La langue française

Bouillon

Sommaire

  • Définitions du mot bouillon
  • Étymologie de « bouillon »
  • Phonétique de « bouillon »
  • Évolution historique de l’usage du mot « bouillon »
  • Citations contenant le mot « bouillon »
  • Images d'illustration du mot « bouillon »
  • Traductions du mot « bouillon »
  • Synonymes de « bouillon »

Définitions du mot bouillon

Trésor de la Langue Française informatisé

BOUILLON, subst. masc.

I.− [En parlant de l'agitation d'un liquide entré en ébullition]
A.− Agitation qui se produit à la surface d'un liquide, dès qu'il entre en ébullition. Ne faire qu'un bouillon au lait. ,,Le retirer dès qu'il commence à bouillir`` (DG). Il ne faut que deux ou trois bouillons pour faire cette tisane, pour cuire ce poisson (Ac. 1835-1932). Il ne faut pas les faire bouillir longtemps.
Au fig., fam. Il ne cuit pas de premier bouillon. ,,Il ne se décide pas du premier coup`` (DG).
Spécialement
1. SAL. Sel de bouillon. Sel obtenu par l'ébullition de l'eau de mer sous l'action du feu (cf. DG, etc.).
2. TECHNOL. Dégraissage des laines à l'eau bouillante avant de les teindre (cf. Littré, etc.).
P. métaph. État d'effervescence. Dans les premiers bouillons de sa colère (fam.). ,,Dans les premiers mouvements, dans les premiers transports de sa colère`` (Ac. 1835-1932) :
1. La débauche est hideuse dans un vieillard : elle a un côté qui l'excuse dans un jeune homme, les bouillons de l'âge et la fougue des passions. Chênedollé, Journal,1823, p. 122.
B.− P. méton.
1. Bulle, onde qui se forme dans un liquide en état d'agitation ou d'ébullition. Fleuve qui s'élève, sang qui coule à gros bouillons :
2. ... le bouc en morceaux cuisait à gros bouillons dans le beurre rance des pasteurs, ... Flaubert, La Tentation de st Antoine,1849, p. 482.
Bouillon d'eau. ,,Jet d'eau qui s'élève peu et imite une source vive`` (Chesn. 1857).
2. En partic.
a) MÉTALL. Bulle d'air restée dans le verre, dans les métaux fondus (cf. Littré, etc.).
b) FAÏENCERIE. ,,Petite éminence située entre la pâte et la glaçure d'une pièce de porcelaine ou de faïence`` (Nouv. Lar. ill.).
3. P. anal.
a) ,,Tortil de fil d'or, d'argent, qui sert d'ornement en tapisserie`` (DG).
b) Pli bouffant d'une étoffe :
3. Une pomme d'Adam, aussi proéminente que le menton, sortait de l'échancrure du col et se dissimulait de son mieux sous un bouillon de mousseline; ... Gide, Isabelle,1911, p. 617.
II.− [En parlant du liquide qui doit entrer en agitation]
A.− Aliment liquide où l'on fait bouillir certaines substances. Bouillons alimentaires (Rob.).Bouillon gras. Bouillon fait avec de la viande :
4. Au lieu de trois cents paysannes allumant trois cents feux et employant trois cents marmites pour cuire trois cents mauvaises soupes, il suffirait de sept femmes, sept feux et sept bassines pour préparer un bon assortiment de potages et bouillons de divers prix, à option. Fourier, Le Nouv. monde industr.,1830, p. 3.
SYNT. Du bouillon de bœuf, et, absol., du bouillon; prendre une tasse de bouillon, et, p. ell., prendre, boire un bouillon. Avaler autant de bouillon qu'il en tient dans une écuelle ou un bol. Bouillon coupé. Bouillon auquel on a ajouté de l'eau. Être (réduit) au bouillon. Ne pouvoir absorber aucune nourriture solide.
Emplois fig. et fam. Bouillon de/d'onze heures. Boisson empoisonnée. Bouillon pointu (p. allus. à la canule et à son contenu). Lavement (cf. Guérin 1892, etc.).
Boire, prendre un bouillon. Avaler de l'eau en nageant. Se jeter dans le bouillon (pop.). Se noyer par suicide (cf. Maupassant, Contes et nouvelles, t. 2, L'Endormeuse, 1889, p. 1177).Au fig., fam. Subir une perte (d'argent, etc.) considérable à la suite d'une mauvaise spéculation :
5. saut. − Eh bien, voilà nos ducs, nos maréchaux qui boivent un fameux bouillon! Notre ami Apponyï leur a fait la queue serrée. Delécluze, Journal,1827, p. 405.
