La langue française

Épée

Sommaire

  • Définitions du mot épée
  • Étymologie de « épée »
  • Phonétique de « épée »
  • Évolution historique de l’usage du mot « épée »
  • Citations contenant le mot « épée »
  • Images d'illustration du mot « épée »
  • Traductions du mot « épée »
  • Synonymes de « épée »

Définitions du mot épée

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉPÉE, subst. fém.

A.− [L'épée en tant qu'objet] Arme formée d'une longue lame d'acier aiguë, parfois triangulaire, mais le plus souvent à deux tranchants, emmanchée dans une poignée munie d'une garde, et que l'on porte au côté gauche dans un fourreau fixé à un ceinturon ou à un baudrier. Pointe d'une épée, épée à deux tranchants; ceindre son épée. − Conservez-la précieusement, (...) une épée est une amie fidèle, gardienne de la vie et de l'honneur de son maître (Gautier, Fracasse,1863, p. 97):
1. Le respect qu'on a pour toi, La longueur de mon épée En est la mesure, ô roi! Hugo, La Légende des siècles,t. 3, Après, le romancero du Cid, 1877, p. 246.
SYNT. a) Chapeau, coquille, filigrane, fusée, dragonne, pas-d'âne, pommeau, quillon d'une épée; talon, soie, gouttière, dos, fil d'une épée. b) Épée écossaise, romaine, ancienne, moderne; épée brillante, courte, étincelante, invincible, lourde, redoutable. c) Épée de salle d'armes, sans tranchant et mouchetée. d) Recevoir un coup d'épée; se battre à l'épée; frapper de son épée, d'estoc* et de taille*; brandir, croiser, esquiver, lever, manier une épée; passer l'épée au travers du corps de qqn; mettre l'épée à la main; jurer sur la croix de son épée; adouber un chevalier du plat de l'épée; être brave, vaillant comme son épée. e) Le cliquetis des épées; caractère sacré, mystique de l'épée (au Moyen-âge); l'épée, symbole d'honneur, de vaillance, signe de distinction.
Loc. Le fort de l'épée. Partie de la lame voisine de la garde. Le faible de l'épée. Extrémité de la lame. Le plat de l'épée. La partie large et plate, par opposition au tranchant. Nœud d'épée. ,,Nœud de rubans dont les hommes en habit de parure garnissaient autrefois la garde de leur épée`` (Ac. 1835, 1878).
Spécialement
1. Arme de parade portée lors de cérémonies solennelles par certains officiers et sous-officiers de l'armée, par certaines catégories de fonctionnaires civils, par les polytechniciens, les membres de l'Institut. La production, (...) est (...) spécialisée dans (...) les croix d'ordres militaires, les épées d'apparat et les objets de culte (Grandjean, Orfèvr. XIXes.,1962, p. 80).
2. HÉRALD. ,,L'épée paraît dans l'écu en pal, la pointe vers le haut de l'écu; épée garnie, celle dont la garde et le pommeau sont d'un autre émail que la lame`` (Grandm. 1852).
B.− [L'épée comme arme de combat (guerre, duel, etc.)]
1. [En parlant d'un gentilhomme, d'un militaire, d'un homme de guerre] Être un homme d'épée. Être exercé au maniement de l'épée :
2. L'aménité de ses manières, toutes les habitudes de sa vie, le soin qu'il (...) prenait de sa personne, son ancienne réputation de force et d'adresse, d'homme d'épée et de cheval, avaient fait un cortège de petites notoriétés à sa célébrité croissante. Maupassant, Fort comme la mort,1889, p. 4.
2. [L'épée, attribut et symbole de l'état ou du service militaire] Les fonctions publiques peuvent également, dans l'état actuel, se ranger toutes sous quatre dénominations connues, l'épée, la robe, l'église et l'administration (Siéyès, Tiers état,1789, p. 28).L'évangile défend l'épée aux moines (Péladan, Vice supr.,1884, p. 256).
Noblesse* d'épée. Qui sous l'Ancien Régime groupait les militaires par opposition à la noblesse* de robe. La fin du XVIIIe(...) aura vu, (...) la haine de la noblesse d'épée et de la noblesse de robe se fondre dans la même poussée (Benda, Trahis. clercs,1927, p. 17).
Porter l'épée. Être militaire. Il était plus propre à porter l'épée qu'à bêcher la terre (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 4, 1859, p. 107).
Prendre, quitter l'épée. Embrasser, quitter la carrière des armes. Il n'était point de haute noblesse, étant fils de M. Dupin, fermier général, qui avait quitté l'épée pour la finance (Sand, Hist. vie,1855, p. 41).
Mettre son épée au service de qqn. Guy mit son épée à la disposition du roi d'Angleterre et l'aida à conquérir l'île (Grousset, Croisades,1939, p. 266).
P. méton. Homme exercé au maniement de l'épée. Comminges est une de nos meilleures épées (Mérimée, Chron. règne Charles IX,1829, p. 92).
Locutions. Traîneur d'épée (fam. et par mépris). ,,Bretteur, batteur de pavé qui porte une longue épée sans aller à la guerre`` (Ac. 1835, 1878). Homme, roman de cape* et d'épée.
3. Loc. diverses
a) Loc. relatives aux phases du combat, d'un militaire, d'une collectivité en guerre, etc.
Tirer l'épée (hors du fourreau). Commencer la guerre, combattre. Que la France tire l'épée pour la liberté des peuples, tous les hommes de cœur applaudiront (L. Blanc, Organ. trav.,1845, p. 84).
Ils (en) sont aux épées et aux couteaux. ,,Ils sont en grande inimitié, ou en grand procès, en grande querelle. Ces parents ne peuvent s'accorder, ils sont aux épées et aux couteaux`` (Ac. 1835, 1878).
Remettre l'épée au fourreau. Cesser le combat, faire la paix. P. métaph. J'avais compris que j'appartenais à l'espèce inférieure. Il fallut le proclamer, remettre l'épée au fourreau, rejoindre le bétail ordinaire (Sartre, Mots,1964, p. 134).
Rendre son épée. Se rendre au vainqueur et au fig. s'avouer vaincu. « La Révolution a rendu son épée en 1815; on a cru qu'elle allait la reprendre en 1830 » (Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 167).
