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Souveraineté

Sommaire

  • Définitions du mot souveraineté
  • Étymologie de « souveraineté »
  • Phonétique de « souveraineté »
  • Citations contenant le mot « souveraineté »
  • Traductions du mot « souveraineté »
  • Synonymes de « souveraineté »
  • Antonymes de « souveraineté »

Définitions du mot souveraineté

Trésor de la Langue Française informatisé

SOUVERAINETÉ, subst. fém.

I. − Dans le domaine pol.
A. −
1. Qualité, fonction de souverain, de monarque; exercice du pouvoir par un souverain. Souveraineté absolue; les attributs de la souveraineté; acte de souveraineté; exercer la souveraineté; s'emparer de la souveraineté; reconnaître la souveraineté de qqn. En ce temps-là, on intriguait pour être roi, comme aujourd'hui pour être député; et ces candidats à la souveraineté, se pressaient aux pieds de MmeRécamier, comme si elle disposait des couronnes (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 326).L'Édit de Nantes ne fut pas un acte gracieux, dû à la volonté du roi, dans la plénitude de sa souveraineté, mais un traité dont les articles furent débattus comme avec des belligérants (Bainville, Hist. Fr., t. 1, 1924, p. 196).
[Avec un compl. précisant le territoire sur lequel s'exerce le pouvoir d'un souverain] Oxenstiern avait promis à Bernard de Weymar la souveraineté de la Franconie (Constant, Wallstein, 1809, notes hist., p. 212).L'origine des universités était aussi diverse que possible: les unes avaient été créées ou encouragées par les rois, d'autres par les papes, d'autres encore par les princes qui avaient souveraineté sur leur territoire avant annexion à la couronne de France (Encyclop. éduc., 1960, p. 15).
2. P. méton. Prince souverain; gouvernement monarchique; territoire ayant un monarque à sa tête (vieilli). Petites souverainetés. L'accomplissement des devoirs de la souveraineté envers les sujets (Lamennais, Religion, 1826, p. 126).[En 987] la France restait divisée en souverainetés multiples (Bainville, Hist. Fr., t. 1, 1924, p. 50).
3. P. anal. [Avec certaines caractéristiques (majesté, grandeur, etc.) propres aux souverains ou qu'on leur attribue] [La cathédrale] a toujours, quoique privée de moitié de sa nef et isolée de sa tour, un grand air de souveraineté (Michelet, Journal, 1837, p. 244).La souveraineté de la grande campagne française (Du Bos, Journal, 1922, p. 134).
B. −
1. Qualité propre à une collectivité politique qui se gouverne elle-même tout en pouvant relever d'une autorité supérieure; pouvoir qu'elle détient. [En Suisse] la souveraineté cantonale menacée primitivement par eux [les radicaux] a été par eux-mêmes relevée et plus que jamais préconisée (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p. 128):
Les communes redevinrent souveraines (...). Ce n'est pas à dire que cette souveraineté fût complète. Il resta toujours quelque trace d'une souveraineté extérieure; tantôt le seigneur conserva le droit d'envoyer un magistrat dans la ville (...); tantôt il eut droit de percevoir certains revenus... Guizot, Hist. civilis., leçon 7, 1828, p. 38.
2. DROIT
