Coup de foudre : définition et origine de l'expression
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Voilà un paradoxe savoureux : l’expression la plus romantique de notre langue désignait d’abord une catastrophe. Avant de parler d’amour, le « coup de foudre » évoquait un malheur qui s’abat sans prévenir. Comment le désastre est-il devenu passion ? Je vous raconte cette métamorphose étonnante. Bonne lecture !
Définition de l’expression « coup de foudre »
Au sens propre, un « coup de foudre » désigne l’impact de la foudre sur un objet ou un être vivant pendant un orage. Cet emploi littéral reste rare aujourd’hui. On le rencontre surtout dans les textes scientifiques ou anciens.
Au sens figuré, et de loin le plus courant, l’expression « coup de foudre » désigne une passion soudaine. Elle signifie le fait de tomber subitement et intensément amoureux dès la première rencontre. En d’autres termes, cette passion violente naît en un instant, sans qu’on l’ait vue venir. La personne foudroyée éprouve une attirance immédiate, irrésistible et souvent réciproque.
L’image est limpide. De même que la foudre s’abat d’un seul coup, l’amour terrasse celui qui le reçoit. Il n’y a ni délai, ni raisonnement, ni défense possible.
Parmi les synonymes et formulations proches, on peut citer :
- Amour au premier regard
- Tomber amoureux au premier regard
- Avoir le béguin (familier)
- Être frappé en plein cœur
- Une passion subite
- Avoir le cœur qui bat la chamade
Par extension, on parle aussi de coup de foudre pour un objet, un lieu ou une œuvre. On dit alors : j’ai eu le coup de foudre pour cette maison. Le sens reste le même, celui d’un enthousiasme immédiat et total.
Origine de l’expression « coup de foudre »
Pour comprendre cette expression, il faut d’abord regarder le mot « foudre ». Il vient du latin fulgura, pluriel neutre de fulgur, qui signifie « éclair » (selon le Trésor de la langue française). Dans les croyances anciennes, la foudre incarnait la colère des dieux, une force qui tombe du ciel pour punir ou anéantir.
Or, au départ, le « coup de foudre » n’a rien de tendre. L’expression apparait au XVIIe siècle avec le sens d’un événement soudain qui bouleverse et déconcerte. En effet, on la trouve dès 1642 chez Corneille, dans sa tragédie Polyeucte. En 1690, le dictionnaire de Furetière la définit ainsi :
Se dit figurément des afflictions imprévues qui font comme des traits qui nous percent le cœur.
Se dit figurément des afflictions imprévues qui font comme des traits qui nous percent le cœur.
Le rapprochement avec le cœur est donc présent très tôt. Toutefois, il désigne alors la douleur, non l’amour. Un coup de foudre désigne alors un malheur qui frappe brutalement.
Le glissement vers le sentiment amoureux se produit à la fin du XVIIIe siècle. En 1798, le Dictionnaire de l’Académie française enregistre le nouveau sens. Il définit alors le coup de foudre comme « la naissance subite d’un amour violent ». Ainsi, cet emploi amoureux est attesté, selon le Trésor de la langue française, chez l’écrivain Jouy dès 1813.
Pourquoi ce passage de la catastrophe à la passion ? La métaphore fonctionne dans les deux cas. L’amour subit partage avec la foudre les mêmes traits : la soudaineté, la violence, l’impossibilité de résister. Frappé par l’un comme par l’autre, on reste sans défense. Le romantisme naissant a sans doute favorisé cette lecture flatteuse, qui transforme un coup du sort en émotion sublime.
Usage de l’expression
L’usage de l’expression, déjà bien présent au XIXe siècle, a fléchi au milieu du XXe siècle avant de connaître un net regain depuis les années 1980 :

Exemples d’usage de l’expression « coup de foudre » dans la littérature
Ce fut un coup de foudre pour Candide, il pleura longtemps ; enfin il tira à part Cacambo.
Voltaire, Candide, ou l’Optimisme
Ce fut un coup de foudre pour ceux qui l’aimaient ; jamais fléau céleste ne causa dans le pays une semblable consternation.
George Sand, Valentine
Et de trois. Alors vous avez eu le coup de foudre pour le baron Saval, ici présent.
Guy de Maupassant, Yvette
Ce sont là des événements d’une psychologie particulière qui, paraît-il, ne peuvent être compris que de ceux qui ont été frappés, par l’amour, de ce coup étrange appelé, dans le langage courant, « coup de foudre ».
Gaston Leroux, Le Fantôme de l’Opéra
Avec quelle violence ils avaient été poussés l’un vers l’autre, le coup de foudre, bien qu’il eût cinquante-deux ans, elle quarante.
Eugène Dabit, Un mort tout neuf
Ces citations montrent bien l’évolution du sens. Chez Voltaire et Sand, le coup de foudre reste un malheur qui accable. Chez Maupassant, Leroux et Dabit, il devient l’élan amoureux que nous connaissons aujourd’hui.
Si cette plongée dans l’histoire des mots vous a plu, je vous invite à découvrir une autre expression du cœur : « avoir le cœur qui bat la chamade ». Elle évoque, elle aussi, les émotions de l’amour.