La langue française

Métaphore

Sommaire

  • Définitions du mot métaphore
  • Étymologie de « métaphore »
  • Phonétique de « métaphore »
  • Citations contenant le mot « métaphore »
  • Images d'illustration du mot « métaphore »
  • Traductions du mot « métaphore »
  • Synonymes de « métaphore »

Définitions du mot « métaphore »

Trésor de la Langue Française informatisé

MÉTAPHORE, subst. fém.

A. − RHÉTORIQUE
1. Rare. [P. réf. à Aristote] Figure d'expression fondée sur le transfert à une entité du terme qui en désigne une autre. C'est une remarque excellente d'Aristote, dans sa «Rhétorique» que toute métaphore fondée sur l'analogie doit être également juste dans le sens renversé (Chamfort, Max. et pens., 1794, p. 68).
Rem. Voir Aristote, Poétique, 1457 b 6-9 (trad. J. Hardy, Paris, Les Belles Lettres, 1932): ,,La métaphore est le transport à une chose d'un nom qui en désigne une autre, transport ou du genre à l'espèce, ou de l'espèce au genre, ou de l'espèce à l'espèce ou d'après le rapport d'analogie``. Seule la métaphore d'après le rapport d'analogie correspond à ce que l'on entend usuellement par métaphore (infra 2).
2. Figure d'expression par laquelle on désigne une entité conceptuelle au moyen d'un terme qui, en langue, en signifie une autre en vertu d'une analogie entre les deux entités rapprochées et finalement fondues. Par la magie de la métaphore qui rapproche ce qui était distant (Béguin, Âme romant., 1939, p. 355).La métaphore se distingue de la similitude ou comparaison par le fait qu'aucun élément formel de comparaison ne s'y trouve présent (ReySémiot.1979):
1. Nous disons que les corps célestes obéissent à la loi de Newton; cela signifie qu'ils suivent des paroles comme les enfants sages. Mais ce n'est qu'une métaphore? Sans doute; mais la métaphore est enfermée dans le mot loi. L'algébriste veut échapper à la métaphore, et retrouve la fonction, autre métaphore. Les métaphores nous pressent, comme les ombres infernales autour d'Énée. Et ces pensées mortes doivent revivre en chaque enfant, comme le mythe du Léthé l'exprime, métaphore sur les métaphores. Et ceux qui méprisent les jeunes métaphores, nous les nommons pontifes, c'est-à-dire prêtres et ingénieurs par une double métaphore. Alain, Propos, 1921, pp. 333-334.
Rem. La métaph. peut affecter le subst., l'adj. qualificatif, le verbe et, dans une bien moindre mesure, l'adv.
[Déterminé par un adj.] Métaphore expressive, neuve, usée. Ruisseau-argenterie rajeunit à peine la métaphore banale du ruisseau aux flots d'argent (Éluard, Donner, 1939, p.131).
[L'adj. évoque le domaine sém. auquel est emprunté le terme employé comme métaph.] Métaphore musicale, sensorielle. De l'amour, de la prédilection des Français pour les métaphores militaires. Toute métaphore ici porte des moustaches (Baudel., Coeur nu, 1867, p. 654).Non, pas de métaphores hippiques quand nous envisageons le domaine de l'administration financière (Arnoux, Solde, 1958, p. 102).
Métaphore filée (ou suivie). Série structurée de métaphores qui exploitent, en nombre plus ou moins élevé, des éléments d'un même champ sémantique (d'apr. A. Henry, Méton. et métaph., 1971, p. 122). Plus caractéristique est cette autre métaphore filée reprise à Dieu [de Hugo], parce que sa structure sémantique est mise en évidence par la construction systématique et symétrique (Arnoux, Solde, 1958p. 187).
Filer ou suivre la métaphore. Observe de suivre les métaphores (Flaub., Corresp., 1853, p. 248).
Par métaphore. En recourant à une/des métaphore(s). Autour de certains souvenirs de notre être, nous avons la sécurité d'un coffret absolu. Mais avec ce coffret absolu, voilà que nous aussi nous parlons par métaphore (Bachelard, Poét. espace, 1957, p.88).
P. ext. Façon figurée de parler. Je m'enhardis, monsieur, à vous demander de venir dîner (...) chez moi, vendredi prochain, à six heures. Quand je dis chez moi, c'est une métaphore: je n'ai pas de chez moi à Paris (Sand, Corresp., t. 4, 1856, p.86).
B. − P. anal. [À propos de signes autres que ceux du lang. articulé, en partic. dans le domaine des arts] [L'architecture] représente une création analogue à celle de l'être humain (...) et dans ses métaphores de pierre ou de marbre il [ l'artiste] figurera des fibres délicates unies en faisceau et fortifiées par des ligatures (Ch. Blanc, Gramm. arts dessin, 1876, p. 138):
2. Les courants qui les mènent [les artistes] sont plutôt du domaine des effluves; ou, encore, ils glissent entre deux eaux: au-dessus d'eux, c'est la tempête et les vagues humaines, au-dessous, les éternelles profondeurs pleines de secrets essentiels. Ces deux pôles qui s'ignorent ne peuvent communiquer à l'aide d'un langage courant, en l'espèce, le «sujet», bien compréhensible, d'un tableau, mais plutôt grâce à des métaphores plastiques difficiles à entendre sur l'heure. Lhote, Peint. d'abord, 1942, p. 177.
REM. 1.
Métaphorisation, subst. fém.Création d'une métaphore. Cette identification [entre deux représentations] est indispensable, pour qu'il y ait métaphorisation (A. Henry, Méton. et métaph., 1971, p. 84).
2.
Métaphoriser, verbea) Emploi intrans. Faire des métaphores, s'exprimer en recourant à la métaphore. Ceux dont on a pu lire dans la matinée quelque parole ou acte mémorable, quelque dépêche mâle et simple, peut-on raisonnablement les entendre déclamer, rêver, rimer, métaphoriser, même en beaux vers, le soir? (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 5, 1863, p. 306).b) Emploi trans. Désigner par métaphore. ,,Gouffre``, chez Baudelaire, par ailleurs métaphorise l'enfer et le coeur du pécheur (Guiraudds Langage, 1968, p. 446).
3.
Métaphorisme, subst. masc.Tendance marquée à recourir à la métaphore. Guéri du métaphorisme (L. Daudet, Maurras, 1928, p. 31).
Prononc. et Orth.: [metafɔ:ʀ]. Ac. 1694, 1718 metaphore, dep. 1740 mé-. Étymol. et Hist. 1275-80 (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 7161). Empr. au lat. metaphora de même sens, du gr. μ ε τ α φ ο ρ α ́ «id.» au propre «transport» d'où «changement», du verbe μ ε τ α φ ε ́ ρ ω «transporter», «employer métaphoriquement», formé des élém. μ ε τ(α)-, de μ ε τ α ́ adv. et -φ ο ρ α de φ ε ́ ρ ω «je porte». Fréq. abs. littér.: 774. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 553, b) 1008; xxes.: a) 784, b) 1808. Bbg. Adank (H.). Essai sur les fondements psychol. et ling. de la métaphore affective. Genève, 1939, 191 p. _ Bouverot (D.). Comparaison et métaphore. Fr. mod. 1969, t.37, pp. 132-147, 224-238. _ Brooke-Rose (Ch.). A grammar of metaphor. London, 1958, 343 p. _ Caminade (P.). Image et métaphore. Paris, 1970, 160 p. _ Delb. Matér. 1880, p. 203 (s.v. métaphoriser). _Dubois (Ph.). La Métaphore filée et le fonctionnement du texte. Fr. mod. 1975, t. 43, pp. 202-213. _ Edeline (F.). Nouv. rech. sur la métaphore. Semiotica. 1979, t. 25, pp. 379-387. _ Henry (A.). Métonymie et métaphore. Bruxelles, 1984, 246 p. _ Konrad (H.). Ét. sur la métaphore. Paris, 1958, 173 p. _ Le Guern (M.). Sém. de la métaphore et de la métonymie. Paris, 1972, 127 p. _ Martin (R.). Pour une logique du sens. Paris, 1983, pp. 183-203. _ Meier (H.). Die Metapher. Winterthur, 1963, 246 p. _Langages. 1979, no54 (La Métaphore, par J. Molino), 125 p. _ Normand (Cl.). Métaphore et concept. Bruxelles - Paris, 1976, 164 p. _ Quem. DDL t. 6 (s.v. métaphoriser). _ Rhétorique générale, par le groupe μ (J. Dubois, et al.). Paris, 1970, pp. 106-112. _ Ricoeur (P.). La Métaphore vive. Paris, 1975, 415 p.

