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Jeûne

Définitions du mot « jeûne »

Trésor de la Langue Française informatisé

JEUNE, adj., adv. et subst.

I. − Adjectif
Rem. Jeune, dans l'emploi épithète, lorsqu'il n'est pas modifié par un adverbe, qu'il ne fait pas partie d'une énumération et qu'il n'a pas de valeur contrastive, est gén. antéposé dans l'acception A et postposé dans l'acception B.
A. − [Prédicat relatif à l'âge de qqn ou de qqc.]
1. [En parlant d'une pers.]
a) [Qualifiant un subst. désignant l'individu]
α) Qui est peu avancé en âge. Anton. âgé, vieux.
[S'emploie pour indiquer l'âge d'une pers. relativement à la durée de la vie humaine ou à la période de la vie indiquée par le subst. qualifié] Jeune adolescent, adulte, enfant, gars; foyer de jeunes travailleurs. Trouvé M. Mac Nemara (...). Grand gros jeune médecin, la figure rouge, très affectueux (Michelet, Journal,1834, p. 135).Les dames sont rentrées; les jeunes ladies ont valsé au piano devant le roi (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 111).Messieurs (...). Vous êtes mes patrons. Je vous ai connus tout jeunes. J'ai été au service de votre père (Flers, Caillavet, M. Brotonneau,1923, I, 8, p. 5):
1. Le comte n'était plus jeune; il avait quarante ans au moins, et cependant on comprenait à merveille qu'il était fait pour l'emporter sur les jeunes gens avec lesquels il se trouverait. Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 526.
En partic. [Jeune antéposé forme avec un certain nombre de subst. des loc. subst. désignant une pers. à un moment de sa vie] Jeune femme*, fille*, garçon*, homme*, personne*; jeunes gens*.
[Jeune postposé qualifie les subst. entrant dans les loc. supra] C'est encore un homme jeune, mais ce n'est plus un jeune homme (Augier, Effrontés,1861, IV, p. 395).En vérité, c'était bien cela seul dont j'avais besoin. Que d'elle, et que de chaque femme jeune de cette ville j'obtienne un oui (Montherl., Pte Inf. Castille,1929, p. 616).
[Qualifiant un nom propre; antéposé ou postposé] (Telle personne) quand elle était jeune. Il ressemblait aux rois d'Espagne des portraits célèbres, qui ressemblent tous à Charles-Quint jeune (Malraux, Espoir,1937, p. 534).La guerre contre Arezzo, où combattit sans éclat le jeune Dante (Paulhan, Fleurs Tarbes,1941, p. 215).
Fam. Ne pas faire (qqn) jeune; se faire moins jeune. Ne pas rajeunir, vieillir. Ces temps sont loin de nous! C'est pourtant vrai, nous vieillissons... Quels souvenirs tu nous rappelles, Hâan, quels souvenirs! Tout cela ne nous fait pas jeunes (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 92).Nous nous accordions (...) selon l'usage éternel des personnes qui se font moins jeunes, dans le regret des jours consumés (Valéry, Variété IV,1938, p. 11).
(Il faut) (en) profiter quand on est jeune. Jamais elle n'avait senti si profondément la force de son sexe. (...) elle dit d'un air de grave philosophie : − Ah bien! on a tout de même joliment raison de profiter quand on est jeune! (Zola, Nana,1880, p. 1375).
[S'emploie pour indiquer l'âge d'une pers. relativement à l'âge gén. attaché à l'activité, l'état, l'événement désigné par le subst. qualifié ou évoqué dans la phrase] Jeune chercheur, écrivain, médecin; mourir jeune; être trop jeune, un peu jeune pour faire qqc. Ses deux enfants éblouissants de santé témoignaient qu'elle était une jeune matrone accomplie (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 449):
2. ... cela lui permet, à lui, jeune ministre de trente-cinq ans, d'être assis sans ridicule, sans que nous nous révoltions, à la droite d'un de nos maîtres qui a plus de soixante-dix ans et qui seulement à cet âge est mis à sa place, au premier rang. Renard, Journal,1895, p. 267.
β) [S'emploie pour indiquer l'âge relatif d'une pers. par rapport à l'âge d'une ou plusieurs autres pers.] Moins âgé. Anton. âgé, vieux.J'écrivis à peu près le même discours à un ami plus jeune que moi de quelques années (Alain, Propos,1921, p. 294).Elle a trois sœurs plus jeunes et un grand frère (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 10).
En partic. [S'emploie antéposé ou postposé avec un patronyme pour distinguer des pers. d'âge différent; correspond à infra III A 2] Monsieur Poiret jeune, pour le distinguer de son frère Poiret l'aîné (...) avait trente ans de service (Balzac, Employés,1837, p. 111).
Synon. de fils, fille (de).MmeCharpentier, parlant d'un mariage entre le jeune Daudet et la jeune Hugo (Goncourt, Journal,1888, p. 785).
γ) [Qualifiant un subst. désignant une pers. par son activité, son état] Qui est (quelque chose) depuis peu de temps. Jeunes mariés. Ils se croyaient là dans leur maison particulière, et devant y vivre jusqu'à la mort, comme deux éternels jeunes époux (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 114).
[Constr. avec un compl. prép. de, dans (fam.), spécifiant l'état, l'activité] Il est trop jeune dans le métier. M. de Viel-Castel et la direction commerciale ont demandé la croix pour moi. Le président a refusé disant que j'étais trop jeune de service (Gobineau, Corresp. [à Tocqueville], 1850, p. 156).
b) [Qualifiant un subst. désignant un trait physique ou psychol.]
α) Qui est celui, celle d'une personne peu avancée en âge. Jeune beauté, sourire; jeune idéalisme, imagination, flamme, foi, vigueur. Il n'y a de bon, dans l'homme, que ses jeunes sentiments et ses vieilles pensées (Joubert, Pensées,1824, p. 216).Il en fut bientôt rejeté [d'une maison] par un incident où son jeune orgueil se trouva froissé de la manière la plus comique (Baudel., Paradis artif.,1860, p. 396):
3. MlleSergent se lève et tire le rideau d'un geste brusque, du côté de la cour des garçons. On entend, dans l'école en face, des braiements de jeunes voix rudes et mal posées : c'est M. Rabastens qui enseigne à ses élèves un chœur républicain. Colette, Cl. école,1900, p. 264.
En partic., littér. [Le subst. qualifié désigne p. méton. une pers.] Jeune âme, cœur, front, sang. Une vieille bouche ne saurait charmer de jeunes oreilles (Lenormand, Simoun,1921, 5etabl., p. 52).Mesdames, messieurs, la jeune mémoire devant laquelle je viens... que je salue respectueusement, est celle d'un humble enfant du peuple (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1493).
Rare [Postposé]. Il faut faire voir à l'âme jeune les grandes et belles scènes de la nature (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 83).Elle tira de sa poitrine une bouteille de « bistouille » tiédie par sa chair jeune (Hamp, Marée,1908, p. 32).
β) Que l'on vient d'acquérir. Synon. frais, récent.Au théâtre, trop remué la tête de droite et de gauche, comme un bouvreuil, pour faire déjà des agaceries à ma jeune gloire (Renard, Journal,1895, p. 256).J'étendrai ma main sur elle [ma mère], je mettrai ma jeune importance à son service (Sartre, Mots,1964, p. 13):
4. Oserai-je vous parler de la chronologie, jadis reine cruelle des examens? Oserai-je troubler votre jeune notion de la causalité, vous rappeler le vieux sophisme : post hoc, ergo propter hoc, qui joue un beau rôle en histoire? Valéry, Variété IV,1938, p. 133.
c) [P. ext.]
α) Qui est composé de jeunes gens. Jeune élite, peuple, population. Les jeunes générations [de médecins] ont une tendance progressive et expérimentale évidente (Cl. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 191).Son jeune public lui a manifesté des sentiments qui n'ont rien de flatteur (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 39).
β) Qui est créé, animé par des artistes généralement jeunes, recherchant des formes modernes d'expression. La jeune littérature, musique, peinture, pensée, poésie; jeune école de peinture. Il paraît que nous collaborons à de jeunes revues subversives en compagnie de fils de banquiers?... (...) Je répondis agressivement que oui (Nizan, Conspir.,1938, p. 235):
5. La saine simplicité du jeune roman américain, sa vigueur un peu dure redonneraient, par l'effet d'une contagion bienfaisante, un peu de vitalité et de sève à notre roman, débilité par l'abus de l'analyse et menacé de desséchement sénile. Sarraute, Ère soupçon,1956, p. 13.
γ) Jeune + subst. (désignant une période de la vie humaine).Dans son début. Nous nous occuperons d'abord de la première partie de l'œuvre d'Arthur Rimbaud, œuvre de sa toute jeune adolescence (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Poètes maud., 1884, p. 17).
Jeunes ans, années, jeune âge; jeune temps (fam.). Période de la vie correspondant à l'enfance, l'adolescence, la jeunesse. Quelquefois il semblait qu'il cherchait à se rappeler ces scènes de son jeune âge (Krüdener, Valérie,1803, p. 262).Dès ses plus jeunes ans, le chevalier s'était fait remarquer par un caractère aventureux (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 336).Il faut vous dire que le père Léon a été garçon pharmacien dans son jeune temps (Martin du G., Thib., Pénitenc., 1922, p. 693).
2. P. anal.
a) [En parlant d'un animal] Qui n'a pas atteint son complet développement. Anton. adulte.Voix de jeune coq, regard de jeune veau, courir comme un jeune chien. Les animaux jeunes sont frappés beaucoup plus souvent que les adultes (Nocard, Leclainche, Mal. microb. animaux,1896, p. 462).On voit passer une file de canetons tout jeunes − presque encore des œufs à pattes (Barbusse, Feu,1916, p. 96).V. créature ex. 2 :