Passer au fil de l'épée. Massacrer sans pitié. Les Espagnols, (...), ont pillé Anvers, brûlé huit cents maisons, et passé sept mille habitants au fil de l'épée (A. Dumas père, Henri III,1829, II, 4, p. 152).
Mourir d'une belle épée. ,,Succomber sous un ennemi auquel il est glorieux d'avoir résisté; et au fig., recevoir du dommage par une cause honorable, flatteuse, agréable`` (Ac. 1835, 1878).
b) Loc. relatives à différentes attitudes ou sentiments du combattant
Son épée ne tient pas au fourreau. ,,Se dit d'un homme querelleur, qui est toujours prêt à mettre l'épée à la main`` (Ac.).
Mettre, tenir à qqn l'épée (dans les) aux reins. Le serrer de près, le harceler :
3. Je vais m'en mêler parce qu'il est temps que cela finisse (ce brave garçon mettrait tout bonnement son enfant sur la paille). (...) Je vais, à tous, leur pousser l'épée dans les reins d'une belle façon. Flaubert, Corresp.,1854, p. 47.
Mettre, tenir l'épée à la gorge de qqn. Le harceler, le menacer. Emploi pronom. réciproque :
4. ... les Guises et ceux de Navarre se poussaient, les uns aux autres, l'épée et la dague à la gorge pour essayer de devenir chacun le premier, ... Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 162.
C.− [L'épée symbole de la force ou de la violence]
1. [Symbole de la force armée d'un État] L'épée est l'axe du monde (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 10):
5. L'organisation militaire me paraît le vrai type de toute bonne société civile, l'épée est la tutrice d'un peuple. Balzac, Le Médecin de campagne,1833, p. 161.
6. ... nous sommes en plein moyen-âge. Le droit de l'épée décide de tout comme au temps de la chevalerie. Mérimée, Lettres Mmede la Rochejacquelein,1870, p. 309.
En partic. [En parlant d'un État, p. réf. au chef gaulois Brennus victorieux sous Rome (390 av. J.-C.), jetant brutalement son épée dans le plateau de la balance de manière à augmenter le poids de la rançon exigée par lui pour lever le siège de la ville] Jeter son épée dans la balance. Mettre brutalement fin à une situation tendue en intervenant militairement dans le conflit :
7. ... l'événement précis (...) avait décidé Grey à jeter enfin l'épée britannique dans la balance, au cours de son entretien d'hier avec l'ambassadeur d'Allemagne. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 519.
2. [Symbole de la force menaçante]
Épée de feu (de l'archange, du chérubin). [P. réf. aux Chérubins armés d'une épée et placés par Dieu à la porte du paradis terrestre, pour empêcher Adam et Ève d'y entrer (cf. Gen. III, 24)] Il [le Père Lacordaire] a à son service le dédain, non moins commode, l'interdiction hautaine et tranchante, l'épée de feu du chérubin sur laquelle il est écrit : On ne passe pas là! (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 4, 1863-69, p. 403).
Épée de Damoclès. [P. réf. à l'épée nue retenue à un crin de cheval que Denys l'Ancien fit suspendre lors d'un festin au-dessus de la tête d'un de ses courtisans, Damoclès, qui exaltait le bonheur de la royauté] Danger permanent :
8. [Camille :] − ... le monde est juste, il n'accorde les honneurs de son intérêt qu'aux sentiments vrais. Béatrix jouant la comédie est jugée comme une actrice de second ordre. Sa fuite n'était autorisée par aucune contrariété. L'épée de Damoclès ne brillait pas au milieu de ses fêtes... Balzac, Béatrix,1839-45, p. 237.
3. [Symbole de violence]
Proverbe. [Évangile St Matthieu 26, 52] Qui se sert de l'épée périra par l'épée. La violence appelle la violence. Tout le monde a signé, à Stanislas? − Bien sûr. Sauf un nouveau, sous prétexte que qui frappera avec l'épée périra par l'épée... Vous savez, il y a de ces catholiques excessifs! (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 265).
D.− [L'épée, symbole de toute espèce d'action demandant un effort]
1. [Attitudes gén. devant les difficultés de la vie]
À vaillant homme, courte épée. ,,La valeur supplée aux armes`` (Ac.).
Son épée est trop courte. ,,Se dit d'un homme qui n'a pas assez de crédit ou assez de force pour réussir dans quelque entreprise`` (Ac.).
Se laisser dire qqc. d'injurieux, l'épée au côté (fam.). ,,Souffrir des propos injurieux sans rien répondre, sans répliquer`` (Ac. 1835, 1878).
2. [Formes du comportement]
Se faire blanc de son épée. ,,Se prévaloir de son courage, de son crédit, etc. pour garantir le succès d'une affaire`` (Ac.).
Mettre, faire passer qqc. du côté de l'épée. ,,Mettre quelque profit, quelque fonds à couvert, en réserve. On le dit plus ordinairement en mauvaise part. Il abandonna ses biens à ses créanciers, mais il mit qqc. du côté de l'épée`` (Ac. 1835, 1878).
3. [Résultats de l'effort]
L'épée use le fourreau. ,,Se dit des personnes en qui une grande activité d'âme ou d'esprit nuit à la santé`` (Ac.).
Il a fait un beau coup d'épée. ,,Se dit ironiquement de quelqu'un qui a fait une sottise remarquable`` (Ac.).
C'est un coup d'épée dans l'eau. C'est un effort inutile :
9. − Mais Madame, (...) Monserfeuil n'a aucune espèce de crédit ni de pouvoir avec le nouveau gouvernement. Ce serait un coup d'épée dans l'eau. Proust, Guermantes 2, 1921, p. 515.
Rem. On rencontre ds la docum. le comp. épée-baïonnette. Baïonnette à lame quadrangulaire. Le (...) fusil [Lebel] mesure, sans son épée-baïonnette, 1 m 307 de hauteur (Ledieu, Cadiat, Nouv. matér. nav., 1899, p. 212).
Prononc. et Orth. : [epe]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 880 spede (Eulalie, 22 ds Henry Chrestomathie, p. 3). Du lat. impérial spatha « battoir; spatule; épée longue ». Fréq. abs. littér. : 3 656. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 7 390, b) 6 819; xxes. : a) 4 127, b) 3 105. Bbg. Behrens D. 1923, p. 44. − Rog. 1965, p. 95.