Wiktionnaire

Nom commun

métaphore \me.ta.fɔʁ\ féminin

  1. Figure de style qui consiste à remplacer un mot par un autre, alors qu’entre ces mots il y a un rapport d’analogie.
    • Les prophètes et les patriarches, ces saints de la vieille loi, et qui n'ont connu la vérité qu’imparfaitement et à travers des métaphores, ont le nimbe en argent. — (M. Didron, Iconographie chrétienne : Histoire de Dieu, dans la Collection des Inédits sur l'Histoire de France, 3e série : Archéologie, Paris : Imprimerie royale, 1843, p.169)
    • Dès l’Antiquité, les poètes ont usé de métaphores guerrières pour décrire les effets de l’amour naturel. Le dieu d’amour est un « archer » qui décoche ses « flèches mortelles ». La femme « se rend » à l’homme qui la « conquiert » […]. — (Denis de Rougemont, L’Amour et l’Occident, édition de 1946)
    • Voila comment, dans la plupart des poèmes arabes que l’on va lire, les métaphores même les plus complexes ne quittent jamais le champ des réalités pour celui des abstractions. — (Pierre Louÿs, La Femme dans la poésie arabe, dans Archipel, 1932)
    • Ces docteurs confondent, par un grossier sophisme, un idéal qui, en tant que non changeant, peut par pure métaphore être qualifié de mort, avec les hommes, les êtres charnels […]— (Julien Benda, La Trahison des clercs : Appendice des valeurs cléricales, 1927, éd. 1946)
    • Ils ne sont pas en peine d’être gouailleurs et d’employer avec la pratique un langage ambigu, la métaphore et l’hyperbole. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
    • Nous utilisons souvent cette figure de rhétorique qui consiste à substituer la comparaison analogique sans signaler la ressemblance. La métaphore la plus scandaleuse de l'histoire du théâtre est le fameux « Vous êtes mon lion superbe et généreux » de Victor Hugo qui déclencha la bataille d'Hernani. — (Jean-Claude Martin, Comment avoir le dernier mot : Développez votre sens de la repartie pour toujours répondre du tac au tac !, Leduc.s Éditions, 2011, page 118)
    • Mythologie du village français ? Oui, complètement ! C’est même drôle à quel point nous recouvrons la réalité par des métaphores et des mythes. Actuellement, ce sont l’image de la guerre et de l’abri qui dominent. — (Michel Eltchaninoff, « Carnet de la drôle de guerre », dans la newsletter du 21/03/220 de Philosophie Magazine.)

Forme de verbe

métaphore \me.ta.fɔʁ\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de métaphorer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de métaphorer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de métaphorer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de métaphorer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de métaphorer.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MÉTAPHORE. n. f.
T. de Rhétorique. Comparaison abrégée, par laquelle on transporte un mot du sens propre au sens figuré. Métaphore heureuse, juste, hardie, outrée, forcée, incohérente. C'est par métaphore qu'on dit d'un homme courageux : C'est un lion. Faire des métaphores qui se suivent.