En partic., IMPR. Ensemble des exemplaires invendus d'une publication. Rendre le bouillon. ,,Rapporter au journal les numéros qu'on n'a pu vendre, et que l'administration vous reprend`` (Vallès, 1866 dans Larch. 1880). Venir reprendre chez les dépositaires de journaux les bouillons du jour précédent (Dub.).
B.− P. ext. Bouillon médicamenteux. ,,Eau dans laquelle on a fait bouillir des substances médicinales`` (DG).
C.− Emplois partic.
1. Tablettes de bouillon. Bouillon réduit à l'état solide sous forme de tablettes que l'on fait dissoudre dans l'eau bouillante pour obtenir du bouillon liquide (cf. Bouillet 1859).
2. Établissement de bouillon, et, p. ell., bouillon. Établissement où l'on consomme, où l'on vend spécialement du bouillon; restaurant de bas étage (cf. Rob., etc.) :
6. Qu'est-ce que ça doit coûter ce qu'on voit sur les dessertes des grands restaurants : ces langoustes, (...). Elle ne saurait jamais. Elle avait toujours eu à choisir entre le bouillon Boulant ou le Duval et Scossa... 3 fr. 50 tout compris. Mauriac, Le Mystère Frontenac,1933, p. 249.
3. BACTÉRIOL. Bouillon de culture. ,,Bouillon de bœuf, de veau, de poulet, etc., préparé comme milieu de culture bactériologique`` (Nouv. Lar. ill.). Au fig. Milieu favorable :
7. Ne pas donner à des microbes un bouillon de culture, c'est de la précaution élémentaire... P. Bourget, Nos actes nous suivent,1926, p. 114.
P. anal., HORTIC. Bouillon de jardinier. ,,Eau de fumier avec laquelle on arrose les arbres languissants`` (Chesn. 1857).
PRONONC. : [bujɔ ̃]. [uˑ] mi-long dans Passy 1914. [λ] mouillé dans Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Gattel 1841, Nod. 1844. Fél. 1851 et Littré.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) Ca 1150 « bulle qui se forme dans un liquide en état d'agitation ou d'ébullition » (Wace, St Nicolas, 179 dans T.-L.); 1360-88 p. anal. « tortil » (Laborde, Invent. joyaux Louis de France, p. 34 dans IGLF Techn.); 1603 « ruban tortillé agrémentant un vêtement » (Galitzin, Invent. de Chenonceau, p. 21, ibid.); 1603 « pli bouffant » (Ibid., p. 28); 1765 « bulle d'air restée dans le verre » (Encyclop. t. 17, s.v. verrerie, p. 138 [c'est à tort que Lar. Lang. fr. note l'apparition de ce sens en 1740 dans le Dict. du citoyen : le mot ne se trouve pas dans l'éd. de 1761 qui semble être la 1reéd. ni dans le Dict. universel de comm. de Savary des Bruslons, éd. 1723, 1730 et 1741-42]); b) ca 1393 « agitation qui se produit à la surface d'un liquide » (Ménagier, II, 146 dans T.-L.); 2. a) xiiies. « aliment liquide où l'on fait bouillir certaines substances » (Nouv. Recueil Fabliaux, éd. A. Jubinal, II, 13, ibid.); b) xves. fig. (Villon, Testament, 853 dans IGLF Litt. : Item, et a mon plus que pere, Maistre Guillaume de Villon, ... Degeté m'a de maint bouillon), cf. boire un bouillon 1827, supra ex. 5; 1843 spéc. « mévente d'un ouvrage » (Balzac, Les Illusions perdues, p. 526); c) 1660 court-bouillon (Oudin Esp.-Fr.). Dér. du rad. de bouillir*; suff. -on*.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 582. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 637, b) 1 190; xxes. : a) 1 116, b) 621.
DÉR. 1.
Bouillonnage, subst. masc.,,Proportion d'invendus pour un journal donné`` (Voyenne 1967). Terme répandu vers 1901, cf. Dauzat dans Fr. mod., t. 7, p. 27 voir aussi Ch.-L. Carabelli, [Lang. du journ.], p. 300; dér. de bouillon « exemplaire invendu d'un journal » (cf. étymol. 2 b), suff. -age*.
2.
Bouillonnure, subst. fém.Défaut consistant dans la présence de bouillons. Les défauts qu'on nomme retirements, bouillonnures (A. Brongniart, Traité des arts céramiques,1844, p. 172). 1reattest. 1844 id.; dér. de bouillon, suff. -ure*.
BBG. − Dauzat Ling. Fr. 1946, p. 322. − Léger (J.). Boire un bouillon. Vie Lang. 1955, p. 96. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 297. − Quem. 2es. t. 3 1972, p. 25. − Rog. 1965, p. 98. − Rommel (A.). Die Entstehung des klassischen französischen Gartens im Spiegel des Sprache. Berlin, 1954, p. 63, 67, 69. − Sain. Sources t. 2 1972 [1925], p. 120. − Voyenne 1967.

