La langue française

Monstre

Définitions du mot « monstre »

Trésor de la Langue Française informatisé

MONSTRE, subst. masc.

I. − [En parlant d'une pers.]
A. − Individu dont la morphologie est anormale, soit par excès ou défaut d'un organe, soit par position anormale des membres. Elle éleva son monstre qu'elle haïssait d'ailleurs d'une haine sauvage et qu'elle eût étranglé peut-être, si le curé, prévoyant le crime, ne l'avait épouvantée par la menace de la justice (Maupass.,Contes et nouv.,t.2, Mère aux monstres, 1883, p.369).Les monstres doubles sont, en fait, des jumeaux incomplètement séparés (Hist. gén. sc.,t.3, vol.2, 1964, p.636):
1. Barbarossa, un bouc immonde qui (...) procrée des monstres, des jumeaux collés par la peau du dos, des palmipèdes, des becs de lièvre, des bébés à tête de chien ou à deux têtes ou à six doigts ou à trois pattes ou munis d'un rudiment de queue de cheval et que l'on expose dans les baraques de foire, vivants ou conservés dans des bocaux... Cendrars,Bourlinguer,1948, p.161.
P. anal., vx. [En parlant d'animaux, de végétaux] Les fleurs doubles sont des monstres (Littré). Dans les vitrines, il y avait des monstres empaillés, des veaux à cinq pattes, des moutons à deux têtes (Nizan,Conspiration,1938, p.140).
B. −
1. [Sur le plan physique] Personne qui provoque la répulsion par sa laideur, sa difformité. Au bout de quelques jours, entre chez son ami, trouve dans le lit... un monstre, le croit devenu fou: il s'était rasé cheveux, sourcils, moustache, barbe (Goncourt,Journal,1858, p.448).Coup d'œil, depuis la rue, dans une boutique de modiste, en Avignon. Rien de plus attendrissant qu'un monstre qui essaye un chapeau et, de ses deux mains gonflées d'engelures, maintient sur sa tête une merveille de fleurs (Barrès,Cahiers,t.13, 1921, p.115).
Rem. ,,On dit dans le même sens: Un monstre de laideur`` (Ac. 1835-1935).
2. [Sur le plan moral]
a) Personne qui suscite la crainte par sa cruauté, sa perversion. Depuis qu'il avait l'âge d'homme, il portait cette armature rigide, l'apparence. Il était monstre en dessous; il vivait dans une peau d'homme de bien avec un coeur de bandit (Hugo,Travaill. mer,1866, p.211).Je n'étais pas un monstre: la première jeune fille venue qui m'eût aimé aurait fait de moi ce qui lui aurait plu (Mauriac,Noeud vip.,1932, p.76):
2. Madeleine, qui connaissait les amours de Mmede Rieu, la regardait toujours avec une sorte d'étonnement. Comment cette femme pouvait-elle vivre paisible dans ses débauches? Quand elle se posait cette question, elle croyait véritablement avoir affaire à un monstre, à une créature malade et exceptionnelle. Zola,M. Férat,1868, p.122.
Rem. ,,Populairement, dans le même sens, un monstre de nature`` (Littré).
b) Un monstre de + subst. désignant un défaut, un vice.Personne qui se distingue par ce défaut, ce vice porté à son plus haut point. Un monstre d'avarice, de cruauté, d'indifférence, d'ingratitude, d'insensibilité. Voulez-vous que je sois franche, si franche que je vais vous paraître sans doute un monstre d'égoïsme, eh bien, personnellement, je ne voudrais pas gâter le bonheur (...) que me donne notre liaison (Huysmans,Là-bas,t.1, 1891, p.245):
3. Je suis, aux yeux de tous, un monstre d'indépendance, aux yeux de quelques artistes, un monstre d'art, et, dans l'opinion des fières canailles que j'ai fustigées, un monstre de turpitude. Bloy,Journal,1895, p.192.
c) P. exagér.
α) Personne qui surprend par quelque singularité. Imagine un instant ce monstre: un imbécile assez intelligent pour comprendre nettement qu'il est bête (Gide,Faux-monn.,1925, p.1161).
− Domaine du spectacle.Monstre du music-hall, de scène; monstre sacré. Comédien, comédienne dont la personnalité et le renom sont exceptionnels. Le naturel de L. Guitry, de Réjane, était le naturel des planches, aussi en relief que les excès des monstres sacrés du drame: Sarah Bernhardt, Mounet-Sully, de Max (Cocteau,Parents, 1938, ii, p.181).
P. anal., dans un autre domaine.Personnalité de premier plan, qui jouit d'une grande renommée. Les monstres sacrés du cyclisme, de la politique, du rugby. Il éprouvait une répugnance secrète pour les monstres sacrés de sa bibliothèque (...), dont il tenait, au fond de soi, les livres pour des incongruités (Sartre,Mots,1964, p.49):
4. Il est vrai qu'elle [la mère Rampillon] a tous les droits, car elle a au moins cent ans. Elle était déjà un des monstres sacrés devant lesquels je refusais de m'incliner quand j'ai fait mes débuts dans le monde. Proust,Sodome, 1922, p.685.
β) Fam. Personne qui suscite la désapprobation. Ce monstre d'homme n'en fait jamais d'autres (DG):
5. Ce monstre de maire, ce vieux gredin de maire, c'est lui qui est cause de tout. Figurez-vous, Monsieur Javert, qu'il m'a chassée! À cause d'un tas de gueuses qui tiennent des propos dans l'atelier. Hugo,Misér.,t.1, 1862, p.240.