Littré (1872-1877)

MÉTAPHORE (mé-ta-fo-r') s. f.
  • 1 Terme de rhétorique. Dans le sens primitif, qui est celui d'Aristote et de l'étymologie, synonyme de trope ; c'est un terme général.
  • 2Dans un sens plus restreint, qui est le sens des rhéteurs postérieurs, de Cicéron, de Quintilien et le sens actuel, figure par laquelle la signification naturelle d'un mot est changée en une autre ; comparaison abrégée. Les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées, Bossuet, 6e avert. 82. Et, toujours bien mangeant, mourir par métaphore, Boileau, Sat. IX. La métaphore ou la comparaison emprunte d'une chose étrangère une image sensible et naturelle d'une vérité, La Bruyère, I. La métaphore est, selon les maîtres de l'éloquence, une similitude abrégée et une comparaison en un mot, Bouhours, Entret. d'Ariste et d'Eug. Entret. 6. Il n'est rien de plus difficile à ménager en ce temps-ci que les métaphores ; pour peu qu'on se donne carrière, on va dans l'excès, et on se trouve tout étonné de se voir enlacé misérablement dans le phébus de la vieille cour, Bayle, Lett. à Minutoli, 2 mai 1673. Si j'avais à choisir une favorite parmi les figures, à l'exemple de Socrate, qui se saisit de l'ironie pour sa part, ce ne serait pas la métaphore continuée qui toucherait mon inclination, Bayle, ib. La métaphore est une figure par laquelle on transporte, pour ainsi dire, la signification propre d'un nom à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison qui est dans l'esprit, Dumarsais, Tropes, part. II, art. 10. Les métaphores sont défectueuses quand elles sont tirées de sujets bas ; le P. de Colonia reproche à Tertullien d'avoir dit que le déluge universel fut la lessive de la nature, Dumarsais, ib. Quand on dit simplement : c'est un lion, la comparaison n'est alors que dans l'esprit, et non dans les termes ; c'est une métaphore, Dumarsais, ib. La tragédie admet les métaphores, mais non pas les comparaisons ; pourquoi ? parce que la métaphore, quand elle est naturelle, appartient à la passion ; les comparaisons n'appartiennent qu'à l'esprit, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Hor. III, 1. Pour peu qu'on ait de chaleur dans l'esprit, on a besoin de métaphores et d'expressions figurées pour se faire entendre, Rousseau, Hél. II, 16. Boileau disait qu'on entendait aux halles plus de métaphores en un jour qu'il n'y en a dans toute l'Énéide, La Harpe, Cours de littér. t. VI, p. 468, édit. DUPONT. Dieu, dis-je en moi-même tout bas, Dieu, délivre-nous du malin et du langage figuré ; les médecins m'ont pensé tuer, voulant me rafraîchir le sang ; celui-ci m'emprisonne de peur que je n'écrive du poison… Jésus, mon Sauveur, sauvez-nous de la métaphore, Courier, Pamphlet des pamphlets.

    Métaphores disparates ou incohérentes, celles dont les termes ne peuvent pas s'accorder ; par exemple, c'est un torrent qui s'allume, il faut dire qui entraîne. Ces faits [paléontologiques] qui ont jeté les premières semences d'un grand corps de doctrine, Cuvier, Éloge de Pallas. On ne peut pas dire les semences d'un corps.

HISTORIQUE

XIIIe s. Mes des poetes les sentences, Les fables et les metafores…, la Rose, 7229.

XIVe s. Verité est que aucun juste est en un home qui est juste selon metaphore ou selon similitude, Oresme, Éth. 169.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MÉTAPHORE, s. f. (Gram.) « c’est, dit M. du Marsais, une figure, par laquelle on transporte, pour ainsi dire, la signification propre d’un nom (j’aimerois mieux dire d’un mot) à une autre signification qui ne lui convient qu’en vertu d’un comparaison qui est dans l’esprit. Un mot pris dans un sens métaphorique perd sa signification propre, & en prend une nouvelle qui ne se présente à l’esprit que par la comparaison que l’on fait entre le sens propre de ce mot, & ce qu’on lui compare : par exemple, quand on dit que le mensonge se pare souvent des couleurs de la vérité ; en cette phrase, couleurs n’a plus de signification propre & primitive ; ce mot ne marque plus cette lumiere modifiée qui nous fait voir les objets ou blancs, ou rouges, ou jaunes, &c. il signifie les dehors, les apparentes ; & cela par comparaison entre le sens propre de couleurs & les dehors que prend un homme qui nous en impose sous le masque de la sincérité. Les couleurs font connoître les objets sensibles, elles en font voir les dehors & les apparences ; un homme qui ment, imite quelquefois si bien la contenance & le discours de celui qui ne ment pas, que lui trouvant le même dehors & pour ainsi dire les mêmes couleurs, nous croyons qu’il nous dit la vérité : ainsi comme nous jugeons qu’un objet qui nous paroît blanc est blanc, de même nous sommes souvent la dupe d’une sincérité apparente ; & dans le tems qu’un imposteur ne fait que prendre les dehors d’homme sincere, nous croyons qu’il nous parle sincerement.

» Quand on dit la lumiere de l’esprit, ce mot de lumiere est pris métaphoriquement ; car comme la lumiere dans le sens propre nous fait voir les objets corporels, de même la faculté de connoître & d’appercevoir, éclaire l’esprit & le met en état de porter des jugemens sains.

» La métaphore est donc une espece de trope ; le mot, dont on se sert dans la métaphore, est pris dans un autre sens que dans le sens propre ; il est, pour ainsi dire, dans une demeure empruntée, dit un ancien, festus, verbo metaphoram : ce qui est commun & essentiel à tous les tropes.

» De plus, il y a une sorte de comparaison où quelque rapport équivalent entre le mot auquel on donne un sens métaphorique, & l’objet à quoi on veut l’appliquer ; par exemple, quand on dit d’un homme en colere, c’est un lion, lion est pris alors dans un sens métaphorique ; on compare l’homme en colere au lion, & voilà ce qui distingue la métaphore des autres figures ».

[Le P. Lami dit dans sa rhétorique, liv. II. ch. iij. que tous les tropes sont des métaphores ; car, dit-il, ce mot qui est grec, signifie translation ; & il ajoute que c’est par antonomase qu’on le donne exclusivement au trope dont il s’agit ici. C’est que sur la foi de tous les Rhéteurs, il tire le nom μεταφορὰ des racines μετὰ & φέρω, en traduisant μετὰ par trans, en sorte que le mot grec μεταφορὰ est synonyme au mot latin translatio, comme Cicéron lui-même & Quintilien l’ont traduit : mais cette préposition pouvoit aussi-bien se rendre par cùm, & le mot qui en est composé par collatio, qui auroit très-bien exprimé le caractere propre du trope dont il est question, puisqu’il suppose toujours une comparaison mentale, & qu’il n’a de justesse qu’autant que la similitude paroît exacte. Pour rendre le discours plus coulant & plus élégant, dit M. Warbuthon (Essai sur les hiéroglyphes, t. I. part. I. §. 13.), la similitude a produit la métaphore, qui n’est autre chose qu’une similitude en petit. Car les hommes étant aussi habitués qu’ils le sont aux objets matériels, ont toujours eu besoin d’images sensibles pour communiquer leurs idées abstraites.

