Coûter un bras : définition et origine de l'expression
Sommaire
Dans les livres français, l’expression « coûter un bras » était rare avant les années 1980. Depuis, son usage a grimpé en flèche, jusqu’à un sommet en 2018. Que s’est-il passé pour qu’une formule aussi imagée s’impose si vite ? La réponse tient en grande partie à l’anglais. En effet, « coûter un bras » est un calque de la locution « to cost an arm and a leg ». Autrement dit, notre langue a emprunté à ses voisins une manière colorée de dire qu’une chose est hors de prix. Voyons comment ce sacrifice imagé s’est imposé dans notre langue. Bonne lecture !
Définition de l’expression « coûter un bras »
L’expression « coûter un bras » signifie coûter très cher, revenir à une somme excessive. On l’emploie pour décrire un achat, un service ou une facture dont le prix paraît disproportionné. Elle appartient au registre familier et s’utilise dans la vie courante, à l’oral comme à l’écrit.
L’image repose sur une exagération volontaire. Personne ne paie réellement avec un membre de son corps. Toutefois, en plaçant un bras dans la balance, la formule suggère un sacrifice énorme, presque douloureux. Le prix devient alors le symbole d’une perte considérable.
On la rencontre le plus souvent au présent ou au passé composé : ça coûte un bras, ça m’a coûté un bras. Certains renchérissent même en ajoutant l’autre membre, pour insister : ça lui a coûté un bras, voire les deux.
Synonymes de « coûter un bras »
- Coûter les yeux de la tête
- Coûter la peau des fesses (très familier)
- Coûter une fortune
- Coûter bonbon (familier)
- Valoir son pesant d’or
- Revenir cher
Origine de l’expression « coûter un bras »
Contrairement à beaucoup d’expressions françaises, celle-ci ne vient pas d’un auteur classique ni d’un métier ancien. Elle provient de l’anglais. Concrètement, « coûter un bras » traduit la formule américaine « to cost an arm and a leg ». Littéralement, celle-ci signifie « coûter un bras et une jambe ». La linguiste Françoise Nore, spécialiste des anglicismes et des calques, a étudié sa diffusion. Selon elle, l’expression « a envahi la France vers la fin du XXe siècle ». Elle précise qu’elle constitue « une traduction accourcie de l’expression anglaise to cost an arm and a leg ».
Le procédé mérite qu’on s’y arrête. Le français a gardé le bras, mais a laissé tomber la jambe. Notre langue a donc raccourci l’image d’origine, tout en conservant sa logique. Cette logique repose sur une figure de style bien connue, l’hyperbole : on grossit démesurément le prix pour frapper l’esprit. Comparer une dépense au sacrifice d’un membre relève évidemment de l’exagération pure.
Cette manière de chiffrer un prix en morceaux de corps n’est pas totalement nouvelle. Dès 1803, l’écrivain Andréa de Nerciat écrivait déjà « qu’il m’en eût coûté un bras » dans Le Diable au corps. Gallica a aujourd’hui numérisé le texte. Cependant, il s’agissait alors d’un tour ponctuel, et non de la locution figée que nous connaissons. Ce n’est qu’au tournant du XXIe siècle que « coûter un bras » s’est vraiment installé dans l’usage courant. Le modèle anglais l’a porté.
Usage de l’expression
Presque absente des livres avant les années 1980, l’expression connaît ensuite une montée rapide et atteint son sommet en 2018 :

Exemples d’usage de « coûter un bras » dans la littérature
Comme l’expression est récente, on la trouve surtout chez des auteurs contemporains. Voici deux occurrences attestées, tirées d’œuvres publiées :
Ça doit coûter un bras cette merde me dis-je brièvement en feuilletant l’ouvrage qui était orné de nombreuses gravures.
Michel Houellebecq, Sérotonine
C’est vrai que les cours privés, ça coûte un bras, mais on n’est pas obligés d’aller une semaine au ski toutes les années, aussi !
Guy Delisle, Le Guide du Mauvais Père
Dans la langue de tous les jours, la formule s’emploie de mille façons. En voici quelques exemples courants, forgés pour illustrer son usage :
- Cette nouvelle voiture électrique m’a coûté un bras, mais je ne le regrette pas.
- Réserver au dernier moment, ça coûte un bras : mieux vaut s’y prendre à l’avance.
- Les réparations du toit vont nous coûter un bras.
Cette expression est la cousine directe de « coûter les yeux de la tête ». Toutes deux expriment la même idée avec une autre image du corps. Si le sujet vous plaît, je vous invite à en découvrir l’origine.