γ) Fam. [Terme affectueux utilisé pour atténuer un reproche à l'encontre d'un enfant ou, même, d'un adulte] Petit monstre! Tu auras encore fait une sottise! (Dub.). Fi! Méchante, laide, cruelle, tyranne, petit joli monstre! Tu te ris de mes menaces, de mes sottises (Napoléon Ier, Lettres Joséph.,1796, p.49).Que c'est bête, de s'attacher à un homme! Je te tuerais, Gérard, si tu me faisais un coup pareil! Oui, embrasse-moi, monstre! Vous vous ressemblez tous (Champfl.,Avent. MlleMariette,1853, p.71):
6. Jacques, si tu avais rencontré alors Madame Verrière, tu l'aurais suivie dans la rue, tu aurais provoqué son mari, tu aurais été fou (...) − Voulez-vous bien vous taire, vilain monstre! susurra Madame Verrière. Miomandre,Écrit sur eau,1908, p.209.
II. − [En parlant d'une créature imaginaire]
A. − Créature légendaire, mythique, dont le corps est composé d'éléments disparates empruntés à différents êtres réels, et qui est remarquable par la terreur qu'elle inspire. Les Centaures, la Chimère, le Minotaure, les Cyclopes étaient des monstres (Ac.1878-1935).L'hydre qui soufflait sur les eaux, le dragon qui vomissait du feu, le griffon qui était le monstre de l'air et qui volait avec les ailes d'un aigle et les griffes d'un tigre (Hugo,Misér.,t.2, 1862, p.430).Il poursuivait dans la forêt le monstre femelle dont la queue ondulait sur les feuilles mortes, comme un ruisseau d'argent (Flaub.,Salammbô,t.1, 1863, 35):
7. ... au bord d'un vaste étang (...) habitait un dragon effroyable qui s'approchait parfois des murailles et empoisonnait de son haleine tous ceux qui séjournaient dans les faubourgs. Et, pour n'être point dévorés par le monstre, les habitants de Silène lui livraient chaque matin un des leurs. A. France,Île ping.,1908, p.99.
P. métaph. Monstre des temps modernes (l'automobile), monstre froid (l'État). Deux monstres de l'Enfer, la douleur et la rage (Restif de La Bret.,M. Nicolas,1796, p.7).Prends garde seulement à la rêverie: c'est un vilain monstre qui attire (...). C'est la sirène des âmes (Flaub.,Corresp.,1846, p.204):
8. L'homme obéit et sert. Il s'agit de ne point retarder le monstre qui broie, digère, rejette, lui qui ne souffle jamais, ne bronche jamais, ne ralentit jamais (...). Et les mains et les bras ne cessent d'alimenter ici, de manipuler là, d'amonceler plus loin (...). La machine utilise la vitesse acquise, l'homme bénéficie de l'habitude du geste. Pesquidoux,Livre raison,1925, p.60.
B. − P. anal. Animal dont la grande taille, la laideur ou l'aspect féroce inspire l'étonnement ou la crainte. Lorsqu'un sanglier, la terreur des forêts, a découvert une laie avec son amant sauvage (...), le monstre hérisse ses soies (Chateaubr.,Natchez,1826, p.161).Les tourbières qui cachaient les grands squelettes des derniers monstres chaotiques (Faure,Hist. art,1909, p.26).
En partic. Monstres marins. Grands cétacés. Noé eut (...) à juger les monstres marins, dont les couples infernaux par les hublots avaient violé l'arche (Giraudoux,Ondine,1939, iii, 3, p.179).
III. − Chose qui s'écarte des normes habituelles.
A. − Au fig., vx. Chose (abstraite) qui provoque l'étonnement ou la désapprobation par son caractère incohérent ou hors des normes. Il a créé un monstre inconcevable en morale et en politique, et ce monstre n'est autre chose que le veto royal (Robesp.,Discours,Contre veto, t.6, 1789, p.87).«Nous proclamons une fois de plus, dit le manifeste, le droit des peuples (...) à disposer d'eux-mêmes.» Ce principe est un monstre à mes yeux, et la source de toute guerre (Alain,Propos,1925, p.659).L'idée même de poésie didactique est un monstre, une absurdité (Bremond,Poés. pure,1926, p.63).
Expr. Faire/se faire un monstre de qqc. Exagérer l'importance, la difficulté d'une chose (réelle ou imaginaire). Mais elle prétendait avoir une telle terreur, se faire un tel monstre d'un dîner avec des gens qui n'étaient pas du petit groupe, qu'elle le remettait toujours (Proust,Sodome,1922, p.885).Mon éducation puritaine avait fait un monstre des revendications de la chair (Gide,Si le grain,1924, p.522):
9. ... si l'on me dit la veille: demain il faudra vous soumettre à tel moment d'ennui, mon imagination en fait un monstre, et je me jetterais par la fenêtre plutôt que de me laisser mener dans un salon ennuyeux. Stendhal,Souv. égotisme,1832, p.117.
B. − P. anal. Chose (concrète) qui dépasse, par sa taille ou ses proportions, les autres choses de la même espèce. Monstre architectural. Cécile joue, sur le grand monstre. Notre vieux piano, celui de la rue Vandamme, est parti, on ne le reverra plus (Duhamel,Jard. bêtes sauv.,1934, p.108).
Emploi adj., fam. [En parlant d'une chose concr. ou abstr.] Exceptionnel par la quantité, la taille, l'intensité. Synon. colossal, phénoménal, prodigieux.Un banquet monstre; un succès monstre. La fameuse collection de couteaux, allant depuis le catalan monstre jusqu'à un eustache grand comme le petit ongle de sa petite main (Goncourt,Journal,1858, p.529).Chadourne nous prépare un breakfast monstre − café au lait, oeufs, confiture, papaye, bananes (Gide,Retour Tchad,1928, p.939).Courtial en était outré de ce culot monstre! (Céline,Mort à crédit,1936, p.558).