Wiktionnaire

Nom commun

bouillon \bu.jɔ̃\ masculin

  1. (Sens propre) Bulle qui se forme à la surface d’un liquide lorsqu’il bout.
    • […]; mettez-y vos oranges, et après quelques bouillons, vous les retirez , et les laissez refroidir; vous mettez une fois la bassine sur le feu, vous donnez quelques bouillons, et laissez refroidir. — (MM. Viard & Fouret, Le Cuisinier royal ou l'art de faire la cuisine, la pâtisserie et tout ce qui concerne l'office, 11e édition, Paris : chez J.-N. Barba, 1822, p. 485)
    • Si l'on mouille à froid, on tourne sur le feu jusqu'au premier bouillon ; si on mouille à chaud, on mouille peu à peu et hors du feu pour éviter les grumeaux. — (Jules Gouffé, Le livre de cuisine : comprenant la cuisine de ménage et la grande cuisine, illustré par E. Ronjat, Paris : chez L. Hachette, 1867, p. 88)
  2. (Cuisine) Eau dans laquelle on a fait bouillir de la viande, des légumes, ou des herbes médicinales, pour servir de nourriture ou de remède.
    • C'est ce qui a mis en grand honneur l'anis, le corail rouge, le bouillon de vipère dont parle Mme de Sévigné, l’orviétan, le bézoard, la thériaque, la corne de cerf ou l’œil d’écrevisse réduits en poudre, etc. — (Pierre Janet Les médications psychologiques, tome 1 : L'action morale, l'utilisation de l'automatisme, Paris : chez Alcan, 1919, L'Harmattan, 2007, p. 18)
    • La poussière de craie donnait soif et cet automne était chaud. Je me souviens d'avoir bu un jour peut-être dix quarts de bouillon brûlant pris à la cuisine roulante. Les hommes avaient soif et refusaient le bouillon ; mais ils finirent par suivre mon exemple. — (Alain, Souvenirs de guerre, page 111, Hartmann, 1937)
    • J'habitais Pétrograd et je déjeunais de coutume à la table de « Conseil des commissaires du peuple de la Commune du Nord », où l'on nous offrait de délicieux bouillons au cheval faisandé. — (Victor Serge, Portrait de Staline -1940)
  3. (Par analogie) (Jardinage) (Vieilli) Liquide fertilisant obtenu par putréfaction de débris végétaux dans l'eau.
    • La plupart des observations précédentes s'appliquent à l'emploi des bouillons, que le jardiniers obtiennent en faisant macérer dans l’eau des fumiers ou des débris végétaux divers. — (O. Bussard, Cultures légumières, 1943)
  4. Ondes que forme un liquide, lorsqu’il est agité, lorsqu’il tombe ou jaillit.
    • À part Simon qui nage comme un poisson, les plongeons ressemblent plutôt à des écrabouillages qui font de gros bouillons.
      Le maître nageur crie sans arrêt et ne dit jamais que c'est bien, ce serait trop lui demander.
      — (Hervane Blanc, Face de Lune, Librinova, 2018)
    • L’eau sort à gros bouillons de cette source. Une fontaine qui jette de gros bouillons.
  5. (Par hyperbole) Sang qui sort abondamment d’une blessure ou par la bouche.
    • Il […] l’atteignait sous le ventre d’un coup d'épée, laquelle restait enfoncée jusqu’à la garde. Un sang noir sortait à gros bouillons, puis le peuple reconduisait triomphalement le chevalier. — (Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, Par les champs et par les grèves (Voyage en Bretagne), 1886, Le Livre de poche, page 209, 2012)
  6. (Vieilli) Restaurant où l'on servait surtout du bouillon de bœuf.
    • Les établissements de bouillon, fondés par des bouchers dans le but d'utiliser les restes de leur étal, sont aussi très recherchés d'une partie du public. D'abord, on peut y entrer pour prendre un simple bouillon (20 centimes), ou un potage, lorsqu'on n'a pas besoin d'autre chose […] Cet avantage de pouvoir prendre un bouillon en attendant l'heure du dîner servi plus loin est fort inappréciable ; on déjeune ou on dîne aussi très confortablement, de viande de boucherie et de légumes surtout, dans ces sortes d'établissement qu'on rencontre aujourd'hui dans tous les quartiers. — (Adolphe Bitard, Guide pratique dans Paris pendant l'Exposition, 1878)
    1. (Vieilli) (Par extension) Restaurant bon marché.
      • Depuis que son garçon était parti, celui-ci déjeunait dans un bouillon proche du bureau, ou emportait sa ratatouille dans une petite gamelle et mangeait parmi la poussière des cartons. — (Marcel Martinet, La maison à l'abri, 1919)
      • Entre ce bouillon à prix fixe et l'entrée des Folies, s'incrustait un établissement dénommé le Moulin de la Gaîté. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
