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Machine

Sommaire

  • Définitions du mot machine
  • Étymologie de « machine »
  • Phonétique de « machine »
  • Citations contenant le mot « machine »
  • Traductions du mot « machine »
  • Synonymes de « machine »

Définitions du mot « machine »

Trésor de la Langue Française informatisé

MACHINE, subst. fém.

I.
A. − [Désigne des objets fabriqués complexes]
1.
a) Objet fabriqué complexe capable de transformer une forme d'énergie en une autre et/ou d'utiliser cette transformation pour produire un effet donné, pour agir directement sur l'objet de travail afin de le modifier selon un but fixé. Synon. engin, mécanique, mécanisme.À peine entre-t-on dans la ville [Verrières] que l'on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir. Chacun de ces marteaux fabrique, chaque jour, je ne sais combien de milliers de clous (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 4).Les machines (...) ont une fonction de même type que celle des outils. Tout comme eux, elles augmentent la productivité du travail humain. Mais alors que l'outil n'est que le prolongement de la main (...) la machine constitue un milieu nouveau, un milieu technique au service de l'être humain collectif, mais distinct de lui (Bouv.-Ibarr.1975):
1. Des évolutions actuelles [des moyens de travail] se situent dans une série de changements quantitatifs dans le cadre d'une répartition donnée des fonctions de la production entre l'homme et la machine (...). Cette évolution des moyens de travail à une certaine étape du développement de la technique (le machinisme) correspond à la diversité des matières travaillées ou utilisées au cours du procès de travail. Cette évolution s'est traduite par une spécialisation des outils et des machines. Durrafourg, Travailler autrement pour vivre autrementds Issues, sept. 1980, no6, p. 72, 73.
SYNT. Actionner, arrêter, employer, inventer, lubrifier, perfectionner, réparer, utiliser une machine; effet, force, puissance, rendement d'une machine; dispositifs, organes, pièces d'une machine; galerie, salle, théâtre des machines; mettre une machine en action, en marche, en mouvement; machine qui fonctionne, marche, tourne; machine en panne; machine automatique, semi-automatique, à commande numérique.
Machine à vapeur. Machine qui utilise la transformation de l'eau en vapeur saturante sous l'effet d'une source de chaleur pour produire de l'énergie mécanique. Si l'invention de la machine à vapeur et sa première réalisation en 1690 sont attribuées au Français Denis Papin, on doit au génie inventif et à l'habileté du mécanicien James Watt les principales améliorations dont nous profitons aujourd'hui (Faucher, Phys., Paris, Hatier, t. 1, 1961, p. 279):
2. L'adaptation universelle de la machine à vapeur n'était possible (...) que si l'on pouvait en transformer le mouvement alternatif en mouvement régulier de rotation. (...) le mouvement de rotation régulier ne fut obtenu qu'à partir de la machine à double effet, à deux temps moteur. Ducassé, Hist. des Techn., Paris, P.U.F., 1974 [1946], p. 92.
SYNT. Machine (à vapeur) à simple, double effet; machine à vapeur à piston; machine à vapeur à plusieurs cylindres; machine à basse, haute, pleine pression; machine (à vapeur) alternative, rotative; machine à vapeur fixe, mobile.
Machine (à vapeur de système/dite) compound. Machine à vapeur à plusieurs cylindres dans lesquels la vapeur agit alternativement. La machine à vapeur connut également quelques développements importants (...) Arthur Woolf mit (...) au point une machine à double expansion et à haute pression, ou machine compound (1811) permettant une économie de combustion (Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 739).
HIST. TECHN. Machine atmosphérique. Machine qui utilisait la force de la vapeur et la pression atmosphérique, et qui correspond à la première étape dans la mise au point de la machine à vapeur. À la machine atmosphérique, il [J. Watt] substitua la machine à simple effet (Armengaud, Moteurs à vapeur, t. 1, 1861, p. 105).Papin (...) imagine, en 1707, une machine atmosphérique à piston flottant (Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 698).
Machine hydraulique. Machine qui utilisait la force de l'eau en mouvement (v. hydraulique I A). Machine à air comprimé, machine pneumatique. Denis Papin avait étudié pour Boyle le perfectionnement de la machine pneumatique (P. Gille dsHist. gén. des techniques,Paris, P.U.F., t. 2, 1965, p. 457).Machine à feu. Synon. pompe à feu (v. feu I B 2 c).
Machine électrique. V. électrique B 2 c.Machine électrostatique; machine d'induction.
Machine de Savery, de Papin, de Watt.
b) [Dans l'industrie, dans diverses branches d'activités économiques]
Machine(-)outil. Machine actionnée par une source d'énergie et dont l'effort final s'exerce, au moyen d'une transmission, sur un outil, et qui est destinée à façonner des produits en transformant des matériaux à l'état solide par des procédés physiques, chimiques ou autres. Machine-outil travaillant par enlèvement de la matière, par déformation du métal; industrie de la machine-outil. L'automatisation des processus, touchant le domaine de la machine-outil, faisait apparaître les machines à cycles automatiques et à commande programme, ainsi nommées parce qu'elles permettent une adaptation rapide et une reconversion aisée d'un cycle de travail déterminé (Encyclop. univ.t. 101972, s.v. machines-outils).Aux machines-outils classiques, on a substitué des tours de reproduction ou des fraiseuses de reproduction, qui travaillent en reproduisant un modèle (...). Ces machines sont aujourd'hui remplacées par des machines-outils à commande numérique (Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 927):
3. Sous des formes nouvelles, les machines-outils intègrent les outils qui quittent la main des travailleurs et passent dans le corps de la machine, en devenant des instruments mécaniques. (...) les machines-outils ont ainsi constitué la base technique d'un nouveau système de production de grande série (le machinisme) et d'une nouvelle unité productive (la fabrique) fondée sur la coopération développée. Bouv.-Ibar.1975, p. 405.
Machines spéciales. On désigne sous le nom de machines spéciales des machines composées d'unités d'usinage autonomes (Encyclop. univ.t.101972, s.v. machines-outils).
Machine-transfert. Ensemble de machines-outils à travers lesquelles les pièces à usiner avancent automatiquement. Machine-transfert circulaire, rectiligne; machine-transfert de type continu, séquentiel. C'est le triomphe de la machine automatique. Le terme en est, dans les ateliers, la machine-transfert qui effectue elle-même le déplacement des pièces d'un outil devant un autre outil, ceux-ci se mettant automatiquement en marche lorsque la pièce est devant eux, grâce aux têtes électromagnétiques (E.-H. Lacombe, 1971ds Gilb. Mots contemp. 1980).En 1953, on utilisa une machine-transfert semi-automatique, avec 13 postes de travail. À l'entrée de la machine, la pièce était fixée, une fois pour toutes, sur un support qui la faisait passer devant tous les postes d'usinage (Les Techn. de la civilisation industr.,Paris, P.U.F., t. 5,1979, p. 145).V. ex. 4 infra.
Machine agricole. V. agricole I B 2.
Machine expérimentale, de laboratoire. [À titre d'exemples] La machine d'Atwood permet de vérifier que le mouvement est uniformément accéléré (Lar. encyclop., s.v. Atwood). Machine (de) Gramme. Machine génératrice à courant continu (Lar. encyclop., s.v. Gramme).
Machine + adj./à + inf.Machine (généralement machine-outil) conçue pour réaliser une série d'opérations très précises en agriculture ou dans l'industrie. Les machines récolteuses ne diffèrent souvent que par leur système cueilleur adapté au produit; certains chercheurs anglo-saxons envisagent de créer une «machine universelle» de récolte des fruits et des légumes sur tiges basses (Encyclop. univ.t. 101972, s.v. machinisme agricole).L'apparition de l'acier au creuset, au milieu du XVIIIesiècle (...) et, à sa suite, des machines-outils pour le métal, en particulier les machines à aléser (...) les machines à fileter (pour les vis et les écrous), les machines à raboter, ouvrirent définitivement la voie à la machine de métal (Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 693).C'est encore à Paris, à l'Exposition européenne de 1959, que l'attention des visiteurs fut attirée par une machine sur laquelle le changement des outils s'effectuait automatiquement. Il s'agissait d'une machine à pointer, aléser, fraiser, percer et tarauder (Les Techn. de la civilisation industr. ,Paris, P.U.F., t. 5,1979, p. 147).
SYNT. Machine à battre, faner, moissonner; machine à carder, filer, lainer, peigner; machine à cintrer, cisailler, couper, décolleter, laminer, mortaiser, percer, river, tailler [les engrenages (coniques/droits), les verres, les vis].
Rem. Machine à + inf. est gén. doublé par un dérivé du verbe, ex.: machine à battre = batteuse, machine à fraiser = fraiseuse, machine à carder = cardeuse, etc.
c) Machine (à + inf.).Appareil (aujourd'hui le plus souvent électrique) permettant d'effectuer des opérations domestiques faites auparavant à la main. Synon. appareil ménager.Machine à éplucher (les légumes), à repasser, à tricoter. Ma mère à sa machine piquait, piquait, comme une nonne dit son rosaire (Guéhenno, Journal homme 40 ans, 1934, p. 66).La machine à coudre exécute une couture mécanique d'une manière beaucoup plus rapide que lorsque cette couture est faite à la main (Blanquet, Technol. mét. habill., 1948, p. 140):
4. Le machinisme a littéralement envahi la production industrielle, voire la vie quotidienne et individuelle. Des machines-transfert et auto-adaptatives aux machines à laver le linge ou la vaisselle, des laminoirs continus à l'ouvre-boîte, tout semble tendre à une mécanisation universelle. Encyclop. univ.t. 101972, s.v. machinisme.
Machine à laver la vaisselle. V. lave-vaisselle.
d)
α) Instrument de bureau nécessitant la présence d'un opérateur humain. Machine de bureau.
Machine à écrire, p. abrév., machine. Machine (mécanique ou électrique) permettant une écriture typographique par action manuelle sur les touches d'un clavier. Chariot, rouleau, tabulateur, tige de rappel, ruban d'une machine à écrire; machine à écrire électrique; machine à écrire à boules; taper une lettre à la machine. Sa lettre est écrite à la machine. Si la vie était moins courte, je lui dirais volontiers que je ne réponds jamais aux machines, trouvant cela très-mufle (Bloy, Journal, 1904, p. 244).Aujourd'hui nous travaillons à la machine à écrire, mais nous devons savoir que demain, cette machine peut se changer en mitrailleuse (Nizan, Chiens garde, 1932, p. 220).Les premiers essais de machine à écrire sont anciens (1714), mais les machines ne naquirent véritablement qu'après les travaux de Wheatstone (1851-1860) et de Remington (1876-1878) (Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p.839).
[Appareil effectuant des opérations logiques] Machine à additionner, à multiplier, à soustraire.
Machine arithmétique. Instrument permettant d'effectuer mécaniquement certaines opérations d'arithmétique. À l'âge de dix-neuf ans, Pascal inventa sa machine arithmétique, destinée à abréger les opérations de calculs (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 2, 1842, p. 463).
Machine à calculer. ,,Machine destinée à exécuter des opérations arithmétiques sous la conduite permanente d'un opérateur et sans véritable programme enregistré ou câblé`` (Guilh. 1969). Les machines à calculer ne sont pas considérées comme des calculateurs (...). Toutefois, l'adjonction de dispositifs électroniques de plus en plus puissants (...) les rapproche des ordinateurs de table (Guilh. 1969):
5. Grâce aux machines à calculer de bureau, l'opération [l'addition de deux nombres] sera rendue plus aisée pour l'opérateur, mais le principe reste identique [à celui de la machine arithmétique de Pascal]. Par un jeu de touches la première donnée est mise en mémoire, la manoeuvre d'une touche convenable transfère cette donnée dans les mémoires de cumul, les totaliseurs, et la seconde donnée est mise en mémoire à son tour, puis cumulée par la manoeuvre d'une touche de commande. Demarne Rouquerol, Les Ordinateurs électron., Paris, P.U.F., 1975 [1959], p. 7.
Machine comptable. ,,Machine à calculer utilisant des données alphanumériques introduites par clavier et imprimant les tableaux de résultats ou les lignes de compte sur des bordereaux préimprimés`` (Le Garff 1975).
β) ,,Tout dispositif de saisie, de traitement ou d'exploitation de l'information`` (Bureau 1972). Synon. calculateur, ordinateur.Machine à cartes perforées, mécanographique; machine à traduire. La deuxième génération [des ordinateurs] (...) représente une mutation considérable. Les caractéristiques des machines se sont complètement transformées: tores de ferrite à mémoire (vers 1955), logique à transistors, nouvelle organisation des échanges d'information par les éléments semi-conducteurs marquent l'étape (Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 921).Disposer d'une machine est une chose, l'utiliser au mieux de ses possibilités, c'est-à-dire de façon efficace et rentable, est une autre chose. On ne se persuadera jamais assez de l'importance que revêt l'environnement de l'ordinateur tant au point de vue humain qu'au point de vue matériel (Mathelot, L'Informat., Paris, P.U.F., 1980 [1969], p. 22).
Machine frontale. ,,Ordinateur chargé de gérer les entrées-sorties d'un système informatique et pouvant effectuer un traitement local`` (Lilen-Morvan 1976).
Langage* machine. Programme* machine.
e) HIST. MILIT. Machine (de guerre). Dans l'Antiquité et au Moyen Âge, ensemble des armes de défense et d'attaque, existant avant l'invention de la poudre à canon. Le siège de Carthage que je termine maintenant m'a achevé, les machines de guerre me scient le dos ! je sue du sang, je pisse de l'eau bouillante, je chie des catapultes et je rote des balles de frondeurs (Flaub., Corresp., 1861, p. 449):
6. Il existe (...) un machinisme nouveau au Moyen Âge: les machines de guerre. Il en est qui sont très anciennes, comme les béliers ou les tours roulantes. Mais c'est un fait que le Moyen Âge a abandonné l'artillerie (...) des Anciens pour une artillerie à contrepoids. Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 536.
Mod. Synon. de engin de guerre.L'art de la guerre est si perfectionné, que certaines machines peuvent faire quinze cents veuves par coup. La vapeur a extrêmement simplifié l'état civil (Gozlan, Notaire, 1836, p. 29).Depuis que la machine dominait l'ordre guerrier, comme le reste, la qualité de ceux qui avaient à mettre en oeuvre les machines de guerre devenait un élément essentiel du rendement de l'outillage (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 7).
Au fig. Synon. de machination.À regarder Mehlen, si elle le jugeait capable d'avoir mis sur pied une pareille machine de guerre, elle jugeait que les moyens qu'il devait employer étaient des moyens simples (Vialar, Brisées hautes, 1952, p. 229).
Machine infernale. Dispositif de guerre combinant des armes et des explosifs, destiné à provoquer de grandes destructions. La perte des Anglais fut évaluée à 150 hommes (...) au nombre des morts se trouva l'ingénieur qui avait inventé cette horrible machine [envoyé pour détruire le port de Saint-Malo, en 1693]. Cet effet n'est pas rare dans les machines infernales, qui sont le plus souvent inoffensives contre les ennemis (Lar. 19e).
Dispositif balistique ou explosif, de fabrication artisanale, destiné à perpétrer un attentat. Il rapporta une toute mignonne théière de Chine famille rose qu'il emplit de poudre à canon, et, par le bec, il introduisit délicatement un long morceau d'amadou, l'alluma, et courut reporter cette machine infernale dans l'appartement voisin (Maupass., Contes et nouv., t. 2, MlleFifi, 1881, p. 158).En décembre 1800, il avait échappé à l'explosion d'une machine infernale, rue Saint-Nicaise (Bainville, Hist. Fr., t. 2, 1924, p. 107).
f) Machine à sous. Appareil de jeu où l'on peut gagner des pièces de monnaie; p. ext., appareil, jeu automatique qui fonctionne après que l'on a introduit des pièces de monnaie. Synon. juke-box, billard électrique, flipper.Lou joua à la machine à sous. (...) elle plaçait une nouvelle pièce dans la fente et posait la main sur le levier. L'œil aux aguets, l'oreille attentive aux chocs des dents sur les butées (...). Elle était décidée, c'était évident, à jouer le plus grand nombre possible de parties (...); c'était peut-être en effet au coup suivant (...), que le spot tomberait dans la sébile, avec sa cascade de pièces (Vailland,La Truite,Paris, Gallimard, 1974 [1964], p. 76).
Rem. Machine est empl. pour désigner tous dispositifs complexes même si ceux-ci ne correspondent pas strictement à la définition de machine mais sont plutôt des appareils (ex. machine à laver), des outils (machine à écrire).
2.
a) Système complexe transformant une forme de travail en une autre. Machine élévatoire de Marly. Les machines primitives se fondèrent sur l'utilisation d'éléments simples comme le levier, le treuil, la poutre, le palan (Bouv.-Ibar.1975).Ces procédés [les plans inclinés provisoires pour les opérations de levage des colonnes, des entablements, etc.] (...) furent remplacés par des machines de levage fondées sur les poulies, les moufles et les treuils (Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 306).
b) MÉCANIQUE