REM. 1.
Monstrelet, subst. masc.Petit monstre. J'ai trouvé un adorable monstrelet en forme de poulpe pourpre. Il était fait d'une matière plastique inédite, à la fois molle et ferme, lourde, glaciale et gluante au toucher (J.-Fr. Held dsLe Nouvel Observateur,29 mars 1967, p.24).
2.
Monstresse, subst. fém.a) [Correspond à supra I B 2 c α] Deux travestis, deux monstresses sous une cascade de plumes d'autruche (J.-L. Bory dsLe Nouvel Observateur,22 sept. 1969, p.46).b) [Correspond à supra I B 2 c γ] Je ne peux plus vivre comme ça, me dit ma mère (...). Je la regardai avec commisération, car elle avait l'air fatigué et inquiet. Et je me tus, car je ne connaissais pas de remède à son souci. − C'est tout ce que ça te fait, petite monstresse? (Colette,Mais. Cl., 1922, p.41).c) [Correspond à supra II A] Ces monstresses bariolées [statues de Niki de Saint-Phalle] (...) sont réalisées en grillage recouvert de morceaux de tissus variés, de bouts de laine et d'éclatante peinture (L'Express,4 oct. 1965, p.61).
Prononc. et Orth.: [mɔ ̃:stʀ ̭]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1remoitié xiies. «prodige, miracle» (Psautier Oxford, éd. F. Michel, 104, 4, p.154: Remembrez des merveilles de lui [du Seigneur], les queles il fist, ses monstres, e les jugemenz de la buche de lui! [Recordamini mirabilium ejus quae fecit, signorum et judiciorum oris ejus]); id. (ibid., 45, 8, p.62: Venez e vedez les ovres del seigneur, les queles il posat monstres sur terre [quae posuit prodigia super terram]), bien att. au xvies., Hug.; 2. 1541 «action monstrueuse, criminelle» (Calvin, Instit., III, p.125 ds Hug.); 1661 faire un monstre (d'une chose) «la représenter de manière monstrueuse, périlleuse» (Molière, Don Garcie, IV, 6); 3. 1580 «chose prodigieuse, incroyable» (Montaigne, Essais, II, XI, éd. A. Thibaudet et M. Rat, p.407: je diray un monstre); 4. 1690 «ce qui est mal fait, mal ordonné» (Fur.: Ce bâtiment ... est un monstre ... il n'y a aucune symétrie; ... Ce livre est fort sçavant, mais il n'y a point d'ordre, c'est un monstre). B. 1. 1160 «être fantastique de la mythologie, des légendes» (Eneas, 4638 ds T.-L.: Il ne manjot se homes non; Cacus [monstre à demi homme, fils de Vulcain] aveit li mostres nom); 1188 (Aimon de Varennes, Florimont, 1967, ibid.: Joste la meir en Albanie En une terre enhermie S'estoit li moustres herbergiés: chief de leupart, le cors de guivre volant; Entor les cusses environ Fut de serpent et de poisson); début xiiies. (Merlin, I, 91, ibid.: ... li mostres lor aparut en l'air; ... il virent venir volant un dragon vermoil, et coroit par l'air et getoit feu et flamme parmi lou nés et parmi la boche); 1562 monstre marin (Du Pinet, Hist. du monde de C. Pline Second, t.1, table non foliotée, s.v. Monstre); 1677 p. ext. «bête féroce» (Racine, Phèdre, II, 2); 1678 «poisson de très grande taille» (La Fontaine, Fables, VIII, 8); 2. appliqué à des hommes a) ca 1165 en raison de leur aspect physique et de leurs moeurs étranges (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 13379); ca 1223 appliqué à un homme défiguré par la lèpre (Gautier de Coinci, Miracles, éd. V. F. Koenig, II Ch 9, 2548); ca 1225 à un être contrefait (Pean Gatineau, St Martin, 5607 ds T.-L.: Une fame un filz enfanta Qui mainte genz espöanta. Tex ert, si resemblout un monstre); ca 1380 à un castrat (Jean Lefèvre, La Vieille, 108, ibid.); 1690 à une personne extrêmement laide (Fur.: ... un monstre, une femme laide à faire peur); b) ca 1223 p. anal. morale, appliqué à un païen (Gautier de Coinci, op. cit., II Mir 11, 414: Seignor, fait il [sainz Basiles] ou cors le moustre [l'empereur Julien] Qui noz avoit tant maneciez...); id. à des impies (Id., ibid., II Mir 13, 558); 1562 monstre de femme [Messaline] (Du Pinet, op. cit., t.1, p.409); c) p. ext. 1636 ce jeune homme est un monstre de mémoire «il a une mémoire extraordinaire» (Monet, p.570a); 1690 un monstre de cruauté, d'avarice (Fur.); 1727 par antiphrase (N. Destouches, Philosophe marié, III, 5, éd. Paris, 1742, p.45: Une femme constante est un monstre nouveau Que le Ciel a produit pour être mon bourreau); 1779 id. c'est un monstre! «il est adorable! [en parlant d'un pouf]» (Genlis, Les dangers du monde, I, 1 ds Brunot t.6, p.1083). C. Emploi adj. 1841 ça fera un effet monstre (Dumersan et Dupeuty, La descente de la Courtille, I, 1 ds Quem. DDL t.6). Empr. au lat. monstrum (de monere «avertir, éclairer, inspirer»), terme du vocab. relig. «prodige qui avertit de la volonté des dieux», par suite «objet de caractère exceptionnel; être de caractère surnaturel» (spéc.: les démons, dans la lang. chrét.); monstre (p. ext. monstrum hominis Terence, Eun., 696; monstrum mulieris Plaute, Poen., 273); acte monstrueux, contre nature». Fréq. abs. littér.: 2811. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3617, b) 3096; xxes.: a) 3943, b) 3765.

