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Carpe diem : définition et origine de l’expression

Carpe diem fait partie de ces maximes provenant tout droit de l’Antiquité, qui sont encore très usitées de nos jours. Décortiquons ensemble cet adage, qui, au-delà d’une expression, s'est transformé en une véritable philosophie de vie. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones. Bonne lecture !

Définition de l’expression « carpe diem »

« Carpe diem » est une locution latine qui signifie littéralement « cueille le jour présent ». Cette locution est complétée par quam minimum credula postero qui signifie « et sois la moins crédule possible pour le jour suivant » (postero diei désignant en latin le jour suivant). Ainsi, l'expression complète enjoint de cueillir le jour présent sans se soucier du lendemain.

On emploie aujourd’hui « carpe diem » comme synonyme de « profite de la vie ». Cette expression est interprétée comme une invitation à jouir de l’instant présent sans se soucier de l’avenir. Cet adage découle directement de la philosophie épicurienne qui encourage la quête du bonheur par la satisfaction des désirs naturels et nécessaires. Épicure soutient en effet que la recherche du plaisir et l'évitement du déplaisir constituent l'objectif de l'homme, mais cela doit se faire de manière ordonnée, raisonnée pour trouver un juste milieu entre déplaisir et suprématie du plaisir.

Évolution historique de l’usage de l’expression « carpe diem »

L’étude des occurrences dans les ouvrages publiés montre l’évolution de l’usage de l'expression « carpe diem » au fil du temps (source : Google Ngram) :

carpe diem usage
Occurrences de « carpe diem » dans les sources imprimées

Origine de l’expression « carpe diem »

Carpe diem est issu du recueil de poèmes Odes de Horace, poète latin ayant vécu de 65 à l'an 8 avant Jésus-Christ. Dans ce poème, Horace s’adresse à une femme, Leuconoé et lui fait des recommandations, notamment sur la manière d’appréhender la vie :

Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, quem tibi finem di dederint, Leuconoe, nec Babylonios temptaris numeros. ut melius, quidquid erit, pati. seu pluris hiemes seu tribuit Iuppiter ultimam, quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare Tyrrhenum. Sapias, vina liques et spatio brevi spem longam reseces. dum loquimur, fugerit invida aetas: carpe diem, quam minimum credula postero.

Horace, Odes, I, 11, version latine

Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux, à toi et à moi, ô Leuconoé ; et n’interroge pas les Nombres Babyloniens. Combien le mieux est de se résigner, quoi qu’il arrive ! Que Jupiter t’accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier, qui heurte maintenant la mer Tyrrhénienne contre les rochers immuables, sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit. Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain.

Horace, Odes, I, 11, traduction française de Leconte de Lisle, 1873

« Carpe », du verbe carpo, carpis, carpere, carpsi, carptum (détacher, arracher, cueillir), est conjugué à l’impératif. On peut trouver plusieurs occurrences de ce terme latin afin de mieux comprendre sa signification : Carpere flores (cueillir des fleurs) ; Carpere escam (respirer, vivre) ; Carpere iter (prendre, suivre une route). Bien que la signification de « carpe » est multiple, on s’accorde pour dire qu’il s’agit de « cueillir » dans « carpe diem ».

« Diem », est l’accusatif singulier de dies : le jour. On retrouve par exemple cette racine latine dans les mots relatifs à la journée, « diurne », « quotidien » mais surtout les jours de la semaine, par exemple : « vendredi ». 

L’intégralité de la phrase dont ces deux mots sont extraits est « dum loquimur, fugerit invida aetas: carpe diem, quam minimum credula postero », qui signifie littéralement « Je parle, et le temps brusque s’enfuit. Cueille le jour, sans croire au lendemain » ou, selon la traduction supra de Leconte de Lisle : « Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit. Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain. »

On peut donc en déduire que Horace, pour atteindre le bonheur, conseille de vivre au jour le jour et de ne se soucier que du temps présent, en oubliant les remords du passé et les réflexions et craintes vis-à-vis du futur. Il insiste notamment sur le fait que la vie est relativement courte et que chaque instant est à saisir. Il faut vivre « ici et maintenant » (« hic et nunc »).

Nous pouvons également citer deux équivalents plus ou moins réputés qui proviennent de la pop culture. D’abord, l’équivalent Swahili, popularisé par le dessin animé des studios Disney, Le Roi Lion et le refrain de Pumba, « Hakuna Matata », littéralement « il n’y a pas de problèmes ». Puis, l’équivalent anglais, quelque peu usité sur les réseaux sociaux, parfois dans les jeux vidéos : l’acronyme YOLO. Celui-ci équivaut à « You only live once », dont la traduction est « Tu ne vis qu’une fois ».

À noter également qu’on retrouve « carpe diem » sur certains cadrans solaires, en référence à une autre locution latine « tempus fugit », soit « le temps (s’en)fuit ». L’expression influence également la poésie et notamment Ronsard qui écrit dans ses Sonnets pour Hélène :

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,A
ssise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle !"
Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578

Plus récemment, on retrouve la même référence à « carpe diem » par Raymond Queneau, dans son poème Si tu t'imagines :

[...]
les beaux jours s'en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s'approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures.

Raymond Queneau, L'instant fatal (1948)

Exemples d’usage de l’expression « carpe diem »

Voilà les dragons qui me traversaient la cervelle (…) j’ai trop de temps à vivre pour perdre ce peu. Horace a dit : « Carpe diem, cueillez le jour. » Conseil du plaisir à vingt ans, de la raison à mon âge.

Châteaubriand, Mémoires d’outre-tombe

Carpe diem, Faufau, carpe diem, et toujours en pleine nuit Même la passade ivre contre les grilles du Panthéon, il y a six ans, la veille de son mariage. Et, lentement, tandis que Jude s'approche d'elle, des deux mains sur ses cuisses, elle remonte sa robe...