La métaphore, dit-il plus loin, (part. II. §. 35.) est dûe-évidemment à la grossiereté de la conception..... Les premiers hommes étant simples, grossiers & plongés dans le sens, ne pouvoient exprimer leurs conceptions imparfaites des idées abstraites, & les opérations réfléchies de l’entendement qu’à l’aide des images sensibles, qui, au moyen de cette application, devenoient métaphores. Telle est l’origine véritable de l’expression figurée, & elle ne vient point, comme on le suppose ordinairement, du feu d’une imagination poétique. Le style des Barbares de l’Amérique, quoiqu’ils soient d’une compléxion très-froide & très-flegmatique, le démontre encore aujourd’hui. Voici ce qu’un savant missionnaire dit des Iroquois, qui habitent la partie septentrionale du continent. Les Iroquois, comme les Lacédémoniens, veulent un discours vif & concis. Leur style est cependant figuré & tout métaphorique. (Mœurs des sauv. améric. par le P. Lafiteau, t. I. p. 480.) Leur phlegme a bien pu rendre leur style concis, mais il n’a pas pu en retrancher les figures.... Mais pourquoi aller chercher si loin des exemples ? Quiconque voudra seulement faire attention à ce qui échappe généralement aux réflexions des hommes, parce qu’il est trop ordinaire, peut observer que le peuple est presque toujours porté à parler en figures.]

« En effet, disoit M. du Marsais, (Trop. part. I. art. j.) je suis persuadé qu’il se fait plus de figures un jour de marché à la Halle, qu’il ne s’en fait en plusieurs jours d’assemblées académiques ».

[Il est vrai, continue M. Warburthon, que quand cette disposition rencontre une imagination ardente qui a été cultivée par l’exercice & la méditation, & qui se plaît à peindre des images vives & fortes, la métaphore est bientôt ornée de toutes les fleurs de l’esprit. Car l’esprit consiste à employer des images énergiques & métaphoriques en se servant d’allusions extraordinaires, quoique justes.]

« Il y a cette différence, reprend M. du Marsais, entre la métaphore & la comparaison, que dans la comparaison on se sert de termes qui font connoître que l’on compare une chose à une autre ; par exemple, si l’on dit d’un homme en colere qu’il est comme un lion, c’est une comparaison ; mais quand on dit simplement, c’est un lion, la comparaison n’est alors que dans l’esprit & non dans les termes, c’est une métaphore ». [Eoque distat, quod illa (la similitude) comparatur rei quam volumus exprimere ; hæc (la métaphore) pro ipsâ re dicitur. Quint. Inst. VIII. 6. de Tropis.]

« Mesurer, dans le sens propre, c’est juger d’une quantité inconnue par une quantité connue, soit par le secours du compas, de la regle, ou de quelque autre instrument, qu’on appelle mesure. Ceux qui prennent bien toutes leurs précautions pour arriver à leurs fins, sont comparés à ceux qui mesurent quelque quantité ; ainsi on dit par métaphore qu’ils ont bien pris leurs mesures. Par la même raison, on dit que les personnes d’une condition médiocre ne doivent pas se mesurer avec les grands, c’est-à-dire vivre comme les grands, se comparer à eux, comme on compare une mesure avec ce qu’on veut mesurer. On doit mesurer sa dépense à son revenu, c’est-à-dire qu’il faut régler sa dépense sur son revenu ; la quantité du revenu doit être comme la mesure de la quantité de la dépense.

» Comme une clé ouvre la porte d’un appartement & nous en donne l’entrée, de même il y a des connoissances préliminaires qui ouvrent, pour ainsi dire, l’entrée aux sciences plus profondes : ces connoissances ou principes sont appellés clés par métaphore ; la Grammaire est la clé des sciences : la Logique est la clé de la Philosophie. On dit aussi d’une ville fortifiée qui est sur une frontiere, qu’elle est la clé du royaume, c’est-à-dire que l’ennemi qui se rendroit maître de cette ville, seroit à portée d’entrer ensuite avec moins de peine dans le royaume dont on parle. Par la même raison, l’on donne le nom de clé, en terme de Musique, à certaines marques ou caracteres que l’on met au commencement des lignes de musique : ces marques font connoître le nom que l’on doit donner aux notes ; elles donnent, pour ainsi dire, l’entrée du chant.

» Quand les métaphores sont régulieres, il n’est pas difficile de trouver le rapport de comparaison. La métaphore est donc aussi étendue que la comparaison ; & lorsque la comparaison ne seroit pas juste ou seroit trop recherchée, la métaphore ne seroit pas réguliere.

» Nous avons déja remarqué que les langues n’ont pas autant de mots que nous avons d’idées ; cette disette de mots a donné lieu à plusieurs métaphores : par exemple, le cœur tendre, le cœur dur, un rayon de miel, les rayons d’une roue, &c. L’imagination vient, pour ainsi dire, au secours de cette disette ; elle supplée par les images & les idées accessoires aux mots que la langue peut lui fournir ; & il arrive même, comme nous l’avons déja dit, que ces images & ces idées accessoires occupent l’esprit plus agréablement que si l’on se servoit de mots propres, & qu’elles rendent le discours plus énergique : par exemple, quand on dit d’un homme endormi qu’il est enseveli dans le sommeil, cette métaphore dit plus que si l’on disoit simplement qu’il dort. Les Grecs surprirent Troie ensevelie dans le vin & dans le sommeil, (invadunt urbem somno vinoque sepultam, Æn. II. 265.) Remarquez 1° que dans cet exemple sepultam a un sens tout nouveau & différent du sens propre. 2° Sepultam n’a ce nouveau sens que parce qu’il est joint à somno vinoque, avec lesquels il ne sauroit être uni dans le sens propre ; car ce n’est que par une nouvelle union des termes que les mots se donnent le sens métaphorique. Lumiere n’est uni dans le sens propre qu’avec le feu, le soleil & les autres objets lumineux ; celui qui le premier a uni lumiere à esprit, a donné à lumiere un sens métaphorique, & en a fait un mot nouveau par ce nouveau sens. Je voudrois que l’on pût donner cette interprétation à ces paroles d’Horace : (Art poet. 47.)

