Brique : définition de brique


Brique : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

BRIQUE, subst. fém.

A.− Pierre artificielle ayant la forme d'un parallélépipède rectangle, fabriquée à partir d'une pâte d'argile pétrie, moulée, séchée puis cuite au four (brique cuite).
SYNT. a) Brique creuse, pleine; brique de parement, de remplissage; brique émaillée, brique-faïence; brique réfractaire. b) Couleur, teint, ton de brique. Un grand matelot au teint de brique (Maupassant, Contes et nouvelles, t. 1, Le Retour, p. 167). c) Maison, mur, parement de/en briques; amas, tas de briques; terre, four à briques.
Brique sèche ou crue. Fabriquée avec un mélange d'argile et de paille moulé et séché au soleil :
1. Pharaon, craignant que les Hébreux n'eussent l'idée de secouer le joug d'après les suggestions de Mosché, les fit travailler plus rudement encore et leur refusa la paille pour mêler à leurs briques. T. Gautier, Le Roman de la momie,1858, p. 323.
Au sing. coll. Faire de la brique (Ac. 1835-1932). Fabriquer des briques.
1. En partic.
Brique pilée. Poudre de brique cuite utilisée, surtout autrefois, comme fard ou comme abrasif :
2. − Madame, toutes les femmes se valent quand elles sont belles, et si je ne renifle pas la peste en flacon, et si je ne me mets pas de brique pilée sur les joues... − Avec ce que la nature vous en a mis déjà, ça ferait un fier pléonasme, mon enfant! dit Héloïse... Balzac, Le Cousin Pons,1848, p. 199.
P. anal. Brique anglaise. ,,Oxyde de fer utilisé comme abrasif`` (Duval 1959). Briques anglaises pour les planchers (Du Camp, En Hollande,1859, p. 153).
Ouvrier en briques. Synon. de briquetier*.
2. P. compar. Une petite femme (...) toute cuite de soleil comme une brique (Giono, Regain,1930, p. 193):
3. Il y en [des livres] avait partout; défense était faite de les épousseter sauf une fois l'an, avant la rentrée d'octobre. Je ne savais pas encore lire, que déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, ... Sartre, Les Mots,1964, p. 29.
3. P. méton.
a) Au sing. [Les briques considérées comme matériau] :
4. ... je me suis arrêté avec A... à Charlottesville. Personne à l'Université. Promenade un peu mélancolique à travers le décor de ma jeunesse. Sur ces terrasses qui entourent le faux Panthéon de brique et de marbre, que de conversations sur la littérature! Green, Journal,1944, p. 156.
P. métaph. Platon trouva la philosophie faite de brique, et la fit d'or (Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 152).
b) Au sing. ou au plur., rare. Maison en brique(s) :
5. Cent ivrognes mâles et femelles peuplent ces briques et farcissent l'écho de leurs querelles vantardes, de leurs jurons incertains et débordants, après les déjeuners du samedi surtout. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 330.
c) Au sing., usuel. Teinte, ton rougeâtre de la brique (cf. supra syntagmes b).
[En constr. appos. sans art., avec ou sans trait d'union, comme déterm. d'un terme de couleur] La couleur rouge brique de l'œil (L. Cuénot, J. Rostand, Introd. à la génét.,1936, p. 27).Toute nue et teintée de rose brique (Colette, Chéri,1920, p. 204).Ces étoffes rouge-brique (...) qui sont une marque distinctive dans les tableaux des Le Nain (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 4, 1863-69, p. 125).
[En constr. appos. sans art. à un subst. dont il indique la couleur] Un coin de peau brique (G. Duhamel, Confession de minuit,1920, p. 16).
Absol. (avec art.) :
6. « Plus que mûri, vieilli [Janeway], pensa Tinoé : ses joues de rose ont déjà tourné au brique, en attendant le violacé et la couperose; pourvu qu'au moral aussi il ne soit pas fixé, figé. (...) » Morand, Parfaite de Saligny,1947, p. 150.
Rem. On rencontre dans la docum. le synon. briqué, ée, adj. De couleur brique. ,,Ces bols [de Chine] aux verts les plus gais ... aux roses arrivés à la perfection du rose, − qui devient violet, lorsqu'il est trop cuit, et briqué, lorsqu'il ne l'est pas assez, − sont des échantillons, sur lesquels s'épèle le mieux la différence de la porcelaine de l'Orient, avec celle de l'Occident`` (E. de Goncourt, La Maison d'un artiste, 1881, p. 256).
