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Tomber des nues : définition et origine de l’expression

Sommaire

  • Définition de l’expression « tomber des nues »
  • Évolution historique de l’usage de l’expression « Tomber des nues »
  • Origine de l’expression « Tomber des nues »
  • Exemples d’usage de l’expression « Tomber des nues »

Que ce soit clair dès le départ, il ne s’agit ici aucunement de discuter nudité. Alors de quoi parle-t-on exactement lorsque, surpris et déconcerté, on s’exclame : « Mon Dieu, je tombe des nues ! » Découvrez ici tout ce qu’il y a à savoir sur cette expression et ses origines. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones. Bonne lecture !

Définition de l’expression « tomber des nues »

« Tomber des nues » est ce qu’on appelle une expression idiomatique, parfois appelée « idiotisme ». Cela signifie qu’à l’image des expressions « rouler sur l’or » ou « tenir le haut du pavé », l’expression « tomber des nues » n’a de sens que considérée dans sa totalité. Ainsi, les mots qui constituent l’expression ne doivent pas être pris au premier degré, mais en relation les uns avec les autres.

L’expression « tomber des nues » ne signifie donc pas que l’on fait une chute depuis les nuages ou que des nuages eux-mêmes ont décidé de se détacher du ciel pour nous tomber sur la tête. Du moins, pas au sens littéral, justement. 

L’expression « tomber des nues » signifie que l’on reste ahuri face à une nouvelle ou un fait, que l’on est stupéfait ou que l’on ne comprend rien à la situation vécue. Par exemple : « je suis tombée des nues en comprenant qu’elle m’avait menti ». Un autre sens de l'expression « tomber des nues », beaucoup moins courant de nos jours, est « arriver à l’improviste, débarquer de nulle part ».

Il existe des expressions synonymes de « tomber des nues », telles que « tomber de sa chaise », « tomber de haut », « tomber du ciel » – oui, on tombe beaucoup lorsque l’on est étonné, et ce n’est pas un hasard….

Évolution historique de l’usage de l’expression « Tomber des nues »

On retrouve à des fréquences variables l'expression au fil des siècles. L'analyse des occurrences de « tomber des nues » dans les textes écrits permet de remarquer le regain d'intérêt pour cette expression après l'an 2000.

tomber des nues évolution
Source : Google Ngram

Origine de l’expression « Tomber des nues »

L’expression « tomber des nues » est apparue au XVIIe siècle. L’utilisation du verbe « tomber », comme évoquée plus haut, serait liée au fait que lorsque l’on est étonné, notre esprit tout entier est bouleversé et qu’une nouvelle stupéfiante peut même nous faire vaciller (s’évanouir, par exemple).

Ensuite, il faut noter l’utilisation du terme « nues », aujourd’hui quelque peu tombé en désuétude – sauf pour les plus poètes d’entre nous. Ce terme nous vient du latin nubes (pluriel de nube), signifiant « nuages », « nuées » ou ensemble de nuages.  Le mot « nue » en tant que substantif féminin désigne ainsi un nuage, généralement élevé dans le ciel, ou un ensemble des nuages.

Ainsi, il existe deux interprétations possibles à cette expression. La première, purement météorologique, prendrait en considération l’objet même qu’est le ciel. Il faut se rendre compte, qu’au XVIIe siècle, la science du ciel et de ce qui le compose est malgré tout assez limitée, on n’est pas encore capable de prédire le temps qu’il fera de manière précise. On pourrait donc penser que l’expression établit un parallèle entre la pluie, les orages, éclairs ou coup de foudre qui viendraient soudainement s’abattre sur terre. Ce qui expliquerait aussi le premier sens de l’expression : « débarquer à l’improviste ».

La seconde interprétation s’appuie sur une conception plus figurée du terme « nuage ». A l'époque, l'espace céleste est assez mystérieux et est considéré comme l’opposé de la terre, comme un horizon inexploré et inconnu. Déjà, dans l’Antiquité, les nuages illustrent ce lieu lointain par excellence. On trouve, chez le poète Horace l’utilisation du mot nubes en ce sens-là : « nubes et inania captare » qui signifie « se perdre dans les nuages ». 

Enfin, les « nues » sont aussi pendant longtemps le siège des dieux, anges et autres figures mythologiques et religieuses, on pourrait donc penser que c’est de ces lieux qu’ils tomberaient s’ils apprenaient une nouvelle choquante (« Quoi ?! Les humains ont inventé les tongs-chaussettes ! »). 

Plusieurs autres expressions attestent le sens figuré de « nues » :

  • « Aller aux nues » (recevoir de grands honneurs) ;
  • « Monter / Sauter aux nues » (être dans une vive colère) ;
  • « Se perdre dans les nues » (rêvasser, être dans la lune)
  • « Porter aux nues » (faire les louanges de quelqu’un ou de quelque chose).

Pour aller plus loin : le terme nue est aujourd’hui un peu oublié (du moins dans le sens qui lui est ici attribué) et c’est dommage. D’une part, parce que cela vous permet de varier votre vocabulaire et de paraître fin en société, d’autre part parce que cela peut vous permettre de faire, comme Rimbaud, de très belles rimes :

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut

Arthur Rimbaud, Le Dormeur du val, 1870

Exemples d’usage de l’expression « Tomber des nues »

Orgon : Hé bien ! vous le voyez, ma mère, si j’ai droit,
Et vous pouvez juger du reste par l’exploit.
Ses trahisons enfin vous sont-elles connues ?
Madame Pernelle : Je suis toute ébaubie, et je tombe des nues !

Molière, Le Tartuffe ou l’Imposteur, 1669, acte V, scène 5

C'est très codé, vous savez, la cravate. Codé? Ma cravate? dit l'homme visiblement tombé des nues. Tout est codé.

Félicien Marceau, La Grande fille, collection Blanche, Gallimard

- [...] À propos, qu'est-ce qu'il fait dans la vie, ce garçon ?

- Ce qu'il fait ?

- Eh bien oui, tu tombes des nues. Jouer au tennis le matin avec une jeune femme, si charmante soit-elle, n'est pas une raison sociale.

Marcel Aymé - Travelingue

Je tombe des nues; je ne connais rien au caractère des hommes.

Stendhal, Chartreuse, 1938, p.131

Dans le sens de « arriver de nulle part, de manière impromptue » :

Il s’étonnait de cette notoriété soudaine qui lui tombait des nues.

Romain Rolland, Jean-Christophe, 1904

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Commentaires

Alain premium

Très bon article. PS : Pour les grands honneurs, je crois qu'il faut écrire « Aller aux nues » au lieu de « Aller au nues »

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La langue française

Bonjour Alain, En effet, merci pour cette coquille, qui a été corrigée. À bientôt, Nicolas.

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