6. On allait procéder à la tienta, épreuve à laquelle sont soumis les jeunes taureaux et les jeunes vaches pour être classés ensuite selon leur degré de férocité. Montherl., Bestiaires,1926, p. 406.
b) [En parlant d'un végétal] Qui n'a pas atteint son complet développement ou un développement permettant son exploitation. Jeune arbre, futaie. Un parc de jeunes carottes en retard étendait son tapis frisé (Hamp, Champagne,1909, p. 92).Le jeune foin, le blé en herbe étaient d'un vert infiniment tendre (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 89).Les arbres sont encore jeunes, mais ce jardin pourra devenir très beau dans quelques années (Gide, Voy. Congo,1927, p. 711).
c) [En parlant d'une chose]
α) Qui existe depuis peu de temps. Synon. nouveau, récent.Jeune littérature, jeune poésie. Le château, la vieille ville et ses anciens remparts sont étagés sur la colline. La jeune ville s'étale en bas (Balzac, Pierrette,1840, p. 25).De jeunes sciences, l'ethnographie, l'archéologie, la philologie (France, Vie littér., t. 1, 1888, p. 325):
7. ... recevant une délégation anglaise qui venait complimenter la jeune république, Grégoire saluait d'avance celle qui, bientôt, naîtrait aux bords de la Tamise. Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 294.
β) [S'emploie pour indiquer l'âge relatif d'une chose par rapport à d'autres] . Synon. récent.Tout sédiment est plus jeune que ceux qu'il recouvre et qui formaient le fond sur lequel il s'est déposé (Lapparent, Abr. géol.,1886, p. 132).
En partic. [En parlant de certaines denrées] Qui a été produit depuis peu de temps (et qui n'a pas les qualités conférées par le vieillissement). Il y avait de l'eau-de-cerises toute jeune dans une gourde, c'est-à-dire de la très forte (Ramuz, Gde peur mont.,1926, p. 152).Il nous restera plus qu'à faire boucherie et à saler le jeune lard, à la première grosse gelée après la Notre-Dame (Guèvremont, Survenant,1945, p. 41).Nous ferons, avec du raisin savoureux, plusieurs pièces de ce vin qu'on boit jeune (Colette, Pays. et portr.,1954, p. 70).
[Postposé] Pays jeune; vin jeune. Fischer et Parker ont cultivé des fibroblastes provenant de pièces squelettiques d'embryons jeunes (J. Verne, Vie cellul.,1937, p. 123).
GÉOGR. Montagne* jeune.
B. − [Le jugement concernant l'âge est secondaire; jeune peut caractériser une pers. âgée ou une réalité ancienne]
1. [Jeune renvoie aux traits socialement ou traditionnellement attribués aux jeunes gens]
a) [Jeune renvoie à une image sociale valorisée de la jeunesse : vitalité et fraîcheur physique, dynamisme, enthousiasme et spontanéité dans l'action, vivacité intellectuelle] Synon. (partiel) dynamique, juvénile, vert, vif.
[En parlant d'une pers.] Il nous dit quelquefois qu'il ne peut être aussi jeune dans le monde qu'il l'est avec nous, et que l'exaltation irait mal avec une ambassade (Krüdener, Valérie,1803, p. 9).Ce vieux burgrave est plus jeune et plus charmant que jamais (Flaub., Corresp.,1877, p. 16).Bouteloup, jeune encore pour ses trente-cinq ans (Zola, Germinal,1885, p. 1220):
8. Oui, je sais comment ils l'aiment la jeunesse : lardée. Moi non. Je l'aime naturelle, comme elle est : libre et jeune. Jeune, c'est-à-dire avec la continuelle représentation de la tempête qu'elle se donne dans son cœur... Giono, Poids du ciel,1938, p. 151.
Loc. subst.
Jeune(-)France*. Jeune garde*. Jeune loup*. Jeune(-)premier*, jeune(-)première. Jeune(-)turc*.
Jeune de + subst. (spécifiant un aspect de la personnalité).Jeune d'âme, de cœur, de corps, d'esprit. Grand, très jeune d'aspect, le verbe haut, l'abord franc, on retrouve (...) en lui cette race d'entraîneurs d'hommes (Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 51).Un vieux polémiste célèbre qui, ayant combattu soixante ans (...) jeune encore d'éloquence et de passion, dénonçait aux générations nouvelles les crimes des Jacobins (France, Vie en fleur,1922, p. 373).
Faire jeune, faire plus jeune que son âge, porter jeune (vieilli). La quêteuse (...) était une femme fort mince, fragile et très flétrie, qui faisait jeune sous une horrible robe à fleurs (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 310).L'oncle Rodier, chauve, rond, rose, et luisant comme un poupon, reprenait du poil de la bête, portait jeune et lutinait allègrement les dactylos (Magnane, Bête à concours,1941, p. 120).
P. anal. [En parlant d'une collectivité] Un peuple jeune [l'Allemagne], conscient de sa force et frémissant au souvenir d'une injuste défaite (Gide, Journal,1943, p. 207).
SYNT. a) Jeune et beau, charmant, élancé, frais, joli, mince, robuste, séduisant, vif, vigoureux, svelte; jeune et brave, farouche, fier, fougueux, fringant, gai, généreux, romanesque, sympathique. b) Rester se conserver jeune; paraître plus jeune que son âge, avoir l'air jeune; se sentir, redevenir jeune.
[En parlant d'un trait physique ou d'un comportement] Air, corps, physionomie, silhouette, trait, visage, voix jeune; démarche, sourire jeune. Un homme aux cheveux blancs en tignasse à l'escalade, à la figure plus jeune que ses cheveux (Goncourt, Journal,1860, p. 777).Ces beaux cheveux qui grisonnaient seulement (...) étaient seuls à imposer la couronne de la vieillesse sur le visage redevenu jeune d'où avaient disparu les rides (Proust, Guermantes,1921, p. 345):
9. ... il regardait, il voyait d'un regard aussi jeune, aussi frais, aussi non usé, aussi neuf, aussi non émoussé, aussi inhébété, aussi non âgé temporellement, aussi non âgé dans le monde, temporel, (malgré ses grosses paupières)... Péguy, V.-M., comte Hugo,1910, p. 746.
[En parlant de trait psychol., intellectuel] Âme, cœur, esprit, sang jeune; imagination jeune. Une chose à voir, combien le voltairianisme est jeune, ardent et militant en ces vieillards! (Goncourt, Journal,1856, p. 250).L'âge est venu. Il ne s'en soucie point; son cœur est toujours jeune; il n'a rien abdiqué de sa force et de sa foi (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1433):
10. Il est des jours où l'homme s'éveille avec un génie jeune et vigoureux. Ses paupières à peine déchargées du sommeil qui les scellait, le monde extérieur s'offre à lui avec un relief puissant, une netteté de concours, une richesse de couleurs admirables. Baudel., Paradis artif.,1860, p. 347.
[P. méton., ] [en parlant d'une œuvre littér. ou artistique] Charmante réponse de Musset aux vers que Nodier lui avait adressés (...) C'est frais, jeune, et de sa meilleure veine (Sainte-Beuve, Corresp., t. 5, 1843, p. 244).Voyons donc ce que, d'abord, dans la jeune maturité de son art, dans la période qui va environ de 1802-1803 jusqu'aux environs de 1813, Beethoven demande au mot et aux poètes! (Rolland, Beethoven, t. 1, 1937, p. 158):
11. Le meilleur poème de Baudelaire s'est démodé dans la mesure où Baudelaire travaillait avec l'avant-garde, approuvé par elle. Le meilleur poème de Rimbaud reste jeune parce qu'il travaillait contre l'avant-garde. Cocteau, Crit. indir.,1932, p. 38.
b) [Jeune renvoie à une image morale défavorable de la jeunesse : inexpérience et manque de maturité dans l'action, légèreté morale et intellectuelle]
[En parlant d'une pers.] Mon Dieu, que vous êtes jeune en affaires (Labiche, Ptes mains,1859, III, 1, p. 77).Vous avez été jeune, mon père, et vous auriez agi tout comme moi. − Jamais! riposta l'austère chevalier abasourdi (Theuriet, Mar. Gérard,1875, p. 181).Il y a une justice, n'en doutez pas. Vous êtes jeune, mais vous verrez! (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 252):
12. Quoiqu'à peu près de mon âge et inférieur à moi sur beaucoup de points sans doute, il me trouvait un peu jeune, comme il disait, sur les questions de conduite qui s'agitaient dans son esprit. Fromentin, Dominique,1863, p. 94.
C'est jeune et ça ne sait pas (pop.). Un jour, une automobile vint cahoter sur sa voie ferrée. Le chauffeur dit à l'oreille de sa monture : « Ne dresserons-nous pas procès-verbal? − C'est jeune, dit la locomotive, et ça ne sait pas ». Elle se borna à cracher un peu de vapeur dédaigneuse sur le sportsman essoufflé (Jacob, Cornet dés,1923, p. 132).
SYNT. Jeune écervelé, étourdi, fat, fou, insensé, imprudent; jeune et inexpérimenté, insolent, insouciant, irréfléchi, naïf, téméraire, timide, sans expérience.
[En parlant d'un trait de comportement, d'un trait psychol., intellectuel] Je croyais son âme trop jeune, trop peu formée pour deviner les passions ou pour les sentir (Krüdener, Valérie,1803, p. 17).Vous me demandez pourquoi T... est libéral! il a cru au succès. Pour un homme d'esprit et un homme d'état, c'est bien jeune (Chateaubr., Corresp., t. 2, 1821, p. 239):
13. ... quelle idée jeune, d'avoir voulu quand même devenir l'amant de la patronne! Ne pouvait-il donc faire son affaire d'argent dans la maison, sans exiger d'y trouver, tout à la fois, le pain et le lit? Zola, Pot-Bouille,1882, p. 174.
