Avoir le cafard : définition et origine de l'expression
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En 1917, au creux des tranchées, un mot envahit les lettres des soldats : le cafard. La Grande Guerre a popularisé cette expression née bien avant, entre l’arabe médiéval et un vers de Baudelaire. Je vous propose de remonter le fil de cette expression dans cet article.
Définition de l’expression « avoir le cafard »
L’expression « avoir le cafard » signifie être triste, déprimé, mélancolique, en proie à des idées noires. Elle décrit un abattement passager, une lassitude sourde, souvent sans cause bien précise.
On l’emploie dans un registre familier, à propos d’un coup de blues plutôt que d’une dépression durable. Ainsi, on parle volontiers d’un « coup de cafard » pour désigner ce moment de découragement soudain. De même, la formule reste très courante à l’oral : j’ai le cafard aujourd’hui, ça lui donne le cafard.
Synonymes de « avoir le cafard »
- Avoir le noir
- Broyer du noir
- Avoir le bourdon
- Avoir le moral dans les chaussettes
- Ne pas être dans son assiette
- Déprimer
Origine de l’expression « avoir le cafard »
Pour comprendre cette expression, il faut d’abord remonter à l’histoire mouvementée du mot « cafard ». Selon le Trésor de la langue française, ce mot a d’abord désigné un homme, avant de désigner un insecte, puis une émotion.
Du faux dévot à l’insecte noir
À l’origine, le cafard n’a rien d’une blatte. Le terme apparaît en 1512 sous la forme caphar, au sens de « faux dévot ». Il vient de l’arabe kāfir, qui signifie « incroyant », puis « converti à une autre religion ». Par glissement, il en est venu à désigner l’hypocrite, celui qui feint la piété. Le suffixe péjoratif -ard a ensuite remplacé la finale d’origine.
Ce n’est qu’en 1542 que le mot nomme la blatte, cet insecte noir qui fuit la lumière. Les lexicographes y voient une métaphore du faux dévot. Comme lui, la bestiole se cache dans l’ombre et déteste le grand jour. On lit ainsi, dans une traduction de Pline retenue comme première attestation :
Les caffars se nourrissent des ténèbres.
Antoine Du Pinet, traduction de Pline
La couleur noire des idées
Le dernier sens naît au XIXe siècle. Par une nouvelle image, l’insecte noir prête sa couleur aux pensées sombres. Le TLFi date de 1857 la première attestation du cafard au sens d’« idées noires ». Il l’attribue à Charles Baudelaire, dans Les Fleurs du mal. Le mot y apparaît au poème « La Destruction », encore chargé de son ancienne valeur d’hypocrisie :
Et, sous de spécieux prétextes de cafard, Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal
De ce mot, la langue populaire a tiré la locution « avoir le cafard ». L’image relève de la même logique que « avoir le bourdon ». Un bruit sourd ou une bête noire bourdonne alors dans la tête. Par la suite, l’expression s’est répandue au tournant du XXe siècle. En particulier, elle a fleuri dans les tranchées de la Grande Guerre, où le cafard des soldats désignait la mélancolie du front.
Usage de l’expression
Quasi absente des textes avant 1900, l’expression connaît un premier pic pendant la Première Guerre mondiale, puis progresse de nouveau depuis les années 1980 :

Exemples d’utilisation de l’expression « avoir le cafard »
Ça y est, Bécassine a le cafard.
Caumery, Bécassine chez les Alliés
J’ai le cafard en ce moment.
Pierre Mac Orlan, Le Chant de l’équipage
Comment vivre avec ça ? Comment ne pas avoir le cafard ?
René Schwaeblé, La Coco à Montmartre
Tout de même, j’ai le cafard.
Simonne Ratel, Trois parmi les autres
J’ai le cafard, des fois, que veux-tu !
Georges Beaume, Le Château vert
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