Machine simple. Un des éléments auquel toute machine est réductible. Les Anciens utilisaient, outre le levier, ce qu'ils appelaient les machines simples: poulie et treuil qui sont des combinaisons du levier et de la roue, plan incliné, coin et vis (Encyclop. univ.t. 101972, s.v. machinisme).
Machine composée. Machine formée de la combinaison d'au moins deux machines simples:
7. La troisième partie [des Mécaniques d'Héron d'Alexandrie] est consacrée à un certain nombre de machines composées. (...) ce sont d'abord les engins de levage: grue à un mât et une poulie, appareil à deux montants et à moufle (...). Viennent ensuite les écrevisses, pour prendre les pierres, et l'ouvrage se termine par les presses, presse à vis, à vis centrale, à vis et à levier, presse à levier et à treuil. Gille, Hist. des techn.,Paris, Gallimard, 1978, p. 352.
c) Machines(s) de théâtre. Ensemble des moyens mécaniques qui au théâtre permettent d'opérer sur la scène des changements de décors, des transformations à vue, tout ce qui sert à l'illusion du spectacle. Vivre avec eux [les hommes de génie] (...) c'est vouloir prendre plaisir à regarder les machines de l'Opéra, au lieu de rester dans une loge, à y savourer ses brillantes illusions (Balzac, Mais. chat, 1830, p. 65).On joue du Scribe. Il ne faut aucun génie aux acteurs, aucune culture littéraire dans le public, point de machines, peu de costumes (Veuillot, Odeurs de Paris, 1866, p. 131).
Pièce à machines. Pièce à grand spectacle nécessitant des décors installés et transformés au moyen de machines de théâtre. Comédie, tragédie à machines. (Dict. xixeet xxes.).
3. Fam. Véhicule comportant un mécanisme exerçant une traction mécanique. Machine volante; enfourcher une machine. Il tira sa carte (...), le paysan ne savait pas la lire. − C'est pas mon ouvrage. Mais tu me prends dans ta machine [un avion] et je te montre (Malraux, Espoir, 1937, p. 809).Un des Nord-Africains qui avait une moto (...) proposa de m'emmener à la ville voisine: j'acceptai. Je grimpe donc sur sa machine et en route. C'est épatant vous savez la moto (Queneau, Loin Rueil, 1944, p. 215).Je connais assez mal les choses de l'automobile et, pourtant, chaque fois que je vois un homme installé au volant de sa machine, il me semble que je découvre tout ce qu'il y a de plus secret dans les profondeurs de sa nature (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p.117).
CHEMIN DE FER. Synon. de locomotive.Machine locomotive; machine diesel, électrique, à vapeur; machine à marchandises, à voyageurs; chauffeur, conducteur de machine; faire machine arrière, en arrière. La petite machine, attelée à son wagon, cornait pour écarter les obstacles, crachait sa vapeur, haletait comme une personne essoufflée qui court; et ses pistons faisaient un bruit précipité de jambes de fer en mouvement (Maupass., Contes et nouv., t. 1, En fam., 1881, p. 338):
8. C'était une de ces machines d'express, à deux essieux couplés, d'une élégance fine et géante, avec ses grandes roues légères réunies par des bras d'acier, son poitrail large, ses reins allongés et puissants, toute cette logique et toute cette certitude qui font la beauté souveraine des êtres de métal, la précision dans la force. Zola, Bête hum., 1890, p. 114.
Machine haut le pied. V. haut(-)le(-)pied B.
Machine-tender. Locomotive munie d'un chariot d'approvisionnement. Quels soins (...) pour apprendre aux jeunes gens à distinguer la machine d'express à deux grandes roues couplées de la petite machine-tender aux trois roues basses (A. France, Vie littér., 1891, p. 323).Les machines destinées à faire des manoeuvres dans les gares ou à remorquer des trains de banlieue (...) sont habituellement des machines-tender, c'est-à-dire qu'elles portent sur elles leur provision d'eau et de charbon (Bricka, Cours ch. de fer, t. 2, 1894, p. 46).
4. Dispositif assurant la propulsion d'un navire. Chambre, salle des machines; stopper les machines:
9. Le Duncan venait en travers à la lame et ne gouvernait plus. «(...) − À la machine ! à la machine !» cria la voix de l'ingénieur. John se précipita vers la machine et s'affala par l'échelle. Une nuée de vapeur remplissait la chambre; les pistons étaient immobiles dans les cylindres; les bielles n'imprimaient aucun mouvement à l'arbre de couche. Verne, Enf. cap. Grant, t. 2, 1868, p. 54.
Faire machine arrière (sens propre et fig.). V. arrière1II B ex. 18 et 21.
B. − Loc. adv. À la machine. Anton. de à la main.Triage à la machine. Recouds-moi ça, dit Anthime. − Travail à la machine: ça ne vaut rien, murmura-t-elle (Gide, Caves, 1914, p. 686).L'esprit conservateur [des Britanniques] n'accueillait le champagne que sous l'ancien bouchage à la ficelle. Il serrait mieux et ne rouillait pas. On le complétait à la machine par un muselet de trois brins de fil de fer étamé (Hamp, Champagne, 1909, p. 174).Hier, je disais (...) mon horreur du monde moderne, en particulier de tout ce qui est fait à la machine, de tout ce qui ne porte pas la trace de la main humaine (Green, Journal, 1942, p. 235).Supra I A 1 d α ex. de Bloy, Journal, 1904, p. 244.
C. − Gén. au sing., collectif. Machinisme en tant que phénomène social économique. Règne de la machine; siècle, civilisation de la machine; homme maître, esclave de la machine. Ce n'est plus l'homme qui fait marcher la machine, c'est la machine qui fait marcher l'homme (Michelet, Journal, 1834, p. 126).Jamais les machines ne remplaceront l'homme d'une manière absolue; grâce au ciel, car ce serait la fin du monde (Sand, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 432).Il pense mais il est l'esclave des machines Les trains dictent leurs lois à l'homme dans l'horaire L'homme n'était plus rien c'est pourquoi nous fuyons Pour retrouver un peu de liberté humaine (Apoll., Coul. temps, 1918, ii, 1, p. 936).
II. − [Désigne des pers.]
A. −
1.
a) Être vivant, tout ou partie de l'être humain considéré comme une combinaison complexe d'organes et dont chaque fonction est mécanique. Cette série de décompositions et de rétablissemens amène, à la longue, la cessation de tout mouvement dans la machine animale, la mort de l'individu (Cuvier, Anat. comp., t. 5, 1805, p. 1).Phérécyde enseignait (...) que les animaux n'étaient que des machines. En restreignant cette expression de machines pour les animaux à la sensation et à l'instinct sans connaissance (P. Leroux, De l'Humanité, t. 2, 1840, p. 425).La régularité reposante de cette vie domestique, le régime de nourriture (...), restauraient son robuste tempérament. La santé physique était rétablie; mais la machine morale était toujours malade (Rolland, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1348).
HIST. DE LA PHILOS. Théorie des animaux-machines. ,,Théorie de Descartes et des cartésiens d'après laquelle les animaux sont entièrement assimilables à des machines et n'éprouvent aucune sensation ni aucun état affectif`` (Lal. 1968). Au XVIIe, le nom de Descartes fait songer bien des gens à «l'animal-machine» (...). Le siècle suivant n'hésite pas à mettre en circulation et à la portée de tous une conception d'homme-machine (Valéry, Variété V, 1944, p. 242).
b) Organisme humain. Machine corporelle, humaine, physique. La nuit a été très agitée; j'ai eu des quintes de toux, des paroxysmes nerveux; ma pauvre machine se détraque si aisément (Maine de Biran, Journal, 1817, p. 34).M. Guizot est (...) très réellement malade (...). Il y a affaiblissement effrayant de toute la machine (Mérimée, Lettres Ctessede Montijo, t. 1, 1845, p. 130).
2. Personne sans caractère, qui agit mécaniquement; personne soumise à l'influence d'autrui et qui ne semble pas capable de réflexions personnelles. La femme orientale est une machine, et rien de plus; elle ne fait aucune différence entre un homme et un autre homme. Fumer, aller au bain, se peindre les paupières et boire du café, tel est le cercle d'occupations où tourne son existence (Flaub., Corresp., 1853, p. 135).Il perdait le goût de vivre et du même coup celui d'écrire, il se transformait en machine. Pendant quatre ans il avait été une machine, maintenant il tenait avant tout à redevenir un homme (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 14):
10. On introduit dans l'administration ce despotisme sauvage qui déplace les hommes, sans égard à leur position, afin de briser les volontés, et de n'avoir partout que des machines. Chateaubr., Mél. pol., 1816-24, p. 312.
[P. méton.], en emploi adj. apposé. Ils veulent un roi absolu (...), une noblesse de cour, fondée sur la généalogie (...), un peuple ignorant et sans aucun droit, une armée purement machine (Staël, Consid. Révol. fr., t. 2, 1817, p. 165).
3. Fréq. péj. Personne considérée comme ayant pour fonction essentielle d'effectuer, de produire quelque chose. Machine à penser. Ce qui fait la vertu des campagnards, c'est que leurs femmes sont des machines à enfantement et à allaitement, comme ils sont, eux, des machines à labourage (Musset, Confess. enf. s., 1836, p. 54).Je ne suis pas la sale fille que vous croyez tous. J'en ai assez d'être une machine à jouir (Green, Moïra, 1950, p. 219):
11. Comment vous rendre tout ce que vous ont pris de pureté et de joie tous ces hommes de ma classe, ces riches effrayants qui ont osé faire de vous leur machine à plaisir. Larbaud, Barnabooth, 1913, p. 66.
[P. méton.] Le sexe des héros, dans les romans distingués, n'était plus qu'une machine à passion (Zola, Dr Pascal, 1893, p.219).Son esprit se désengourdissait. Lentement, la machine à raisonner s'était mise en branle et elle ne s'arrêtait plus (Mauriac, Noeud vip., 1932, p.206).
Machine à habiter. Immeuble d'habitation conçu plus dans un but de rentabilité que de bien-être. Le George-V n'a rien de la machine à habiter, selon le mot qui fut probablement inventé par de vieilles dames mal adaptées à une époque de machines précises et d'habitations enfin confortables (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 215).
Loc. adv., littér. Par machine. Par automatisme, de façon mécanique. Je me rends compte (...) que je m'éreintais à de petites besognes qui nous ligotent et qui nous mangent, que je me remuais pour bien des choses. Je m'y obstinais par machine (Cocteau, Diff. d'être, 1947, p. 176).
B. −
1.
a) [En parlant d'une organisation, d'un appareil d'État, de services chargés d'assurer des fonctions dans le domaine publ.] Ensemble qui fonctionne avec la même régularité automatique qu'une machine et qui en a le caractère inhumain. Machine administrative, démocratique, financière, ministérielle, sociale; machine de l'État. Un espion, à quelque étage qu'il soit dans la machine de la police, ne peut pas plus qu'un forçat revenir à une profession dite honnête ou libérale (Balzac, Splend. et mis., 1844, p. 140).Il se vit arrêté, interrogé, pris par la machine inexplicable de la justice militaire et de procès dont il ne sortirait jamais (Nizan, Conspir., 1938, p. 90).Il [le percepteur] aurait voulu faire état de ses propres angoisses de contribuable, communier avec ces gens hostiles dans un sentiment de révolte, tout au moins d'inquiétude, à l'égard de la machine fiscale (Aymé, Passe-mur., 1943, p. 172).
b) P. ext. Tout système ayant une organisation stricte et des règles. N'étaient priées à déjeuner que les personnes envers lesquelles ils n'avaient pas de devoirs (...). Ces invitations à déjeuner étaient donc à la fois une preuve d'amitié et d'un peu de dédain. Mais François ignorait les rouages complexes de cette machine mondaine (Radiguet, Bal, 1923, p. 52).
2. Vx ou littér. La machine ronde. La terre. Quand ils [les rois] meurent la terre est folle de douleur; Celui-ci fut un dieu sur la machine ronde (Hugo, Âne, 1880, p. 346).
C. −
1. Vx. Grand ouvrage de génie. La Tragédie d'Héraclius est une belle machine (Ac.1798-1878).L'Église de Saint Pierre de Rome est une étonnante machine (Ac.1798-1878).
2. Toute composition artistique. Beaucoup d'autres, sans doute, ont fait de grandes machines; mais ceux-là que j'ai nommés [Rubens, Véronèse, Delacroix, etc.] les ont faites de la manière la plus propre à laisser une trace éternelle dans la mémoire humaine (Baudel., Curios. esthét., 1863, p. 298).Il venait de réciter dans un salon une petite machine en vers, qui l'avait fait couvrir d'applaudissements (Goncourt, Journal, 1885, p. 507).
D. − Personne, chose que l'on ne peut ou ne veut pas nommer précisément. Synon. machin, chose, truc.Tu recevras (...) cette machine d'acier pour faire bouffer les jupes de tes robes (About, Roi mont., 1857, p. 84).Est-ce que je suis faite pour cette machine [le mariage]? (...) je ne serais plus Nana, si je me collais un homme sur le dos... et, d'ailleurs, c'est trop sale... (Zola, Nana, 1880, p. 1457).
III.
A. − Procédé ingénieux généralement peu scrupuleux, qui suppose la ruse; machination. Le grand Cointet avait (...) bâti sur cette dette une formidable machine dirigée, comme on va le voir, contre le patient et pauvre inventeur (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 580):
12. ... Chandelier prévint Léon que le petit pourrait de nouveau lui porter son manger. L'aubergiste l'avait prétendu indisponible pour dégoûter M. de Coantré de la maison du garde, et le pousser à prendre pension chez lui. Sa machine ayant échoué, il regrettait maintenant le manque à gagner que lui causaient les repas pris par Léon à domicile. Léon flaira bien la machine. Il eût voulu refuser (...). Mais il craignit la rancune de Chandelier. Montherl., Célibataires, 1934, p. 886.
B. − [Dans une oeuvre littér.] Ensemble des procédés mis en oeuvre pour atteindre un but. L'oeuvre de grâce est un peu crûment traduite et comme passée à l'état d'appareil dramatique: la machine se voit trop. Pourtant l'effet est produit (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 167).
REM.
Machiniser, verbe trans.,au fig., rare. [Le compl. désigne une pers.] Transformer en machine, réduire à l'état de machine. Une vie sans opposition, dénuée de spontanéité et qui pour tout dire vous machinise (Balzac, Lys, 1836, p. 231).
Prononc. et Orth.: [maʃin]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1377 machine corporelle «ensemble d'éléments ayant la complexité d'une machine» (Oresme, Livre du ciel et du monde, éd. A. D. Menut, p. 520, 55); 2. 1637 machine «combinaison d'organes (du corps d'un être animé)» (Descartes, Discours de la méthode, 5epartie ds Œuvres philos., éd. F. Alquié, t. 1, p. 628); 3. 1658 «ce qui en l'homme procède d'un automatisme et non de la réflexion» (Pascal, Pensées, éd. L. Lafuma, section I, Ordre, 5-247); 4. 1566 fig. «oeuvre de grande dimension» (A. de Rivaudeau, Aman, vers 498, 74 ds Quem. DDL t. 10). B. Techn. 1. 1559 «ensemble de mécanismes combinés de manière à produire certains effets» (Amyot, Vies Demetrius, 25 ds Gdf. Compl.); 1671 au propre machine de guerre (Pomey); 1664 théâtre (Molière, Princesse d'Élide, Intermède 6); 1690 machines hydrauliques (Fur.); 1704 machine infernale «bâtiment chargé de poudre, utilisé dans les combats navals» (Trév.); 1801 «dispositif meurtrier pour perpétrer un attentat» (Procès des prévenus de conspiration contre la personne du Premier Consul, t. 1, 36); 1899 machine «machine à écrire» (Mercure de France, no114, juin, in fine, Annonce ds Quem. DDL t. 15); 1903 machine à écrire (Huysmans, Oblat, t. 2, p. 57); machine à + inf. désigne l'utilisation de l'instrument: 1801 machine à carder (Crèvecoeur, Voyage, t. 1, p. 174); 2. 1770 machine à feu «appareil locomoteur dont la source d'énergie est la vapeur» (Bachaumont, Mémoires secrètes, 20. X., 447 ds Wexler, p. 97 et note 7); puis 1818 machine à vapeur (Gallois, Rapport ds Annales des mines 3, 132, ibid., p. 101 et note 30); 1867 faire machine en arrière «faire marcher un train en arrière» (Littré); 1890 faire machine arrière «id.» (Zola, Bête hum., p. 151); 1920 fig. faire machine en arrière (Proust, Guermantes 1, p. 306); 3. 1867 machine-outil (Littré); 4. 1654 fig. «ce qui fait progresser l'action dans une pièce de théâtre» (La Fontaine, L'Eunuque, Avertissement au lecteur, éd. H. Régnier, t. 7, p. 5); 1656 «ensemble de moyens combinés pour donner une certaine direction aux affaires» (Pascal, Provinciales, éd. L. Lafuma, 3, p. 382a). C. 1639 «intrigue, procédé ingénieux» (Mairet, Le Grand et dernier Solyman, III, 3). D. 1807 machine pour désigner quelqu'un ou quelque chose dont le nom échappe, v.machin. Empr. au lat. machina «invention, machination» et au sens concr. (qu'il aurait plutôt fixé en raison de l'existence de dolus «ruse, adresse») de «machine, engin» spécialisé dans les lang. techn. «machine de guerre», «machine à soulever ou remuer des objets pesants», cf. Ern.-Meillet, également attesté au sens de «structure de l'univers» et «ouvrage composé avec art»; empr. anc. au gr. μ α χ α ν α ́, forme dorienne de μ η χ α ν η ́ «moyen (en général)» d'où le sens matériel «machine» notamment «machine de guerre» «machinerie de théâtre» mais aussi toute espèce de combinaison, d'invention, parfois pris en mauvaise part, le mot se superposant quelquefois au champ sém. de δ ο ́ λ ο ς «tout objet servant à tromper», d'où «ruse, artifice», v. Chantraine. Fréq. abs. littér.: 4373. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4280, b) 5858; xxes.: a) 7364, b) 7377. Bbg. Bastuji (J.). Aspects de la néol. sém. Langages. Paris. 1974, t. 8, no36, p. 14. _ Elverd (R.). Note sur appareil, engin et machine en fr. Cah. Lexicol. 1973, no22, pp. 59-67. _ Gohin 1903, p. 233. _ Mack. t. 1 1939, p. 106, 127, 172, 182, 192. _ Quem. DDL t. 1, 2, 9, 10, 11. _ Wexler 1955, p. 101, 102, 106, 107.