Wiktionnaire

Nom commun

monstre \mɔ̃stʁ\ masculin (pour une femme ou une femelle on dit : monstresse)

  1. (En parlant d’une personne) Qui a une singularité remarquable. → voir monstre de foire
    • Les rois sont dans l’ordre moral ce que sont les monstres dans l’ordre physique. L’histoire de rois est le martyrologe des nations. — (Henri Grégoire, Séance de la Convention du 22 septembre 1792)
    1. (Anatomie) Individu difforme.
      • le monstre ne paraissait donc avoir que trois bras , deux bien conformes et placés en leur lieu naturel, et un troisième lacé entre les deux corps; — (Dictionnaire des sciences médicales, Panckoucke, 1819, page 163)
    2. (Péjoratif) Personne d’aspect effrayant.
      • Là-bas, au fond du couloir, devant le lavabo, ma maman disparaît pour laisser place à un monstre affreux. Un monstre avec une figure toute verte. — (Sophie LOUBIÈRE, Le monstre dans la salle de bains, Univers Poche, 2012)
      • Gem Lé moch’
        Les monstres qu’ont pas b’soin d’antivol.
        — (Stupeflip, Gem lé moch sur l’album The Hypnoflip Invasion, 2011)
    3. (Mélioratif) Personne charmante.
      • « Quel joli monstre ! » s’écria ma mère. « Quel charme ! » murmura mon père. Ils étaient ravis. — (Simone Leroux, ‎Roger Paré, Gracieux le monstre, Éditions La courte échelle, 2002)
    4. (Figuré) Personne cruelle et dénaturée.
      • Byron faisait souffrir les autres, il les méprisait, c'était un monstre qui ne vivait que pour lui-même. — (Masaki Yamada, Ada, Actes Sud Littérature, 2014)
      1. (Sous la forme : un monstre de) Précise la nature du défaut ou du vice.
        • Ce vieillard est un monstre d'avarice. — (Dictionnaire universel françois & latin, Volume 2, Ganeau, 1704)
    5. (Par hyperbole) Personnalité remarquable par son talent. → voir monstre sacré
      • Un Spinosa, ce monstre, qui après avoir embrassé différentes religions, finit par n'en avoir aucune, n'était pas empressé de chercher quelque impie […] — (Démonstrations évangéliques, tr., reproduites intégralement, annotées et publ. par L. Migne, Volume 8, 1843, page 241)
      1. (Affublé d’un adjectif donnant un caractère péjoratif ou mélioratif)
        • Parmi ceux qui contribuèrent à créer ce monstre frankensteinnien que fut le gangster Crowley, […] — (Jean-Noël Blanc, Polarville : Images de la ville dans le roman policier, FeniXX, 1990)
        • Le petit monstre était le surnom qu'un instituteur de l'école primaire donna gentiment à « Ella Keane ». — (Sue Nudosa, Le petit monstre, Le Lys Bleu Éditions, 2018)
      2. (Sous la forme : un monstre de) Précise le domaine dans lequel s’exerce le talent.
        • Le monstre de travail que je suis pourrait imposer son style en l'espace de quelques temps […] — (Ferhat Rehane, Mon monstre, Editions Eyrolles, 2010, page 67)
  2. (En parlant d’une créature imaginaire) (Figuré) Être légendaire affublé d’un pouvoir psychologique.
    • […] et le Démon profite de cette accalmie pour entrer en scène.
      Il lui apparaît sous des formes belliqueuses de monstres, casse tout, fuit, en s’effumant dans des buées puantes ; […].
      — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    1. (Par analogie) Animal de grande taille. → voir monstre marin et monstre du Loch Ness
      • Le monstre plongea comme la première fois ; mais on eut le temps d’allonger plusieurs lignes les unes au bout des autres, et lorsqu’il reparut , il ne nageait plus qu’avec peine. — (Armand Dubarry, Le roman d'un baleinier, Didier & cie, 1878, page 162)
    2. (Mythologie) (Légendes) Créature que le héros doit combattre.
      • « Kevin contre la GroKo », cela pourrait être le titre d'une épopée enfantine et chevaleresque où un jeune héros finit par terrasser le monstre et réveiller la belle princesse endormie. Mais c'est bien autre chose. — (Thomas Schnee, Kevin contre la GroKo, dans Marianne, n° 1092 du 16 au 22 février 2018, page 44)
    3. (Par hyperbole) Ce qui est extrêmement laid.
      • Quand les temps sont durs et que la souffrance risque de dépasser ses forces de résistance, le paysan ira rendre visite au génie protecteur du village, petit monstre hilare ou grimaçant et barbouillera prudemment ses lèvres gourmandes des restes d’un pot d’opium ? […]. — (Albert Gervais, Æsculape dans la Chine en révolte, Gallimard, 1953, page 20)
  3. (En parlant d’une chose) (Allégorie) Objet ou situation inhabituelle, qui sort de l’ordinaire.
    • Ce n'est pas qu'il n'ait pu exister quelque monstre extraordinaire ; l'histoire rapporte des exemples de ce genre qu'on ne — (M. FAILLON, Monuments inédits sur l’apostolat de S.Marie Magdaleine en Provence, Migne, 1859, page 507)
    1. Figuration dramatique liée à cette chose.
      • Soudain, le monstre de la guillotine nous regarda avec ses deux poteaux noirs et le couperet suspendu. — (Ivan Tourgueniev, L'Exécution de Troppmann, avril 1870, traduction française de Isaac Pavlovsky, publiée dans ses Souvenirs sur Tourguéneff, Savine, 1887)
      • Une féroce grimace se peignit sur ses traits et il s'élança vers le monstre en compagnie de ses guerriers. Il trancha la première liane sans même s'arrêter et l'appendice végétal mourut dans une pluie de feuilles desséchées. — (Richard Ford, Le Seigneur des cendres : Havrefer, tome 3, Bragelonne, 2017)
    2. Objet de proportions hors norme.
      • On croit que la ville garantit l'histoire parce que, à l'échelle d'un homme, elle fait figure de monstre. — (Frédéric Jaccaud, Monstre [une enfance], Calmann-Lévy, 2010)
      1. (Sport mécanique) Machine puissante, généralement bruyante.
        • Esthétiquement, le monstre se distingue par ses grosses roues fournies par Continental et son look tout droit sorti des jeux vidéo Halo. Des tests auront lieu en septembre. — (Maxime Claudel, Mad Max n’a qu’à bien se tenir : ce nouveau SUV électrique est un monstre des courses extrêmes sur numerama.com, 8 juillet 2019)
      2. (Familier) (En apposition) Un être ou une chose énorme, extraordinaire.
        • […] transformé en une immense cuisine d'où venait de sortir le dîner monstre que le prince royal offrait à ses compagnons d'armes. — (Adrien Pascal, Vie militaire, politique et privée de son altesse royale Mgr. le Duc d'Orléans, Dumont, 1842, page 54)
      3. Création défiant l’imagination.
        • Sutherland a-t-il donc créé de toutes pièces ces monstres végétaux ? […] avec d’autres monstres qui ne sont ni végétaux, ni animaux, encore moins humains […] — (Marcel Brion, Art fantastique, A. Michel,, 1961, page 25)
    3. Artefact innovant.
      • De l’état d’incubation, le contrat passait à l'état d'éclosion, et l'être nouveau était déjà un monstre formidable, la démocratie. — (Eugène Roquette, De la Monarchie et de la république, Volume 8, Lambert de La Douasnerie, 1875, page 148)
      1. (Arts) Le modèle type d’une machine, d’un dispositif.
        • En neuf années, dont trois d'essais en soufflerie supersonique, les ingénieurs de North American réussissent à mettre au point le monstre dont deux exemplaires sont construits. — (Jean-Pierre Pharabod, AVNI : Les armes volantes non identifiées, 2000)
      2. (Vieilli) Un premier projet, une ébauche non définitive.
        • Avant de vous mettre à la rédaction définitive de votre ouvrage, vous m’en soumettrez un monstre. — (Mots et dictionnaires, volume V, Presses Univ. Franche-Comté, page 1303)
    4. Anomalie contre nature. Singularité qui subvertit l’ordre.
      • Il faut donc convenir du fait pour les fleurs doubles : sauf à remarquer que ce sont de fort jolis monstres. — (Louis Cousin-Despréaux, Le livre de la nature, La société national, 1840, page 59)


