La langue française

Fronder

Définitions du mot « fronder »

Trésor de la Langue Française informatisé

FRONDER1, verbe.

A.− Emploi trans., vieilli. Lancer un projectile avec une fronde. Fronder des pierres (Ac.1835, 1878).
P. ext. Lancer un objet avec violence. Il lui fronda une assiette à la tête (Ac.1835, 1878).
B.− Emploi intrans. Utiliser une fronde. Des petits garçons, des enfants qui s'amusent à fronder (Ac.).
Prononc. et Orth. : [fʀ ɔ ̃de], (il) fronde [fʀ ɔ ̃:d]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Cf. fronder2.

FRONDER2, verbe.

A.− Emploi intrans., HIST., vieilli. Participer à la révolte de la Fronde; appartenir au parti de la Fronde. On vit des duchesses fronder (Davau-Cohen1972).
P. ext. Contester le gouvernement, l'autorité; user de la critique à propos de tout :
1. ... cette fâcheuse manie genevoise, de fronder et de gronder à propos de tout, du temps, de la table, des gens et des choses. Amiel, Journal,1866, p. 396.
B.− Emploi trans. Contester l'autorité de (un pouvoir politique), faire preuve d'irrespect (envers le pouvoir). C'était là aussi [à l'hôtel de la princesse de la Trémouille] que les orateurs du royalisme exalté et de l'émigration irréconciliable venaient concerter leur opposition, fronder les Tuileries, aspirer au règne du comte d'Artois, ce roi anticipé des vieilles choses (Lamart., Nouv. Confid.,1851, p. 308).Durant les règnes des deux premiers Hanovres, les Tories étant suspects de sympathie jacobite et la Gentry frondant la nouvelle dynastie (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 97).
P. ext. Critiquer un personnage important, une institution, une époque ou les caractères d'une époque; railler, se moquer de quelque chose ou de quelqu'un. Fronder les gens en place; fronder la justice, la religion; fronder les modes, les préjugés; fronder un maître; un peintre à la mode. J'aime la province quand elle est elle-même, quand elle ne singe ni ne fronde Paris (Sainte-Beuve, Cahiers,1869, p. 139).Fronder l'art en ne l'attaquant que là où il est devenu artifice, et appeler factice toute surnaturelle beauté (Gide, Feuillets,1911, p. 345):
2. [Amélie :] − Rome et ses prêtres officiaient dans des calices d'or et de pierreries; les Hussites affectaient d'officier dans des vases de bois, pour fronder le luxe de l'Église, et pour simuler la pauvreté des apôtres. Sand, Consuelo,t. 1, 1842-43, p. 314.
Prononc. et Orth. : [fʀ ɔ ̃de], (il) fronde [fʀ ɔ ̃:d]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1611 « lancer avec une fronde » (Cotgr.); 1654 hist. (Scarron, Œuvres, 145 ds Richardson); av. 1662 « attaquer, critiquer » (Pascal, Pensées, éd. L. Brunschvicg, section V, § 294, p. 219). Dér. de fronde2*; dés. -er; l'a. fr. connaît déjà une forme fonder « jeter » (xiiie-xives. ds Gdf. et T.-L.); le développement du sens fig. semble s'être fait à partir de l'emploi de ce verbe par le conseiller du Parlement Bachaumont lors de la rébellion des Grands contre Mazarin pendant la minorité de Louis XIV, propos rapporté av. 1679 dans ses Mém. (II, 493) par Retz : cf. Regnier Retz : « Bauchaumont s'avisa de dire un jour, en badinant, que le Parlement faisoit comme les écoliers qui frondent dans les fossés de Paris, qui se séparent dès qu'ils voient le lieutenant civil ». (Bl.-W.); v. aussi Mén., s.v. frondeur et FEW t. 3, p. 862.
STAT. − Fronder1 et 2. Fréq. abs. littér. : 38.
BBG. − Carrier (H.). Le Mot Fronde : sens et implications. Cah. Lexicol. 1968, t. 13, pp. 15-31.

Wiktionnaire

Verbe

fronder \fʁɔ̃.de\ transitif, intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Vieilli) Lancer des pierres, des balles avec une fronde.
    • Des enfants qui s’amusent à fronder.
  2. (Figuré) Parler et agir avec un esprit de fronde, rétorquer.
    • C’est un homme qui passe sa vie à fronder.
  3. (Par extension) Critiquer, blâmer.
    • Mais celui qui fronde la vie humaine, sans attaquer personne en particulier, ne paraît-il pas vouloir plutôt avertir et reprendre par des conseils que blesser par la satire? (Erasme; « Érasme de Rotterdam à son ami Thomas Morus » in « Éloge de la folie », traduction de Thibault de Laveaux en 1780)
    • Le théâtre, prétendait-il, servait à fronder les préjugés, et, sous le masque du plaisir, enseignait la vertu. — (Gustave Flaubert, Madame Bovary, Michel Lévy frères, Paris, 1857)
    • Chaque fois qu’elle revenait s’asseoir, le cœur gros, l’air découragé, on voyait qu’il la frondait de son impatience et qu’il lui donnait force explications sur les nécessités du service avec des gestes d’imbécile qui veut faire l’entendu. — (Alphonse Daudet, Les mères, dans Contes du lundi, 1873, Fasquelle, collection Le Livre de Poche, 1974, page 35.)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FRONDER. v. intr.
Lancer des pierres, des balles avec une fronde. Des enfants qui s'amusent à fronder. Il ne s'emploie guère aujourd'hui qu'au sens figuré et signifie Parler et agir avec un esprit de fronde. C'est un homme qui passe sa vie à fronder. Par extension, il s'emploie transitivement pour signifier Critiquer, blâmer. Fronder le gouvernement. Fronder les travers du temps, les ridicules de la société.