4. Loc. pop. Manger des briques; bouffer, croûter, se caler, s'envoyer des briques (arg.). Se passer de manger, n'avoir rien à manger. Synon. pop. se serrer la ceinture :
7. Pourquoi qu'y en a qui sont-i les uns plus que les autres? Pourquoi qu'y en a qui ont tout ce qu'i veulent, tant qu'i veulent boire et manger, et les autres rien? C'est-i que je peux manger des briques, dis? Claudel, Tête d'Or,2eversion, 1901, p. 262.
Rem. On trouve dans la docum. manger, maquer des briques (à la) sauce (aux) cailloux (cf. M. Stéphane, Ceux du trimard, 1928, p. 134 et G. Esnault, Notes complétant et rectifiant « Le Poilu tel qu'il se parle », 1956).
B.− P. anal.
1. [P. anal. de forme; en parlant d'une matière compacte]
a) Bloc de terre réfractaire, souvent émaillé, utilisé pour se chauffer (cf. briquette, bouillote). Une des briques chaudes que l'on mettait dans l'omnibus aux jours de très grand froid (Gyp, Souvenirs d'une petite fille,1928, p. 331).
b) Gros morceau de matière moulée en objet maniable (cf. briquette). Brique de savon, de charbon, de tourbe, de chocolat :
8. Le chocolat, dans ce temps-là, ça se faisait avec du cacao, du sucre et de la vanille. En haut de la maison, les briques de chocolat séchaient, posées toutes molles sur la terrasse. Colette, La Maison de Claudine,1922, p. 101.
c) MAR. Brique à pont. Pierre de grès fin utilisée par les marins pour briquer*, blanchir le pont.
Rem. Attesté dans Rob. et Quillet 1965.
2. [P. anal. d'apparence; en parlant de monnaie de papier]
Rare. Grosse liasse. Brique de billets de banque. Le coffre ouvert, je contemple les briques de billets de banque (A. Arnoux, Le Chiffre,1926, p. 133).
Usuel, arg., fam. Un million :
9. La succession aurait dû monter à quatre ou cinq millions, chacun d'entre nous aurait dû recevoir sa « brique ». Avec cette brique ... il [Fred] eût fait ... notamment quelques fameux gueuletons. H. Bazin, La Mort du petit cheval,1949, p. 245.
PRONONC. − 1. Forme phon. : [bʀik]. Enq. : /bʀik/. 2. Homon. brick.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1204 brike « palet » (Reclus de Molliens, Charité, XC, 6 dans Gdf. Compl.); 1537 « petit morceau » (Des Periers, Prognost. des Prognost., I, 135 dans Hug.), maintenu dans les dial. notamment lyonn. (Du Puitsp.) et de l'Yonne (Jossier); d'où 1878 arg. (A. Rigaud, Dict. du jargon parisien, p. 132 : Entifler des briques (s') Jeûner, contraint et forcé − dans le jargon du peuple); 2. a) 1292, janv. Tournai « carreau d'argile durcie au feu ou cuite au soleil » (C'est les enfans Naniele de le Vigne et Pieron de Lille, Chirog., A. Tournai dans Gdf. Compl.); 1817 emploi apposé invariable « qui est de la couleur de la brique » (Stendhal, Hist. de la peint. en Italie, t. 1, p. 218); b) 1611 p. anal. « matériau moulé en forme de brique (savon, métal) » (Cotgr.); c) 1926 arg. « paquet de 1 000 billets de 1 000 francs » (A. Arnoux, Le Chiffre, p. 133). Terme localisé à son orig. dans le nord de la France (v. Gdf. Compl.) mais attesté ailleurs sous la forme briche en a. fr. (cf. T.-L.), empr. au m. néerl. bricke, brike « brique » (Verdam), à rattacher au verbe breken « casser » (De Vries Nederl.); cet étymon est confirmé par l'importance des briqueteries des Pays-Bas (Valkh., loc. cit.). Le sens 1 chronologiquement le premier est en réalité dér. de 2.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 1 029. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 598, b) 2 238; xxes. : a) 1 569, b) 1 723.
BBG. − Behrens D. 1923, p. 85. − Bise (G.). Gloss. du fr. région. dans la Haute-Broye fribourgeoise. Archivum romanicum. 1939, t. 23, p. 294. − Duch. 1967, § 74. − Geschiere (L.). Probl. étymol. Neophilologus. 1948/49, t. 32/33, pp. 136-137. − Gottsch. Redens. 1930, p. 218. − Herbillon (J.), Doppagne (A.). Faire des briques à Namur. Vie wallonne. 1960, t. 34, pp. 52-53. − Sain. Lang. par. 1920, p. 260. − Tournemille (J.). Au jardin des loc. fr. Vie Lang. 1967, p. 683.