Adjectif

monstre \mɔ̃stʁ\ masculin et féminin identiques

  1. (Familier) Colossal, prodigieux.
    • Malgré tout, l’autoroute près du port a été aménagée pour recevoir les poids lourds en cas d’embouteillage monstre. — (Eric Albert, Brexit : Dublin et Londres se préparent au « no deal », Le Monde. Mis en ligne le 9 octobre 2019)
    • La vaccination monstre, de toute la ville, à la mairie, contre la variole, parce que plusieurs personnnes en sont mortes à Vannes. — (Annie Ernaux, Les années, Gallimard, 2008, collection Folio, page 58.)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MONSTRE. n. m.
Être qui a une conformation contre nature. Monstre hideux. Un monstre à deux têtes. Cette femme est accouchée d'un monstre. Il se dit aussi des Végétaux. Les fleurs doubles sont des monstres.

MONSTRE se dit encore de Certains êtres imaginaires qui figurent dans les fables des anciens. Les Centaures, la Chimère, le Minotaure, les Cyclopes étaient des monstres. Fig., Se faire un monstre de quelque chose, S'imaginer qu'une chose est extraordinaire, très difficile.

MONSTRE signifie aussi Être d'une grandeur démesurée. Les monstres marins, Les grands cétacés. Par apposition et familièrement, il désigne un Être ou une Chose énorme, extraordinaire. Un poisson monstre. Un bouquet monstre. On a servi un déjeuner monstre.

MONSTRE se dit, par exagération, de Ce qui est extrêmement laid. Cette femme est affreusement laide, c'est un monstre. On dit dans le même sens Un monstre de laideur. Il se dit, figurément, d'une Personne cruelle et dénaturée. Néron était un monstre. C'est un monstre qu'il faudrait étouffer. C'est un monstre d'ingratitude, un monstre d'avarice, un monstre de cruauté, se dit d'une Personne qui montre une grande ingratitude, qui est d'une sordide avarice, etc. Il se dit encore, dans le langage familier, de Personnes à qui l'on fait des reproches. Ce monstre d'homme. Petit monstre! En termes d'Arts, il désigne le Modèle type d'une machine, d'un dispositif. Il se dit encore, dans le langage familier, d'un Premier projet, d'une ébauche. Avant de vous mettre à la rédaction définitive de votre ouvrage, vous m'en soumettrez un monstre.

Littré (1872-1877)

MONSTRE (mon-str') s. m.
  • 1Corps organisé, animal ou végétal, qui présente une conformation insolite dans la totalité de ses parties, ou seulement dans quelques-unes d'entre elles. Les fleurs doubles sont des monstres. Cette femme est accouchée d'un monstre. Les miracles sont plus rares que les monstres, Guez de Balzac, liv. I, lett. 11. On peut réduire en trois classes tous les monstres possibles : la première est celle des monstres par excès ; la seconde, des monstres par défaut ; et la troisième, de ceux qui le sont par le renversement ou la fausse position des parties, Buffon, Suppl. à l'hist. natur. Œuvres, t. XI, p. 410. La plupart des monstres le sont avec symétrie, le dérangement des parties paraît s'être fait avec ordre, Buffon, Hist. anim. ch. X. M. Lemery soutenait que la formation des monstres était due uniquement à des causes accidentelles qu'il assignait, et qu'il savait employer avec beaucoup de sagacité et d'esprit, Bonnet, Consid. corps organ. Œuvres, t. VI, p. 447, dans POUGENS. M. Winslow laissait là tout cet attirail d'explications physiques, et, le scalpel à la main, il prétendait trouver, dans certains monstres, des preuves incontestables que leur formation était due uniquement à des œufs originairement monstrueux, Bonnet, ib.
  • 2Les êtres physiques imaginés par les mythologies et par les légendes, dragons, minotaures, harpies, divinités à formes étranges, etc. Les Centaures étaient des monstres. La Chimère était un monstre. Polyphème était un monstre. Vous adorez en vain des monstres impuissants, Corneille, Poly. III, 2. Tous les monstres d'Égypte ont leurs temples dans Rome, Corneille, ib. IV, 6. Aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui Ne m'ont donné le droit de faillir comme lui [Thésée], Racine, Phèdre, I, 1. L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux Parmi des flots d'écume un monstre furieux, Racine, ib. V, 6. La tête d'un homme sur le corps d'un cheval nous plaît ; la tête d'un cheval sur le corps d'un homme nous déplaira ; c'est au goût à créer des monstres, Diderot, Pensées sur la peint. Œuvres, t. XV, p. 176, dans POUGENS.
  • 3 Par assimilation, les êtres allégoriques auxquels on donne soit des formes étranges, soit des inclinations malfaisantes. Cependant cet oiseau qui prône les merveilles, Ce monstre composé de bouches et d'oreilles, La renommée…, Boileau, Lutr. II. Et le barreau n'a pas de monstres si hagards Dont mon œil n'ait cent fois soutenu les regards, Boileau, ib. III. Il y a deux monstres qui désolent la terre en pleine paix : l'un est la calomnie, et l'autre l'intolérance ; je les combattrai jusqu'à ma mort, Voltaire, Mél. litt. Réfut. d'un écrit anonyme.
  • 4 Par exagération, les animaux d'une grandeur extraordinaire.

    Poétiquement. Les monstres des forêts, les bêtes féroces qui habitent les forêts. Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté ? Racine, Phèdre, II, 2.

    Fig. L'Américain farouche est un monstre sauvage Qui mord en frémissant le frein de l'esclavage, Voltaire, Alz. I, 1.

    Monstres marins, les grands cétacés.