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉPÉE, subst. fém.

A.− [L'épée en tant qu'objet] Arme formée d'une longue lame d'acier aiguë, parfois triangulaire, mais le plus souvent à deux tranchants, emmanchée dans une poignée munie d'une garde, et que l'on porte au côté gauche dans un fourreau fixé à un ceinturon ou à un baudrier. Pointe d'une épée, épée à deux tranchants; ceindre son épée. − Conservez-la précieusement, (...) une épée est une amie fidèle, gardienne de la vie et de l'honneur de son maître (Gautier, Fracasse,1863, p. 97):
1. Le respect qu'on a pour toi, La longueur de mon épée En est la mesure, ô roi! Hugo, La Légende des siècles,t. 3, Après, le romancero du Cid, 1877, p. 246.
SYNT. a) Chapeau, coquille, filigrane, fusée, dragonne, pas-d'âne, pommeau, quillon d'une épée; talon, soie, gouttière, dos, fil d'une épée. b) Épée écossaise, romaine, ancienne, moderne; épée brillante, courte, étincelante, invincible, lourde, redoutable. c) Épée de salle d'armes, sans tranchant et mouchetée. d) Recevoir un coup d'épée; se battre à l'épée; frapper de son épée, d'estoc* et de taille*; brandir, croiser, esquiver, lever, manier une épée; passer l'épée au travers du corps de qqn; mettre l'épée à la main; jurer sur la croix de son épée; adouber un chevalier du plat de l'épée; être brave, vaillant comme son épée. e) Le cliquetis des épées; caractère sacré, mystique de l'épée (au Moyen-âge); l'épée, symbole d'honneur, de vaillance, signe de distinction.
Loc. Le fort de l'épée. Partie de la lame voisine de la garde. Le faible de l'épée. Extrémité de la lame. Le plat de l'épée. La partie large et plate, par opposition au tranchant. Nœud d'épée. ,,Nœud de rubans dont les hommes en habit de parure garnissaient autrefois la garde de leur épée`` (Ac. 1835, 1878).
Spécialement
1. Arme de parade portée lors de cérémonies solennelles par certains officiers et sous-officiers de l'armée, par certaines catégories de fonctionnaires civils, par les polytechniciens, les membres de l'Institut. La production, (...) est (...) spécialisée dans (...) les croix d'ordres militaires, les épées d'apparat et les objets de culte (Grandjean, Orfèvr. XIXes.,1962, p. 80).
2. HÉRALD. ,,L'épée paraît dans l'écu en pal, la pointe vers le haut de l'écu; épée garnie, celle dont la garde et le pommeau sont d'un autre émail que la lame`` (Grandm. 1852).
B.− [L'épée comme arme de combat (guerre, duel, etc.)]
1. [En parlant d'un gentilhomme, d'un militaire, d'un homme de guerre] Être un homme d'épée. Être exercé au maniement de l'épée :
2. L'aménité de ses manières, toutes les habitudes de sa vie, le soin qu'il (...) prenait de sa personne, son ancienne réputation de force et d'adresse, d'homme d'épée et de cheval, avaient fait un cortège de petites notoriétés à sa célébrité croissante. Maupassant, Fort comme la mort,1889, p. 4.
2. [L'épée, attribut et symbole de l'état ou du service militaire] Les fonctions publiques peuvent également, dans l'état actuel, se ranger toutes sous quatre dénominations connues, l'épée, la robe, l'église et l'administration (Siéyès, Tiers état,1789, p. 28).L'évangile défend l'épée aux moines (Péladan, Vice supr.,1884, p. 256).
Noblesse* d'épée. Qui sous l'Ancien Régime groupait les militaires par opposition à la noblesse* de robe. La fin du XVIIIe(...) aura vu, (...) la haine de la noblesse d'épée et de la noblesse de robe se fondre dans la même poussée (Benda, Trahis. clercs,1927, p. 17).
Porter l'épée. Être militaire. Il était plus propre à porter l'épée qu'à bêcher la terre (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 4, 1859, p. 107).
Prendre, quitter l'épée. Embrasser, quitter la carrière des armes. Il n'était point de haute noblesse, étant fils de M. Dupin, fermier général, qui avait quitté l'épée pour la finance (Sand, Hist. vie,1855, p. 41).
Mettre son épée au service de qqn. Guy mit son épée à la disposition du roi d'Angleterre et l'aida à conquérir l'île (Grousset, Croisades,1939, p. 266).
P. méton. Homme exercé au maniement de l'épée. Comminges est une de nos meilleures épées (Mérimée, Chron. règne Charles IX,1829, p. 92).
Locutions. Traîneur d'épée (fam. et par mépris). ,,Bretteur, batteur de pavé qui porte une longue épée sans aller à la guerre`` (Ac. 1835, 1878). Homme, roman de cape* et d'épée.
3. Loc. diverses
a) Loc. relatives aux phases du combat, d'un militaire, d'une collectivité en guerre, etc.
Tirer l'épée (hors du fourreau). Commencer la guerre, combattre. Que la France tire l'épée pour la liberté des peuples, tous les hommes de cœur applaudiront (L. Blanc, Organ. trav.,1845, p. 84).
Ils (en) sont aux épées et aux couteaux. ,,Ils sont en grande inimitié, ou en grand procès, en grande querelle. Ces parents ne peuvent s'accorder, ils sont aux épées et aux couteaux`` (Ac. 1835, 1878).
Remettre l'épée au fourreau. Cesser le combat, faire la paix. P. métaph. J'avais compris que j'appartenais à l'espèce inférieure. Il fallut le proclamer, remettre l'épée au fourreau, rejoindre le bétail ordinaire (Sartre, Mots,1964, p. 134).
Rendre son épée. Se rendre au vainqueur et au fig. s'avouer vaincu. « La Révolution a rendu son épée en 1815; on a cru qu'elle allait la reprendre en 1830 » (Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 167).
Passer au fil de l'épée. Massacrer sans pitié. Les Espagnols, (...), ont pillé Anvers, brûlé huit cents maisons, et passé sept mille habitants au fil de l'épée (A. Dumas père, Henri III,1829, II, 4, p. 152).
