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Faire le pont : définition et origine de l'expression

« Au 14 Juillet, quand tous les employés ont fait le pont, j’ai pu coucher là-bas, et ce jour-là, je me suis levé avant les vieux, avec le jour. » Dans Les Heures longues, en 1917, Colette met dans la bouche d’un jeune exilé une scène que tout salarié reconnaît. Un jour férié tombe, on ajoute la journée voisine, et le congé s’étire. Voilà, en une phrase, tout l’art de « faire le pont ». Pourtant, derrière cette image limpide se cache une histoire plus ancienne qu’on ne l’imagine. Remontons jusqu’au Second Empire pour comprendre d’où vient cette petite institution du calendrier français. Bonne lecture !

Définition de l’expression « faire le pont »

L’expression « faire le pont » signifie ne pas travailler le ou les jours ouvrables situés entre deux jours fériés. Le congé peut aussi relier un jour férié et un week-end. En posant cette journée, le salarié rapproche deux périodes chômées, comme un pont enjambe le vide entre deux rives.

Par extension, le mot « pont » s’emploie aussi seul, comme nom. On parle ainsi d’« un pont de quatre jours » ou du « pont du 15 août ». Quand plusieurs jours s’enchaînent, l’usage plaisant parle même de « faire le viaduc ». Dans tous les cas, l’idée reste la même : s’offrir une parenthèse pour souffler, voyager ou simplement se dorer la pilule.

Voici quelques formulations proches :

  • Prolonger le week-end
  • S’octroyer un pont
  • Poser une journée entre deux jours fériés
  • Enchaîner les jours chômés

Attention toutefois : « faire le pont » possède d’autres sens, sans rapport avec le congé. En gymnastique, la formule désigne la figure où le corps se cambre en arrière. Au sens figuré, elle veut dire « relier deux choses », comme dans « faire le pont entre deux générations ». Ces emplois restent bien distincts de celui qui nous intéresse ici.

Origine de l’expression « faire le pont »

L’image de départ est transparente. Le jour ouvré coincé entre deux jours chômés devient une simple planche que l’on franchit pour rejoindre l’autre rive du repos. De ce rapprochement entre l’architecture et le calendrier est née l’expression.

Contrairement à une idée répandue, la formule ne date pas des congés payés de 1936. Le lexicographe Alfred Delvau l’atteste en effet dès 1867 dans son dictionnaire de la langue verte. La formule y désigne déjà le congé pris pour joindre deux jours fériés, selon le Trésor de la langue française.

L’expression naît donc sous le Second Empire. Selon la revue Historia, les premiers à faire le pont sont les fonctionnaires. Dès 1853, 200 000 d’entre eux disposent de quinze jours de vacances. Habitués aux fêtes religieuses chômées, ils repèrent vite le bénéfice d’une journée posée pour souder deux périodes de repos. Le jeudi de l’Ascension, en mai, offre le cas d’école : en s’absentant le lendemain, on gagne un long week-end de quatre jours.

Il faut ensuite attendre le XXe siècle pour que la pratique se démocratise. En 1919, le 1er mai devient férié. Surtout, la loi sur les congés payés de 1936 étend le pont à tous les salariés. Portée par Léon Blum, elle fait suite à la victoire du Front populaire. L’ouvrier apprend alors, comme le fonctionnaire avant lui, à optimiser son calendrier.

Usage de l’expression

La formule, tous sens confondus, reste rare au XIXe siècle, progresse au XXe et culmine vers 2007, avant un léger reflux :

Fréquence d'usage de « faire le pont » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram
Fréquence d’usage de « faire le pont » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram

Exemples d’usage de l’expression « faire le pont » chez les écrivains

La plus ancienne trace littéraire du sens moderne revient à Colette, citée en ouverture de cet article. On croise ensuite le « pont » des jours fériés chez d’autres auteurs :

Comme deux sots nous n’avions pas pensé au pont du 15 août. Les domestiques étaient de sortie.

Blaise Cendrars, Bourlinguer

Le 1er mai, c’était férié mais le 30 avril, c’était quoi ? Rien ! Mais entre un dimanche et un jour férié, on fait le pont.

Jacques Faizant, Le Point

Si cet art du repos vous séduit, découvrez « se la couler douce », une autre façon de savourer le temps libre.

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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