      • Au Bouillon Pigalle, nouveau spot apprécié du boulevard de Clichy, la star s'appelle bourguignon aux coquillettes (notre strogonoff à nous). Le lieu est d'ailleurs une moderne réincarnation des bouillons, ces restos populaires de la Belle Époque. — (Valérie Hénau, « Back to CCCP », dans Marianne n° 1093, du 23 février 2018, page 79)
  7. (Textile) Gros plis ronds qu’on fait à quelques étoffes pour la parure et l’ornement, soit dans les vêtements, soit dans les meubles.
    • les ruchés, les volants, le gilet suivaient en toute indépendance, selon la fantaisie de leur dessin ou la consistance de leur étoffe, la ligne qui les conduisait aux nœuds, aux bouillons de dentelle, aux effilés de jais perpendiculaires. — (Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, 1913, Éditions Gallimard, Folio n°1924, 1987, page 194)
    • Du taffetas renoué à gros bouillons.
  8. Exemplaire non vendu d’une publication, livre, journal.
    • Je sus que cette feuille tirait à trois cents, avec soixante abonnés et pas un bouillon. — (Maurice Bedel, Mémoire sans malice sur les dames d'aujourd'hui, 1935)
    • Son tirage variait entre 80 000 et 100 000 exemplaires […] tandis que l'organe central du FNL, Le Peuple (Ech Chaab en arabe) ne parvenait pas à dépasser les 15 000 à 20 000 tout en accumulant les invendus – du « bouillon », dans l'argot de la presse. — (Henri Alleg, Mémoire algérienne, Éditions Stock, 2005)
    • C'est beau, c'est généreux, c'est grand, c'est magnifique !
      Et, dans les positions les plus pornographiques,
      Je leur rends les honneurs à fesses rabattues
      Sur des tas de bouillons, des paquets d'invendus.
      — (Georges Brassens, Le Bulletin de santé, in Supplique pour être enterré à la plage de Sète, 1966)
  9. (Technique) Bulle d’air qui se trouve engagée dans le verre ou dans un métal pendant qu’il est en fusion.
    • Mais si dans les verreries à charbon, l’on tisoit pour garantir le verre de venir ambité, la poussière du charbon tomberoit sur le verre ; elle le feroit bouillir, & les bouillons ou petites vessies occasionnées de cette manière, gâteroient les marchandises ; & d’un autre côté, si l’on n’étoit pas assidu à tiser, le verre viendroit ambité. — (« VERRERIE », dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dirigée par swahili et Jean le Rond d'Alembert, 1re éd., tome 17, 1751 , p. 107)
    • Les fenêtres sont à petits carreaux : quelques-uns, récemment remplacés, paraissent trop clairs parmi les vieux qui, auprès, paraissent verts et ternis. Certains ont des défauts que nos parents appellent des « bouillons » ; l’arbre qu’on regarde au travers se dégingande ; le facteur, en passant devant, prend une bosse brusquement. — (André Gide, La porte étroite, 1909, Le Livre de Poche, pages 6-7)
  10. (Technique) Évaporation de l'eau salée, dans un appareil de chauffage, pour en précipiter le sel.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  11. (Médecine vétérinaire) Excroissance charnue qui se forme à coté ou dans une plaie.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  12. (Pêche) Banc de poissons très serrés (généralement hareng ou sardine), qui provoque comme un bouillonnement en surface.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  13. (Vieilli) Ardeur, impétuosité.
    • Dans les premiers bouillons de sa colère.
    • Le jeune homme, inquiet, ardent, plein de courage,
      À peine se sentit des bouillons d’un tel âge,
      Qu'il soupira pour ce plaisir.
      — (Jean de La Fontaine, L’Horoscope)
    • Aux premiers mots proférés dans cet étrange débat, j'ai ressenti les bouillons du patriotisme jusqu'au plus violent emportement. — (Mirabeau, Sur le drapeau tricolore - Assemblée constituante du 21 octobre 1790)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BOUILLON. n. m.
Il se dit proprement au pluriel des Bulles qui se forment à la surface d'un liquide lorsqu'il bout. L'eau bout à petits bouillons, à gros bouillons. Il n'y faut qu'un ou deux, que deux ou trois bouillons, se dit d'une Chose qu'il ne faut pas faire bouillir longtemps. Il ne faut que deux ou trois bouillons pour faire cette tisane, pour cuire ce poisson. Fig. et fam., Dans les premiers bouillons de sa colère, Dans les premiers mouvements, dans les premiers transports de sa colère.