[P. méton., ] [en parlant d'une œuvre intellectuelle ou artistique] De ces remarques d'André Chénier sur Malherbe, bon nombre sont exquises (...) mais quelques-unes, je l'ai dit, semblent bien jeunes et ne sont pas encore d'un maître (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 13, 1859, p. 376).
c) [Jeune renvoie à l'image sociale des jeunes gens particulière à une époque] Raymon sacrifia aux idées jeunes de son temps en s'attachant religieusement à la Charte (Sand, Indiana,1832, p. 104).
En partic., ds le vocab. de la mode. Qui donne l'apparence de la jeunesse, le style qui est censé être celui des jeunes gens. Couleur, robe jeune. Le comte Salomon entra. Il avait un costume trop jeune, avec, à la boutonnière, un bouquet trop gros (Gyp, Leurs âmes,1895, p. 126).Le blouson roi cet hiver... une façon jeune d'être élégant (Catal. des 3 Suisses, automne-hiver 1979-80, p. 385):
14. La toute-puissance de ces noirs, (...) la bizarre silhouette du chapeau qui fut « à la dernière mode » et « jeune »; (...) tout ceci se concerte et impose une sensation singulière (...) de Poésie [à propos d'un portrait de femme]. Valéry, Pièces sur art,1931, p. 212.
Faire jeune. Gaïa fut à la mode. L'endroit faisait jeune. La gaîté y fusait de toutes parts (Fargue, Piéton Paris,1939, p. 60).
Rare [Antéposé]. Mince dans de jeunes robes noires, habillée lourdement, Claire Cellerier ne marquait guère ses soixante huit ans que par l'usage du mot « saperlipopette! » (Colette, Seconde,1929, p. 61).
2. Littér. [En parlant d'un inanimé; jeune connote l'image valorisée de la jeunesse : avec une idée de nouveauté, de fraîcheur, de plaisir]
[Antéposé en emploi épithète] Jeune jour, soleil. Tout ce monde respirait (...) le léger parfum d'amour qui flotte autour des Parisiennes, sous les arbres élyséens, aux jeunes soirs de mai (Vogüé, Morts,1899, p. 300).Mirage coloré, fragrance De jeunes jardins, et de carrefour rance (Moréas, Pèlerin pass.,1891, p. 83):
15. Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu, Et qu'eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune Adoré, dans la Perse, un génie inconnu, Impétueux avec des douceurs virginales Et noires, fier de ses premiers entêtements, Pareil aux jeunes mers, pleurs de nuits estivales, Qui se retournent sur des lits de diamants... Rimbaud, Poés.,1871, p. 108.
La jeune saison (poét.). Le printemps. Malgré neige, brouillard et pluie, Il [l'oiseau] croit à la jeune saison (Gautier, Emaux,1852, p. 121).La jeunesse. La blanche fiancée (...) soudain oppressée Des premières langueurs de sa jeune saison, Rêve au temps qui viendra de quitter la maison (Samain, Chariot,1900, p. 55).
Emploi attribut. Que la vie était jeune! L'heure qui venait était vraiment une inconnue. Ô surprise! Tant de choses surannées, usées, caduques, devenues tout à coup nouvelles! (Milosz, Amour. initiation,1910, p. 59):
16. Le communisme, pour eux, c'est la jeunesse du monde. Après cette pré-histoire, où l'homme fut un ennemi pour l'homme, viendra l'histoire indéfinie où l'homme sera un ami pour l'homme. Et cette histoire sera toujours jeune tandis que cette pré-histoire est éternellement vieille. Lacroix, Marxisme, existent., personn.,1949, p. 26.
C. − Pop. et fam. Insuffisant en quantité. Synon. court, léger, maigre.Je te ferai remarquer que (...) ton magot est encore un peu jeune; mais il devrait grossir assez vite (Duhamel, Cécile,1938, p. 113).Une brique seulement? C'est un peu jeune (Car.Argot1977).
II. − Adv. [Correspond à supra I B 1 c] À la manière des jeunes gens, avec les qualités, le style caractéristique des jeunes gens. Ses cheveux sont moins longs. Il est habillé plus jeune et il a l'air épanoui (Flers, Caillavet, M. Brotonneau,1923, II, 1, p. 11).La jeune troupe de l'Œuvre joue jeune, avec le feu, les saillies anguleuses (...) qui sont l'honneur et l'attrait de la jeunesse (Colette, Jumelle,1938, p. 184).
III. − Substantif
A. −
1. Personne peu avancée en âge. Une bande de jeunes. L'ambitieux le met [le bonheur] dans un titre à la cour, Le vieux dans le confort, le jeune dans l'amour (Gautier, Prem. poés.,1830-45, p. 149).Il avait bien trop peur d'être jugé par un jeune! Car c'était ça, son idée fixe : l'opinion des jeunes! (Martin du G., Thib., Sorell., 1928, p. 1235).
Au plur., collectiv. Les jeunes gens en tant qu'ils constituent un groupe social, une génération. Les jeunes d'aujourd'hui, de maintenant (fam.), d'il y a vingt ans (fam.); foyer des jeunes; maison de jeunes; place aux jeunes! Il avait été nommé par les jeunes, alors le parti des jeunes le soutenait (Ramuz, Gde peur mont.,1926, p. 5).Le maximum de délinquance chez les jeunes est à treize ans chez les filles, à quinze ans chez les garçons (Mounier, Traité caract.,1946, p. 471):
17. ... fallait tout, tout brûler, et là-dedans la populace! Le pire, c'est les femmes. Des chipies, des enragées. On n'en a pas tué assez, des femmes. Faudra recommencer. Paris... c'est à votre tour, maintenant, à vous les jeunes. Vous tuerez, vous tuerez, nous autres, on a été trop bons... Aragon, Beaux quart.,1936, p. 253.
Maison des jeunes et de la culture. La maison des jeunes et de la culture « Maison pour tous » propose un autre stage de danses traditionnelles champenoises (L'Est Républicain,29 janv. 1981, p. 10).
2. [Désigne une pers. moins âgée qu'une ou plusieurs pers.] Le plus jeune de la bande, Bellman, qui a de l'aplomb, lui a répondu... (R. Bazin, Blé,1907, p. 105).
En partic. [S'emploie avec un patronyme pour distinguer des pers. d'âge différent; correspond à I A 1 a α] Vous connaissez MmeBellamy? récitait Maigret. − La vieille ou la jeune? − La jeune (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 150).
Synon. de cadet.Vu l'aîné et le plus jeune des MM. Galos (Michelet, Journal,1835, p. 182).
[Employé avec un nom propre] Madame, votre compte s'élève à seize cent mille francs au crédit comme au débit, disait Mongenod le jeune (Balzac, Mmede La Chanterie,1850, p. 236).
[Avec un patronyme pour distinguer des pers. d'époque différente; p. oppos. à l'ancien] Pline le jeune. La défaite de Cyrus le jeune (Marmontel, Essai sur rom.,1799, p. 350).
B. − Animal qui n'est pas encore adulte. Synon. petit.Les jeunes de nombreux crustacés se rencontrent le jour dans les eaux proches de la surface alors que les adultes sont à un niveau plus bas (J.-M. Pérès, Vie océan,1966, p. 51).Dans nos sources, bécasseau, (...) au sens de ,,petit de bécasse``, est beaucoup plus rare que faisandeau, pouillard ou cailleteau, qui désignent les jeunes d'autres oiseaux-gibier (M. Lenoble-Pinson, Le Lang. de la chasse, Bruxelles, 1977, p. 260).
REM.
Jeunir, verbe intrans.,rare. Synon. de rajeunir.J'étais d'une alacrité, d'une gaieté extraordinaire (...). Cette jeunesse me jeunissait pour ainsi parler (Michelet, Journal,1844, p. 580).
Prononc. et Orth. : [ʒ œn]. Cf. jeûne. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. En parlant d'une pers. A. adj. 1. début xiies. « peu avancé en âge » (Alexis, éd. Chr. Storey, Prol. : la sue spuse juvene); 1160-74 geunes hons (Wace, Rou, éd. A.J. Holden, II, 1729); id. joefne pucele (id., III, 1848); xves. jone fille (Evangile des Quenouilles, éd. P. Jannet, p. 20); 2. ca 1140 au compar. pour indiquer l'âge relatif d'une pers. (Geffrei Gaimar, Estoire des Engleis, 4261 ds T.-L. : Quinze ans aveit li jovenur); cf. ca 1220 (Fragments Vie St Thomas, éd. P. Meyer, III, 31 : ... cist tuit trois Furent a coruner le roi Henri le jofne [fils de Henri II d'Angleterre, ✝ 1183]); 3. ca 1213 péj. « inexpérimenté, insensé » (Faits des Romains, éd. L.F. Flutre, 323, 34); 4. 1erquart XIIIes. « qui a conservé l'aspect, les qualités de la jeunesse » (Renclus de Molliens, Miserere, 219, 5 ds T.-L.); ca 1256 (Aldebrandin de Sienne, Régime du corps, 6, 20, ibid.); 5. fin xves. « qui appartient, qui est propre aux personnes jeunes » en fort jeune aage (Commynes, Mém., IV, XIII, éd. J. Calmette, t. 2, p. 94, 15); 1536 « peu avancé en âge, par rapport à l'âge moyen d'une fonction » (R. de Collerye, Œuvres, p. 188 ds La Curne). B. Subst. début xiies. li vieil ot les juignurs [compar.] (Ps. Oxford, 148, 12 ds T.-L.); 1155 les juenvles (Wace, Brut, 6752; ibid.). II .1. En parlant d'un animal 1354-76 joenne cerf (Roi Modus, 5, 8 et 9, ibid.); 2. d'un végétal id.joanes chesnes (id. 13613, ibid.). III. En parlant d'une chose 1. 1552 « fort, robuste » jeunes guanteletz de jouste (Rabelais, Quart Livre, XII, éd. R. Marichal, p. 79), rare en ce sens; 2. 1690 jeune saison (Fur.); 1704 Corbeil le jeune « le nouveau Corbeil » (Trév.). Du lat. vulg. *jŏvenis (forme s'expliquant par l'évolution de -uv- en ov- avec o ouvert devant labiale, v. FEW t. 5, p. 95a, ou Fouché, p. 368), class. jŭvenis adj. « jeune » (juvenes anni « les jeunes années »), subst. « jeune homme, jeune fille », plur. « les jeunes gens ». Pour les formes a. fr. juenne, juevre, juenvre, gienvle, giemble, v. Fouché, p. 383. Fréq. abs. littér. : 51 866. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 76 888, b) 87 593; xxes. : a) 76 044, b) 62 300. Bbg. Geckeler (H.). Zur Wortfelddiskussion... München, 1971, pp. 302-330. - Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, p. 239. - Lew. 1968, p. 103. - Martin-Berthet (F.). À propos de jeune fille. Fr. mod. 1981, t. 49, pp. 321-336. - Quem. DDL t. 15.