Mourir d'une belle épée. ,,Succomber sous un ennemi auquel il est glorieux d'avoir résisté; et au fig., recevoir du dommage par une cause honorable, flatteuse, agréable`` (Ac. 1835, 1878).
b) Loc. relatives à différentes attitudes ou sentiments du combattant
Son épée ne tient pas au fourreau. ,,Se dit d'un homme querelleur, qui est toujours prêt à mettre l'épée à la main`` (Ac.).
Mettre, tenir à qqn l'épée (dans les) aux reins. Le serrer de près, le harceler :
3. Je vais m'en mêler parce qu'il est temps que cela finisse (ce brave garçon mettrait tout bonnement son enfant sur la paille). (...) Je vais, à tous, leur pousser l'épée dans les reins d'une belle façon. Flaubert, Corresp.,1854, p. 47.
Mettre, tenir l'épée à la gorge de qqn. Le harceler, le menacer. Emploi pronom. réciproque :
4. ... les Guises et ceux de Navarre se poussaient, les uns aux autres, l'épée et la dague à la gorge pour essayer de devenir chacun le premier, ... Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 162.
C.− [L'épée symbole de la force ou de la violence]
1. [Symbole de la force armée d'un État] L'épée est l'axe du monde (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 10):
5. L'organisation militaire me paraît le vrai type de toute bonne société civile, l'épée est la tutrice d'un peuple. Balzac, Le Médecin de campagne,1833, p. 161.
6. ... nous sommes en plein moyen-âge. Le droit de l'épée décide de tout comme au temps de la chevalerie. Mérimée, Lettres Mmede la Rochejacquelein,1870, p. 309.
En partic. [En parlant d'un État, p. réf. au chef gaulois Brennus victorieux sous Rome (390 av. J.-C.), jetant brutalement son épée dans le plateau de la balance de manière à augmenter le poids de la rançon exigée par lui pour lever le siège de la ville] Jeter son épée dans la balance. Mettre brutalement fin à une situation tendue en intervenant militairement dans le conflit :
7. ... l'événement précis (...) avait décidé Grey à jeter enfin l'épée britannique dans la balance, au cours de son entretien d'hier avec l'ambassadeur d'Allemagne. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 519.
2. [Symbole de la force menaçante]
Épée de feu (de l'archange, du chérubin). [P. réf. aux Chérubins armés d'une épée et placés par Dieu à la porte du paradis terrestre, pour empêcher Adam et Ève d'y entrer (cf. Gen. III, 24)] Il [le Père Lacordaire] a à son service le dédain, non moins commode, l'interdiction hautaine et tranchante, l'épée de feu du chérubin sur laquelle il est écrit : On ne passe pas là! (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 4, 1863-69, p. 403).
Épée de Damoclès. [P. réf. à l'épée nue retenue à un crin de cheval que Denys l'Ancien fit suspendre lors d'un festin au-dessus de la tête d'un de ses courtisans, Damoclès, qui exaltait le bonheur de la royauté] Danger permanent :
8. [Camille :] − ... le monde est juste, il n'accorde les honneurs de son intérêt qu'aux sentiments vrais. Béatrix jouant la comédie est jugée comme une actrice de second ordre. Sa fuite n'était autorisée par aucune contrariété. L'épée de Damoclès ne brillait pas au milieu de ses fêtes... Balzac, Béatrix,1839-45, p. 237.
3. [Symbole de violence]
Proverbe. [Évangile St Matthieu 26, 52] Qui se sert de l'épée périra par l'épée. La violence appelle la violence. Tout le monde a signé, à Stanislas? − Bien sûr. Sauf un nouveau, sous prétexte que qui frappera avec l'épée périra par l'épée... Vous savez, il y a de ces catholiques excessifs! (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 265).
D.− [L'épée, symbole de toute espèce d'action demandant un effort]
1. [Attitudes gén. devant les difficultés de la vie]
À vaillant homme, courte épée. ,,La valeur supplée aux armes`` (Ac.).
Son épée est trop courte. ,,Se dit d'un homme qui n'a pas assez de crédit ou assez de force pour réussir dans quelque entreprise`` (Ac.).
Se laisser dire qqc. d'injurieux, l'épée au côté (fam.). ,,Souffrir des propos injurieux sans rien répondre, sans répliquer`` (Ac. 1835, 1878).
2. [Formes du comportement]
Se faire blanc de son épée. ,,Se prévaloir de son courage, de son crédit, etc. pour garantir le succès d'une affaire`` (Ac.).
Mettre, faire passer qqc. du côté de l'épée. ,,Mettre quelque profit, quelque fonds à couvert, en réserve. On le dit plus ordinairement en mauvaise part. Il abandonna ses biens à ses créanciers, mais il mit qqc. du côté de l'épée`` (Ac. 1835, 1878).
3. [Résultats de l'effort]
L'épée use le fourreau. ,,Se dit des personnes en qui une grande activité d'âme ou d'esprit nuit à la santé`` (Ac.).
Il a fait un beau coup d'épée. ,,Se dit ironiquement de quelqu'un qui a fait une sottise remarquable`` (Ac.).
C'est un coup d'épée dans l'eau. C'est un effort inutile :
9. − Mais Madame, (...) Monserfeuil n'a aucune espèce de crédit ni de pouvoir avec le nouveau gouvernement. Ce serait un coup d'épée dans l'eau. Proust, Guermantes 2, 1921, p. 515.
Rem. On rencontre ds la docum. le comp. épée-baïonnette. Baïonnette à lame quadrangulaire. Le (...) fusil [Lebel] mesure, sans son épée-baïonnette, 1 m 307 de hauteur (Ledieu, Cadiat, Nouv. matér. nav., 1899, p. 212).
Prononc. et Orth. : [epe]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 880 spede (Eulalie, 22 ds Henry Chrestomathie, p. 3). Du lat. impérial spatha « battoir; spatule; épée longue ». Fréq. abs. littér. : 3 656. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 7 390, b) 6 819; xxes. : a) 4 127, b) 3 105. Bbg. Behrens D. 1923, p. 44. − Rog. 1965, p. 95.