a) Souveraineté (de l'État). Qualité propre à l'État qui possède le pouvoir suprême impliquant l'exclusivité de la compétence sur le territoire national (souveraineté interne) et sur le plan international, l'indépendance vis-à-vis des puissances étrangères (limitée par les conventions ou par le droit international) ainsi que la plénitude des compétences internationales (souveraineté externe); pouvoir politique suprême dont jouit l'État. Portion de souveraineté; abandons, diminutions, limitations de souveraineté; l'exercice, les droits de la souveraineté; la souveraineté française; porter atteinte à la souveraineté d'un État. [Le général Catroux] a, le 26 septembre, proclamé l'indépendance et la souveraineté du Liban sous la présidence de M. Naccache (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 573).
b) Qualité propre au détenteur en droit ou en fait du pouvoir suprême dans l'État; pouvoir suprême ainsi détenu. IV La République Française est une et indivisible. V La souveraineté réside essentiellement dans le Peuple Français (Robesp., Discours, Constit., t. 9, 1793, p. 509).Le peuple délègue l'exercice de la souveraineté à une Assemblée législative qui est son commis; l'Assemblée commet à son tour le Gouvernement pour exécuter la loi (Vedel, Dr. constit., 1949, p. 26).
[Le subst. est déterminé par un adj. ou un compl. de n. précisant le détenteur du pouvoir suprême] La souveraineté de la Nation, du Parlement; le principe de la souveraineté du peuple; proclamer la souveraineté du peuple; attenter à, usurper la souveraineté du peuple. La souveraineté des assemblées nationales, (...) la seule forme d'une constitution légitime, sage et heureuse (Marat, Pamphlets, Suppl. Offrande à la Patrie, 1789, p. 54).
DR. CONSTIT. FR. Souveraineté nationale. [Dans la théorie du gouvernement représentatif] Qualité propre à la Nation qui possède en droit le pouvoir suprême, la Nation étant considérée comme une personne morale distincte des individus qui la composent et s'exprimant par ses représentants qui agissent collectivement en son nom et non chacun respectivement au nom de la fraction de la population qui l'a élu; pouvoir suprême appartenant en droit à la Nation considérée sous cet aspect. En France, le procédé du mandat représentatif permet après 1789 que la souveraineté populaire s'efface devant la souveraineté nationale (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 13).
Souveraineté populaire. Qualité propre au peuple considéré comme l'ensemble des citoyens et possédant en droit le pouvoir suprême qu'il exerce soit directement soit par des représentants agissant en vertu du mandat impératif; pouvoir suprême appartenant en droit au peuple. Supra souveraineté nationale ex. de Belorgey.
Part de pouvoir détenue en droit par chaque citoyen. Depuis vingt-neuf ans attachés à ce symbole évident de leur souveraineté légale, le paysan, l'ouvrier, le bourgeois, le prolétaire, tous étaient prêts à défendre le suffrage universel (Gambetta, 1877ds Fondateurs 3eRépubl., p. 285).
3. Pouvoir exercé par un État sur un autre. [Le Maroc] terre de souveraineté française (De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 77).
II. −
A. Caractère absolu, sans limite, sans restriction (d'un droit, d'une faculté, d'une loi dans son application). La souveraineté du droit civique restituée aux masses (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 753).Un individu qui ne dispose pas de ses biens en toute liberté, en toute souveraineté, n'en est pas pleinement propriétaire (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 187).