Wiktionnaire

Nom commun

machine \ma.ʃin\ féminin

  1. (Technique) Engin, instrument propre à faire mouvoir, à tirer, lever, traîner, lancer quelque chose, ou à mettre en œuvre un agent naturel, comme le feu, l’air, l’eau, l’électricité, le gaz, ou toute source d’énergie afin de produire un résultat.
    • Dis donc, je vais te dire une chose, tes machines à décolleter, j'y tiens quand même ! Parce que si je ne tenais pas à tes machines à décolleter, je ne me serais quand même pas fait régleur ! — (Aline Luque & Jean Gaumy, Portraits en altitude: un regard, page 102, 1994)
    • Cette machine fonctionne bien, elle ne tombe jamais en panne.
    • Monter, démonter, remonter une machine.
    • La théorie, le dessin, l’explication du fonctionnement d’une machine.
  2. (Par extension) Dispositif mécanique permettant de réaliser une tâche ; mécanisme;
    • le phonographe est une machine fort ingénieuse.
    • Une horloge est une machine compliquée, sujette à se dérégler.
    • Pour y arriver, il faudrait inventer une machine.
  3. (Par ellipse) (Familier) Machine à coudre.
    • Enfin, derrière un haillon mal tiré, des ouvrières en chambre cousent à la machine, tandis qu’à un autre étage, un vieillard rafistole avec des ficelles une capote de soldat. — (Francis Carco, L’Amour vénal, chapitre I, Éditions Albin Michel, Paris, 1927, page 9)
  4. (Militaire) machines de guerre Instruments servant à lancer des traits, des pierres, etc., à battre les murs et à faire brèche, etc.
    • L’invention de la poudre à canon a fait renoncer aux machines de guerre employées par les anciens.
  5. (Agriculture) Engin destiné aux travaux de l’agriculture.
    • Cette protection mobile doit recouvrir la partie extérieure de la fraise de désilage et doit rester solidaire de la machine. — (Pierre Clavel, Urbain Arconte, Mise en conformité des machines mobiles agricoles et forestières, page 150, CEMAGREF, 2000, Éditions Quae, 2007)
  6. (Énergie) Engin destiné à transformer une source d’énergie en une autre ou bien à en modifier utilement les caractéristiques:
    • (Technique) moteur : machine produisant de l’énergie cinétique à partir d’une autre source d’énergie.
      Les moteurs sont des machines particulières. Jusqu'à l’invention du moteur à combustion interne, ils sont appellés machines.
      machine de vingt, de trente chevaux, machine dont la force équivaut à celle de vingt, de trente chevaux-vapeur.
      machine électrique, machine destinée à produire et à démontrer les différents phénomènes de l’électricité.
      machine de compression, machine destinée à comprimer l’air, à le condenser. On l’appelle aussi machine à condensation.
    • (En particulier) (Électrotechnique) Moteur électrique.
      Machine synchrone, machine asynchrone.
  7. (Industrie) Engin mécanique motorisé destiné à la production.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  8. (Théâtre) Moyens mécaniques employés pour opérer des changements de décors, exécuter des vols, faire mouvoir des simulacres d’animaux, etc.
    • Une pièce à machines se disait autrefois de toute pièce, opéra, tragédie, comédie, dont la représentation exigeait des machines.
  9. (Mécanique) Système de corps élémentaires ou composés effectuant la transformation d’un travail en un autre.
    • machines simples : plan incliné, levier, treuil, vis.
    • machines composées : combinaison de machines simples.
  10. (Calcul) Dispositif mécanique ou électronique permettant de réaliser des opérations mathématiques.
    • La machine Enigma.
  11. (Informatique) Structure matérielle ou logicielle d’un ordinateur, certains systèmes d’exploitation, des programmes particuliers.
    • C'est une machine 32 bits.
    • Cette machine Lisp est bien adaptée à l’intelligence artificielle.
    • Une machine B est un module écrit en langage B, ayant une structure particulière.
    • Une machine virtuelle est un un système d’exploitation installé entre le système d’exploitation réel d’un ordinateur et les applications qui ne fonctionnent qu’avec ce système d’exploitation intermédiaire. Exemples: machine Java, machine Pascal (Pascal UCSD). C’est en fait un interpréteur, ou un interpréteur-compilateur temps réel d’applications compilées ou non compilées écrites dans le langage de la machine virtuelle.
  12. (Figuré) L’homme est une machine admirable.
    • Ce n’est qu’une machine, c’est une pure machine, une machine ambulante, C’est une personne sans esprit, sans énergie.
  13. (Figuré) Invention, intrigue, ruse dont on se sert dans une affaire ; machination
    • Parce que, seul, Arsène Lupin est de taille à combiner une machine de cette envergure, et de la combiner de telle façon qu’elle réussisse… comme elle a réussi. — (Maurice Leblanc, Arsène Lupin en prison dans Arsène Lupin gentleman-cambrioleur, Pierre Lafitte et Cie, 1907, p. 59)
    • L’Encyclopédie a été une machine de guerre contre les institutions et les idées du XVIIe siècle.
  14. (Marine) L’ensemble des machinistes d’un navire.
    • Toutes les précautions furent prises, la veille doublée, la machine prévenue et des espars disposés sur le pont. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  15. (Acadie) (Québec) (En particulier) Voiture, automobile.
    • Viens-tu faire un tour de machine.
  16. (Familier) Nom de substitution utilisé lorsque l’on ne parvient momentanément pas à se rappeler le nom d’une personne de sexe féminin.
    • Elle est pas là, machine ?
  17. (Figuré) (Par analogie) Organisation politique ou sociétale, fonctionnement d’une organisation.
    • Une bureaucratie manie beaucoup de petits papiers, éventuellement des armes. Elle est surtout un groupe d’hommes hiérarchiquement organisés. C’est à l’équilibre psychique des hommes qui composent cette machine centrale qu’on doit s’intéresser. — (Emmanuel Todd, Le Fou et le Prolétaire, 1979, réédition revue et augmentée, Le Livre de Poche, Paris, 1980, page 53)
    • À la sortie, le combat politique a de bonnes chances d’être plus impitoyable que jamais, d’autant qu’on ne manquera pas de déclarations imprudentes et de décisions malvenues pour alimenter la machine. — (Stéphane Audoin-Rouzeau, Stéphane Audoin-Rouzeau, historien de la guerre de 1914-1918, juge que nous sommes entrés dans un « temps de guerre » et un moment de rupture anthropologique., Mediapart. Mis en ligne le 12 avril 2020)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MACHINE. n. f.
Engin, instrument propre à faire mouvoir, à tirer, lever, traîner, lancer quelque chose, ou à mettre en jeu quelque agent naturel, comme le feu, l'air, l'eau, l'électricité, le gaz, etc. Machine fort ingénieuse. Machine compliquée, sujette à se déranger, à se détraquer. Machine à battre. Machine à vapeur, à air comprimé. Inventer une machine. Cette machine fonctionne bien. Monter, démonter, remonter une machine. Les pièces, les ressorts d'une machine. La théorie, le dessin, l'explication d'une machine. Machines de guerre se disait des Instruments servant à lancer des traits, des pierres, etc., à battre les murs et à faire brèche, etc. L'invention de la poudre à canon a fait renoncer aux machines de guerre employées par les anciens. On l'emploie aujourd'hui figurément pour désigner une Entreprise, une œuvre conçue dans un dessein de destruction. L'Encyclopédie a été une machine de guerre contre les institutions et les idées du XVIIe siècle. Machine infernale, Sorte d'appareil destiné à produire une explosion meurtrière. Machine simple, Celle qui consiste en un seul moyen d'augmenter l'action des forces mouvantes. Machine composée, Celle qui est formée de plusieurs machines simples combinées ensemble. Machine architectonique, Assemblage de pièces de bois disposées de telle sorte qu'au moyen de poulies et de cordes on puisse élever de grands fardeaux et les mettre en place. Machine de compression, Machine destinée à comprimer l'air, à le condenser. On l'appelle aussi Machine à condensation. Machine électrique, Machine destinée à produire et à démontrer les différents phénomènes de l'électricité. Machine hydraulique ou à eau, Machine qui sert à conduire ou à élever l'eau; ou Assemblage de machines qui concourent à produire certains effets hydrauliques. Machine pneumatique, Pompe destinée à raréfier l'air contenu dans un récipient. Machine à vapeur, Machine actionnée par la dilatation et la condensation alternative de l'eau bouillante. Machine à basse, à haute pression. Machine de vingt, de trente chevaux, Machine dont la force équivaut à celle de vingt, de trente chevaux-vapeur. Machine-outil, Machine qui sert d'outil et remplace la main de l'ouvrier. Machine à coudre, Instrument qui exécute des travaux de couture. Machine arithmétique, Instrument sur lequel sont tracées des divisions logarithmiques, qui servent à exécuter des calculs d'arithmétique. On dit de même Machine à calculer, Machine à écrire.