BOUILLON, au singulier, se dit aussi de l'Eau qu'on a fait bouillir avec de la viande, avec des légumes, ou avec des herbes médicinales, pour servir de nourriture ou de remède. Cela fait un bouillon clair. Bouillon nourrissant. Bouillon succulent. Bouillon gras. Bouillon de légumes. Bouillon aux herbes. Une tasse de bouillon. Il se dit aussi des Ondes que forme un liquide, lorsqu'il est agité, lorsqu'il tombe ou jaillit. L'eau sort à gros bouillons de cette source. Cette source fait de gros bouillons d'eau. Une fontaine qui jette de gros bouillons. Il se dit, par exagération, du Sang qui sort abondamment d'une blessure ou par la bouche. Le sang sortait à gros bouillons de sa plaie. Il a vomi le sang à gros bouillons. Prendre un bouillon, Avaler autant de bouillon qu'il en tient à peu près dans une écuelle, dans un bol. Il a pris un bouillon avant de partir. Il prend des bouillons rafraîchissants. On dit dans un sens analogue Faire chauffer un bouillon. Apporter un bouillon à quelqu'un, etc. Être réduit au bouillon, être au bouillon, Être malade au point de ne plus pouvoir absorber aucun aliment solide. Bouillon coupé, Bouillon affaibli par un mélange d'eau.

BOUILLON se dit, par extension, de Certains restaurants à bon marché. Fig. et fam., Bouillon d'onze heures, Potion empoisonnée. Boire un bouillon, Enfoncer et avaler de l'eau en nageant. Fig. et fam., Éprouver une perte considérable par suite d'une mauvaise spéculation. En termes d'Imprimerie, on désigne de ce nom les Exemplaires non vendus d'une publication, livre, journal ou revue. Cet éditeur ne reprend pas le bouillon. En termes de Bactériologie, Bouillon de culture, Liquide dans lequel on cultive les différentes espèces de bactéries. Il se dit, par extension, de Certains gros plis ronds qu'on fait à quelques étoffes pour la parure et l'ornement, soit dans les vêtements, soit dans les meubles. Du taffetas renoué à gros bouillons. En termes d'Arts, il se dit encore d'une Bulle d'air qui se trouve engagée dans le verre ou dans un métal pendant qu'il est en fusion.

Littré (1872-1877)

BOUILLON (bou-llon, ll mouillées, et non bouyon) s. m.
  • 1Bulle qui se forme au fond ou dans l'intérieur, et qui vient crever à la surface d'un liquide qui bout. Jeter un bouillon. L'eau qui avait bouilli à petits bouillons, à gros bouillons. Il n'y faut qu'un ou deux bouillons.
  • 2Petites vagues que forme un liquide qui s'échappe et qui tombe. Un ruisseau qui tombait à gros bouillons, Fénelon, Tél. I. Cependant sur le dos de la plaine liquide S'élève à gros bouillons une montagne humide, Racine, Phèd. V, 6. Mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son généreux flanc, Corneille, Cid, II, 9. Son sang [de Charles IX] à gros bouillons de son corps élancé, Vengeait le sang français par ses ordres versé, Voltaire, Henr. III.