B. − Caractère sans appel d'une décision, d'un jugement. Le législateur, que ce soit le parlement ou, dans certains cas, le gouvernement (...) peut (...) faire échec à des décisions de justice en exprimant la souveraineté de ses choix (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 191).
III. − Domination, suprématie (de quelqu'un, de quelque chose, sur d'autres, dans un domaine particulier). Synon. empire, maîtrise.Une société, un peuple où la masse des sentiments moraux, des passions mêmes de la jeunesse ont été domptés par la souveraineté absolue de l'argent (Goncourt, Journal, 1859, p. 652).La reconnaissance de la souveraineté divine et de la dépendance absolue des créatures, voilà l'humilité (Gilson, Espr. philos. médiév., 1932, p. 186).
SYNT. Souveraineté domestique, littéraire, morale, spirituelle; souveraineté de Dieu, du génie, de l'homme, de la raison, du but; en vertu de la souveraineté de qqn; être sous la souveraineté de qqn, de qqc.; user de sa souveraineté.
[Suivi d'un compl. circ.] Juif [Disraëli], et pourtant le plus symbolique des Anglais par sa double souveraineté dans l'action et le rêve! (Tharaud, Dingley, 1906, p. 14).Souveraineté de la pensée sur le monde extérieur (Barrès, Cahiers, t. 7, 1909, p. 339).
P. méton. Personne, chose qui domine, qui a la suprématie. Que l'on compare l'action des deux souverainetés contraires, le principe de justice et le droit de la force (Lamennais, Religion, 1826, p. 50).Après les précurseurs (...) apparaissent les deux souverainetés, Michel-Ange et Raphaël, le surhumain et le divin (Zola, Rome, 1896, p. 154).
Prononc. et Orth.: [suvʀ εnte]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1remoit. xiies. « ce qui est le plus élevé, sommet » (Psautier d'Oxford, LXXI, 16, éd. Fr. Michel, p. 94). B. 1. a) 1283 « autorité, pouvoir suprême (du souverain) » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, 1043, t. 2, p. 24); b) [1601 « pouvoir suprême, incarnation de la puissance publique » envahir la souveraineté « prendre le pouvoir » (P. Charron, De la Sagesse, éd. 1797, p. 568)] 1719 souveraineté du Peuple romain (Vertot, Hist. des révolutions, t. 1, p. 50); 1789 souveraineté de la Nation (Marat, Pamphlets, Offrande à la Patrie, p. 27); 1792 souveraineté nationale (Condorcet, Organ. instr. publ., p. 528); 1792 souveraineté du peuple (Robesp., Discours, Jug. Louis XVI, t. 9, p. 189); c) 1627 « territoire où s'exerce la souveraineté » (Guez de Balzac, Lettres, éd. H. Bibas et K. T. Butler, t. 2, p. 58); d) 1631 « existence d'un État en dehors de toute sujétion, indépendance » (Id., Le Prince, p. 207); 2. mil. xives. « prééminence » (Desputaison du vin et de l'iaue ds A. Jubinal, Nouv. rec. de contes, dits, fabliaux, t. 1, p. 303); 3. 1474 « situation de décision sans appel, pouvoir de juger souverainement » (Ordonnance de Louis XI ds Ordonnances des Rois de France, t. 18, p. 35); 4. 1580 « pouvoir de domination ou de décision sur quelque chose ou quelqu'un, emprise sur » (Montaigne, Essais, I, XXVIII, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 191). Dér. de souverain*; suff. -eté, v. -té. Fréq. abs. littér.: 979. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2 631, b) 587; xxes.: a) 494, b) 1 306. Bbg. Dub. Pol. 1962, p. 425. − Quem. DDL t. 11.