JEÛNE, subst. masc.

A. − Privation partielle ou totale (à l'exception, le plus souvent, d'eau), forcée ou non, de toute alimentation pendant un certain temps. Jeûne complet; jeûne de protestation; abus, étourdissement du jeûne; journée de jeûne; sortir d'un long jeûne. Elle allait alors à vau-l'eau, mangeant à même ses gains de hasard, souffrant le jeûne quand la bise soufflait (Huysmans, Marthe,1876, p. 28).La plupart eurent recours au jeûne prolongé, dont ils espéraient un amaigrissement notable (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 242):
1. ... il faudra emprunter, payer des intérêts, épargner et jeûner. Jeûne pour les neuf centièmes qu'on ne devrait pas payer et qu'on paye; jeûne pour l'amortissement des dettes; jeûne pour leurs intérêts : que la récolte manque, et le jeûne ira jusqu'à l'inanition. On dit : il faut travailler davantage. Mais d'abord l'excès de travail tue aussi bien que le jeûne... Proudhon, Propriété,1840, p. 266.
En partic. Acte de dévotion consistant à s'abstenir d'aliments dans un esprit de mortification et de pénitence. Jour, temps de jeûne; jeûne rituel; pratiquer, rompre le jeûne. Le jeûne, si l'on y joignait un vêtement composé de lés de cette toile rude qu'on appelait sac, grossièrement cousus ensemble, était tenu pour une façon très efficace d'apaiser Iahvé (Renan, Hist. peuple Isr., t. 3, 1891, p. 198).Elle eut pourtant la grâce d'expirer sans beaucoup souffrir, le jour où s'achevait le jeûne du ramadan, à la tombée du soir, ce soir qu'attendaient avec impatience les indigènes convertis à l'islam (Mille, Barnavaux,1908, p. 20):
2. On jeûne durant quarante jours du lever du soleil jusqu'au soir, jeûne absolu; ni nourriture, ni boisson, ni tabac, ni parfums, ni femmes. Gide, Journal,1896, p. 73.
RELIG. CATH. Pratique religieuse consistant à ne faire qu'un seul repas important par jour dans lequel on s'abstient le plus souvent de viande, à certaines périodes fixées par le calendrier liturgique. Jeûne sacramentel; jeûne de carême. Les vêpres, avant-midi, c'est-à-dire avant l'heure du repas; et croyez bien que, malgré cet adoucissement, je dispense encore la plupart de mes novices du jeûne jusqu'à midi (Huysmans, Oblat, t. 1, 1903, p. 218).Jeûne et abstinence tous les jours. Juste ce qui convient à des gens comme nous, en temps pascal (Bloy, Journal,1904, p. 232).
Jeûne eucharistique. Privation de toute alimentation avant de communier. La pratique quotidienne, pendant trente ans, du jeûne eucharistique, nous est seconde nature (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 263).
B. − Au fig. Abstinence ou privation physique, morale ou intellectuelle. Quelque dissimulée que soit une vieille fille, il est un sentiment qui lui fera toujours rompre le jeûne de la parole, c'est la vanité! (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 34).Du moment que je ne saurais faire tous les soirs un enfant à la mienne [ma femme] (...) c'est évidemment la respecter encore que d'aller autre part contenter la bête, quand on a le malheur de souffrir du jeûne, ainsi que j'en souffre (Zola, Fécondité,1899, p. 65).V. ex. 2 supra.
Prononc. et Orth. : [ʒø:n]. Accent circonflexe < réduction d'un anc. hiatus. Il distingue jeûne de jeune et protège le timbre fermé de la voyelle. Comparer avec déjeune [deʒ œn] et avec déjeuner [dejøne] mais aussi [-ʒ œne] et même familièrement [-ʒne] (cf. Buben 1935, § 33). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Début xiies. jüine « abstinence volontaire de nourriture pratiquée par les chrétiens, par esprit de mortification » (Benedeit, St Brendan, 132 ds T.-L.); ca 1210 « privation de nourriture » (Dolopathos, 291, ibid.); 1659 fig. (Molière, Précieuses, I, 9 : un jeûne effroyable de divertissements). Déverbal de jeûner*. Fréq. abs. littér. : 390. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 612, b) 674; xxes. : a) 600, b) 412. Bbg. Cohen 1946, p. 71.

