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Coûter les yeux de la tête : définition et origine de l'expression

Une facture qui fait sursauter, un achat impossible à assumer : voilà ce que résume l’expression « coûter les yeux de la tête ». Comment dire plus fort qu’un prix est exorbitant qu’en le payant de ses propres yeux ? Nous en verrons la définition exacte, l’origine née au XIXe siècle, puis les plus beaux emplois littéraires. Bonne lecture !

Définition de l’expression « coûter les yeux de la tête »

L’expression « coûter les yeux de la tête » signifie coûter très cher, atteindre un prix excessif, presque déraisonnable. On l’emploie pour souligner qu’une dépense pèse lourd, au point de sembler hors de portée.

L’image repose sur une idée simple. Les yeux comptent en effet parmi nos biens les plus précieux, et surtout irremplaçables. Payer « les yeux de la tête » revient donc à céder ce que l’on a de plus cher. Le Dictionnaire de l’Académie française confirme d’ailleurs ce sens : la formule veut dire « coûter horriblement cher ».

La locution appartient au registre familier. Elle demeure néanmoins très courante, aussi bien à l’oral que dans la presse ou la publicité.

Expressions synonymes de « coûter les yeux de la tête »

  • Coûter une fortune
  • Coûter cher
  • Valoir son pesant d’or
  • Coûter la peau des fesses (familier)
  • Coûter bonbon (très familier)

Le français a par ailleurs multiplié ces images du corps monnayé. On dit ainsi qu’une chose peut coûter un bras et une jambe, sur le même principe hyperbolique. Céder un membre pour régler la note revient là encore à payer une somme démesurée. Ces deux expressions sœurs jouent donc du même ressort : mesurer un prix à ce que le corps a de plus vital.

Origine de l’expression « coûter les yeux de la tête »

« Coûter les yeux de la tête » est une hyperbole, cette figure de style qui exagère volontairement pour frapper l’esprit. Personne ne paie réellement avec ses yeux. Cependant, l’image du sacrifice d’un organe vital rend la cherté immédiatement saisissante.

La formule se fixe au XIXe siècle. On la relève dès 1827 sous la plume du dramaturge Théodore Leclercq, dans ses Proverbes dramatiques. Il y écrit : « Ne dirait-on pas que ça va vous coûter les yeux de la tête ? » Par la suite, les grands romanciers du siècle s’en emparent, de Balzac à Daudet. L’expression gagne alors le langage courant, où elle n’a plus bougé depuis.

L’image dépasse d’ailleurs les frontières du français. L’espagnol dit costar un ojo de la cara (« coûter un œil du visage »). Le portugais emploie custar os olhos da cara, et l’italien costare un occhio. Toutes ces langues romanes partagent donc la même métaphore : l’œil comme mesure de ce qui n’a pas de prix.

Usage de l’expression

Quasi inexistante dans les livres du XIXe siècle, l’expression gagne du terrain tout au long du XXe siècle. Sa fréquence atteint même un sommet vers 2014 :

Fréquence d'usage de « coûter les yeux de la tête » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram
Fréquence d’usage de « coûter les yeux de la tête » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram

Exemples d’usage de l’expression « coûter les yeux de la tête »

Notre fille nous a coûté les yeux de la tête. D’ailleurs, nous aimons la dépense.

Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage

Nous avons tant de charges. Tenez, cette petite nous coûte les yeux de la tête.

Victor Hugo, Les Misérables

Fort bien, dit-il, on veut vendre cher, et voilà des avances qui me coûteront les yeux de la tête.

George Sand, Antonia

Je lui coûte les yeux de la tête, je le ruine, cet homme !

Jules Vallès, L’Enfant

De l’eau de la roubine, qui leur coûtait les yeux de la tête.

Alphonse Daudet, Numa Roumestan

Cette plongée dans une expression du corps vous a plu ? Découvrez alors pourquoi l’on tient à certaines choses comme à la prunelle de ses yeux. Cette autre formule fait aussi de l’œil le symbole du bien le plus précieux.

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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