Wiktionnaire

Nom commun

souveraineté \su.vʁɛn.te\ féminin

  1. Autorité suprême.
    • La souveraineté populaire, qui n'est pas le respect scrupuleux de la souveraineté individuelle, est un despotisme qui ne diffère du despotisme monarchique que par le costume ; casquette au lieu de couronne, veste au lieu de manteau. — (Émile de Girardin, L'abolition de l'Autorité par la simplification de gouvernement, Paris : librairie Nouvelle, 1851, p.7)
    • Messieurs, le système politique en question consiste dans la subordination de tous les corps, de toutes les institutions, quelles qu’elles soient, à la suprématie de l’État républicain et laïque. Il a pour base, en thèse générale, le principe fondamental de la Révolution, la souveraineté nationale, pour formule dernière et pour conclusion, la sécularisation complète de la société. — (Discours d’Émile Combes à Auxerre - 4 septembre 1904)
    • Toute différente était la situation dans le bled es-siba dont les tribus reconnaissaient généralement le sultan comme chef spirituel, mais ils n'admettaient pas sa souveraineté temporelle et ne toléraient chez elles aucun des rouages de l'administration chérifienne. — (Frédéric Weisgerber, Au seuil du Maroc Moderne, Institut des Hautes Études Marocaines, Rabat : Les éditions de la porte, 1947, p. 41)
    • Nous savons, nous, ce que vaut l’illusion de la souveraineté populaire, et ce que pèse un bulletin de vote, mais les indigènes, plus neufs, plus confiants que nous dans la parole écrite de nos livres, se consolent mal de la trahison de nos clercs. — (Yvonne Turin, Littérature engagée et anticolonialisme européen dans l'Algérie du Centenaire : le cas singulier d'Albert Truphémus, dans la Revue d'Histoire moderne et contemporaine, tome XXIII, 1976, page 618)
  2. (Par extension) Qualité et autorité d’un prince.
    • Le faste de la souveraineté est dangereux quand le pouvoir de la souveraineté manque ; on ruine souvent sa maison pour en soutenir trop la grandeur ; plus d’un prince apanagé en a fait la triste expérience. — (Frédéric II & Voltaire, L’anti-Machiavel - 1739 - (édition de 1947))
    • La cité, fatiguée de la souveraineté de ceux-ci, envoya, en 1444, ses députés au-devant de Charles VII pour se donner à lui. — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1923)
  3. (Par extension) Principauté, royaume, etc.
    • Dumouriez, […], projetait, […], de créer en Belgique une souveraineté indépendante, de renverser la Convention, […]. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
  4. (Droit international) Droit absolu qu’a tout peuple indépendant de régler ses propres affaires sans en devoir aucun compte à quelque autre peuple que ce soit.
    • Une nation qui occupe un rivage quelconque aura la souveraineté de la mer adjacente, et y jouira des mêmes droits qui lui appartiennent sur le continent. — (Anonyme, Droit maritime. De la Neutralité, Revue des Deux Mondes, 1829, tome 1)
    • De nos jours, on commet une erreur plus grave : on confond la race avec la nation, et l’on attribue à des groupes ethnographiques ou plutôt linguistiques une souveraineté analogue à celle des peuples réellement existants. — (Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOUVERAINETÉ. n. f.
Autorité suprême. Souveraineté héréditaire. Souveraineté élective. Souveraineté passagère. Souveraineté populaire. Souveraineté nationale. Les droits de la souveraineté. Aspirer à la souveraineté. Usurper la souveraineté. La souveraineté du peuple. Fig., La souveraineté de la raison, L'autorité suprême que la raison devrait exercer sur nos actions.

SOUVERAINETÉ désigne aussi la Qualité et l'autorité d'un prince. On lui dispute la souveraineté. Il possède ces terres en souveraineté, en pleine souveraineté. En termes de Droit international, il désigne le Droit absolu qu'a tout peuple indépendant de régler ses propres affaires sans en devoir aucun compte à quelque autre peuple que ce soit.

Littré (1872-1877)

SOUVERAINETÉ (sou-ve-rè-ne-té) s. f.
  • 1Autorité suprême. Souveraineté absolue. Souveraineté limitée. Souveraineté héréditaire. Souveraineté élective. Par la même raison que la souveraineté est inaliénable, elle est indivisible, Rousseau, Contr. soc. II, 2. L'on parvint à concevoir qu'une monnaie portant l'empreinte de la souveraineté ou du chef de la nation devait être frappée par des préposés de confiance, et non par des fermiers avides de gain, Mirabeau, Collection, t. v, p. 62.
  • 2Qualité, autorité d'un prince. On lui dispute la souveraineté. Rome n'en a repris [de ses droits], au lieu de liberté, Qu'un droit de mettre ailleurs la souveraineté, Corneille, Othon, III, 3. Quand l'Espagne voulut donner au prince de Condé ou Cambrai et ses environs ou le Luxembourg en pleine souveraineté, Bossuet, Louis de Bourbon.
  • 3Étendue de pays sous la dépendance d'un souverain. Il [le duc de Veimar] comptait se faire une souveraineté le long du Rhin, Voltaire, Mœurs, 178.
  • 4Souveraineté du peuple, doctrine politique qui attribue au peuple le pouvoir souverain. Par ces dernières expressions [l'intérêt et la volonté de la nation] le vainqueur sous-entendait la souveraineté du peuple, cette autre espèce de droit divin qui n'a pas de raisons à donner ni de compte à rendre, et qui peut devenir le plus démesuré comme le plus irresponsable instrument de bien des choses que la justice réprouve, Villemain, Souvenirs contemporains, les Cent-Jours, ch. VII.
  • 5 Fig. Autorité morale, considérée comme suprême. Dans le bouge où il était logé, il [un barbon] ne parlait que de l'empire naturel du sage, que de la souveraineté de la raison, Guez de Balzac, le Barbon.