JEÛNER, verbe intrans.

A. − Ne pas s'alimenter volontairement ou être, par force, privé de nourriture. Je refusai de déjeuner. Ma mère (...) me regarda avec une inquiétude qui me fit de la peine. Je n'en jeûnai pas moins (France, Livre ami,1885, p. 63).Je lui ai rendu récemment visite dans le taudis de Rummelsburg où ses séquestres le font jeûner ou le gavent selon l'intensité qu'ils veulent donner à leur phare (Giraudoux, Siegfried,1922, p. 43):
1. jeannette : Je leur ai donné mon pain : la belle avance! Ils auront faim ce soir; ils auront faim demain. (...). Jeûner, jeûner ne serait rien. On jeûnerait tout le temps si ça servait tout le temps. On jeûnerait tout le temps si ça servait une fois. On jeûnerait tout le temps si ça servait jamais. Péguy, Myst. charité,1910, p. 19.
Jeûner de.Être privé de. Nous jeûnons encore de lait, toutes les vaches sont ou ont été malades, demain on jette la sixième aux loups (E. de Guérin, Lettres,1831, p. 6).
En partic., fam. S'abstenir de boire (de l'alcool). Crommelynk (...) s'enivre ou Claudel jeûne (Colette, Jumelle,1938, p. 81).
En partic. S'abstenir volontairement d'aliments dans certaines conditions fixées par la religion et par esprit de mortification. Jeûner le mois du Ramadan. Les bernardines-bénédictines de cette obédience font maigre toute l'année, jeûnent le carême et beaucoup d'autres jours qui leur sont spéciaux (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 578).Quand je ne puis faire maigre ni jeûner, y suppléer par quelque mortification, ou au moins par un psaume de la pénitence (Dupanloup, Journal,1866, p. 272):
2. Se tournant vers messire Jean Bruant, son voisin : − (...) Avez-vous jeûné hier? − Il était convenable de le faire (...). La veille de l'Épiphanie est nommée vigile (...) et qui dit vigile dit jeûne. France, Clio,1900, p. 142.
B. − Au fig. S'abstenir ou être privé de toutes espèces de plaisirs et jouissances :
3. À la comtesse de Grammont, railleuse et piquante, Fénelon conseille de jeûner [it. ds le texte] de conversation mondaine; au duc de Chevreuse, spéculatif et renfermé en lui-même, il conseille de jeûner [it. ds le texte] de raisonnement. Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 10, 1854, p. 38.
Pop. Être chaste. Ah! il est avec Rose, maintenant, dit-elle (...). Voyez-vous, ce cafard! Ça vous a pris des habitudes, ça ne peut plus jeûner seulement huit jours! (Zola, Nana,1880, p. 1292).
Prononc. et Orth. : [ʒøne], (il) jeûne [ʒø:n]. Cf. jeûne. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1119 « s'abstenir volontairement de nourriture par esprit de pénitence » (Philippe de Thaon, Comput, 3281 ds T.-L.); ca 1160 « être privé de nourriture » (Eneas, 334, ibid.); 1erquart xiiies. fig. « se priver de quelque chose » (Reclus de Molliens, Miserere, 131, 11). Du lat. chrét. jejunare « jeûner, faire abstinence », fig. « se priver, se tenir à l'écart de ». Fréq. abs. littér. : 185. Bbg. Cohen 1946, p. 71.

Wiktionnaire

Nom commun

jeûne \ʒøn\ masculin

  1. Abstention totale d’aliments.
    • …je montai l’escalier aussi lestement que pouvait le faire un homme chargé de fers et affaibli par trois jours de jeûne — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Les chiens et les rennes étaient abondamment pourvus, et ces animaux, habitués d'ailleurs à de longs jeûnes pendant la saison d'hiver, ne réclamaient point les services de leurs maîtres. — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
    • Les insectes qui consomment du S. demissum, ou que l'on soumet au jeûne, n'arrivent pas à cette chitinisation et leurs élytres restent molles. — (René Guy Busnel, Études physiologiques sur le Leptinotarsa decemlineata Say, Paris : libr. E. Le François, 1939, p.110)
  2. (Par extension) (Figuré) Toute espèce d’abstention.
    • Quand Rabénou Tam fut informé du martyre des juifs de Blois, il ordonna un jeûne, qui fut longtemps observé au jour anniversaire (le 20 Siwan). — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
  3. (Religion) Pratique religieuse, acte de dévotion, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification.
    • Au mois du Ramadan, le jeûne quotidien est rompu avec une soupe nourrissante. L’harira remplit bien cette fonction, elle réunit légumineuses, légumes et céréale. Elle peut aussi contenir de la viande. — (Catherine Choffat, Devenez Locavores, Jouvence éditions, 2012, éd. numérique 2013)
  4. (En particulier) (Religion catholique) Abstention de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée.
    • Le jeûne du carême. Un jeûne ordonné par l’Église.