Wiktionnaire

Nom commun

épée \e.pe\ féminin singulier

  1. (Armement) (Escrime) Arme offensive et défensive composée d’une longue lame affilée et d’une poignée et que les guerriers portaient au côté dans un fourreau.
    • […] à l’un des côtés de la selle pendait une courte hache […] à l’autre, le casque empanaché du cavalier avec un capuchon de mailles, et une de ces épées à deux mains dont se servaient les chevaliers à cette époque. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Kostaki tomba ; je vis se lever l’épée terrible, je la vis s’enfoncer dans son corps et clouer ce corps à la terre fraîchement remuée. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • Sans cette anicroche, le ballon se serait déchiré, comme pourfendu par un grand coup d’épée […] — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 88 de l’éd. de 1921)
    • Sept épées de mélancolie
      Sans morfil ô claires douleurs
      Sont dans mon cœur
      […] — (Guillaume Apollinaire, « La Chanson du Mal aimé », in Alcools, 1913)
    • Le garçon était assis, le dos à la porte, concentré sur l’écran de son ordinateur, sur lequel on voyait une sorte de guerrier bigorexique anéantissant des squelettes avec une épée disproportionnée. Il ne nous accorda même pas un regard. — (Luis Montero Manglano, L’Oasis éternelle, chap. 4, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, éd. Actes Sud, 2018)
  2. (Absolument) L’état des gens de guerre, l’état militaire, surtout par opposition à l’état des gens de robe ou d’église.
    • C’était chaque jour visites nouvelles, gens d’épée et gens de robe, magistrats, gouverneurs, généraux ; le torrent ne s’écoulait jamais. — (Amédée Achard, Les Coups d'épée de M. de la Guerche, vol. 1, Paris : Librairie Hachette, 1863, p. 126)
  3. (Figuré) Le courage, la valeur ou la force de celui qui manie les armes.
    • Il ne doit son élévation qu’à son épée. - Le droit de l’épée. - L’épée de la France.
  4. (Jeux) (Cartes à jouer) Une des quatre enseignes, ou couleurs, du jeu de cartes traditionnel espagnol.
    • Symbole de combat et de victoire sur tous les plans (spirituel, mental, émotionnel et physique), l'As d’épée représente l'union féconde du Ciel et de la Terre […]. — (Patrick Coq, Interprétation du tarot de Viéville, éd. Sivilixi, 2015, page 64)
  5. (Argot) As, personne très compétente, nettement au-dessus des autres.
    • [La porte du coffre] s’ouvre en effet sans opposer la moindre résistance.
      Je me tourne vers Landolfi.
      - Toi, lui fais-je, t’es une épée !
      — (Frédéric Dard (San-Antonio), Le Secret de Polichinelle, Fleuve Noir, 1958, page 202)
    • Un mec légendaire, quoi. Les gens de sa partie l’appellent le Dabe et enlèvent leur chapeau rien qu’en entendant son blaze. Une épée, quoi ! — (Michel Audiard, dialogue du film Le Cave se rebiffe, 1961)
    • Et le Mexicain, ça a été une épée, un cador ! Moi, j'suis objectif : on parlera encore de lui dans cent ans... — (Michel Audiard, dialogue du film Les Tontons flingueurs, 1963)
    • Sa Majesté conforte la vieillarde à grandes chibrées méthodiques. Mémère est à la fiesta pour lors. […].
      Amédée visionne, tout en se sapant, d'un œil connaisseur.
      — C'est une sacrée épée, complimente-t-il ; comment qu'elle se régale, maman!
      — (Frédéric Dard, San-Antonio, n° 121 : Bacchanale chez la mère Tatzi, éd. Fleuve Noir, 1985)
  6. (Héraldique) Meuble représentant l’arme du même nom dans les armoiries. Elle est généralement représentée avec une poignée munie d’une garde avec une lame longue et droite. Elle est ordinairement posée en pal. Mais son orientation n’est pas prédéfinie. Il faut donc la préciser lors du blasonnement. On dira l’épée haute quand la pointe est vers le chef et basse ou versée quand elle est pointe vers la pointe de l’écu. À rapprocher de badelaire, coutelas, couteau, cimeterre, kriss, rapière et sabre.
    • De gueules à une épée versée d’argent, à la bordure d’or, qui est de la commune de Buléon du Morbihan → voir illustration « armoiries avec une épée »
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉPÉE. n. f.
Arme offensive et défensive composée d'une lame affilée et d'une poignée et que les officiers portent au côté dans un fourreau. Longue épée. Épée de combat. La garde, la pointe, la lame, le fil, le plat d'une épée. Se battre à l'épée. Mettre une épée à son côté. Mettre l'épée à la main. Mettre l'épée au vent. Tirer l'épée. Recevoir des coups de plat d'épée. Remettre l'épée dans le fourreau, au fourreau. Il lui donna de l'épée dans le ventre. Il lui passa son épée au travers du corps. Il lui enfonca l'épée jusqu'à la garde. Un grand coup d'épée. Un beau coup d'épée. Il le poursuivit l'épée dans les reins. Fig., L'épée de Damoclès, Un péril imminent, de tous les instants, par allusion à l'épée nue que Denys le Tyran fit suspendre sur la tête d'un de ses courtisans, Damoclès, placé sur le siège royal à un festin. Fig., Poursuivre, presser quelqu'un l'épée dans les reins, Le presser vivement de conclure, d'achever une affaire; ou Le presser, dans la dispute, par de si fortes raisons qu'il ne sait que répondre. Fig., Emporter une chose à la pointe de l'épée, L'emporter d'une façon vive, rapide et brillante. Fig. et fam., N'avoir que la cape et l'épée. Homme de cape et d'épée. Roman de cape et d'épée. Voyez CAPE. Fig. et fam., Il a fait un beau coup d'épée, se dit ironiquement de Quelqu'un qui a fait une sottise remarquable. Fig., C'est un coup d'épée dans l'eau. Voyez COUP. Fig., C'est une bonne, une rude épée, il est brave comme l'épée qu'il porte, brave comme son épée, C'est un homme qui manie bien l'épée, qui se bat vaillamment. Fig. et fam., Son épée ne tient pas au fourreau, se dit d'un Homme querelleur qui est toujours prêt à mettre l'épée à la main. Fig., Se faire blanc de son épée, Se prévaloir de son courage, de son crédit, etc., pour garantir le succès d'une affaire. Par extension et corruption, on dit aujourd'hui dans un sens différent Faire blanc de son épée pour Témoigner trop d'assurance, promettre, garantir ce qu'on n'est pas certain de faire. Prov. et fig., L'épée use le fourreau. Voyez FOURREAU. Tirer l'épée hors du fourreau. Voyez FOURREAU. Fig., C'est son épée de chevet. Voyez CHEVET. Prov., À vaillant homme courte épée, Quand on est courageux, toute arme est bonne pour se défendre. Fig., Son épée est trop courte, Son crédit, son autorité ne s'étend pas loin. Il désigne absolument l'État des gens de guerre, l'état militaire, surtout par opposition à l'État des gens de robe ou d'Église. Il a quitté la robe pour l'épée, pour prendre l'épée. Les gens d'épée. Homme d'épée. Il s'emploie de même, dans certaines phrases figurées, pour désigner le Courage, la valeur ou la Force des armes. Il ne doit son élévation qu'à son épée. Le droit de l'épée. L'épée de la France.

