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L'épée de Damoclès : définition et origine de l’expression

Aussi incongru que cela puisse paraître pour certains, il existe une liste d'épées « légendaires » : parmi les plus connues, nous pouvons citer Durandal, épée de Charlemagne ; Hauteclaire, épée d’Olivier (compagnon de Roland dans la Chanson de Roland) ; Excalibur, évidemment, épée donnée par la Dame du Lac au roi Arthur ou encore Anduril, épée d’Aragorn dans le Seigneur des Anneaux. Mais aucune, jusqu’ici, n’a acquis autant de renommée que l’épée de Damoclès, devenue une expression de la langue française.

Nous vous expliquons ici sa lointaine origine et ce que l’emploi de l’expression « épée de Damoclès » signifie désormais. Bonne lecture !

Définition de l’expression « l'épée de Damoclès »

L’expression française « épée de Damoclès » est une locution nominale servant à désigner une situation menaçante lors de laquelle une catastrophe peut se produire d’un moment à un autre. Elle souligne l’idée de danger imminent. Beaucoup plus rarement, on la trouve sous la forme « hache de Damoclès ».

Les expressions « ne tenir qu’à un fil », « couperet » ou « un danger qui plane au-dessus de la tête » sont liées à l’expression « épée de Damoclès » par proximité de sens ou d’origine. 

Origine de l’expression « l'épée de Damoclès »

L’expression « épée de Damoclès » nous vient d’une légende grecque rapportée d’abord par l’historien grec Timée de Tauroménion, dans ses Histoires, texte désormais disparu. Le récit nous est finalement parvenu grâce à l’auteur latin Cicéron, qui la rapporte dans les Tusculanes

Le mythe, raconté comme une allégorie morale, met en scène deux personnages principaux : Damoclès, un orfèvre, et Denys l’Ancien, tyran de Syracuse. Les sources racontent que ce dernier était constamment méfiant, vivait sous haute surveillance et entouré de nombreux courtisans. Parmi ces derniers se trouvait donc Damoclès, maître en orfèvrerie qui n’avait de cesse de souligner la chance qu’avait Denys d’être tyran de Syracuse.

Denys, afin de démontrer à Damoclès qu’il n’est pas toujours enviable d’être un personnage public puissant, lui proposa alors de prendre sa place le temps d’une journée. Au banquet, assis à la place du tyran Denys, Damoclès s'aperçut alors qu’une épée était placée au-dessus de sa tête, retenue seulement par un crin de cheval. La morale de l’histoire est simple : un grand pouvoir suppose de grandes responsabilités, une place privilégiée mais aussi un danger permanent

Voici un extrait du mythe rapporté par Cicéron et la conclusion qu’il en donne :

Ainsi Damoclès se croyait le plus fortuné des hommes, lorsque tout d'un coup, au milieu du festin, il aperçut au-dessus de sa tète une épée nue, que Denys y avait fait attacher, et qui ne tenait au plancher que par un simple crin de cheval. Aussitôt les yeux de notre bienheureux se troublèrent : ils ne virent plus, ni ces beaux garçons, qui le servaient, ni la magnifique vaisselle qui était devant lui : ses mains n'osèrent plus toucher aux plats : sa couronne tomba de sa tête. Que dis-je? Il demanda en grâce au tyran la permission de s'en aller, ne voulant plus être heureux à ce prix. Pouvez-vous désirer rien de plus fort, rien qui prouve mieux que Denys lui-même sentait qu'avec de continuelles alarmes on ne goûte nul plaisir ?

Tusculanes, V, XXI

Certains font remonter l’utilisation de l’épée de Damoclès en tant qu’expression au XIXe siècle, néanmoins, les archives de la Bnf attestent de l’utilisation de l’expression dès le début du XVIIIe siècle (Les oeuvres de Maistre Loiseau, 1701).

L'épée de Damoclès
L’épée de Damoclès, Richard Westall, 1812, domaine public

Pour aller plus loin : le mythe de l’épée de Damoclès a aussi donné naissance, dans le domaine de la psychologie et de la psychiatrie, à un nom de syndrome, théorisé en 1981 par les psychologues Koocher et O’Malley. Le « syndrome de Damoclès », aussi appelé « syndrome de Lazare » touche les enfants (mais aussi les adultes dans certains cas) et se caractérise par une peur constante d’un retour de la maladie dont on vient de guérir. Il concerne surtout les enfants ayant survécu à des cancers. 

Exemples d’usage de l’expression « l'épée de Damoclès »

Le monde est juste, il n'accorde les honneurs de son intérêt qu'aux sentiments vrais. Béatrix jouant la comédie est jugée comme une actrice de second ordre. Sa fuite n'était autorisée par aucune contrariété. L'épée de Damoclès ne brillait pas au milieu de ses fêtes...

Balzac, Béatrix, 1839-45

Il sort un papier de sa poche, c'est un poème de Kerouac. Je lui dis combien je l'aime. « Qui ça, Kerouac ? Non, toi. Oui, répond-il, c'est une épée de Damoclès que j'ai au dessus de la tête.

Judith Brouste, Jours de guerre

29 juin 1941 – Je me demande comment tant de jeunes filles osent encore faire l’amour avec cette terreur, cette épée de Damoclès sur leur ventre ? Sont-elles héroïques ou inconscientes ?

Benoîte et Flora Groult, Journal à quatre mains, 1962

J'ai regretté douloureusement de ne pouvoir sauver Catherine mais, je le répète, j'en savais moins à ce sujet que les femmes du peuple habituées à l'épée de Damoclès qui, solidaires, se débrouillent entre elles le samedi soir.

Marilène Clément, La Mort est rouge

Sans cette épée de Damoclès au-dessus des despotes, comment échapper au cynisme des intérêts et des rapports de force ?

Régis Debray, L'Emprise

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