    La souveraineté du but, se dit d'un but auquel on subordonne, on sacrifie tout.

  • 6 Fig. Qualité de ce qui est sans appel. Je ne vois aucune chose qui puisse être à couvert de la souveraineté de tes décisions, Molière, Crit. 7.

HISTORIQUE

XIIIe s. Si comme on voit toute jor que se cil d'Artois… pledent ensanble par devant le roy à Paris d'aucuns apiax [appels] qui sunt fet à li par reson de le [la] sovraineté ou d'autres cas qu'il a sor ses sougès, Beaumanoir, LXI, 72. Il sera afermemenz en terre, es souverainetez des monz [in summis montium], Psautier, f° 85.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SOUVERAINETÉ, (Gouvernement.) on peut la définir avec Puffendorf, le droit de commander en dernier ressort dans la société civile, que les membres de cette société ont déferé à une seule ou à plusieurs personnes, pour y maintenir l’ordre au-dedans, & la défense au-dehors, & en général pour se procurer sous cette protection un véritable bonheur, & sur-tout l’exercice assuré de leur liberté.

Je dis d’abord que la souveraineté est le droit de commander en dernier ressort dans la société, pour faire comprendre que la nature de la souveraineté consiste principalement en deux choses ; la premiere dans le droit de commander aux membres de la société, c’est-à-dire de diriger leurs actions avec empire ou pouvoir de contraindre ; la seconde est que ce droit doit être en dernier ressort, de telle sorte que tous les particuliers soient obligés de s’y soumettre, sans qu’aucun puisse lui résister : autrement si cette autorité n’étoit pas supérieure, elle ne pourroit pas procurer à la société l’ordre & la sûreté qui sont les fins pour lesquelles elle a été établie.

Je dis ensuite que c’est un droit déféré à une ou à plusieurs personnes, parce qu’une république est aussi bien souveraine qu’une monarchie.

J’ajoute enfin, pour se procurer sous cette protection un véritable bonheur, &c. pour faire connoître que la fin de la souveraineté est la félicité des peuples.

On demande quelle est la source prochaine de la souveraineté, & quels en sont les caracteres ? Il est certain que l’autorité souveraine, ainsi que le titre sur lequel ce pouvoir est établi, & qui en fait le droit, résulte immédiatement des conventions mêmes qui forment la société civile, & qui donnent naissance au gouvernement. Comme la souveraineté réside originairement dans le peuple, & dans chaque particulier par rapport à soi-même, il résulte que c’est le transport & la réunion des droits de tous les particuliers dans la personne du souverain, qui le constitue tel, & qui produit véritablement la souveraineté ; personne ne sauroit douter, par exemple, que lorsque les Romains choisirent Romulus & Numa pour leurs rois, ils ne leur conférassent par cet acte même la souveraineté sur eux qu’ils n’avoient pas auparavant, & à laquelle ils n’avoient certainement d’autre droit que celui que leur donnoit l’élection de ce peuple.

Le premier caractere essentiel de la souveraineté, & celui d’où découlent tous les autres, c’est que c’est un pouvoir souverain & indépendant, c’est-à-dire une puissance qui juge en dernier ressort de tout ce qui est susceptible de la direction humaine, & qui peut intéresser le salut & l’avantage de la société ; mais quand nous disons que la puissance civile est par sa nature souveraine & indépendante, nous entendons seulement que cette puissance une fois constituée, a une puissance telle que ce qu’elle établit dans l’étendue de son district, ne sauroit être légitimement troublé par un autre pouvoir.