    Bouillon d'eau, sorte de jet d'eau.

  • 3 Fig. Les bouillons de la colère. Dans les premiers bouillons de l'impatience. Et il ne faut qu'un commencement de passion, qu'un faible bouillon de colère, Guez de Balzac, 4e Disc. sur la cour. C'est pourquoi déguisant les bouillons de mon âme, Régnier, Sat. XII. Toi [Chiron] qui connais tant de remèdes, n'en as-tu point quelqu'un pour guérir cette fougue, ce bouillon de sang, plus dangereux qu'une fièvre ardente ? Fénelon, XIX, 231. Modère ces bouillons de ta mélancolie, Boileau, Sat. VII. Le jeune homme, inquiet, ardent, plein de courage, à peine se sentit des bouillons d'un tel âge, Qu'il soupira pour ce plaisir [la chasse], La Fontaine, Fab. VIII, 16. Aux premiers mots proférés dans cet étrange débat, j'ai ressenti les bouillons du patriotisme, jusqu'au plus violent emportement, Mirabeau, Collection, t. IV, p. 235.
  • 4Aliment liquide que l'on prépare en faisant bouillir, dans de l'eau, des substances animales, et le plus ordinairement de la chair de bœuf, ou quelquefois seulement des légumes et des herbes. Du bouillon de veau. Un bouillon de tortue. Un bouillon aux herbes. Une tasse de bouillon. L'une chauffe un bouillon, Boileau, Sat. X. Nos blessés manquent de bouillons, de linge et de médicaments, Fénelon, XXII, 502. Les filles-Dieu portent et reportent çà et là les bouillons, la charpie, Chateaubriand, Génie, IV, III, 6. Une soupe à bouillon perlé [bon bouillon, blanchi par du lait d'amandes], Molière, Bourg. gentil. IV, 1.

    Bouillon coupé, bouillon affaibli par un mélange d'eau.

    Être au bouillon, ne prendre aucune nourriture solide. Elle prend des bouillons, Sévigné, 148.

    Bouillons médicinaux, bouillons préparés pour un but thérapeutique, et dans lesquels on fait entrer des substances médicamenteuses.

    Fig. et familièrement. Boire un bouillon, faire une perte considérable, par suite d'une fausse spéculation.

    Bouillon d'onze heures, ou, simplement, bouillon, breuvage empoisonné.

    Par plaisanterie, bouillon pointu, lavement.

  • 5Plis bouffants qu'on fait à certains vêtements.
  • 6Bulle d'air dans le verre, dans les métaux fondus.
  • 7Dans les salines, l'évaporation de l'eau salée par l'action du feu.

    Dans la teinturerie, dégraissage des laines avant de les teindre.

    Dans la passementerie, petit fil d'or ou d'argent tourné en rond.

    Terme d'agriculture. Eau de fumier.

    Terme de vétérinaire. Excroissance de chair qui se développe dans les plaies des chevaux.

SYNONYME

BOUILLON, BOUILLONNEMENT. Le bouillon est la bulle même qui se forme dans l'intérieur et vient crever à la surface du liquide qui bout ou du liquide qui s'échappe ou qui tombe. Le bouillonnement est l'acte qui produit les bulles, les bouillons ; c'est le mouvement de l'eau qui bouillonne. La formation des mots indique les nuances : de bouillon on fait bouillonner, verbe qui exprime l'action de faire des bouillons ; et bouillonnement est cette action même, tandis que bouillon, primitif de ces deux mots, exprime simplement l'état de l'eau qui bout. L'eau qui bout a des bouillons ; l'eau qui bouillonne fait des bouillons, a le bouillonnement.

HISTORIQUE

XIIIe s. Se li bollon n'aloit à droit, à la chair qui cuit mescherroit, li Romans des Franceis. N'en preïst or ne miel ne sucre ; Ains eslut ilec son sepucre Entre les sulphureus boillons, la Rose, 17253.

XIVe s. C'est un chemin moult destravé, Plein de boullons [bourbiers], tout encavé, J. Bruyant, dans Ménagier, t. II, p. 18. Faictes boulir un bouillon, puis dreciez par escuelles, Ménagier, II, 5. Pource que l'exposant, poure valet saunier faiseur de sel, lui avoit recous [preservé] deux boullons de sel, Du Cange, bullio. Un hanap de madre à boellon d'argent [ciselure], Du Cange, bolinus.