    Par extension. On a servi des monstres sur cette table, on y a servi des poissons d'une grandeur extraordinaire. Mais enfin il les sut engager à lui servir d'un monstre [poisson] assez vieux pour lui dire Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus, La Fontaine, Fabl. VIII, 8.

  • 5 Fig. Un monstre, une chose dont on s'effraye. La Mousse [à propos d'un projet de voyage en province] a été un peu ébranlé des puces, des punaises, des scorpions, des chemins et du bruit qu'il trouvera peut-être ; tout cela était un monstre dont je me suis bien moquée, Sévigné, 8 juill. 1672. Cette timidité, en nous montrant sans cesse des monstres où il n'y en a pas, Rousseau, Hél. VI, 7.

    Faire un monstre d'une chose, la représenter comme dangereuse, pénible, etc. Et puisqu'elle vous blâme, et que sa fantaisie Lui fait un monstre affreux de votre jalousie, Molière, D. Garc. IV, C. Vous lui faites sans cesse un monstre de l'amour, Th. Corneille, Baron d'Albikrac, III, 4.

    Se faire un monstre de quelque chose, s'imaginer qu'une chose est très pénible, très difficile. Il n'y, a point de faute aussi pardonnable qu'une sensibilité comme la mienne ; ne vous en faites donc point un monstre, Marianne, ajouta-t-il, en pliant le genou devant moi, Marivaux, Marianne, part. 3.

    Se faire des monstres de tout, s'exagérer les difficultés de toute chose. Une mère peu éclairée se fait des monstres de tout, Rousseau, Hél. V, 3.

  • 6 Fig. Par analogie et par transition du physique au moral, personne cruelle, dénaturée, ou remarquable par quelque vice poussé à l'excès. T'ai-je peint ces tristes Tisiphones [les femmes qui haïssent leurs enfants], Ces monstres pleins d'un fiel que n'ont point les lionnes ? Boileau, Sat. X. Caligula, Néron, Monstres dont à regret je cite ici le nom, Racine, Bérén. II, 2. Monstre qu'a trop longtemps épargné le tonnerre, Racine, Phèdre, IV, 2. On passe pour un monstre quand on manque de reconnaissance, Fénelon, Tél. XVIII. Ah ! je suis un monstre à vos yeux, Genlis, Théât. d'éduc. les Faux amis, II, 11. Quels monstres le hasard rassemble sous nos yeux ! Tibère et Néron se regardent, Staël, Corinne, XIII, 4.

    Il se dit, par antiphrase, de quelque qualité qui nous cause autant de peine que ferait un vice. Une femme constante est un monstre nouveau Que le ciel a produit pour être mon bourreau, Destouches, Phil. marié, III, 5.

    Monstre s'est dit, par esprit d'intolérance, des hérétiques, des infidèles et des athées. Un Spinosa, ce monstre, qui après avoir embrassé plusieurs religions, finit par n'en avoir aucune, Massillon, Carême, Doutes. Le monstre ! il [Galilée] ose prouver que c'est la terre qui tourne, Voltaire, Philos. Disc. Belleguier. Julien [l'empereur] est sobre, chaste, désintéressé, valeureux, clément ; mais il n'était pas chrétien ; on l'a regardé longtemps comme un monstre, Voltaire, Dict. phil. Julien.

    Populairement, dans le même sens, un monstre de nature. Ce doit être un monstre de nature, Hauteroche, Esp. foll. I, 1.

    On a dit dans un sens analogue : des monstres de la société des monstres qui outragent la société. Il faudrait que ce fussent des monstres de la société, s'ils ne trouvaient pas en eux-mêmes les sentiments nécessaires à cette société, Voltaire, Traité de métaphysique, IX.

    C'est un monstre d'ingratitude, un monstre d'avarice, de cruauté, etc. se dit d'une personne qui montre une noire ingratitude, qui est d'une sordide avarice, etc. Sors donc de devant moi, monstre d'impiété, Racine, Athal. III, 5. Deux fils [d'Hircan] qui étaient des monstres de perfidie, d'avarice et de cruauté, Voltaire, Philos. Sommaire de l'Hist. juive.

    Monstres d'hommes, hommes remarquables par leur méchanceté. Quelques monstres d'hommes tels qu'ont été un Diagore mélien, un Évhemère tégéate, et un Théodore cyrénien, qui ne voulaient pas même reconnaître une cause première, La Mothe le Vayer, Vertu des païens, 1, Observ. sur les trois états.

    Monstre se dit aussi, par exagération et par plaisanterie, d'une personne à qui on reproche quelque énormité. Ces monstres d'hommes n'en font pas d'autres.

  • 7 Par exagération, personne extrêmement laide. Son avarice… Le fit dans une avare et sordide famille Chercher un monstre affreux sous l'habit d'une fille, Boileau, Sat. X. De six monstres qui se disaient filles d'honneur, et d'une duègne autre monstre qui se portait pour gouvernante de ces rares beautés, Hamilton, Gramm. 6.

    On dit dans le même sens : un monstre de laideur.

  • 8 Fig. Toute chose qui est comparée à un monstre pour sa grosseur, sa laideur, sa grossièreté, sa disproportion, son abomination. Que nous avons nommé le monstre de l'octave, ou une octave défectueuse, Descartes, Mus. Apprenez enfin qu'un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature, Molière, D. Juan, IV, 6. S'il [l'homme] se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante ; et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible, Pascal, Pens. VIII, 14, édit. HAVET. Cette négligence [des indifférents en matière de religion]… est un monstre pour moi, Pascal, Pens. IX, 1. L'orgueil contre-pèse et emporte toutes les misères ; voilà un étrange monstre et un égarement bien visible, Pascal, ib. XXIV, 10 bis. Je vous conjure que ma fille ne réponde point à cette lettre, c'est un monstre d'écriture : je n'ai rien à faire, je me porte bien, et c'est mon unique plaisir de vous parler, Sévigné, 31 mai 1680. Quels monstres d'opinions se faut-il mettre dans l'esprit ? Bossuet, Hist. II, 13. Il avait toujours regardé le libertinage [irréligion] comme un monstre dans les armées, Fléchier, Duc de Mont. Être chrétien et n'être pas pénitent était un monstre et une nouveauté sans exemple, Massillon, Carême, Jeûne. Une armée de monstres va ressusciter dans votre cœur, Massillon, Carême, Rechute, 1. Vous vivrez sans joug et sans règle, vous entasserez monstre sur monstre, Massillon, Carême, Inconst. Lorsque ni l'une ni l'autre [partie] n'y consentent, c'est un monstre que le divorce, Montesquieu, Esp. XXVI, 3. Et de là sortiront des merveilles ou des monstres de raisonnements sans nombre, Buffon, Nature des anim.
  • 9Sorte de ciseaux à longs anneaux.
  • 10Nom vulgaire de la mésange à longue queue.
  • 11Monstre double, monstre simple, nom de deux variétés de tulipes.
  • 12 Adj. Dans le langage populaire, prodigieux, monstrueux, énorme, extraordinaire. Un bouquet monstre. Un dîner monstre. Un concert monstre.