Jean-Noël Schifano, Les Rendez-vous de Fausta.

Sans doute peut-il souvent s'agir dans de pareils cas de faiblesse vitale, mais le sujet brûlant d'Hèlène d'Égypte démontre suffisamment que ni cette faiblesse, ni l'exubérance romantique, ni même une espèce de névrose utopique n'épuisent le sujet. Le carpe diem vulgaire ne va jamais plus loin que la simple impression, il...

Ernst Bloch, Le Principe Espérance

Cet esprit de conversation qui m'animait, outre qu'il ruinait les autres facultés, comme j'ai déjà dit, augmentait encore mon inclination à la jouissance. Je me mis à pratiquer strictement le carpe diem d'Horace, belle sentence qui me séduisait depuis longtemps. Il me devint tout à fait clair...

Jean Dutourd, Le Complexe de César

À la vérité, il s'agit d'un vers d'Horace. Ce vers est celui qui précède le Carpe diem de l'Ode XI Dum loquimur fugerit invidia aetas. Carpe diem quam minimum credula postero. (Tandis que nous parlons le temps jaloux de toutes les choses du monde a fui. Coupe et tiens dans tes doigts le jour comme on fait d'une fleur. Ne crois jamais que demain viendra.)

Pascal Quignard, La Haine de la musique

..Je m'explique : votre grand « Carpe diem ! » n 'a-t-il pas effacé tout rapport à l'Histoire, comprise comme quelque chose qui nous dépasse en tant qu'individus prisonniers du hic et nunc. J'y vois l'une des raisons du triomphe a posteriori de cet « esprit de Mai » sourd aux périls dont tu parles, incapable de penser au-delà de l'immédiat, narcissique et conformiste. On ne croit plus à la grande épopée des grandes nations, des grandes idées et des grands hommes.

André Glucksmann, Raphaël Glucksmann, Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy

Il y a des moments vides qui ne sont qu'une sorte de tissu conjonctif entre les moments pleins nous les laisserons couler avec patience; et dans les instants de plénitude nous nous trouverons rassasiés, comblés. C'est la morale d'Aristippe, celle du « Carpe diem » d'Horace, et des Nourritures terrestres de Gide. Détournons-nous du monde, des entreprises et des conquêtes ne formons plus aucun projet demeurons chez nous, en repos au cœur de notre jouissance.

Simone de Beauvoir, Pyrrhus et Cinéas

La vie frissonne de lumière sur fond de mort. Philostrate peignit un crâne de mort. C'est, à l'opposé des Vanités du monde vivant, un Carpe diem funèbre il s'agit de cueillir la fleur de ce qui va périr tout à la fois dans…

Pascal Quignard, Le sexe et l'effroi

« Cet homme a raison, il n'y a rien au-dessus de la jouissance, peu importe la façon de se la procurer. » Voilà qui paraît terriblement immoral et, en effet, n'est guère autre chose au fond cette formule revient au Carpe diem du poète, qui proclame l'incertitude de la vie et la vanité du renoncement au nom de la vertu.

Sigmund Freud, Le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient

N'hésitez pas à compléter cet article si nécessaire et à ajouter vos réflexions sur cette expression française en commentaire.

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Commentaires

Schoubben michel

Il ne fait rien d’autre que répéter… Comme toute la bible ne fait que répéter les écrits(légende) de mesopota (sumeriennes) Ça devient bien connu

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Jean Côté

Extrêmement intéressant !
C’est une belle maxime que les anciens grecs appliquaient déjà en ces temps immémoriaux; appliquons la en ces heures où nous devons tous prendre conscience de la brièveté mais aussi de la richesse de toutes les vies humaines.

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Sabas FLEURY

J’adhère totalement ?

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Roger Rivière

Bonjour Nicolas,

Vous écrivez «« À noter également qu’on retrouve « carpe diem » sur certains cadrans solaires, dans un but d’ornementation… »», ornementation ?… hummm, je ne crois pas mais je pense que c’est surtout par une référence à une autre locution latine également inscrite, et bien plus souvent, sur les cadrans solaires, cadrans d’horloge et autres indicateurs du temps et qui évoque (cette locution) parfaitement ce à quoi servaient les précédemment cités : « Tempus fugit », soit ‘’ Le temps (s’en)fuit ‘’.

Salutations.

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Doukouré

Bonsoir Mr c’est vraiment très génial les cours que vous postez souvent, au fait mr j’aimerai avoir une explication sur le pluriel des mots qui se terminent « AL » et qui ont pour pluriel « AUX ». Par exemple dans certains phrases que nous entendons et
voyons souvent. « LES SOLDATS GOUVERNEMENTAUX » et nous entendons et voyons « LES MILLITAIRES GOUVERNEMENTALS » merci par avance

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Doukouré

Bonsoir Mr j’aimerai avoir une explication sur le pluriel des mots Al qui se terminent par  » AUX » par exemple souvent dans les textes nous voyons c’est écrit « LES SOLDATS GOUVERNEMENTAUX et parfois c’est écrit LES MILLITAIRES GOUVERNEMENTALS j’aimerai savoir pourquoi ce genre de changement

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André Béliveau

Bonjour, j’aimerais être abonné à votre info-lettre mais je ne vois pas où m’abonner. Je vous donne mes coordonnées. Merci

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La langue française

Bonjour André,
Vous pouvez vous abonner en remplissant le formulaire (sur fond bleu) prévu à cet effet et situé à la fin de tous nos articles.

À bientôt,
Nicolas.

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Michel

Honi soit qui mal y pense !

Autre expression intéressante !

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La langue française

Merci, je l’ajoute à la liste 😉

Nicolas.

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