Prendre le taureau par les cornes : définition et origine de l'expression
Sommaire
Face à une difficulté, deux attitudes s’opposent : la fuir ou l’affronter. « Prendre le taureau par les cornes » incarne la seconde. La formule décrit ce moment où l’on cesse de tourner autour du problème pour l’empoigner par son côté le plus redoutable. Voici la définition, l’origine et les plus belles citations de cette formule imagée. Bonne lecture !
Définition de l’expression « prendre le taureau par les cornes »
L’expression « prendre le taureau par les cornes » signifie affronter une difficulté avec courage et de façon résolue. On s’attaque alors directement à ce qu’elle a de plus redoutable. On l’emploie ainsi pour saluer une décision hardie, celle d’une personne qui n’esquive pas l’obstacle mais le prend de front.
L’image est parlante. Le taureau symbolise le danger, la force brute, la menace. Ses cornes en représentent la part la plus périlleuse. Les saisir revient donc à s’emparer du problème par son point le plus dangereux, plutôt que de le contourner.
La formule valorise ainsi l’action directe. Elle s’oppose à toutes les manières de temporiser, de se dérober ou de baisser les bras. Celui qui prend le taureau par les cornes choisit, au contraire, d’agir sans ambages.
Synonymes de « prendre le taureau par les cornes »
- Affronter le problème de front
- S’attaquer résolument à une difficulté
- Faire face
- Empoigner la situation
- Aller droit au but
- Ne pas reculer devant l’obstacle
Origine de l’expression « prendre le taureau par les cornes »
L’expression puise dans une réalité très concrète : le maniement des bovins. Pour maîtriser un taureau, l’immobiliser ou le renverser, on doit l’attraper par les cornes. Aucun autre geste ne permet vraiment de dominer l’animal. Cette prise, aussi risquée qu’efficace, oblige à s’approcher du danger au lieu de le fuir. De là vient tout le sens figuré de la formule.
Le geste appartient d’ailleurs à un imaginaire ancien. Depuis l’Antiquité, la lutte contre le taureau aurait servi à mesurer la force et l’audace des hommes. Cette scène héroïque a nourri la métaphore : affronter le taureau revient à se mesurer au danger le plus pur.
Au XIXe siècle, les dictionnaires enregistrent déjà la tournure au sens figuré. Le Grand dictionnaire universel de Pierre Larousse consigne d’ailleurs la forme « attaquer le taureau par les cornes », au sens d’affronter hardiment une difficulté.
Aujourd’hui encore, le sens n’a pas bougé. Le Trésor de la langue française (TLFi) classe la locution à l’article « corne ». Il la glose ainsi : « agir en s’attaquant de front à ce que l’on a à faire, à des difficultés que l’on doit surmonter ».
Un détail mérite pourtant l’attention. Longtemps, l’expression a hésité entre deux verbes. On disait aussi bien attaquer le taureau par les cornes que le prendre. Balzac, Dumas ou Victor Hugo emploient l’une ou l’autre forme au fil du siècle. Peu à peu, « prendre » l’a emporté dans l’usage courant.
Usage de l’expression
Discrète au XIXe siècle, la formule s’est multipliée tout au long du XXe siècle, jusqu’à un pic en 2018, loin devant son niveau de départ :

Exemples d’utilisation de « prendre le taureau par les cornes »
Les grands auteurs ont largement employé la formule, sous ses deux formes. Voici cinq exemples, du XIXe siècle au roman policier.
S’il ne s’agissait pas de mariage, je dirais que tu attaques le taureau par les cornes.
Honoré de Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées
[…] et finit par attaquer résolument le général, avec trop peu de faits et trop de paroles, mais de front et comme la Bible veut qu’on prenne le taureau, par les cornes.
Victor Hugo, Choses vues
Il avait su ce qui se passait, et venait hardiment attaquer le taureau par les cornes.
Alexandre Dumas, La Comtesse de Charny
Eh bien, dis-je prenant le taureau par les cornes, cela est simple comme bonjour : voulez-vous et pouvez-vous me prêter cinquante francs dont j’ai le plus grand besoin ?
Georges Courteline, Ah ! Jeunesse !
On a résolu d’attaquer le taureau par les cornes et de frapper Lupin en pleine figure.
Maurice Leblanc, Les Dents du tigre
Ces écrivains célèbrent tous le même geste : affronter l’obstacle sans détour. À l’inverse, quand on renonce au combat, on préfère jeter l’éponge. Prendre le taureau par les cornes ou jeter l’éponge : tout oppose l’audace de celui qui fonce à celui qui renonce.