Littré (1872-1877)

FRONDER (fron-dé) v. a.
  • 1Lancer avec la fronde. Chacun d'eux avait une fronde, Non pas pour fronder des arrêts, Mais des pierres, cailloux et grès, Scarron, Virg. V.

    Absolument. Bachaumont s'avisa de dire un jour que le parlement faisait comme les écoliers qui frondent dans les fossés de Paris, qui se séparent dès qu'ils voient le lieutenant civil, et qui se rassemblent dès qu'il ne paraît plus, Retz, II, 385. Sur les bords bienheureux du Tibre Vous trouverez un peuple libre, Et qui fronde en diable et demi, Quand il lui vient quelque ennemi, Scarron, Virg. v.

    Par extension. Il lui fronda une assiette à la tête.

    Fronder quelque chose ou quelqu'un, le frapper avec une chose lancée. Rincy, méprisant la soupe de village, entame un pain, le trouve dur et trop rassis, en fronde un abricotier voisin, Scarron, Lett. Œuvres, t. I, p. 210, dans POUGENS.

  • 2 Absolument, s'est dit, sous la minorité de Louis XIV, pour prendre part aux intrigues, aux luttes de la Fronde.

    Par extension. L'art de fronder et bouleverser les États, est d'ébranler les coutumes établies, en sondant jusque dans leur source, pour marquer leur défaut de justice, Pascal, Du vrai bien, 4, éd. FAUGÈRE.

  • 3Faire le mécontent, le critique à l'égard de choses ou de personnes. Bien des gens ont frondé cette comédie, Molière, Préf. de l'École des femmes. Il ne se soucie pas qu'on fronde ses pièces, pourvu qu'il y vienne du monde, Molière, Critique, 7. À mon ordinaire, je frondai cette dépense, Sévigné, 317. La grandeur d'âme ne consiste point à fronder ceux qui ont l'autorité en main, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus. 14 déc. 1716. Je te redisais les mêmes paroles qu'il m'a dites lorsque j'ai voulu fronder sa conduite, Baron, Homm. à bonn. fort. I, 12. De nos vaines témérités Vos vers sont la fidèle histoire ; On peut fronder les vanités Quand on est au sein de la gloire, Voltaire, Lett. au roi de Pr. 24 janv. 1747. J'aime à fronder les préjugés gothiques, Et les cordons de toutes les couleurs, Béranger, Nouv. Diog.

    Absolument. On a frondé rudement contre M. de Saint-Malo, Sévigné, 239. Chacun fronde sur sa dépense, Destouches, Diss. III, 6.

    C'est un homme qui passe sa vie à fronder, se dit d'un homme qui montre une humeur morose, qui désapprouve, blâme tout.

REMARQUE

Fronder, dans le sens de faire la guerre de la Fronde, et puis de blâmer, vient du mot, rapporté plus haut, de Bachaumont. Quelques jours après, le même Bachaumont, entendant opiner quelques-uns de messieurs du parlement en faveur du ministère, se souvenant de sa comparaison, dit qu'il allait fronder cet avis. Ces mots ayant été reçus avec approbation par ces conseillers, et employés ensuite heureusement en vers par M. de Marigny, on appela frondeurs ceux qui étaient contraires au ministre et au ministère.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « fronder »

Fronde ; provenç. fondeiar.

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Dénominal de fronde.
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Phonétique du mot « fronder »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fronder frɔ̃de

Évolution historique de l’usage du mot « fronder »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « fronder »

  • Une mise au pied du mur selon lui, le caractère inéluctable de la mise en place de la cryptomonnaie à plus ou moins long terme, n’hésitant pas à fronder plus ou moins publiquement les institutions défiantes mais également les partenaires timides. Freenews, Libra : la tribune de Xavier Niel ne jugule pas l'hémorragie….
  • Pour Hélène d'Alençon, militante LREM depuis 2016, tous les marcheurs présents mercredi soir "ne sont pas là pour fronder pour le plaisir mais dénoncer un dysfonctionnement dans un parti où il y a trop de verticalité". Le Point, Cédric Villani met fin au suspense et se présente à la mairie de Paris - Le Point

Images d'illustration du mot « fronder »

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Traductions du mot « fronder »

Langue Traduction
Anglais sling
Espagnol honda
Italien fionda
Allemand schlinge
Chinois 吊索
Arabe حبال
Portugais funda
Russe строп
Japonais スリング
Basque sling
Corse cinghia
Source : Google Translate API

Synonymes de « fronder »

Source : synonymes de fronder sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fronder »

Fronder

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