Forme de verbe

jeûne \ʒøn\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de jeûner.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de jeûner.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de jeûner.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de jeûner.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de jeûner.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JEÛNE. n. m.
Abstention totale d'aliments. Un trop long jeûne affaiblit la santé. Il se dit quelquefois figurément et familièrement de Toute espèce d'abstention. Depuis un mois, mon médecin m'a défendu de rien lire, c'est un trop long jeûne qu'il m'a imposé. Il se dit spécialement d'une Pratique religieuse, d'un acte de dévotion, qui consiste à s'abstenir d'aliments par esprit de mortification. L'usage du jeûne est de la plus haute antiquité. Le jeûne des Turcs pendant la fête du Ramadan. Le jeûne des brahmanes. Rompre son jeûne. Jeûne volontaire. Il se dit particulièrement du Jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu'un repas dans toute la journée, soit à déjeuner avec une légère collation à dîner, soit à dîner avec une légère collation à déjeuner. Le jeûne est de précepte ecclésiastique. Le jeûne du carême. Jours de jeûne. Un jeûne ordonné par l'Église. Il y a dans l'année moins de jeûnes qu'autrefois.

Littré (1872-1877)

JEÛNE (jeû-n') s. m.
  • 1Abstinence d'aliments. Un trop long jeûne est nuisible à l'estomac. Vous leur faites observer [à vos chevaux] des jeûnes si austères que ce ne sont plus rien que des idées ou des fantômes, des façons de chevaux, Molière, l'Avare, III, 5.

    Fig. Toute espèce de privation. Ne pas pouvoir lire est un véritable jeûne pour l'esprit. Nous avons été jusqu'ici dans un jeûne effroyable de divertissements, Molière, Préc. 10.

  • 2 Particulièrement. Pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s'abstenir d'aliments par mortification. Il fit publier un jeûne dans le royaume de Juda, Sacy, Bible, Paralip. II, XX, 3. Savez vous quel est le jeûne que j'aime, dit le Seigneur : délivrez ceux qui sont détenus dans les prisons ; déchargez…, Bossuet, Polit. VII, III, 11. Les jeûnes, si fréquents et si rigoureux [en Russie], incommodaient trop les troupes et les rendaient souvent incapables d'agir, Fontenelle, Czar Pierre. Le jeûne était établi chez plusieurs peuples, et chez les Juifs et chez les chrétiens ; Mahomet le rendit très sévère en l'étendant à un mois lunaire, pendant lequel il n'est pas permis de boire un verre d'eau ni de fumer avant le coucher du soleil, Voltaire, Mœurs, 7. Par quels jeûnes cruels son corps s'est-il usé ? Delavigne, Paria, II, 2.
  • 3Le jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu'un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner. Si j'ai vingt et un ans et qu'il soit demain jeûne, Pascal, Prov. V. Vous en pourriez boire sans rompre le jeûne, Pascal, ib. L'on dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers où vous faites doubler les quatre-temps et les vigiles, afin de profiter des jeûnes où vous obligez votre monde, Molière, l'Av. III, 5. Les jeûnes y [dans les observances de l'Église] sont mêlés dans les temps convenables, afin que l'âme, toujours sujette aux tentations et aux péchés, s'affermisse et se purifie par la pénitence, Bossuet, Mar.-Thér. À présent, les fidèles se réjouissent après le carême [au dimanche de Pâques], il n'est que trop vrai ; mais ce n'est pas vous, mon Sauveur, qui faites leur joie ; on se réjouit de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence ; plus de jeûnes, plus d'austérités…, Bossuet, 1er sermon, Pâques, 1. Vous savez mieux que moi qu'il y a de la différence des jeûnes de règle à ceux de l'Église, Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 2 nov. 1705. Il reprit sa vie ordinaire [après un jeûne], et, au bout de quatre jours, il avait regagné quatre livres ; ce qui marque qu'en huit ou neuf jours il aurait repris son premier poids, et qu'on répare facilement ce que le jeûne a dissipé, Fontenelle, Dodart.

    Le jeûne chez les protestants, qui diffère de celui des catholiques en ce que les protestants peuvent manger de la viande, mais ne peuvent manger qu'après le soleil couché.

    On dit d'une chose qui ennuie, qu'elle est longue comme un jour de jeûne.

PROVERBES

Il a bien fait des jeûnes qui n'étaient pas de commandement, se dit de quelqu'un qui a souffert de grandes privations, beaucoup de misère.

Double jeûne, double morceau.

HISTORIQUE

XIIe s. Et li reis en out forment grant poür, e out toute sa fiance en nostre seignur, e fist faire junie par tut Juda, Rois, p. 340.

XVe s. Je suis quitte de chacune jeune qu'un autre feroit pour moi, comme si je la faisois, Louis XI, Nouv. C.

XVIe s. Il n'avoit que la peau seulement animée, Sa bouche d'un long jeun palissoit affamée, Ronsard, 848. Ce morceau rompit le jeusne de la trefve, et empescha un plus grand exploict, D'Aubigné, Hist. I, 227. Jours de jeune, quand l'homme est sain, sont très mauvais pour le pain, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 31. Le liquide ne rompt point le jeune, Leroux de Lincy, ib. p. 32.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

JEÛNE. - HIST. XIIe s. Ajoutez : Science appareilhet en son jor convive [le repas], quant ele sormontet la jeüne d'ignorance, li Dialoge Gregoire lo pape, 1876, p. 349.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

JEÛNE, s. m. (Littérat.) abstinence religieuse, accompagnée de deuil & de macération.

L’usage du jeûne est de la plus grande antiquité ; quelques théologiens en trouvent l’origine dans le paradis terrestre, où Dieu défendit à Adam de manger du fruit de l’arbre de vie ; mais c’est-là confondre le jeûne avec la privation d’une seule chose. Sans faire remonter si haut l’établissement de cette pratique, & sans parler de sa solemnité parmi les Juifs, dont nous ferons un article à part, nous remarquerons que d’autres peuples, comme les Egyptiens, les Phéniciens, les Assyriens, avoient aussi leurs jeûnes sacrés ; en Egypte, par exemple, on jeûnoit solemnellement en l’honneur d’Isis, au rapport d’Hérodote.

Les Grecs adopterent les mêmes coûtumes : chez les Athéniens il y avoit plusieurs fêtes, entr’autres celle d’Eleusine, & des Thesmophories, dont l’observation étoit accompagnée de jeûnes, particulierement pour les femmes, qui passoient un jour entier dans un équipage lugubre, sans prendre aucune nourriture. Plutarque appelle cette journée, la plus triste des Thesmophories : ceux qui vouloient se faire initier dans les mysteres de Cybèle, étoient obligés de se disposer à l’initiation par un jeûne de dix jours ; s’il en faut croire Apulée, Jupiter, Cérès, & les autres divinités du paganisme, exigeoient le même devoir des prêtres ou prêtresses, qui rendoient leurs oracles ; comme aussi de ceux qui se présentoient pour les consulter ; & lorsqu’il s’agissoit de se purifier de quelque maniere que ce fût, c’étoit un préliminaire indispensable.