Dixeris egregie, notum si callida verbum
Reddiderit junctura novum.

» La métaphore est très-ordinaire ; en voici encore quelques exemples. On dit dans le sens propre, s’enivrer de quelque liqueur ; & l’on dit par métaphore, s’enivrer de plaisirs ; la bonne fortune enivre les sots, c’est-à-dire qu’elle leur fait perdre

la raison, & leur fait oublier leur premier état.

Ne vous enivrez point des éloges flatteurs
Que vous donne un amas de vains admirateurs.

Boil. Art poét. ch. iv.

Le peuple qui jamais n’a connu la prudence,
S’enivroit follement de sa vaine espérance.

Henriade, ch. vij.

» Donner un frein à ses passions, c’est-à-dire n’en pas suivre tous les mouvemens, les modérer, les retenir comme on retient un cheval avec le frein, qui est un morceau de fer qu’on met dans la bouche d’un cheval.

» Mézerai, parlant de l’hérésie, dit qu’il étoit nécessaire d’arracher cette zizanie, (Abrégé de l’hist. de Fr. François II.) c’est-à-dire, cette semence de division ; zizanie est là dans un sens métaphorique : c’est un mot grec, ζιζάνιον, lolium, qui veut dire ivraie, mauvaise herbe qui croît parmi les blés & qui leur est nuisible. Zizanie n’est point en usage au propre, mais il se dit par métaphore pour discorde, mesintelligence, division, semer la zizanie dans une famille.

» Materia (matiere) se dit dans le sens propre de la substance étendue, considérée comme principe de tous les corps ; ensuite on a appellé matiere par imitation & par métaphore ce qui est le sujet, l’argument, le thème d’un discours, d’un poëme ou de quelque autre ouvrage d’esprit. Le prologue du I. liv. de Phedre commence ainsi :

Æsopus autor, quam materiam reperit,
Hanc ego polivi versibus senariis ;

» j’ai poli la matiere, c’est à-dire, j’ai donné l’agrément de la poésie aux fables qu’Esope a inventées avant moi.

» Cette maison est bien riante, c’est à-dire, elle inspire la gaieté comme les personnes qui rient. La fleur de la jeunesse, le feu de l’amour, l’aveuglement de l’esprit, le fil d’un discours, le fil des affaires.

» C’est par métaphore que les différentes classes ou considérations auxquelles se réduit tout ce qu’on peut dire d’un sujet, sont appellées lieux communs en rhétorique & en logique, loci communes. Le genre, l’espece, la cause, les effets, &c. sont des lieux communs, c’est à-dire que ce sont comme autant de cellules où tout le monde peut aller prendre, pour ainsi dire, la matiere d’un discours & des argumens sur toutes sortes de sujets. L’attention que l’on fait sur ces différentes classes, réveille des pensées que l’on n’auroit peut être pas sans ce secours. Quoique ces lieux communs ne soient pas d’un grand usage dans la pratique, il n’est pourtant pas inutile de les connoître ; on en peut faire usage pour réduire un discours à certains chefs ; mais ce qu’on peut dire pour & contre sur ce point n’est pas de mon sujet. On appelle aussi en Théologie par métaphore, loci theologici, les différentes sources où les Théologiens puisent leurs argumens. Telles sont l’Ecriture sainte, la tradition contenue dans les écrits des saints peres, des conciles, &c.

» En termes de Chimie, regne se dit par métaphore, de chacune des trois classes sous lesquelles les Chimistes rangent les êtres naturels. 1° Sous le regne animal, ils comprennent les animaux. 2° Sous le regne végétal, les végétaux, c’est-à-dire ce qui croît, ce qui produit, comme les arbres & les plantes. 3° Sous le regne minéral, ils comprennent tout ce qui vient dans les mines.

» On dit aussi par métaphore que la Géographie & la Chronologie sont les deux yeux de l’Histoire. On personnifie l’Histoire, & on dit que la Géographie & la Chronologie sont, à l’égard de l’Histoire, ce que les yeux sont à l’égard d’une personne vivante ; par l’une elle voit, pour ainsi dire, les lieux, & par l’autre les tems ; c’est-à dire qu’un historien doit s’appliquer à faire connoître les lieux & les temps dans lesquels se sont passés les faits dont il décrit l’histoire.

» Les mots primitifs d’où les autres sont dérivés ou dont ils sont composés, sont appellés racines par métaphore : il y a des dictionnaires où les mots sont rangés par racines. On dit aussi par métaphore, parlant des vices ou des vertus, jetter de profondes racines, pour dire s’affermir.

» Calus, dureté, durillon, en latin callum, se prend souvent dans un sens métaphorique ; labor quasi callum quoddam obducit dolori, dit Cicéron, Tusc. II. n. 15. seu 36 ; le travail fait comme une espece de calus à la douleur, c’est à-dire que le travail nous rend moins sensibles à la douleur ; & au troisieme livre des Tusculanes, n. 22. sect. 53, il s’exprime de cette sorte : Magis me moverant Corinthi subito ad pectæ parietinæ, quam ipsos Corinthios, quorum animis diuturna cogitatio callum vetustatis obduxarat ; je fus plus touché de voir tout-d’un-coup les murailles ruinées de Corinthe, que ne l’étoient les Corinthiens mêmes, auxquels l’habitude de voir tous les jours depuis long tems leurs murailles abattues, avoit apporté le calus de l’ancienneté, c’est-à dire que les Corinthiens, accoutumés à voir leurs murailles ruinées, n’étoient plus touchés de ce malheur. C’est ainsi que callere, qui dans le sens propre veut dire avoir des durillons, être endurci, signifie ensuite par extension & par métaphore, savoir bien, connoître parfaitement, ensorte qu’il se soit fait comme un calus dans l’esprit par rapport à quelque connoissance. Quo pacto id fieri soleat calleo, (Ter. Heaut. act. III. se. ij. v. 37.) la maniere dont cela se fait, a fait un calus dans mon esprit ; j’ai médité sur cela, je sais à merveille comment cela se fait ; je suis maitre passé, dit madame Dacier. Ihius sensum calleo, (id. Adelph. act. IV. sc. j. v. 17.) j’ai étudié son humeur, je suis accoutume à ses manieres, je sais le prendre comme il faut.