En effet, il est absolument nécessaire que dans tout gouvernement, il y ait une telle puissance suprème, la nature même de la chose le veut ainsi, & il ne sauroit subsister sans cela ; car puisqu’on ne peut pas multiplier les puissances à l’infini, il faut nécessairement s’arrêter à quelque degré d’autorité supérieur à tout autre ; & quelle que soit la forme du gouvernement monarchique, aristocratique, démocratique, ou mixte, il faut toujours qu’on soit soumis à une décision souveraine, puisqu’il implique contradiction de dire qu’il y ait quelqu’un au-dessus de celui ou ceux qui tiennent le plus haut rang dans un même ordre d’êtres.

Un second caractere qui est une suite du premier, c’est que le souverain comme tel, n’est tenu de rendre compte à personne ici-bas de sa conduite : quand je dis que le souverain n’est pas comptable, j’entends aussi long-tems qu’il est véritablement souverain ; car la souveraineté n’existe que pour le bien public, & il n’est pas permis au souverain de l’employer d’une maniere directement opposée à sa destination, puisqu’il est constant que tout souverain, ou tout corps de souveraineté est soumis aux lois naturelles & divines.

Les limitations du pouvoir souverain ne donnent aucune atteinte à la souveraineté ; car un prince ou un sénat à qui on a déféré la souveraineté, en peut exercer tous les actes, aussi-bien que dans une souveraineté absolue : toute la différence qui s’y trouve, c’est qu’ici le roi prononce seul en dernier ressort, suivant son propre jugement, & que dans une monarchie limitée, il y a un sénat qui conjointement avec le roi, connoît de certaines affaires, & que son consentement est une condition nécessaire sans laquelle le roi ne sauroit rien décider.

Il nous reste à dire un mot des parties de la souveraineté, ou des différens droits essentiels qu’elle renferme. L’on peut considérer la souveraineté comme un assemblage de divers droits & de plusieurs pouvoirs distincts, mais conférés pour une même fin, c’est-à-dire pour le bien de la société, & qui sont tous essentiellement nécessaires pour cette même fin ; ce sont ces différens droits, ces différens pouvoirs que l’on appelle les parties essentielles de la souveraineté. Pour les connoître, il ne faut que faire attention à leur fin.

La souveraineté a pour but la conservation, la tranquillité & le bonheur de l’état, tant au-dedans qu’au-dehors ; il faut donc qu’elle renferme en elle-même tout ce qui lui est essentiellement nécessaire pour procurer cette double fin.

La premiere partie de la souveraineté, & qui est comme le fondement de toutes les autres, c’est le pouvoir législatif en vertu duquel le souverain établit en dernier ressort des regles générales & perpétuelles que l’on nomme lois ; par-là chacun est instruit de ce qu’il doit faire ou ne pas faire pour maintenir le bon ordre, de ce qu’il conserve de sa liberté naturelle, & comment il doit user de ses droits pour ne pas troubler le repos public.

La seconde partie essentielle de la souveraineté est le pouvoir coactif, c’est-à-dire le droit d’établir des peines contre ceux qui troublent la société par leurs désordres, & le pouvoir de les infliger actuellement ; sans cela l’établissement de la société civile & des lois seroit tout-à-fait inutile, & on ne sauroit se promettre de vivre en sûreté. Mais afin que la crainte des peines puisse produire une impression assez forte sur les esprits, il faut que le droit de punir s’étende jusqu’à pouvoir faire souffrir le plus grand de tous les maux naturels, je veux dire la mort ; autrement la crainte de la peine ne seroit pas toujours capable de balancer la force de la passion ; en un mot, il faut qu’on ait manifestement plus d’intérêt à observer la loi qu’à la violer : ainsi ce droit du glaive est sans contredit le plus grand pouvoir qu’un homme puisse exercer sur un autre homme.

La troisieme partie essentielle de la souveraineté est de pouvoir maintenir la paix dans un état, en décidant les différends des citoyens ; comme aussi de faire grace aux coupables lorsque quelque raison d’utilité publique le demande ; & c’est-là ce qu’on appelle le pouvoir judiciaire.