Littré (1872-1877)

ÉPÉE (é-pée) s. f.
  • 1Chez les anciens, arme offensive semblable à un sabre droit, dont on frappait l'adversaire ; chez les modernes, arme offensive longue et aiguë que l'on porte suspendue au côté. Longue, courte épée. Se battre en duel à l'épée. [Il] met l'épée à la main, tourne le reste en fuite, Corneille, Théod. IV, 4. Contre nous de pied ferme ils tirent leurs épées, Corneille, Cid, IV, 3. Mon père est mort, Elvire, et la première épée Dont s'est armé Rodrigue a sa trame coupée, Corneille, ib. III, 3. Si je savais qui ce peut être, je lui donnerais tout à l'heure de l'épée dans le ventre, Molière, Georg. Dandin, I, 6. Aussitôt dans son sein il plonge son épée, Racine, Mith. v, 4. Il tira son épée pour se percer, Fénelon, Tél. v.

    Épée de Damoclès, voy. DAMOCLÈS.

    Il est brave comme son épée, se dit d'un homme très brave. Achille, beau comme le jour, Et vaillant comme son épée, Sarrasin, au duc d'Enghien.

    Avoir l'épée sur la gorge, être saisi et menacé d'être tué ; et fig. Être vivement pressé. Se voir l'épée à la gorge, Patru, Plaid. 5, dans RICHELET.

    Se battre de l'épée qui est chez le fourbisseur, se disputer de choses qui ne sont pas en la puissance de ceux qui se les disputent.

    Un coup d'épée, un coup donné avec l'épée. Ton premier coup d'épée égale tous les miens, Corneille, Cid, III, 6.

    Faire deux coups d'épée, s'est dit d'un échange de quelques bottes, d'un duel sans acharnement. Plutôt, si votre amour a tant de véhémence, Faisons deux coups d'épée au nom de la beauté, Corneille, Illus. com. III, 9.

    Il a fait un beau coup d'épée, se dit ironiquement d'un homme qui a fait quelque sottise.

    Familièrement. Un coup d'épée dans l'eau, un effort sans résultat.

    Poursuivre, presser l'épée dans les reins, presser vivement à la guerre, dans une affaire, dans une discussion.

    Emporter une chose à la pointe de l'épée, l'obtenir par la voie des armes ; et fig. avec effort, de vive force. Rien d'assuré, point de franche lippée ; Tout à la pointe de l'épée, La Fontaine, Fabl. I, 5. Nous avons gagné la requête du grand conseil à la pointe de l'épée, Sévigné, 534.

    Poser l'épée, cesser la guerre.

    Rendre son épée, se déclarer vaincu, céder. N'avez-vous point vu un prince qui se bat jusqu'à l'extrémité ? un autre s'avance pour voir qui peut faire une si grande résistance ; il voit l'inégalité du combat… il écarte ses gens, il demande pardon à ce vaillant homme, qui lui rend son épée à cause de son honnêteté ; car, sans lui, il ne l'eût jamais rendue, Sévigné, 209.

    Rendre l'épée à un officier, la remettre entre les mains d'un officier qui l'avait déposée pour passer en jugement et qui est honorablement acquitté.

    On lui a demandé son épée, on l'a arrêté (en parlant d'un officier).

    Briser son épée, quitter le service.

    Mettre son épée au service de l'étranger, prendre du service dans une armée étrangère.

    Fig. Se blesser de son épée, se faire du mal en voulant en faire aux autres. Je me blessai tellement de ma propre épée que j'en pleurai, Sévigné, 510.

    N'avoir que la cape et l'épée, se disait autrefois d'un gentilhomme, d'un cadet, qui n'avait point de fortune.

    Fig. Cela n'a que la cape et l'épée, ce mérite n'a que la cape et l'épée, cela est de peu de valeur, ce mérite est léger.

    Son épée ne tient pas dans le fourreau, au fourreau, se dit d'un homme toujours prêt à se battre.

    Son épée est trop courte, se dit de celui qui ne peut obtenir ce qu'il prétend, faute de force ou de crédit.

    Son épée est vierge, se dit de celui qui ne s'est jamais battu.

    Ils en sont aux épées et aux couteaux, ils sont en grande querelle. On vous a mandé comme M. de Coetquen était avec M. de Chaulnes : il était avec lui ouvertement aux épées et aux couteaux, Ch. Sévigné, Lett. à Mme de Grign. 17 janv. 1676.

    Traîneur d'épée, batteur de pavé qui porte une épée et ne va pas à la guerre.