XVe s. Boillons d'argent de ma salade [casque], Du Cange, ib. Icelles femmes prindrent le corps du dit Vallé et le porterent en un boullon ou bourbier, Du Cange, bullio. Cestuy sage Charles roy, quint du nom, fu coroné nonobstant le bullon de si mene aage, Christine de Pisan, Charles V, I, ch. 3. Dont la venue du daulphin vers ce duc fut matiere du plus aygre et du plus perilleux bouillon qui oncques s'y trouva, Chastelain, Chron. des ducs de Bourg. 1er Proesme. Item et à mon plus que pere, Qui m'a mys hors de maint boillon Et de cestuy pas ne s'esjoye ; Si lui requiers à genoillon Qu'il m'en laisse toute la joye, Villon, Gr. Test.

XVIe s. Dedans une verte vallée, sourdent par cy par là des bouillons de feu qui fluent continuellement, Amyot, Sylla, 55. Puis sera gardé le bouillon : duquel le patient en prendra… lé faisant bouillir un bouillon avant chasque prise, Paré, XV, 38. Bouillon gras, eau de chair, Paré, XXIV, 22. Ne souffre de mon sang le bouillon refroidir, Et tousjours de tes yeux aiguillonne moy l'ame, Ronsard, 256.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BOUILLON. Ajoutez :
8Sorte de restaurant dont le mets principal était d'abord la soupe et le bœuf. Nous avons dîné dans un bouillon.

HISTORIQUE

XVIe s. Ajoutez : Boillon de poix, quantité de poix, de goudron, qu'on obtenait en faisant bouillir la poix, le goudron dans un vase de forme déterminée, Mantellier, Gloss. Paris, 1869, p. 13.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BOUILLON, s. m. (Médecine) décoction de la chair des animaux faite sur un feu modéré, pour en tirer le suc qu’elle contient ; on fait entrer dans la composition des bouillons, non-seulement le bœuf, le veau, & le mouton, mais aussi différentes especes d’oiseaux, telles que les poules, chapons & autres. On en fait aussi avec le poisson.

Le bouillon sert à l’homme, comme aliment ordinaire & comme remede.

Quand on employe les bouillons comme remedes, on y joint ordinairement des plantes, dont la vertu est appropriée à l’état de la personne qui en fait usage ; & alors on les nomme bouillons médicamenteux : il y en a d’altérans, de pectoraux, d’apéritifs, &c. & on leur donne ces différens noms, selon la vertu des différens médicamens qui entrent dans leur composition. Les bouillons les plus propres à nourrir sont ceux qui sont composés de bœuf & de volaille. Voyez Bœuf. Au défaut de ceux-ci, on donne ceux de veau & de mouton.

Les malades & les convalescens se trouvent très bien de bouillons de poisson ; les fibres de l’estomac étant très-affoiblis par une longue maladie, il est souvent peu propre à digérer le suc des animaux, & s’accommode mieux de celui de carpe, de tanche, de grenouille, &c. qui d’ailleurs porte une fraicheur dans le sang qu’on ne doit point attendre de celui des animaux terrestres ni des volatils. (N)

Bouillon blanc, ou Mollaine, (Hist. nat. bot.) verbascum, genre de plante à fleur monopétale, rayonnée & découpée. Le pistil sort du calice & est attaché comme un clou au milieu de la fleur, qui devient dans la suite un fruit ou une coque ovoïde & pointue, partagée en deux loges par une cloison mitoyenne, & remplie pour l’ordinaire de plusieurs semences anguleuses attachées à un placenta. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Verbascum 1. Matth. Ray, Hist. Verbascum vulgare, flore luteo magno, folio maximo. J. B. Verbascum mas latifolium luteum. C. B. Pit. Tournefort. Verbascum tapsus barbatus offic. Cette plante est au nombre des herbes émollientes ; elle relâche & convient avec celles de sa classe, comme la mauve, dans les lavemens, les cataplasmes, & les fomentations lorsqu’il est question de relâcher & de détendre.

Les fleurs & les feuilles sont estimées pectorales, bonnes contre la toux, le crachement de sang, & autres affections de la poitrine.

Elles sont aussi fort salutaires contre les tranchées, & les douleurs de colique, qui viennent d’humeur acre.