MACHINE se dit aussi de Tout assemblage de ressorts dont les mouvements et les effets se terminent à la machine même. Certains automates sont des machines fort ingénieuses. Fig., L'homme est une machine admirable. Poétiquement, La machine ronde, L'univers, ou seulement La terre. Fig., Ce n'est qu'une machine, c'est une pure machine, une machine ambulante, C'est une personne sans esprit, sans énergie.

MACHINE, en termes de Théâtre, se dit des Moyens mécaniques employés pour opérer des changements de décors, exécuter des vols, faire mouvoir des simulacres d'animaux, etc. Une pièce à machines se disait autrefois de Toutes pièces, opéra, tragédie, comédie, dont la représentation exigeait des machines. Par extension, Machine administrative, Ensemble des organes, des règlements et des traditions d'une administration.

MACHINE signifie, au figuré, Invention, intrigue, ruse dont on se sert dans quelque affaire. Voyez quelle machine il a fait jouer dans cette affaire. Il a remué toute sorte de machines pour parvenir à ses fins. Quelles machines n'a-t-on pas employées, n'a-t-il pas fallu pour réussir? Il est vieux.

Littré (1872-1877)

MACHINE (ma-chi-n') s. f.
  • 1Instrument propre à communiquer du mouvement, ou à saisir et prendre, ou à mettre en jeu quelque agent naturel, comme le feu, l'air, l'eau, etc. Une collection, un cabinet de machines. Elle [l'alouette] avait évité la perfide machine [un piége], La Fontaine, Fabl. VI, 15. Un Flamand a donné le dessin d'une machine pour Marly, qui sera une des merveilles du monde, Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 2 juin 1682. Les machines qui simplifieraient la manufacture, c'est-à-dire qui diminueraient le nombre des ouvriers, seraient pernicieuses, Montesquieu, Espr. XXIII, 15. Le soir même il [le czar Pierre] se rendit à Versailles, et passa trois jours à voir le château, la ménagerie, Trianon, Marly, et surtout la machine plus admirable alors qu'elle ne l'est aujourd'hui que la mécanique est plus perfectionnée, Duclos, Œuvres, t. V, p. 297. Toute machine suppose combinaison, arrangement de parties tendantes à un même but, Diderot, Rech. philos. sur le beau, Œuvr. t. II, p. 443, dans POUGENS. Ce dernier établissement [de machines à carder et à filer les cotons et les laines] avait des préjugés à vaincre ; on croyait ces machines nuisibles précisément par le même principe qui les rend si utiles, parce qu'elles font plus de travail avec moins de bras, Condorcet, Montigni. Les machines, c'est-à-dire les assemblages d'une construction plus ou moins simple qui transmettent l'action d'une puissance sur une résistance, Brisson, Traité phys. (1789), t. I, p. 347, dans POUGENS. C'est dans cette possibilité d'augmenter suivant les besoins la masse ou la vitesse des corps à mouvoir que consiste la principale utilité des machines, Laplace, Exposé, III, 3.

    Fig. Il faut des machines pour le faire remuer, se dit d'un homme qu'on a peine à émouvoir.

  • 2 Terme d'économie politique. Nom donné à tout instrument, à tout outil même le plus simple dont l'industrie se sert. Une bêche est une machine.
  • 3 Terme de mécanique. Machine simple, celle qui consiste en un seul moyen d'augmenter l'action des forces. Le levier est une machine simple.

    Machine composée, celle qui est formée de plusieurs machines simples combinées ensemble.

    Machine architectonique, échafaudage disposé tellement, qu'au moyen de poulies et de cordes on peut élever de grands fardeaux et les mettre en place.

    Machine de compression ou de condensation, nom donné aux pompes foulantes à gaz, dans lesquelles on accumule un grand volume d'air ou de produits gazeux dans un petit espace appelé réservoir.

    Machine hydraulique ou à eau, toute espèce de machine qui sert à conduire et à élever les eaux : telles sont les diverses pompes.

    Machines soufflantes, soufflets métalliques dans lesquels l'air est comprimé fortement pour mieux entretenir la combustion, et rendre la réduction du minerai plus prompte et plus parfaite.

  • 4Machines à vapeur, appareils mis en mouvement par la tension de la vapeur d'eau ou de tout autre liquide. Machine à basse, à haute pression.

    Machine de vingt, de trente chevaux, machine dont la force équivaut à celle de vingt, de trente chevaux, etc.

    Terme de chemin de fer. Faire machine en arrière, faire marcher un train en arrière.

    Machine à simple effet, machine dont le piston descendait par le moyen de la pression atmosphérique.

    Machine à double effet, la machine à vapeur telle que Watt l'a perfectionnée.

    Machine à feu, s'est dit primitivement de la machine à vapeur.

  • 5Machine-outil, nom donné à des machines qui servent d'outils et remplacent la main de l'ouvrier.

    Au plur. Des machines-outils. Les machines-outils sont principalement destinées à travailler, à façonner les métaux.

  • 6 Machine à mâter, machine établie sur le quai d'un port ou à bord d'un vieux navire, et dont la fonction est d'implanter les mâts sur les bâtiments, ou de les enlever de leurs places quand on veut les changer, les réparer ou les faire rentrer en magasin, Jal
  • 7Machine pneumatique, instrument propre à raréfier l'air dans un espace déterminé

    Machine électrique, celle qui sert à développer l'électricité.

    Machine d'Atwood, appareil pour démontrer expérimentalement les lois de la chute des corps.

    Machine arithmétique, instrument sur lequel sont tracées des divisions logarithmiques, qui servent à exécuter les calculs arithmétiques. La machine d'arithmétique fait des effets qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux ; mais elle ne fait rien qui puisse faire dire qu'elle a de la volonté comme les animaux, Pascal, Pens. XXIV, 67, édit. HAVET. Louis par la grâce de Dieu… notre très cher et bien amé le sieur Pascal nous a fait remontrer que… il a inventé une machine par le moyen de laquelle on peut faire toutes sortes de supputations, additions, soustractions, multiplications, divisions et toutes les autres règles arithmétiques, tant en nombres entiers que rompus, sans se servir de plume ni jetons, Privil. du roi pour la mach. arithm. 1649. Ce fut à l'âge de dix-neuf ans qu'il inventa cette machine d'arithmétique par laquelle on fait non-seulement toutes sortes de supputations sans plume et sans jetons, mais on les fait même sans savoir aucune règle d'arithmétique et avec une sûreté infaillible, Mme Périer, Vie de Pascal.

  • 8Machine pyrique, assemblage de pièces d'artifice disposées pour diriger la communication des feux.
  • 9Chez les anciens, machines de guerre, instruments servant à lancer des traits, des pierres, etc. à battre en ruine les murs et à faire brèche, etc. Pour les rompre [les portes du temple] elle attend les fatales machines, Racine, Ath. V, 1. Qu'un conquérant voisin attaque ce peuple, il ne le trouvera pas peut-être assez accoutumé à camper, à se ranger en bataille, ou à dresser des machines pour assiéger une ville, mais il le trouvera invincible, Fénelon, Tél. V. Les traits comptés et la supputation faite, il se trouva qu'ils devaient avoir plus de huit cents machines de diverse grandeur propres à lancer des feux et environ quinze cents propres à jeter des traits, Rollin, Hist. anc. t. VII, p. 235, dans POUGENS.

    Fig. Ce superbe, cet audacieux [le démon] ne croira jamais que vous soyez capable de lui résister ; et plus vous ferez d'efforts, plus il dressera contre vous ses diverses et furieuses machines, Bossuet, 1er sermon, Démons, 2.

  • 10Machine infernale, voy. INFERNAL.
  • 11Tout assemblage de ressorts qui produisent des effets déterminés, sans transmettre une force au dehors. Une montre est une machine compliquée. Certains automates sont des machines fort ingénieuses. Ne verrons-nous dans notre mort qu'une vapeur qui s'exhale, que des esprits qui s'épuisent… qu'une machine qui se dissout et qui se met en pièces ? Bossuet, Duch. d'Orl.

    Fig. Ce n'est qu'une machine, c'est une pure machine, une machine ambulante, c'est une personne sans esprit, sans énergie. Ceux qui sont médiocres sont machines partout, Pascal, Amour.

    Être machine, être esclave de l'habitude, de la routine, d'une vie unie et tranquille.

    Les bêtes sont des machines, opinion des cartésiens d'après laquelle les bêtes sont considérées comme de purs automates, sans intelligence, ni volonté, ni sensibilité. Ils [les cartésiens] disent donc Que la bête est une machine… Telle est la montre qui chemine à pas toujours égaux, aveugle et sans dessein, La Fontaine, Fabl. X, 1. Parlez un peu au cardinal de vos machines, des machines qui aiment, des machines qui ont une élection pour quelqu'un, des machines qui sont jalouses, des machines qui craignent ; allez, allez, vous vous moquez de nous, jamais Descartes n'a prétendu nous le faire croire, Sévigné, 127. Si les animaux n'étaient que de pures machines, ce ne serait qu'une raison de plus pour ceux qui pensent que l'homme n'est qu'une machine aussi ; mais il n'y a plus personne aujourd'hui qui n'avoue que les animaux ont des idées, de la mémoire, une mesure d'intelligence, Voltaire, Princ. d'act. 7.

  • 12Machine animale, ou, simplement, machine, l'ensemble des organes composant le corps de l'animal, de l'homme. Considérant la machine du corps humain comme ayant été formée de Dieu pour avoir en soi tous les mouvements qui ont coutume d'y être, Descartes, Médit. VI, 16. Vous dites que ma fille ne devrait faire autre chose que d'accoucher, tant elle s'en acquitte bien ; hé, Seigneur Dieu ! fait-elle autre chose ? mais je vous avertis que, si par tendresse et par pitié vous ne donnez quelque repos à cette jolie machine, vous la détruirez infailliblement, et ce sera dommage, Sévigné, 256. À minuit le malade eut une horrible vapeur à la tête ; la machine se démontait, Sévigné, 483. Nos pauvres machines sont sujettes à bien des misères, Sévigné, 21 août 1680. Il ne faut point laisser prendre possession de nos pauvres machines à des maux si dangereux et si douloureux, Sévigné, 19 juin 1695. Vous nous direz… comme cette pauvre substance qui pense et qui pense si vivement, aura pu conserver sa machine si belle et si délicate, dans un bon état, pendant qu'elle était si agitée, Sévigné, 25 oct. 1688. Ma machine n'est point encore entamée ni dépérie, Sévigné, 22 juill. 1685. Appliquant ceci [la comparaison avec un moulin] au corps de l'homme, machine sans comparaison plus composée et plus délicate, mais, en ce que l'homme a de corporel, pure machine, Bossuet, Connaiss. II, 12. La transpiration déconcerte et rétablit toute la machine du corps, Fénelon, Tél. XVII. Le temps… Sape sans bruit le fondement De notre fragile machine, Et je ne vis plus un moment Sans sentir quelque changement Qui m'avertit de sa ruine, Chaulieu, Sur la première attaque de goutte. Toi seule ranimas par d'inconnus efforts D'une machine presque usée Les mouvements et les ressorts, Chaulieu, à Mlle Delaunay. Il a toujours souffert de longues et cruelles infirmités avec tout le courage d'un sage physicien qui sait à quoi la machine du corps humain est sujette et qui pardonne à la nature, Fontenelle, Fagon. Mon âme, aliénée d'elle-même, est toute à mon corps : le délabrement de ma pauvre machine l'y tient de jour en jour plus attachée, Rousseau, 3e lett. à M. de Malesherbes.
  • 13La partie de l'homme par laquelle il est machine. Toutes les choses qui ploient la machine vers le respect et la terreur, Pascal, Pensées, V, 7. L'on a ôté mal à propos le nom de raison à l'amour… c'est une précipitation de pensées qui se porte d'un côté sans bien examiner tout, mais c'est toujours une raison ; et l'on ne doit et on ne peut pas souhaiter que ce soit autrement, car nous serions des machines très désagréables, Pascal, Amour. L'homme est tellement machine, que le vin donne quelquefois cette imagination que l'ivresse anéantit ; il y a là de quoi s'humilier, mais de quoi admirer, Voltaire, Dict. phil. Imagination.
  • 14 Poétiquement. La machine de l'univers, la machine ronde, l'univers ou seulement la terre. En est-il un plus pauvre en la machine ronde ? La Fontaine, Fabl. I, 16. On ne parle que de la guerre : le roi a deux cent mille hommes sur pied ; toute l'Europe est en émotion ; on voit bien, comme vous dites, que la pauvre machine ronde est abandonnée, Sévigné, 23 mars 1672. Je ne puis rien porter : une cuiller me paraît la machine ronde, Sévigné, 10 avr. 1676. Car de penser alors que Dieu tourne le monde, Et règle les ressorts de la machine ronde…, Boileau, Sat. I. Sénèque se charge de la cause des dieux ; il ouvre leur apologie par un tableau majestueux de la grande machine de l'univers, Diderot, Claude et Néron, II, 55. De l'univers observant la machine, Béranger, Dieu des bonnes gens.