Brique : définition du Wiktionnaire

Nom commun

brique \bʁik\ féminin

  1. (Maçonnerie) Bloc de pierre artificielle fabriqué avec de la terre argileuse pétrie, moulée, séchée, cuite, et dont on se sert comme matériau de construction.
    • Cheikh Gaafar possédait une maison, toute neuve, en bordure des champs, à l’écart du village. C’était une maison en briques, entourée d’un jardin, avec de grandes fenêtres et des balcons. Une vraie maison d’homme riche. — (Out-el-Kouloub, « Zaheira », dans Trois contes de l’Amour et de la Mort, 1940)
    • Le vénérable pont sur le Tarn a non seulement de hautes arches en ogive, mais ses piles de briques, entre les voûtes et au-dessus des avant-becs, sont percées de baies du même style. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Elle descendit avec lenteur, en se balançant ainsi, au niveau de la fenêtre du premier étage, puis elle s’efforça de gagner une mince cimaise de briques vernies qui partait de l’extrémité de la marquise. — (André Dhôtel, Le Pays où l’on n’arrive jamais, 1955)
    • La cloison n’était faite que de « crottes de trois », qui sont des briques creuses et fort minces, ce qui la rendait transparente au moindre soupir. — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, page 40)
    1. Ce même bloc, employé pour chauffer le couchage.
      • N’oublie pas de prendre ta brique, lui disait-elle avant de regagner sa chambre. — (Joseph Zobel, La Brocante de poésie, dans le recueil Le Soleil partagé, 1964, p. 173)
  2. (Architecture) (Par extension) Construction faite de briques ou d’un assemblage de briques.
    • Construire en brique, maison et murs en brique.
  3. (Par analogie) Matériau ou objet ayant la forme d’une brique.
    • Brique d’étain, de savon, de béton, etc.
  4. Emballage parallélépipédique utilisé pour certaines denrées alimentaires
    • On trouve de plus en plus de briques de soupes, de lait ou de jus de fruits dans les magasins.
  5. (Cuisine) Famille de fromages français à base de lait de brebis, de chèvre ou de vache, à pâte molle à croûte fleurie et souvent en forme de brique.
  6. (Argot) Un million d’ancien francs français (dix mille nouveaux francs français, soit 1524 euros).
    • — Si je comprends bien, tu prends la succession de Mandarès. Du coquille j’en ai, cinq rames, total deux briques. Et cash !
      — Oh ben, à ce blot là, tu peux le garder et t’en faire des cornets à frites.
      — (Michel Audiard, Le cave se rebiffe, 1962)
    • Celui qui se fait une brique par mois, de nos jours, on ne peut pas dire qu’il soit riche. On n’est plus dans les années 60…
  7. (Est de la France, Suisse) Éclats, des tessons, des fragments d’une chose cassée.
  8. (Québec) Gros roman, très épais.