On fait avec le bouillon blanc des préparations pour la toux, & les hémorrhoïdes douloureuses. (N)

Bouillon, (Maréchalerie) on appelle ainsi une excroissance charnue, qui vient sur la fourchette du cheval ou à côté, qui est grosse comme une cerise & fait boiter le pié. Les chevaux de manege qui ne se mouillent jamais les piés, sont plus sujets que les autres aux bouillons de chair qui les font boiter tout bas. Pour désigner ces bouillons, on dit : la chair soufle sur la fourchette.

On donne aussi ce nom à une excroissance ronde & charnue, qui croît dans une plaie. (V)

Bouillons d’Eau, (en Architecture) se dit de tous les jets d’eau qui s’élevent de peu de hauteur en maniere de source vive. Ils servent pour garnir les cascades, goulotes, rigoles, gargouilles, qui font partie de la décoration des jardins. (P)

Bouillon, (terme de Brodeur) c’est une espece de cannetille d’or ou d’argent très-brillante, qui se coupe par petits morceaux, qui s’enfile comme des perles, & se pose dans le milieu des fleurs en broderie, où elle s’attache avec du fil d’or, d’argent ou de soie. Le bouillon entre aussi dans les crêpines. Voyez Pl. prem. fig. 5. du Boutonnier. Le bouillon à l’usage de ces derniers ouvriers est un fil d’or roulé sur un autre, le plus pressé qu’il se peut, retiré de dessus celui qui lui servoit de patron ; on le coupe de différentes longueurs pour en faire des épis, des roues, & autres enjolivemens propres aux Boutonniers. Voyez ces mots à leurs articles.

Bouillon, (boîte à) en terme de Boutonnier, c’est une boîte de fer-blanc doublée d’une autre boîte de même matiere, mais moins profonde, criblée de trous comme une passoire. On coupe le bouillon dans cette premiere boîte ; & le remuant à la maniere d’un tamis, le déchet que les ciseaux ont fait en coupant le bouillon, tombe & se conserve dans la seconde boîte. Voyez Bouillon.

BOUILLON, (Géog.) ville forte avec château à trois lieues de Sedan, sur la riviere de Semoy, capitale du duché de même nom, situé entre le duché de Luxembourg & l’évêché de Liége. Long. 22. 55. lat. 49. 49.

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Étymologie de « bouillon »

(XIIe siècle) Du radical de bouillir avec le suffixe -on.
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Du français bouillon.
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Phonétique du mot « bouillon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bouillon bujɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « bouillon »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bouillon »

  • D'une vieille poule, on fait un meilleur bouillon. De Pierre de Brantôme
  • Une élection sans fraude, c’est un court-bouillon sans piment. De Proverbe créole
  • On ne peut pas faire du bouillon de poule avec des fientes de poulet. De Moses Isegawa / Chroniques abyssiniennes
  • Pauvre, celui qui fait cuire la cognée et du fer en attendant le bouillon. De Proverbe arabe
  • Des poissons qui sont dans une même marmite, on ne peut tirer qu’un même bouillon. De Proverbe malgache
  • L'argent est le meilleur bouillon de culture où puissent pulluler la mauvaise foi, la muflerie et la prostitution. De Francis Picabia / Ecrits
  • Diminuez les maux du peuple, vous diminuez sa férocité, comme vous guérissez ses maladies avec du bouillon. De Chamfort / Maximes et pensées
  • L'homme patient parvient à faire cuire une pierre jusqu'à ce qu'il la boive en bouillon. De Proverbe nigritien
  • Dans l'immense marmite où mijotent tous les rêves des hommes en quête de consommation, l'écologie ne saurait servir de fond, au sens culinaire du terme, de bouillon destiné à mouiller les ragoûts qui n'agrémentent qu'un volet de notre vie de chaque jour. De Roger Molinier / L'écologie à la croisée des chemins
  • Il y a de la musique dans le soupir du roseau ; Il y a de la musique dans le bouillonnement du ruisseau ; Il y a de la musique en toutes choses, si les hommes pouvaient l'entendre. De George Gordon, Lord Byron / Don Juan
  • Il arrive souvent dans l’Histoire que les dernières années d’une civilisation apportent un bouillonnement artistique fort. De Michel Houellebecq / interview au Figaro Magazine, 9 janvier 2015

Images d'illustration du mot « bouillon »

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Traductions du mot « bouillon »

Langue Traduction
Anglais broth
Espagnol caldo
Italien brodo
Allemand brühe
Portugais caldo
Source : Google Translate API

Synonymes de « bouillon »

Source : synonymes de bouillon sur lebonsynonyme.fr
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