    Fig. La machine ronde a été deux ou trois jours sans tourner, la terre a cessé de tourner, s'emploie pour dire que l'on a cessé de s'occuper des affaires journalières. Je ne me charge pas de vos compliments pour Mme de la Fayette ; priez-en M. d'Hacqueville ; la machine ronde n'a été que deux ou trois jours sans tourner ; il a été à Saint-Germain pour vous ; il est occupé de nos affaires ; c'est un ami adorable, Sévigné, 241.

  • 15La machine de l'État, le gouvernement du pays. Entendez [ô Salomon] distinctement tout ce que vous faites, et connaissez tous les ressorts de la grande machine que vous conduisez, Bossuet, Sermons, justice, 2. Leurs mains [des princes] sont premièrement destinées à manier ces ressorts principaux des États qui font mouvoir la machine, Massillon, Petit carême, Écueils.
  • 16Dans les théâtres, moyens mécaniques employés pour opérer des changements de décoration, et exécuter d'autres opérations telles que le vol des génies, le mouvement des différents simulacres, etc. C'est prendre le change… que de dire… que la machine n'est qu'un amusement d'enfants, et qui ne convient qu'aux marionnettes : elle augmente et embellit la fiction, La Bruyère, 1.

    Opéra, tragédie, comédie à machines, opéra, tragédie, comédie dont la représentation exige des machines.

    Par extension. Dans ces sanctuaires ténébreux [des dieux du paganisme] étaient cachées toutes les machines des prêtres, et ils y entraient par des conduits souterrains, Fontenelle, Oracl. I, 12.

    Le dénoûment de cette pièce arrive comme une machine, il est brusque, forcé, et ne sort pas du fond du sujet.

    Fig. Cela sent la machine, se dit d'un effet dramatique qui est amené peu naturellement.

  • 17 Fig. Intrigue, ruse dont on se sert dans quelque affaire. Que si de tes conseils il forme une machine Qui de mon ennemi retarde la ruine, Mairet, Solim. III, 4. Oui, belle Julie, nous avons dressé pour cela quantité de machines ; et nous ne feignons point de mettre tout en usage, sur la permission que vous m'en avez donnée, Molière, Pourc. I, 3. Quittons notre ajustement de Flamand, pour songer à d'autres machines, Molière, ib. II, 3. J'ai des ressorts tout prêts pour diverses machines, Molière, l'Ét. I, 10. Je vous avertis… de vous tenir toujours en défense [contre le démon] ; tremblez même dans la victoire ; c'est alors qu'il fait ses plus grands efforts, et qu'il remue ses machines les plus redoutables, Bossuet, 2e. sermon, Démons, 1. Aldovrandi s'était servi de la connaissance qu'il avait de son esprit [du pape] pour le conduire à la promotion d'Alberoni, et à rendre vaines les machines de Giudice, Saint-Simon, 448, 17. Pour lui cacher à lui seul avec tant de machine et d'artifice ses crimes qu'il doit savoir mieux que personne, s'il est vrai qu'il les ait commis, Rousseau, 5e dialogue.
  • 18Ressorts qui font mouvoir les affaires. On peut, pour vous servir, remuer des machines, Molière, Mis. III, 7. Admirez les machines du molinisme, qui font dans l'Église de si prodigieux renversements que ce qui est catholique dans les Pères devient hérétique dans M. Arnauld, Pascal, Prov. 3. L'amie [Mme de Maintenon] de mon amie est la machine qui conduit tout, Sévigné, 7 juill. 1680. Un plus grand intérêt va remuer une plus grande machine ; l'intérêt de l'État va faire agir le sénat, le peuple romain et les empereurs [contre le christianisme], Bossuet, Hist. II, 12. Les machines qui l'avaient guindé si haut par l'applaudissement et les éloges, sont encore toutes dressées pour le faire tomber dans le dernier mépris, La Bruyère, VIII. La fille d'Aristippe est malade et en péril ; elle envoie vers son père, veut se réconcilier avec lui, et mourir dans ses bonnes grâces ; cet homme si sage, le conseil de toute une ville, fera-t-il de lui-même une démarche si raisonnable ? y entraînera-t-il sa femme ? ne faudra-t-il point, pour les remuer tous deux, la machine du directeur ? La Bruyère, XIV. Il vit toutes les machines que sa politique arrangeait, bien affermies, Voltaire, Mœurs, 78.
  • 19Les ressorts d'une composition littéraire. Pour renverser tant de remparts [les vices, les péchés] et vaincre tant de résistance, et vos mouvements affectés, et vos paroles arrangées, et vos figures artificielles sont des machines trop faibles, Bossuet, Bourgoing. Que serait-ce si le Tasse eût osé employer les grandes machines du christianisme ? Chateaubriand, Génie, II, I, 2. Le merveilleux est le sujet et non la machine de l'ouvrage [Paradis perdu], Chateaubriand, ib. II, I, 3.

    Terme de peinture. Machine du tableau, disposition judicieuse de plusieurs parties qui toutes doivent concourir à l'effet.

  • 20Grand assemblage de planches, de pierres, etc. C'est là que du lutrin gît la machine énorme, Boileau, Lutr. III. Enfin sous tant d'efforts la machine [du lutrin] succombe, Boileau, ib. IV.

    Fig. Je comprends que vous n'oseriez demander des nouvelles de votre grande dépense : c'est une machine à quoi il ne faut pas toucher, de peur que tout ne renverse, Sévigné, 21 août 1680.

  • 21 Fig. Tout grand ouvrage de génie. L'église de Saint-Pierre de Rome est une étonnante machine. La cène de Paul Véronèse est une grande machine. La tragédie d'Héraclius est une grande et belle machine, Dic. de l'Acad.

    Particulièrement, au théâtre, une grande machine, comédie ou drame en cinq actes.

  • 22Enduit composé de cire blanche et de soufre, dont les cordonniers se servent pour blanchir les points du talon des souliers.

HISTORIQUE

XIVe s. La machine corporele ou la masse de tous lez corps du monde, Oresme, Thèse de MEUNIER.

XVIe s. Toutes sortes de machines et engins de baterie, Amyot, Démétr. 25.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MACHINE. Ajoutez :
23 …Ou bien il [le fil de fer pour clous] est le produit du petit fer rond, dit machine, acheté dans la Moselle et les Ardennes, laquelle machine vaut, rendue à Charleville, en moyenne 48 francs, Enquête, Traité de comm. avec l'Anglet. t. I, p. 782.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MACHINE, s. f. (Hydraul.) Dans un sens général signifie ce qui sert à augmenter & à regler les forces mouvantes, ou quelque instrument destiné à produire du mouvement de façon à épargner ou du tems dans l’exécution de cet effet, ou de la force dans la cause. Voyez Mouvement & Force.

Ce mot vient du grec μηχανή, machine, invention, art. Ainsi une machine consiste encore plûtôt dans l’art & dans l’invention que dans la force & dans la solidité des matériaux.

Les machines se divisent en simples & composées ; il y a six machines simples auxquelles toutes les autres machines peuvent se réduire, la balance & le levier, dont on ne fait qu’une seule espece, le treuil, la poulie, le plan incliné, le coin & la vis. Voyez Balance, Levier, &c. On pourroit même réduire ces six machines à trois, le levier, le plan incliné & le coin ; car le treuil & la poulie se rapportent au levier, & la vis au plan incliné & au levier. Quoi qu’il en soit, à ces six machines simples M. Varignon en ajoute une septieme qu’il appelle machine funiculaire, voyez Funiculaire.

Machine composée, c’est celle qui est en effet composée de plusieurs machines simples combinées ensemble.

Le nombre des machines composées est à-présent presqu’infini, & cependant les anciens semblent en quelque maniere avoir surpassé de beaucoup les modernes à cet égard ; car leurs machines de guerre, d’architecture, &c. telles qu’elles nous sont décrites, paroissent supérieures aux nôtres.

Il est vrai que par rapport aux machines de guerre, elles ont cessé d’être si nécessaires depuis l’invention de la poudre, par le moyen de laquelle on a fait en un moment ce que les béliers des anciens & leurs autres machines avoient bien de la peine à faire en plusieurs jours.

Les machines dont Archimede se servit pendant le siége de Syracuse, ont été fameuses dans l’antiquité ; cependant on révoque en doute aujourd’hui la plus grande partie de ce qu’on en raconte. Nous avons de très-grands recueils de machines anciennes & modernes, & parmi ces recueils, un des principaux est celui des machines approuvées par l’académie des Sciences, imprimé en 6 volumes in-4°. On peut aussi consulter les recueils de Ramelli, de Lupold, & celui des machines de Zabaglia, homme sans lettres, qui par son seul génie a excellé dans cette partie.

Machine architectonique est un assemblage de pieces de bois tellement disposées, qu’au moyen de cordes & de poulies un petit nombre d’hommes peut élever de grands fardeaux & les mettre en place, telles sont les grues, les crics, &c. Voyez Grue, Cric, &c.

On a de la peine à concevoir de quelles machines les anciens peuvent s’être servis pour avoir élevé des pierres aussi immenses que celles qu’on trouve dans quelques bâtimens anciens.

Lorsque les Espagnols firent la conquête du Pérou, ils furent surpris qu’un peuple qu’ils croyoient sauvage & ignorant, fût parvenu à élever des masses énormes, à bâtir des murailles dont les pierres n’étoient pas moindres que de dix piés en quarré, sans avoir d’autres moyens de charrier qu’à force de bras, en traînant leur charge, & sans avoir seulement l’art d’échaffauder ; pour y parvenir, ils n’avoient point d’autre méthode que de hausser la terre contre leur bâtiment à mesure qu’il s’élevoit, pour l’ôter après.

Machine hydraulique ou machine à eau, signifie ou bien une simple machine pour servir à conduire ou élever l’eau, telle qu’une écluse, une pompe, &c. ou bien un assemblage de plusieurs machines simples qui concourent ensemble à produire quelques effets hydrauliques, comme la machine de Marly. Dans cette machine le premier mobile est un bras de la riviere de Seine, lequel par son courant fait tourner plusieurs grandes roues qui menent des manivelles, & celles-ci des pistons qui élevent l’eau dans les pompes ; d’autres pistons la forcent à monter dans des canaux le long d’une montagne jusqu’à un réservoir pratiqué dans une tour de pierre fort élevée au-dessus du niveau de la riviere, & l’eau de ce reservoir est conduite à Versailles par le moyen d’un aqueduc. M. Weidler, professeur en Astronomie à Wirtemberg, a fait un traité des machines hydrauliques, dans lequel il calcule les forces qui font mouvoir la machine de Marly ; il les évalue à 1000594 livres, & il ajoute que cette machine éleve tous les jours 11700000 livres d’eau à la hauteur de 500 piés. M. Daniel Bernoully, dans son hydrodynamique, section 9. a publié différentes remarques sur les machines hydrauliques, & sur le dernier degré de perfection qu’on leur peut donner.

Les pompes de la Samaritaine & du pont Notre-Dame à Paris, sont aussi des machines hydrauliques. La premiere a été construite pour fournir de l’eau au jardin des Tuileries, & la seconde en fournit aux différens quartiers de la ville. On trouve dans l’ouvrage de M. Belidor, intitulé, architecture hydraulique, le calcul de la force de plusieurs machines de cette espece. Voyez la description de plusieurs de ces machines, au mot Hydraulique.

Les machines militaires des anciens étoient de trois especes : les premieres servoient à lancer des fleches, comme le scorpion ; des pierres ou des javelines, comme la catapulte ; des traits ou des boulets, comme la baliste ; des dards enflammés, comme le pyrobole : les secondes servoient à battre des murailles, comme le bélier : les troisiemes enfin, à couvrir ceux qui approchoient des murailles des ennemis, comme les tours de bois, &c. Voyez Scorpion, Catapulte, &c.

Pour calculer l’effet d’une machine, on la considere dans l’état d’équilibre, c’est-à-dire dans l’état où la puissance qui doit mouvoir le poids ou surmonter la résistance, est en équilibre avec le poids ou la résistance. On a donné pour cela des méthodes aux mots Équilibre & Forces mouvantes, & nous ne les répéterons point ici ; mais nous ne devons pas oublier de remarquer qu’après le calcul du cas de l’équilibre, on n’a encore qu’une idée très-imparfaite de l’effet de la machine : car comme toute machine est destinée à mouvoir, on doit la considérer dans l’état de mouvement, & alors il faut avoir égard, 1°. à la masse de la machine, qui s’ajoute à la résistance qu’on doit vaincre, & qui doit augmenter par conséquent la puissance ; 2°. au frottement qui augmente prodigieusement la résistance, comme on le peut voir aux mots Frottement & Corde, où l’on trouvera quelques essais de calcul à ce sujet. C’est principalement ce frottement & les lois de la résistance des solides, si différens pour les grands & pour les petits corps (voyez Résistance) ; ce sont, dis-je, ces deux causes qui font souvent qu’on ne sauroit conclure de l’effet d’une machine en petit à celui d’une autre machine semblable en grand, parce que les résistances n’y sont pas proportionnelles aux dimensions des machines. Sur les machines particulieres, voyez les différens articles de ce Dictionnaire, Levier, Poulie, &c. (O)

Machine de Boyle, est le nom qu’on donne quelquefois à la machine pneumatique, parce qu’on regarde ce physicien comme le premier inventeur de cette machine. Cependant il n’a fait réellement que la perfectionner, elle étoit inventée avant lui : c’est à Othon de Guericke, bourguemestre de Magdebourg, que l’on en doit la premiere idée. Voyez Machine pneumatique, au mot Pneumatique. (O)

Machines militaires, ce sont en général toutes les machines qui servent à la guerre de campagne & à celle des siéges. Ainsi les machines militaires des anciens étoient le bélier, la catapulte, la baliste, &c. celles des modernes sont le canon, le mortier, &c. Voyez chacun de ces mots à leur article.