    Chevalier de la petite épée, filou. Et l'autre un chevalier de la petite épée, Régnier, Sat. X.

    Se faire blanc de son épée, voy. BLANC 1, avec l'explication qui montre qu'il ne faut pas dire, comme on dit quelquefois, faire blanc de son épée.

    Mettre, faire passer quelque chose du côté de l'épée, mettre quelque profit, quelques fonds à couvert, en réserve. Quoique les pots de vin que Son Éminence prend sur toutes les charges puissent avoir été du côté de l'épée, car on n'en voit pas le débouché dans le peu de petites charités qu'il fait, D'Argenson, Mém. t. III, 1861, p. 122.

    Il se dit souvent, en mauvaise part, de quelque profit illicite, ou de quelque bien qu'on soustrait à ceux qui y auraient droit. Il abandonne ses biens à ses créanciers, mais il a mis quelque chose du côté de l'épée. Mais prompt, habile, diligent à saisir un certain argent, Somme aux inspecteurs échappée, Il a du côté de l'épée Mis, ce dit-on, quelques deniers, La Fontaine, Lett. XX.

    Mourir d'une belle épée, d'une vilaine épée, éprouver un revers, quelque accident par une belle, par une vilaine cause, succomber sous un adversaire considérable ou sans considération.

    Se laisser dire quelque chose d'injurieux l'épée au côté, souffrir une injure sans rien dire.

  • 2Épée de chevet, épée qu'on mettait sous son chevet pour se défendre en cas d'attaque nocturne.

    Fig. Épée de chevet, personne sur laquelle on compte, chose dont on fait un usage continuel. Toujours parler d'argent ! voilà leur épée de chevet, Molière, l'Avare, III, 5.

    Épée à deux mains, épée à lame très longue et très forte dont on se servait au moyen âge.

    Épée d'État, glaive qui se porte devant les souverains d'Angleterre dans les cérémonies.

    Épée flamboyante, épée dont la lame semble jeter des flammes. Un ange armé d'une épée flamboyante.

    Terme de blason. Épée haute, épée dont la pointe est tournée vers le haut de l'écu. Épée garnie, épée dont la garde et le pommeau sont d'un autre émail que la lame.

  • 3Plat d'épée, ou de l'épée, la partie plate de la lame. Donner des coups de plat d'épée.
  • 4L'état militaire. À la fin j'ai quitté la robe pour l'épée, Corneille, le Menteur, I, 1. À son retour en France, il quitta l'épée et se mit dans l'état ecclésiastique, non point par ambition, mais par goût et pour jouir d'une vie paisible et réglée, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 306, dans POUGENS.

    Les gens d'épée, les militaires. J'ai si grand peur de ces hommes d'épée, Régnier, Sat. IX. Les gens d'épée sont les princes, les ducs et pairs, les maréchaux de France et les grands officiers de la couronne, les gouverneurs et lieutenants généraux des provinces, les gouverneurs et états-majors des villes et places de guerre, Vauban, Dîme, p. 67.

  • 5 Fig. Vaillance à la guerre. Il ne doit son élévation qu'à son épée. Une noblesse fière aimait à soutenir ses droits par son épée…, Montesquieu, Esp. XXVIII, 18.
  • 6Celui qui est l'arme offensive, celui qui porte la guerre. Qui fut tantôt le bouclier, et tantôt l'épée de son pays, Fléchier, Tur.
  • 7Une bonne épée, un bon tireur, un homme qui se bat bravement. C'était la plus rude épée de France, Hamilton, Gramm. 4.
  • 8Nœud d'épée, nœud de rubans dont les hommes en habit de parure garnissaient autrefois la garde de leur épée.
  • 9 Terme d'escrime. Le fort de l'épée, la partie de la lame la plus proche de la garde. Le mi-fort de l'épée, le milieu de la lame. Le faible de l'épée, l'extrémité de la lame.
  • 10 Terme de manége. La main de l'épée, se disait de la main droite.

    Épée ou épée romaine, marque en forme d'épi, qui vient sur l'encolure de certains chevaux, près de la crinière.

  • 11 Terme de cordier. Morceau de bois en forme de coutelas qui sert à battre la sangle.

    Grande alêne de bourrelier.

  • 12Chacun des deux montants d'un avant-train de charrue.
  • 13 Terme de pêche. Instrument qui sert à prendre les poissons en les piquant, et qui a du rapport avec la foine.
  • 14Épée de mer, espadon, scie de mer, espèce de dauphin.
  • 15 Terme d'alchimie. Épée des philosophes, le feu.

PROVERBES

Il a couché comme l'épée du roi, dans son fourreau, se dit de celui qui s'est couché sans se déshabiller.

À vaillant homme courte épée, c'est-à-dire un homme vaillant n'a pas besoin d'une longue épée, un homme habile n'a pas besoin de beaucoup d'instruments.

L'épée use le fourreau, se dit en parlant des personnes dont la grande activité d'esprit altère les forces, la santé.

HISTORIQUE

Xe s. Ad une spede [il] li roveret [commanda] tolir lo chief [tête], Eulalie.

XIe s. [Il] ceint Murglies s'espée à son costed, Ch. de Rol. XXVI. Quant le vit Guenes, mist la main à l'espée, ib. XXXIII.

XIIe s. Car nos espées bones sont et tranchant, Ronc. p. 43. Fous, fait-il, tuz dis fustes et estes, et serez, Quant vus l'espée traite de sur le rei venez ; S'il trait sur vus la sue, coment vus defendrez ? Th. le mart. 39. Cos [coup] d'espée garist et sainne Mult tost, des que mires [le médecin] i painne ; Et la plaie d'amors anpire, Quant ele est plus pres de son mire, Chrestien de Troyes, dans HOLLAND, p. 268.

XIIIe s. Deus espées sunt, par lesqueles toz li pueples doit estre governés esperituelment et temporelment, car l'une des espées doit estre espirituel et l'autre temporel, Beaumanoir, XLVI, 11. Tant lui prierent tout cil qui là estoient que li rois rendi s'espée au soudan, Joinville, 208.