Adjectif

brique \bʁik\ invariable

  1. Couleur rouge fade tirant sur le brun. #842E1B
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Brique : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BRIQUE. n. f.
Terre argileuse blanche ou rouge, pétrie, moulée ordinairement en forme de carreau plus ou moins épais, puis séchée au soleil ou cuite au feu, et dont on se sert pour bâtir. Faire de la brique. Four à brique. Bâtir en briques. Maison de brique ou de briques. Dans les pays chauds, on se contente de faire sécher la brique au soleil. Par analogie, Couleur de brique. Ton de brique ou, par ellipse, Couleur brique, Qui présente la couleur rougeâtre de la brique. Par analogie, Brique d'étain, de savon, etc., Masse d'étain, de savon, etc., qui a la forme d'une brique.

Brique : définition du Littré (1872-1877)

BRIQUE (bri-k') s. f.
  • 1Pierre factice, de forme rectangulaire, composée d'une terre grasse ou rougeâtre, qu'on fait cuire au feu, et qui sert à bâtir. Un cent de briques. La brique crue est composée d'une terre blanchâtre, qu'on fait sécher longtemps sans l'aide du feu. Auguste se vantait d'avoir trouvé Rome de brique et de la laisser de marbre, Fontenelle, Czar Pierre. Il faut me fournir de la paille, si on veut que je cuise des briques, Voltaire, Lett. d'Argental, 1er nov. 1760.

    Fig. Vous ne doutez pas, monsieur, de l'honneur et du plaisir que je me fais, de mettre quelquefois une ou deux briques à votre grande pyramide, Voltaire, Lett. Diderot, 26 juin 1758.

    Ton de brique, couleur de la brique rougeâtre.

  • 2 Par analogie. Brique de savon, d'étain, masse de savon, d'étain qui a la forme d'une brique.

HISTORIQUE

XIIIe s. Nul assaut [ils] ne doutent [craignent] la briche, Guiart, t. I, p. 146. Le peril n'en doutent la briche, Guiart, t. II, p. 57.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BRIQUE. - HIST. Ajoutez :

XVIe s. Hautes montagnes fecondes en beaucoup de singularités et une infinité de pierres de brique, dont ils font des coins à fendre le bois, l'Histoire notable de la Floride, contenant les trois voyages décrits par le capitaine Laudonnière, Paris, Janet, 1853, p. 90.

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Brique : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* BRIQUE, s. f. sorte de pierre factice, de couleur rougeâtre, composée d’une terre grasse, pétrie, mise en quarré long dans un moule de bois, & cuite dans un four, où elle acquiert la consistance nécessaire au bâtiment. Voyez Pierre, Tuile.

Il paroît que l’usage de la brique est fort ancien. Les premiers édifices de l’Asie, à en juger par les ruines, étoient de briques séchées au soleil ou cuites au feu, mêlées de paille ou de roseaux hachés & cimentés de bitume. C’est ainsi, selon la Ste Écriture, que la ville de Babylone fut bâtie par Nemrod. Les murs célebres dont Semiramis la fit enclorre, & que les Grecs compterent au nombre des merveilles du monde, ne furent bâtis que de ces matériaux. Voici comment un de nos plus exacts voyageurs parle des restes de ces murs : « A l’endroit de la séparation du Tigre, nous vîmes comme l’enceinte d’une grande ville… Il y a des restes de murailles si larges, qu’il y pourroit passer six carrosses de front : elles sont de briques cuites au feu. Chaque brique est de dix pouces en quarré, sur trois pouces d’épaisseur. Les chroniques du pays assûrent que c’est l’ancienne Babylone. Tav. voyag. du Lev. liv. II. ch. vij. » D’autres parlent d’une masse d’environ trois cents pas de circuit, située à une journée & demie de la pointe de la Mésopotamie, & à une distance presqu’égale du Tigre & de l’Euphrate, & qu’on prend pour les ruines de la fameuse tour de Babel ; ils disent qu’elle est bâtie de briques séchées au soleil, qui est très-ardent dans ces quartiers ; que chaque brique a dix pouces en quarré, sur trois pouces d’épaisseur ; que chaque lit de briques est séparé par un lit de cannes ou de roseaux concassés & mêlés avec de la paille de blé, de l’épaisseur d’un pouce & demi, & que d’espace en espace, où l’on avoit besoin de forts appuis, on remarque d’autres briques des mêmes dimensions que les précédentes, mais cuites au feu, plus solides & maçonnées avec le bitume.