Il n’est pas rare de trouver des gens qui proposent de nouvelles machines ou de nouvelles inventions pour la guerre. Le chevalier de Ville rapporte dans son traité de Fortification, « qu’au siége de Saint Jean d’Angely il y eut un personnage qui fit bâtir un pont grand à merveille, soutenu sur quatre roues, tout de bois, avec lequel il prétendoit traverser le fossé, & depuis la contrescarpe jusque sur le parapet des remparts, faire passer par-dessus icelui 15 ou 20 soldats à couvert. Il fit faire la machine, qui coûta douze ou quinze mille écus ; & lorsqu’il fut question de la faire marcher avec 50 chevaux qu’on avoit attelés, soudain qu’elle fut ébranlée, elle se rompit en mille pieces avec un bruit effroyable. La même chose arriva d’une autre à Lunel qui coûtoit moins que celle-là, & réussit ainsi que l’autre.

» J’en ai vu, continue le même auteur, qui promettoient pouvoir jetter avec une machine 50 hommes tout-à-la-fois depuis la contrescarpe jusque dans le bastion, armés à l’épreuve du mousquet ; d’autres de réduire en cendre les villes entieres, voire les murailles mêmes, sans que ceux de dedans y pussent donner remede, quand bien leurs maisons seroient terrassées. Enfin on ne voit aucun effet de ces promesses, & le plus souvent ou c’est folie ou malice pour attraper l’argent du prince qui les croit ». Le chevalier de Ville prétend & avec raison, qu’il ne faut pas se livrer aisément à ces faiseurs de miracles qui proposent des choses extraordinaires, à moins qu’ils n’en fassent premierement l’expérience à leurs dépens. Ce n’est pas, dit-il, que je blâme toutes sortes de machines : on en a fait, & on en invente tous les jours de très-utiles ; mais je parle de ces extraordinaires qu’on juge par raison ne pouvoir être mises en œuvre & faire les effets qu’on propose. Il ne faut jamais sur une chose si douteuse fonder totalement un grand dessein ; on doit en faire l’épreuve à loisir lorsqu’on n’en a pas besoin, afin d’être assuré de leur effet au besoin. (Q)

Machine infernale, (Art milit.) c’est un bâtiment à trois ponts chargé au premier de poudre, au second de bombes & de carcasses, & au troisieme de barils cerclés de fer pleins d’artifices, son tillac aussi comblé de vieux canons & de mitraille, dont on s’est quelquefois servi pour essayer de ruiner des villes & différens ouvrages.

Les Anglois ont essayé de bombarder ou ruiner plusieurs des villes maritimes de France, & notamment Saint Malo, avec des machines de cette espece, mais sans aucun succès.

Celui qui les mit le premier en usage, fut un ingénieur italien, nommé Frédéric Jambelli. Durant le siége qu’Alexandre de Parme avoit mis devant Anvers, où les Hollandois se défendirent long-tems avec beaucoup de constance & de bravoure ; l’Escaut est extraordinairement large au-dessus & au-dessous d’Anvers, parce qu’il approche-là de son embouchure ; Alexandre de Parme, malgré cela, entreprit de faire un pont de 2400 piés de long au-dessous de cette place pour empêcher les secours qui pourroient venir de Zélande. Il en vint à bout, & il ne s’étoit point fait jusqu’alors d’ouvrage en ce genre comparable à celui-là. Ce fut contre ce pont que Jambelli destina ses machines infernales. Stradon dans cet endroit de son histoire, une des mieux écrites de ces derniers tems, fait une belle description de ces machines & de la maniere dont on s’en servoit. Je vais le traduire ici.

« Ceux qui défendoient Anvers, dit cet auteur, ayant achevé l’ouvrage qu’ils préparoient depuis long-tems pour la ruine du pont, donnerent avis de cela à la flotte qui étoit au delà du pont du côté de la Zélande, que le quatrieme d’Avril leurs vaisseaux sortiroient du port d’Anvers sur le soir ; qu’ainsi ils se tinssent prêts pour passer avec le convoi des munitions par la breche qu’on feroit infailliblement au pont. Je vais, continue l’historien, décrire la structure des bateaux d’Anvers & leurs effets, parce qu’on n’a rien vu dans les siecles passés de plus prodigieux en cette matiere, & je tirerai ce que je vais en dire des lettres d’Alexandre de Parme au roi d’Espagne Philippe II. & de la relation du capitaine Tuc.

» Frédéric Jambelli ayant passé d’Italie en Espagne pour offrir son service au roi, sans pouvoir obtenir audience, se retira piqué du mépris que l’on faisoit de sa personne, dit en partant que les Espagnols entendroient un jour parler de lui d’une maniere à se repentir d’avoir méprisé ses offres. Il se jetta dans Anvers, & il y trouva l’occasion qu’il cherchoit de mettre ses menaces à exécution. Il construisit quatre bateaux plats, mais très-hauts de bords, & d’un bois très-fort & & très-épais, & imagina le moyen de faire des mines sur l’eau de la maniere suivante. Il fit dans le fond des bateaux & dans toute leur longueur une maçonnerie de brique & de chaux, de la hauteur d’un pié & de la largeur de cinq. Il éleva tout à l’entour & aux côtés de petites murailles, & fit la chambre de sa mine haute & large de trois piés ; il la remplit d’une poudre très-fine qu’il avoit fait lui-même, & la couvrit avec des tombes, des meules de moulin, & d’autres pierres d’une extraordinaire grosseur : il mit par-dessus des boulets, des monceaux de marbre, des crocs, des clous & d’autre ferraille, & bâtit sur tout cela comme un toît de grosses pierres. Ce toît n’étoit pas plat, mais en dos d’âne, afin que la mine venant à crever l’effet ne s’en fît pas seulement en-haut, mais de tous côtés. L’espace qui étoit entre les murailles de la mine & les côtés des bateaux, fut rempli de pierres de taille maçonnées & de poutres liées avec les pierres par des crampons de fer. Il fit sur toute la largeur des bateaux un plancher de grosses planches, qu’il couvrit encore d’une couche de brique, & sur le milieu il éleva un bucher de bois poissé pour l’allumer, quand les bateaux démareroient, afin que les ennemis les voyant aller vers le pont, crussent que ce n’étoient que des bateaux ordinaires qu’on envoyoit pour mettre le feu au pont. Pour que le feu ne manquât pas de prendre à la mine, il se servit de deux moyens. Le premier fut une meche ensoufrée d’une certaine longueur proportionnée au tems qu’il falloit pour arriver au pont, quand ceux qui les conduiroient les auroient abandonnés & mis dans le courant. L’autre moyen dont il se servit pour donner le feu à la poudre étoit un de ces petits horloges à réveils-matin, qui en se détendant après un certain tems battent le fusil. Celui-ci faisant feu devoit donner sur une traînée de poudre qui aboutissoit à la mine.

» Ces quatre bateaux ainsi préparés devoient être accompagnés de treize autres où il n’y avoit point de mine, mais qui étoient de simples brûlots. On avoit su dans le camp des Espagnols qu’on préparoit des brûlots dans le port d’Anvers ; mais on n’y avoit nul soupçon de l’artifice des quatre bateaux, & Alexandre de Parme crut que le dessein des ennemis étoit seulement d’attaquer le pont en même tems au dessus du côté d’Anvers, & au-dessous du côté de la Zélande. C’est pourquoi il renforça les troupes qu’il avoit dans les forts des digues voisines, & sur tout le pont, & y distribua ses meilleurs officiers, qu’il exposoit d’autant plus au malheur qui les menaçoit, qu’il sembloit prendre de meilleures mesures pour l’éviter. On vit sortir d’abord trois brûlots du port d’Anvers, & puis trois autres, & le reste dans le même ordre. On sonna l’allarme, & tous les soldats coururent à leurs postes sur le pont. Ces vaisseaux voguoient en belle ordonnance, parce qu’ils étoient conduits chacun par leurs pilotes. Le feu y étoit si vivement allumé qu’il sembloit que les vaisseaux mêmes brûloient, ce qui donnoit un spectacle qui eut fait plaisir aux spectateurs qui n’en n’eussent eu rien à craindre : car les Espagnols de leur côté avoient allumé un grand nombre de feux sur leurs digues & dans leurs forts. Les soldats étoient rangés en bataille sur les deux bords de la riviere & sur le pont, enseignes déployées, avec les officiers à leur tête ; & les armes brilloient encore plus à la flamme qu’elles n’auroient fait au plus beau soleil.

Les matelots ayant conduit leurs vaisseaux jusqu’à deux mille pas du pont, firent prendre, surtout aux quatre où étoient les mines, le courant de l’eau, & se retirerent dans leurs esquifs ; car pour ce qui est des autres ils ne se mirent pas si fort en peine de si bien diriger leur route ; ceux-ci pour la plûpart échouerent contre l’estaccade & aux deux bords de la riviere. Un des quatre destinés à rompre le pont, fit eau & coula bas au milieu de la riviere ; on en vit sortir une épaisse fumée sans autre effet. Deux autres furent poussés par un vent qui s’éleva, & portés par le courant vers Calloo au rivage du côté de la Flandre ; il y eut pendant quelque tems sujet de croire que la même chose arriveroit au quatrieme, parce qu’il paroissoit aussi tourner du côté de la rive de Flandre ; les soldats voyant tout cela, & que le feu paroissoit s’éteindre sur la plûpart des bateaux, commencerent à se moquer de ce grand appareil qui n’aboutissoit à rien ; il y en eut même d’assez hardis pour entrer dans un des deux qui avoient échoué au bord, & ils y enfonçoient leurs piques sur le plancher pour découvrir ce qu’il y avoit dessous ; mais dans ce moment, ce quatrieme vaisseau, qui étoit beaucoup plus fort que les autres, ayant brisé l’estaccade, continua sa route vers le pont. Alors les soldats espagnols que l’inquiétude reprit, jetterent un grand cri. Le duc de Parme qui étoit aussi attentif à la flotte hollandoise qui étoit au-dessous du pont du côté de Lillo, qu’aux brûlots qui venoient d’Anvers, accourut à ce cri. Il commanda aussi-tôt des soldats & des matelots ; les uns pour détourner le vaisseau avec des crocs ; les autres pour sauter dedans & y éteindre le feu, & se mit dans une espece de château de bois, bâti sur pilotis à la rive de Flandre, & auquel étoient attachés les premiers bateaux du pont. Il avoit avec lui les seigneurs de Roubais, Caëtan, Billi, Duguast, & les officiers du corps-de-garde de ce château.

» Il y avoit parmi eux un vieux enseigne, domestique du prince de Parme, à qui ce prince fut en cette occasion redevable de la vie. Cet homme qui savoit quelque chose du métier d’ingénieur, soit qu’il fût instruit de l’habileté de Jambelli & du chagrin qu’on lui avoit fait en Espagne, soit par une inspiration de Dieu qui avoit voulu qu’Anvers fût pris par Alexandre de Parme, s’approcha de ce prince, & le conjura de se retirer puisqu’il avoit donné tous les ordres nécessaires. Il le fit jusqu’à trois fois, sans que ce prince voulût suivre son conseil ; mais l’enseigne ne se rebuta pas : & au nom de Dieu, dit-il à ce prince, en se jettant à ses piés, croyez seulement pour cette fois le plus affectionné de vos serviteurs. Je vous assure que votre vie est ici en danger ; & puis se relevant, il le tira après lui. Alexandre aussi surpris de la liberté de cet homme que du ton, en quelque façon inspiré, dont il lui parloit, le suivit, accompagné de Caëtan, & Duguast.

» A peine étoient-ils arrivés au fort de Sainte-Marie, sur le bord de la riviere du côté de Flandre, que le vaisseau creva avec un fracas épouventable. On vit en l’air une nuée de pierres, de poutres, de chaînes, de boulets ; le château de bois, auprès duquel la mine avoit joué, une partie des bateaux du pont, les canons qui étoient dessus, les soldats furent enlevés & jettés de tous côtés. On vit l’Escaut s’enfoncer en abyme, & l’eau poussée d’une telle violence qu’elle passa sur toutes les digues, & un pié au-dessus du fort de Sainte-Marie ; on sentit la terre trembler à près de quatre lieues de-là ; on trouva de ces grosses tombes dont la mine avoit été couverte à mille pas de l’Escaut ».

Un des autres bateaux qui avoit échoué contre le rivage de Flandre, fit encore un grand effet ; il périt huit cens hommes de différent genre de mort ; une infinité furent estropiés. & quelques-uns échapperent par des hazards surprenans.

Le vicomte de Bruxelle, dit l’historien, fut transporté fort loin, & tomba dans un navire sans se faire aucun mal. Le capitaine Tuc, auteur d’une relation de cette avanture, après avoir été quelque tems suspendu en l’air tomba dans la riviere ; & comme il savoit nager, & que dans le mouvement du tourbillon qui l’emporta, sa cuirasse s’étoit détachée de son corps, il regagna le bord en nageant ; enfin, un des gardes du prince de Parme fut porté de l’endroit du pont qui touchoit à la Flandre, à l’autre rivage du côté du Brabant, & ne se blessa qu’un peu à l’épaule en tombant. Pour ce qui est du prince de Parme, on le crut mort ; car comme il étoit prêt d’entrer dans Sainte-Marie, il fut terrassé par le mouvement de l’air, & frappé en même tems entre les épaules & le casque d’une poutre ; on le trouva évanoui & sans connoissance : mais il revint à lui un peu après ; & la premiere chose qu’il fit fut de faire amener promptement quelques vaisseaux, non pas pour réparer la breche du pont, car il falloit beaucoup de tems pour cela, mais seulement pour boucher l’espace que la mine avoit ruiné, afin que le matin il ne parût point à la flotte hollandoise, qu’il y eût de passage ouvert ; cela lui réussit. Les Hollandois voyant des soldats dans toute la longueur du pont qui n’avoit point été ruinée, & dans les bateaux dont on avoit bouché la breche, & entendant sonner de tous côtés les tambours & les trompettes, n’oserent tenter de forcer le passage. Cela donna le loisir aux Espagnols de réparer leur pont ; & quelque tems après, Anvers fut contraint de capituler.