Les Romains, plus superstitieux que les Grecs, pousserent encore plus loin l’usage des jeûnes ; Numa Pompilius lui-même observoit des jeûnes périodiques, avant les sacrifices qu’il offroit chaque année, pour les biens de la terre. Nous lisons dans Tite-Live, que les Décemvirs, ayant consulté par ordre du sénat, les livres de la sybille, à l’occasion de plusieurs prodiges arrivés coup-sur-coup, ils déclarerent que pour en arrêter les suites, il falloit fixer un jeûne public en l’honneur de Cérès, & l’observer de cinq en cinq ans : il paroît aussi qu’il y avoit à Rome des jeûnes réglés en l’honneur de Jupiter.

Si nous passons aux nations asiatiques, nous trouverons dans les Mémoires du P. le Comte, que les Chinois ont de tems immémorial, des jeûnes établis dans leur pays, pour les préserver des années de stérilité, des inondations, des tremblemens de terre, & autres desastres. Tout le monde sait que les Mahométans suivent religieusement le même usage ; qu’ils ont leur ramadan, & des dervis qui poussent au plus haut point d’extravagance leurs jeûnes & leurs mortifications.

Quand on réfléchit sur une pratique si généralement répandue, on vient à comprendre qu’elle s’est établie d’elle-même, & que les peuples s’y sont d’abord abandonnés naturellement. Dans les afflictions particulieres, un pere, une mere, un enfant chéri, venant à mourir dans une famille, toute la maison étoit en deuil, tout le monde s’empressoit à lui rendre les derniers devoirs ; on le pleuroit ; on lavoit son corps ; on l’embaumoit ; on lui faisoit des obseques conformes à son rang : dans ces occasions, on ne pensoit guere à manger, on jeûnoit sans s’en appercevoir.

De même dans les desolations publiques, quand un état étoit affligé d’une sécheresse extraordinaire, de plaies excessives, de guerres cruelles, de maladies contagieuses, en un mot de ces fléaux où la force & l’industrie ne peuvent rien ; on s’abandonne aux larmes ; on met les desolations qu’on éprouve sur la colere des dieux qu’on a forgés ; on s’humilie devant eux ; on leur offre les mortifications de l’abstinence ; les malheurs cessent ; ils ne durent pas toûjours ; on se persuade alors qu’il en faut attribuer la cause aux larmes & au jeûne, & on continue d’y recourir dans des conjonctures semblables.

Ainsi les hommes affligés de calamités particulieres ou publiques, se sont livrés à la tristesse, & ont négligé de prendre de la nourriture ; ensuite ils ont envisagé cette abstinence volontaire comme un acte de religion. Ils ont cru qu’en macérant leur corps, quand leur ame étoit desolée, ils pouvoient émouvoir la miséricorde de leurs dieux ou de leurs idoles : cette idée saisissant tous les peuples, leur a inspiré le deuil, les vœux, les prieres, les sacrifices, les mortifications, & l’abstinence. Enfin, Jesus-Christ étant venu sur la terre, a sanctifié le jeûne, & toutes les sectes chrétiennes l’ont adopté ; mais avec un discernement bien différent ; les unes en regardant superstitieusement cette observation comme une œuvre de salut ; les autres, en ne portant leurs vûes que sur la solide piété, qui se doit toute entiere à de plus grands objets. (D. J.)

JEUNES des Juifs. (Hist. sacrée & prophane.) Ce peuple de col roide, toujours attaché à la lettre de la loi, sans être capable d’en saisir l’esprit, a cru de tout tems pouvoir racheter ses péchés par des rites extérieurs, des macérations, des jeûnes. Il en observa de lui-même étant en Egypte. De-là vint que Moïse entrant dans le génie de cette nation, lui prescrivit un jeûne solemnel pour la purifier dans le desert.

Diverses conjonctures engagerent les souverains sacrificateurs à multiplier ces sortes de cérémonies. L’histoire sacrée fait mention de quatre grands jeûnes réglés que les Juifs de la captivité observoient depuis la destruction de la ville & du temple, en mémoire des calamités qu’ils avoient souffertes.

Le premier de ces jeûnes tomboit le 10 du dixieme mois, parce que ce jour-là Nabuchodonosor avoit mis la premiere fois le siége devant Jérusalem. II. Rois, xxv. 1. Jérémie, liv. I. 4. Zacharie, VIII. 19.

Le second jeûne arrivoit le 9 du quatrieme mois, à cause que ce jour-là la ville avoit été prise. II. Rois, xxv. 3. Jérémie, XXIX. 2. Zacharie, VIII. 19.

Le troisieme jeûne se célébroit le 10 du cinquieme mois, parce qu’en ce jour la ville & le temple avoient été brûlés par Nébuzaradan. Jérémie, LII. 12. Zacharie, VII. 3. & VIII. 19.

Le quatrieme jeûne se solemnisoit le 3 du septieme mois, parce que dans ce jour Gnédalia avoit été tué, & qu’à l’occasion de cet accident le reste du peuple avoit été dispersé & chassé du pays, ce qui avoit achevé de le détruire. Jérémie, XLI. 1. Zacharie, VII. 5. & VIII. 19.

Les Juifs observent encore aujourd’hui ces quatre grands jeûnes, quoiqu’ils ne soient pas fixés exactement aux mêmes jours dans leur présent calendrier, que dans le premier.

Leur présent calendrier, pour le dire en passant, a été fait par R. Hillel, vers l’an 360 de Notre Seigneur. Leur année ancienne étoit une année lunaire qu’on accordoit avec la solaire par le moyen des intercalations ; la maniere en est inconnue : ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle avoit toûjours son commencement à l’équinoxe du printems, saison à laquelle le provenu de leurs troupeaux & de leurs champs, dont l’usage étoit requis dans leurs fêtes de Pâques & de Pentecôte, le fixoit nécessairement.

Outre ces grands jeûnes universels, il y avoit des jeûnes de surérogation deux fois par semaine, dont ceux qui se piquoient de régularité, se faisoient une loi particuliere ; & l’on voit qu’ils étoient en usage du tems de J. C. puisque le Pharisien de l’évangile se glorifioit de les garder religieusement, jejuno bis sabbato, dit-il.

Ils avoient en outre les jeûnes des vieilles & des nouvelles lunes, c’est-à-dire des derniers jours de leurs mois lunaires, & des jeûnes de l’anniversaire de la mort de leurs proches parens & intimes amis.

Enfin on a vû des Juifs qui jeûnoient un certain jour de l’année, en mémoire de la version des septante, pour expier cette lache condescendance de leurs docteurs pour un prince étranger : & cette prévarication insigne contre la dignité de leur loi qui dans leur opinion n’avoit été faite que pour eux seuls.

Je n’entrerai point dans le détail des observances dont ils accompagnoient ces actes d’humiliation ; ce sont des choses connues de tout le monde ; on sait que leurs abstinences devoient durer 27 ou 28 heures, qu’elles commençoient avant le coucher du soleil, & ne finissoient que le lendemain quand les étoiles paroissoient ; qu’ils prenoient ces jours-là des surtous blancs faits exprès, en signe de pénitence ; qu’ils se couvroient d’un sac ; qu’ils se couchoient sur la cendre ; qu’ils en mettoient sur leur tête, & dans les grandes occasions sur l’arche de l’alliance ; que plusieurs passoient toute la nuit & le jour suivant dans le temple, en prieres, en lectures tristes, les piés nuds & la discipline à la main, dont ils s’appliquoient des coups par compte & par nombre ; qu’enfin pour couronner régulierement leurs abstinences, ils se contentoient de manger le soir du pain trempé dans l’eau, & du sel pour tout assaisonnement, y joignant quelquefois des herbes ameres, avec quelques légumes.