Il reste encore dans l’Arménie, dans la Géorgie, & dans la Perse, plusieurs anciens édifices bâtis des mêmes matériaux. A Tauris, autrefois Ecbatane, à Kom, à Teflis, à Erivan, & ailleurs, les vieilles maisons sont de briques.

Pendant plusieurs siecles les autres parties du monde ne furent pas plus magnifiques en édifices. L’usage de bâtir de briques composées de terre mêlée de pailles menues, qui avoit commencé dans l’Asie, passa en Egypte. Ce travail pénible fut un des moyens dont l’un des Pharaons se servit pour opprimer les Israélites. Les Grecs prirent aussi cette maniere de bâtir, des Orientaux. Vitruve, qui écrivoit sous le regne d’Auguste, dit qu’on voyoit encore de son tems dans Athenes, l’Aréopage bâti de terre & couvert de chaume.

Rome, dans son origine & pendant les quatre premiers siecles de sa fondation, n’étoit qu’un amas informe de cabanes de briques & de torchis. Les Romains prirent dans la suite, des Toscans, la maniere de bâtir avec de grosses pierres massives & quarrées. Vers les derniers tems de la république, ils revinrent à la brique. Le panthéon & d’autres grands édifices en furent construits. Sous Galien, on formoit les murs alternativement d’un rang de brique & d’un rang de pierre tendre & grise.

Les Orientaux faisoient cuire leurs briques au soleil ; les Romains se servirent d’abord de briques crues, seulement séchées à l’air pendant quatre à cinq ans. Les Grecs avoient trois sortes de briques ; la premiere, qu’ils appelloient didoran ou de deux palmes ; la seconde, tetradoran ou de quatre palmes ; & la troisieme, quintadoran ou de cinq palmes. Outre ces briques de jauge, ils en employoient de plus petites de moitié, qui servoient de liaison & ornoient leurs édifices par la diversité des figures & des positions.

Les briques, parmi nous, ont différens noms pris de leurs formes, de leurs dimensions, de leur usage, & de la maniere de les employer.

La brique entiere de Paris, est ordinairement de huit pouces de long sur quatre de large & deux d’épais.

La brique de Chantignole ou demi-brique, n’a qu’un pouce d’épais, les autres dimensions comme la brique entiere.

On appelle briques en liaison, celles qui sont posées sur le plat, liées, moitié par moitié, les unes sur les autres, & maçonnées avec plâtre & mortier.

Briques de champ, celles qui sont posées sur leur côté pour servir de pavé.

Briques en épi, celles qui sont placées sur l’angle diagonalement en maniere de point d’Hongrie ; tel est le pavé de Venise.

La brique de Chantignole ou demi-brique, sert entre des bordures de pierre aux atres & aux contre-cœurs de cheminée.

