Broyer du noir : définition et origine de l'expression
Sommaire
Au XVIe siècle, « broyer du noir » se pratiquait à la lettre. Dans leur atelier, les peintres écrasaient du bois carbonisé pour obtenir un pigment sombre. Comment ce geste technique est-il devenu le symbole des idées noires ? Cet article vous explique tout. Bonne lecture !
Définition de l’expression « broyer du noir »
L’expression « broyer du noir » signifie se laisser aller à des pensées sombres et tristes. Elle traduit aussi le fait d’être en proie à la mélancolie ou au découragement. Celui qui broie du noir voit tout en négatif, imagine des scénarios funestes et se morfond dans ses idées noires.
La formule décrit un état d’esprit, pas un simple coup de fatigue passager. Elle évoque une rumination, une tristesse qui tourne en boucle. On l’emploie souvent au présent : il broie du noir depuis son départ, cesse donc de broyer du noir.
Parmi les synonymes et formulations proches, on peut citer :
- Avoir des idées noires
- Se morfondre
- Ruminer des pensées sombres
- Avoir le cafard
- Avoir le bourdon
- Avoir le moral dans les chaussettes
- Broyer du gris (variante atténuée)
Origine de l’expression « broyer du noir »
L’histoire de cette expression réunit deux traditions. D’un côté, une vieille théorie médicale associe le noir à la tristesse. De l’autre, le vocabulaire des peintres explique le choix du verbe « broyer ».
Le premier fil remonte à la médecine antique et à la théorie des humeurs. Selon cette doctrine, quatre liquides gouvernaient le corps humain, dont la bile noire. On croyait qu’un excès de cette humeur sombre provoquait la tristesse et l’abattement. D’ailleurs, le mot « mélancolie » vient du grec melancholia. Il est formé de melas (noir) et kholê (bile), soit littéralement « bile noire ». Le Trésor de la langue française atteste la « bile noire » dès la seconde moitié du XVIe siècle et l’« humeur noire » en 1604. Ainsi, le noir devient la couleur du chagrin.
Le second fil nous mène dans l’atelier du peintre. Les artistes du XVIe siècle « broyaient du noir » au sens propre : ils écrasaient du bois carbonisé pour obtenir un pigment sombre. Le verbe « broyer » veut dire « écraser, réduire en poudre ». Il appartient donc d’abord au geste technique du peintre préparant ses couleurs.
Les deux images ont fini par se rejoindre. La langue a repris la métaphore de cette pâte noire. Elle a associé le geste de « broyer du noir » à la fabrication de pensées tristes. Le Trésor de la langue française relève la première attestation de l’expression figurée en 1756, chez l’auteur Grandval. Elle s’est ensuite répandue dans le langage courant au cours du XIXe siècle.
Usage de l’expression
Attestée dès le XVIIIe siècle, l’expression gagne nettement en popularité, surtout depuis les années 1980 :

Exemples d’usage de « broyer du noir »
Il aime mieux broyer du noir dont il puisse barbouiller toute la nature que d’aller jouir de ses charmes à la campagne.
Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland
Allez donc lui tenir compagnie, monsieur de Fontaine, il sera ennuyeux comme les mouches, si on lui laisse broyer du noir.
Honoré de Balzac, Les Chouans ou la Bretagne en 1799
Quelquefois je restais dans mon lit, occupé à broyer du noir.
Stendhal, Souvenirs d’égotisme
En vérité, l’endroit est mal choisi pour broyer du noir ; je devrais plutôt expédier aux dames des poèmes couleur de rose et des pleins paniers de contes galants.
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin
S’il vous arrive quelquefois d’être triste, d’être sombre, de vous faire de l’ennui, de broyer du noir, à partir de maintenant il n’en sera plus ainsi.
Émile Coué, La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente
Si cette expression vous a plu, découvrez une invitation à savourer l’instant présent avec l’expression « carpe diem ».