Jeter l'éponge : définition et origine de l'expression
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Sur un ring, il suffit d’un carré d’éponge lancé entre les cordes pour arrêter un combat. Quand le soigneur jette l’éponge du boxeur au milieu du ring, l’arbitre comprend le message : l’homme abandonne. Le Trésor de la langue française rattache directement notre expression à ce geste de la boxe. En français, la formule s’emploie déjà au sens figuré à la fin du XIXe siècle, dans un feuilleton montréalais de 1898. Voyons comment ce simple signal de renoncement est devenu une locution courante. Bonne lecture !
Définition de l’expression « jeter l’éponge »
L’expression « jeter l’éponge » signifie renoncer, abandonner un combat ou une entreprise que l’on juge perdue. Celui qui jette l’éponge cesse la lutte et reconnaît sa défaite, faute de forces ou d’espoir de l’emporter.
On l’emploie au sens propre, dans la boxe dont elle est issue, comme au sens figuré, dans la vie courante. Un candidat quitte une campagne, un dirigeant lâche un projet, un sportif se retire : dans chaque cas, il jette l’éponge.
La locution appartient au registre courant et garde toujours une nuance d’aveu. On ne jette pas l’éponge de gaieté de cœur. On s’y résout après avoir résisté, parce que continuer paraît désormais vain.
Synonymes de « jeter l’éponge »
- Abandonner
- Renoncer
- Baisser les bras
- Capituler
- Rendre les armes
- S’avouer vaincu
Origine de l’expression « jeter l’éponge »
L’expression vient tout droit de la boxe. En effet, pendant un combat, chaque boxeur est assisté par un soigneur, installé à son coin avec ses linges et son éponge. Lorsque l’homme est trop diminué pour continuer, son soigneur lance l’éponge au milieu du ring. Ce geste, visible de tous, signale l’abandon et met fin à l’affrontement.
Le Trésor de la langue française le définit comme un geste du manager. Il s’agit de « jeter dans le ring une serviette éponge de soigneur pour signifier que son boxeur abandonne ». Par extension, le boxeur lui-même « jette l’éponge » lorsqu’il renonce.
Ce rituel nous vient de la boxe anglaise. Les premières traces françaises de la formule apparaissent d’ailleurs dans des récits de pugilat traduits de l’anglais. Par exemple, on la lit dans Jim Harrison, boxeur d’Arthur Conan Doyle, dès 1910. L’anglais connaît deux gestes voisins : jeter l’éponge (throw in the sponge) ou jeter la serviette (throw in the towel). Le français, lui, a retenu l’éponge.
Le sens figuré s’installe très tôt. Ainsi, dès 1898, un feuilleton québécois emploie déjà l’image pour peindre une conscience qui cède (voir les exemples ci-dessous). Au fil du XXe siècle, la formule quitte le ring et gagne la politique, le sport et la vie de bureau. Aujourd’hui, on jette l’éponge devant un dossier, un mariage ou une réforme, sans plus songer aux gants.
Usage de l’expression
Quasi introuvable avant le milieu du XXe siècle, l’expression grimpe à partir des années 1980 et culmine dans les années 2010 :

Exemples d’usage de l’expression « jeter l’éponge »
Il y eut dans sa conscience une lutte de peu de durée entre la vertu et la malhonnêteté. La vertu n’eut pas de fair play et jeta l’éponge.
Hector Berthelot, Les Mystères de Montréal
…il tenait bon, sans enfoncer trop les dents, mais rien que pour garder sa proie, et s’y suspendre aussi longtemps qu’on n’avait pas jeté l’éponge en l’air, eût-il dû attendre un an.
Mark Twain, La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Cavaleras
Vous qui êtes son soutien, vous devriez demander qu’on jette l’éponge en l’air.
Arthur Conan Doyle, Jim Harrison, boxeur
Kelly et d’autres compères, autour du ring, demandèrent à cor et à cri la police pour mettre fin à ce massacre, bien que les seconds de Danny se refusassent toujours à jeter l’éponge.
Jack London, Les Temps maudits
Cette expression dit le renoncement. Pour son exact contraire, découvrez l’origine de « prendre le taureau par les cornes », l’art d’attaquer la difficulté de front.