Avoir une faim de loup : définition et origine de l'expression
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Personne n’a jamais observé un loup à table, la serviette nouée autour du cou. Pourtant, dès que l’appétit nous tenaille, nous convoquons ce prédateur des forêts. Pourquoi lui, et pas le renard ou l’ours ? Sa réputation de glouton, forgée par les contes et les fables, explique tout. Voyons comment cette image s’est construite et pourquoi elle nous sert encore à dire notre appétit. Bonne lecture !
Définition de l’expression « avoir une faim de loup »
L’expression « avoir une faim de loup » signifie éprouver une très grande faim, un appétit vorace. On l’emploie quand la sensation de faim devient pressante, presque impossible à contenir. Le loup sert ici d’étalon : sa faim passe pour insatiable, donc démesurée.
La formule appartient au registre familier. Elle reste toutefois d’un usage courant, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Le Trésor de la langue française (TLFi) la range parmi les tournures familières et la définit comme une « très grande faim ». Il place au même niveau « une faim du diable ».
On la construit le plus souvent avec le verbe avoir. Cependant, d’autres verbes conviennent aussi : ressentir, se sentir ou éprouver une faim de loup.
Synonymes de « avoir une faim de loup »
- Avoir une faim du diable
- Avoir un appétit d’ogre
- Avoir l’estomac dans les talons
- Mourir de faim
- Être affamé
- Avoir une faim de tous les diables
Origine de l’expression « avoir une faim de loup »
Pour comprendre cette expression, il faut d’abord se pencher sur l’image du loup dans l’imaginaire français. Depuis le Moyen Âge, l’animal incarne la voracité et la menace. Les bestiaires, les contes et les récits de bergers en font un prédateur toujours affamé, toujours en chasse. Cette réputation a nourri de nombreuses expressions encore vivantes.
La langue française associe en effet le loup à la faim et au danger. On « se jette dans la gueule du loup », on sort « entre chien et loup ». On grelotte aussi par « un froid de loup ». Un proverbe résume enfin cette idée : « la faim chasse le loup hors du bois ». Autrement dit, l’animal ne quitte son abri que poussé par la nécessité de se nourrir.
Dès lors, la comparaison coulait de source. Puisque le loup mange avec une avidité proverbiale, sa faim est devenue la mesure de toute grande faim. La fable de Jean de La Fontaine fixe d’ailleurs cette image dès le XVIIe siècle. Son loup arrive « à jeun », attiré par la faim, prêt à dévorer l’agneau. Le prédateur affamé s’installe ainsi durablement dans les esprits.
La locution figée « faim de loup » s’impose surtout dans la langue littéraire du XIXe siècle. On la rencontre alors chez les plus grands auteurs, de Balzac à Maupassant. Elle a par ailleurs conservé un sens purement hyperbolique. Nul ne prête au mangeur les mœurs de l’animal, seulement l’intensité de son appétit.
Usage de l’expression
Rare dans les textes du XIXe siècle, l’expression connaît une progression continue tout au long du XXe siècle. Elle est toujours très populaire aujourd’hui.

Exemples d’utilisation de l’expression « avoir une faim de loup »
Nous avons une faim de loup, nos quenottes sont incisives, comment nous y prendrons-nous pour approvisionner la marmite ?
Honoré de Balzac, Le Père Goriot
J’ai une faim de loup ! je trouve que rien ne creuse comme de conspirer.
Alexandre Dumas, Mes Mémoires
J’ai une faim de loup. Je serai très honteuse de manger tant que ça devant ton ami.
Guy de Maupassant, Mont-Oriol
Lisée qui se sentait une faim de loup se félicita intérieurement de ce que son petit camarade eût eu le bon esprit […]
Louis Pergaud, Le Roman de Miraut, chien de chasse
[…] car j’ai une faim de loup !… Je n’ai pas mangé depuis mon arrivée à Innsbruck !
Gaston Leroux, Rouletabille chez les bohémiens
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