Mais ceux qui souhaiteront s’instruire particulierement de toutes ces choses, peuvent consulter Maimonides, Léon de Modène, Buxtorf, Basnage, & plusieurs autres savans qui ont traité à fond des cérémonies judaïques, anciennes & nouvelles. (D. J.)

Jeûne, (Médecine.) la privation totale des alimens, aux heures où on a coutume d’en prendre, est souvent d’un aussi grand effet pour préserver des maladies, ou pour empêcher les progrès de celles qui commencent, que la modération dans leur usage est utile & nécessaire pour conserver la santé : ainsi les personnes d’un tempérament foible, délicat, se trouvent très-bien non-seulement de diminuer de tems en tems la quantité ordinaire de leur nourriture, mais encore de s’abstenir entierement de manger, en retranchant par intervalles quelque repas ; ce qui est sur-tout très-salutaire dans le cas de pléthore, comme lorsqu’on a passé quelque tems sans faire autant d’exercice qu’à l’ordinaire, lorsqu’on a été exposé par quelque cause que ce soit, à quelque suppression de la transpiration insensible, ou de toute autre évacuation nécessaire ou utile, lorsque les humeurs condensées par le froid & la plus grande action des vaisseaux qui en est une suite, se disposent à tomber en fonte, par le retour de la chaleur de l’air.

C’est pourquoi le jeûne que pratiquent les Chrétiens à l’entrée du printems, semble ne devoir être regardé comme une loi de privation agréable à Dieu, qu’autant qu’elle est une leçon de tempérance, un précepte médecinal, une abstinence salutaire qui tend à préserver des maladies de la saison, qui dépendent principalement de la surabondance des humeurs.

Le jeûne ne convient pas cependant également à toute sorte de personnes ; il faut être d’un âge avancé pour le bien supporter, parce qu’on fait alors moins de dissipation : aussi Hippocrate assure-t-il (aphor. xiij. sect. 1.) que les vieilles gens se passent plus facilement de manger que les autres, par opposition aux enfans qui ne se passent que difficilement de prendre de la nourriture, & ainsi à proportion, tout étant égal, par rapport aux différens tems de la vie. Voyez Diete, Aliment, Abstinence, Nourriture.

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Étymologie de « jeûne »

Du latin jejunium.
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Lat. jejunium, jeûne, de jejunus. Les étymologistes considèrent jejunus comme un participe comparable à Neptunus (Neptumnus, νιπτόμενος), et répondant à une forme sanscrite fictive yayamana, qui a dompté (sa faim), venant de l'intensif yayam, réduplicatif de yam, dompter.

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Phonétique du mot « jeûne »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
jeûne

Citations contenant le mot « jeûne »

  • Du 16 au 18 juillet, les Malawites ont été invités par leur président, Lazarus Chakwera, ancien pasteur des Assemblées de Dieu, à jeûner et prier pour demander à Dieu d’endiguer la propagation du coronavirus. Ces jours de jeûne ont été suivis par une journée d’action de grâce, dimanche 19 juillet. La Croix, Covid-19 : au Malawi, le président décrète trois jours de jeûne et de prière
  • Consistant à une restriction calorique complète durant une période définie, le jeûne est un moyen efficace de “détoxifier” l’organisme. Plusieurs études ont montré ses bénéfices sur la santé : non seulement il permet à l’organisme d’éliminer les toxines et les mauvaises graisses, mais il favoriserait aussi la prévention de certaines maladies comme le diabète, tout en protégeant le foie. www.pourquoidocteur.fr, Le jeûne intermittent est efficace pour perdre du poids
  • Véronique SANTINI, diététicienne, évoque les vertus du jeune intermittent, également appelé jeûne séquentiel, partiel ou fasting. France Bleu, Les experts : le jeûne intermittent
  • Le jeûne est souvent associé aux régimes masochistes durant lesquels on se prive de manger pour maigrir. En réalité cette pratique pourrait un jour nous permettre d’accéder à la fontaine de Jouvence. Eh oui, le jeûne nous permettrait de rajeunir et de diminuer notre âge biologique ! So Soir, Jeûner pour réduire les effets de l'âge
  • Le terme "jeûne intermittent" vient du latin "intermittere" qui signifie "interrompre". Vous interrompez une période de jeûne lorsque vous mangez. Il y a donc une alternance entre une phase de jeûne dans laquelle vous ne mangez pas et une phase de repas dans laquelle vous mangez vos repas normalement. Le jeûne va à l’encontre des idées de santé classiques qui nous rappellent souvent l’importance de ne pas sauter de repas. FemininBio, Jeûne intermittent : comment se lancer ? - FemininBio
  • Le carnivore, qui vit dans les régions arctiques où la température peut descendre jusqu’à -40°C en hiver, peut jeûner pendant des mois, notamment pendant la période estivale où la banquise fond chaque année. , Réchauffement: Vers l'extinction des ours polaires d'ici 2100
  • Une dizaine de jours avant le début du déconfinement, je me suis rendu compte que j'avais grossi : je ne pouvais plus rentrer dans certains de mes vêtements. Ça m'a un peu déprimée, donc, pour perdre du poids, je me suis dit que j'allais commencer le jeûne intermittent. Vu que je dormais 12 heures par jour parce que je ne travaillais pas, je me suis dit que c'était le bon moment pour tenter l'expérience. En plus, ce n'est pas comme si j'avais besoin de beaucoup d'énergie pour aller de mon lit au canapé. www.pourquoidocteur.fr, Régime alimentaire : “Essayer le jeûne intermittent m'a donné envie d'accepter mon corps tel qu'il est”
  • Le carnivore, qui vit dans les régions arctiques où la température peut descendre jusqu'à -40 °C en hiver, peut jeûner pendant des mois, notamment pendant la période estivale où la banquise fond chaque année. Mais avec le réchauffement de la planète, deux fois plus rapide en Arctique, l'absence de glace dure de plus en plus longtemps. Incapables de trouver dans leur environnement une autre alimentation aussi riche que les phoques, de plus en plus d'ours affamés s'aventurent déjà parfois loin de leur territoire, près de zones habitées. Franceinfo, Le réchauffement climatique pourrait signer l'extinction des ours polaires d'ici à 2100
  • La pratique du jeûne pourrait améliorer la réponse à la chimiothérapie dans le cancer du sein, conclut une étude. Mais s'il s'agit de "la première étude à tenir la route" en faveur du jeûne dans le cancer, elle a de nombreux défauts interdisant d'en tirer des conclusions cliniques. Sciences et Avenir, Jeûne et cancer : une étude favorable mais pleine de lacunes - Sciences et Avenir
  • Nombre d’essais sur les animaux montrent qu’un régime imitant le jeûne pouvait protéger les cellules saines contre la chimiothérapie tout en rendant les cellules cancéreuses plus vulnérables au traitement. Les chercheurs du centre médical de l'université de Leiden (Pays-Bas) ont suivi 129 patientes atteintes d’un cancer du sein. Ces dernières avaient un indice de masse corporel assez élevé pour supporter le jeûne pendant quelques jours sans risque de dénutrition. Elles ont été réparties en deux groupes. Le premier a dû suivre un régime alimentaire imitant le jeûne, à base de plantes et à faible teneur en acides aminés, composé de soupes, de bouillons et de thé, pendant les trois jours, avant et après la chimiothérapie. Pendant ce temps-là, l’autre groupe a continué à se nourrir normalement. www.pourquoidocteur.fr, Cancer : le jeûne pour affamer les tumeurs, une thérapie à prendre avec des pincettes

Images d'illustration du mot « jeûne »

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Traductions du mot « jeûne »

Langue Traduction
Anglais young
Espagnol joven
Italien giovane
Allemand jung
Chinois 年轻
Arabe شاب
Portugais jovem
Russe молодой
Japonais 若い
Basque gazte
Corse ghjovanu
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Synonymes de « jeûne »

Source : synonymes de jeûne sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « jeûne »

Jeûne

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