XVe s. Si commanda ledit comte qu'on mit tout à l'espée [qu'on tuât tout], Froissart, I, I, 138. Il ouyt une voix qui lui dist : Chevalier sans espée, où vas-tu si vistement ? car chevalier sans espée n'est que femme sans quenouille, Perceforest, t. IV, f° 157.

XVIe s. Il mesle la premiere trouppe qui estoit sur le bord de l'eau, et, sans la desmordre, va mesler à l'entrée d'un chemin quelques espées dorées [seigneurs, muscadins] qui firent ferme, D'Aubigné, Hist. II, 381. La mort de son espée de chevet Bussi, de qui la fin fut telle, D'Aubigné, ib. II, 423. Je faillis à le frapper, mais c'estoit un homme d'espée, D'Aubigné, Conf. II, 6. Lui qui est aussi vaillant que son espée, Caquets de l'accouchée, p. 135, dans LACURNE, au mot martial. Qui porte espée porte paix, Génin, Récréat. t. II, p. 248. [Cheval ayant] poil chastain, astre au front, aux jambes deux balzans, romaine espée au col, de l'aage de sept ans, Des Accords, Bigarr. f° 140.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉPÉE. Ajoutez : - REM. Voici le nom et la définition de différentes sortes d'épées.

L'épée des monuments grecs affecte la forme d'une feuille de sauge ; elle a deux tranchants ; la pointe en est aiguë.

L'épée romaine a une lame courte et droite ; elle est à deux tranchants ; la pointe en est à deux biseaux, dont l'angle est plus ou moins ouvert.

Grande épée d'armes, arme des XIIe et XIIIe siècles ; lame lourde, sans évidement.

Épée fourrée ou à deux mains, grande et lourde épée, à deux tranchants, agissant surtout de taille, à longue poignée pour être maniée à deux mains.

Épée bâtarde, épée dont la lame était large et plus courte que celle de l'épée ordinaire des hommes d'armes.

Épées jumelles, épées symétriques, disposées de manière à pouvoir être placées deux à la fois dans le même fourreau.

L'épée moderne est une arme aiguë et longue, caractérisée par la forme symétrique de la lame ; elle n'a pas de dos comme en ont les armes d'estoc et de taille ; elle n'a pas de tranchant, ou en a deux ou trois.

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Étymologie de « épée »

(880) Du moyen français espée, de l’ancien français espee, spede, du latin spatha (« épée longue »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. espaza, espada ; catal. espasa ; espagn. et port. espada ; ital. spada ; du latin spatha, large épée, ainsi dite par assimilation avec spatha, outil de tisserand. Cependant, comme le celtique a spad, bêche (irland. et angl. spade), et spadaim, abattre, tuer. et que Diodore, v, 30, dit que spatha est le nom d'une longue épée des Gaulois, certains étymologistes ont pensé que spatha, dans le sens d'épée, était celtique, et ne s'était trouvé que par hasard conforme avec le latin spatha, outil de tisserand.

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Phonétique du mot « épée »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
épée epe

Évolution historique de l’usage du mot « épée »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « épée »

  • Si ton épée est trop courte, allonge-là d'un pas. De Proverbe hongrois
  • L'épée est l'axe du monde et la grandeur ne se divise pas. Charles de Gaulle, Vers l'armée de métier, Plon
  • Par l'épée et par la charrue. Anonyme,
  • Ils ignorent que les épées sont données pour que personne ne soit esclave. Lucain en latin Marcus Annaeus Lucanus, Pharsale, IV, 579
  • Je tiens toujours l'épée d'une main et la plume de l'autre. Luís Vaz de Camões, Les Lusiades, VII, 79
  • Rengaine ton épée : tous ceux qui useront de l'épée, périront par l'épée. De Saint Matthieu / La Bible
  • L'épée n'a jamais émoussé la plume, ni la plume et l'épée. De Miguel de Cervantès / Don Quichotte
  • Il vaut mieux être percé d'une épée bien luisante que d'une épée rouillée. De Proverbe français
  • L’épée use le fourreau. De Proverbe français
  • "J'achèterai tout", a dit l'or ; "Je prendrai tout", a dit l'épée. De Alexandre Pouchkine / L'or et l’épée
  • On ne fond pas une bonne épée avec du mauvais fer. De Proverbe chinois
  • La gourmandise tue plus de gens que l’épée. De Proverbe français
  • Les excès tuent plus sûrement que les épées. De Proverbe chinois
  • Le foie de mon ennemi est le fourreau de mon épée. De Proverbe tibétain
  • La fourchette tue plus de monde que l’épée. De Proverbe québécois
  • Ne dégaine pas une épée pour tuer un moustique. De Proverbe coréen
  • La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent jamais rouiller. De Proverbe chinois
  • On peut guérir d'un coup d'épée, mais guère d'un coup de langue. De Proverbe chinois
  • Le forgeron et fondateur de « That Works » a récemment publié une nouvelle vidéo sur la forge d’une épée de Dark Souls 3, l’Épée de Chevalier de Lothric. Elle lui avait été demandée maintes fois par les fans du titre d’action RPG de FromSoftware, réputé pour sa difficulté. Cette épée est l’une des armes les plus populaires de jeu. Elle est également l’une des plus puissantes de sa catégorie, celle des épées droites. Cette épée peut être récupérée sur les corps des Chevaliers de Lothric ou achetée pour la somme conséquente de 4 000 âmes (la monnaie du jeu). Toms Guide : actualités high-tech et logiciels, Dark Souls 3 : l'Épée de Chevalier de Lothric forgée pour de vrai en taille réelle
  • Alors que la police municipale passait par là, elle a assisté à une agression verbale envers la femme, de la part de l’homme qui était muni d’une canne épée comme à sa bonne habitude. SudOuest.fr, Charente-Maritime : muni de sa canne épée, il voulait récupérer son chien

Images d'illustration du mot « épée »

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Traductions du mot « épée »

Langue Traduction
Anglais sword
Espagnol espada
Italien spada
Allemand schwert
Chinois
Arabe سيف
Portugais espada
Russe меч
Japonais
Basque ezpata
Corse spada
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Synonymes de « épée »

Source : synonymes de épée sur lebonsynonyme.fr
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