Maniere de faire la brique. Ne prenez ni terre areneuse ou graveleuse, ni bourbiers sablonneux ; ces matieres pesent trop & ne résistent point à la pluie. Si vous trouvez de la terre blanche qui tienne de la craie, de la terre rouge, ou même du sablon mâle rouge, servez-vous en : vos briques seront fermes & légeres ; deux conditions essentielles. Choisissez pour ce travail la saison qui convient le mieux pour faire sécher. En un mot, ayez de bonne argile, qui ne soit point sablonneuse, ou de la terre courte, moins forte que la terre grasse ; ou si vous avez de l’argile & de la terre courte, faites-en un mêlange en parties égales. Trempez votre mêlange sans le noyer ; remuez-bien ; délayez avec une pelle ; & battez avec la tête d’un piquoir ou d’une houe : plus vous battrez, meilleure sera votre brique. Ayez des moules ou cadres de bois de la dimension intérieure que vous voulez donner à votre brique : mouillez-les : saupoudrez-les d’un peu de sable bien sec, afin que la matiere de vos briques ne s’y attache pas : remplissez-les de terre : foulez la terre avec les mains : ayez ensuite un gros bâton rond ; achevez de presser la terre dans les moules, en faisant passer ce bâton fortement sur cette terre : que ce bâton soit poli & mouillé, afin que la terre ne s’y prenne pas : cela fait, prenez votre moule & déchargez-le de plat dans un lieu bien uni : recommencez la même manœuvre, saupoudrant le moule & foulant la terre avec les mains & le bâton : laissez sécher vos briques au soleil ; quand elles seront à demi seches, taillez-les, c’est-à-dire, enlevez avec un couteau tout ce qui nuiroit à la régularité de la figure. Quand il est important que les briques soient bien régulieres, on a pour cette opération un nouveau moule, de la forme même de la brique, seulement un peu plus petit ; mais n’ayant que deux côtés disposés en équerre : on applique la brique entre ces deux côtés, les deux autres dirigent le couteau. Quand on a taillé deux côtés, on taille les deux autres de la même maniere, & l’on a par ce moyen des briques bien équarries & bien égales entr’elles. Quand vos briques seront taillées, posez-les sur le côté deux à deux, à la hauteur d’un pié & demi : formez-en des rangées ; mettez de l’espace entre chaque rangée, & laissez-les sécher. Ayez un four, & disposez-y vos briques de maniere qu’elles puissent être bien penétrées par le feu, ou faites-les cuire en plein air ; car il y a ces deux manieres de cuire la brique : mais la premiere est la meilleure. Le four n’a rien de particulier : il est à grande volée ou à l’ordinaire, seulement de moitié plus grand que celui du Potier. On met les briques dans le four : on le ferme : on y met du bois : on fait un feu médiocre, jusqu’à ce que la fumée du fourneau, d’un blanc obscur qu’elle paroîtra, devienne noire ; alors on cesse de mettre du bois ; on continue seulement d’entretenir la chaleur avec des fagots, de la paille, des genêts, &c. jusqu’à ce que le four paroisse blanc, & que la flamme s’éleve jusqu’au haut de la cheminée. Quand on a fait durer cette chaleur pendant quelque tems, on la ralentit, & on laisse refroidir le four par degrés. On réitere la même opération, échauffant le four, & le refroidissant alternativement jusqu’à ce que la brique paroisse avoir été bien penétrée par le feu, ce qui n’est guere possible qu’au bout de quarante-huit heures.

Les bons fours sont en voûte, & les bons ouvriers disposent les briques de maniere qu’elles laissent entr’elles des vuides entre lesquels la flamme puisse s’insinuer. Voici comment on s’y prend, on place les briques les unes sur les autres ; ensorte qu’elles empiétent pour se soûtenir : mais on laisse entre chacune le plus d’espace qu’on peut ; ensorte que la masse totale est proprement construite tant vuide que pleine. Elle ne doit pas remplir entierement le four, mais laisser aux deux côtés & sur le devant un espace nécessaire pour les matieres combustibles. On couvre cet espace d’un lit de bois ; on place sur ce lit une couche de charbon. On ne manque pas non plus d’insérer dans tous les vuides des briques, du charbon, & du petit bois ; il arrive de-là qu’en un moment toute la masse est pénétrée de flamme : on renouvelle ce feu, autant qu’il est nécessaire ; & on ne le laisse entierement éteindre, que quand on juge la brique cuite.

Voilà la maniere d’avoir de la brique assez bonne : mais il y a apparence qu’on l’auroit beaucoup meilleure, si les ouvriers y apportoient les précautions suivantes : 1°. n’employer à faire la brique, que la terre qui auroit été tirée & retournée au moins une fois, entre le premier de Novembre & le premier de Février ; 2°. ne la façonner en brique qu’au premier de Mars, & cesser au 29 de Septembre ; 3°. n’y mêler rien qui pût la détériorer ; 4°. y ajoûter une certaine quantité de cendre de charbon criblée & passée au tamis fin ; 5°. nommer des gens pour visiter les fourneaux, les briques & les terres qu’on y employe ; 6°. faire battre par des hommes, & fouler la terre par des animaux, avant que de l’employer ; 7°. y faire mettre du sable, quand elle est d’une nature trop molle ; 8°. faire tremper la brique dans l’eau, après qu’elle auroit été cuite une premiere fois, & la remettre au feu, elle en acquerroit le double de dureté ; 9°. veiller, à ce qu’avant de les mettre au four ; elles ne soient point exposées à sécher à un trop grand soleil ; 10°. les garantir pareillement du trop grand soleil en été, en les couvrant soit de paille soit de sable. Il y auroit encore un grand nombre d’autres précautions à prendre pour faire la brique si bonne, qu’elle seroit peut-être plus durable que la pierre même ; mais à quoi bon les indiquer ? Le commerce & la fabrication de la tuile sont libres ; & il n’y a point de regles prescrites, ni à l’ouvrier, ni au marchand, ni à l’acheteur. On se plaint que nos ouvrages en maçonnerie n’ont pas la force de ceux des anciens, & l’on ne voit pas qu’ils prenoient pour les faire durer, toutes les précautions qu’ils imaginoient nécessaires, au lieu que nous n’en prenons aucune.