4°. La souveraineté renferme encore tout ce qui concerne la religion par rapport à son influence sur l’avantage & la tranquillité de la société.

C’est en cinquieme lieu une partie essentielle de la souveraineté de pouvoir mettre l’état en sûreté à l’égard du dehors, & pour cet effet d’avoir le droit d’armer les sujets, lever des troupes, contracter des engagemens publics, faire la paix, des traités, des alliances avec les états étrangers, & d’obliger tous les sujets à les observer.

Enfin, c’est une partie de la souveraineté d’avoir le droit de battre monnoie ; de lever les subsides absolument nécessaires en tems de paix & en tems de guerre, pour assurer le repos à l’état, & pour pourvoir aux nécessités publiques. Telles sont les parties essentielles de la souveraineté.

Quant aux différentes manieres d’acquérir la souveraineté, je me contenterai de dire que le seul fondement légitime de cette acquisition est le consentement, ou la volonté du peuple ; cependant il n’arrive que trop souvent qu’on acquiert la souveraineté par la violence, & qu’un peuple est contraint par la force des armes de se soumettre à la domination du vainqueur ; cette acquisition violente de la souveraineté se nomme conquête, usurpation. Voyez les mots Conquête & Usurpation.

Puisque la guerre ou la conquête est un moyen d’acquérir la souveraineté, il résulte que c’est aussi un moyen de la perdre. (Le chevalier de Jaucourt.)

Souveraineté absolue, (Gouvernem.) voyez Monarchie absolue.

Souveraineté limitée, (Gouvernem.) voyez Monarchie limitée.

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Étymologie de « souveraineté »

Souverain.

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 Dérivé de souverain avec le suffixe -eté.
Au Québec, ce mot a pris son essor avec la fondation par René Lévesque du Mouvement Souveraineté-Association en 1967 puis du Parti québécois en 1968, par opposition à indépendance, qui avait cours auparavant. Selon certains théoriciens, il existe une différence objective entre les deux notions, la souveraineté supposant le maintien de certains liens avec le Canada (monnaie commune, passeport commun, absence de frontières, etc.)[1]. De façon générale, indépendance est associée aux tenants « purs et durs » de cette option.
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Phonétique du mot « souveraineté »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
souveraineté suvœrɛ̃œte

Citations contenant le mot « souveraineté »