» Vûe se dit au propre de la faculté de voir, & par extension de la maniere de regarder les objets : ensuite on donne par métaphore le nom de vûe aux pensées, aux projets, aux desseins, avoir de grandes vûes, perdre de vûe une entreprise, n’y plus penser.

» Goût se dit au propre du sens par lequel nous recevons les impressions des saveurs. La langue est l’organe du goût. Avoir le goût dépravé, c’est à-dire trouver bon ce que communément les autres trouvent mauvais, & trouver mauvais ce que les autres trouvent bon. Ensuite on se sert du terme de goût par métaphore, pour marquer le sentiment intérieur dont l’esprit est affecté à l’occasion de quelque ouvrage de la nature ou de l’art. L’ouvrage plaît ou déplaît, on l’approuve ou on le desapprouve, c’est le cerveau qui est l’organe de ce goût-là. Le goût de Paris s’est trouvé conforme au goût d’Athènes, dit Racine dans sa préface d’Iphigénie, c’est à-dire, comme il le dit lui-même, que les spectateurs ont été émus à Paris des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce. Il en est du goût pris dans le sens figuré, comme du goût pris dans le sens propre.

» Les viandes plaisent ou déplaisent au goût sans qu’on soit obligé de dire pourquoi : un ouvrage d’esprit, une pensée, une expression plaît ou déplaît, sans que nous soyons obligés de pénétrer la raison du sentiment dont nous sommes affectés.

» Pour se bien connoître en mets & avoir un goût sûr, il faut deux choses ; 1° un organe délicat ; 2° de l’expérience, s’être trouvé souvent dans les bonnes tables, &c. on est alors plus en état de dire pourquoi un mets est bon ou mauvais. Pour être connoisseur en ouvrage d’esprit, il faut un bon jugement, c’est un présent de la nature ; cela dépend de la disposition des organes ; il faut encore avoir fait des observations sur ce qui plaît ou sur ce qui déplaît ; il faut avoir su allier l’étude & la méditation avec le commerce des personnes éclairées, alors on est en état de rendre raison des regles & du goût.

» Les viandes & les assaissonnemens qui plaisent aux uns, déplaisent aux autres ; c’est un effet de la différente constitution des organes du goût : il y à cependant sur ce point un goût général auquel il faut avoir égard, c’est-à-dire qu’il y a des viandes & des mets qui sont plus généralement au goût des personnes délicates. Il en est de même des ouvrages d’esprit : un auteur ne doit pas se flatter d’attirer à lui tous les suffrages, mais il doit se conformer au goût général des personnes éclairées qui sont au fait.

» Le goût, par rapport aux viandes, dépend beaucoup de l’habitude & de l’éducation : il en est de même du goût de l’esprit ; les idées exemplaires que nous avons reçues dans notre jeunesse, nous servent de regle dans un âge plus avancé ; telle est la force de l’éducation, de l’habitude & du préjugé. Les organes accoutumés à une telle impression en sont flattés de telle sorte, qu’une impression indifférente ou contraire les afflige : ainsi, malgré l’examen & les discussions, nous continuons souvent à admirer ce qu’on nous a fait admirer dans les premieres années de notre vie ; & de-là peut-être les deux partis, l’un des anciens & l’autre des modernes ».

[J’ai quelquefois ouï reprocher à M. de Marsais d’être un peu prolixe ; & j’avoue qu’il étoit possible, par exemple, de donner moins d’exemples de la métaphore, & de les développer avec moins d’étendue : mais qui est-ce qui ne porte point envie à une si heureuse prolixité ? L’auteur d’un dictionnaire de langues ne peut pas lire cet article de la métaphore sans être frappé de l’exactitude étonnante de notre grammairien, à distinguer le sens propre du sens figuré, & à assigner dans l’un le fondement de l’autre : & s’il le prend pour modele, croit-on que le dictionnaire qui sortira de ses mains, ne vaudra pas bien la foule de ceux dont on accable nos jeunes étudians sans les éclairer ? D’autre part, l’excellente digression que nous venons voir sur le goût n’est-elle pas une preuve des précautions qu’il faut prendre de bonne heure pour former celui de la jeunesse ? N’indique-t-elle pas même ces précautions ? Et un instituteur, un pere de famille, qui met beaucoup au-dessus du goût littéraire des choses qui lui sont en effet préférables, l’honneur, la probité, la religion, verra-t-il froidement les attentions qu’exige la culture de l’esprit, sans conclure que la formation du cœur en exige encore de plus grandes, de plus suivies, de plus scrupuleuses ? Je reviens à ce que notre philosophe a encore à nous dire sur la métaphore.]

« Remarques sur le mauvais usage des métaphores. Les métaphores sont défectueuses, 1° quand elles sont tirées des sujets bas. Le P. de Colonia reproche à Tertuliien d’avoir dit que le déluge universel fut la lessive de la nature : Ignobilitatis vitio laborare videtur celebris illa Tertulliani metaphora, quâ dilluvium appellat naturæ generale lixivium. De arte rhet.

» 2°. Quand elles sont forcées, prises de loin, & que le rapport n’est point assez naturel, ni la comparaison assez sensible ; comme quand Théophile a dit : Je baignerai mes mains dans les ondes de tes cheveux ; & dans un autre endroit il dit que la charrue écorche la plaine. Théophile, dit M. de Bruyere, (Caract. chap. j. des ouvrages de l’esprit), la charge de ses descriptions, s’appesantit sur les détails ; il exagere, il passe le vrai dans la nature, Il en fait le roman. On peut rapporter à la même espece les métaphores qui sont tirées de sujets peu connus.

» 3°. Il faut aussi avoir égard aux convenances des différens styles ; il y a des métaphores qui conviennent au style poétique, qui seroient déplacées dans le style oratoire. Boileau a dit, ode sur la prise de Namur :

Accourez, troupe savante,
Des sons que ma lyre enfante
Ces arbres sont réjouis.

» On ne diroit pas en prose qu’une lyre enfante des sons. Cette observation a lieu aussi à l’egard des autres tropes : par exemple, lumen dans le sens propre, signifie lumiere. Les poëtes latins ont donné ce nom à l’œil par métonymie, voyez Métonymie. Les yeux sont l’organe de la lumiere, & sont, pour ainsi dire, le flambeau de notre corps. Lucerna corporis tui est oculus tuus. Luc, xj. 34. Un jeune garçon fort aimable étoit borgne ; il avoit une sœur fort belle qui avoit le même défaut : on leur appliqua ce distique, qui fut fait à une autre occasion sous le regne de Philippe II. roi d’Espagne.