Voilà donc l’époque des machines infernales & de ces mines sur l’eau dont on a tant parlé dans les dernieres guerres, & qui ont fait bien plus de bruit que de mal ; car nulle n’a eu un si bon succès à beaucoup près que celle de Jambelli en eut un au pont d’Anvers, quoiqu’à ces dernieres l’on eût ajouté des hombes & des carcasses dont on n’avoit point encore l’usage dans le tems du siege de cette ville. Histoire de la milice françoise.

Pour donner une idée de la machine infernale échouée devant Saint-Malo, on en donne fig. 6. Pl. XI. de fortification, la coupe ou le profil.

B. C’est le fond de calle de cette machine, rempli de sable.

C. Premier pont rempli de vingt milliers de poudre, avec un pié de maçonnerie au-dessus.

D. Second pont garni de six cens bombes à feu & carcassieres, & de deux piés de maçonnerie au-dessus.

E. Troisieme pont au-dessus du gaillard, garni de cinquante barils à cercle de fer, remplis de toutes sortes d’artifices.

F. Canal pour conduire le feu aux poudres & aux amorces.

Le tillac, comme on le voit en A, étoit garni de vieux canons & d’autres vieilles pieces d’artillerie de différentes especes.

« Si l’on avoit été persuadé en France que ces sortes d’inventions eussent pû avoir une réussite infaillible, il est sans difficulté que l’on s’en seroit servi dans toutes les expéditions maritimes, que l’on a terminées si glorieusement sans ce secours ; mais cette incertitude, & la prodigieuse dépense que l’on est obligé d’y faire, ont été cause que l’on a négligé cette maniere de bombe d’une construction extraordinaire, que l’on a vûe long-tems dans le port de Toulon, & qui avoit été coulée & préparée pour un pareil usage ; ce fut en 1688, & voici comme elle étoit faite, suivant ce qu’en écrivit en ce tems-là un officier de Marine.

» La bombe qui est embarquée sur la Flûte le Chameau, est de la figure d’un œuf ; elle est remplie de sept à huit milliers de poudre ; on peut de-là juger de sa grosseur ; on l’a placée au fond de ce bâtiment dans cette situation. Outre plusieurs grosses poutres qui la maintiennent de tous côtés, elle est encore appuyée de neuf gros canons de fer de 18 livres de balle, quatre de chaque côté, & un sur le derriere qui ne sont point chargés, ayant la bouche en bas. Par dessus on a mis encore dix pieces de moindre grosseur, avec plusieurs petites bombes & plusieurs éclats de canon, & l’on a fait une mâçonnerie à chaux & à ciment qui couvre & environne le tout, où il est entré trente milliers de brique ; ce qui compose comme une espece de rocher au milieu de ce vaisseau, qui est d’ailleurs armé de plusieurs pieces de canon chargées à crever, de bombes, carcasses & pots à feu, pour en défendre l’approche. Les officiers devant se retirer après que l’ingenieur aura mis le feu à l’amorce qui durera une heure, cette flûte doit éclater avec sa bombe, pour porter de toutes parts les éclats des bombes & des carcasses, & causer par ce moyen l’embrasement de tout le port de la ville qui sera attaquée. Voilà l’effet qu’on s’en promet : on dit que cela coutera au roi quatre-vingt mille livres ».

Suivant M. Deschiens de Ressons « cette bombe fut faite dans la vûe d’une machine infernale pour Alger ; & celles que les ennemis ont exécutées à Saint Malo & à Dunkerque, ont été faites à l’instar de celle-ci. Mais toutes ces machines ne vallent rien, parce qu’un bâtiment étant à flot, la poudre ne fait pas la centieme partie de l’effort qu’elle feroit sur un terrain ferme ; la raison de cela est, que la partie la plus foible du bâtiment cédant lors de l’effet, cette bombe se trouvant surchargée de vieux canons, de bombes, carcasses & autres, tout l’effort se fait par-dessous dans l’eau, ou dans la vase ou le sable ; de sorte qu’il n’en peut provenir d’autre incommodité que quelques débris qui ne vont pas loin, & une fraction de vitres, tuiles, portes, & autres bagatelles, par la grande compression de l’air causée par l’agitation extraordinaire ; c’est pourquoi on l’a refondue, la regardant comme inutile.

» Celle-ci contenoit huit milliers de poudre ; elle avoit neuf piés de longueur, & cinq de diametre en dehors, six pouces d’épaisseur ; mais quand je l’ai fait rompre, j’ai trouvé que le noyau avoit tourné dans le moule, & que toute l’épaisseur étoit presque d’un côté, & peu de choses de l’autre ; ce qui ne se peut guere éviter, parce que la fonte coulant dans le moule, rougit le chapelet de fer qui soutient le noyau, dont le grand poids fait plier le chapelet.

Il se rapportoit dessus un chapiteau, dans lequel étoit ajusté la fusée, qui s’arrêtoit avec deux barres de fer qui passoient dans les anses.

La fusée étoit un canon de mousquet rempli de composition bien battue ; ce qui ne valoit rien, par la raison que la crasse du salpêtre bouchoit le canon lorsque la fusée étoit brûlée à demi, ce qui faisoit éteindre la fusée. Ainsi les Anglois ont été obligés de mettre le feu au bâtiment de leur machine, pour qu’il parvînt ensuite à la poudre ». Mémoires d’Artillerie, par M. de Saint-Remy.

Machine a mater, (Marine.) c’est celle qui sert à élever & poser les mâts dans un vaisseau ; elle est faite à peu près comme une grue ou un engin que l’on place sur un ponton. Quelquefois on ne se sert que d’un ponton avec un mât, un vindas avec un cabestan, & des seps de drisse. (Z)

Machine, en Architecture, est un assemblage de pieces de bois disposées, de maniere qu’avec le secours de poulies, mouffles & cordages, un petit nombre d’hommes peuvent enlever de gros fardeaux, & le poser en place, comme sont le vindas, l’engin, la grue, le grueau, le treuil, &c. qui se montent & démontent selon le besoin qu’on en a. Voyez nos Pl. de Charp.

Machine pyrique, (Artificier.) c’est un assemblage de pieces d’artifice, rangées sur une carcasse de tringles de bois ou de fer, disposées pour les recevoir & diriger la communication de leurs feux, comme sont celles qui paroissent depuis quelques années sur le théâtre italien à Paris.

Machine, (Peinture.) terme dont on se sert en Peinture, pour indiquer qu’il y a une belle intelligence de lumiere dans un tableau. On dit voilà une belle machine ; ce peintre entend bien la machine. Et lorsqu’on dit une grande machine, il signifie non-seulement belle intelligence de lumieres, mais encore grande ordonnance, grande composition.

Machine a forer, voyez l’article Forer. Cette machine soulage l’ouvrier, lorsque les pieces qu’il a à percer ne peuvent l’être à la poitrine. L’ouvrier fore à la poitrine, lorsqu’il pose la palette à forer contre sa poitrine, qu’il appuie du bout rond le foret contre la palette, & qu’en poussant & faisant tourner le foret avec l’archet, il fait entrer le bout aigu du foret dans la piece à percer. La machine qui le dispense de cette fatigue, est composée de trois pieces, la palette, la vis & l’écrou à queue. La palette est toute de fer ; le bout de sa queue est recourbé en crochet : ce crochet ou cette queue recourbée, se place dans l’épaisseur de l’établi. Au-dessous de la palette il y a un œil qui correspond à la boîte de l’étau, pour recevoir la vis de la machine à forer. A un des bouts de la vis il y a un crochet en rond, qui sert à accrocher cette vis sur la boîte, & la partie taraudée passe par l’œil de la queue de la palette. C’est à la partie qui excede l’œil, que se met l’écrou à queue, de sorte que le compagnon qui a posé le crochet de la palette à une distance convenable de l’étau, suivant la longueur du forêt, en tournant l’écrou, force la palette sur laquelle est posée le foret, à le presser contre la piece qu’il veut percer, & qui est entre les mâchoires de l’étau. Au moyen de la vis & des autres parties de cette machine, l’ouvrier a toute sa force, & réussit en très peu de tems à forer une piece dont il ne viendroit peut-être jamais à bout.

Machine pour la tire, instrument du métier d’étoffe de soie. Ce qu’on appelle machine pour servir au métier des étoffes de soie est d’une si grande utilité, qu’avant qu’elle eut été inventée par le sieur Garon de Lyon, il falloit le plus souvent deux filles à chaque métier d’étoffes riches pour tirer ; depuis qu’elle est en usage, il n’en faut qu’une, ce qui n’est pas une petite économie, outre qu’au moyen de cette machine l’étoffe se fait infiniment plus nette.

Le corps de cette machine est simple ; c’est aussi sa simplicité qui en fait la beauté : c’est un bois de trois pouces en quarré qui descend de l’estave du métier au côté droit de la tireuse, qui va & vient librement. De ce bois quarré, il se présente à côté du temple deux fourches rondes, & une troisieme qui est aussi ronde qui tient les deux autres ; elle monte directement à côté du premier bois dont il est ci-dessus parlé. La fille pour se servir de cette machine, tire à elle son lacs, passe la main derriere, & entrelace ses cordes de temple entre les deux fourches qui sont à côté, & après les avoir enfilées, elle prend la fourche qui monte en haut, & à mesure qu’elle la descend en la tirant, elle fait faire en même tems un jeu aux deux fourches qui embrassent les cordes. Par ce mouvement elle tire net, & facilite l’ouvrier à passer sa navette sans endommager l’étoffe. Après que le coup est passé, elle laisse partir sa machine qui s’en retourne d’elle même sans poids ni contrepoids pour la renvoyer ; la main seule de la tireuse suffit. Voyez cette machine dans nos Pl. de Soierie.

Machine, (Littérat.) en poëme dramatique se dit de l’artifice par lequel le poëte introduit sur la scene quelque divinité, génie, ou autre être surnaturel, pour faire réussir quelque dessein important, ou surmonter quelque difficulté supérieure au pouvoir des hommes.

Ces machines, parmi les anciens, étoient les dieux, les génies bons ou malfaisans, les ombres, &c. Shakespear, & nos modernes françois avant Corneille, employoient encore la derniere de ces ressources. Elles ont tiré ce nom des machines ou inventions qu’on a mis en usage pour les faire apparoître sur la scène, & les en retirer d’une maniere qui imite le merveilleux.

Quoique cette même raison ne subsiste pas pour le poëme épique, on est cependant convenu d’y donner le nom de machines aux êtres surnaturels qu’on y introduit. Ce mot marque & dans le dramatique & dans l’épopée l’intervention ou le ministere de quelque divinité ; mais comme les occasions qui peuvent dans l’une & l’autre amener les machines, ou les rendre nécessaires, ne sont pas les mêmes, les regles qu’on y doit suivre sont aussi différentes.

Les anciens poëtes dramatiques n’admettoient jamais aucune machine sur le théâtre, que la présence du dieu ne fût absolument nécessaire, & ils étoient siflés lorsque par leur faute ils étoient réduits à cette nécessité, suivant ce principe fondé dans la nature, que le dénouement d’une piece doit naître du fond même de la fable, & non d’une machine étrangere, que le génie le plus stérile peut amener pour se tirer tout-à-coup d’embarras, comme dans Médée qui se dérobe à la vengeance de Créon, en fendant les airs sur un char traîné par des dragons aîlés. Horace paroît un peu moins sévere, & se contente de dire que les dieux ne doivent jamais paroître sur la scène à moins que le nœud ne soit digne de leur présence.

Nec deus intersit, nisi dignus vindice nodus
Inciderit.

Art. poet.

Mais au fonds, le mot dignus emporte une nécessité absolue. Voyez Intrigue. Outre les dieux, les anciens introduisoient des ombres, comme dans les Perses d’Eschyle, où l’ombre de Darius paroît. A leur imitation Shakespear en a mis dans hamlet & dans macbet : on en trouve aussi dans les pieces de Hardy, la statue du festin de Pierre, le Mercure & le Jupiter dans l’Amphitrion de Moliere sont aussi des machines, & comme des restes de l’ancien goût dont on ne s’accommoderoit pas aujourd’hui. Aussi Racine dans son Iphigénie, a t-il imaginé l’épisode d’Eriphile, pour ne pas souiller la scene par le meurtre d’une personne aussi aimable & aussi vertueuse qu’il falloit représenter Iphigénie, & encore parce qu’il ne pouvoit dénouer sa tragédie par le secours d’une déesse & d’une métamorphose, qui auroit bien pû trouver créance dans l’antiquité, mais qui seroit trop incroyable & trop absurde parmi nous. On a relégué les machines à l’Opéra, & c’est bien là leur place.

Il en est tout autrement dans l’épopée ; les machines y sont nécessaires à tout moment & par-tout. Homere & Virgile ne marchent, pour ainsi dire, qu’appuyés sur elles. Pétrone, avec son feu ordinaire, soutient que le poëte doit être plus avec les dieux qu’avec les hommes, & laisser par-tout des marques de la verve prophétique, & du divin enthousiasme qui l’échauffe & l’inspire ; que ses pensées doivent être remplies de fables, c’est à-dire d’allégories & de figures. Enfin il veut que le poëme se distingue en tout point de l’Histoire, mais sur-tout moins par la mesure des vers, que par ce feu poétique qui ne s’exprime que par allégories, & qui ne fait rien que par machines, ou par l’intervention des dieux.

Il faut, par exemple, qu’un poëte laisse à l’historien raconter qu’une flotte a été dispersée par la tempête, & jettée sur des côtes étrangeres, mais pour lui il doit dire avec Virgile, que Junon s’adresse à Eole, que ce tyran des mers déchaîne & souleve les vents contre les Troïens, & faire intervenir Neptune pour les préserver du naufrage. Un historien dira qu’un jeune prince s’est comporté dans toutes les occasions avec beaucoup de prudence & de discrétion, le poëte doit dire avec Homere que Minerve conduisoit son héros par la main. Qu’il laisse raconter à l’historien, qu’Agamemnon dans sa querelle avec Achille, voulut faire entendre à ce prince, quoiqu’avec peu de fondement, qu’il pouvoit prendre Troie sans son secours. Le poëte doit représenter Thétis, irritée de l’affront qu’a reçu son fils, volant aux cieux pour demander vengeance à Jupiter, & dire que ce dieu pour la satisfaire envoie à Agamemnon un songe trompeur, qui lui persuade que ce même jour-là il se rendra maître de Troie.