Il nous vient de la brique de Bourgogne, de Melun, & de Corbeil ; celle de Bourgogne passe pour la meilleure : il faut la choisir bien cuite, sonnante & colorée. Elle s’achete au millier : on ne peut rien statuer sur son prix. Elle a valu d’abord dix livres le millier, puis quinze ; & il y a apparence qu’elle vaut davantage, & qu’elle augmentera de prix à mesure que les matieres combustibles deviendront plus rares. Ceux qui ont de grands batimens de brique, soit à faire, soit à entretenir, épargneront beaucoup à loüer des ouvriers qui la travaillent sur leur terre : ils leur donneront quarante-cinq à cinquante sous par jour, ou plûtôt ils les payeront à raison de trois livres pour chaque mille de briques bonnes & entieres après la cuisson. On leur fournit le bois à raison de vingt cinq cordes pour trente milliers de briques cuites en plein air. Il faut un quart de bois de moins dans une briqueterie, ou four fait exprès ; plus le four a servi, plus il s’échauffe facilement.

Un commentateur de Vitruve voudroit qu’on donnât aux briques la forme d’un triangle équilatéral, dont chaque côté eût un pié de long, sur un pouce & demi d’épais. Il prétend que ces briques s’employeroient plus commodément, coûteroient moins, & seroient plus solides & d’une plus belle apparence : elles ajoûteroient, dit-il, de la force & de la grace, sur-tout aux angles d’un ouvrage dentelé. M. Wotton s’étonne avec raison de ce qu’on a négligé l’avis du commentateur de Vitruve.

La brique est d’usage en Medecine ; on la fait chauffer, & on l’employe sur différentes parties du corps ; on en met quelquefois sur les cataplasmes pour les tenir chauds.

L’huile de brique, autrement appellée l’huile des philosophes, se fait comme il suit. On éteint des briques chaudes dans de l’huile d’olive, & on les y laisse jusqu’à ce qu’elles en ayent pris toute l’huile ; on les distille ensuite par la retorte, & on retire l’huile que l’on sépare de l’esprit.

Cette huile est chargée de particules ignées, & de l’acide de la brique ; ainsi elle est résolutive, carminative, calmante, & bonne à l’extérieur dans les embrocations, & les linimens pour les tumeurs froides. (N)

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Étymologie de « brique »

Étymologie de brique - Littré

Bressan, breque de pan, morceau de pain ; génev. brique, débris, éclat, pièce, morceau ; provenç. briga, briza, miette, débris ; ital. bricco, brique ; angl. brick ; de l'anglo-saxon brice, fragment : ainsi la brique est proprement un fragment, sens qu'on retrouve dans nos patois et dans les exemples de G. Guiart, où la briche, signifiant petit morceau, renforce la négation, comme font mie, pas, point.

ÉTYMOLOGIE

Ajoutez : la pierre de brique de l'exemple ci-dessus est sans doute un silex.