Parve puer, lumen quod habes concede sorori ;
Sic tu cæcus Amor, sic erit illa Venus.

où vous voyez que lumen signifie l’œil. Il n’y a rien de si ordinaire dans les poëtes latins que de trouver lumina pour les yeux ; mais ce mot ne se prend point en ce sens dans la prose.

» 4°. On peut quelquefois adoucir une métaphore en la changeant en comparaison, ou bien en ajoutant quelque correctif : par exemple, en disant pour ainsi dire, si l’on peut parler ainsi, &c. L’art doit être, pour ainsi dire, enté sur la nature ; la nature soutient l’art & lui sert de base, & l’art embellit & perfectionne la nature.

» 5°. Lorsqu’il y a plusieurs métaphores de suite, il n’est pas toujours nécessaire qu’elles soient tirées exactement du même sujet, comme on vient de le voir dans l’exemple précédent : enté est pris de la culture des arbres ; soutien, base sont pris de l’Architecture : mais il ne faut pas qu’on les prenne de sujets opposés, ni que les termes métaphoriques, dont l’un est dit de l’autre, excitent des idées qui ne puissent point être liées, comme si l’on disoit d’un orateur, c’est un torrent qui s’allume, au lieu de dire c’est un torrent qui entraîne. On a reproché à Malherbe d’avoir dit, liv. II. voyez les observ. de Ménage sur les poésies de Malherbe,

Prends ta foudre, Louis, & va comme un lion.

» Il falloit plûtôt dire comme Jupiter.

» Dans les premieres éditions du Cid, Chimene disoit, act. III. sc. 4.

Malgré des feux si beaux qui rompent ma colere.

» Feux & rompent ne vont point ensemble : c’est une observation de l’académie sur les vers du Cid. Dans les éditions suivantes on a mis troublent au lieu de rompent ; je ne sais si cette correction répare la premiere faute.

» Ecorce, dans le sens propre, est la partie extérieure des arbres & des fruits, c’est leur couverture : ce mot se dit fort bien dans un sens métaphorique pour marquer les dehors, l’apparence des choses. Ainsi l’on dit que les ignorans s’arrêtent à l’écorce, qu’ils s’attachent, qu’ils s’amusent à l’écorce. Remarquez que tous ces verbes s’arrêtent, s’attachent, s’amusent, conviennent fort bien avec l’écorce pris au propre ; mais vous ne diriez pas au propre, fondre l’écorce ; fondre se dit de la glace ou du métal : vous ne devez donc pas dire au figuré fondre l’écorce. J’avoue que cette expression me paroît trop hardie dans une ode de Rousseau, l. III. ode 6. Pour dire que l’hiver est passé & que les glaces sont fondues, il s’exprime de cette sorte :

L’hiver qui si long-tems a fait blanchir nos plaines,
N’enchaîne plus le cours des paisibles ruisseaux ;
Et les jeunes zéphirs, de leurs chaudes haleines,
Ont fondu l’écorce des eaux.

» 6°. Chaque langue a des métaphores particulieres qui ne sont point en usage dans les autres langues : par exemple, les Latins disoient d’une armée, dextrum & sinistrum cornu ; & nous disons, l’aile droite & l’aile gauche.

» Il est si vrai que chaque langue a ses métaphores propres & consacrées par l’usage, que si vous en changez les termes par les équivalens même qui en approchent le plus, vous vous rendez ridicule. Un étranger qui depuis devenu un de nos citoyens, s’est rendu célebre par ses ouvrages, écrivant dans les premiers tems de son arrivée en France à son protecteur, lui disoit : Monseigneur vous avez pour moi des boyaux de pere ; il vouloit dire des entrailles.

On dit mettre la lumiere sous le boisseau, pour dire cacher ses talens, les rendre inutiles. L’auteur du poëme de la Madeleine, liv. VII. pag. 117, ne devoit donc pas dire, mettre le flambeau sous le nid ».

[Qu’il me soit permis d’ajouter à ces six remarques un septieme principe que je trouve dans Quintilien, inst. VIII. vj. c’est que l’on donne à un mot un sens métaphorique, ou par nécessité, quand on manque de terme propre, ou par une raison de préférence, pour présenter une idée avec plus d’énergie ou avec plus de décence : toute métaphore qui n’est pas fondée sur l’une de ces considérations, est déplacée. Id facimus, aut quia necesse est, aut quia significantius, aut quia decentiùs : ubi nihil horum præstabit, quod transferetur, improprium erit.

Mais la métaphore assujettie aux lois que la raison & l’usage de chaque langue lui prescrivent, est non seulement le plus beau & le plus usité des tropes, c’en est le plus utile : il rend le discours plus abondant par la facilité des changemens & des emprunts, & il prévient la plus grande de toutes les difficultés, en désignant chaque chose par une dénomination caractéristique. Copiam quoque sermonis auget permutando, aut mutuando quod non habet ; quoque difficillimum est, præstat ne ulli rei nomen deesse videatur. Quintil. inst. VIII. vj. Ajoutez à cela que le propre des métaphores, pour employer les termes de la traduction de M. l’abbé Colin, « est d’agiter l’esprit, de le transporter tout d’un coup d’un objet à un autre ; de le presser, de comparer soudainement les deux idées qu’elles présentent, & de lui causer par les vives & promptes émotions un plaisir inexprimable ». Eæ propter similitudinem transferunt animos & referunt, ac movent huc & illuc ; qui motus cogitationis, celeriter agitatus, per se ipse delectat. Cicer. orat. n. xxxjx. seu 134. & dans la traduct. de l’abbé Colin, ch. xjx. « La métaphore, dit le P. Bouhours, man. de bien penser, dialogue 2. est de sa nature une source d’agrémens ; & rien ne flatte peut-être plus l’esprit que la représentation d’un objet sous une image etrangere. Nous aimons, suivant la remarque d’Aristote, à voir une chose dans une autre ; & ce qui ne frappe pas de soi même surprend dans un habile étranger & sous un masque ». C’est la note du traducteur sur le texte que l’on vient de voir]. (B. E. R. M.)