C’est ainsi que les poëtes épiques se servent de machines dans toutes les parties de leurs ouvrages. Qu’on parcoure l’Iliade, l’Odyssée, l’Enéïde, on trouvera que l’exposition fait mention de ces machines, c’est-à-dire de ces dieux ; que c’est à eux que s’adresse l’invocation ; que la narration en est remplie, qu’ils causent les actions, forment les nœuds, & les démêlent à la fin du poëme ; c’est ce qu’Aristote a condamné dans ses regles du drame, mais ce qu’ont observé Homere & Virgile dans l’épopée. Ainsi Minerve accompagne & dirige Ulysse dans tous les périls ; elle combat pour lui contre tous les amans de Pénélope ; elle aide à cette princesse à s’en défaire, & au dernier moment, elle conclut elle-même la paix entre Ulysse & ses sujets, ce qui termine l’Odyssée. De même dans l’Enéïde, Vénus protege son fils, & le fait à la fin triompher de tous les obstacles que lui opposoit la haine invétérée de Junon.

L’usage des machines dans le poëme épique, est, à quelques égards, entierement opposé à ce qu’Horace prescrit pour le dramatique. Ici elles ne doivent être admises que dans une nécessité extrême & absolue ; là il semble qu’on s’en serve à tout propos, même lorsqu’on pourroit s’en passer, bien loin que l’action les exige nécessairement. Combien de dieux & de machines Virgile n’emploie-t-il pas pour susciter cette tempête qui jette Enée sur les côtes de Carthage, quoique cet évenement eût pû facilement arriver dans le cours ordinaire de la nature ? Les machines dans l’épopée ne sont donc point un artifice du poëte pour le relever lorsqu’il a fait un faux pas, ni pour se tirer de certaines difficultés particulieres à certains endroits de son poëme ; c’est seulement la présence d’une divinité, ou quelqu’action surnaturelle & extraordinaire que le poëte insere dans la plûpart de son ouvrage, pour le rendre plus majestueux & plus admirable, ou en même tems pour inspirer à ses lecteurs des idées de respect pour la divinité ou des sentimens de vertu. Or il faut employer ce mélange de maniere que les machines puissent se retrancher sans que l’action y perde rien.

Quant à la maniere de les mettre eu œuvre & de les faire agir, il faut observer que dans la Mythologie on distinguoit des dieux bons, des dieux malfaisans, & d’autres indifférens, & qu’on peut faire de chacune de nos passions autant de divinités allégoriques, en sorte que tout ce qui se passe de vertueux ou de criminel dans un poëme, peut être attribué à ces machines, ou comme cause, ou comme occasion, & se faire par leur ministere. Elles ne doivent cependant pas toutes, ni toujours agir d’une même maniere ; tantôt elles agiront sans paroître, & par de simples inspirations, qui n’auront en elles-mêmes rien de miraculeux ni d’extraordinaire, comme quand nous disons que le démon suggere telle pensée, tantôt d’une maniere tout-à-fait miraculeuse, comme lorsqu’une divinité se rend visible aux hommes, & s’en laisse connoître, ou lorsque sans se découvrir à eux, elle se déguise sous une forme humaine. Enfin le poëte peut se servir tout à la fois de chacune de ces deux manieres d’introduire une machine, comme lorsqu’il suppose des oracles, des songes, & des inspirations extraordinaires, ce que le P. le Bossu appelle des demi-machines. Dans toutes ces manieres, il faut se garder avec soin de s’écarter de la vraissemblance ; car quoique la vraissemblance s’étende fort loin lorsqu’il est question de machines, parce qu’alors elle est fondée sur la puissance divine, elle a toujours néanmoins ses bornes. Voyez Vraissemblance.

Horace propose trois sortes de machines à introduire sur le théâtre : la premiere est un dieu visiblement présent devant les acteurs ; & c’est de celle-la qu’il donne la regle dont nous avons déja parlé. La seconde espece comprend les machines plus incroyables & plus extraordinaires, comme la métamorphose de Progné en hirondelle, celle de Cadmus en serpent. Il ne les exclut, ni ne les condamne absolument, mais il veut qu’on les mette en récit & non pas en action. La troisieme espece est absolument absurde, & il la rejette totalement ; l’exemple qu’il en donne, c’est un enfant qu’on retireroit tout vivant du ventre d’un monstre qui l’auroit dévoré. Les deux premiers genres sont reçus indifféremment dans l’épopée, & dans la distinction d’Horace, qui ne regarde que le théâtre. La différence entre ce qui se passe sur la scène, & à la vûe des spectateurs, d’avec ce qu’on suppose s’achever derriere le rideau, n’ayant lieu que dans le poëme dramatique.

On convient que les anciens poëtes ont pu faire intervenir les divinités dans l’épopée ; mais les modernes ont-ils le même privilege ? C’est une question qu’on trouvera examinée au mot merveilleux. Voyez Merveilleux.

Machines de Théatre chez les anciens. Ils en avoient de plusieurs sortes dans leurs théâtres, tant celles qui étoient placées dans l’espace ménagé derriere la scène, & qu’on appelloit παρασκήνιον, que celles qui étoient sous les portes de retour pour introduire d’un côté les dieux des bois & des campagnes, & de l’autre les divinités de la mer. Il y en avoit aussi d’autres au-dessus de la scène pour les dieux célestes, & enfin d’autres sous le théâtre pour les ombres, les furies, & les autres divinités infernales : ces dernieres étoient à-peu-près semblables à celles dont nous nous servons pour ce sujet. Pollux l. IV. nous apprend que c’étoient des especes de trapes qui élevoient les acteurs au niveau de la scene, & qui redescendoient ensuite sous le théâtre par le relâchement des forces qui les avoient fait monter. Ces forces consistoient comme celles de nos théâtres, en des cordes, des roues, des contrepoids ; c’est pour cela que les Grecs nommoient ces machines ἀναπείσματα : pour celles qu’ils appelloient περίακτοι, & qui étoient sur les portes de retour, c’étoient des machines tournantes sur elles mêmes, qui avoient trois faces différentes, & qui se tournoient d’un & d’autre côté, selon les dieux à qui elles servoient. Mais de toutes ces machines, il n’y en avoit point dont l’usage fût plus ordinaire que celles qui descendoient du ciel dans les dénouemens, & dans lesquelles les dieux venoient, pour ainsi dire, au secours du poëte, d’où vint le proverbe de θεὸς ἀπὸ μηχανῆς. Ces machines avoient même assez de rapport avec celles de nos cintres ; car, au mouvement près, les usages en étoient les mêmes, & les anciens en avoient comme nous de trois sortes en général ; les unes qui ne descendoient point jusqu’en bas, & qui ne faisoient que traverser le théâtre ; d’autres dans lesqu elles les dieux descendoient jusques sur la scene, & de troisiemes qui servoient à élever ou à soutenir en l’air les personnes qui sembloient voler. Comme ces dernieres étoient toutes semblables à celles de nos vols, elles étoient sujettes aux mêmes accidens : car nous voyons dans Suétone, qu’un acteur qui jouoit le rôle d’Icare, & dont la machine eut malheureusement le même sort, alla tomber près de l’endroit où étoit placé Néron, & couvrit de sang ceux qui étoient autour de lui. Suétone, in Nerone, c. xij. Mais quoique ces machines eussent assez de rapport avec celles de nos cintres, comme le théâtre des anciens avoit toute son étendue en largeur, & que d’ailleurs il n’étoit point couvert, les mouvemens en étoient fort différens. Car au lieu d’être emportés comme les nôtres par des chassis courans dans des charpentes en plafond, elles étoient guindées à une espece de grue, dont le col passoit par dessus la scene, & qui tournant sur elle-même pendant que les contrepoids faisoient monter ou descendre ces machines, leur faisoient décrire des courbes composées de son mouvement circulaire & de leur direction verticale, c’est-à-dire une ligne en forme de vis de bas en haut, ou de haut en bas, à celles qui ne faisoient que monter ou descendre d’un côté du théâtre à l’autre, & différentes demi-ellipses à celles, qui après être descendues d’un côté jusqu’au milieu du théâtre, remontoient de l’autre jusqu’au dessus de la scene, d’où elles étoient toutes rappellées dans un endroit du postscenium, où leurs mouvemens étoient placés. Diss. de M. Boindin, sur les théâtres des anciens. Mém. de l’acad. des Belles-Lettres, tome I. pag. 148. & suiv. (G)

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Étymologie de « machine »

Lat. machina ; du grec μεϰάνη, de μῆχος, engin. D'après Curtius, μῆχος se rapporte au sanscrit, mah, préparer, croître, magham, puissance, au gothique mag, je puis, mahts, puissance.

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Du latin machina (« invention, engin »).
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Phonétique du mot « machine »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
machine maʃin

Citations contenant le mot « machine »

  • Je me défie de la machine qui est en moi. De Georges Duhamel
  • Quelquefois les plus petits ressorts font mouvoir les plus grandes machines. Jean-Paul Marat, Les Chaînes de l'esclavage
  • Il cherche la fameuse machine à peser les balances. Jacques Prévert, Paroles, Événements , Gallimard
  • Un homme d’affaires est un croisement entre un danseur et une machine à calculer. De Paul Valéry
  • La société politique contemporaine : une machine à désespérer les hommes. De Albert Camus / Actuelles
  • On a senti le diable dans la machine et on n'a pas tort. Elle signifie, aux yeux d'un croyant, que Dieu est détrôné. Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident Der Untergang des Abendlandes
  • Le dictionnaire est une machine à rêver. De Roland Barthes
  • Plus grosse est la ficelle, plus la machine fonctionne. De Jacques Chirac / Le Mariage blanc
  • La machine a gagné l'homme, l'homme s'est fait machine, fonctionne et ne vit plus. De Gandhi
  • Les raisons d’agir sont comme les rouages d’une machine. Plus il y en a, plus la machine est fragile. De Gotthold Ephraim Lessing / Dialogues maçonniques
  • Certains bas de laine se font avec la machine à tripoter. De Alex Métayer
  • On invente avec un stylo, on se juge à la machine. De Jean Echenoz
  • On a senti le diable dans la machine et on n'a pas tort. De Oswald Spengler
  • La vie est une sorte de machine à voyager dans le temps. De Philippe Geluck / Le Chat
  • La vie moderne, cette immense fabrique de bien-être, cette immense machine à aller vite. De Charles Plisnier / Sous peine de mort
  • La machine conduit l’homme à se spécialiser dans l’humain. De Jean Fourastié / Le Grand Espoir du XXe siècle
  • L'univers est une machine à faire de la conscience. De Hubert Reeves / Patience dans l'azur
  • Savez-vous pourquoi je fais encore quelque cas des hommes ? C'est que je les crois sérieusement des machines. Julien Offray de La Mettrie, Système d'Épicure
  • […] beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Chants de Maldoror
  • On doit appeler machine, dans le sens le plus étendu, toute idée sans penseur. Émile Chartier, dit Alain, Propos sur la religion, P.U.F.
  • […] la fonction essentielle de l'univers, qui est une machine à faire des dieux. Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, P.U.F.
  • Je ne me défie pas de la machine que je regarde avec curiosité sur son socle ou sous sa verrière. Je me défie de la machine qui est en moi. Georges Duhamel, Paroles de médecin, Mercure de France
  • Le moment est venu de rechercher en toutes choses les limites de la machine et de poser en principe que, si l'on écrit à Dieu, il faut écrire à la main. Georges Duhamel, Querelles de famille, Mercure de France
  • La machine conduit l'homme à se spécialiser dans l'humain. Jean Joseph Hubert Fourastié, Le Grand Espoir du XXe siècle, Gallimard
  • L'Homme est une machine, et il n'y a dans l'Univers qu'une seule substance diversement modifiée. Julien Offray de La Mettrie, L'Homme machine
  • Le géant américain du cloud veut prouver que ses solutions de machine learning et de NLP sont idéales pour automatiser l’observabilité des SI… tout comme ses nombreux concurrents. Lire la suite LeMagIT, Observabilité : comment le machine learning fait évoluer les outils
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  • Cette digitalisation ne concerne pas que les outils de gestion. Les opérations aussi, peuvent voir leur efficience s'accroître grâce au digital. Sous l'impulsion de l'IA, de l'Internet des objets ou de la réalité augmentée, certaines entreprises déploient des innovations remarquables pour simplifier leur activité. C'est le cas de Kœnig & Bauer, fabricant renommé de machines industrielles à imprimer. L'entreprise a enrichi son support client d'une fonctionnalité d'assistance par visioconférence, qui a été salutaire durant le récent confinement. Face à l'impossibilité de se déplacer d'un pays à l'autre, les ingénieurs Koenig & Bauer ont pu compter sur l'expertise de leurs collègues implantés dans d'autres pays pour assurer la maintenance des machines chez leurs clients. Ces mêmes machines sont désormais connectées à l'Internet des objets pour assurer leur maintenance préventive et éviter des arrêts imprévus.Les objets connectés et le digital se sont, pour ainsi dire, industrialisés ces dernières années. Ce qui était hier des concepts futuristes devient aujourd'hui des solutions éprouvées, moteur d'efficacité et d'innovation. Intégrer ces outils sera décisif pour la reprise et la réinvention des business models de l'industrie.Pour en savoir plus et lire le livre blanc « Industrie : rebondir après la crise », cliquez ici. La Tribune, Industriels : comment relancer la machine après la crise ?
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Traductions du mot « machine »

Langue Traduction
Anglais machine
Espagnol máquina
Italien macchina
Allemand maschine
Chinois
Arabe آلة
Portugais máquina
Russe машина
Japonais 機械
Basque makina
Corse macchina
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Synonymes de « machine »

Source : synonymes de machine sur lebonsynonyme.fr
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