HISTORIQUE

XIIe s. Dont poroies veoir un molt horrible monstre… si tu les oylz [yeux] del cuer avoies enlumineiz, Saint Bernard, p. 562.

XIIIe s. Il atendoit que li poinz apareust et li mostres que Merlins li dist ; mais ne demora puis gaires que li mostres lor aparut en l'air, Merlin, f. 51, verso. Et quant ele [une infirme] aloit, ele portoit son chief près de terre pié et demi, apuiée d'un baston… et sembloit un mostre, si que, quant les enfanz la veoient, il s'enfuioient, Miracles St Loys, p. 127.

XVIe s. Une beauté cruelle est un monstre en nature, Desportes, Cartels et masquarade, pour le roy Henri III. La cour est un monstre de plusieurs testes et consequemment de plusieurs langues et plusieurs voix, Des Autels, dans LIVET, la Gramm. franç. p. 126. Je diray un monstre [une chose monstrueuse], mais je le diray pourtant, Montaigne, II, 124. Des gens barbus [les Espagnols], montez sur des grands monstres incogneus [les chevaux], Montaigne, IV, 18. Si une chacune ame est sujette à tous ces monstres de vices, Calvin, Instit. 209. Tous ceux qui violent l'authorité paternelle ou par mespris, ou par rebellion, sont monstres et non pas hommes, Calvin, ib. 300. Question laquelle toutes gens craignans Dieu à bon droit ont en horreur comme un monstre detestable, Calvin, ib. 357.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MONSTRE, s. m. (Botan.) on nomme monstres en Botanique des singularités qui sont hors du cours ordinaire. Par exemple, des feuilles qui naissent de l’intérieur d’autres feuilles ; des fleurs du milieu desquelles sort une tige qui porte une autre fleur ; des fruits qui donnent naissance à une tige, dont le sommet porte un second fruit semblable, &c. (D. J.)

Monstre, s. m. (Zoolog.) animal qui naît avec une conformation contraire à l’ordre de la nature, c’est-à-dire avec une structure de parties très-différentes de celles qui caractérisent l’espece des animaux dont il sort. Il y a bien de sortes de monstres par rapport à leurs structures, & on se sert de deux hypotheses pour expliquer la production des monstres : la premiere suppose des œufs originairement & essentiellement monstrueux : la seconde cherche dans les seules causes accidentelles la raison de toutes ces conformations.

S’il n’y avoit qu’une différence légere & superficielle, si l’objet ne frappoit pas avec étonnement, on ne donneroit pas le nom de monstre à l’animal où elle se trouveroit.

Les uns ont trop ou n’ont pas assez de certaines parties ; tels sont les monstres à deux têtes, ceux qui sont sans bras, sans piés ; d’autres pechent par la conformation extraordinaire, & bisarre par la grandeur disproportionnée, par le dérangement considérable d’une ou de plusieurs de leurs parties, & par la place singuliere que ce dérangement leur fait souvent occuper ; d’autres enfin ou par l’union de quelques parties qui, suivant l’ordre de la nature & pour l’exécution de leurs fonctions, doivent toujours être séparés, ou par la désunion de quelques autres parties qui, suivant le même ordre & pour les mêmes raisons, ne doivent jamais cesser d’être unies. M. Formey.

On trouve dans les mémoires de l’académie des Sciences une longue dispute entre deux hommes célebres, qui à la maniere dont on combattoit, n’auroit jamais été terminée sans la mort d’un des combattans ; la question étoit sur les monstres. Dans toutes les especes on voit souvent naître des animaux contrefaits, des animaux à qui il manque quelques parties ou qui ont quelques parties de trop. Les deux anatomistes convenoient du système des œufs, mais l’un vouloit que les monstres ne fussent jamais que l’effet de quelqu’accident arrivé aux œufs : l’autre prétendoit qu’il y avoit des œufs originairement monstrueux, qui contenoient des monstres aussi bien formés que les autres œufs contenoient des animaux parfaits.

L’un expliquoit assez clairement comment les désordres arrivés dans les œufs faisoient naitre des monstres ; il suffisoit que quelques parties dans le tems de leur mollesse eussent été détruites dans l’œuf par quelqu’accident, pour qu’il naquît un monstre par défaut à un enfant mutilé ; l’union ou la confusion des deux œufs ou de deux germes d’un même œuf produisoit les monstres par excès, les enfans qui naissent avec des parties superflues. Le premier degré des monstres seroit deux gemeaux simplement adherens l’un à l’autre, comme on a vû quelquefois. Dans ceux-là aucune partie principale des œufs n’auroit été détruite. Quelques parties superficielles des fœtus déchirées dans quelques endroits & reprises l’une avec l’autre, auroient causé l’adhérence des deux corps. Les monstres à deux têtes sur un seul corps ou à deux corps sous une seule tête ne différeroient des premiers que parce que plus de parties dans l’un des œufs auroient été détruites : dans l’un, toutes celles qui formoient un des corps, dans l’autre, celles qui formoient une des têtes. Enfin un enfant qui a un doigt de trop est un monstre composé de deux œufs, dans l’un desquelles toutes les parties excepté ce doigt ont été détruites. L’adversaire, plus anatomiste que raisonneur, sans se laisser éblouir d’une espece de lumiere que ce système repand, n’objectoit à cela que des monstres dont il avoit lui-même disséqué la plûpart, & dans lesquels il avoit trouvé des monstruosités qui lui paroissoient inexplicables par aucun désordre accidentel.