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Étymologie de « métaphore »

Μεταφορὰ, transport, métaphore, de μετὰ (voy. MÉTA-), et φέρειν, porter.

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Du grec ancien μεταφορά, metaphorá dérivé de μεταφέρω, metaphérô (« transporter »).
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Phonétique du mot « métaphore »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
métaphore metafɔr

Citations contenant le mot « métaphore »

  • Celui qui refuse de se résoudre au silence ne peut s’exprimer que par métaphores. De Jérôme Ferrari / Le principe
  • La métaphore qui suit porte sur la capacité de “lâcher prise” qu’ont les personnes ou pas, lorsqu’elles sont en conflit. Officiel de la Médiation Professionnelle et de la Profession de Médiateur, Métaphore du lâcher-prise - Officiel de la Médiation Professionnelle et de la Profession de Médiateur
  • Sans la moindre métaphore et dans toute l'acceptation du mot, vivre, c'est brûler. De Victor Hugo / Choses vues
  • Toutes les fois qu'on a l'occasion de réaliser une métaphore, doit-on hésiter un seul instant ? Alphonse Allais, Deux et deux font cinq, Ollendorf
  • Tout argot est métaphore, et toute métaphore est poésie. De Gilbert Keith Chesterton / Le Défendant
  • Les dieux sont nos métaphores, et nos métaphores sont nos pensées. De Alain / Propos
  • Les métaphores sont dangereuses. L'amour commence par une métaphore. De Milan Kundera / L'insoutenable légèreté de l'être
  • Les gestes de l'orateur sont des métaphores. De Paul Valéry
  • La violence, c’est quand même terriblement graphique. Il y a dedans une énergie cinégénique incroyable. On entre dans le domaine de la métaphore, du symbole. De Abel Ferrara
  • La poésie est aujourd'hui l'algèbre supérieure des métaphores. De José Ortega y Gasset / La Déshumanisation de l'art
  • L'érotisme, métaphore de la sexualité, aboutit à une forme de l'ennui contemporain. De Robert Benayoun / Erotisme du surréalisme
  • Par la parole, l'homme est une métaphore de lui-même. De Octavio Paz / L'Arc et la lyre
  • L'on ne résout pas toutes les difficultés au moyen d'une métaphore. De Paul Nougé / Dernières recommandations
  • Le théâtre est le seul lieu où les crimes puissent se changer en métaphores, et les morts en vivants. De Sylviane Dupuis
  • La littérature a un rapport différent avec le monde, elle exige la métaphore. De Antonio Tabucchi / Entretien avec Catherine Argand - Été 1995
  • La vérité réside dans la possibilité de considérer comme une métaphore ce que l'on avait l'habitude de prendre de façon concrète. De Henry Corbin
  • Un bon comics doit être la métaphore des angoisses de son époque. De Avi Arad / Le Monde - 12 Juin 2002
  • Je ne suis pas du tout étonnée de l’usage de la métaphore guerrière. Elle existe déjà dans le discours médical habituel en anglais, en français et même en mandarin, mais dans certaines limites. Ainsi, on parle « d’arsenal thérapeutique », de « lutte contre le cancer », ou du « combat contre la maladie », etc. La maladie ou le virus constitue « l’ennemi ». Le Devoir, Portrait du virus en ennemi | Le Devoir
  • Évidemment, il savait bien que l’histoire de ces deux peuples était totalement différente. Mais on sait maintenant que, sur le plan salarial,sa métaphore correspondait à l’exacte vérité. La commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme a estimé qu’en 1960, au Québec, le revenu d’emploi moyen des hommes francophones unilingues équivalait à 51 % de celui des hommes d’origine britannique unilingues. À la même date, aux États-Unis, le revenu d’emploi moyen des hommes noirs équivalait à 56 % de celui des hommes blancs. Le Devoir, «Nègres blancs», métaphore juste en son temps | Le Devoir
  • « Quand on parle des maladies, du cancer par exemple, il est très habituel d’utiliser les métaphores guerrières pour décrire des événements négatifs qu’on ne peut pas contrôler, commente Inés Olza, chercheuse à l’Institut culture et société de l’Université de Navarre à Pampelune. Ça paraît parfaitement légitime. Mais des études ont bien montré qu’une utilisation soutenue des images de la guerre peut réveiller des sentiments très négatifs. Le malade peut subir les problèmes comme des défaites. » Le Devoir, En «guerre» contre la COVID? | Le Devoir
  • Ces textes ont connu leur apogée lors de la Révolution tranquille. Mais l’emploi de ce genre de métaphore n’est pas qu’historique. Le texte « Speak White Again » du chroniqueur Richard Martineau, publié récemment dans Le Journal de Montréal, l’illustre fort bien. On pense aussi à l’usage que font certains chercheurs de la mort violente de George Floyd pour expliquer la discrimination linguistique vécue par les francophones. The Conversation, Les personnes noires et autochtones ne sont pas des métaphores
  • Le principe est simple : pratiquement toutes les opérations cognitives sont inconscientes. Le paradigme des sciences de la cognition est inspiré de la métaphore de l’ordinateur qui fait du cerveau un dispositif de traitement de l’information opérant de façon mécanique, non consciente. Pourlascience.fr, « La métaphore de l’ordinateur fait du cerveau un dispositif de traitement inconscient de l’information » | Pour la Science
  • C'est depuis la fin du XVe siècle que le pigeon, par métaphore, désigne une dupe, un homme qu'on attire dans une affaire pour le dépouiller, le tromper. , Cherche pigeons sur le Web ! - Forum General
  • Je ne vous parlerai pas des différences entre Rachmaninov et Rimski-Korsakov, mais de la musique classique comme métaphore de la société d’aujourd’hui. Le Journal de Montréal, Une société anarchique | Le Journal de Montréal

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Traductions du mot « métaphore »

Langue Traduction
Anglais metaphor
Espagnol metáfora
Italien metafora
Allemand metapher
Chinois 隐喻
Arabe التعبير المجازي
Portugais metáfora
Russe метафора
Japonais 比喩
Basque metafora
Corse metafora
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Synonymes de « métaphore »

Source : synonymes de métaphore sur lebonsynonyme.fr
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