La langue française

Accueil > Expressions françaises > Nuit blanche : définition et origine de l'expression

Nuit blanche : définition et origine de l'expression

Savez-vous pourquoi une nuit sans sommeil est dite « blanche » plutôt que noire ? À première vue, le rapprochement surprend. En effet, on associe plutôt l’obscurité au repos et la lumière à l’activité. Pourtant, quand l’insomnie nous tient éveillés jusqu’à l’aube, nous parlons bien d’une nuit blanche. Cette expression très courante cache une origine incertaine, une couleur trompeuse et même une piste venue de Russie. Son origine, elle, reste un mystère que plusieurs hypothèses tentent d’élucider. Bonne lecture !

Définition de l’expression « nuit blanche »

L’expression « nuit blanche » désigne une nuit passée sans dormir, le plus souvent contre son gré. On l’emploie pour décrire une insomnie, mais aussi une nuit de veille volontaire, de travail, de fête ou d’inquiétude. Ainsi, celui qui « fait une nuit blanche » ne ferme pas l’œil, quelle qu’en soit la raison.

La formule s’emploie surtout avec les verbes passer et faire. On la construit ainsi : j’ai passé une nuit blanche, nous avons fait une nuit blanche avant l’examen. Par ailleurs, elle reste toujours au singulier quand elle vise une nuit précise, et au pluriel pour évoquer des insomnies répétées.

Parmi les synonymes et formulations proches, on peut citer :

  • Ne pas fermer l’œil de la nuit
  • Passer une nuit d’insomnie
  • Veiller toute la nuit
  • Passer la nuit sans sommeil

Origine de l’expression « nuit blanche »

L’expression est apparue au XVIIIe siècle, et son origine reste incertaine. Aucune hypothèse ne fait aujourd’hui l’unanimité. Toutefois, plusieurs pistes sérieuses éclairent sa naissance.

L’attestation la plus souvent citée date du 30 octobre 1771. Ce jour-là, la marquise du Deffand écrit à Horace Walpole, écrivain et homme politique anglais. Dans cette lettre, Marie de Vichy-Chamrond se plaint d’une violente insomnie :

Vous saurez que j’ai passé une nuit blanche, mais si blanche, que depuis deux heures après minuit que je me suis couchée, jusqu’à trois heures après midi que je vous écris, je n’ai pas exactement fermé la paupière ; c’est la plus forte insomnie que j’aye jamais eue, mais depuis quinze jours je ne dors que quatre ou cinq heures par nuit.

Marie du Deffand, Lettre CXIX à Horace Walpole

Cette lettre vaut souvent à la marquise d’être créditée de l’invention de la formule. Pourtant, l’historienne Sarah Panziera exhume un emploi bien antérieur. Dès 1716, Voltaire écrit à la marquise de Mimeure que l’on a chez lui « des nuits blanches comme à Sceaux ». L’expression circulait donc plus de cinquante ans avant du Deffand. La nuance tient au sens : chez Voltaire, la nuit blanche est une fête choisie ; chez la marquise, une insomnie subie.

Mais pourquoi « blanche » ? Comme le rappelle l’écrivain Georges Planelle, l’adjectif blanc signale souvent, en français, un manque. On le vérifie avec une voix blanche, un examen blanc, un mariage blanc ou un tir à blanc. Dès lors, une nuit blanche serait tout simplement une nuit à laquelle il manque le sommeil. De plus, la couleur s’oppose naturellement à la « nuit noire », celle où l’on dort profondément.

Une autre explication, la plus répandue, relie l’expression aux chevaliers qui veillaient en tenue blanche la nuit précédant leur adoubement. Séduisante, cette piste reste néanmoins la plus fragile. En effet, cette coutume médiévale n’explique pas pourquoi la formule n’apparaît qu’au XVIIIe siècle, plusieurs siècles plus tard.

Enfin, une dernière hypothèse, jugée plus plausible, nous mène à Saint-Pétersbourg. À la cour de Russie séjournaient de nombreux Français, surtout en été. Or, à cette latitude et à cette saison, le soleil ne se couche jamais tout à fait. Pendant ce temps, les bals se prolongent jusqu’au matin. Ces noctambules auraient donc rapporté en France l’image des célèbres « nuits blanches » russes, à la fois sans sommeil et sans véritable obscurité.

Usage de l’expression

Presque absente des textes au XIXe siècle, l’expression progresse ensuite tout au long du XXe siècle et atteint son sommet vers 2014 :

Fréquence d'usage de « nuit blanche » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram
Fréquence d’usage de « nuit blanche » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram

Exemples d’utilisation de « nuit blanche »

Mais il paraît que le prince n’est dupe qu’à demi, car si quelqu’un dans la ville s’avise de dire que la veille on a passé une nuit blanche au château, le grand-fiscal Rassi envoie le mauvais plaisant à la citadelle.

Stendhal, La Chartreuse de Parme

Tu comprends, continua-t-il, je ne me suis pas marié pour passer des nuits blanches… Nous sommes des enfants…

Émile Zola, Thérèse Raquin

Comme nous tous, il avait cependant passé une nuit blanche.

Gaston Leroux, Le Parfum de la dame en noir

Les fenêtres sans volets qui regardaient la campagne m’assuraient qu’elles passeraient une nuit blanche.

Marcel Proust, Le Côté de Guermantes

Elle n’avait pas encore passé une nuit blanche avec Jacques.

Raymond Radiguet, Le Diable au corps

Cette plongée dans l’histoire de nos insomnies vous a plu ? Découvrez alors d’où vient l’expression « être dans les bras de Morphée », qui dit à l’inverse tout le bonheur d’une nuit sans encombre.

Partager :

Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

Tous les articles de Nicolas Le Roux >

Recevez tous les articles de la semaine par courriel

Inscrivez-vous à notre lettre d'information hebdomadaire pour recevoir tous nos nouveaux articles, gratuitement. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour écrire un commentaire.

Se connecter S'inscrire