Les raisonnemens de l’un tenterent d’expliquer ces désordres ; les monstres de l’autre se multiplierent. A chaque raison que M. Lemery alléguoit, c’étoit toujours quelque nouveau monstre à combattre que lui produisoit M. Winslow.

Enfin on en vint aux raisons métaphysiques. L’un trouvoit du scandale, à penser que Dieu eût créé des germes originairement monstrueux : l’autre croyoit que c’étoit limiter la puissance de Dieu, que de la restraindre à une régularité & une uniformité très grande.

Ceux qui voudroient voir ce qui a été dit sur cette dispute, le trouveroient dans les mémoires de l’académie, Mém. de l’acad. royale des Sciences, années 1724, 1733, 1734, 1738 & 1740.

Un fameux auteur danois a eu une autre opinion sur les monstres ; il en attribuoit la production aux cometes. C’est une chose curieuse, mais bien honteuse pour l’esprit humain, que de voir ce grand médecin traiter les cometes comme des abscès du ciel, & prescrire un régime pour se préserver de leur contagion, Recherches phys.

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Étymologie de « monstre »

Provenç. mostre ; espagn. monstruo ; portug. monstro ; ital. mostro ; du lat. monstrum, qui vient directement de monere, avertir, par suite d'une idée superstitieuse des anciens : quod moneat, dit Festus, voluntatem deorum. Monstrum est pour monestrum ; monstrare (voy. MONTRER) est le dénominatif de monstrum.

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(1694) Du latin monstrum (« avertissement céleste, prodige »). [1].
Note : Le terme vient Du latin monstrare, montrer, indiquer, rattaché au latin monere, avertir, lequel n’est pas forcément péjoratif. L’écart avec la norme est à double sens, la frontière s’efface entre les monstres et les merveilles.
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Phonétique du mot « monstre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
monstre mɔ̃str

Citations contenant le mot « monstre »

  • Le fanatisme est un monstre mille fois plus dangereux que l'athéisme philosophique. De Voltaire / Dictionnaire philosophique
  • Une femme peut aisément se déguiser en monstre lorsque la passion l'aveugle. De Louis Pelletier-Dlamini / Pomme-de-pin
  • Tant qu'il y aura des hommes, le monstre du mal ne sera jamais dompté. De Reine Malouin / Princesse de nuit
  • Le mariage doit incessamment combattre un monstre qui dévore tout : l’habitude. De Honoré de Balzac / Physiologie du mariage
  • Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. De Voltaire
  • La femme ne peut être qu'épouse et mère : sinon elle est un monstre. De Anonyme / Le Moniteur universel - 29 Brumaire an II
  • Peut-il arriver mieux à une belle jeune fille que de tomber sur un monstre ? De Amélie Nothomb / Mercure
  • Ce monstre qui porte sur son visage la noirceur de son âme. De Charles Baudelaire / Le spleen de Paris
  • Qu'un monstre tel que vous inspire peu de crainte ! Pierre Corneille, Psyché, III, 3, Psyché à l'Amour Psyché
  • Sais-tu quel est mon plus grand souci ? C'est de tuer l'ennui. Celui qui rendrait ce service à l'humanité serait le vrai destructeur des monstres. Eugène Fromentin, Dominique
  • Voici en vidéo notre avis sur Carrion, dernier jeu estampillé Devolver qui offre la possibilité d'incarner un monstre. Et de pouvoir tout détuire sur notre passage, pour notre plus grand plaisir. Jeuxvideo.com, Carrion : Un jeu abouti où vous incarnez un monstre - Test en vidéo - jeuxvideo.com
  • S'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante ; et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible. Blaise Pascal, Pensées, 420 Pensées
  • Un homme sans enfantillage est un monstre. De Henry de Montherlant
  • On est toujours le monstre de quelqu'un. De Anonyme
  • Chacun a en lui son petit monstre à nourrir. De Madeleine Ferron / La Fin des loups-garous
  • Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. De Victor Hugo / Le cycle pyrénéen
  • L'homme est un monstre d'inconsistance. De Henry de Montherlant / La Rose des sables
  • L'homme n'est peut-être que le monstre de la femme, ou la femme le monstre de l'homme. De Denis Diderot / Le Rêve d'Alembert
  • Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets. De Jean-Paul Sartre / Les Mots
  • En fin de compte, vous voulez toujours utiliser vos tentacules pour attraper des humains sans méfiance et les attirer vers vous, mais vous constaterez soudain que cela devient plus difficile lorsque les armes entrent dans l’équation. Parce que, malgré toute l’énorme masse que vous finirez par gagner, prendre trop de balles est un moyen infaillible de couper court à ce fantasme de monstre d’horreur. Heureusement, vous pouvez utiliser une foule d’autres tactiques pour dévorer votre proie: vous voudrez peut-être narguer les ennemis dans un endroit spécifique avec un grognement (pour lequel il y a un bouton dédié), ou vous pouvez également contrôler à distance un garde armé pour tondre facilement à chaque menace. En général, CHAROGNELa boucle de jeu principale de vous consiste à résoudre de nombreuses boîtes de puzzle remplies de sang pleines d’ennemis à manger. , Revue Carrion: Un jeu d’horreur brillant où vous êtes le monstre – L'Observateur de Troyes
  • Créations de notre imaginaire ou issues de la mythologie, expression de nos angoisses intimes ou collectives, monstres gentils ou créatures terrifiantes, les monstres fascinent de la même façon petits et grands. Mais que disent-ils de nous ? Et en quoi nous sont-ils nécessaires ? France Culture, Voyage au pays des monstres
  • Nessie, le célèbre et mystérieux monstre du Loch Ness ne serait-il qu’un énorme silure ou un esturgeon ? Cette très décevante théorie, déjà avancée à plusieurs reprises, refait surface avec la publication sur internet d’une photo prise par un touriste britannique sur les bords du célèbre lac écossais.  SudOuest.fr, Une photo relance les spéculations autour du monstre du Loch Ness

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Traductions du mot « monstre »

Langue Traduction
Anglais monster
Espagnol monstruo
Italien mostro
Allemand monster-
Chinois 怪物
Arabe وحش
Portugais monstro
Russe монстр
Japonais モンスター
Basque munstroa
Corse mostru
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Synonymes de « monstre »

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Antonymes de « monstre »

Monstre

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