais blasphêmes en bon françois ! Et Joseph alloit quitter son épouse, si l’ange Gabriël ne l’eût averti de n’en rien faire.

Mais qui croiroit qu’un jésuite espagnol, du xvij. siecle, Jean Carthagena, mort à Naples en 1617, ait débité dans un livre, intitulé Josephi mysteria, que S. Joseph peut tenir rang parmi les martyrs, à cause de la jalousie qui lui déchiroit le cœur, quand il s’apperçut de jour en jour de la grossesse de son épouse. Quelle porte n’ouvre-t-on point aux railleries des profanes, lorsqu’on ose faire des martyrs de cette nature, & qu’on expose nos mysteres à des idées d’imagination si dépravée ! (D. J.)

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Étymologie de « moralité »

Du latin moralitas (« façon, caractère, comportement approprié »).
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Provenç. moralitat ; esp. moralidad ; ital. moralità ; du lat. moralitatem, de moralis, moral.

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Phonétique du mot « moralité »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
moralité mɔralite

Citations contenant le mot « moralité »

  • La moralité est un luxe privé et coûteux.
  • L’art, c’est comme la moralité, ça consiste à tracer une ligne quelque part. De Gilbert Keith Chesterton
  • Dans la conduite des affaires de l’état, respectez les formalités et négligez la moralité. De Mark Twain
  • La bonté véritable ne menace que ceux qui sont à l’autre bout du spectre de la moralité. De Charles Spencer
  • La moralité se perd aussi vite que les dents. De Roland Topor / Café Panique
  • Tout récit comporte une moralité. De Alexandre Pothey / Poèmes en prose
  • La moralité n'a rien de commun avec la politique De Bob Dylan / Chroniques : Volume 1
  • Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c'est au football que je le dois. De Albert Camus
  • La moralité est l'attitude que nous adoptons vis-à-vis de personnes que nous ne pouvons pas sentir. De Oscar Wilde / Phrases et philosophies
  • La moralité est faite pour les pauvres. Pour les mieux tenir. De Christine Arnothy / Un type merveilleux
  • La moralité des arts consiste dans l'usage parfait d'un moyen imparfait. De Oscar Wilde / Le Portrait de Dorian Gray
  • La moralité n'est bien souvent qu'une affaire d'éclairage et tu es le gardien de ton propre phare. Marcel Jouhandeau, Éléments pour une éthique, Grasset
  • Religion sans moralité : arbre sans fruit. Moralité sans religion : arbre sans racines. De Cardinal Spellman
  • Le châtiment déprime la moralité car il donne au crime une compensation finie. De Paul Valéry / Tel Quel
  • La conscience morale effective est une conscience agissante ; c'est en cela justement que consiste l'effectivité de sa moralité. De Friedrich Hegel
  • La moralité, c'est l'instinct du troupeau chez l'individu. De Friedrich Nietzsche / Le Gai Savoir, 1882
  • (ETX Studio) - Alors que la chanteuse américaine Joan Osborne se demandait si Dieu était l'un d'entre nous ("What if God was one of us?") dans un de ses hits des années 2000, un sondage mené par le Pew Research Center a montré que le point de vue des sondés sur la corrélation entre religion et moralité varie grandement selon qu'on habite au Kenya, en France ou en Tunisie. ladepeche.fr, Avons-nous besoin de religion pour être moral? La réponse varie selon les pays - ladepeche.fr
  • Tribune. Si le principe de rationalité donne aux individus toute justification pour se comporter égoïstement, nombreux sont ceux qui ne résistent pas à une sollicitation de don, même si la cause les indiffère, ou encore renoncent à exploiter une opportunité de s’enrichir aux dépens d’autrui. En effet, même sans préférence intrinsèque pour la moralité, la préoccupation de se percevoir, et d’être perçus, comme des personnes moralement « bonnes » habite la majorité des citoyens. Afin de mieux comprendre la prise de décision face à des choix qui génèrent des effets positifs pour soi mais éventuellement négatifs pour les autres – ce que les économistes appellent « externalités » –, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux stratégies mises en œuvre par l’individu pour engranger les bénéfices de ses choix égoïstes… sans pour autant être perçu comme un être sans morale ! Mieux comprendre la prise de décision en présence de dilemmes moraux est une étape essentielle pour concevoir des politiques efficaces dans des domaines aussi divers que l’environnement, la lutte contre la fraude ou l’encouragement aux dons. Le Monde.fr, « Une économie des choix moraux »
  • Après Butcher, Phobia Game Studio revient avec un titre donnant à nouveau dans le pixel et le gore. Mais cette fois, nous œuvrons à terroriser les humains sous les traits d’une créature qui n’est pas souillée par la conscience, le remord ou les illusions de la moralité. Jeux-vidéo, CARRION - Test de CARRION – Un bon humain est un humain mort - Jeux-vidéo
  • L'histoire joue un tout autre rôle pour la marque et pour nous. Elle est un récit onirique ou la transposition d'une réalité habillée par des mots. Elle délivre ainsi une morale. La morale comme une invitation à la suivre, que la communauté peut ou non accepter, embrasser avec passion et gourmandise. La morale est ce que nous avons envie de croire comme juste et bon pour la communauté et la société par extension. Elle est dictée par nos valeurs, mais plus souvent par ces valeurs que nous imaginons être celles du plus grand nombre, de ce magma gluant que nous dénommons majorité, ou encore celles d'une élite intellectuelle. Spinoza lui, préfère l'éthique à la morale. Il croit en l'humain plus qu'en Dieu, lorsqu'il s'agit de vivre son désir. Or la marque crée le désir (du moins elle devrait le faire) au-delà même de ce qui serait conforme à la morale. La thèse que défend Kant est que le désir est toujours amoral ; il se situe en dehors de tout moralité en cela qu'il n'a d'intérêt que pour le «désirant» et non pour la communauté. La thèse de Spinoza est que l'homme est un être de désir, et qu'agissant selon ses désirs, tout en restant humain, il est alors éthique. Pour celui qui voudrait s'affranchir du désir, se retrancher derrière un masque responsable, il reste la contemplation extatique que préconise Schopenhauer, mais ce pessimisme philosophique ne sied guère au marketeur et encore moins aux marques. Nous promettre la souffrance n'est pas un objectif marketing. Stratégies, «Mettez de l'éthique dans vos histoires de marque», Patrice Laubignat (EforBrands) - Stratégies

Images d'illustration du mot « moralité »

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Traductions du mot « moralité »

Langue Traduction
Anglais morality
Espagnol moralidad
Italien moralità
Allemand moral
Chinois 道德
Arabe الأخلاق
Portugais moralidade
Russe мораль
Japonais 道徳
Basque moralaren
Corse moralità
Source : Google Translate API

Synonymes de « moralité »

Source : synonymes de moralité sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « moralité »

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