  • Veillez par tous les moyens sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-là comme la prunelle de vos yeux pour l'avenir de la grande famille humaine. De Jean-Paul II / Unesco - 2 Juin 1980
  • La souveraineté est révolte, ce n'est pas l'exercice du pouvoir. L'authentique souveraineté refuse Georges Bataille, Méthode de méditation, Gallimard
  • Le plus gros abandon de souveraineté, c’est celui de la souveraineté monétaire. De Thomas Piketty / Le Nouvel Observateur, 29 janvier 2015
  • Au point de vue politique, il n'y a qu'un seul principe, la souveraineté de l'homme sur lui-même. Cette souveraineté de moi sur moi s'appelle Liberté. De Victor Hugo / Les Misérables
  • La démocratie, c’est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave. De Charles de Gaulle / Discours - 27 Mai 1942
  • La République c'est le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté. De Jean Jaurès
  • Il y a deux vérités qu'il ne faut jamais séparer en ce monde : la première est que la souveraineté réside dans le peuple, la seconde est que le peuple ne doit jamais l'exercer. De Antoine de Rivarol / Journal politique national
  • Un peuple sans souveraineté est non seulement un peuple privé de liberté, mais un peuple menacé dans son existence. De Jean-Marie Le Pen / Meeting de Toulouse - 25 Mars 2007
  • Le grotesque, c'est l'un des procédés essentiels à la souveraineté arbitraire. De Michel Foucault / Les Anormaux — Cours au Collège de France, 1974-1975
  • La théorie de la souveraineté est liée à une forme de pouvoir qui s'exerce sur la terre et les produits de la terre, beaucoup plus que sur les corps et sur ce qu'ils font. De Michel Foucault / Cours au Collège de France, 1976
  • Le fragile édifice de la souveraineté populaire qui fonde la non moins fragile démocratie : Ne risque-t-il pas d'être ébranlé par la mondialisation du droit ? De Antoine Spire / Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001
  • Les Européens ont franchi un pas de géant cette semaine à Bruxelles vers une Union plus solidaire et plus politique. Mais la question de la souveraineté et de la place que l'UE peut jouer sur l'échiquier mondial reste un sujet de débat entre la France et ses partenaires, qui sont bien loin de partager les rêves de grandeur qui nous nourrissent encore. Les Echos, La longue marche vers la souveraineté européenne | Les Echos
  • Audition des GAFA au Congrès : virage vers un retour de la souveraineté des Etats ou artifice ? Global Security Mag Online, Audition des GAFA au Congrès : virage vers un retour de la souveraineté des Etats ou artifice ? - Global Security Mag Online
  • « Plus de cloud = plus de souveraineté de la donnée ». Cette prévision est celle que fait la banque d’investissement Klecha & Co, spécialisée dans la technologie (logiciel, ESN, constructeurs, IoT), dans son focus mensuel de juillet consacré au cloud public. LeMagIT, Souveraineté numérique et « Guerre Froide » technologique : l’avenir du cloud s’annonce orageux
  • Souveraineté de la France, souveraineté de l'Europe, souveraineté industrielle et numérique, souveraineté militaire, souveraineté juridique... Les crises sont souvent des accélérateurs de tendances parfois profondes. Avec la crise du Covid-19, on n'y échappe pas. Si désuète il y a encore peu de temps au profit de l'efficience économique, l'idée même de souveraineté est aujourd'hui dans toutes les bouches et est martelée à qui mieux mieux dans tous les discours des responsables politiques et industriels après la crise sanitaire provoquée par un virus malin, cause d'une pandémie mondiale. La Tribune, Souveraineté : pourquoi il faut passer d'un effet de mode à un mode d'action
  • Ces mesures techniques, mi-figue mi-raisin, plus ou moins révisables et plus ou moins assumées, qui tentent de préserver les apparences quant au respect des règles du droit de la concurrence européen (rupture d’égalité et non-discrimination), sont le signe d’un gouvernement qui ne choisit pas et qui se refuse à poser un acte souverain, net et fort. Elles témoignent du refus de prendre au sérieux l’idée de souveraineté numérique française (ou européenne, nous y reviendrons). Une semaine après que le gouvernement britannique a décidé d’exclure Huawei de la construction de son réseau 5G en privilégiant sa souveraineté et sa sécurité intérieure, la France minaude et reste incapable d’assumer une position claire face à la Chine. Le Figaro.fr, 5G: «Pour conserver sa souveraineté numérique, l’Europe doit faire émerger de nouveaux champions»
  • Un essai sur l'Etat et la souveraineté du Moyen Age à nos jours, signé par Pierre Dardot et Christian Laval. Les Echos, L'Etat et la souveraineté : une fresque historique | Les Echos
  • La reconquête d’une « souveraineté économique » figure depuis parmi les objectifs de la « reconstruction » annoncée par le chef de l’État, un discours qui n’est pourtant qu’un effet de manche. Politis.fr, Une souveraineté en faux-nez par Michel Soudais | Politis
  • La souveraineté si difficilement conquise des États africains est en danger. Mais cette fois, la nouvelle forme de colonisation porte sur le numérique. JeuneAfrique.com, [Tribune] La souveraineté numérique, nouvelle lutte pour l’indépendance ? – Jeune Afrique

Traductions du mot « souveraineté »

Langue Traduction
Anglais sovereignty
Espagnol soberanía
Italien sovranità
Allemand souveränität
Chinois 主权
Arabe سيادة
Portugais soberania
Russe суверенитет
Japonais 主権
Basque subiranotasunaren
Corse a sovranità
Source : Google Translate API

Synonymes de « souveraineté »

Source : synonymes de souveraineté sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « souveraineté »

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