Poisson d'avril : définition et origine de l'expression
Sommaire
En 1564, au château de Roussillon, le jeune roi Charles IX signe un édit qui fixe le début de l’année au 1er janvier, alors que beaucoup de Français échangeaient jusque-là des présents autour du 1er avril. Selon une hypothèse répandue, des farceurs auraient alors offert de faux cadeaux à ceux qui s’accrochaient à l’ancienne date, et de cette moquerie printanière serait né notre « poisson d’avril ». L’histoire séduit, pourtant elle mérite quelques nuances, car l’origine réelle de l’expression reste incertaine. Voyons ce que révèlent mes recherches. Bonne lecture !
Définition de l’expression « poisson d’avril »
L’expression « poisson d’avril » désigne une farce, un canular ou une fausse nouvelle que l’on adresse à quelqu’un le 1er avril. Par extension, elle nomme aussi la victime de cette plaisanterie. Ce jour-là, on cherche à tromper son entourage pour en rire ensuite. Les enfants, eux, accrochent volontiers un poisson de papier dans le dos de leurs camarades.
On emploie surtout la formule dans deux tournures courantes. D’abord, « faire un poisson d’avril à quelqu’un » signifie lui jouer un tour. Ensuite, « donner un poisson d’avril » veut dire lui faire croire une chose fausse, ou l’envoyer faire une démarche inutile. Dans les deux cas, l’intention reste la même : amuser aux dépens d’un naïf.
Par ailleurs, l’expression garde parfois un sens figuré plus large. Elle qualifie alors toute promesse trompeuse ou tout espoir déçu. Ainsi, une annonce jamais tenue peut se réduire, avec ironie, à un simple « poisson d’avril ».
Voici quelques formulations proches :
- Une farce
- Un canular
- Une blague
- Une mystification
- Un attrape-nigaud
Origine de l’expression « poisson d’avril »
L’origine de l’expression reste incertaine, et les dictionnaires invitent à la prudence. Le Trésor de la langue française (TLFi) retrace toutefois son parcours. La formule est ancienne. Dès le XVe siècle, elle désigne d’abord un intermédiaire. Puis, au début du XVIe siècle, elle nomme le maquereau, ce poisson pêché au printemps. Le sens de « farce du 1er avril », lui, n’apparaît par écrit qu’en 1691. Le lien entre ces différents emplois demeure difficile à établir, comme le reconnaît le dictionnaire lui-même.
Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer pourquoi cette plaisanterie se rattache au 1er avril. La plus connue renvoie à la réforme du calendrier. En 1564, l’édit de Roussillon fixe le début de l’année au 1er janvier. Jusque-là, de nombreuses provinces la faisaient commencer autour du printemps. Selon Radio France, certains auraient continué, par habitude ou par jeu, à offrir des cadeaux début avril. Les farceurs se seraient alors moqués d’eux en leur remettant de faux présents.
Une deuxième piste relie l’expression au calendrier religieux. En effet, le début d’avril coïncide souvent avec la fin du carême, cette période de jeûne où l’Église privilégie le poisson. Selon la même source, offrir un poisson symbolique et non comestible aurait prolongé la plaisanterie du maigre. Le poisson serait ainsi devenu la métaphore toute trouvée de cette farce printanière.
Une troisième explication, plus terre à terre, renvoie à la pêche. Le début du mois marquait l’ouverture de la saison, quand le poisson se faisait encore rare. Offrir un faux poisson revenait alors à railler les pêcheurs rentrés bredouilles. Ces récits restent séduisants, cependant aucun ne s’appuie sur une preuve décisive.
Usage de l’expression
Attestée dans les livres dès le début du XIXe siècle, l’expression atteint un pic net vers 1832. Elle se maintient ensuite à un niveau soutenu jusqu’à nos jours :

Exemples d’usage de l’expression « poisson d’avril » chez les écrivains
À l’égard de ce qui devait vous revenir vers le mois d’avril, ne prenez pas cela pour un poisson d’avril, s’il vous plaît ; je tiendrai ma parole tôt ou tard.
Voltaire, Correspondance
Enfin il ressemblait à un estimable bourgeois qui met solennellement au feu sa bûche de Noël, tire les rois, invente des poissons d’avril, fait tous les boulevards quand le temps est beau.
Honoré de Balzac, César Birotteau
Vous ne voyez pas, maman, que c’est un poisson d’avril ? dit en souriant mademoiselle de Boussac.
George Sand, Jeanne
Eh bien ! mes enfants, comment trouvez-vous mon poisson d’avril ? Jules et Nicolas ne sont-ils pas bien punis du leur ?
Comtesse de Ségur, Les Bons Enfants
Elles ont fait un poisson d’avril à Fadet. Elles ont mis un chat empaillé sur un arbre et elles l’ont mis après.
George Sand, Correspondance
Cette petite plongée dans l’histoire du 1er avril vous a plu ? Découvrez aussi comment, faute de preuve unique, l’expression « l’habit ne fait pas le moine » hésite elle aussi entre plusieurs origines.