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Étymologie de brique - Wiktionnaire

Emprunté du moyen néerlandais bricke, brike (« brique »), du verbe moyen néerlandais brecken (« briser »). La brique étant caractéristique des Flandres.
Le terme est attesté en 1204, sous sa forme en ancien français brike (« palet »), puis a dès la fin du XIIIe siècle, avec le sens qu’on lui connaît aujourd’hui. Il désigne également un morceau, une miette. Le terme brike est plutôt du nord, mais une forme briche est attestée ailleurs.
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Phonétique du mot « brique »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
brique brik play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « brique »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « brique »

  • Ces étonnants murs ondulants ne sont ni une fantaisie architecturale, ni la réalisation d'un maçon passablement éméché. Bien au contraire. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce type de construction est une solution parfaitement rationnelle pour économiser des briques lorsque l'on veut construire un mur solide. Développé en Angleterre, ce type de séparation se retrouve également aux États-Unis sous le nom de «crinkle-crankle wall», voire «crinkum crankum» pour faire plus chic. Boursorama, Ces murs en zig-zag permettent d'économiser des briques - Boursorama
  • C’est alors que l’individu rentre chez lui et s’empare d’une brique avec laquelle il menace à nouveau les policiers. , Roubaix : un homme menace les policiers avec une brique | Lille Actu
  • Albi la rouge. Patrimoine Unesco. Au pied de la forteresse il faut se tordre le cou pour voir le haut du clocher. Elle impressionne par ses dimensions, son aspect massif. Vous resterez pensif quant à la construction brique à brique. L’intérieur est tout aussi impressionnant avec les plafonds peints, les fresques murales, l’orgue, le chœur… C’est la plus grande cathédrale de briques du monde (longueur 113 m, largeur 35 m) et du haut de son clocher (78 m), neuf siècles nous contemplent. À l’intérieur fresques et décorations se déploient sur 18 500 m² et font de Sainte-Cécile la plus grande cathédrale peinte d’Europe. petitbleu.fr, ADMIRER la plus grande cathédrale de briques au monde - petitbleu.fr
  • Un Palestinien a été inculpé jeudi par un tribunal militaire pour le « meurtre délibéré » d’un soldat israélien avec une brique lors d’un raid en Cisjordanie le mois dernier. The Times of Israël, Un Palestinien inculpé pour avoir "tué délibérément" un soldat avec une brique | The Times of Israël
  • Pour son fabricant, le norvégien Elopak, la brique Pure-Pak Imagine renoue avec l’ouverture facile des années 1970 et 1980, avant que le bouchon à vis ne soit introduit sur le marché. De fait, la dernière évolution de cet emballage de boisson ne dispose plus de bouchon et peut donc être présentée comme un contenant fabriqué à 100% à partir de carton, du carton écru en l’occurrence, « entièrement renouvelable et neutre en carbone », selon Patrick Verhelst, directeur du marketing d'Elopak. Un côté du toit pointu de la brique est conçu pour que ses deux faces s’écartent facilement ; en les tirant vers soi, un bec verseur est formé. Pour l’occasion, la forme du toit est également modifiée et ressemble à une vague afin de mieux repérer l’emballage en rayon. « Associée aux fonctionnalités de pliage et de versage faciles, la nouvelle conception de la brique établit une nouvelle référence en matière de réduction des plastiques », commente Patrick Verhelst, qui estime qu’Elopak a ainsi créé « la brique la plus écologique possible ». Pour le moment, Pure-Pak Imagine est disponible pour les produits laitiers frais. emballagesmagazine.com, Elopak supprime le bouchon de la brique
  • Ce n’est pas toujours par manque de briques qu’on rencontre plus souvent des petits murs. De Proverbe africain / Habiter un monde
  • Les prisons sont bâties avec les pierres de la Loi, les bordels avec les briques de la Religion. De William Blake / Le mariage du Ciel et de l'Enfer
  • La présence d'une brique de jus d'orange dans le frigo ne signifie pas forcément qu'il reste du jus d'orange. Ou alors, avec une jolie couleur verte. De Fabien Rohrhust
  • Le mur est plus important que la brique. De Dicton français

Images d'illustration du mot « brique »

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Traductions du mot « brique »

Langue Traduction
Portugais tijolo
Allemand stein
Italien mattone
Espagnol ladrillo
Anglais brick
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Synonymes de « brique »

Source : synonymes de brique sur lebonsynonyme.fr

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